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Cet!article!comporte!une!illustration,!avec!fonds!cartographiques!SCAN!
25®! ou! BD!CARTO®! provenant! de! l’Institut! national! de! l’information!
géographique!et!forestière!(IGN).!
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accordée! à! la! Revue% forestière% française! (numéro! 70! 13033,! IGN! Paris!
2013).!
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AgroParisTech!Nancy!
Priseencomptedelabiodiversité
dans les forêts aménagées deGuyane
MarcFuhr -Catherine Julliot
Bruno Dutrève-Olivier Brunaux
La Guyane française est couverteàplusde90%par une forêt tropicale humide. La quasi-totalité
decetteforêt appartient au domaine forestier privédel’État et sagestion est confiée àl’Office
nationaldes Forêts(ONF).
Au sein du domaine,certains espaces sont totalement dédiés à unobjectif deconservation de
l’écosystème (réserves naturelles,réserves biologiques domaniales). D’autres espaces,localisés
sur une bandecôtière de 70km delarge,sont des forêtsexploitées pourlebois d’œuvre.
Jusqu’en 1994,ces forêtsétaient exploitées parl’intermédiaire depermis d’exploitation forestière
ditspermis “miniers” :on connaissait peu laressourceavant dela vendre aux exploitants.
Depuis 1994,l’ONF travaille àlamise en placed’unréseau deforêtsaménagées dans lequel la
ressourcesoit connueet gérée durablement.
Leprocessusd’aménagement est en constanteévolution. Des initiatives récentes ont étéprises
pour tenir comptedelabiodiversitélors des différentes étapes del’aménagement (Julliot
et al.
,
souspresse). L’objet est icideprésenter ces initiatives en s’appuyant surl’exemple delaforêt
deBalata-Saut Léodate.
PRISEENCOMPTEDELABIODIVERSITÉDANSLADÉFINITIONDES SÉRIES
D’UNE FORÊT AMÉNAGÉE
Une étape clé du processusd’aménagement d’une forêt estladéfinition des objectifs,quise
traduit parl’identification deséries.
Àl’heure actuelle,on distinguesix types deséries en Guyane,dont deux sont particulièrement
importantspourlaprise en comptedelabiodiversité:
—llaasséérriieeddeepprrootteeccttiioonnpphhyyssiiqquuee,quiregroupe les zones inexploitables (reliefs àforte
pente,marécages…) et dans laquelle l’ONF n’intervient pas:labiodiversité y est considérée
comme étant conservée defait;
—ll aass éé rr ii eedd ’’ ii nn tt éé rr êê ttéé cc oo ll oo gg ii qq uu ee(SIE),installée dans une zone exploitable et dont les objec-
tifs sont d’assurer :
– unrôle de zone témoin laplusreprésentativepossible delaforêt productive,
–laprésencede zones refuges pourlafaune pendant l’exploitation,
–laprotection d’habitats,d’espèces animales et végétales rares,
–lemaintien d’unpotentiel derecolonisation des milieux perturbés et derestauration dela
dynamiqueforestière.
Rev.For. Fr. LIII -numéro spécial 2001163
GÉRER DE MANIÈRE INTÉGRÉE
La délimitation des séries est faiteàl’échelle d’une ou plusieurs forêtsàaménager (bassin d’ap-
provisionnement),sur une surfacequipeut dépasser 100 000 ha.Elle est le résultat d’une opéra-
tion appelée diagnosticd’aménagement.
Enpratique,on commenceparstratifier le milieu àpartir des documentsdisponibles (images
satellitales,cartes géologiques, topographiques,réseau hydrographique). Ensuite,àl’aided’un
système d’information géographique,on définit des unités depaysage (UPa). Cesont des zones
homogènes quant àlasurfaceet larépartition des unités demodelés (collines,plateaux…),la
forme et l’orientation des lignes decrêteet du réseau hydrographique,la taille et l’orientation
des interfluves,l’altitudemoyenne et maximale des reliefs et le type depente. Dans laforêt de
164Rev.For. Fr. LIII -numéro spécial 2001
M ARC F UHR - CATHERINE J ULLIOT - BRUNO D UTRÈVE - O LIVIER B RUNAUX
C ARTE 1FORÊT DE BALATA -SAUT LÉODATE (GUYANE)
Rev.For. Fr. LIII -numéro spécial 2001165
Gérer de manièreintégrée
Balata-Saut Léodate(surface:48 000 ha),9unités depaysage ont étédéfinies (collines
basses,collines relief,plaines,plateaux,montagne…).
Pourdéfinir lasérie d’intérêt écologique,on s’appuie surles hypothèses suivantes :
—ladiversitébiologiqueest liée àcelle des habitats:pourprendre en compte unmaximum
debiodiversité,il faut prendre en compte unmaximumd’habitats;
—ilexiste unensemble d’habitatsspécifiques àchaque unitédepaysage,pour une zone
biogéographiquedonnée ;
—enconséquence, une série d’intérêt écologiqueintégrant tout ou partie dechaque type
d’unitédepaysage permettradeconserver unmaximumdebiodiversité.
Unlayon deprospection est doncouvert dans laplupart des unités depaysage, tracédemanière
àrecouper unmaximumd’hétérogénéité topographique. Lors delaprospection,l’aménagiste
caractérise le peuplement forestier (essences principales,gros bois,bois moyens) sur 20mde
part et d’autre du layon et notedes descripteurs du milieu,en particulier laprésencedesites
d’intérêt écologiquenotamment:
—les habitatsforestiers patrimoniaux selon lalisteétablie parleConseil scientifiquerégional
du Patrimoine naturel (CSRPN)(exemples :savanes roches,forêtssursables blancs…) ;
—les habitatsdéterminantspourlemaintien d’espèces animales (abris,sites dereproduc-
tion… ;exemple :forêtsbasses surcuirasse latéritiqueavecmares temporaires) ;
—les habitatsprésentant une formation végétale spécifiqueou particulièrement riche en
une essencedonnée quiconstitue une ressource trophiqueimportantepourlafaune (par
exemple :les pinotières) ;
—les arbres remarquables (isolés ou en peuplement):espèces rares ou menacées (Bois de
rose…).
Pourlaforêt deBalata-Saut Léodate,seul unhabitat patrimonialaétéidentifié :forêtsinon-
dables des berges des rivières et fleuves.
Ensuite,ladélimitation des séries d’intérêt écologique tient comptedes contraintes suivantes :
—l’éloignement des routes (existantes ou en projet):les limites deces séries doivent être
éloignées,dans lamesure du possible,d’au moins 1kmde touterouteou pisteforestière ;
—une telle série ne doit pascontenir des sites d’exploitation minière ou aurifère,des sites
archéologiques pouvant faire l’objet d’une mise en valeur touristique,des territoires où s’exer-
cent les usages des populations locales,des zones exploitées dans unpassé récent;
—elle doit inclure les ZNIEFF (zones naturelles d’intérêt écologique,faunistiqueet floris-
tique) et les sites connusdes espèces inscrites surlalistedes espèces végétales menacées ;
—elle doit être implantée dans lacontinuitéd’autres séries d’intérêt écologiqueou de
zones non exploitées des forêts voisines.
Au final,ont étéimplantées dans laforêt deBalata-Saut Léodate(carte1,ci-contre) :
—une série ditedeprotection physique(10674ha). Elle correspondàdes zones inexploitables
(reliefs très marqués, zones marécageuses) :laconservation delabiodiversité y intervient defait;
—une série d’intérêt écologique(4938ha),installée dans des zones exploitables,repré-
sentativedechaque type d’unitédepaysage (montagnes,collines,plateaux,plaines) degrande
surfaceet contiguës ;
—des zones dont l’affectation (série d’intérêt écologiqueou série deprotection physique,
8177 ha)seraprécisée lorsquelediagnosticseracomplet.
Àl’issuedeladélimitation des séries,plusde40%delasurfaceforestière est soustraiteàl’ex-
ploitation et protégée.
PRISE EN COMPTE DE LA BIODIVERSITÉ
DANSL’ÉVALUATION DES RESSOURCESDELASÉRIE DE PRODUCTION
Nousnousintéressons àprésent aux séries deproduction. Elles sont découpées en parcelles,
dont les limites sont le plussouvent possible des limites naturelles (carte1,p. 164). La surface
moyenne d’une parcelle est del’ordre de 300 ha.
Une première évaluation delaressourceaétéréalisée lors du diagnosticd’aménagement.L’éva-
luation pluscomplètedelaressourcedes parcelles est réalisée lors d’une opération appelée
DIPA (diagnosticparcellaire approfondi). La parcelle est découpée en unités deprospection (Upr,
carte2,p. 167),parcourues pardes virées,en s’appuyant sur unlayon debase. Ces virées
permettent:
—d’inventorier et delocaliser (carte3,p. 168) le peuplement exploitable (arbres dediamètre
àhauteurdepoitrine d1,30 m≥55 cm) et,pourles essences principales (cf. ci-dessous),le
peuplement dit deremplacement (30 cm≤d 1,30 m<55 cm),
—d’inventorier et delocaliser (carte3,p. 168) les arbres mis en réserve,
—derepérer des sites d’intérêt écologiquenon repérés dans l’étape précédente.
Lemarquage d’arbres en réservesefait selon les règles suivantes :
CCaassnn°°11::eesssseenncceesseexxppllooiittaabblleessllooccaalleemmeennttaabboonnddaanntteess(c’est-à-dire les essences identifiées
comme les plusabondantes lors du diagnosticd’aménagement). Cesont souvent l’Angélique,le
Gonfolo,le Grignon,le Balatafranc, l’Amarante… Sont marqués en réserveafin deconserver des
semenciers : 30arbres pour 300 hectares dont 10arbres exploitables et 20 arbres ditsde
remplacement.On veille,d’une part,àconserver des arbres bien conformés et,d’autre part,à
assurer une répartition spatiale homogène des semenciers réservés.
CC aa ssnn °°22::eesssseenncceesseexxppllooiittaabblleessllooccaalleemmeennttrraarreess,c’est-à-dire non identifiées comme les plus
abondantes lors du diagnosticd’aménagement.Cesont souvent laBagasse,le Bois serpent,
l’Amourette,le Moutouchi… Silararetédel’essenceest confirmée,on interdit son exploitation à
l’intérieurd’une parcelle (parcelles d’exploitation hors essences rares) sur unlot de4parcelles.
Sil’essencen’est pasrare,on se trouvedans le casn°3.
CC aa ssnn °°33::ee ss ss ee nn cc ee ssee xx pp ll oo ii tt aa bb ll ee ssgg éé nn éé rr aa ll ee mm ee nn ttpp ee uuaa bb oo nn dd aa nn tt ee ss.Dans lapratique,cettecatégorie
regroupe des essences qu’on trouve unpeu partout surlabandecôtière mais jamais avecdes
effectifs importants(Saint Martin rouge,Saint Martin jaune,Alimiao,Cèdres,Ebène verte…).
Aucune contraintenes’appliquedoncpourl’exploitation deces essences.
CC aa ssnn °°44::ee ss ss ee nn cc ee ssee xx pp ll oo ii tt aa bb ll ee ssdd ii tt ee ssrr ee ss ss oo uu rr cc ee ss -- cc ll éé ss,c’est-à-dire essences dont lapériodede
fructification est décalée parrapport àcelle delamajoritédes essences et dont laprésenceest
166 Rev.For. Fr. LIII -numéro spécial 2001
M ARC F UHR - CATHERINE J ULLIOT - BRUNO D UTRÈVE - O LIVIER B RUNAUX
tableau ISuperficie des séries en forêt aménagée deBalata-Saut Léodate
Série Superficie (ha)Nombre deparcelles
Production 24273 (50%) 81
Usages333 (1%) 1
Protection physique10674(22%) 4
Intérêt écologique4938(10%) 3
Àdéterminer (protection physiqueou intérêt écologique) 8177 (17%) 1
1 / 9 100%