NFJ1_Lundi_22_avril : Le Nouvelliste : 2 : Page 02-03

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LUNDI 22 AVRIL 2013 LE NOUVELLISTE
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2 GRAND ANGLE
HIPPOTHÉRAPIE La méthode aide les patients IMC ou atteints de sclérose en plaques.
Quand le cheval soigne
TEXTES CHRISTINE SAVIOZ
PHOTOS SACHA BITTEL
«On va sur le cheval, Jules? T’es
prêt?» La maman du petit garçon
IMC agé de 4 ans dépose alors
délicatement son fils sur «Saphir», un cheval islandais. «C’est
un cheval idéal pour les petits patients notamment. Il est relativement fin, et aime tölter (ndlr. marcher entre le pas et le trot), une
allure qui convient bien aux patients», explique Trudi Dupont.
La méthode est destinée aux
personnes IMC, atteintes de
sclérose en plaques (traitements
remboursés par les caisses-maladie) ou encore aux paraplégiques. «L’hippothérapie a une action équilibrante sur le tonus de la
musculature du tronc; elle diminue donc les symptômes de surcharge (douleurs dorsales) et réentraîne cette même musculature;
elle libère également les mouvements du bassin et détend les
membres inférieurs.»
Cette méthode fait
«travailler
les muscles du
dos et détend les muscles
des jambes notamment.»
TRUDI DUPONT PHYSIOTHÉRAPEUTE ET HIPPOTHÉRAPEUTE
Cette physiothérapeute se prépare à pratiquer l’hippothérapieK avec Jules en plein air, à Saxon.
Pendant une quarantaine de minutes, elle accompagne et effectue divers exercices avec le petit
patient assis sur le cheval.
Un vrai traitement
thérapeutique
L’hippothérapie-K est une forme de traitement physiothérapeutique reconnu utilisant les
mouvements du dos du cheval
retransmis sur le patient qui, lui,
reste passif et n’exerce aucune
influence sur l’animal. «Cette
méthode permet d’utiliser les mouvements induits par le cheval sur la
personne qui doit apprendre à gérer ses mouvements. C’est un réel
travail de physiothérapie, mais qui
permet un déplacement dans l’espace alors qu’au cabinet, on est
beaucoup plus statique», ajoute
Trudi Dupont.
Résultats spectaculaires
De par son expérience de vingtcinq ans, Trudi Dupont a ainsi pu
mesurer les effets spectaculaires
de la méthode sur ses patients.
«Ilsfontdesprogrèsincroyables,de
séance en séance.» Evelyne, une
Valaisanne atteinte de sclérose
en plaques depuis 1998, ne la
contredira pas. «Je suis persuadée
que l’hippothérapie me fait du bien
pourralentirl’évolutiondelamaladie. Je fais aussi d’autres activités,
comme de l’aquagym par exemple;
tout cela doit sans doute contribuer
à me maintenir active et sur mes
deux jambes!» Cavalière passionnée avant la maladie, Evelyne retrouveainsi unecertaine complicité avec le cheval. «C’est un contact privilégié avec l’animal que j’ai
envie de préserver.»
La patiente peut monter sur le
dos de «Saphir», sans avoir besoin d’aide. Une rampe d’accès
– également destinée aux per-
Pendant une trentaine de minutes, Trudi Dupont accompagne et surveille les mouvements du patient.
sonnes sur chaise roulante – lui
permet de s’installer sur l’animal
sans trop d’effort. Par ailleurs,
différentes selles existent pour
répondre au mieux aux besoins
des patients. «Des étriers spéciaux
peuvent être utilisés pour neutraliser le poids trop important que
représentent des jambes paralysées
par exemple. Cela évite une position trop cambrée, qui aurait
tendance à bloquer le bassin dans
ses mouvements», précise Trudi
Dupont.
En Valais, seules deux autres
personnes pratiquent la méthode hippothérapie-K: l’une la
pratique à la clinique bernoise
de Crans-Montana, surtout avec
des patients de l’établissement,
et l’autre à Brigue. «La méthode
exige une formation. Il ne s’agit
pas seulement de mettre une personne sur le cheval et de la faire
tourner sur la piste», ajoute Trudi
Dupont.
Mouvements précis donc,
mais sans oublier le plaisir du
patient. Qui a une place prépondérante dans le traitement. «Le
fait d’être à l’air libre et d’avoir un
contact privilégié avec le cheval est
gratifiant pour la personne.» Car
le but final est bel et bien de se
faire plaisir et de faire plaisir à
son corps. Jules, petit garçon IMC de 4 ans, peut détendre les muscles de ses
jambes.
Jules a créé une belle complicité avec «Saphir»
Jules, ici dans les bras de sa
maman, apprécie le contact
avec le cheval islandais.
Jules a 4 ans. Prématuré, atteint d’une hémorragie cérébrale à la naissance, l’enfant a subi quelques séquelles au cerveau, et est aujourd’hui IMC (infirme
moteur cérébral). «Au niveau motricité,
ses bras et ses jambes sont touchés; mais il a
déjà fait beaucoup de progrès avec les bras
depuis qu’il pratique l’hippothérapie», explique sa maman.
Le petit garçon de Martigny souffre
encore d’hypertonicité dans les
mollets. «Il est donc tout le temps
sur la pointe des pieds quand il
marche. L’hippothérapie lui fait
beaucoup de bien car elle lui permet de détendre ses muscles. »
Jolie connivence
avec le cheval
Jules travaille ainsi sa motricité à un
rythme régulier depuis un an, grâce à Trudi Dupont et à «Saphir», le cheval. «Jules
parle tout le temps de «Saphir», en dehors de la
thérapie. Il adore le contact avec l’animal. D’ailleurs, on amène chaque fois du pain et des carottes pour «Saphir» et on passe un petit moment
avec lui après la séance… L’été, nous restons un
moment avec les lapins, les poneys, Jules adore ça.»
Le petit garçon est monté sur le cheval à 3 ans déjà.
«Il avait pourtant de très courtes jambes et tenait à
peine sur «Saphir», mais il a tout de suite eu du plaisir et se donnait toute la peine du monde.»
Ludique aussi
La maman ne cache pas son enthousiasme par
rapport aux effets de l’hippothérapie-K. «Je ne
peux que constater que Jules fait des progrès de semaine en semaine. On voit qu’il a encore des capacités
supplémentaires à développer. Jules veut tout le temps
aller plus loin. Depuis quelques séances, il a commencé à faire un peu de tölt, c’est quelque chose de ludique
aussi pour lui», ajoute-t-elle.
Le petit garçon suit le traitement une fois par semaine, pendant une trentaine de minutes. «Juste
après, on le sent très fatigué, mais ensuite on voit que
cela lui a fait du bien.»
L’approche du cheval, pouvoir monter, est aussi un
atout pour Jules.
Pour aujourd’hui, comme pour demain. «Lorsque
son frère aîné – qui a 6 ans – commencera à avoir des
activités extrascolaires, Jules pourra monter à cheval. Ce sera son activité en dehors de l’école, son truc
à lui. Il n’y a que des avantages.», conclut sa maman. 
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