
• Octobre / Novembre 2016 / 23
de dégager des économies pour la
société en général.
La discussion se poursuit au
sujet de la transparence des
informations en pharmacie,
notamment en ce qui concerne les
honoraires. Qu’en dites-vous ?
BP : Très souvent, les patients ne sont
pas au courant de tout ce qui se passe
dans l’environnement de la pharmacie
et qu’il est possible de changer de
pharmacie. Pourtant, les mécanismes
en place sont très faciles à utiliser. Il y a
donc de l’éducation à faire. En ce qui
concerne la transparence des prix, peu
de patients savent que les prix peuvent
varier d’un établissement à un autre. On
peut appeler n’importe quel pharmacien
pour s’informer, mais cela s’avère un
travail laborieux. Pour le rendre plus
accessible, on met les informations en
ligne. Le client remplit un formulaire et
obtient le prix du confort de son salon.
Qui est votre client cible ?
KD : C’est certain que les personnes
qui aiment aller sur place, dans les
pharmacies, ne représentent pas notre
type de clientèle. Celles qui vont faire
a aire avec nous sont les personnes très
à l’aise avec la technologie. Nous
essayons d’o rir un service clé en main
pour que le patient n’ait pas besoin de
penser à quoi que ce soit sauf de prendre
ses médicaments.
Vous avez fait beaucoup parler de
vous en août dernier alors qu’une
menace de grève planait chez
Postes Canada. Cela a dû vous
inquiéter ?
KD : Nous avons bien sûr examiné
di érentes options. En temps normal,
nous envoyons les médicaments sept
jours à l’avance par la poste pour être
certains qu’ils arrivent à temps. Nous
avons des protocoles très stricts et avons
fait des essais rigoureux pour nous
assurer que le médicament arrive en
bonne condition. Pour les médicaments
thermosensibles, comme l’insuline,
nous utilisons les services de Purolator;
pour les autres c’est par la poste.
Comment répondriez-vous à ceux
qui diront qu’une pharmacie n’est
pas simplement un service de
distribution ?
KD : Nous voulons rassurer les gens que
la nôtre est une pharmacie comme les
autres. La seule di érence est que le
patient n’est pas obligé d’aller chercher
son médicament en succursale. En
matière de suivi, nous nous assurons que
le patient comprend bien ce qu’il prend.
S’il y a des e ets secondaires, nous
communiquons avec lui pour régler la
situation et nous avons toujours un
pharmacien de garde les ns de semaine
en cas d’urgence. Nous faisons tout ce
que fait une pharmacie; c’est seulement
le mode de distribution qui change.
Vous affi rmez vouloir favoriser
l’utilisation des médicaments
génériques ? Pourquoi ?
BP : Souvent les patients ne sont même
pas au courant de l’existence des
médicaments génériques, qu’ils coûtent
moins cher. Il y a évidemment certains
médicaments qu’on ne peut pas
remplacer en cours de traitement. Mais
lorsque c’est possible du point de vue
thérapeutique, nous informons un
patient, qui prend l’original, qu’un
générique est disponible. Il existe aussi
une croyance selon laquelle ce dernier
serait moins bon que l’original, donc il y
aura de l’éducation à faire. Du côté de
la Régie de l’assurance maladie du
Québec (RAMQ ) on a tranché: le
patient peut prendre l’original, mais il
ne sera remboursé qu’au prix du
générique. Beaucoup de régimes privés
ont emboité le pas, mais ce n’est pas
encore généralisé.
Il y a donc de l’éducation à faire
chez les personnes couvertes par
un régime privé ?
BP : Étant donné que c’est un pot
commun, certains participants pensent
peut-être que s’ils ne s’en servent pas
quelqu’un d’autre le fera. Mais on est
rendu à un point de rupture où c’est
tellement onéreux pour les employeurs
d’o rir un régime d’assurance collective
que s’ils doivent couper, c’est l’employé
qui se retrouverait avec la couverture de
la RAMQ – d’où l’incitatif à l’achat du
générique. Mais il pourrait aussi perdre
d’autres avantages sociaux, pas juste
l’accès à certains médicaments. Il faut
donc faire comprendre au participant
que c’est en quelque sorte lui qui paie.
Toutefois, il est toujours diffi cile
d’avoir une conversation sur
l’argent quand on parle de la
santé des gens.
BP : Le patient qui vient de recevoir un
diagnostic n’est souvent pas dans un
état d’esprit d’aller demander à dix
pharmacies quels sont leurs prix pour
un médicament X. On veut l’avoir tout
de suite et on est pratiquement prêt à
payer un premium pour avoir son
antibiotique. Pour les médicaments
chroniques, il y a le même phénomène
au début. Mais à un moment donné, on
peut estimer que le patient devient à
l’aise à se pencher sur le côté nancier,
donc c’est plus à partir de ce moment-là
qu’il regardera l’impact nancier et
magasinera ses médicaments. C’est plus
loin dans le processus décisionnel.
KD : Le pharmacien o re un service
pharmaceutique, dont le prix est une
composante. Si un patient n’est pas
La pharmacie québécoise 2.0
« On est rendu à un
point de rupture où
l’assurance collective
est onéreuse pour
l’employeur. »
Benoit Picard
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