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l’exigence d’égalité ; le point sur lequel il n’est pas envisageable de céder, pour les avocats de la
restauration d’un islam pur de toute intrusion considérée comme étrangère.
11 L’apostasie (ridda) signifie la sortie de l’islam, soit qu’un individu la déclare publiquement, soit
que ses actes signalent une telle sortie. Les sanctions de l’apostasie sont les peines appliquées, au terme
d’un procès, à l’apostat s’il ne se repent pas et ne revient pas à l’islam. Ceux qui défendent la thèse
d’une sanction mondaine de l’apostasie préconisent presque toujours la peine de mort. Les
conséquences de l’apostasie sont les effets juridiques et sociaux de cette sortie de l’islam, à savoir
l’invalidation de tous les contrats passés par l’apostat, ce qui inclut les contrats de mariage et la
possibilité d’hériter (il arrive qu’un individu intente un procès en apostasie contre l’un de ses proches
pour le déshériter et toucher sa part d’héritage, par exemple).
12 Suivant la position des institutions religieuses islamiques officielles en Egypte actuellement, la
sortie de l’islam doit être sanctionnée ici bas dans le cas où elle s’accompagne d’actes de provocation
susceptibles de troubler l’ordre et la morale publics. C’est par conséquent la portée sociale et politique
de la conversion et non sa dimension proprement religieuse qui est réprouvée. Elle n’est donc tolérée
que si elle n’est pas rendue publique et par conséquent pas officialisée (Soliman 2008).
13 Cependant, plusieurs voix, minoritaires, se sont élevées pour démontrer qu’en islam il n’y a rien
de tel que la sanction de l’apostasie et que celle-ci a souvent été un instrument utilisé par le souverain
pour se débarrasser d’individus indésirables. Depuis Muhammad ‘Abduh (1848-1905), qui est considéré
comme l’un des pères du courant dit « réformisme » musulman , telle est la position, par exemple, de
Gamâl al-Bannâ. Pour sa part, le Dr al-‘Alwânî, dans un ouvrage récent[15] [15] « Pas de coercition en
religion » (la ikrâh fi al-dîn),...
suite, montre que le hadîth sur lequel se basent les partisans des sanctions mondaines de l’apostasie ne
devrait pas être considéré comme valable en tout temps et en tout lieu puisqu’il venait en réponse à un
événement particulier, spatialement et temporellement circonscrit. En effet, écrit al-‘Alwânî, reprenant
l’argumentation de Muhammad ‘Abduh, le hadîth « man badala dînahu fa uqtulûh » (« celui qui
abandonne sa religion – l’islam- tuez-le »), rapporté par Bukhârî[16] [16] Le premier des six recueils
(quatre dans le chiisme) qui...
suite, doit être interprété comme une riposte aux tentatives de sédition évoquées dans la sourate « al-
‘Amrân » : « Parmi les gens du Livre, certains ont dit : le matin, accordez foi au livre révélé (des
mahométans) ; le soir, abandonnez cette foi ; ainsi délaisseront-ils leur religion » (Le Coran, « al-
‘Amrân », 71). Plus encore, al-‘Alwânî met en exergue les versets du Coran qui indiquent que l’on ne
saurait attribuer au Prophète quelque fonction politique. Enfin et surtout, le Coran ne permet pas de
décider en faveur d’une sanction mondaine de l’apostasie et laisse à Dieu le pouvoir de trancher et de
décider de la sanction.
Les autres débats actuels autour des cas de conversion : communautaristes et laïcs