le périple de sa vie missionnaire

publicité
Messe d’action de grâces pour la vie d’Alvaro RESTREPO
2 Timothée 4,1-2.6-8
Psaume 22
Luc 12,35-40
Chère Matilde, Amparo, Mauro, Ingrid et toute la famille
Chères Filles de la Charité, famille de saint Vincent de Paul,
Chers Confrères Lazaristes, chers frères prêtres,
Chers amis du P. Alvaro
La nouvelle de la mort du P. Alvaro s’est répandue comme un feu de poudre dans le
monde entier : Colombie, Chili, Pérou, Espagne, Jérusalem, Italie, Madagascar, Rwanda,
Congo… dans ces pays on recevait une nouvelle bouleversante tellement nous aimons notre
Frère, le « petit père » comme on aimait le surnommer. Chacun d’entre nous a connu « le petit
père » et a eu l’occasion de partager sa route. Nous sommes tristes et peinés. Il va beaucoup
nous manquer. Vous savez bien qu’il est difficile de tracer son itinéraire tellement il a bougé,
tellement il était prêt pour la mission quelle qu’elle soit et où qu’elle se trouve. De plus, il
faudrait une longue liste d’adjectifs, et aucun ne pourrait suffire, pour résumer sa vie tellement
féconde et belle.
Si nous sommes rassemblés ici dans cette chapelle de saint Vincent de Paul, c’est avant
tout pour affirmer notre foi dans la résurrection, pour rendre grâce au Seigneur créateur de la
vie, et pour demander à Dieu de montrer sa miséricorde et son amour à notre frère. Mais
avons-nous besoin de demander ceci à Dieu ? Non, nous l’affirmons plutôt : Dieu est
miséricordieux, il a déjà accueilli notre frère dans la demeure que lui-même à prévu pour lui.
Les lectures de la Parole de Dieu que nous avons proclamées ensemble, nous
permettent de faire mémoire et d’affirmer trois choses :
1. Notre frère Alvaro puisait sa force et sa joie dans la Parole de Dieu, c’est-à-dire dans
le Christ, Verbe incarné du Père. Comme le dit saint Paul, Alvaro a proclamé la Parole
de Dieu « à temps et à contre-temps », avec patience mais aussi avec passion.
Retraites, conférences, homélies, réflexions, exhortations, accompagnement
spirituel… tout cela tournait autour de Celui qui est la Parole faite chair. Cela faisait
plaisir à voir et à l’écouter jongler avec les Saintes Ecritures qu’il ruminait et savourait
en faisant le lien entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Doté d’une mémoire qui
faisait envie, il était capable de citer par cœur les textes bibliques y compris en langue
hébraïque ou grecque, et indiquer avec aisance une référence précise d’un texte
biblique. Alvaro était Apôtre de la Parole, pourrait-on dire. La Parole de Dieu était sa
boussole ! Apôtre de la parole parce que d’abord il a essayé de se laisser modeler par
elle et s’est laissé blesser à l’intérieur par le feu brûlant de l’Esprit qui secoue et qui
ébranle la profondeur de l’être. Il a bien compris, je pense, ce que la lettre aux Hébreux
affirme : « Vivante, en effet, est la parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu’aucun glaive
à double tranchant. Elle pénètre jusqu’à diviser l’âme et l’esprit, articulations et moelles. Elle
passé au crible les mouvements et les pensées du cœur. Il n’est pas de créature qui échappe à sa
vue ; tout est nu à ses yeux, tout est subjugué par son regard. Et c’est à elle que nous devons
rendre compté (Hébreux 4,12-13). Ses solides études en humanités depuis sa Colombie
natale, l’on charpenté et lui ont permis de poursuivre des études bibliques et
théologiques à Rome et à Jérusalem. Cela dit, le plus définitif pour lui comme pour
nous, c’est l’expérience personnelle du Christ, la rencontre avec Dieu.
Alvaro : Dans le face à face avec Celui que tu as cherché et prêché durant plus de
cinquante ans en tant que prête lazariste, tu peux désormais mieux comprendre la
profondeur de ce que saint Vincent de Paul, ton modèle spirituel, a dit à l’un de ses
missionnaires : « Il faut donc Monsieur vous vider de vous-mêmes pour vous revêtir
de Jésus-Christ » (Coste I,295 ; XI 342-351 ; XII 107-108). A partir de cette pensée de
st Vincent tu nous as laissé une belle conférence où ton côté mystique paraissait : « Se
revêtir de Jésus-Christ, disais-tu, était un langage, une vie, une route et une mission ».
Tu sais, samedi dernier, le jour de ta pâque à toi, nous avons lu à la messe le récit de la
vocation de Matthieu dans la version de saint Luc. J’ai pensé après coup que c’était un
clin d’œil de la Providence, puisque Matthieu le publicain est en effet un amoureux de
la Parole, « un scribe instruit du Royaume des cieux comparable à un maître de maison
qui tire de son trésor du neuf et du vieux » (Mt 13,52). Nous tes frères, devons
poursuivre ta mission tout en écoutant saint Paul qui dit : « fais œuvre d’évangéliste,
remplis ton ministère ».
2. « Le temps de mon départ est arrivé… » combien nous le regrettons, il est trop tôt…
Dans tous les cas, saint Paul évoque ainsi le mystère de sa mort en se servant du
langage du culte, celui du combat, de la course et de la justification :
« Le temps de mon départ est arrivé, je suis déjà offert en libation… j’ai combattu le
beau combat, j’ai gardé ma foi… J’ai achevé ma course, le Seigneur me réserve la
couronne de Justice ».
L’expérience de Paul à la fois douloureuse et pleine d’espérance ressemble fort à la
tienne. Tu aussi, tu aurais pu écrire tout cela, mot à mot parce que tu as été un
missionnaire de Jésus, un bon missionnaire du Christ ressuscité.
Ton départ est à la fois une blessure et une espérance. Blessure parce que l’ami, le
professeur, le frère et le confrère, le confident et le confesseur, le directeur spirituel et
le prédicateur ainsi que le célébrant et le serviteur… nous manqueront cruellement.
Ta perte sera ressentie, ta présence souvent désirée. Nous devons faire avec la
disparition de ta personne, avec ton absence ! Or, l’heureuse nouvelle de la résurrection
de Jésus commence précisément par la constatation de la perte de son corps, avec la
disparition de la visibilité du corps de Jésus, le crucifié. Voilà l’espérance, notre folle
espérance ! Elle est paradoxale et se trouve justement du côté du Christ mort et
ressuscité ; mort et disparu, mais vivant et ressuscité. Dieu créateur nous récrée et nous
fait revivre. On comprend alors que notre foi chrétienne et pascale doit prendre au
sérieux la perte définitive de la visibilité de Jésus. Jésus ressuscité sort par définition
de l’espace et du temps puisque le monde avenir est déjà présent, le temps s’est écourté
et la figure de ce monde passe (1 Corinthiens 7,29.31). Nous qui croyons à la
résurrection, nous passons également et nous ressuscitons comme le Christ : « S’il n’y
pas de résurrection des morts, Christ non plus n’est pas ressuscité, et si le Christ n’est
pas ressuscité, notre prédication est vaine, et vide notre foi… Mais non ; le Christ est
ressuscité des morts, prémices de ceux qui sont morts… » (1 Corinthiens 15,1-14.20).
En célébrant cette messe d’à-Dieu, nous affirmons Alvaro, que ta vie a été belle, pleine
de bontés et de rencontres. Tu as fait le bien… Un de nos confrères a dit avec tristesse
et fierté : « Alvaro était un exemple de missionnaire » et un autre : « Même à l’hôpital
il fait sa mission ». C’est vrai, tu as marqué les infirmières par ton courage, bonté,
respect et douceur. Jusqu’au bout tu as gardé la foi. Tu as combattu le beau combat.
Tu peux donc dire avec Paul : « Je suis déjà offert en libation ». Libation veut dire
offrande, culte rendu à Dieu non pas avec les lèvres mais avec tout son être. C’est le
sens de la dernière phrase écrite lorsque tu ne pouvais plus parler avec les docteurs :
« Je suis un prêtre… ma vie dans les mains de Dieu ».
Dieu ton créateur a reçu ta vie comme une offrande, comme une libation offerte en
action de grâces et de louange. Et tes péchés ? Tes péchés n’ont pas gêné l’élan de ton
offrande à Dieu ni ta louange, parce que en te sachant pardonné, ta louange ne faisait
qu’augmenter.
Mon cher Alvaro, (notre cher Alvaro plutôt, parce que t’accaparer, te tirer à soi, c’est
insulter ta donation à tous, ton côté universel). L’heure de ton départ est arrivée. Et
t’entends dire à nous tous : vous devez continuer la mission puisque la mienne est
achevée et le culte de ma vie offerte est mon rite final. Le processus est désormais
irréversible. Oui, tu nous manqueras beaucoup, mais je t’assure que « si dans mon cœur
il a un trou, ce n’est pas le vide ».
3.
« Heureux les serviteurs que le maître à son arrivée trouvera en train de veiller et de
servir… Restez en tenu de travail et gardez vos lampes allumées » (st Luc 12,35s).
C’est en cheminant vers Jérusalem que Jésus livre à ses disciples cette parabole sur la
prière et le service : lampes allumées symbole de la prière et tenu de travail symbole
du service. On peut aussi y lire la contemplation et l’action si chères à notre fondateur.
Notre frère Alvaro aimait servir et il le faisait avec amour, générosité, joie et humour.
Oui, même ton humour était un service. Juste avant ton hospitalisation ton médecin te
reprochait de ne pas te plaindre, de ne pas demander des calmants pour ta douleur. Il
te rappelait ainsi ton devoir d’humilité. Alors, tu lui as répondu que depuis une semaine
tu étais humble parce que j’acceptais un petit calmant… Le médecin te répliqua : et
avant une semaine quoi de ton humilité ? Ta réponse a fusé : avant je devais être
humble, mais je ne le savais pas !
Comme Jésus Alvaro a fait son chemin de croix. Comme Jésus, il durcissait son visage
en montant à Jérusalem tout en priant. Il aimait prier, il aimait la liturgie, l’eucharistie,
les Psaumes. Je suis certain que le Psaume 22 chantée dans cette cérémonie était
souvent sur ses lèvres : « Le Seigneur est mon berger je ne manque de rien… même si
je marche dans un ravin d’ombre et de mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec
moi… Je reviendrai à la maison du Seigneur pour des longs jours ». Il aimait la
Jérusalem terrestre, il y a rebâtit notre maison ; mais il savait que la Jérusalem céleste
était plus belle parce que Dieu l’y attendait. Il avait soif de Dieu et comme un cerf altéré
il s’élançait vers la fontaine.
Alors Seigneur crucifié et ressuscité, écoute notre prière cet après-midi pour notre faire
bien-aimé, pour ton serviteur :
« Mon Dieu, reprends ton souffle à notre ami,
Dégage-le de l'odeur de la mort.
Tu l'as donné gratuit, reprends-le de même !
Mets d'abord à son compte que nous l'aimons.
Nous n'avons pas à te le présenter.
Nous te montrons ce qu'il nous a donné.
Rassemble ses bontés, elles t'appartiennent.
Ne l'isole pas de nos prières pour le juger.
Devant la mort, nous ne savons que toi,
Nous prenons souffle à l'espérance,
Là où déjà beaucoup des tiens sont à demeure :
Qu'ils accueillent notre ami et l'entourent.
Oublie qu'il t'oubliait, Seigneur, Rappelle-toi qu'il t'appelait.
Reprends son souffle et tiens-le pour ami : Tes amis te le demandent1.
AMEN
Roberto Gomez C.M.
Le 9 mars 2017
« L’autre vu de loin me semble un monstre,
Si je m’approche de lui, je m’aperçois qu’il est un être humain.
Et, en me rendant plus proche de lui, je découvre un frère »
Alvaro Restrepo C.M.
Patrice de la Tour du Pin, poète français. Poème écrit à l’occasion de la mort accidentelle de son ami Joachin
de Pierre de Pierre de Bernis Calvières.
1
Téléchargement
Explore flashcards