Collectionneur d`insectes

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Collectionneur d'insectes
par Daniel Marin
Ce personnage un peu ridicule est un chasseur de papillons.
Dès son enfance en Russie, il se passionnera pour ces lépidoptères. Fuyant
révolution et guerres, il poursuivra sa quête en Europe, et aux États-Unis.
Bien que sans diplôme, il multiplie les publications scientifiques et classifiera les collections de l'université d'Harvard. Il va devenir une autorité en
ce qui concerne les Lycénidés (azurés et cuivrés). Une espèce nouvelle découverte dans l'Utah sera baptisée Eupithecia nabokovi. Ses collections
(4300 spécimens) sont conservées au Musée cantonal de zoologie de Lausane. Cet homme, vous l'avez maintenant deviné, s'appelle Vladimir NABOKOV. Entre deux chasses, il trouve quand même le temps d'écrire entre
autres, Ada ou l'ardeur et Lolita, son œuvre la plus connue et qui fit scandale en son temps (1955).
Deux reproches sont souvent adressés aux chasseurs de papillons comme NABOKOV et plus généralement aux collectionneurs
d'insectes :
– « Tuer un papillon, c'est mal ».
– « Vous êtes responsables de leur diminution et de la disparition de certaines espèces ».
Effectivement dans l'absolu, tuer est mal. Ce reproche s'adresse surtout aux lépidoptéristes 1. Un papillon est beau, donc c'est mal de le tuer. Il faut cependant relativiser. Qui n'a pas tué chez soi une mite, une araignée,
une blatte (cafard), une guêpe qui nous importune. Tapettes à mouches et insecticides sont largement utilisés. Au jar din, larves et chenilles sont traquées et détruites. Pour épargner toute vie, il faudrait, comme les ascètes Jaïnistes (une
religion de l'Inde) porter un voile devant sa bouche et balayer le sol devant soi pour ne pas avaler, ni écraser
d'insectes.
On pourrait se contenter de les photographier, mais ce n'est pas toujours suffisant pour les identifier. Il
faut les examiner à la loupe et parfois disséquer leurs parties génitales pour déterminer et différencier les espèces.
Les collectionneurs sont-ils responsables de la diminution du nombre des papillons et pour certaines
espèces, de leur disparition ? Des voix s'élèvent pour les en accuser. A cela, je réponds : foutaise, sornettes, billevesées, balivernes ! (je m'arrête, mais j'en ai encore d'autres en réserve). Il est vrai que de nombreuses espèces d'insectes
se raréfient ou disparaissent de certaines régions. Les populations de papillons de prairies par exemple, ont diminué de
moitié en 15 ans.
Cela est dû à la disparition de leur habitat : urbanisation, raréfaction des zones humides, des prairies sèches et
des haies, pratique de l'agriculture intensive, monoculture, utilisation massive de pesticides, changement climatique.
D'autres causes interviennent comme le fauchage des talus qui élimine les plantes indispensables aux chenilles 2,
l'éclairage de nuit qui épuise les papillons nocturnes, les incendies de forêt. (Un ha de forêt en feu, c'est plus de 5 millions d'insectes tués). Bouteilles vides abandonnées et piscines particulières constituent également des pièges à in sectes.
L'hécatombe due à la circulation automobile est considérable. Une étude parue en 1990 dans la revue
Insectes n° 88 (cliquez ici) montre que l'utilisation de plaques engluées fixées à l'avant de voitures a permis de montrer que 66 billions3 d'insectes peuvent être tués chaque année par collision avec les voitures, chiffre auquel il faut
ajouter entre 120 et 200 tonnes d'insectes tués et projetés sur les bas côtés des routes. Ces chiffres ahurissants ne re présentent pourtant qu'une petite partie de la population globale des insectes et ne concernent que des insectes « courants ».
A côté, le nombre d'entomologistes et de collectionneurs est peu élevé et leurs prélèvements déri soires. Inutile d'accumuler les espèces par dizaines. Cinq ou six spécimens suffisent en général pour avoir une idée
des différences entre mâle et femelle, des variations de taille et de couleur, des formes printanières et estivales.
Cependant dans certains cas, des espèces rares ou particulièrement attractives, occupant un faible territoire, peuvent être en danger, car donnant lieu à des trafics comme en Asie du Sud-est ou en Bolivie, où un Agrias
1 Pourquoi alors ne pas reprocher aux botanistes de constituer un herbier?
2 Certaines communes ont adopté exprès un fauchage tardif (août-septembre) des bords de route et des accotements herbeux.
3 Un billion = un million de millions ou 1012.
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amydon boliviensis acheté sur place 20 euros peut valoir jusqu'à 2000 dollars à l'étranger. (cliquez ici)
vue de dessus
vue de dessous
Papillon, ce billet doux plié, cherche une adresse de fleur. Jules Renard
En conclusion, un collectionneur d'insectes se doit d'être raisonnable, de modérer ses prélèvements.
Bien entendu, il doit s'interdire de capturer des insectes protégés comme en France, la Rosalie des Alpes ou l'Isabelle.
Collectionner les insectes ne doit pas être un but en soi, mais un moyen de s'intéresser à eux, à leurs modes de vie,
leur répartition et finalement les aimer et les protéger.
Deux des insectes protégés.
Graelisia isabellae mâle
Rosalia alpina
Une photo ne suffit pas.
Lors d'une sortie à Aumont-en-Halatte, nous avons observé
ces abeilles par dizaines dans le fond d'une sablière abandonnée. Impossible, même avec une photo agrandie de déterminer le genre. J'ai pourtant demandé de l'aide sur des forums spécialisés. Il aurait fallu pouvoir examiner les nervures des ailes afin de savoir s'il s'agissait de Colletes,
d'Halictes ou encore d'Andrènes. Ensuite resterait à trouver
le nom de l'espèce.
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