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Chapitre 2.1.2. — Stomatite vésiculeuse
A. INTRODUCTION
La stomatite vésiculeuse a été décrite aux Etats-Unis d’Amérique (USA) en 1926 (18) et 1927 (7) comme une
maladie vésiculeuse affectant les chevaux et, un peu plus tard, les bovins et les porcs. Le virus engendre
l’apparition de vésicules sur la langue, les lèvres, les muqueuses buccales, les trayons et le bourrelet coronaire
du pied des bovins, chevaux, porcs, ainsi que chez d’autres espèces animales domestiques ou sauvages. De
nombreuses espèces d’animaux de laboratoire sont également sensibles. La maladie est confinée au continent
américain ; cependant elle a été décrite en France (en 1915 et 1917) et en Afrique du Sud (1886 et 1897) (11).
Des signes grippaux, habituellement sans présence de vésicules, ont été observés chez l’homme en contact avec
des animaux malades ou avec du virus infectieux. Toute manipulation de virus de la stomatite vésiculeuse, y
compris de matériel infectieux issu d’animaux malades, doit être réalisée en appliquant les procédures de
biosécurité adéquates.
Il existe 2 grands types immunologiques de virus, New Jersey (NJ) et Indiana (IND). Ces 2 virus font partie du
genre Vesiculovirus et de la famille des Rhabdoviridae. Ils ont fait l’objet de nombreuses études moléculaires.
Plusieurs autres rhabdovirus apparentés ont été isolés d’autres animaux malades au cours des dernières
décennies. Ces souches dénommées Salto-Argentina/63 et Alagoas-Brazil/64 sont considérées respectivement
comme les sous-types 2 et 3 du sérotype IND (8). D’autres souches du sérotype NJ et du sous-type IND-1 ont été
isolées dans des zones où la maladie sévit à l’état enzootique : Sud-Est des USA, Mexique, Amérique Centrale,
Panama, Venezuela, Colombie, Équateur et Pérou. La souche IND-2 Salto-Argentina/63 a été isolée de chevaux
en Argentine en 1963. Cette souche, ainsi que la souche Maipù-Argentina/86 et 2 autres isolées en 1966 et
1979 au Brésil, ont été classées dans le même sous-type, et elles n’affectent que les chevaux (2, 3). Les bovins
cohabitant avec les chevaux atteints ne présentent pas de séroconversion (2). Le sous-type IND-3, représenté
par la souche IND-3 Alagoas-Brazil/64, a été isolé sporadiquement au Brésil uniquement. Jusqu’en 1977, les
souches du sous-type IND-3 n’ont été isolées que du cheval. La souche IND-3 Espinoza-Brazil/77 fut la première
souche à être isolée de bovins. Les souches IND-3 connues pour affecter les bovins sont moins pathogènes pour
les chevaux (2, 3). Ces faits confirment les premières descriptions de la maladie, en 1926 et 1927 (7, 18), mettant
en évidence les sérotypes NJ et IND chez les chevaux et, dans une moindre mesure, chez les bovins et chez les
porcs.
Le mécanisme de transmission du virus n’est pas encore bien défini. Le fait que le virus ait été isolé de stomoxes,
de moustiques et d’autres insectes sous-tend l’hypothèse qu’il pourrait être transmis par les insectes (6, 10, 17).
D’autres hypothèses font état du fait que le virus de la stomatite vésiculeuse pourrait être un virus végétal présent
sur les pâturages (17) et que les animaux seraient l’extrémité de la chaîne épidémiologique : dans certaines
circonstances, le virus pourrait s’adapter de façon à pouvoir infecter des animaux, processus qui serait suivi par
un mode de transmission directe entre animaux d’espèces sensibles. Au cours de l’épizootie de 1982 dans
l’ouest des USA, un certain nombre de cas ont été observés dont la transmission se faisait directement d’animal à
animal (20). Bien que la SV n’ait pas été mise en évidence aux USA chaque année dans le bétail, elle est
considérée comme enzootique chez le porc retourné à l’état sauvage sur l’île d’Ossabaw en Géorgie (5).
L’incidence de la maladie peut-être très variable dans les troupeaux infectés. Normalement, 10 à 15 % des
animaux présentent des signes cliniques. Les manifestations cliniques sont plus fréquemment visibles chez les
adultes. Les bovins et les chevaux de moins de 1 an sont rarement affectés. La mortalité est quasiment nulle
dans les 2 espèces. Cependant, on peut observer un taux de mortalité élevé chez les porcs atteints par le virus
NJ. Les animaux malades recouvrent leur état normal en 2 semaines. Les complications d’importance
économique les plus couramment observées sont des mammites et des chutes de production dans les troupeaux
laitiers (16). Aux USA en 1995, 1997 et 1998, ce sont les 2 sérotypes NJ et IND-1 qui étaient à l’origine des
foyers primaires, n’engendrant de signes cliniques que chez les chevaux, alors que seule une séroconversion
était observée chez les bovins.
B. TECHNIQUES DE DIAGNOSTIC
La stomatite vésiculeuse ne peut être valablement différenciée cliniquement de la fièvre aphteuse (FA), de
l’exanthème vésiculeux (EV) et de la maladie vésiculeuse des suidés (MVS) lorsque les chevaux ne sont pas
affectés. Un diagnostic précoce de laboratoire devra être d’urgence mis en œuvre lors de toute suspicion de
stomatite vésiculeuse.
La collecte des échantillons et les techniques utilisées pour le diagnostic de la SV doivent être en accord avec la
méthodologie utilisée pour le diagnostic de la FA, de l’EV ou de la MVS afin de faciliter le diagnostic de ces
affections vésiculeuses. A noter que le virus de la SV est pathogène pour l’homme et que des précautions
particulières doivent être prises lorsque l’on manipule des tissus potentiellement infectés par le virus (voir le
Chapitre I.1.6., « La biosécurité au laboratoire de microbiologie vétérinaire »).
148 Manuel terrestre de l’OIE 2005