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revue
impliqués dans l’émergence, la réémergence ou la per-
sistance des maladies infectieuses dans le monde. En
particulier, leur capacité d’adaptation permet l’apparition
continue de nouvelles souches ou variants échap-
pant au système immunitaire de leur hôte ou encore
l’acquisition de propriétés de résistance aux traitements.
Cette faculté d’évolution constitue une des principales
causes d’émergence ou de réémergence de ces agents patho-
gènes.
Dans les populations humaines (ensemble des individus qui
occupe simultanément un même environnement), il apparaît
que la diversité spécifique en agents pathogènes et para-
sitaires n’est pas distribuée de manière aléatoire [2]. Elle
montre une distribution géographique assez proche de celle
que l’on connaît pour de nombreux groupes d’animaux et de
végétaux en biogéographie [3] : les pathogènes sont concen-
trés dans les zones intertropicales et en particulier sur
le continent africain. Cette diversité maximale s’explique
sans doute par la richesse exceptionnelle en espèces
animales, représentant autant de réservoirs et vecteurs
de micro-organismes potentiellement pathogènes pour
l’homme.
Mais des changements écologiques survenus dans de
nombreux endroits de la planète ont provoqué le déplace-
ment géographique d’agents pathogènes, qui se retrouvent
aujourd’hui au sein de populations démunies de toutes
formes de résistances. Par exemple, le virus du Nil Occi-
dental a été introduit en 1999 aux États-Unis, où il a induit
une épidémie majeure chez les chevaux, les humains et les
oiseaux. Le déplacement des agents pathogènes est de plus
favorisé par le développement des transports qui permet
une diffusion extrêmement rapide et efficace des micro-
organismes à travers le monde [4].
L’ensemble de ces facteurs contribue au maintien des
agents causatifs de maladies infectieuses et peut-être même
à leur diversification. Mais d’autres facteurs aggravants,
directement connectés à la distribution géographique et
aux mouvements des agents pathogènes, peuvent favori-
ser la diffusion d’une épidémie. En effet, la taille de la
population mondiale augmente continuellement, induisant
l’accroissement du nombre d’individus sensibles, ce qui
peut potentiellement accroître l’importance et la durée des
épidémies. L’étude de Jones et al. [5] montre d’ailleurs
que parmi les quelques facteurs explicatifs d’émergences
d’agents pathogènes utilisés dans leur analyse, la densité
humaine est incontestablement celui qui présente le pouvoir
explicatif le plus important.
Dans la plupart des cas, ces émergences sont associées à la
capacité des pathogènes à passer de populations d’animaux
domestiques et/ou sauvages aux populations humaines [6].
On parle alors de zoonose émergente. Cette dynamique de
transmission dépend en partie des mécanismes de défense
de l’hôte [7], mais aussi des caractéristiques de l’agent
pathogène. Or, il est souvent difficile de connaître la trans-
missibilité, le pouvoir pathogène ou encore le potentiel
pandémique d’un agent émergent. Il peut alors être utile de
comparer différentes situations théoriquement plausibles.
De plus, devant les problèmes de santé publique globale
associés à la circulation d’agents infectieux, il est impor-
tant de développer des outils performants permettant à
la fois de prédire une éventuelle menace de pandémie
et d’évaluer l’impact des différentes politiques de santé
publique sur la propagation de maladies infectieuses. Ces
outils doivent être suffisamment souples pour être adap-
tés à un large éventail de situations. Ils doivent notamment
pouvoir représenter divers types de caractéristiques démo-
graphiques des populations ou permettre de tester différents
types d’interventions (vaccination, antiviraux, confinement
des individus malades, interventions de masse...). Dans
ce contexte, outre l’acquisition de données sur le ter-
rain et en laboratoire, le développement et l’utilisation
de modèles mathématiques peuvent se révèler très
utiles [8].
Les virus influenza, agents de la grippe, apparaissent
comme de bons candidats pour illustrer l’utilité des modèles
mathématiques. En effet, ils sont à la fois responsables
d’épidémies annuelles, mais aussi sont régulièrement cités
comme potentiels agents de pandémies. L’origine des virus
pandémiques humains proviendrait de recombinaisons à
partir de virus influenza A circulant naturellement dans les
populations d’oiseaux sauvages et domestiques. De plus, le
virus de la grippe possède une capacité à évoluer rapidement
pour contourner la réponse immunitaire de l’hôte, comme
l’illustre la nécessité de réactualiser le vaccin contre ce virus
à chaque nouvelle épidémie annuelle (OMS [9]). Différents
facteurs, et en particulier des facteurs sociaux, écologiques
et évolutifs sont responsables de ces dynamiques complexes
d’émergences de nouvelles souches pandémiques et de per-
sistance de souches en constante modification. L’évolution
rapide des virus grippaux contribue à la complexité de leurs
dynamiques épidémiologiques, d’autant plus qu’il est dif-
ficile de séparer écologie et évolution d’un point de vue
temporel. Le but de cet article n’est pas de proposer une
présentation exhaustive des modèles mathématiques uti-
lisés en épidémiologie, mais plutôt de se concentrer sur
certains de ces modèles pour mettre en avant leur utilité
pratique dans la compréhension de la circulation des virus
influenza.
Qu’est ce qu’un modèle mathématique ?
Le recours aux modèles mathématiques est assez ancien
en épidémiologie [10, 11], mais depuis quelques années,
on observe une augmentation très importante du nombre
364 Virologie, Vol 15, n◦6, novembre-décembre 2011
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