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L’expert
«Cette maladieestmoins
dangereuse quela dengue»
Faut-il avoir peur du virus Zika?
Non. Ce virus ne représente un dan-
ger potentiel que pour les femmes en-
ceintes: il existe un risque de malfor-
mation congénitale chez le fœtus.
Pour toutes les autres tranches de la
population, la maladie reste bénigne.
Les symptômes (èvre, éruption cuta-
née, etc.) ainsi que les syndromes qui
y sont associés, comme celui de Guil-
lain-Barré, peuvent être rattachés à
n’importe quel autre virus.
Pas de quoi tomber dans la
psychose, donc…
Non, en eet. Mais ce genre d’épidé-
mie fait en général couler beaucoup
d’encre. L’attention médiatique que
l’on y porte est toutefois surdimen-
sionnée par rapport à son impor-
tance médicale dans nos contrées.
Attention, je ne sous-estime pas en
revanche l’impact que peut avoir une
telle maladie sur les systèmes de san-
té dans les pays endémiques.
Les Suisses peuvent-ils dès lors se
rendre sans crainte en Amérique du
Sud?
La plupart d’entre eux, oui, en pre-
nant toutes les protections d’usage
pour prévenir les piqûres de mous-
tiques. Il est seulement recommandé
aux femmes enceintes d’éviter le
voyage. Et il est conseillé aux femmes
en âge de procréer d’attendre entre
quatre et huit semaines après leur re-
tour avant de planier une grossesse.
Le lien entre des malformations
congénitales chez le fœtus et le
virus n’est toutefois pas encore
prouvé scientiquement…
En eet, il n’y a pour l’heure aucune
certitude absolue. Et même si ce lien
existe, il est vraisemblable que toutes
les femmes enceintes atteintes du
virus ne risquent pas de voir leur fœ-
tus aecté. A l’heure actuelle, nous
ignorons la proportion que cela re-
présente, mais il est probable qu’on
soit loin d’atteindre les 100%.
Les prochains JO auront lieu cet été
au Brésil, un pays particulièrement
touché par le virus. Un risque de
plus de voir ce dernier se propager
ensuite dans le monde entier?
Oui et non. Le virus Zika est déjà
présent dans de nombreux pays, qui
recensent quelques cas isolés.Dans
certaines régions comme la Polynésie
– qui a connu une épidémie entre
2013 et 2014 – la population est
maintenant immunisée. Zika ne peut
donc plus y circuler. Certes, si un
Européen contracte le virus durant
les JO, il pourrait ensuite le propager
de retour au pays, mais ceci tant que
le moustique Aedes y est présent.
De quelle manière le propagerait-il?
En se faisant piquer par un moustique
Aedes local, qui deviendrait un
vecteur du virus et pourrait le
transmettre à d’autres individus.
Nous aurions alors aaire à une
infection autochtone, contrairement
aux cas recensés en Europe jusqu’à
maintenant, qui sont importés.
Le risque d’épidémie existe-t-il donc
en Suisse?
Oui, mais il est minime. La masse de
vecteurs, c’est-à-dire de moustiques,
n’est pas susante pour déclencher
une épidémie à large échelle. L’infec-
tion demeurerait occasionnelle et sai-
sonnière. N’oublions pas que le cli-
mat européen n’est pas le même que
dans les zones touchées par le virus.
Le réchauement climatique ne
risque-t-il pas de changer la donne?
Certes, les moustiques remontent de
plus en plus vers le nord. Mais ces
modications se font très lentement,
on parle ici en termes de décennies.
Par ailleurs, la situation n’a rien de
nouveau. Le moustique est présent au
Tessin depuis 2003 et pourtant aucun
cas autochtone de dengue ou chikun-
gunya n’a été à l’heure actuelle dia-
gnostiqué en Suisse. Or, ces deux ma-
ladies se transmettent également par
le biais des moustiques tigres. Il n’y a
donc pas de raison que le Zika se pro-
page diéremment. Rappelons aussi
que ce dernier est un virus beaucoup
moins dangereux que la dengue. MM
DrGillesEperon,
chef de clinique du
service de
médecine
tropicale et
humanitaire des
Hôpitaux
universitaires de
Genève (HUG).
Votre avis
IngridBezzola
«Je n’ai pas peur du virus Zika et je
n’hésiterais pas à me rendre en Amé-
rique du Sud. En prenant quelques
précautions, bien sûr! Cette histoire
ne m’empêche pas de dormir la nuit.»
JérémieWerkmeister
«Dans l’absolu, je ne crains pas ce
virus. J’irais en Amérique du Sud si j’en
avais l’opportunité. Quant à la Suisse,
je ne trouve pas que la situation y soit
préoccupante.»
MariaVerissimo
«Quand on entend ce qui se passe en
Amérique du Sud, ça fait peur! Et avec
les changements climatiques, les
moustiques pourraient bientôt se dé-
velopper plus facilement en Suisse.»
SOCIÉTÉ |MM07,15.2.2016 | 11