Viennent ensuite des activités de justification, d’abord globales - expliquer le choix
d’une règle - puis plus précises - isoler une information grammaticale dans un rai-
sonnement.
Dès lors, il s’agit de raisonner sur la langue en dépassant l’observation stricte d’une
forme isolée pour exploiter les données du contexte, voire du texte, ou, passant de la
déduction à l’induction, pour inférer une règle de grammaire, restituer une information à
partir des observations grammaticales.
Enfin, la dernière finalité est l’évaluation de la compréhension qu’un élève peut avoir
d’un exposé linguistique. Rien d’aride dans le texte choisi : il s’agit d’un extrait de
Mignonne allons voir si la rose, dans lequel Cavanna retrace1 de façon savoureuse
l’histoire supposée de l’accord du participe passé employé avec avoir. Un
questionnaire à choix multiples vérifie la compréhension du raisonnement qui passe
tout aussi bien par des considérations de politique linguistique (sens de francophone
dans le texte) que par l’étude des métaphores (verbes qui marchent à la fois à la voile et
à la vapeur).
7. Des marques d’accord à l’interprétation
Deux exemples suffiront à montrer combien la problématique de l'exercice est ici
renouvelée. Pour chaque règle, deux séries d’exercices sont proposées. Des ques-
tions ouvertes qui ne se limitent pas à accorder les participes entre crochets mais qui,
à la différence des manuels traditionnels, indiquent aussi toutes les possibilités quand
elles existent.
Quant aux questions à choix multiples, elles exigent de l’élève un raisonnement
syntaxique construit, débouchant souvent sur des considérations sémantiques :
"Vers la fin des vacances, il y a bien longtemps, une voiture de paysan qui précédait notre
ménage, nous a déposés, ma mère et moi, devant la petite grille rouillée.(Alain-Fournier)
Par la forme du participe passé déposés, on peut comprendre que...
- ...les occupants de la voiture sont uniquement des hommes.
- ...le paysan n’est pas seul à mener la voiture.
- ...il y a un homme parmi les occupants de la voiture.
- ...le propriétaire de la voiture n’est pas celui qui la conduit." (p. 93)
Et le corrigé ne s'en tient pas au signalement de la réponse exacte : il procède par
hypothèses et déductions. Un tel raisonnement invite à une relecture du premier
chapitre du Grand Meaulnes. Des lignes précédant l'extrait cité, on infère que le
narrateur relate sa jeunesse (comme les autres élèves) mais ce n'est qu'au détour de cet
accord que l'on apprend à la fois son sexe et le lien étroit qui l'unit à sa mère.
Au total, un manuel novateur, qui allie à une démarche linguistique clairement
présentée, et qui par là même offre prise à la discussion, une réelle inventivité didac-
tique et dont on peut espérer qu’en réconciliant des élèves avec l’orthographe
grammaticale - car c’est l’accord, source de tant d’erreurs, qui est visé à travers le
participe passé - il leur fasse aussi goûter le sel de la langue.
1. Sur cet extrait, cf A. Englebert : "Un avatar de l’ordre des mots : l’accord du
participe passé employé avec avoir", in L’ordre des mots, 1995, diffusé par l’AFLA (tour
centrale 9e ét., 2 place Jussieu, 75 251 Paris cedex 05).