économique écologiquementsoutenable

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International | Europe
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Assurer un développement
économique
écologiquement soutenable
Marc Péna
Président-directeur-général du groupe Péna
Le recyclage peine
à trouver sa place,
alors qu’il permet
de créer de l’emploi
localisé, de donner
une seconde vie aux
déchets et donc de
gagner en croissance
verte. L’éclairage de
Marc Péna, acteur du
Sud-Ouest à vocation
nationale, européenne
et mondiale.
En quoi le recyclage constitue un
enjeu pour le territoire ? Qu’en est-il
en Aquitaine ?
Marc Péna : Le développement de
l’entreprise que je dirige a pris pour
modèle certaines fonctions essentielles de la nature. L’expérience de la
botanique et de l’écologie, mes deux
passions, m’a appris que le déchet
que nous avons dans nos sociétés est
avant tout culturel : c’est parce que
nous décidons d’abandonner de vieux
matériels et biens de consommation
que nous générons le déchet.
Mais c’est aussi structurel, car nos
sociétés n’ont pas développé les fonctions nécessaires à la reconversion de
ces matières en une nouvelle matière
capable d’être réintégrée dans le fonctionnement du système. C’est ce rôlelà que j’ai choisi de prendre en positionnant mon entreprise sur ce marché,
à l’instar de toute la biologie des nécrophages de la nature, bactéries, champignons et autres charognards qui
débarrassent la nature des organismes
en fin de vie en redonnant vie à cette
matière.
Nous collectons les déchets, les
trions afin de fabriquer des matières
premières recyclées que nous réin-
jectons dans le cycle industriel. En
Aquitaine, nous avons participé à la
création, à partir de l’idée de notre
président Alain Rousset qui est très
ouvert aux entreprises, de l’association pour la croissance verte. Ce club
a vocation à regrouper les PME et ETI
proposant des biens et services respectueux de l’environnement.
Justement, comment travaillez-vous à
la fabrication de matières premières
combustibles recyclées afin d’alimenter
en énergie peu coûteuse l’industrie ?
M. P. : Au-delà du simple recyclage
des matières pour leur valeur propre,
nous avons choisi de développer une
voie pour recycler le résiduel du tri :
ce déchet composé de multiples matériaux intriables contient encore un
potentiel énergétique que nous avons
décidé d’exploiter. Nous avons fait
évoluer notre sélection de matière et
investi dans de coûteuses lignes de
broyage afin de produire un combustible bon marché destiné aux industries
principalement cimentières. Grâce à
cette nouvelle voie, nous atteignons
plus de 85 % de recyclage pour tous
les déchets que nous collectons.
Toutefois, cette voie coûteuse mais
créatrice d’emplois subit les affres de la
concurrence des décharges. Recycler
coûte plus cher que l’enfouissement,
et notre existence dépend beaucoup
de notre performance. Nous regrettons que la France ne démarre que
timidement, à l’inverse des autres pays
européens, de prendre les mesures
fiscales ou réglementaires favorisant la
voie éthique et économique que nous
défendons.
Concrètement, en quoi la filière
du recyclage peut contribuer à la
croissance et à la création d’emplois
localisés ?
La production de
combustible issu
de déchet :
un passage
obligatoire pour
le développement
durable.
M. P. : Recycler les déchets demande
des
investissements
industriels
importants, et une main-d’œuvre
nombreuse. Cette activité n’est pas
délocalisable, car les déchets doivent
être traités à proximité de leur site
de production. En outre, les matières
produites (matière première secondaire ou combustible) représentent un
avantage qui permet au consommateur
industriel de gagner en compétitivité.
Tous ces facteurs favorisent le développement économique du territoire :
création d’emplois, investissement,
moindre dépendance énergétique.
Ainsi le développement durable est
un axe structurant, dans lequel nous
pouvons également trouver, comme
je l’ai développé dans l’entreprise,
un sens et une raison de s’impliquer
personnellement pour tous, une source
d’épanouissement. Toutefois, la mise
en place d’une telle réorientation de
l’économie nécessite aussi de redistribuer les cartes, et de renouveler le nom
des grands acteurs du système.
•10 sociétés en France et à l’international :
•10 unités de compostage ou de traitement :
•60 ans d’expérience :
•66 millions de CA en 2015
•150 collaborateurs
•1 500 clients
•200 000 tonnes de déchets traités/an
Europe parlementaire | trimestriel | № 28 | juillet – août – septembre 2016
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