THEATRE ET ARTS DE LA SCENE Les Oiseaux 11/03/13 1

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THEATRE ET ARTS DE LA SCENE
Les Oiseaux
Délégation Académique à l’Action Culturelle de Caen
11/03/13
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THEATRE ET ARTS DE LA SCENE
Les Oiseaux
11/03/13
―SOMMAIRE―
Première partie : avant la représentation
Un parcours pédagogique autour de la différence
Crédits
Des oiseaux d’Aristophane aux Oiseaux de Madeleine Louarn
Un exemple de parcours pédagogique
I. Les attentes du spectateur :
Le titre
Liste des personnages
Le genre
Résumé et contextualisation
II. Un projet singulier : pluridimensionnel, avec une compagnie d’adultes handicapés :
Note d’intention de Madeleine Louarn
Une création pluridimensionnelle : danse, musique avec des remarques sur le théâtre antique
La singularité des acteurs de l’atelier Catalyse…
Bilan et Vade-mecum
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Le texte des Oiseaux d’Aristophane existe en plusieurs traductions ; parmi celles-ci, on peut relever la traduction
modernisée et drôle de Raymond Debidour chez Gallimard, l’adaptation truculente et récente de Serge Valetti sous le
titre Las Piaffas aux éditions la Chamaille.
Pièces à vivre : une série de dossiers pédagogiques conçus en partenariat par la Délégation Académique à
l’Action Culturelle de l’Académie de Caen et les structures théâtrales de l’académie à l’occasion de spectacles accueillis
ou créés en Région Basse-Normandie.
La fréquentation des spectacles par les classes n’étant ni un exercice tout à fait ordinaire ni une simple sortie, la
Délégation Académique à l’Action Culturelle de l’Académie de Caen vous propose la souplesse d’un « parcours »,
ensemble de trois spectacles programmés dans des structures artistiques proches en région Basse-Normandie et
accompagnés par des dossiers pédagogiques en amont et en aval ; les enseignants et les classes peuvent selon leurs
besoins et leurs projets assister à un, deux ou aux trois spectacles concernés, et utiliser tout ou partie du parcours
pédagogique proposé. Pour chaque spectacle, le dossier se divise en deux parties, destinées l’une à préparer le
spectacle en amont, l’autre à analyser la représentation.
Le théâtre est vivant, il est crée, produit, accueilli souvent bien près des établissements scolaires ; les dossiers
des « Pièces à vivre », construits par des enseignants en collaboration étroite avec l’équipe de création, visent à fournir
aux professeurs des ressources pour exploiter au mieux en classe un spectacle vu. Retrouvez ce dossier, ainsi que
d’autres de la même collection et des ressources pour l’enseignement du théâtre sur le site de la Délégation
Académique à l’action Culturelle de l’Académie de Caen :
http://www.discip.ac-caen.fr/aca/
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THEATRE ET ARTS DE LA SCENE
Les Oiseaux
11/03/13
Un parcours pédagogique autour du thème de la
différence
Ce dossier constitue le deuxième volet d’un parcours explorant trois pièces adaptées pour le collège et jouées au CDN
de Caen :
-Le Terrier, de Jean Lambert-Wild, d’après la nouvelle de Franz Kafka, du 4 au 7 décembre 2013 ;
-Les Oiseaux, M.E.S. de Madeleine Louarn, d’après la pièce d’Aristophane, du 2 au 5 avril 2013 ;
-L’Astronaute, M.E.S. Eric de Dadelsen, d’après le roman Le Bizarre Incident du chien pendant la nuit
de Mark Haddon, du 14 au 16 mai 2013.
Pour une présentation des objectifs et de la progression de ce parcours voir le dossier consacré au Terrier.
Les Oiseaux
D’Aristophane
M.e.s : Madeleine Louarn
Chorégraphie : Bernardo Montet
Adaptation : Frédéric Vossier
Collaboration artistique : Jean-François Auguste
avec les comédiens de l’atelier Catalyse :
Tristan Cantin, Claudine Cariou,
Christian Liset, Anne Menguy, Christelle Podeur,
Jean-Claude Pouliquen et Sylvain Robic
souffleuse : Stéphanie Peinado
accompagnement pédagogique et souffleuse : Erwana Prigent
scénographie : Marc Lainé
lumière : Michel Bertrand
son : David Segalen
vidéo : Jérôme Leray
costumes : Claire Raison
régie générale : Jean-Luc Briand
couturières : Claire Shartz et Ludivine Mathieu
Durée 50 minutes
Mardi 2 avril à 20h30
Mercredi 3 avril à 19h30
Jeudi 4 avril à 19h30
Vendredi 5 avril à 10h et 14h
A la comédie de Caen, Théâtre des Cordes
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THEATRE ET ARTS DE LA SCENE
Les Oiseaux
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Avant la représentation
Des Oiseaux d’Aristophane aux Oiseaux de Madeleine
Louarn
Pour ce spectacle créé en septembre 2012, Madeleine Louarn met en scène une des comédies satiriques les plus
fantaisistes du fantasque et âcre Aristophane - Les Oiseaux, ou la mise en délire en temps de crise (politique, morale,
religieuse) des fantasmes utopistes :
Condamné ou méprisé selon les temps pour sa verve hénaurme, paillarde au plus haut point – et que les traductions
souvent affadissent, les comédies d’Aristophane représentent le sommet de la Comédie Ancienne, cet art de la satire et
de l’attaque ad hominem coloré : que ce soit le bellicisme contemporain ou l’influence pernicieuses des démagogues et
des sophistes de son temps sur les mœurs athéniennes, Aristophane a attaqué ses contemporains avec énergie et
fantaisie (sa pièce Les Nuées fut peut-être un événement déclencheur du procès de Socrate, montré comme un
sophiste pédant dévoyant la jeunesse), et peut-être une trop grande efficacité (les attaques ad hominem au théâtre
furent interdites sous les Trente Tyrans).
Utopiste, la pièce Les Oiseaux l’est, offrant le projet d’une utopie aérienne où les oiseaux seraient les fondateurs d’une
Cité idéale loin des hommes et profitant des fumets de leurs sacrifices au détriment des dieux – un triomphe car les
hommes méchants (significativement : prêtes et avocats…) en sont chassés et les dieux, des sots, en sont jaloux – et
cependant, la chute de la pièce, un mariage trop idéal et irréel pour qu’on y croit, et le triomphe final d’un tyran
dénoncent l’échec de l’utopie. Satirique, par contrecoup, donc cette pièce l’est aussi : ce projet naît de l’impulsion de
deux citoyens athéniens ayant fui leur cité, ses procès, sa corruption – manière de dénoncer le dévoiement politique
d’Athènes.
L’adaptation du texte par Frédéric Voissier a visé à capter ce qui parle encore à notre temps tout en le rendant apte au
travail de la compagnie menée par Madeleine Louarn et composée d’adultes handicapés mentaux.
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Les Oiseaux
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Un exemple de parcours pédagogique bref s’appuyant
sur ce dossier
Tenant compte du temps limité réel dont un groupe dispose pour préparer la rencontre avec une œuvre, nous vous
proposons un schéma de parcours s’appuyant sur les données de ce dossier et réalisable dans un temps raisonnable :
1 à 2 heures.
Ces étapes visent à créer l’envie de voir le spectacle autant qu’une disposition à bien y assister. Il s’agit de travailler
sur les attentes du spectateur, faire découvrir la comédie ancienne et préparer les élèves à se confronter à un projet
singulier à plusieurs niveaux (pluralité des plans esthétiques, composition de la compagnie).
1er temps : les attentes du spectateur.
On part de ce questionnement : comment mettre en scène des oiseaux et pourquoi ? Travail autour de l’écriture
d’invention : imaginer la fable depuis le titre.
2e temps : découvrir l’ancienne comédie.
On propose une présentation d’Aristophane, de la Comédie Ancienne et on fait jouer quelques répliques sur différents
tons.
3e temps : se préparer à découvrir un projet singulier.
Evoquer la dimension plurielle du travail de la compagnie et, ayant indiqué que la compagnie est composée d’adultes
handicapés mentaux, leur demander de réfléchir aux difficultés liés au travail de ces acteurs, de l’intérêt à les faire
travailler.
4e temps : constitution d’un bilan de cette approche théorique et pratique sous forme de questionnaire pour l’abord du
spectacle :
Ce à quoi je dois être attentif : quelle place des acteurs et quel jeu ? quels rapports au texte ?
Ce que j’ai formulé comme hypothèses : sur le style, le rythme, le rapport à l’espace… Et une confrontation avec elles.
On peut envisager que les élèves restituent leur avis sous forme de critique de presse, de lettre (programme de 4 e), ou
à la manière d’un critique en s’appuyant sur le dossier de presse (préparation à la rédaction argumentative pour le
brevet : défendre un avis)…
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Les Oiseaux
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Les attentes du spectateur :
Le titre
Il est envisageable de travailler en amont sur les attentes du spectateur suscitées par le titre, le genre, les affiches.
Qu’attend du spectacle, que suppose un spectateur lorsqu’il accède à ces informations ?
Avant de communiquer le titre de la pièce à laquelle les élèves assisteront, on leur demande d’énumérer des titres de
pièces, que l’on note au tableau. Une nébuleuse peut apparaître, privilégiant des titres de pièces de Molière, sans
doute.
On réfléchit alors à cette question : qu’est-ce qu’un titre de pièce ? quels types d’informations peut-il
véhiculer ?
Sans doute pourront-ils constater que ce titre désigne :
-un nom ou surnom de personnage éponyme (George Dandin, Le Tartuffe, Le Cid, Phèdre…) ;
-un caractère (L’Avare, …) ;
-un type social (monstrueux : le Bourgeois gentilhomme…)
-un prototype de situation (Le Médecin malgré lui…)
-L’annonce d’un genre : (on pourra procéder à un travail de fléchage justifié rattachant plusieurs titres à quelques
genres connus, selon le niveau : tragédie, comédie, farce…)
On annonce alors le titre de la pièce : Les Oiseaux.
Question : quels sont les mystères, les enjeux, les attentes suscités par un tel titre ?
Les élèves sont amenés à réfléchir au titre lui-même. Voici quelques pistes pour relancer les interventions :
-
Quelles œuvres mettant en scène des animaux connaissent-ils et pourquoi des écrivains les ont-ils mis
en scène ? On attend, selon le niveau, Les Fables de La Fontaine, quelques contes (Le Chat Botté, La Belle et
la bête) Le Roman de Renart, voire : La Ferme des animaux, de George Orwell, La Métamorphose, de Franz
Kafka… qui constituent autant des allégories animalières stimulantes et peuvent, selon le niveau. On évoquera
éventuellement les longs métrages d’animation de Disney… On demande aux élèves pourquoi des écrivains
ont écrit sur les animaux : pour parler des l’homme, le décrire, donner des leçons de psychologie, politique ou
de morale.
-
De quoi peut bien parler une pièce de théâtre portant ce titre et comment peut-on mettre en scène des
oiseaux ? On pourra retenir les propositions relatives à la fable pour lancer un bref travail d’écriture (raconter
l’histoire d’une pièce s’intitulant ainsi) et les propositions scéniques (jeu sur les sons ? vidéos ? costumes ? le jeu
des acteurs ?...).
Ce travail peut prendre la forme d’une fiche assez simple à compléter en groupe (voir ci-dessous), voire à une
recherche en amont autour de la proposition : « Vous êtes assistant scénographe d’une pièce intitulée « Les
Oiseaux ». Vous devez trouver un objet qui participerait à la création du décor de cette scène. Apportez-le en
justifiant votre choix. »
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THEATRE ET ARTS DE LA SCENE
Les Oiseaux
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Les Oiseaux…
Drôle de titre pour une pièce, non ?… De quoi peut-elle parler ? Que peut-il bien y avoir sur la scène ? Et un acteur qui
joue un oiseau, comment peut-il travailler son personnage ?
Qu’en pensez-vous ? Faites quelques suggestions :
Genre de la pièce : tragédie ? comédie ? farce ?...
Résumé de l’intrigue :
Personnages :
Décor(s) envisageable(s) :
Type de diction, de jeu physique ou de costume à envisager pour un acteur jouant un oiseau :
La liste des personnages : un personnel dramatique
varié, le thème de la corruption publique, le principe du
duo comique.
PERSONNAGES
Un Vendeur de décrets.
Messagers.
Iris.
Un Parricide.
Kinésias, poète dithyrambique.
Un Sykophante.
Promètheus.
Poséidôn.
Un Triballe.
Héraklès.
Un Esclave de Pisthétæros.
Xanthias. Esclaves,
Manodoros ou Manès personnages muets.
Evelpidès.
Pisthétæros.
Le Roitelet, serviteur de la Huppe.
La Huppe.
Chœur d’Oiseaux.
Le Phœnikoptère.
Hérauts.
Un prêtre.
Un Poète.
Un diseur d'Oracles.
Le Rossinol.
Proknè.
Métôn, géomètre.
Un Inspecteur.
On demande aux élèves de repérer les groupes de personnages présents dans cet ensemble (au moins trois),
de repérer les protagonistes et d’indiquer à quel groupe ils appartiennent. Enfin, quel ordre, quelle organisation
semble suivre cette liste de personnages.
Ils constateront la présence d’oiseaux, comme le veut la pièce (la huppe, le roitelet, le rossignol), d’hommes (Prêtre,
Poète…) et de dieux ou héros (Poséidon, Héraklès) sur lesquels on ravivera leurs souvenirs.
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Les Oiseaux
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Ils constateront aussi la volonté de variété de l’auteur dans la présence des oiseaux, mais aussi des hommes, les dieux
et héros étant moins nombreux (on pourra faire un rappel mythologique : Poséidon est l’oncle de Héraklès, fils de
Zeus et d’une humaine).
Les noms des protagonistes auront été repérés en tête de liste : le classement suit l’ordre d’apparition sur scène des
personnages, mais aussi un ordre hiérarchique (les esclaves et personnages muets sont en dernier).
Si les protagonistes sont des hommes – Evelpidès, Pisthétæros-― on remarquera que ce sont presque les seuls à
porter des patronymes : les autres humains sont désignés par leur corps de métier, chacun étant un unique
représentant de sa classe.
On fera remarquer un « intrus » à cette liste des personnages humains : le parricide, personnage révélateur, vicieux, à
rapprocher du sycophante : « L’existence de délateurs professionnels s’explique par les particularités du système
juridique athénien. À partir du Ve siècle av. J.-C., la principale juridiction est l’Héliée, un tribunal populaire constitué de
6 000 citoyens tirés au sort. En l’absence de ministère public, on compte sur le civisme populaire pour la dénonciation
des crimes. S’il remporte son procès, l’accusateur perçoit une partie de l’amende versée par l’autre partie. Les
sycophantes sont donc des individus qui lancent des accusations non pas dans un esprit de civisme, mais dans le seul
but de s’enrichir : ils constituent une perversion du système. Le terme est clairement injurieux dès l’Antiquité. » (source :
Wikipédia). On demandera aux élèves s’ils savent ce qu’est un décret (« Un décret (du latin decretum, « décision ») est
une décision émise par une autorité souveraine. Actuellement, en France, un décret est une norme émanant du pouvoir
réglementaire. Il est pris par le Premier ministre, éventuellement contresigné par les ministres concernés par son
application, ou par le président de la République. » source Wikipédia) et ce qu’il faut penser d’un personnage désigné
comme « vendeur de décret »… Ces trois personnages donc semblent indiquer la présence de la corruption, du
vice au sein de la famille, et de la Cité, d’un malaise dans l’autorité.
Enfin, on indiquera l’étymologie des noms des protagonistes : Pisthétère « celui qui aime à en faire accroire aux
amis » et Evelpides « celui qui espère toujours ». On demande : Que suggère cette étymologie quant à ce couple
de personnages ? Les deux compères seront-ils complices ou formeront-ils un couple déséquilibré ? Leur nom
suggère un déséquilibre entre un manipulateur à la belle faconde et un suiveur – on pourra évoquer les couples
déséquilibrés de l’histoire de la littérature ou du cinéma ou de la télévision qui illustrent la fortune de ce principe
dramatique simple (le héros/repoussoir et le faire-valoir) : Don Quichotte et Sancho Pacha, Dom Juan et Sganarelle,
Sherlock Holmes et le Docteur Watson, Laurel et Hardy, ou tous ces tandems homme/femme des séries policières
américaines contemporaines que les élèves connaissent en leur demandant quels intérêts dramatiques peut avoir la
composition de ces couples… toutes les suggestions étant bienvenues.
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Les Oiseaux
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Le genre : la comédie – des noms d’oiseaux à la
profération de quelques répliques.
Pratique exogène à la pièce (l’usage des noms d’oiseaux fut-il grec ?), voici un petit exercice plaisant pour faire entrer
dans le ton de la pièce :
1- Des noms d’oiseaux. On demande aux élèves s’ils connaissent l’expression « nom d’oiseau », et s’ils
peuvent l’illustrer. On peut leur proposer quelques expressions colorées et leur demander quel défaut
elles illustrent.
La pratique de l’insulte par le détour du nom d’oiseau – euphémistique heureusement pour nous, professeurs ―
s’appuie sur le supposé peu d’intelligence de ceux-ci – à rebours peut-être de la pièce :
Avoir une cervelle d’oiseau - ou, plus souvent, une cervelle de moineau ;
Être une tête de linotte : étourdi, de peu de cervelle ;
Une bécasse ou une dinde : femme stupide ;
Une oie blanche : jeune fille naïve… et niaise ;
Bavard comme un geai, comme une perruche, ou comme une pie ;
Un vrai butor : brutal et sans manières ;
Une vieille chouette : vieille, laide et acariâtre ;
Son correspondant masculin, le vieux hibou ;
Un canard boiteux : mal adapté à son milieu, maladroit ;
Un jeune coq agressif et prétentieux ;
Fier comme un paon ;
Le dindon de la farce ;
Un vrai manchot : malhabile ;
Le vautour et autres rapaces de la finance ;
Une poule mouillée…
2- A partir des défauts pointés par cette liste on leur propose quelques répliques de la pièce à dire en
chœur (des petits groupes de trois élèves pour chaque personnage, ce qui leur permet de discuter du
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ton à adopter) sur le ton appelé par un des noms d’oiseaux évoqués avant. On leur accorde une dizaine
de minutes pour travailler le texte et s’entendre sur le ton : il faudra surjouer, exagérer (l’idiot, le naïf, la
brute, le vantard…). Les élèves sont après coups invités à justifier le ton choisi, ils auront pu donner un
titre à leur extrait (l’oiseau déplumé, les oiseaux anthropophages…).
Premier extrait des Oiseaux d’Aristophane
Tu es donc Tèreus ? Simple oiseau ou paon ?
Oiseau.
Où sont donc tes plumes ?
Elles sont tombées.
Est-ce par suite de quelque maladie ?
Evelpidés
La Huppe.
Evelpidès.
La Huppe.
Evelpidès.
La Huppe.
Non ; mais, en hiver, tous les oiseaux muent, et nous reprenons ensuite d’autres plumes. Mais vous deux, dites-moi, qui
êtes-vous ? »
Second extrait des Oiseaux d’Aristophane.
Le Chœur (composé d’oiseaux).
Ea ! Ea ! Trahison ! Sacrilège ! Un ami, nourri avec nous des produits de nos campagnes, a violé nos antiques lois,
violé les serments des oiseaux. Il m’a attiré dans un piège, il m’a jeté en proie à une race impie qui, depuis qu’elle
existe, m’a déclaré la guerre. Nous aurons, plus tard, une explication avec cet oiseau ; mais il faut commencer par le
châtiment de ces deux vieillards et les mettre en pièces.
Pisthétæros.
C’en est fait de nous !
Evelpidès.
C’est pourtant toi seul qui es la cause de tous les maux qui nous arrivent. Pourquoi m’as-tu amené ici ?
Pisthétæros.
Afin de t’avoir pour compagnon.
Evelpidès.
Pour me faire pleurer de grands malheurs.
Pisthétæros.
En vérité, tu radotes absolument. Comment pleureras-tu donc, quand une fois tu auras les deux yeux arrachés ?
(traduction libre de droit d’Eugène Talbot)
Question pour guider la réception ceux travaillant sur le premier extrait : comment sera déguisé un acteur
jouant un oiseau… déplumé ?
La pratique de la moquerie sera observée : les personnages se jouent les uns des autres, se moquent de la bouffonne
nudité d’un oiseau (la huppe : un homme tout simplement) ou de la frousse stupide des uns. Dans cette comédie, on se
fiche du monde, et les protagonistes n’y échappent pas.
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Les Oiseaux
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Un résumé et une contextualisation : vers l’enjeu.
A donner à lire, on peut donner une recherche en amont à faire sur la guerre du Péloponnèse, et plus
particulièrement sur l’expédition de Sicile.
« Deux citoyens d’Athènes fuient la ville, mère de la démocratie, ses créanciers et ses procès divers. Ils cherchent une
autre ville où se réfugier et pour cela s’adressent à Térée, un homme transformé en Huppe. Après palabres et arguties,
ils convainquent les oiseaux de construire une ville entre les nuées et la terre et de devenir les intercesseurs
incontournables entre les hommes et les dieux. La réalisation de ce projet est l’occasion de nombreuses scènes
comiques où l’on voit des hommes cupides, méchants et retors se faire débouter et des dieux un peu sots se faire
ridiculiser. »
Aristophane s’inspire du mythe d’Orphée en le ridiculisant ; il nous raconte l’origine du monde, de la genèse à partir d’un
œuf engendrant Eros et les oiseaux. Athènes, ville de la démocratie, est abîmée par les défauts des hommes, par la
cupidité, les fausses croyances, les plaisirs faciles. Entre les mauvais poètes et les sycophantes (Judas), les hommes
ne sont guère à leur avantage. Les dieux ne valent pas mieux : gloutons, un peu idiots, ils ne sont pas vraiment dignes
de croyances. Comme un dernier clin d’œil, la pièce se conclut par un mariage tout à fait inattendu, en parodie de fin
heureuse, irréelle et illusoire. »
La pièce d’Aristophane offre un support exceptionnel, proposant de rire de nos travers tout en s’attachant au plus
profond des enjeux du politique : comment créer ou recréer le contrat social qui nous relie. »
Dossier de presse de la pièce.
Cette pièce d’Aristophane, présentée en 414, a ceci de singulier qu’elle ne se joue pas dans l’espace de la Cité, comme
ses précédentes, mais en dehors, dans la forêt d’abord, qui est alors considéré comme un espace inculte, dangereux.
C’est une échappée pour le public athénien alors, la ville étant ruinée par des années de guerre (la guerre du
Péloponnèse) et une catastrophique expédition de Sicile qui a affaibli l’aura de la Cité, championne de la démocratie
grecque jusque là, et cédant avec cette expédition, à un impérialisme néfaste. Symboliquement, la pièce se conclut sur
un échec de l’utopie démocratique : le citoyen libre athénien est devenu tyran de la cité des oiseaux.
A partir de ces extraits (un travail sur le lexique est à envisager, et une recherche ou un complément sur la
mythologie – Orphée, Eros), on peut envisager divers travaux selon le temps dont on dispose :
-Dessiner le plan ou créer la maquette d’une cité des oiseaux ;
-Imaginer la création du monde à la manière d’Orphée, sous forme de rédaction.
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Un projet singulier : rencontre des arts, faire travailler
des artistes handicapés mentaux.
La note d’intention de Madeleine Louarn
Avec Les Oiseaux, nous plongeons dans un champ que nous avons souvent effleuré et très souvent désiré mettre
en scène : la comédie. La singularité des acteurs de l’atelier Catalyse se retrouve aussi dans l’humour. Leur puissance
comique passe du rire large et massif à la grâce légère et ridicule, ils ont un humour qui se situerait entre les Marx
Brothers et Totò et Ninetto dans Uccellacci e Uccellini de Pasolini. La légèreté et le ridicule y sont associés à naïveté et
à enthousiasme. Pour filer dans la ligne dadaïste, nous bâtirons un univers à la fois chorégraphique, musical, et
emplumé, et choisirons une musique électro-punk, massive, déjantée, subversive et drôle. Nous lui donnerons ce qu’il
faut de dérision et de décalage pour faire écho aux critiques assassines que cette comédie porte à la démocratie
corrompue. Chaque création est un nouveau franchissement. Jusqu’à ce jour, nous avons plutôt choisi de privilégier les
pièces accentuant le rapport au non sens et au fantastique. Aujourd’hui, le désir de rire est le plus fort. Un rire pour
choisir la vie, l’émancipation : une libération. C’est un comique qui peut être grotesque et gracieux en même temps,
poétique et loufoque. Ici le ridicule ne tue pas, il réjouit.
Madeleine Louarn
Travail de lecture commune de cette note :
Quels types de comique vont être proposés ? (Le rire large et massif à la grâce légère et ridicule) ;
Quels style de jeu seront proposés ? (la légèreté et le ridicule y seront associés à la naïveté et à l’enthousiasme) ;
Quelles dimensions artistiques seront exploitées par cette mise en scène ? (un univers chorégraphique, musical) ;
Quelle est la ligne créatrice de la compagnie dirigée par Madeleine Louarn ? Relevez les mots qui la caractérisent et
dites quels sont les enjeux du rire que cette réalisation nous propose ? (Chaque création est un nouveau
franchissement, dans le rapport au non sens et au fantastique, ridicule qui ne tue pas mais réjouit…).
En synthèse : un projet mêlant les arts pour un rire libérateur.
Un travail de recherche en histoire des arts sur le dadaïsme) peut être envisageable :
-Recherche sur le mouvement ;
-Travail sur les manifestes Dada de Tzara,
-Etude d’une toile de Piccabia…
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Une création pluridimensionnelle : danse, musique
avec des remarques sur le théâtre antique.
1-La distribution
On demande aux élèves quels sont les métiers liés au théâtre, en signalant toute la richesse de cet univers :
dimensions artistiques, techniques, administratives, commerciales…
On propose aux élèves la distribution de la pièce dans ce dossier et on remarque la richesse artistique du travail de
création.
2-La création d’une pièce dans le théâtre athénien antique.
« La comédie propose une grande diversité de jeu, liée à la variété de registres (trivial, versifié, poétique, grotesque), de
supports (chant, danse, musique, mime, clowneries) et d’adresses (joutes, dialogues, monologues, adresse au public) »
(dossier de presse.)
Un exposé ou un travail de recherche est à envisager sur les conditions de la représentation du théâtre antique :
-
Pour un travail de recherche on demandera de s’informer sur le calendrier de ces représentations et ses
raisons, le lieu des représentations, le financement, le dispositif scénique et le rôle du metteur en scène. On
pourra demander de créer un dossier iconographique avec des entrées précises : le théâtre grec antique, le
masque tragique, le masque comique, le cothurne…
-
Sinon on offre un exposé, soit sous forme de prise de note pour des 3e avec évaluation par une fiche à trous à
compléter a posteriori, soit en proposant de compléter sur cette fiche pour les plus jeunes.
Les conditions de la représentation du théâtre antique.
Les tragédies et comédies grecques, dont la représentation remonte aux VIème et Vème siècles avant J.-C. étaient liées
au culte de Dionysos et ont donc une origine religieuse. La comédie ancienne dérivait ainsi de rites de fertilité en
l’honneur de ce dieu et était une satire violente, politique, souvent grotesque et obscène. Son plus fameux
représentant était Aristophane.
Les représentations avaient lieu à l’occasion de fêtes organisées par l’Etat. Un concours opposant trois auteurs
sélectionnés à l’avance réunissait les citoyens deux fois par an et pour trois jours, du matin au crépuscule. Le public
assistait ainsi à une quinzaine de représentations.
Ces représentations avaient lieu dans un édifice à ciel ouvert, le public, très nombreux, occupant des gradins. Face au
public se trouvait la scène où étaient les acteurs, au-dessus de laquelle un balcon pouvait laisser apparaître les dieux.
Autour de la scène, une fosse d’orchestre accueillait un autel dédié à Dionysos et le mouvement du chœur.
Ce chœur était composé de choreutes, chargés de la partie lyrique du spectacle (le chant). Face à lui se trouvait
d’abord un acteur, puis deux, ensuite trois.
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Ces acteurs portaient des masques, et des tuniques colorées distinguant les personnages.
Les conditions de la représentation du théâtre antique.
Les tragédies et comédies grecques, dont la représentation remonte aux Vie et Ve siècles avant J.-C. étaient liées au
………………………. et ont donc une origine ……………………. La comédie ancienne dérivait ainsi de ………………..
en l’honneur de ce dieu et était une ……………………………….. Son plus fameux représentant était
…………………………………...
Les représentations avaient lieu …………………………….. organisées par l’Etat. Un concours opposant trois auteurs
sélectionnés à l’avance réunissait les citoyens deux fois par an et pour trois jours, du matin au crépuscule. Le public
assistait ainsi à une quinzaine de représentations.
Ces représentations avaient lieu dans un …………………………………., le public, très nombreux, occupant des
gradins. Face au public se trouvait la ………………………. où étaient les acteurs, au-dessus de laquelle un balcon
pouvait
laisser
apparaître
les
dieux.
Autour
de
la
scène,
une
fosse
d’orchestre
accueillait
……………………………………………………………..
Ce chœur était composé de ……………………………., chargés de la …………………………………………….. Face à lui
se trouvait d’abord un acteur, puis deux, ensuite trois.
Ces acteurs portaient des ……………………………, et des ………………………………….. distinguant les personnages.
Pour un approfondissement théorique, je renvoie à l’ouvrage synthétique de Paul Demon et Anne Lebeau, Introduction
au théâtre grec antique, ou à l’excellent site « Archithea », voici quelques liens sur notre question :
http://archithea.over-blog.com/article-23398681.html
http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/1/22/65/75/Les-TP-tous-formats/M-mo_lieux_theatre_1-2.pdf
3-Le chant et la danse dans la mise en scène des Oiseaux par Madeleine Louarn.
A titre informatif, voici la présentation du travail autour de la danse et de la musique proposé par le dossier de presse.
Les chants
La découverte du duo Sexy Sushi et sa musique électro pop punk dadaïste a enthousiasmé le metteur en scène
Madeleine Louarn. Elle a imaginé l’intégration de cet univers sonore dans sa création comme un rire énorme plein de
dérision, de cruauté et de danse.
Le côté massif, la puissance sonore et la répétition apportent la nécessaire subversion que contient la pièce. Tout n’est
pas joli dans ce monde et la provocation y est convoquée.
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C’est avec ces références que les compositions vont être réalisées par David Ségalen compagnon sonore depuis de
nombreuses années des créations du théâtre de l’Entresort. Sa connaissance des acteurs et son humour sont tout
indiqués pour accompagner les comédiens.
La danse
Depuis de nombreuses années, les comédiens de l’atelier Catalyse côtoient et travaillent avec des chorégraphes et
danseurs (Maguy Marin, Katja Fleig, Olivier Gelpes) et c’est surtout avec Bernardo Montet, qui a animé plusieurs stages
auprès de Catalyse, que le dialogue s’est approfondi.
Il a également réalisé avec Madeleine Louarn la performance J’deb avec comme interprètes deux comédiens de
Catalyse, Jean-Claude Pouliquen et Yvon Prigent, sur un texte de Joris Lacoste, dans le cadre du festival Antipodes de
2002 au Quartz à Brest.
En 2003 sa création Parcours 2C (vobiscum) intègre parmi les neuf interprètes de cette chorégraphie, deux comédiens
de l’atelier : Christian Lizet et Claudine Carriou.
C’est tout naturellement qu’il participera à cette nouvelle pièce pour concevoir les parties dansées à partir des acteurs
et de leurs improvisations.
Bernardo Montet
Bernardo Montet a dirigé le Centre Chorégraphique National de Tours (CCNT) de 2004 à 2011. Entouré d’une équipe
de collaborateurs fidèles, Tal Beit Halachmi, Taoufiq Izeddiou, Dimitri Tsiapkinis et Marc Veh, il compose avec eux un
répertoire d’une vingtaine de pièces. Depuis Pain de Singe en 1987, il signe entre autres Issê Timossé en 1997 avec la
complicité de Pierre Guyotat ; collabore avec Claire Denis en 1998 pour son film Beau Travail ; crée Bérénice en 2001
de Racine, coécrit avec Frédéric Fisbach, ou encore O.More en 2002 avec des musiciens gnawas. A Tours, il crée neuf
pièces : Parcours 2C (vobiscum) avec le plasticien Gilles Touyard (2004), Coupédécalé avec Eran Tzur pour la
composition musicale (2005), Les Batraciens s’en vont (2006) et Batracien, l’après-midi (2007), deux pièces réalisées
avec la sculptrice Lorella Abenavoli pour la création électroacoustique, Apertae (2008), Switch me off (2009), coécrit
avec Thomas Ferrand, God needs sacrifice (2010) et Isao (2011) coécrit et interprété par Gaby Saranouffi. Sa dernière
pièce, Des Hommes, sera présentée au CCNT en décembre 2011.
Toutes ses pièces, traitent de sujets qui lui sont chers : le colonialisme, la mémoire, l’identité, la conscience des corps,
la résistance. Chaque chorégraphie surgit de la précédente pour tisser une image à la fois semblable et différente : les
corps, dans leur dimension poétique et politique, rejouent le monde qui nous entoure.
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« La singularité des acteurs de l’atelier Catalyse se
retrouve aussi dans l’humour », Madeleine Louarn :
Faire jouer des artistes handicapés mentaux.
1-L’univers artistique de la compagnie.
Quel univers se dégage des titres des pièces déjà jouées par la compagnie ?
CHRONOLOGIE DES PIÈCES DU THÉÂTRE DE L’ENTRESORT
L’Empereur de Chine, de Georges Ribemont-Dessaignes / création 2009
Alice ou le monde des merveilles, de Lewis Caroll / création 2007
... que nuages... , de Samuel Beckett / création 2004
Sainte Tryphine et le roi Arthur création 2002
Les Veillées Absurdes, de Daniil Harms / création 2001
Le Jeu du Songe, d’après W.Shakespeare / Création 1999,
Le Pain des âmes, à partir des contes de Luzel / Création 1998
Si c’est un homme, à partir de récit de clochards / Création 1994
Eléments de réponse : Un univers exotique, onirique, voire mystique. Singulier.
2-La compagnie : comment et pourquoi faire jouer des acteurs handicapés ? Selon les élèves, Madeleine
Louarn.
Dans un premier temps, on signale aux élèves que la compagnie est composée d’adultes handicapés mentaux. On leur
demande quelles difficultés cela peut poser au théâtre, et quel intérêt ce travail peut avoir. On demande quel corps de
métier présent dans la distribution est sollicité par cette pratique (les souffleuses).
On leur demande quels sont les intérêts et dangers de faire jouer des acteurs handicapés mentaux dans une pièce
comique : faire rire sans dégrader.
On revoit la distribution des rôles : lesquels seront les plus susceptibles d’être joués par ces acteurs ? Pour quelles
raisons ? Si les élèves proposent les oiseaux, il sera intéressant de voir leurs raisons et de leur demander de rappeler
de quel côté se trouvent l’absurde et le mal dans la pièce d’Aristophane.
Dans un second temps on leur propose la lecture de cette présentation de la compagnie par Madeleine Louarn et leur
demande quels enjeux pour elle représente cette présence. On leur demande ce qu’ils en pensent. Notamment : de
quelles qualités disposent-ils qui se révèlent « un atout remarquable pour un acteur » ?
Qu’est-ce qui semble le plus important pour Madeleine Louarn : la fable de la pièce ? Le moment de la représentation ?
Les personnages ? Les acteurs ? Quel impact a le choix de ces acteurs sur le choix des pièces ?
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On pourra leur signaler que la Comédie Ancienne était truffée de moments où le chœur s’adressait directement au
public, dénonçant l’illusion théâtrale, pour le flatter, ou l’insulter…
On évoquera aussi la question des relations du théâtre contemporain au cinéma : dénoncer l’illusion, créer un moment
unique a été une ambition de nombreux créateurs, le théâtre ayant sa singularité à jouer sur la présence réelle…
LES COMÉDIENS DE L’ATELIER CATALYSE
« Ces acteurs, hommes et femmes vivant à l’ESAT (Etablissement et Service d’Aide par le Travail) des Genêts d’Or à
Morlaix sont les principales raisons de mon choix d’installation à Morlaix. Avec eux, je suis venue au théâtre, avec eux
je poursuis l’histoire. Ils ont alimenté une grande partie de mes questions et sont aujourd’hui des acteurs exemplaires et
uniques. Leur présence, leurs corps opaques portant traces des blessures, témoignent de la réactivation incessante de
leurs propres limites. Chaque pas, chaque mot, chaque geste est marqué du sceau de la non-évidence. De même, la
conscience incertaine donne une perception du temps très instinctive et concrète qui est un atout remarquable pour un
acteur.
L’imperfection même du jeu, l’aspect râpeux de leur présence, l’incertitude de la faible mémoire, restitue le danger, le
risque qu’un acteur prend lorsqu’il s’expose au public.
Il permet de donner à voir un théâtre où la question du temps, de ce temps unique qu’est l’événement de la
représentation, se perçoit dans sa pleine dimension. Il traduit aussi un théâtre où l’objet narratif s’efface au profit de la
présence. L’instant théâtral est celui de l’acteur plus que celui du personnage. Cette impossible identification fait que
l’on voit l’être, l’acteur plus que celui qu’il est sensé représenté. On voit l’acteur aux prises avec ses avatars, on voit
aussi les ficelles du jeu.
Il y a une sorte de genèse du théâtre, une éternelle et constitutive joie de jouer, de créer des artifices pour entrevoir
quelque chose de la vérité de l’être et de l’existence.
Cette mise en jeu des multiplicités, des facettes variées de nos existences donne sans conteste une idée de la liberté.
N’est-ce pas dans la mise en action de la limite, dans son dépassement utopique, comme un saut dans le vide, que se
situe la beauté de l’être ? Mieux que tout autre, l’acteur handicapé ramène les creux et les incertitudes de la
représentation et de ces codes.
Le choix des pièces, notre répertoire, est intimement lié à ces questions. On y voit l’acteur se débattre avec la
représentation, jusqu’à l’impuissance de vivre. On y voit la réalité se dissoudre, aux prises avec un rêve, un
cauchemar. »
MADELEINE LOUARN
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Bilan et vade-mecum
A la fin de ce parcours, il s’agit de résumer les découvertes des élèves sur cette pièce, la comédie antique et la
compagnie de Madeleine Louarn. De quoi va-t-elle parler, cette pièce ? Quels en sont les enjeux ?
On peut en outre construire une fiche de spectateur tenant compte des attentes provoquées par le travail de préparation
en amont au spectacle autant que des points de mire auxquels on leur demandera d’être particulièrement attentif : le
rapport à l’espace, à l’autre, au spectateur…
Grille de lecture pour une analyse critique
Il s’agit de repérer les deux ensembles de signes : ceux du texte (la pièce, ou les textes matériaux ici) et ceux de la
représentation (espace scénique, décor, accessoires, costumes, jeu des acteurs, rapport au public, éclairages... ) qui
composent le fait théâtral. Aucun de ces « signes » ne vaut en soi, mais il ne prend son sens que par rapport à cet
ensemble de signes qu’est le spectacle entier.
Comprendre le fonctionnement du spectacle, c’est percevoir comment s’articulent les éléments choisis lors de son
élaboration par l’équipe de création et les champs de signification qu’ils suscitent du point de vue du spectateur.
Pour une réception active et plurielle : On répartit les élèves en groupe en leur confiant chacun la mission de
« lire » le spectacle sous un des angles proposés, en étant attentif aux évolutions des motifs et à leur relation – de
tension ou complémentarité- avec les autres aspects du spectacle, et en proposer une synthèse collective aux autres
groupes, après le spectacle. Il s’agira pour chaque groupe d’être attentif aux interprétations plurielles que les éléments
du spectacle appellent, mais aussi à leur impact émotionnel, à leur valeur esthétique (sens /effet). Chacun aura à cœur,
face à un spectacle total, de montrer le caractère essentiel de l’aspect auquel il aura dû être attentif.
Il sera bon que chaque groupe offre au début de son compte-rendu une reconstitution de la fable – qu’est-ce que ce
spectacle nous a raconté ? y en a-t-il une, fable (plusieurs, aucune ?) ?- pour sentir les variations de lecture de chacun,
et termine en concluant sur une lecture engagée et motivée : suprise/surprises ? plaisir ? déception ?
Question générale : le jeu d’acteurs handicapés est-il productif d’une présence singulière, d’un rire non
dégradant, d’un regard étonnant sur leur présence dans notre société et notre rapport à eux ?

SUR LE TEXTE : privilégier toujours une approche globale et simple du texte.
1 - Les thèmes : de quoi parle la pièce ? (Exemples : l’amour, la mort, l’errance, l’argent…)
2 - La fable : que raconte la pièce ? (résumer)
3 – Les personnages : quelles relations ont les deux protagonistes ? Quel couple dessinent-ils ? L’un a-t-il le dessus ?
Quel est le caractère des oiseaux ? Des Dieux ? Quels sont leurs sujets de préoccupation ? En quoi sont-ils ridicules ?
Les hommes sont-ils ridicules ou inquiétants ? Et en quoi, quels sont leurs défauts ?
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
Les Oiseaux
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SUR LA REPRESENTATION :
1 - L’espace scénique
-Le dessiner
- Est-il l’image d’un espace de vie précis, copie exacte du réel ? D’un espace imaginaire ?
2 - Le décor
-Le décrire.
- Est-ce un décor unique ? Un décor à transformation ?
- Quelles sont les matières et les couleurs utilisées pour le composer ? Que suggèrent-elles ?
3 - Les objets scéniques
-Quels sont-ils ?
-A quoi servent-ils ?
4 - La gestuelle des comédiens
- Quelle présence sur scène ont les acteurs handicapés mentaux ?
6 - La voix et la diction
- Quel est le rythme de leur diction ?
- La souffleuse intervient-elle fréquemment ? Est-ce perturbant ?
7 - Le costume
- Le décrire.
8 - L’univers sonore
a - La musique
- Quelle est son importance dans le spectacle ?
- Est-elle là comme prolongement d’une parole ? Citation ? Elément d’une atmosphère ?
b - Les autres éléments sonores
- Comment les sons sont-ils émis ? D’où ?
- Sont-ils enregistrés ?
- Ont-ils la même fonction que la musique ?
9 - La vidéo
- Quelle place l’image, fixe ou vidéo, tient-elle dans le spectacle ? Où le ou les écrans sont-ils placés dans l’espace
scénique ? Comment l’image est-elle captée (disposition des caméras, placement des micros) ? Comment l’image estelle « travaillée » esthétiquement : noir et blanc, couleur, etc. - S’agit-il d’images inédites, d’extraits de films connus, de
scènes préenregistrées ou d’images vidéo diffusées en simultané ? Quel lien existe-t-il entre ce qui vu et ce qui est dit ?
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