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Chapitre 1 : La croissance
Etudier la croissance correspond à l’étude régulière de la production agrégée (d’un pays) au cours du
temps. La croissance définit l’évolution sur le long terme de la production d’un pays, la tendance que suit celle-
ci au-delà des fluctuations de court terme (ou fluctuations conjoncturelles).
I. Définitions et données
A. Le PIB : une mesure du revenu national
Définition : Le Produit Intérieur Brut représente la valeur de marché de tous les biens et services finis qui sont
produits à l’intérieur d’un pays durant une période de temps donnée.
Etudions les mots de cette définition :
- valeur de marché : on utilise les différents prix du marché pour construire l’indice.
- tous les biens et services : on ne prend pas en compte le marché noir, la production domestique (comme le
repassage), la pollution etc.
- finis (notion fondamentale) : on ne prend pas en compte les consommations intermédiaires pour éviter les
problèmes de double comptabilité.
Exemple : On ne compte pas la pelote de laine qui a servi à tricoter un pull mais le pull lui-même.
On les prend en compte seulement lorsqu’elles sont stockées, ce qui implique une variation des stocks car
elles ne sont prises en compte qu’une seule année, puisqu’une fois transformées, on ne les compte plus.
- produits : on ne prend pas en compte tous les marchés d’occasion puisque ces biens ont déjà été
comptabilisés l’année de leur production.
- intérieur dun pays : le PIB comptabilise toute activité d’une personne ou d’une sociérésidant sur le
sol français quelque soit sa nationalité ; contrairement au PNB qui mesure le produit des agents nationaux
qu’ils soient en France ou à l’étranger.
Remarque : Toutes les allocations et les subventions ne rentrent pas dans le PIB. Elles représentent un transfert
de revenus et non une création de revenus. Par contre, les dépenses publiques sont prises en compte : les biens,
les services et le salaire des fonctionnaires (car il est très difficile d’évaluer la valeur de leur service car c’est un
service non-marchand. Exemple : l’enseignement)
Comment mesure-t-on le PIB ?
1) En prenant une optique de production : c’est la somme de toutes les valeurs ajoutées.
Définition : Valeur ajoutée :
[prix de vente du bien (ou recette du producteur) x quantité produite] consommation intermédiaire
2) En prenant l’optique des revenus perçus par l’ensemble des agents : c’est la somme des revenus
perçus par les ménages net des impôts, des revenus des entreprises et des revenus de l’Etat.
En 1998 les revenus des ménages représentaient 53% du PIB français, les capitaux 35% et les impôts 12%.
3) En prenant l’optique de la demande de biens : c’est la somme de toutes les composantes de la
demande de biens.
y = C + I + G + (X M) + ∆ stock
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y = C + I + G + (X M) + ∆ stock
y : production nationale
C : consommation des ménages (environ égale à 60% du PIB)
I : investissement des entreprises = formation brute du capital fixe (un peu plus de 20% du PIB)
G : dépenses publiques (un peu moins de 20% du PIB)
(X M) : Balance commerciale = export - import
(+1,3% au début des années 90, mais sa tendance actuelle est au déficit)
∆ stock : variation du stock (-0,5% du PIB) (négligeable pour le modèle)
Exemple de calcul d’un PIB : Prenons une économie à deux biens : des oranges et du jus d’orange.
Producteurs
Oranges
Jus d’orange
Recette
35 000 €
40 000 €
Dépense
Pas de dépense intermédiaire
Achat de 25 000 € d’oranges
PIB = 35 000 + (40 000 25 000) = 35 000 + 15 000 = 50 000 €
Différence entre le PIB nominal et le PIB réel :
Pour bien comprendre ces deux notions, étudions-les au travers d’un exemple d’économie à deux biens : des
pommes et des oranges.
Années
Prix des pommes
Prix des oranges
Quantité d’oranges
vendues
2004
1 €
2 €
50
2005
2 €
3 €
100
Le PIB nominal correspond au PIB tel que nous l’avons précédemment défini (soit par exemple la somme de
toutes les valeurs ajoutées).
2004
PIB nominal
= 1 x 100 + 2 x 50
= 200 €
2005
PIB nominal
= 2 x 150 + 3 x 100
= 600 €
On remarque que le PIB nominal a triplé en l’espace d’une année. Cette forte augmentation du PIB nominal peut
poser (et pose ici) des problèmes d’interprétation pour les économistes ; elle est due à différentes situations :
- soit la quantité a augmenté
- soit le prix a augmenté
- soit la quantité et le prix ont augmenté
Pour résoudre ces difficultés d’interprétation, il faut un autre indicateur : le PIB réel.
Définition : Le PIB réel correspond à l’évolution du PIB à prix constants. On évalue chaque année la
production courante en utilisant les prix qui prévalaient pour une année de référence, appelée année de base.
On choisit comme année de base pour notre exemple l’année 2004 :
2004
PIB réel
= 1 x 100 + 2 x 50
= 200 €
2005
PIB réel
= 1 x 150 + 2 x 100
= 350 €
Par définition, le PIB réel et le PIB nominal coïncident pour l’année de base. Lorsque les économistes
emploie le terme PIB tout seul, il s’agit généralement du PIB réel.
Définition : Le taux de croissance d’une économie est égal à la variation en pourcentage du PIB réel d’une
période sur l’autre.
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Remarque : Un des agrégats utilisé pour mesurer la variation des prix est le déflateur du PIB.
Déflateur du PIB =
PIB nominal
x 100
PIB réel
Par définition, le déflateur du PIB pour l’année de base vaut 100.
Dans notre exemple, le déflateur du PIB 2005 = (600/350) x 100 = 171.
B. Le PIB par tête
PIB par tête =
PIB réel
Nombre d’habitants
Il est le premier indicateur de niveau de vie. En effet, le PIB seul ne peut le véler, il faut savoir
combien de personnes partagent cette richesse.
Exemple : Le PIB de la Chine est trois fois plus élevé que celui de la Norvège, et pourtant son niveau de vie
n’est pas le plus élevé ; les Chinois sont beaucoup plus nombreux.
De nombreux économistes ont critiqué le choix de cet indice en tant qu’indice de bien-être, en
particulier la banque mondiale et les rapports mondiaux sur le bien-être humain. Ils ont montré qu’il faut prendre
en compte d’autres facteurs tels que l’espérance de vie, le taux d’alphabétisation, l’accès aux services de
santé, la proportion de la population se situant en dessous du seuil de pauvreté, et le taux de mortalité
infantile.
En général, les pays qui ont un PIB par tête élevé ont aussi un niveau de développement humain élevé ;
mais ce n’est pas toujours le cas : il existe des pays qui possèdent un haut niveau de développement mais un PIB
par tête faible (ex : la Jamaïque, le Costa Rica) et inversement, des pays avec un PIB par tête élevé mais avec un
faible niveau de développement (ex : le Brésil il existe une très grande disparité des revenus, les pays du
Golfe tels que L’Arabie Saoudite ou Oman).
On observe pour le PIB par tête plusieurs groupes de pays qui convergent :
- Les pays de l’OCDE forment un groupe relativement homogène avec un haut PIB par tête et un niveau
de vie élevé
- Les Dragons Asiatiques (Singapour, Taiwan, Hong-Kong, et la Corée du Sud) montrent aussi des
signes de convergence et rattrapent actuellement les pays de l’OCDE : ces trente dernières années, leur
PIB par tête a augmenté de 6% ; en 1960, le PIB par tête de cette zone représentait 16% du PIB par tête
américain, en 1992 celui-ci s’élevait à 60% du PIB par tête américain.
- La Chine, l’Indonésie, la Thaïlande et la Malaisie ont connu récemment des taux de croissance très
importants
- Le dernier groupe est la majeure partie des pays africains qui ont un taux de croissance parfois négatif
(ex : le Tchad et Madagascar)
La croissance n’est pas une nécessité historique : il y en a eu peu en Europe durant la plus grande partie de
l’histoire de l’humanité ; c’est un phénomène récent à l’échelle de l’Homme. Du côté de l’Afrique, il y en a eu
peu, voire pas du tout, même de nos jours.
II. Les principaux déterminants de la croissance
Lorsqu’on juge les taux de croissance actuels faibles, on se réfère aux années d’après-guerre, les trente
glorieuses ; notamment entre 1960 et 1973 quand le taux de croissance annuel moyen était de 6,3%. De nos jours
se taux s’est abaissé entre 2 et 1%, alors qu’il en faudrait 3% pour résorber le chômage en France.
Si on change de perspective en arrêtant de se focaliser sur cette période, mais sur l’ensemble des
données disponibles, on s’aperçoit que :
- pendant la période agraire (500-1500 AD), le taux de croissance économique et celui de la croissance
démographique étaient nuls.
- durant la période progressive (1500-1700 AD), le PIB a augmenté de seulement 0,3% et la population
de 0,2%.
- Le capitalisme commercial (1700-1820) a vu le PIB s’élever à 0,6% et la population à 0,4%
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- L’émergence du capitalisme pendant les révolutions industrielles du XIXème jusqu’à 1913 a fait
augmenté le PIB de 2,5% et la population de 1,6%.
A l’échelle séculaire depuis les révolutions industrielles, le PIB est à peu près à 2 %. Le taux de croissance des
Trente Glorieuses est donc exceptionnel.
Au-delà de la baisse actuelle des taux de croissance par rapport aux Trente Glorieuses, nos économies
occidentales doivent faire face à un changement de nature de la croissance. La croissance économique est
d’abord apparue comme une vague généreuse qui a permis l’élévation du niveau de vie et la mise en place de
l’Etat-providence, avant de passer pour un facteur responsable de l’augmentation des inégalités (qu’elles soient
salariales outre-Atlantique avec le phénomène du « working poor », ces personnes qui me avec un travail ne
gagnent pas assez pour s’assurer un toit et de quoi se nourrir, ou au niveau de l’accès à l’emploi en Europe qui
connaît d’importants taux de chômage.).
Par ailleurs les progrès techniques sont biaisés en faveur des qualifiés et en faveur des non qualifiés.
Schumpeter (1883-1950) les désigne même comme étant une création destructrice ; en effet les progrès
techniques permettent de créer de nouvelles entreprises qui vont rendre les productions d’anciennes entreprises
obsolètes, ce qui va conduire à la fermeture de celles-ci et la mise au chômage de travailleurs.
A. La croissance impossible
1. Les Physiocrates
Ce sont les premiers à expliquer ce phénomène, avec à leur tête François Quesnay (1694-1774). D’après
eux, la seule source de richesse est la Terre : plus on cultive, plus on produit de la nourriture, plus on nourrit de
personne, ce qui permet la libération de travailleurs pour le travail artisanal. Ce sont donc les progrès en terme
d’agriculture qui permettent de produire d’autres types de bien.
Or ce facteur a une limite : le nombre de surfaces cultivables disponibles, car il y aura un moment où
tout aura été exploité et où on ne pourra pas produire davantage.
David Ricardo (1772-1823) insistera sur l’intérêt de l’échange international et la difficulté pour un état
d’être en autarcie, et la découverte des nouveaux mondes va être un appel d’aire phénoménal.
2. Les Marxistes
Karl Marx (1818-1883) écrit au moment des révolutions industrielles et assiste à la métamorphose de la
société britannique : l’agriculture fait place à l’industrie ; la seule source de richesse n’est donc plus la Terre.
Par ailleurs, pour eux la croissance devient impossible à long terme car la source de cette croissance
est la force de travail, disponible en quantité limitée ; Les capitalistes ont beau payer ces travailleurs le
minimum vital, ils sont limités par le nombre d’heures de travail et ne peuvent pas produire davantage.
3. Les Marginalistes
Ce sont eux qui introduisent la loi des rendements décroissants. Pour comprendre cette loi,
considérons cet exemple :
Pour abattre des arbres, il faut une grande scie et deux bûcherons : un de chaque côté de la scie. Si on
double le nombre de scies en gardant constant le nombre de bûcherons, la production moyenne va augmenter car
si la scie se brise, les bûcherons en auront tout de suite une autre sous la main. Remarquons cependant que la
production ne doublera pas pour autant. Par contre, si on double le nombre de scies et le nombre de bûcherons, la
production doublera elle aussi.
La croissance du PIB est donc possible, mais pas celui du PIB par tête. Cette loi part d’un principe
simple : on commence d'abord par porter son effort il est le plus rentable, et on n'exploite le reste que si
cela se révèle vraiment nécessaire. De manre générale, la loi des rendements marginauxcroissants est le fait que
si des quantités croissantes d’un facteur variable sont combinées avec une quantidonnée de facteur fixe, à
partir d’un certain moment, la production marginale du facteur variable finit parcrtre.
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Il faut attendre Georges Solaux en 1957 pour comprendre pourquoi le PIB par tête augmente tout de même
sur le long terme.
B. La théorie de Solaux
Solaux est un premier élément de compréhension aux faits stylisés de Kaldor, car il permet de
comprendre parfaitement les cinq premières observations, mais va buter sur la sixième.
Quelles sont ces six grandes observations ?
1. La production par tête augmente de façon continue au cours du temps.
2. Le capital par tête augmente.
3. Le taux de rendement du capital est constant.
4. Le ratio capital/produit est constant (cela signifie que le capital et le PIB augmentent au même taux)
5. Les parts du capital et du travail dans le PIB constantes
6. Les pays ont des taux de croissance de productivité très différents les uns des autres.
Solaux nous permet en tout état de cause de bien comprendre que le taux de croissance d’une
économie dépend de 2 grands facteurs :
- L’augmentation du nombre d’heures travaillées, en étroite relation avec la démographie
- Le taux d’accroissement de la productivité (production par heure) de la population
Les facteurs contribuant à la hausse de la productivité sont :
- L’accumulation du capital, en étroite relation avec le taux d’épargne du pays.
- L’amélioration de la qualité de vie de la population active.
- La réallocation de la main d’œuvre.
- Le progrès technique (inventions, idées, etc.) : il est vu comme un agrandisseur du nombre
d’heures travaillées.
Exemple : 4 heures de travail en agriculture au XIXème siècle se font maintenant en moins d’une heure au XXIème
siècle, par la substitution charrue/tracteur.
Dès lors, le capital par tête et le revenu par tête vont croître au même taux de croissance que celui du
progrès technique. Pour Solaux, ce progrès technique est universel et disponible pour tous, c’est un bien publique
auquel chacun a accès, alors comment expliquer que les pays possèdent des taux de croissance différents ?
Il nous explique qu’un pays est pauvre (c'est-à-dire que son PIB par tête est faible) soit parce qu’il
n’épargne pas assez (le taux d’épargne est trop faible pour alimenter l’économie en offre de capitaux suffisante),
soit parce qu’il se trouve à une étape moins avancée dans son processus d’accumulation du capital. Bien sûr, tous
les pays ne partent pas avec les mêmes conditions initiales.
Grâce à la loi des rendements décroissants, le taux de croissance des pays sera forcément supérieur au
taux des pays riches, et les pays pauvres convergeront nécessairement vers les pays riches : c’est le phénomène
de rattrapage.
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