La République et l`islam dans l`Algérie coloniale Lettre de l`émir

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La République et l’islam dans l’Algérie coloniale
Christian Bernard, 15 janvier 2006
Documents supports de la séquence pédagogique
Lettre de l’émir Khaled au président Herriot (3 juillet 1924)
Monsieur le Président,
Les musulmans algériens voient en votre avènement au pouvoir un heureux présage, une ère nouvelle
pour leur entrée dans la voie de l’émancipation. En ma qualité d’un des plus simples défenseurs de la
cause des indigènes de l’Algérie, exilé pour avoir pris ouvertement la défense de leurs intérêts vitaux, j’ai
l’honneur de soumettre au nouveau chef du gouvernement français le programme de nos revendications
primordiales :
1) représentation au parlement, à proportion égale avec les européens algériens ;
2) suppression pleine et entière des lois et mesures d’exception, des tribunaux répressifs, des cours
criminelles, de la surveillance administrative, avec retour pur et simple du droit commun ;
3) mêmes charges et mêmes droits que les Français en ce qui concerne le service militaire ;
4) accession pour les indigènes algériens à tous les grades civils et militaires, sans autre distinction
que le mérite et les capacités personnelles ;
5) application intégrale aux indigènes de la loi sur l’instruction obligatoire, avec liberté de
l’enseignement ;
6) liberté de presse et d’association ;
7) application au culte musulman de la loi de la séparation des cultes de l’Etat ;
8) amnistie générale ;
9) application aux indigènes des lois sociales et ouvrières ;
10) liberté absolue pour les indigènes de toute catégorie de se rendre en France.
Ne se trouvant pas en contradiction avec le programme libéral de votre ministère et de votre parti, nous
avons le ferme espoir que nos légitimes desiderata, ci-dessus exprimés, seront pris en haute
considération.
Veuillez agréer…
E. Khaled, en exil
Document cité dans Claude Collot et Jean-Robert Henry, Le mouvement national algérien, textes de
1912-1954, L’Harmattan, 347 p.1978, p.32
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1
APPEL D’ABD EL-KADER AU JIHAD
Aux tribus d’Oranie, septembre 1839 :
« Mon intention est de recommencer la guerre avec les ennemis de Dieu, non une guerre comme par le
passé, qui n’a pu qu’irriter contre nous notre Seigneur le Prophète, mais une guerre véritablement sainte
où chacun doit s’apprêter à mourir pour chasser les impies et gagner le paradis.
Je ne vous dissimulerai pas cependant que le chrétien est fort, qu’il est puissant, et que nous ne
pouvons réussir que par un accord unanime. Voyez donc, décidez-vous et si vous ne vous sentez pas le
courage de l’aborder corps à corps, donnez-moi de l’argent, beaucoup d’argent, alors je l’attaquerai sans
vous avec mon armée régulière ou je traiterai avec lui pour vous assurer cette honteuse tranquillité que
vous voulez encore pour vos femmes et vos enfants ».
Aux gens de Jijel (octobre 1839)
Sachez que nous ne sommes pas en paix avec l’impie et que nous le chasserons de chez nous, s’il plaît
à Dieu. Nous irons bientôt chez vous; tenez-vous prêts pour la guerre sainte. Dieu ne nous a élevés que
pour faire triompher sa religion et combattre ses ennemis qui adorent plusieurs dieux. Les musulmans
doivent être comme une épine dans les yeux des chrétiens. Salut… ».
Textes cités par Mahfoud Kaddache, L’Algérie des Algériens, T 1, 2003, p.786.
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2
CIRCULAIRE MICHEL 1933
«Il m’a été signalé de divers côtés que la population indigène est inquiétée et troublée par une certaine
propagande que feraient dans ce milieu, soit des pèlerins s’inspirant du mouvement wahabite1 de La
Mecque, soit des pèlerins algériens qui auraient été gagnés aux idées panislamiques, soit enfin des
groupements tels que l’Association des savants musulmans2, fondée en vue de l’ouverture d’écoles
privées arabes où seraient enseignés le Coran et la langue arabe – et qui est en relation suivie avec le
Destour3 tunisien (…).
Cette situation appelle notre plus active vigilance. Il n’est pas possible de tolérer une propagande qui,
sous le masque de la culture islamique ou de réformes religieuses, dissimule une orientation pernicieuse
(…).
Je vous prie donc d’observer avec la plus grande attention les réunions, les conférences organisées par
l’Association des savants musulmans présidée par M. Ben Badis et dont le porte parole attitré est le
cheikh Taïeb El Okbi (…).
Parallèlement une agitation d’origine communiste4 se manifeste dans quelques douars : des individus,
notamment les nommés Radiguet Paul, Rafa Naceur, Ben Ali, parcourent les marchés et circulent dans
les douars(…) Ces deux mouvements, wahabite et communiste(…) nécessitent tout de même de notre
part une surveillance particulièrement active et avisée.5 »
1
Le mouvement wahabite, le wahabisme (s’écrit actuellement le plus souvent wahhabisme) est né en Arabie avec Abd alWahhab fin XVIIIe siècle. Il s’agit d’une lecture fondamentaliste de l’islam, d’une volonté de retour à la pureté des origines –
lutte contre toutes les innovations ou les restes de superstitions païennes – le culte des saints en Afrique du nord est dénoncé.
Notons que de nos jours avec le jihadisme et le terrorisme de Ben Laden, c’est toujours ce même wahhabisme qui est dénoncé.
2
L’Association des oulémas d’Algérie se créé le 22 mai 1931, elle est officiellement déclarée en préfecture à Alger avec pour
but de combattre les fléaux sociaux comme l’alcoolisme, les actes interdits par l’islam. Son siège social est à Alger, cercle du
Progrès, 9 place du Gouvernement. Depuis des années, le cheikh Ben Badis souhaitait réformer l’islam en Algérie et
développer l’enseignement de l’arabe. C’est la célébration triomphale du centenaire de la présence française – 1830- 1930-, qui
précipita la création de cette association de lettrés musulmans réformistes décidés à mettre sur pied en fait un « parti religieux »
capable d’affronter toutes les questions liées à l’islam ainsi que l’administration française. L’Association des oulémas fonde le
même jour une société d’entraide, « Ezzaka » afin de favoriser l’instruction et l’éducation intellectuelle, économique et sociale
des musulmans d’Algérie. Il est logique que l’administrateur Michel y voit un risque de revendication contre la France.
Nationalisme et islam y apparaissent mêlés.
3
Le Destour qui signifie « constitution » est le nom pris en 1919 par un mouvement nationaliste tunisien d’abord modéré puis
franchement indépendantiste avec H. Bouguiba qui crée par scission le Néo-Destour en 34. A cette même date, le nationalisme
algérien est divisé, si Ferhat Abbas déclare « je ne mourrai pas pour la patrie algérienne parce que cette patrie n’existe pas »,
Ben Badis, lui prêche un mouvement d’allure religieux mais à finalité politique. Le rapport Michel craint la généralisation du
nationalisme par le truchement d’un réveil de l’islam.
4
Le jeune parti communiste français issu du Congrès de Tours applique la tactique léniniste de classe contre classe. Jacques
Doriot à la chambre des députés soutien la révolte marocaine d’Abd el-Krim, le rapport Michel là aussi craint une action
communiste en faveur des indigènes. Les militants communistes en Algérie sont alors peu nombreux, la plupart sont des
travailleurs d’origine européenne, très antireligieux, ils ne voient dans l’action des oulémas qu’une réaction obscurantiste
destinée à opprimer les masses indigènes Ils se méfient de ces oulémas sortis de la classe bourgeoise. Les communistes
mettront des années pour sortir de cette « période sectaire ». Ainsi donc, l’administration surveille et l’islam et les communistes
qui tous les deux peuvent apparaître comme mettant en danger la colonisation, mais ce sont deux domaines qui ne s’épaulent
pas à cette époque.
5
Cet extrait est rapporté dans H. Alleg, La guerre d’Algérie T.I p. 19
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