le Cid». - L`Infini Théâtre

publicité
Quelques
Traversées
du « Cid »
Pierre Corneille, repères biographiques
(1606-1684)
Aîné des six enfants d’une famille aisée de magistrats rouennais, Pierre
Corneille entame en 1628 une carrière d’avocat. En 1629, un chagrin
amoureux le conduit à écrire ses premiers vers, puis sa première comédie,
Mélite. Avec les pièces qui suivront : Clitandre, La Veuve, La Galerie du Palais, La Suivante, La
Place Royale, Médée et L’Illusion comique, apparaît un nouveau style de théâtre où les
sentiments tragiques sont mis en scène pour la première fois dans un univers plausible, celui de
la société contemporaine. En 1641, il épouse Marie Lampérière dont il aura 6 enfants.
Corneille, auteur officiel nommé par Richelieu, rompt avec ce statut de poète du régime et avec la
politique contestée du Cardinal pour écrire des pièces exaltant la haute noblesse (Le Cid, oeuvre
aujourd’hui universellement connue), rappelant que les hommes politiques ne sont pas audessus des lois (Horace), ou montrant un monarque cherchant à reprendre le pouvoir autrement
que par des représailles (Cinna).
En 1647 il est élu à l’Académie Française au fauteuil 14 qu’occupera son frère et complice
Thomas après sa mort.
De 1643 à 1651, après la mort de Richelieu, et durant la période de la Fronde, la crise d’identité
que traverse la France se retrouve dans l’oeuvre de Corneille : il règle ses comptes avec Richelieu
dans La Mort de Pompée, donne une tragédie de la guerre civile avec Rodogune et développe le
thème du roi caché dans Héraclius, Don Sanche et Andromède, s’interrogeant sur la nature
même du roi, subordonné aux vicissitudes de l’Histoire, en lui faisant ainsi gagner en humanité.
À partir de 1650, ses pièces connaissent un succès moindre, et il cesse d’écrire pendant
plusieurs années après l’échec de Pertharite. L’étoile montante du théâtre français est alors Jean
Racine dont les intrigues misent plus sur le sentiment et apparaissent moins héroïques et plus
humaines. Le vieux poète ne se résigne pas et renoue avec la scène avec la tragédie Oedipe.
Corneille continue à innover en matière de théâtre jusqu’à la fin de sa vie, en montant ce qu’il
appelle une « pièce à machines », c’est-à-dire privilégiant la mise en scène et les « effets spéciaux
» (La Toison d’or), et en s’essayant au théâtre musical (Agésilas, Psyché). Il aborde aussi le thème
du renoncement, à travers l’incompatibilité de la charge royale avec le droit au bonheur
(Sertorius, Suréna). La comparaison avec Racine avait tourné à son désavantage lorsque les deux
auteurs avaient produit, presque simultanément, sur le même sujet, Bérénice (Racine) et Tite et
Bérénice (Corneille).
Corneille meurt à Paris le 1er octobre 1684.
La légende de l’El Cid
Le « Cid » est inspiré de la vie de Rodrigo Diaz de Vivar (1043-1099), surnommé El Cid
Campeador ou El Cid, héros de l’Espagne médiévale. En effet, il fut un chevalier
mercenaire chrétien, un bandit de grand chemin, héros de la Reconquista1 espagnole en
1094 pour avoir repris aux Maures le royaume de Valence (et marquant ainsi le début
d’une reconquête de l’Espagne).
Rodrigo Díaz de Vivar se met d'abord au service du roi Sanche II de Castille (règne :
1065-1072), puis de son frère et ennemi Alphonse VI (règne : 1072 – 1109), qui le
charge de recouvrer pour lui les parias (le tribut) dues par le roi maure de Séville, Abbad
III. En récompense, il lui donne en mariage sa nièce, Jimena Díaz (Chimène), fille du
comte d'Oviedo.
Pour avoir enfreint la paix du roi, en l'accusant plus ou moins directement d'avoir
participé à l'assassinat de son propre frère, il est exilé en 1081, et parcourt l'Est de la
péninsule, offrant ses services aux princes, tant chrétiens que musulmans.
De cette époque date son surnom El Cid (donné par les Maures), provenant de l'arabe,
et signifie seigneur. Son autre surnom, Campeador (le Champion) - issu
du latin campidoctor : instructeur ; « maître d'armes » - lui est donné dès 1066 après sa
victoire en combat singulier contre Jimeno Garcés, lieutenant du roi de Navarre Sanche
IV, réputé invincible.
Le Cid espagnol
Guillen de Castro (1569-1631) fut le premier à adapter pour le théâtre la vie de Rodrigue
et Chimène dans l’une de ses pièces appelée « Les Enfances du Cid » (Las Mocedades
del Cid), publiée en 1618. Selon la tradition espagnole la pièce se joue en trois journées.
Remarque : la troisième journée se déroule un an après le début de l’action.
Par rapport à Corneille, ce dernier s’est fort inspiré de la pièce espagnole certes mais audelà de l’imitation, il s’est surtout livré à un travail : de simplification (nombre important
de péripéties supprimées) ; de condensation (l’action en concentré, va plus à l’essentiel :
ici l’amour des deux jeunes amants est annoncé dès le début alors que tenu secret dans
la version espagnole) ; d’intériorisation (le combat psychologique), et d’invention (Don
Sanche, a développé des personnages secondaires).
Il en a donc fait une œuvre originale.
1
La Reconquista (718 – 1492) correspond à la reconquête des royaumes musulmans de la péninsule Ibérique
par les souverains chrétiens.
Corneille : le contexte historique
Jusqu’en en 1637, Corneille est surtout connu pour avoir écrit des comédies : Mélite
(1630) ; La Veuve (1631) ; La Galerie du Palais (1632) ; La Suivante (1633), La Place
Royale (1634) ; L’Illusion comique (1635-36). Il a réussi à réinventer la comédie,
s’éloignant de la farce médiévale pour en créer un genre nouveau, plus raffiné, plus
subtil. Ses comédies ont des décors à la mode, des lieux contemporains. Elles décrivent
la découverte et la complexité des jeux l’amour entre des jeunes gens, mais aussi les
heurts avec les parents (plus préoccupé par les jeux d’argent), ou les obstacles liés à la
présence des rivaux.
Il a tâté un peu à la tragédie : Médée (1635). Mais le genre à la mode, désormais, est la
tragi-comédie. Entre 1635 et 1636, 15 nouvelles tragi-comédies sont ont été jouées et
écrites par des auteurs connus : Scudéry, Rotrou, d’Alibray. Le Cid est créé au début du
mois de janvier 1937. Corneille a alors 31 ans. La pièce est un chef-d’œuvre et est un
succès immense et immédiat. Il obtient la reconnaissance sociale et officielle : le 27
janvier 1637, Corneille est anobli par le roi Louis XIII.
Comment expliquer ce succès ? Corneille répond admirablement bien à toutes les
exigences que comporte le genre de la tragi-comédie : caractérisé par une action
complexe, volontiers spectaculaire, elle campe traditionnellement une histoire d’amour
traversée par des obstacles qui disparaissent heureusement à la fin2. C’est la meilleure
réussite de la tragi-comédie.
La « querelle » du Cid
La querelle éclate en mars 1637 et officiellement se termine en décembre de la même
année. Vu le succès du Cid, Corneille demande une meilleure rétribution financière au
directeur de la troupe qui jouait Le Cid. Ce dernier refuse. Pour se « venger », Corneille
décide de faire publier son œuvre, ainsi la troupe du théâtre du Marais perdait
l’exclusivité, n’importe qui pouvait maintenant jouer la pièce.
A cette même époque, Corneille écrivait un long poème (Excuse à Ariste) où il vantait son
talent. Pour rabaisser son orgueil, Mairet publie un texte dans lequel il accuse Corneille
d’avoir plagié Guillen de Castro. Scudéry publie ses Observations sur Le Cid : il démontre,
en s’appuyant sur Aristote, que la pièce « vaut rien du tout ».
L’Académie Française (créée trois plus tôt) intervient. Elle procède alors à un examen
détaillé de la pièce et publie le 20 décembre 1637 la conclusion : elle reconnait
l’originalité de Corneille (et donc son non-plagiat) mais soutient que les règles des trois
unités ainsi que la vraisemblance et les bienséances n’ont pas été respectés. L’Académie
2
COUPRIE Alain. Le Cid, Pierre Corneille. Paris, Hatier : 2005. (Profil, n°133)
française considère en définitive que Corneille doit autant son succès à son talent qu’au
hasard. Corneille ne répond rien. Le débat est clos.
Un cid légendaire
"Je suis né deux fois, la première le 4 décembre 1922, la seconde en juillet 1951,
en Avignon, où j'ai eu grâce à Jean Vilar la révélation du vrai théâtre..." Gérard Philippe
Création le 19 juillet 1949 : Cour d'Honneur du Palais des Papes (Avignon) A CHANGER
Mise en scène
Costumes
Lumières
Direction musicale
Interprétation
(1951)
Jean Vilar
Léon Gischia
Pierre Saveron
Maurice Jarre
Réalisation des
costumes
Henri Lebrun, Alyette Samazeuilh
Régie générale
Valentine Schlegel, Pierre Lautrec
Jean Vilar (Le Roi)
Gérard Philippe (Don Rodrigue)
Françoise Spira (Chimène)
Pierre Asso (Don Diègue)
Jean Leuvrais (Don Gomès)
Jeanne Moreau (l'infante de Castille)
Jean Negroni (Don Sanche)
Jean-Paul Moulinot (Don Alonse)
Charles Denner (Don Arias)
Monique Chaumette (Léonor)
Lucienne Le Marchand (Elvire)
André Schlesser (le page de l'infante)
Extrait audio (Gérard Philippe): http://www.youtube.com/watch?gl=BE&v=2aJd-e5hWUU
« La star de cinéma Gérard Philipe participe cette année doublement (aux côtés de Jeanne
Moreau) au Festival d'art dramatique d'Avignon (15-25 juillet), dans deux pièces qui jouent dans
la Cour d'honneur du Palais des Papes : Le Prince de Hombourg de Heinrich von Kleist et Le
Cid de Corneille.
La première représentation de cette deuxième œuvre a eu lieu ce soir devant un parterre noir de
monde. L'acteur, qui s'est démis le genou lors de la dernière répétition, a triomphé malgré sa
capacité de déplacement réduite. Pour Jean Vilar, fondateur il y a quatre ans de l'événement
avignonnais (sous le nom initial de "Semaine d'art"), qui lui donnait la réplique dans le rôle du roi,
son interprétation était tellement impressionnante que "personne n’osera plus monter Le
Cid avant trente ans".»3
3
http://www.live2times.com/1951-gerard-philipe-joue-le-cid-a-avignon-e--11001/#5WOFCT1SWC4hyDRf.99
L'ombre de Gérard Philipe plane encore sur Avignon
AVIGNON / PUBLIÉ LE SAMEDI 24 JUILLET 2010 À 11H13
Le 25 novembre 1959, Gérard Philippe, alors en pleine gloire et à l'apogée de sa popularité, est emporté
par un cancer du foie foudroyant à l'âge de 37 ans. A Avignon comme partout en France, on pleure la
disparition de la star. Peut-être plus qu'ailleurs
Rares sont ceux qui connaissent l'histoire du Festival d'Avignon aussi bien qu'elle. Auprès de son mari, Paul
Puaux, compagnon d'aventure de Jean Vilar et son successeur à la tête du TNP (Théâtre national
populaire), Melly Puaux a participé, dès 1966, à "cette formidable aventure humaine" du festival, comme
elle dit, où elle a occupé, jusqu'en 1979, la fonction de secrétaire. Avant de fonder, la même année, la
Maison Jean-Vilar à Avignon.
Certes, elle n'a pas assisté aux premières heures du festival, dont "la création, dit-elle, relève du miracle,
un peu comme la naissance du Christ dans la crèche: sans moyens, mais avec un enthousiasme à nul
autre pareil". Elle n'a pas, non plus, connu personnellement Gérard Philipe, emporté par un cancer du foie
foudroyant, à l'âge de 37ans, en 1959. Mais les innombrables heures qu'elles a passées à ratisser les
archives pour monter quantité d'expositions, font d'elle la mémoire vivante du festival.
"Gérard Philipe ? Jean Vilar lui avait déjà demandé d'intégrer le TNP dès 1949, mais il avait décliné la
proposition, trop absorbé qu'il était par ses tournages de films, raconte-t-elle. Et puis, en 1950-51, alors
que Vilar jouait dans Henri IV de Pirandello, au théâtre de l'Atelier, à Paris, il s'est finalement décidé à aller
à sa rencontre, dans les loges, pour lui demander d'en faire partie. Vilar lui a fait lire Le Prince de
Hombourg qui, à l'époque, n'avait jamais été joué en France, et Le Cid. Et il a accepté, tout en sachant que
Vilar n'avait aucun moyen de le payer. Qu'importe, pour lui, l'essentiel était de toucher un nouveau public
et de participer à l'aventure. Dès lors, il jouera à Avignon tous les ans, ou presque. C'était quelqu'un de très
accessible, comme tous les artistes de l'époque, d'ailleurs. Il aimait participer aux rencontres avec le public
dans le verger Urbain V avec Paul Puaux, pour parler du métier, au côté de Georges Wilson, qui nous a
quittés."
En tant que responsable des archives, Melly Puaux a aussi mis la main sur le costume sans manche (!) du
Cid, joué en 1949 par Jean-Pierre Jorris, et repris, deux ans plus tard, par Gérard Philipe. "Les deux
comédiens n'avaient pas la même morphologie: les manches du premier costume avaient été enlevées
pour être ensuite cousues sur le deuxième!", sourit-elle. Les anecdotes s'enchaînent. "En 1951, le plateau
du Palais des Papes n'était pas aussi sécurisé qu'aujourd'hui. Lors de la générale (la dernière répétition,
ndlr) du Cid, Gérard Philipe, qui jouait Don Rodrigue, porté par l'enthousiasme de la bataille contre les
Maures, est tombé de scène, se faisant particulièrement mal à la hanche. Ce qui a obligé Jean Vilar, pour
la première, à modifier la mise en scène à la dernière minute. C'est finalement assis sur le trône du roi que
Gérard Philipe va raconter la bataille, tandis que Jean Vilar, dans le rôle du roi, se placera carrément dans
le public."
L'année d'après, pour Lorenzaccio, Jean Vilar va même confier, pour des raisons de santé, "la fin de la
régie" à Gérard Philipe. "La fin de la mise en scène, si vous préférez. Mais ce dernier terme était trop
pompeux pour Vilar: il préférait employer 'régie'. Un régisseur, disait-il, fait valoir la terre de ses maîtres.
Mon maître, c'est l'auteur et je suis là son serviteur." Des anecdotes, Melly Puaux pourrait en raconter
pendant des heures entières. Peut-être en aura-t-elle l'occasion, tout prochainement ? Retirée aujourd'hui à
Paris d'où elle est originaire, elle confie son intention de descendre quelques jours à Avignon, pour ce
festival. "Pour profiter des trois derniers jours."
Un cid (classico-) classique
« J’ai essayé de mettre Dieu en scène » Francis HUSTER
Mise en scène : Francis HUSTER
Décors : Pierre-Yves LEPRINCE
Costumes : Dominique BORG
Lumières : Geneviève SOUBIROU
Acteurs :
Don Rodrigue : Francis HUSTER
Chimène : Jany GATALDY
Don Gormas : Jean-PIERRE BERNARD
Don Diègue : Jean MARAIS
L’Infante : Martine CHEVALLIER
Le Roi Don Fernand : Jean-Louis BARRAULT
Don Sanche : Jacques SPIESER
Elvire : Martine PASCALE
Léonor : Monique MÉLINARD
Version : Tragi-comédie (version 1636)
Date : 1985
Lieu : Le théâtre du Rond-Point
Le décor : un décor unique. Quatre portes et un trône, un décor d’une excessive sobriété.
Un grand air, de l’horizon à perte de vue, le ciel bleu des plages.
Les costumes : accrochent l’œil, saugrenus et laids // bien avec l’esprit de la
représentation, volontairement –perversement- caricaturale.
AUTRE CRITIQUE :
sublimes, de vraies images de contes de fées, robes de noces ou robes d’enlèvements,
armures d’or et linges de sang.
Les lumières : sont celles des aurores, des midis et des couchants. Elles prennent les
corps et les visages de biais
« On ne doit voir ni un décor, ni des costumes, ni des lumières, on doit voir le
Cid. » Francis HUSTER
« ‘’Le Cid’’ c’est la jungle. Ce n’est pas une pièce, c’est un poème. Corneille
écrivait de la main gauche. Il faut l’aborder par le biais de la jeunesse et de la
maladresse. » Francis HUSTER
« Le meilleur est dans le baroquisme, une manière d’aborde ‘’Le Cid’’ comme si c’était
une comédie shakespearienne. D’où je ne sais quoi de désinvolte, de blagueur, comme
une distance poétique, une liberté à laquelle on sera sensible. »4
Chimène est exécrable dans la colère et touchante dans l’amour. Romantique et fragile.
Sur les nerfs. Déchirée et blessée. Tremblante comme la feuille. / Sommet de poésie, de
passion, un buisson ardent, ‘’un diamant noir en fusion’’.
« Le vrai combat est entre Chimène et Chimène. » Francis HUSTER
Francis Huster ira même jusqu’à affubler Chimène de l’armure de son père quand elle
vient demander justice au roi.
Rodrigue est convaincant, très intériorisé d’une mélancolie maitrisée, qui lutte contre
l’inévitable, il s’arrache à des ténèbres, mais en même temps il reste d’une enfance
désarmante.
« ‘’Le Cid’’, c’est notre ‘’Roméo et Juliette’’ Rodrigue n’a rien d’un héros. Il doute.
C’est un assassin comme Hamlet et Dom Juan qui ne mérite pas d’être absout.
(…) il a la tête pure, mais les mains sales. » Francis HUSTER
C’est avec les silhouettes que joue Francis Huster, il leur donne de la liberté.
L’infante a un costume bizarre (mais splendide). Elle joue de la façon la plus intelligente,
la plus sensible … dans son rôle on trouve des variations sur l’amour fou et impossible.
Elle est la plus convaincante.
Un traitement particulier de la part de Francis HUSTER. L’infante est un personnage que
Corneille lui-même avoue être « hors d’œuvre », « rapportée ». Ici, Francis Huster en fait
une sorte de phare central de la tragédie. « L’infante devient un ostensoir, une sorte
d’icône d’or et de pierres précieuses, qui éblouit l’action »5
De plus, pour parfaire la beauté de la chose, des accès de démence de l’infante
(invention d’Huster) sont annoncés par un envoutant « chant des sphères » du
4
5
MARCABRU Pierre. 1985. « Les Feux du Baroque ». Le figaro, 29 novembre.
COURNOT Michel. 1985. « Une bourrasque d’air frais ». Le Monde, 30 novembre.
compositeur Dominique Probst. Elle ajoute son cri, un cri d’amour fou. Martine Chevallier
en fait un chant de mort.
Elvire est en permanence unie à Chimène dans une grande affection, « comme si Elvire
avait toujours été là pour calmer la soif de désastre et alors ce couple Chimène-Elvire,
qui est en vérité l’axe de feu de la pièce, est d’un inaltérable éclat »6.
Dans cette version-ci, Corneille nous apparait au début, nous disant quelques mots
d’avertissement :
PROLOGUE
PIERRE CORNEILLE
s’avance et s’adresse au public.
Ce portrait vivant que je vous offre représente un héros assez reconnaissable aux lauriers
dont il est couvert. Sa vie a été une suite continuelle de victoires ; son corps, porté dans
son armée, a gagné des batailles après sa mort ; et son nom, au bout de six cent ans,
vient encore de triompher en France. Il y a trouvé une réception trop favorable pour se
repentir d’être sorti de son pays, et d’avoir appris à parler une autre langue que la
sienne. Je me résous, puisque vous le voulez, à me laisser condamner par votre illustre
Académie ; si elle ne touche qu’à moitié du Cid, l’autre me demeurera toute entière. Mais
je vous supplie de considérer qu’elle procède contre moi avec tant de violence, et qu’elle
emploie une autorité si souveraine pour me fermer la bouche, que ceux qui sauront son
procédé auront sujet d’estimer que je ne serais point coupable si l’on m’avait permis de
me montrer innocent … J’ai fait Le Cid pour me divertir, et pour le divertissement des
honnêtes gens, qui se plaisaient à la comédie. J’ai remporté le témoignage de
l’excellence de ma pièce par le grand nombre de ses représentations, par la foule
extraordinaire des personnes qui y sont venues, et par les acclamations générales qu’on
lui a faites. Toute la faveur que peut espérer le sentiment de l’Académie est d’aller aussi
loin ; je ne crains pas qu’il me surpasse… Le Cid sera toujours beau, et gardera sa
réputation d’être la plus belle pièce qui ait paru sur le théâtre, jusques à ce qu’il en
vienne une autre qui ne lasse point les spectateurs à la trentième foie…
Et pour finir :
Qu’on parle mal ou bien du fameux Cardinal,
Ma prose ni mes vers n’en diront jamais rien :
Il m’a fait trop de bien pour en dire du mal,
Il m’a fait trop de mal pour en dire du bien.
Sire, ainsi je serais le plus ingrat de tous les hommes si je n’étais toute ma vie, très
véritablement Sire, votre très humble, très obéissant et très fidèle serviteur et sujet.
Corneille
6
COURNOT Michel. 1985. « Une bourrasque d’air frais ». Le Monde, 30 novembre.
Un cid improvisé
Titre : Le Cid Improvisé
De Philippe Cohen, d’après Pierre Corneille
Interprétation : Philippe Cohen
Lieu : Théâtre Les Ateliers (Suisse)
Date : 1987-1988
Le spectacle :
Un soir à Séville, j’ai joué ‘’Le Cid’’ dans une mise en scène signée par moi, où je m’étais attribué tous les
rôles et notamment celui de Rodrigue…
Corneille était présent dans la salle, ou plutôt dans les gradins, car la représentation avait lieu en plein air,
sur les lieux mêmes où le texte situe la tragi-comédie, aux abords d’un château, en Espagne.
Aujourd’hui, le spectacle que je présente a considérablement évolué : rapport à mes relations avec
Corneille depuis ce soir de première…
En un mot, je me détache de plus en plus de l’auteur et je m’attache de plus en plus au spectateur.
D’ailleurs, je me suis autorisé à changer le titre : la pièce s’appelle maintenant ‘’Le Cid Improvisé’’.
Un cid fondant
« Mais d’un corps de glace inutile ornement (…). » Don Diègue
Titre : « Un cid »
Mise en scène : Emilie Valentin
Acteurs-manipulateurs : Emilie Valantin, Jean Sclavis, Jacques Bourdat, Isabelle
Rouabah, Jean-Pierre Skalka.
Musiciens : Christian Chiron, Yannick Herpin
Lieu : Avignon, Maison des Côtes du Rhône
Date : 1996
Durée : 1h (lié à la technique)
Pour le 50ème festival d’Avignon (1ère fois que quelqu’un ose faire revivre « Le Cid » à
Avignon après l’interprétation de Gérard Philippe).
Les acteurs sont ici des marionnettes de glaces articulées et juchées sur des cubes de
bois (des praticables noirs). Elles sont formées de 4 ou 5 litres d’eau moulés à
l’horizontale et maintenus au congélateur pour obtenir des poupées de 60 cm et
d’environ 5 kg.
On dirait du cristal. L’air chaud givre d’un coup les corps translucides. La glace crisse et
se met à luire. Les gouttes perlent doucement sur le front de Don Diègue. Goutte à
goutte, les marionnettes s’allègent, s’érodent, fondent en larmes.
« Pleurez mes yeux et fondez-vous en eau. » Chimène
Fantômes fragiles d’un passé glorieux, pouvant se briser d’un coup sec ou se tasser
lentement : merveilleux symboles de la vanité humaine qui ne laisse derrière elle que
quelques gouttes d’eau, vite évaporées.
Plus la glace fond, plus l’attention s’avive.
Les musiciens (deux joueurs de clarinette) et les manipulateurs sont en costumes noirs
d’époque et en gants de caoutchouc. À l’abri, derrière leurs marionnettes, les
manipulateurs assument l’excès des sentiments, la pamoison et le panache, ils se
lâchent de toute leur âme. On retrouve alors l’esprit d’enfance, de naïveté, de cœur
tendre et robuste. Il y a un retour au premier degré, le spectacle a quelque chose
d’enfantin.
Don Gormas est précipité du haut d’une tour et se fracasse au sol en mille morceaux.
La question de l’éphémère au théâtre : bel hommage au théâtre ? Actrices d’un soir, les
figurines meurent avec leur personnage …
« C’est un pastiche : dans un pastiche, il faut de la sincérité, de l’amour et beaucoup
d’art. »7
« C’est
7
8
la
création
sous
contrainte
FERNEY Frédéric. 1996. « Un Cid » d’après Corneille, Fondant. Le Figaro, 28 juillet.
JURGENSON Caroline. 1996. « Emilie Valantin gèle « le Cid » ». Le Figaro, 24 juillet.
totale !
»8
Un cid décapé
« Une mystérieuse jeunesse qui nous bouleverse. »9
« Bref, c’est plus qu’une réussite, c’est un miracle de théâtre. »10
Titre : « Le Cid »
Mise en scène de : Declan Donnellan
Acteurs :
Don Rodrigue : William NADYLAN
Chimène : Sarah KARBASNIKOFF
Don Gomès/Gormas : Philippe BLANCHER
Don Diègue : Michel BAUMANN
L’Infante : Sandrine ATTARD
Le Roi Don Fernand: Patrick RAMEAU/George BIGOT
Le Prince : Benjamin DUPÉ
Don Sanche : Yanneck ROUSSELET
Elvire : Joséphine DERENNE
Léonor : Odile COINTEPAS
Lieu : Avignon (1er X qu’on refait Le Cid -en chair et en os- après Gérard Philippe dans la cour d’honneur)
Année : 1998
Durée : Moins de 2h
9
R.T.B.F., Musique 3, « Billet », Le Cid (Marie-Eve Stévenne), mercredi 27 octobre 1999 à 8h30.
R.T.B.F., Bruxelles-Capitale, »Billet », Le Cid (Hugues Dayez), mercredi 27 octobre 1999 à 7h30.
10
Rodrigue : Il a la peau bronzé d’un métis. L’image d’un Rodrigue a la peau noire, modifie
la résonnance de cette guerre contre les Maures. De plus, il n’a rien du guerrier bravache
et creux. Droit, oui, mais pas aveugle. Une fragilité étonnante se dégage. « Ce Rodrigue-là
est encore un enfant, fier de recevoir des mains de son père l’épée qui fera de lui un
homme, avant de mesurer que ce geste entachera à jamais son bonheur »11. Un être
humain bouleversant. Fébrile, fragile, angoissé, dégouté par la mort qu’il est obligé de
semer autour de lui. Un héros frémissant doté de conscience et d’humour et pour qui la
gloire d’avoir accompli son devoir s’accompagne de la honte d’avoir tué.
Chimène : Jeune comédienne. Energique. Etourdissante. Forte. Douce blondeur, elle offre
au regard une cambrure pour danser, mais sous sa robe de soie il y a l’armure de Jeanne
d’Arc. Cette Chimène là se ment à elle-même, coincée par le devoir et la fierté castillane.
Elle se transforme en furie après la mort de son père. Capricieuse, allumeuse,
insupportable chipie, elle épuise tout son entourage en provoquant son propre malheur.
Explosive, passionaria en nuisette se jouant fougueusement du dilemme entre cœur et
raison.
Comédiens : Dynamique extraordinaire des déplacements des comédiens, presque
orchestrés comme un ballet. Les combats sont chorégraphiés comme une corrida
stylisée. « Chaque personnage, défini et joué avec finesse, éclabousse les planches avec
le même bonheur (…) »12 L’espace est investi par tous les personnages qui se croisent
avec la sensualité de danseurs de paso doble. Jeu de passe-passe.
Décor : Aucun, seulement trois chaises. Le sol est recouvert de planches de bois.
Lumières : un éclairage qui habille l’espace. Précis et discret.
Costumes : les comédiens ont l’uniforme de l’armée espagnole (le milieu des « hommes
d’honneurs », les comédiennes sont en robes courtes. Le metteur en scène situe
l’intrigue dans notre époque.
« Le metteur en scène irlandais Declan Donnellan a transgressé les traditions théâtrales
pour notre plaisir, pour le plaisir de spectateurs, qui au soir de la première, étaient en
majorité des jeunes en plein accord avec le spectacle. »13
« Totalement décomplexé face à cet imposant chef-d’œuvre, Donnellan le dépoussière
avec une intelligence qui force l’admiration. Il ose se rappeler qu’à l’époque de sa
création, en 1637, Le Cid était défini comme une tragi-comédie, et que dans l’histoire
d’amour cornélienne, of course, entre Rodrigue qui a tué le père de Chimène, et
Chimène, qui ne peut lui pardonner ce crime, se glissent souvent des répliques
spirituelles et drôles. »14
Texte : Le metteur en scène n’a pas changé une virgule. Il écoute le texte, retrouve le
rythme soutenu du vers et dégage les enjeux.
11
CREUZ Sophie. 1999. « Qu’il est joli l’assassin de papa ! ». L’Echo, 28 octobre.
BURY Marie-Anne. 1999. « Il sentait bon le sable chaud ». Le Matin, 29 octobre.
13
R.T.B.F., Musique 3, « Billet », Le Cid (Marie-Eve Stévenne), mercredi 27 octobre 1999 à 8h30.
14
R.T.B.F., Bruxelles-Capitale, »Billet », Le Cid (Hugues Dayez), mercredi 27 octobre 1999 à 7h30.
12
Article (Libération, Culture. Le 14 juillet 1998):
Festival d'Avignon. Le Britannique Donnellan tire la pièce de Corneille vers la comédie. On
badine bien avec «le Cid». Le Cid, de Pierre Corneille, mise en scène de Declan Donnellan.
Théâtre municipal d'Avignon. Tous les soirs à 21 h 30 jusqu'au 22 juillet. Relâche le 14 et
le 19.
Par DREYFUS ALAIN
«Grenade et l'Aragon tremblent quand ce fer brille.» Rodrigue aussi:
en allant provoquer le père de Chimène, qui avait eu le mauvais goût, comme chacun sait, de
manquer de respect à son don Diègue de père, le sémillant jeune homme est visiblement
mort de trouille. Pour incarner le Cid, le metteur en scène irlando-britannique Declan
Donnellan a choisi la grâce plutôt que la force: il est vraiment joli, l'assassin de papa, sous
les traits de l'acteur noir William Nadylam, dont on pourra jusqu'à plus soif admirer la
musculature sans défaut.
Pièce fondatrice. Le bras de Declan Donnellan (que la planète admire: depuis dix ans, sa
troupe Cheek by Jowl enchaîne avec des classiques, du Shakespeare surtout, les tournées à
travers le monde) n'a pas tremblé pour s'attaquer à la pièce fondatrice du mythe d'Avignon,
avec, en 1951, le tandem Jean Vilar-Gérard Philipe. D'abord parce qu'il s'est avancé en
terrain connu pour avoir monté le Cid il y a douze ans en Angleterre et en anglais. Il fut
d'ailleurs le premier à présenter outre-Manche des oeuvres de Corneille et Shakespeare).
Ensuite, parce que, sans botter en touche, il ne joue pas sur le même terrain. Pas de cour
d'honneur la direction du festival la lui avait proposée , mais la proximité d'un théâtre à
l'italienne. Pas de débauche de décor, mais la chaleur d'un plancher de bois serti de murs de
caillebotis. Pas de monstre sacré, mais une troupe apte à restituer la pièce dans toute sa
fraîcheur en tirant ouvertement la tragi-comédie vers son deuxième terme.
Comment faire entendre des tirades tellement connues qu'elles tiennent de la rengaine? En
les traitant comme telles. Lorsque don Diègue (Michel Bauman, parfaite figure du père
sévère) entame l'inévitable «O rage, ô désespoir», c'est accompagné à la guitare flamenco,
tandis que le reste des acteurs fredonne à l'arrière-plan. Les conflits entre amour et
honneur? Pas de quoi en faire un drame. Chimène, déchirée dans un terrible dilemme,
venger son père en sacrifiant son amour? Et puis quoi encore" Il faut voir Sarah Karbasnikoff
allongée presque nue lancer à sa servante «c'est peu dire d'aimer, Elvire je l'adoooore!» dans
un feulement orgastique et joyeux pour comprendre que les épreuves qu'elle va faire subir (et
Dieu sait si elle y va) à son soupirant tiennent plus du marivaudage que de l'affaire d'Etat.
Donnellan prend d'ailleurs soin de se placer, dans le dépliant qui accompagne le spectacle,
sous l'aile du Henri IV de Shakespeare: «Qu'est-ce que l'honneur? Un mot. Qu'y a-t-il dans ce
mot honneur, qu'est-ce que cet honneur? Du vent. Quel magnifique bilan! Et qui en
bénéficie? Celui qui est mort mercredi.»
Impression de liberté. Il y a une méthode Donnellan, apparemment simple. Mettre en avant
les acteurs. Il faut beaucoup d'intelligence et sans doute une main de fer (dans un gant de
velours, paraît-il) pour donner l'impression qu'évolue en liberté alors que tous les
mouvements sont réglés au cordeau
une distribution pas toujours parfaite mais
manifestement toute au bonheur de jouer. Même si Michel Bauman et Joséphine Derenne
(hilarante Elvire) marchent avec des béquilles suite à un accident lors de répétitions. Si
Chimène en fait parfois un peu trop, le choix de William Nadylam apparaît en tout cas le bon.
Ce doux jeune homme, qui apporte humour et distance à un personnage qui en est
ordinairement plutôt dénué, incarne un Rodrigue atypique et réjouissant.
Declan Donnellan fait preuve d'un grand savoir-faire. Il sait aussi très bien ce qui plaît et ce
qui ne plaît pas, et prend soin de ne prendre personne à rebrousse-poil. Il en résulte un
spectacle léger, agréable, où le Britannique donne, mais c'est sans doute une illusion, le
sentiment de vaincre sans péril.
(à Avignon)
Rectificatif. Dans l'article paru hier sur le Cid monté par Declan Donnellan, il était indiqué que
ce dernier a été le premier à présenter en Angleterre des pièces de Corneille et de
Shakespeare (!). En fait, il aurait fallu lire Corneille et Racine"
 VIDEO (reportage) : http://www.ina.fr/art-et-culture/arts-duspectacle/video/CAB98029051/le-cid-avignon.fr.html
Un cid acide
Titre : « Cid »
Texte : Adaptation de Sabine Durand d'après
«Le Cid » de Pierre Corneille
Mise en scène : Sabine Durand
Acteurs :
Don Rodrigue : Nicolas LUCON
Chimène : Nathalie MELLINGER
L’Infante : Photios KOURGIAS
Le Roi Don Fernand: Jean DEBEFVE
Lumière : Virginie STRUB
Costumes : Claire FARAH et Virginie HONORE
Durée : 1h50
Texte : Il ne reste plus que quatre personnages. Le spectacle se concentre sur l’essentiel
dans les dilemmes qu’il soulève. Même avec les coupes drastiques dans le texte, il garde
une cohérence.
L’ironie ici est partout. Proche de la parodie. La tragi-comédie devient une farce tragique.
La pièce vacille entre pathos grandiloquent et burlesque.
Décor : un plateau tout en longueur, très nu, sous une lumière égale et de plain-pied avec
le public. Epuré.
Cid
L’œuvre de Pierre Corneille a vu son titre amputé et son texte aussi.
Sabine Durand l’a adapté pour quatre personnages seulement, avec pour résultat d’aller à
l’essentiel (et de condenser le spectacle en 1h50).
Sa mise en scène insuffle aussi, de temps en temps, un vent de fraîcheur et de jeunesse sur le
texte poussiéreux qui n’a pas pris une ride en force et en puissance de sentiments.
Le dilemme de Chimène et de Rodrigue reste total.
Entre amour et devoir, que choisir?
Laisser parler son cœur ou sa raison ?
Telle est la question… et la substance même de toute la pièce.
Rien de trop, rien de trop peu donc dans le dosage et la présentation choisie par Sabine Durand.
L’originalité réside dans un traitement par instant parodique ou théâtralisé à outrance
Rodrigue (Nicolas Luçon) et Chimène (Nathalie Mellinger) sont tout à la fois les amants
impossibles et leurs irascibles pères, à grand renfort d’une moustache dessinée au crayon.
Ils jouent l’amour et l’honneur avec tant de raideur grandiloquente qu’on s’en amuse
(légèrement).
La palme du rire revient au roi Ferdinand (Jean Debefve) et l’Infante (Photios Kourgias, un
homme).
Tout à fait décalés, ils accumulent pitreries et déchaînent les rires.
Le Cid de Corneille se trouve ainsi traité et malmené (sans impertinence) sur deux niveaux.
Surprenant, amusant par instants, il se décline également dans une pure et classique tragédie.
Entre farce et drame, on hésite souvent.
Sans s’en plaindre vraiment, ce condensé nous permet de mieux percevoir la subtile puissance
du drame cornélien.
Le petit côté humour permet aux plus jeunes d’approcher l’œuvre plus aisément que dans sa
globalité souvent considérée par eux comme rébarbative.
Un travail intéressant, qu’on ressentira comme un peu inabouti ou frustrant.
La beauté du texte, en alexandrins, est intacte, mais la saveur des rires est trop brève pour
compenser l’inconfort d’une scénographie mal adaptée à la Balsamine.
Présenté tout en longueur, le spectacle ne réussit à satisfaire que les spectateurs assis au milieu
du gradin (sans dossier), ceux qui se retrouvent aux extrémités perdent une partie du texte qui
s’envole vers les cintres, enfouis dans les bruits (pourtant discrets de toux ou de pas des
comédiens).
Il serait injuste pourtant de ne pas applaudir la fougue et le talent dramatique de Nathalie
Mellinger confondante de chagrin et de douleur.
La comédienne semble d’ailleurs une habituée des œuvres décalées, elle nous avait régalé
également de sa prestation dans La tempête.
Jean Debefve est plus que séduisant dans son rôle de roi retors et épuisé.
Courbé par le poids du pouvoir, il tente encore de manipuler les uns et les autres.
Son Infante de fille, jouée par Photios Kourgias devient un personnage tout à fait décalé, par
instants même loufoque qui navigue entre son amour impossible, sa simplicité d’esprit et ses
espoirs déçus.
Nicolas Luçon sert un Rodrigue dépassé par les évènements, contraint de tuer le père de sa
fiancée, de devenir le bras victorieux de la cité, repoussé par sa Chimène, il est désemparé,
étourdi par l’avalanche d’évènements qui lui tombent sur la tête. Il insuffle ainsi à son
personnage un air de gamin désemparé pas déplaisant du tout.
Cid est une approche ludique à conseiller pour faire découvrir un classique aux élèves du
secondaire, mais c’est aussi l’occasion de percevoir autrement un texte tragique qui peut porter
aux rires et à l’amusement selon la manière dont il est brillamment joué par ses quatre
comédiens sans jamais pourtant y changer la moindre virgule.
Muriel HUBLET
UNE VERSION QU'ON NE HAIT POINT
Un quatuor d'acteurs rejoue une partition nouvelle d’El Cid, d'après la tragédie de Pierre Corneille : "Le Cid".
Actuel et interpellant.
Créée en mars, reprise en novembre 2006, l’adaptation et la mise en scène de Sabine Durand est fidèle au
texte de Corneille tout en s'autorisant des coupures significatives, de larges libertés dans sa
représentation, et en n'escamotant pas les outrances. La distribution reprend les comédiens de la
création sauf Nicolas Luçon, qui assume le rôle titre. Quatre acteurs pour incarner une dizaine de
personnages. Sauf les "permanents" : l'Infante de Castille/Photios Kourgias, rendue asexuée et dont les
sentiments ambigus apparaissent d'autant mieux, le Roi Don Fernand/Jean Debefve, dépouillé de sa
superbe, tout proche de la sénilité. Au couple Rodrigue/Nicolas Luçon-Chimène/Nathalie Mellinger de se
démultiplier pour incarner également les autres personnages, dont leurs pères !
Dépoussiéré et désenflé…
Option audacieuse, doigté subtil de la metteur en scène, prouesse toute en finesse des comédiens… Le
plus étonnant c'est que, sans cesse sur le fil, l'ensemble devient, au pied de la lettre, une farce tragique.
Avec un dépouillement à l'excès en termes de décor et accessoires : un tabouret et un vieux canapé, les
épées, des costumes intemporels, un plateau de plain-pied avec les spectateurs…
Ce sont les pulsions ordinaires qui affleurent sous les "tirades" connues. Non plus la grandeur d'âme des
nobles héros magnifiés mais la jalousie, l'envie, l'orgueil, l'ambition, la déraison, la barbarie, la passion, le
caprice, l'égocentrisme…les petits sentiments inavouables et les calculs mesquins mis à nu. Les affronts,
causes de tous maux, redeviennent ce qu'ils sont ridiculement : affaires de vanités. Soulagée des oripeaux
de la Tradition, l'histoire n'est plus celle de mythes héroïques.. Elle est ramenée à des conflits entre
humains. Chimène et Rodrigue sont deux adolescents prêts à tous les excès de leur âge, touchants dans
leur vulnérabilité et leurs contradictions.
On sourit aussi, non pas du fait d'une drôlerie gratuite plaquée sur ce grand monument, mais parce que
tant d'immaturité est désarmante. Le fameux récit par Rodrigue en guerrier vainqueur, de "la troupe qui
s'avance avec une mâle assurance" prend une autre dimension. La répétition "des champs de carnage où
triomphe la mort" par l'Infante, répétition dont elle se délecte, ramène le récit au compte-rendu d'une
horrible boucherie. Si l'on ne se refuse pas de belles envolées, des pleurs et des supplications, c'est pour
qu'aussitôt après, on en voie la parodie… Du travail de navigation périlleuse pour lequel Sabine Durand a
pu compter sur d'excellents comédiens rompus à l'exercice de la corde raide.
Peut-on qualifier d'"iconoclaste" la démarche de la jeune metteur en scène ? Celle-ci détruit-elle l"œuvre de
Corneille ? Il nous a semblé tout le contraire : respect des vers, respect de l'histoire, respect de l'esprit de
l'œuvre (qui fit scandale par sa nouveauté mais à une bien lointaine époque !). A Bruxelles, et dans toutes
les langues, nous avons connu bien d'autres audaces et décoiffages de perruques ! Et puis, tronquer le titre
et avoir soin d'indiquer :"d'après Pierre Corneille", n'est-ce pas là démarche honnête ? Ce "Cid" dans son
approche ascétique aurait pu rebuter, au contraire, il (re)trouve là toute sa passion.
Suzane VANINA (Bruxelles)
Un cid (post)moderne
« L’amour n’est qu’un plaisir, l’honneur est un devoir » Don Diègue
Titre : « Pleurez mes yeux, pleurez » (puisé dans l’opéra de Massenet)
Adaptation : Philippe SIREUIL
Mise en scène : Philippe SIREUIL
Acteurs :
Don Rodrigue : Yoann BLANC
Chimène : Edwige BAILY
Gormas, Le Maure : Patrick DONNAY
Diègue : Jean-Pierre BAUDSON
Camille (l’infante) : Marie LECOMTE
Le Roi : Anne SYLVAIN
Sanche, Le conseiller : Michel JUROWICZ
Cornélie : Janine GODINAS
Scénographie : Philippe SIREUIL (assisté de Vincent LEMAIRE)
Eclairages : Philippe SIREUIL
Costumes : Catherine SOMERS
Vidéo : Benoit GILLET
Lieu : Théâtre National, Bruxelles
Année : 2010
Durée : 4h avec entracte
Texte : Ajouts et surpressions. Philippe Sireuil a mélangé aux alexandrins de Corneille,
ses vers et la prose de Jean-Marie Piemme (la tirade du Maure). Adaptation aussi
déroutante que respectueuse. Mais l’histoire est là, inchangée, la trame est identique.
Par contre, il n’y pas de happy-end.
« Sireuil a laissé à Corneille tout son pouvoir versificateur et la fougue du dilemme
amour-honneur. Mais il a su lui redonner l’intérêt lié à notre temps, avec une
interrogation finale, dans la tirade du Maure écrite par Jean-Marie Piemme : les bombes
dans les métros, et dans le sein des femmes, ce terrorisme bien d’aujourd’hui, ne serait-
il pas la réponse au glaive des catholiques, le continuum d’une histoire que nous
feignons d’oublier ? »15
Scénographie : Le sol est recouvert de bois clair, simple et nu. Usage de la vidéo : un
énorme écran montre des images de corrida, films, visages aux larmes de sang, décors
de palais, … . Ces images servent tantôt de décor tantôt de liens. Moderne, aussi dans
les costumes.
Rodrigue : Poignant. Sanglant, il est poussé à raconter ses exploits courbé vers un micro,
peu glorieux. Il n’a plus rien d’héroïque. Il n’est qu’un homme témoignant de ce qui s’est
passé comme un combattant interviewé pour un documentaire télé.
L’humour surgit sans cesse.
Le Roi : est devenu une Reine, aux allures de la reine d’Angleterre et de Margaret
Thatcher. Mais reste l’incarnation du juste et de la force d’un royaume conquérant.
Autre invention : Nouveau personnage, celui de Cornélie, voix de l’auteur (et des deux
suivantes) et est aussi le regard sur ce monde.
15
LEMAIRE Julie. « Lumière sur le Cid ». 10 janvier 2010. www.ruedutheatre.eu
Et quelques produits dérivés …
Un film
Le Cid (1961), film américain d'Anthony Mann avec Charlton Heston et Sophia
Loren.
Un film d’animation
La Légende du Cid (El Cid) (2003), film d'animation espagnol de José Pozo.
Un opéra
Le Cid (1885), opéra français de Jules Massenet
Une pièce de théâtre et de danse
Le Cid flamenco (1998), de Thomas le Douarec
VIDEO http://www.youtube.com/watch?v=FkM5Q8IAMtA
Téléchargement
Random flashcards
Commune de paris

0 Cartes Edune

Anatomie membre inf

0 Cartes Axelle Bailleau

Fonction exponentielle.

3 Cartes axlb48

TEST

2 Cartes Enrico Valle

Créer des cartes mémoire