Introduction
La brucellosebovineest unemaladie animaleréputée contagieuse
sous toutes sesformes(dangersanitaire de première catégorieselon
le décret n° 2012-845)etest égalementunvicerédhibitoire.
La Franceest reconnue officiellementindemne de brucellosebovine
depuis2005(décisionCE/2005/764).Les objectifsdelasurveillance
sontd’apporter la preuve du maintiendecestatut favorabledela
Francevis-à-vis de la maladieetdepermettre unedétection précoce
de touteréapparitiondel’infection.
L’analysedétailléeprésentéeci-après porte sur la Francemétropolitaine.
Dispositif de surveillance
de la brucellose bovine
Il n’ypas eu d’évolutions réglementairesportant sur l’organisation de
la surveillanceetdelalutte contre la brucellosebovinedepuis2010,
dispositif décritdans l’Encadré.Lasurveillancereposeessentiellement
sur la déclaration et lesinvestigations réaliséessuite auxavortements
et sur un dépistage annueldes cheptels.
Lescampagnesdedépistage de la brucelloseenélevagesontorganisées
en saison d’hivernage desanimaux,d’octobreàavril, et nonenannée
civile.Par conséquent, lesrésultats présentésici par annéecivile
correspondent àlafin de la surveillanceorganisée en 2010/2011 et au
débutdelacampagne de surveillanceorganisée en 2011/2012.
Résultatsdes dépistagesetqualifications
Lesdonnées de prophylaxieanalysées pour 2011 portent sur 213065
exploitations soumises àprophylaxie sur les232 520exploitations
bovinesofficiellementindemnesduterritoire dont66,5%ontété
testéespar analyse sérologiquesur sang et 33,5 %par analyse de
lait (Tableau1).
En matièredesurveillancedes avortements,untotal de 61 631
interventions pour 61 707avortements ontété enregistréesen2011
(- 1,4%parrapport à2010), dans 34707exploitations différentes
(-2%parrapport à2010).Ces nombres d’avortements déclaréschez
lesbovins, comme le démontrentderécentesanalyses(Bronner et
al., 2012)restenttrèsprobablementassez en deçà de la réalitédes
avortements réellementobservéssur le terrain.
Maintenirlavigilance
contre la
brucellosebovine
en Franceen2011
Séverine Rautureau (1)(severine.rautureau@agriculture.gouv.fr), BarbaraDufour(2),Bruno Garin-Bastuji (3)
(1)Directiongénéraledel’alimentation,Bureau de la santéanimale, Paris, France
(2)UnitéEpiMAI USCENVA-Anses, Maladies contagieuses, Écolenationale vétérinaire d’Alfort,France
(3)Anses, Laboratoire de santéanimaledeMaisons-Alfort,France
Résumé
La Franceest reconnue officiellementindemnede
brucellosebovinepar la Commission européennedepuis
2005.Aucun foyern’a étérapportéentre 2003 et 2011.La
surveillanceviseàdétecterune réintroduction de l’infection
et àmaintenir ce statut.Elleest fondée sur un dépistage
sérologiqueannueldans lestroupeaux et sur la surveillance
desavortements. La réalisationdecette surveillanceest
globalementsatisfaisante même si la surveillancedes
avortements peutêtreaméliorée.
Mots clés
Maladieréglementée, brucellosebovine, surveillance,
prophylaxie
Abstract
Maintaining vigilance against bovine brucellosis in France
in 2011
France has been recognized as officially freeofbovine
brucellosis by theEuropean Commissionsince 2005 and no
outbreak of this disease hasbeen reported between 2003
and 2011.The nationalsurveillance programme is devotedto
detectany reintroductionofthe disease so as to maintainthis
free status. It consists in an annualserological surveillance
of allcattleherds as well as in abortionnotification. The
implementationofthissurveillanceprogrammeissatisfactory,
butabortionnotificationcould be improved.
Keywords
Regulateddisease,Bovinebrucellosis,Surveillance,Control
Encadré. Surveillanceetpolicesanitairedelabrucellosebovine
Objectif de la surveillance
•S’assurer du maintiendustatut de pays officiellementindemne de
brucellosebovine.
•Détecter précocementtoute émergencechez lesbovinsdomestiques.
Populationsurveillée
Bovins domestiquessur l’ensembleduterritoire national français.
Modalités de la surveillance
•Surveillanceprogrammée
Dépistagesérologique annuelàpartir de prélèvements sanguinssur au
moins20%desanimaux de plus de deux ans,ousur du lait de mélange.
•Surveillanceévénementielle
Déclaration desavortements et investigations/dépistage sérologique
de chaqueavortementetprélèvementpar écouvillon du colde
l’utérus de la femelleayant avorté.Encas de sérologie positive, une
bactériologie est réalisée sur l’écouvillon.
Police sanitaire
La suspiciondel’infectiondébute,soit pardeuxsériesdecontrôles
défavorables suiteaudépistage de prophylaxie, soit suiteàunrésultat
sérologique positif après avortement.
Lors de suspicionsuite auxprophylaxies, un contrôle individuel des
animauxpositifsest réalisé. Si le contrôle est ànouveau positif,les
animauxpositifs sont abattusetdes recherches de Brucella sont
réaliséessur desganglions parculturebactériologique.
Le cheptelest reconnuinfectéquand une Brucella est miseen
évidencesuite àune cultureouquand l’élevagesuspect est en lien
épidémiologiquedirect avec un élevageinfecté(mouvementd’un
animal,…). Le cheptelest alorsplacé sous APDI.
L’intégralité du troupeau est abattu si Brucella abortus ou melitensis
est isolée,ousiilyaeuavortementbrucellique.
Références réglementaires
−Directive64/432/CEEmodifiéeduConseil du 26 juin1964
relative àdes problèmesdepolicesanitaire en matièred’échanges
intra-communautaire d’animauxdes espèces bovine et porcine
fixant lesexigences de policesanitaire applicables auxéchanges
intracommunautairesetaux importations de sperme d’animauxde
l’espèceporcine
−Arrêtédu22avril2008fixantles mesures techniques
et administratives relativesàlaprophylaxie collective et àlapolice
sanitaire de la brucellosedes bovinés
Bulletin épidémiologique, santé animale et alimentationn
o54/Spécial MRE-Bilan2011 13
La répartition destauxdedéclarations d’avortement (Figure1)
indiqueque le taux de déclaration semblebienmeilleur dans les
bassinsspécialisés(Bretagne,Rhône-Alpes, PaysdelaLoire). Il est
comparativementmoindreenAuvergne. Cettehétérogénéitéselon
lesterritoires mériteraitd’êtreexploréefinement, notammentpar type
de production (Fediaevsky et al., 2010), la surveillancedes avortements
étantplusaisée en élevagelaitier intensif qu’enélevageallaitant de
type semi-extensif.
Le nombreréeld’avortements est méconnu. Il est donc difficile
d’interpréter l’efficacité de cettesurveillance sur l’ensembledu
territoire.
Suspicions et confirmations
Suspicions en prophylaxie
Al’échelledes troupeaux, 0,45 %des exploitations testées
(651/141 730) ontprésenté au moinsunrésultatpositif sur sérum en
ELISAmélange ou en épreuve àl’antigène tamponné (EAT).
Parailleurs, 2,3%desexploitations testéessur lait de mélange ont
présenté un résultatpositifàl’ELISA (1 643/71 335) et 191conservaient
un résultat positiflorsdusecondcontrôlesans aucuneconfirmation
de brucelloseultérieure.
Au total,77exploitations ontfaitl’objet d’unesuspicionetd’une
suspensiondequalification en raison de résultats positifsconfirmés
dans le cadredelaprophylaxie par répétition du résultat sur lait ou
obtention de résultatsindividuelspositifssur sang en fixationdu
complément(FC).Les investigations menéesdans le cadredes mesures
de policesanitaire conduitesdans cescheptels ontinclusdes analyses
sérologiques(n=116)et/ou desabattagesdiagnostiques(n=51).
Compte tenu qu’aucun cas de brucellosen’a étéconfirméen2011, tous
lesrésultats sérologiquespositifs sontattribuablespotentiellement
àdes défauts de spécificité(réactions croisées) et/ouàlaqualité de
réalisationpratiquedes tests.
Tableau 1. Distribution régionaledunombred’exploitations en prophylaxie(données disponibles) et suspicions sérologiques et cliniques
Région
Exploitations dépistées Cheptels recontrôléssuite
auxdépistages Suspicions suiteaux prophylaxies Avortement
Total
Dépistage sur lait
Total
Dépistage sur lait Cheptels
suspendus
suiteà
prophylaxie
Animaux
positifs
suiteau
recontrôle
Abattage
diagnostique
Intervention
suite
àaumoins
un avortement
Sérologie
positive suite
àavortement
Nombre %Nombre%
Alsace 2305 792 34,4 30 10 33,3 0205970
Aquitaine13023 1581 12,1 000 6522586 2
Auvergne16754 4601 27,5 175147 84 4752759 0
Basse-Normandie 18 872766440,6127 58 45,7 1215526 1
Bourgogne 10225968 9,5735676,711673408 1
Bretagne 2327613591 58,4 73 14 19,2 11012 3431
Centre 5509 97317,7150 90 60 11001628 0
Champagne-Ardenne5187200238,6272 23787,123116361
Corse902 00400 00020
Franche-Comté 6356 4269 67,2 157115 73,2 5632136 0
Haute-Normandie 6835 2361 34,5 85 63 74,1 1011447 0
Île-de-France435 97 22,3 24 937,500020 0
Languedoc-Roussillon2822530 18,8 370298 80,5 252384 0
Limousin 10074899 8,97579,37761009 0
Lorraine 8839 3445 39 85 53 62,4 13 29 12 3141 2
Midi-Pyrénées 18666 3194 17,1 21 29,5 0222697 0
Nord–Pas-de-Calais9149396343,3174 1609234126720
PaysdelaLoire24303 10 30842,4103 71 68,9812 391511
Picardie 5639 2437 43,2 152150 98,74411447 0
Poitou-Charentes 6745 1067 15,8 20 13 65 2001603 0
PACA 1148 15613,60000301560
Rhône-Alpes16001 6437 40,2 1249072,66845283 2
Total213 06571335 33,5 2294 1643 71,677116 51 61 63111
Figure1. Répartitiondépartementale du taux d’exploitations
soumises àprophylaxieetayant déclaréaumoins un
avortementen2011(en %) (les codes couleurscorrespondent
auxintervalles de répartitiondupourcentagededéclaration,
le vert clair correspond àl’intervalle]0% ;10%], le vert foncé
correspond àl’intervalle]40%;84%])
30 -40
20 -30
>40
10 -20
<10
0
14 Bulletin épidémiologique, santé animale et alimentationn
o54/Spécial MRE-Bilan2011
Suspicions d’avortements
Seuls11des 61 707avortements déclarésont étéassociésàunrésultat
sérologique positif,soit 0,018%.Les recherches bactériologiques
réaliséesconsécutivementpar leslaboratoiresagrééspourlediagnostic
direct n’ontconduit àaucun isolementdeBrucella.
Au total, sur l’année 2011,88exploitations ontfaitl’objet d’un APMS
contre 206en2010.
Aucun cas de brucellosen’a étédétecté en 2011 et l’incidence de
l’infectionest nulledepuis2004 (Figure2).
Aspects financiers
En 2011,l’Étataengagéprèsde3,6 millions d’eurospourlasurveillance
de la brucellosebovine, soit unebaissede2%par rapportà2010.
Environ78% de cettesomme aété consacréeaux honoraires
vétérinaireset14%aux frais de laboratoire.
Discussion
La situation sanitaire de la Francevis-à-vis de la brucellosebovine
en 2011 demeureexcellente.Lenombredesuspicions et le nombre
d’élevages dontlaqualification aété suspendueont diminuéen
2011 par rapportà2010enraison deschangements dans lesrègles
décisionnelles introduites dans la réglementation en 2010.Ils’agit
notamment desinvestigations quisontdésormaismises en œuvre
quesiunrésultatpositif est obtenu àl’EAT ou àl’ELISA et àlaFC.
On peut considérer queleterritoireest surveillédemanière
satisfaisante et queles résultats de cette surveillancepermettentde
démontrer qu’ildemeureindemne.
Toutefois,sicertaines régions montrentunassez bontaux
d’exploitations déclarant desavortements (supérieur à30%), cette
déclaration demeureglobalementinsuffisantepourdonner au
dispositif de surveillanceclinique touteson efficacité,dans un contexte
indemne où celui-ciest classiquementl’indicateur le plus performant
d’uneréintroductiondelabrucellose.
Le dispositif devradonc être amélioré en termes d’implications
desprofessionnelsdemanière àfaire progresser la déclaration des
avortements.Pouraméliorerlasensibilisationàlasurveillancedes
avortements,ilest vraisemblablementnécessaireque celle-ci soit
dédiéenon seulementaux maladies réglementées telles quela
brucellosemaisaussi auxautresmaladiesd’intérêt collectif(Fièvre Q)
ou individuel pour l’éleveur en permettant un diagnostic différentiel.À
cette fin, un programme de surveillancedelafièvre Q, autrezoonose
abortive desbovins, importanteensanté publique, adébutécourant
2012.Ceprogramme s’appuieraenpartiesur le dispositifdesurveillance
desavortements,potentialisantainsi ce dispositif pour lequel la quasi-
totalitédes prélèvements autres quesanguins(écouvillons)nesont
jusqu’àprésentpas valorisés pour la recherchedelabrucellose.
Références
Bronner,A., Rautureau, S.,Touratier,A., Gay, E.,Calavas, D.,2012.
La surveillancedelabrucelloseàpartir de la déclaration obligatoire des
avortements bovins:quellecapacité de détectionprécoce?Bull. Epid.
SantéAnim. Alim.52, 14.
Fediaevsky,A., Barbara, B.,Garin-Bastuji,B., 2011.Maintenir la vigilance
contre la brucellosebovineenFranceen2010. Bull.Epid.Santé Anim.
Alim.46, 10.
Figure2.Évolution de l’incidence (nombreettaux) descheptels infectésdebrucellosebovineenFrance de 1995 à2011.
Sur l’ordonnéedegauche:nombredenouveauxfoyersannuels (barres),sur l’ordonnéededroite:taux d’incidence annuel en %(points)
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2011
0
0,0002
0,0004
0,0006
0,0008
0,0010
0,0012
0,0014
0,0016
0,0018
0
100
200
300
400
500
600
700
Incidence
Taux d'incidence
2010
Bulletin épidémiologique, santé animale et alimentationn
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