Introduction - Revues Maliennes en ligne

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Islam et éducation au Mali
Elmouloud Yattara Maître de Conférences à l’Université des Sciences Sociales et de Gestion de
Bamako- Faculté d’Histoire et de Géographie- DER Histoire - Archéologie
Résumé
L’Afrique pendant longtemps est restée un continent enfermé. Son contact avec le monde
extérieur a été rendu possible grâce à la vallée du Nil surtout par l’Océan Indien constituant
ainsi au développement de la brillante civilisation égyptienne.
C’est surtout, à partir du VIIIe siècle de notre ère que l’Afrique noire à travers le Sahara a
subi l’influence de l’Islam.
Les richesses du continent en or ont été l’une des raisons de son ouverture sur le monde
extérieur.
La diffusion de l’islam au Mali actuel remonte à la période des grands empires (GhanaWagadu – III- XIIe siècles), Mali (XIII-XVe siècles) Songhoy (XV-XVIe siècles).
A l’issue des pistes transsahariennes l’islam s’est diffusé dans ces empires.
Notre objectif dans la présente communication vise à étudier l’islam et l’éducation au Mali.
Ainsi, nous avons choisi les repères chronologiques (VIIIe- XVIe siècles), VIIIe siècle
période de l’existence de la mosquée à Kumbi Saleh jusqu’au XVIe siècle qui marque le
rayonnement de la culture islamique sous l’empire songhoy.
L’islam et l’éducation au mali seront examinés durant les périodes du Ghana- Wagadu, du
Mali et du Songhoy.
ABSTRACT
For many years Africa remained a landlocked continent. Its contact with the exterior world
was possible thanks to the Nile valley mostly through the Indian Ocean and so contributing to
the development of the brilliant Egyptian civilization.
Mostly from the VIII century of our era, black Africa through the Sahara underwent the
influence of Islam. One of the reasons of its opening to the exterior world was the riches of
the continent in gold.
The spreading of Islam in Mali today goes back to the period of the great empires (GhanaWagadu -III - XII centuries), Mali (XIII-XV centuries) ,Songhoy (XV –XVI centuries).
At the end of the transsaharian paths Islam was spread in these empires.
Our objective in the present communication aims at studying Islam and education in Mali. So,
we have chosen the chronological reference points (VIII –XVI centuries), VIII century period
of existence of the mosque in Kumbi Saleh until the XVI century which marks the influence
of the Islamic culture under the Songhoy empire.
Islam and education in Mali will be examined during the periods of Ghana-Wagadu, Mali and
Songhoy.
Introduction
Le monde arabe a été en contact avec le monde noir depuis la période antique. Ce
contact a été marqué par des relations d'échanges à travers le commerce.
Les Arabes ont exercé leur influence sur le continent africain et en particulier surtout sur
l'Afrique au sud du Sahara à travers l'islam.
L'islam, religion monothéiste née au VIle siècle à la Mecque présente un caractère universel
et une civilisation humanitaire.
Notre objectif dans la présente communication vise à étudier l'islam et l'éducation au Mali.
Ainsi, nous avons choisi les repères chronologiques (VIIle XVIe siècles), c'est-à-dire VIlle
siècle période d'existence de la mosquée à Kumbi Saleh jusqu'au XVIe siècle qui marque le
rayonnement de la culture islamique sous l'empire Songhoy.
La diffusion de l'islam au Mali actuel remonte à la période des grands empires (Ghana Wagadu -III-XIIe siècles), Mali (XIII- XVe siècles) Songhoy (XV - XVIe siècles).
A l'issue des pistes transsahariennes l'islam s'est diffusé dans ces empires.
L'Afrique pendant longtemps est restée un continent enfermé. Son contact avec le monde
extérieur a été rendu possible grâce à la vallée du Nil surtout par la navigation sur l'Océan
Indien contribuant ainsi au développement de la brillante civilisation égyptienne. C'est ici que
sont nés très tôt des Etats historiques influencés par l'Egypte ancienne.
C'est surtout, à partir du VIlle siècle de notre ère que l'Afrique noire à travers le Sahara et 1a
côte de l'Océan Indien (Swahili) a subi l'influence de l'islam.
Les richesses du continent en particulier celle de l'or1 ont été l'une des raisons de son
ouverture sur le monde extérieur. Le commerce de ce métal jaune ainsi que celui des esclaves
plus tard ont fait que l'Afrique est désormais ouverte sur le monde extérieur.
Cette ouverture du continent s'accompagnera de profondes mutations politiques et culturelles.
Avant l'arrivée des Européens, les Arabes avaient été les premiers à être en contact avec le
monde noir. Grands voyageurs, les Arabes avaient contribué à l'ouverture et à la connaissance
de l'Afrique à travers leurs relations de voyage. C'est grâce à leurs écrits que certains
témoignages et réalités du Mali nous ont été révélés.
On ne saurait étudier l'islam et l'éducation au Mali sans les examiner durant les périodes du
Ghana -Wagadu, du Mali et du Songhoy.
1- L'islam et l'éducation sous le Ghana-Wagadu
Le premier empire qui s'était succédé sur le territoire du Mali actuel a été celui du Ghana
Wagadu.
L'islamisation de cet empire a été l'initiative de Moussa Ibn Noussair qui s'est dirigé
vers le sud à la tête de 17.000 Arabes et 12.000 berbères afin de convertir en la religion
musulmane, les Berbères, les Touaregs et leurs voisins Soudanais et cependant au dernier
quart du premier siècle de notre ère2. C'est ainsi que les Touaregs se sont convertis à l'islam et
ont fini par envoyer des « missionnaires» au pays du Soudan afin de faire propager la religion
musulmane au royaume païen du Ghana. On peut noter aussi les migrations des savants au
Ghana qui ont été reçus et encouragés par les rois pour la diffusion de l'islam. Ces migrations
ont ainsi permis l'expansion de l'islam et favorisé l'émergence des centres islamiques au
Soudan.
L'empire du Ghana, pays riche et prospère, pratiquant la religion animiste fut convoité par ses
voisins musulmans. En 1042, des Berbères convertis à l'islam entreprirent la conquête du
Ghana.
Les échanges commerciaux fréquents entre l'empire du Ghana-Wagadu et les pays
musulmans ont permis une large diffusion de l'islam sur son territoire3.
C'est à partir de l'Afrique du Nord à travers le Sahara que l'Islam va s'implanter
progressivement au Mali. A partir du Xe siècle l'islamisation de l'ensemble du Maghreb était
achevée sauf quelques régions éparses d'accès difficile où vivaient de petites communautés
chrétiennes4. Mais bien avant le Xe siècle des musulmans avaient pris contact avec les
Maliens.
1
Il est à signaler qu’à l’époque l’Afrique était riche en or dans sa partie Occidentale (Ghana, Bouré,
Bambouk, Akan) ainsi que dans sa partie Sud ( zimbawé)
2
Pr. Dr. Aboubakr Ismaïl Maïga. La culture et l'enseignement islamiques au Soudan Occidental de
400 à 1100 h sous les empires du Ghana, du Mali et Songhay. Edition, 2003 p.22
3
Adam Ba Konaré Panorama historique du Mali. Note Librairie n? 84-85, 1984, p.20
4
HRbek El Fassi Les étapes du développement de l'islam et de sa diffusion en Afrique. Histoire
générale de l'Afrique du VIle au XIe siècle, T III, Présence Africaine, EdicefUNESCO, 1997, p.77
Au Mali, les premiers contacts avec l'islam ont eu lieu au Nord-Est du Mali (Gao) et le
Nord Ouest (Sud-Est de la Mauritanie), probablement par le nord au seuil du Wagadu5.
Les Berbères islamisés du Maghreb supporteront mal la domination arabe optèrent pour le
Karijisme qui est né de la fitina (grande crise) qui ébranla la communauté musulmane à la
suite de l'assassinat d'Uthman en 6566.
Les Karijites7 ont un accès très large au Califat et pensent qu'il doit être confié par élection au
meilleur musulman en dehors de toute considération de tribu et de race «fut-il un esclave
noir».
Dès le VIle siècle, les auteurs ont commencé à parler d'un empire, le Ghana- pays de
l'or. Des caravanes, des commerçants arabes et juifs ont atteint Ghana- Wagadu.
Des recherches récentes infirment cette hypothèse et au VIlle siècle vivaient bien au Ghana, à
Aoudaghost, au Zafunu, des marchands ibadites qui y vivaient des établissements.
Ces marchands ibadites étaient non seulement originaires de Tahert mais aussi de Wargla, du
sud tunisien. Il est aussi à rappeler que les tribus berbères: Lamtuma et Godala qui vivaient en
contact avec Aoudaghost et le Wagadu furent les premières à se convertir à l'islam.
Aussi peut-on affirmer que dès le VIle siècle, l'or du Ghana -Wagadu a attiré les
musulmans du Nord8, un prélèvement effectué sous le niveau de la première mosquée de
Kumbi Saleh a été daté fin VIlle, fin Xe siècle au plus tard9. Les échanges commerciaux
fréquents entre l'empire du Ghana-Wagadu et les musulmans ont permis une large diffusion
au IXe siècle de l'islam sur son territoire. Contrairement à l'Afrique du Nord où l'islam a é té
introduit par la conquête10, l'islamisation du Soudan Sénégalo- nigérien s'est faite de façon
pacifique. Les Ibadites convertiront d'abord leurs partenaires Soudanais, puis les princes, les
Chefs.
Aussi, de 800 moins de deux cent ans après l'hégire jusqu'au XIe siècle et même jusqu'audelà, les Ibadites continueront leur œuvre de conversion11.
5
Jean Devisse Commerce et routes du trafic en Afrique Occidentale. Histoire générale de l'Afrique,
UNESCO, NEA, 1990, pp.397-463
6
J.M.C.Moq Histoire de l'islamisation de l'Afrique de l'Ouest des origines à la fin du XVIe siècle,
1984, p.16
7
Farkat Dachraoui. Le califat Fatimide du Maghreb 292-362/909-973, Histoire politique et
Institution, thèse principale pour le doctorat d'Etat présenté à Sorbonne, 1981. Les kariyites sont
contre le luxe, le tabac, les jeux du hasard. Cette tendance puritaine a vu le jour au Maghreb et
particulièrement au Mzab à la frange du Sahara en
Algérie
8
Ibidem pp.38-39. Dès le VIlle siècle selon Dachraoui les produits manufacturés des Soninko étaient
écoulés au Soudan et venaient alimenter le marché de l'or. L'archéologie a permis à Tegdaoust et à
Koumbi d'exhumer des babsamaires des lampes à huile, de la céramique importés du Nord.
9
Sophie Berthier Etude archéologique d'un secteur d'habitat à Kumbi-Saleh (Mauritanie) TI, thèse de
3e cycle, 1983, p.35. La mosquée existait à cette date. Ce qui signifie que dès cette époque des
musulmans habitaient à
Koûmbi
10
L'Afrique du Nord selon l'expression de Robert Fossier fut enlevée par les Arabes in Histoire
universelle, Larousse, TI 1960, qui furent très durs avec les Berbères qu'ils comprenaient mal ne
constituaient plus au milieu du VIlle siècle que quelques groupes compacts habitant les villes.
11
Aussi Ibn Battuta, voyageur et auteur arabe de passage à Dya en 1353 signale y avoir rencontré
des musulmans blancs de rite Ibadite qu'on nommait Saganogo. ln Ibn Battuta voyages d'Ibn Battuta
texte arabe accompagné d'une traduction de C. Defremery, TIV, 1968, pp. 394-395. Le Karijisme se
maintiendra jusqu’au XVe siècle. A. Saadi, l'auteur du Tarikh es Soudan traite en effet Sonni Ali
(1464-1492) de grand Tyran Karijite in A. Saadi Tarikh es Soudan, 1964, p.12 Très tôt donc des
commerçants Soninko convertis à l'islam vont à leur tour propager cette religion à de nombreuses
Il est difficile d'évaluer le nombre de musulmans soudanais de cette époque, mais vers le Nord
à Gao, Al Muhallabi note en 985-990, que le roi du pays se déclare musulman devant ses
sujets. Beaucoup parmi ces derniers se déclarent également musulmans12.
Al Bekri (première moitié du XIe siècle) confirme aussi l'appartenance du roi à l'islam
et signale que pour son investiture on lui remet un sceau, un sabre et un coran cadeaux de
l'émir des croyants13. Il semblerait que le roi du Kaniaga l'émir Ben Rostem de Tahert du
Wagadu semble avoir été karijite, comme le mentionne le Tarikh el-Fettach. Il s'asseyait au
milieu de ses courtisans confondus avec eux, ne portait pas de turban et n'avait qu'un seul
cheval malgré l'abondance des chevaux dans son armée14.
11- L'islam et l'éducation sous l'empire du Mali
A la période de l'empire du Mali (XIII - XVe siècles) qui a succédé à celui du GhanaWagadu, le pèlerinage de Mansa Moussa en 1324 à la Mecque, au lieu saint de l'islam, avec
une escorte de plus de 15.000 serviteurs, 500 esclaves et 40 chevaux qui transportaient le
trésor en or et d'autres métaux précieux, a en grande partie contribué à l'émergence de la
culture islamique15. A son retour, il était accompagné de nombreux savants, artistes,
constructeurs dont Abu-Isack-es Saheli originaire de Grenade qui a été l'architecte de la
glorieuse mosquée de Djingarey-Ber construite à Tombouctou en introduisant la technique de
la brique brûlée. Il donna à son minaret une forme pyramidale et ce fut le premier bâtiment de
ce genre au Soudan. Il avait bâti la mosquée de la ville de Gao en 1325.
Les sultans et rois du Soudan essayaient d'instaurer les bases d'une renaissance culturelle
islamique florissante en envoyant des étudiants en Egypte, au Maroc et au Hidjaz afin
d'approfondir leurs connaissances scientifiques et après regagner le pays.
Le sultan Mansa Moussa accordait une grande importance à faire venir beaucoup de
savants et de scientifiques surtout d'Egypte et du Maroc. En Egypte, il y avait une
communauté importante d'étudiants, de Fuqaha et de savants soudanais, dès l'époque fatimide,
faisant partie intégrante de la société égyptienne et ayant leur propre cité (Boulak) AtTakrour. Cette communauté a fortement imprégné la vie égyptienne dans beaucoup de
domaines : scientifique, culturel et religieux. Les relations dans le domaine de l'éducation et
de la culture étaient très importantes entre l'Occident et l'Egypte à l'époque de Mamelouks
(1342). Nombreux sont les savants, les Fuqaha, les commerçants et les Médecins égyptiens
qui étaient partis au Mali16.
Le sultan Mansa Moussa ne s'était pas contenté de faire venir les savants et les Fuqaha
du Hidjaz, d'Egypte du Maghreb et d'Andalousie; en plus de cela, il se mit à acquérir le plus
grand nombre possible de livres malekites ainsi que d'autres écoles et dans les domaines
populations plus au sud dans des régions fréquentées par eux seuls, car ils veillaient jalousement sur
les ressources en or.
12
13
J.M. C-Moq Histoire de l'islamisation de l'Afrique de l'Ouest, 1984, op. cit. p.18
Ibidem p. 19 Sous les Askia, les mêmes pratiquent existaient. Le Hombori-Koy lors de son
investiture recevait aussi les mêmes attribus.
14
Mahmoud Kati Tarikh el Fettach, 1913, pp. 72-91. Le Tarickh el Fettach precise que les rois du
Kaniaga ne siégeaient pas avec une troupe vraiment royale, ne s'asseyaient pas sur des tapis et que le
peuple disait qu'un prince est assez rehaussé par l'éclat de son pouvoir et de son autorité pour en
n'avoir pas besoin d'autre personne.
15
Boubacar Séga Diallo, Elmouloud Yattara Page histoire du Mali WWW.histoire-afrique.org
16
On peut citer le Cheickh et savant Abou Mohamed Youssef Ibn Abdellah al- Takruri qui étudia à AlAzhar en Egypte, il a vécu au Caire où il diffusait son savoir et ses connaissances jusqu'à sa mort.
Pour ce mérite les égyptiens avaient construit une coupole au-dessus de sa tombe ainsi qu'une
mosquée comme sous le nom de la mosquée al-Takruri qui a élargie et renouvelée à l'époque des
Mamalik Marins (1342)
linguistique, littéraire, scientifique et culturel. C'est pourquoi, les villes de son empire comme
Tombouctou, Gao, Djenné, Walata et Aoudaghost devinrent célèbres en tant que centres
culturels vers lesquels tous les étudiants du monde se dirigeaient.
Ces villes furent des lieux propices fournissant aux savants et aux Fuqaha tout ce dont ils
avaient besoin, aussi bien du point de vue de la sécurité et toutes les conditions nécessaires à
leur profession. La langue arabe est ainsi devenue la langue de la science, de la culture et de
l'écriture en Afrique Occidentale.
Quand Mansa Moussa mourut en 1333, il laissa derrière lui un Etat islamique fort et
prospère. Ses successeurs accordaient la plus haute importance à la propagation de la science
et de la culture islamique dans leur empire. Ils bâtirent des mosquées, des écoles et amenèrent
les savants au Mali17.Nous pouvons ainsi en déduire que l'ère de Mansa Moussa et de son
frère Mansa Souleymane constituait la période de l'âge d'or du Mali.
A cette époque, l'éducation, le savoir et la culture islamiques s'étaient propagés à travers tout
l'empire puisque le sultan envoyait des missions culturelles dans les villes marocaines pour y
approfondir leurs connaissances18.
Tous ont œuvré pour que la langue arabe devienne la langue officielle du pays. La
période du XIVe siècle a été celle de la révolution scientifique et de l'épanouissement de la
culture islamique en comparaison avec les époques antérieures aux Mansa Moussa et
Souleymane.
A la période de l'Empire du Mali, les sultans accordaient une grande importance à la
science, aux savants ainsi qu'aux centres culturels et scientifiques.
Déjà, à l'époque où le royaume du Songhoy était sous la domination de l'empire du Mali, ses
rois se sont intéressés spécialement à la diffusion de la culture islamique à Gao19.
A la période de Mansa Moussa, Tombouctou avait connu une activité scientifique et culturelle
sans précédent. La ville s'est transformée en une capitale culturelle qui avait des relations
étroites avec les autres pôles culturels du Maroc et du monde arabe, tels que Fès au Maroc,
Kairouan en Tunisie, Cordoue en Andalousie et le Caire en Egypte.
La grande mosquée et celle de Sankoré et de Sidi Yahia étaient l'équivalent d'université, de
grands instituts éducatifs et de centres culturels. Toutes celles-ci avaient atteint leurs objectifs
éducatifs et culturels puisqu'elles ont formé plusieurs futurs cadis, savants, hommes de lettres
et historiens20.
A l’époque de Mansa Moussa, une partie au moins des savants du Mali ont joué un
rôle important dans l'instauration et la diffusion de l'islam dans le Haoussa. Ce sont eux qui
ont posé dès le 15e siècle les jalons d'échanges en matière d'enseignement et de la culture
islamique entre l'Université et les Instituts de Tombouctou, ainsi que des savants de la ville de
Djenné au Mali d'une part et le Haoussa (Nigeria actuel) d'autre part. C'est aussi durant son
règne que le pays de Yorubas avait connu l'islam qui s'est propagé sous le nom de religion du
17
Ibn Battuta rapporte que les Fuqaha, commerçants et savants égyptiens blancs possédaient dans la
capitale du Mali, un lieu à eux seuls.
18
On peut citer, comme exemple son secrétaire célèbre Faqih qui était parti à Fès y chercher le
savoir. De plus, le Sultan Moussa avait acheté durant son pèlerinage beaucoup de livres scientifiques
du Hidjaz et du Caire. A son retour, il construisit dans sa capitale une grande école pour
l'apprentissage et renforcer le statut de l'islam à l'intérieur de l'Etat.
19
Parmi les plus célèbres savants ayant contribué à la diffusion de l'islam et la reforme des écoles et
Universités de Gao, on peut citer l'Imam Mohamed Ben Abdelkerim al-Maghili, Abou al-Mahasin
Mahmud Ben Oumar.
20
Ces mosquées ont contribué à la formation de la famille kâti, le cadi al-Aqib, les savants et les
Fuqaha de la famille Akit, l'historien As-Sâ di, l'auteur de l'histoire du Soudan; Ahmed Baba l'auteur
du nayl al-Ibtijaj et autres ouvrages, et le cadi Mahmud kâti aini que beaucoup d'autres.
Mali. Il fallait ainsi attendre l'arrivée des savants Wangara pour voir le véritable islam
instauré et l'idolâtrie éradiquée21.
Aussi, Mansa Souleymane a tout fait pour que Tombouctou retrouve sa gloire
culturelle et scientifique perdue par suite de son attaque par les Mossi qui avaient détruit les
mosquées, les écoles et les bibliothèques. C'est à cette époque que les chefs des Songhoy ont
pu acquérir leur indépendance et se détacher du Mali.
Mansa Souleymane a fait construire les mosquées et fit venir les savants et les Fuqaha
malékites.
111- L'islam et l'éducation sous l'empire Songhoy de Gao
Après le déclin de l'empire du Mali c'était l'empire Songhoy surtout à la période de la
dynastie des Askia qui a connu l'épanouissement de la culture islamique. A la période de
l'empire Songhoy, des savants marocains étaient venus dans cet empire et ont contribué à
l'épanouissement et à la diffusion de la culture islamique. Parmi eux, on peut citer: Mohamed
Ben Abdlkerim al Maghili, Saleh Ben Mahmoud Andy Omar, Abou al Kassim al- Tuati
Aberrahmane Ben Ali Ben Ahmed al-Sufyani.
Les souverams de l'Empire Songhoy ont aussi contribué à l'épanouissement et à la
diffusion de la culture islamique. L'époque de la dynastie A skia Mohamed, qui avait
gouverné l'empire islamique du Songhoy pendant un siècle; était la plus florissante puisque la
culture arabo-islamique s'était propagée presque partout au Soudan Occidental.
Durant cette même période, l'islam avait connu sa plus grande diffusion et stabilité dans toute
l'Afrique Occidentale, tout comme les échanges scientifiques, culturels et commerciaux entre
les habitants du soudan et le monde islamique avaient atteint leur apogée. Mais l'époque du
roi Askia Mohamed Ibn Abi Bakr et de son fils Askia Dawud (1549-1583) était la plus
prospère. Askia Mohamed qui gouverna le Songhoy de 1493 à 1528 après Jésus Christ avait
du respect et d'amour pour les savants. Ainsi, il traita les savants et les étudiants avec une
grande attention, fut généreux avec eux22.
Durant le règne d'Askia Mohamed, les savants soudanais avec son encouragement
n'arrêtaient pas de voyager vers les centres culturels du Maroc. Il avait tant œuvré pour la
venue de nombreux savants du Maroc, d'Egypte et du Hidjaz.
De plus, lors de son pèlerinage en 1496-97, Askia Mohamed avait pu faire venir un certain
nombre de savants parmi lesquels figuraient le savant Al-Chérif Ahmed al Saqili et tous ceux
qui étaient avec ce dernier comme il fit venir son propre secrétaire : Ali Ben Abdallah.
De même il avait acheté à la Mecque et à Médine les jardins et des maisons pour ensuite les
conserver à un usage pieux, en faveur des savants et des étudiants originaires du Soudan
Occidental ainsi que des pauvres23.
De toute l'histoire du Soudan Occidental aucun Etat n'a pu égaler celui du Songhoy à l'époque
d'Askia Mohamed et Dawud ainsi que leurs successeurs, tant le progrès culturel, intellectuel
21
La culture et l’enseignement islamiques au Soudan Occidental de 400 à 1100h Op.cit. p.42. Aussi
on raconte que durant cette même période (l'ère de Mansa Moussa et de ses successeur) une mission
de 40 savants maliens du Mandé, du Wangara plus précisément s'est dirigée vers le pays Haoussa
(Nigeria actuel) pour y diffuser l'islam. Ils ont proposé au roi de Kano la reconversion chose faite et il
a même ordonné à tous les habitants de villages et de villes qui dépendaient de lui de se reconvertir et
il a été très vite satisfait. Ainsi, il a construit une première mosquée à Kano près d'un arbre qu'ils
croyaient sacré et il a confié les postes religieux aux gens de la mission: la justice, l'imamat, l'appel à
la prière et l'abattage du bétail selon le rite musulman.
22
Il rénova la religion et nomma des cadis et imams partout. Ainsi, il nomma un cadi à Tombouctou,
à Djenné surtout à Gao.
23
La culture et l’enseignement islamiques au Soudan Occidental de 400 à 1100h. Op.cit. p.32
et scientifique était remarquable. Ce fut aussi le cas de l'islam qui s'est diffusé dans tout le
Soudan.
Askia Dawud qui avait gouverné le Songhoy pendant 33 ans (de 1549 à 1583 après
J.C.) était le premier à instaurer les bibliothèques publiques et avait engagé des écrivains qui
lui recopiaient les libres précieux qu'il offrait parfois aux savants24.
Quant à ses successeurs, les sultans du Songhoy n'ont ménagé aucun effort pour faire venir les
savants au Soudan et diffuser les sciences et la culture islamique.
Le Soudan à cette époque a pris connaissance de toutes les sciences connues par les
musulmans grâce à l'importance des livres qui arrivaient en grande quantité, aux Fuqala
enseignants et commerçants qui venaient vendre leurs marchandises pour y finir comme
Fuqala enseignants, grâce enfin aux étudiants Soudanais qui voyageaient beaucoup vers
l'Afrique du nord, l'Egypte et le Hidjaz pour des études avant de regagner ensuite leur pays et
y enseigner. Il y a aussi la contribution des Fuqaha et des savants25 que les rois de la dynastie
Askia furent venir de tous les pays islamiques pour diffuser le savoir. L'Etat islamique du
Songhoy avait perpétué la tradition de bien traiter la science, les savants et les étudiants.
De même, il accordait une grande importance à la publication des ouvrages scientifiques et à
la diffusion de la culture islamique et ce jusqu'à la conquête marrakechite en 1591. C'est au
cours de cette conquête qu'il y a eu la persécution et même la détention, l'expulsion et
l'assassinat de certains savants et Fuqaha et surtout la destruction des Bibliothèques publiques
et privées de Tombouctou ainsi que celle des autres centres islamiques et culturels du Soudan.
Gao a été à l'origine du mouvement scientifique à la période des empires du Mali et du
Songhoy. La ville a connu son rayonnement scientifique pendant trois siècles: 14 e, 15e, 16e
siècles pendant la dynastie Askia et le royaume du Songhoy islamique.
Cependant, Sonni Ali a réservé un mauvais traitement aux savants parce qu'il n'était pas un
bon musulman26. Lorsqu'Askia Mohamed était devenu roi du Songhoy, il avait commencé par
les faire revenir tous à Tombouctou en les indemnisant avec générosité.
Il a reconstruit tout ce qui fut détruit par Sonni Ali et a acheté beaucoup de livres scientifiques
et culturels. Il s'est intéressé à la diffusion des sciences et de la culture, ce qui a redonné éclat
à Tombouctou durant son rège.
La ville de Tombouctou, sous la dynastie Askia, notamment à l'ère d'Askia Mohamed
et de son fils Askia Dawud, était un pôle de la culture islamique de premier plan dans le
Soudan Occidental. Durant cette période, l'architecture de la ville s'est nettement améliorée
avec la construction de mosquées, des instituts, des Kutâb et des medersas27.
A Tombouctou, les savants bénéficiaient d'un statut particulier dans la société soudanaise,
puisque les rois et les sultans Songhoy ont pris l’habitude de décréter des lois qui rendaient la
personne du savant, sa progéniture et ses biens inviolables à vie. Ce qui a contribué à
l'épanouissement des sciences et de la culture islamique en créant leur propre bibliothèque et
ne refusant aucun prêt aux étudiants.
Ces derniers allaient à Tombouctou pour étudier à l'Université de Sankoré ou dans les
Universités semblables en Afrique du Nord ou de l'Ouest. Les étudiants étaient les hôtes des
riches, des commerçants et des nobles de la ville.
De plus, la mosquée de Sankoré, grâce à des legs pieux, pouvait subvenir à leurs besoins.
24
Ibidem.
Ces savants étaient mis par les rois dans de très bonnes conditions, ce qui a incité la plupart d'entre
eux à s'installer définitivement au Soudan.
26
Sonni Ali fut élevé par sa mère du pays Haoussa. C'est pourquoi il n'a jamais laissé les pratiques
religieuses traditionnelles de Songhoy. Sonni Ali reconnaissait le mérite des savants et pense qu'ils
sont indispensables. Il a même récompensé et respecté beaucoup d'entre eux.
27
La culture et l’enseignement islamiques au Soudan Occidental de 400 à 1100h. Op.cit. p.45
25
La ville de Tombouctou est devenue un pôle culturel qui rayonnait sur tout le Soudan. Elle
était mondialement célèbre pour son commerce des livres et ses manuscrits. On y apportait les
ouvrages de tout le monde islamique pour les recopier et ensuite les revendre sur le marché
local.
Les sultans, les savants et les étudiants s'empressaient de les acquérir. Les savants
s'adonnaient à la création des bibliothèques privées28.
L'Université de Sankoré, à l'époque jouissait d'une belle réputation puisque des professeurs de
renommée y enseignaient ainsi leur réputation atteindra l'Afrique du Nord et le Maroc. Il en
était de même pour les Cheicks de la grande mosquée et la mosquée de Sidi Yahia.
On notait la coopération étroite et continue entre les savants des Universités et Instituts de
Tombouctou et les Universités du Maghreb à Marrakech, à Tunis et à Alger ainsi que d'autres
villes.
Les savants du Maroc visitaient régulièrement Tombouctou et autres villes du Soudan,
tout comme les savants de Tombouctou résidaient beaucoup à Fès ou à Marradech soit pour
étudier, soit pour enseigner.
Sur le plan intellectuel, le XVIe siècle avait été l'âge d'or de Tombouctou. A cette époque, la
ville faisait figure de haut lieu de culture islamique qui pouvait concurrencer les universités de
Grenade et de Cordoue. Le symbole de cette activité littéraire est l'Université de Sankoré avec
ses Cheicks et ses talibés. Dans cette grande métropole religieuse, les écoles coraniques se
multiplient.
Pour illustrer cette grandeur de 1a culture citons cette phrase du savant Ahmed Baba:
«De tous mes amis, j'étais celui qui avait le moins de livres et cependant on m'a pris mille six
cent (1600) volumes ». Au XVIe siècle, Tombouctou était sans aucun doute une ville brillante
sur le plan religieux.
Ainsi, la boucle du Niger devint comme une seconde terre: Tombouctou une Mecque
africaine sanctifiée par des grands personnages encore vénérés aujourd'hui: Sidi Yahia, Sadi
Diawara, Mohamed Touré et Mohamed Bagayoko, El Aqib, le cadi Omar, Ahmed Baba.
La diffusion de l'islam et l'éducation à la période des grands empires a été signalée à travers
les récits des voyageurs arabes. Par exemple Ibn Battuta ayant visité le Mali à l'époque de
Mansa Souleymane en 1352-1353, avait parlé de l'ampleur qu'avaient connue la science, la
culture islamique, la justice et la sécurité au Soudan Occidental. Il était stupéfait de
l'insistance des soudanais sur la mémorisation du Coran, son enseignement ainsi que
l'apprentissage du Fiqh.
Il disait d'eux qu'ils ne causaient aucun tort à quiconque, même leur sultan ne tolérait aucune
injustice.
Le Soudan de l'époque était très pacifique puisque personne ne craignait d'être volé ou
exproprié. De même les soudanais étaient dignes de confiance et ils se souciaient beaucoup de
la prière en remplissant les mosquées aux heures de prière. Même après leur mort, les
étrangers appartenant à la race blanche étaient assurés que leurs biens seraient quelque soit la
qualité, confié à des hommes de confiance pour qu'ils les rendent à qui de droit. Les soudanais
se distinguaient par une assiduité remarquable car ils ne rataient aucune prière à la mosquée.
Ils frappaient même leurs enfants pour un manquement à 1a prière. Vendredi, les mosquées
étaient pleines, c'est pourquoi ils devaient y aller tôt ou envoyer leurs valets pour leur réserver
une place. Ils s’habillent en blanc et portaient ce qu'ils auraient de meilleur. Lorsque
quelqu'un d'entre eux n'avait qu'un seul vieil habit, il le lavait pour le vendredi. Ils accordaient
une grande importance à la mémorisation du coran, allant jusqu'à enchaîner leurs enfants
lorsque ces derniers manquaient à leurs devoirs et ils ne les libéraient qu'une fois qu'ils
avaient tout mémorisé.
28
On reconnaît que beaucoup de savants avaient plus de 2000 livres.
L'attachement des soudanais à l'islam et à l'éducation peut se témoigner à travers les propos
d'ibn Battuta recueillis par Aboubakr Ismaïl Maïga qui s'exprime ainsi: «Un jour de l'Aïd je
rendrais visite au Cadi et je trouvais ses fils enchaînés. Je lui avais demandé de les libérer et il
m'a dit qu'il ne serait les libéré qu'après avoir appris le coran par cœur. Un autre jour j'avais
rencontré un beau jeune homme très bien habillé avec la jambe enchaînée. J'avais cru qu'il
avait commis un délit fort grave, avant de me rendre compte qu'il ne trouvera sa liberté
qu'après avoir appris le coran»29.
Ibn Fadl Allah Al Umari avait parlé de la dévotion et de la piété qui caractérisait le Sultan
Moussa et les Soudanais lors de leur passage par l'Egypte en 1324 sur la route du pèlerinage.
Quant à Ibn Amir Hadjib, il était stupéfait par la bonté du sultan et sa maîtrise de la langue
arabe. Ce qui prouvait l'essor de la culture et des sciences islamiques dans tout l'empire du
Mali et l'attachement des Soudanais à l'islam et à sa compréhension. Ibn Fadl avait rapporté
d'Ibn Amir Hadjib que ce sultan et ses compagnons lors de leur passage par l'Egypte étaient
tout le temps en train de prier. Ils avaient une belle allure qui forçait le respect. En plus, le
sultan était très généreux et multipliait l'aumône. Ibn Fadl avait rapporté aussi: «A mon
arrivée en Egypte pour y séjourner, j'ai entendu les Egyptiens raconter le passage du sultan
Moussa en route pour le pèlerinage. Alors tous parlaient de sa générosité; c'est pourquoi j'ai
cherché à savoir plus chez l'Erllir d'Abou-al Abbas Ahmed Ben al-Djaki qui m'avait confirmé
qu'il était aisé, bon et religieux »30.
Il a ajouté qu'il l'avait rencontré en la présence d'un traducteur bien qu'il maîtrisât la
langue. AI-Umari et Al - Qalqashandi ont rapporté que le Sultan loyal du Mali Mansa Moussa
maîtrisait la langue arabe écrite et parlée, tout comme son frère le sultan Mansa Souleymane.
Ibn Battuta avait parlé de la dévotion que les Soudanais réservaient à la culture islamique
durant le règne du sultan Mansa Souleymane. Quant à la calligraphie dominante durant ces
années, c'était la calligraphie marocaine de Fès.
Al-Hassan Ben Muhammad al- Zayyati AI- wazzam dit Léon l'Africain, le marocain visita
Tombouctou et les autres villes de Soudan et se rendit compte que c'était un pôle scientifique
et culturel. Il constata avec admiration la renaissance scientifique et culturelle ainsi que le
dévouement des sultans pour cette cause. Il parla de la présence de beaucoup de savants de
Fuqaha et d'imams, qui avaient un salaire fort respectable et étaient traités aussi bien par les
rois que le peuple avec dignité et respect. Il ajouta que le commerce des livres était le plus
florissant, qu'ils soient reproduits sur place ou importés d'autres pays islamiques. Concernant
l'Etat islamique du Songhoy, Al -Hassan Ben Muhammad al- Zayyati AI- Wazzam avait parlé
des savants, des cadis, des imams et des hommes de lettres et aussi de l'estime que les rois du
Songhoy leur réservaient ainsi des offrandes et des grands salaires que Askia Mohamed leur
décernait. Il a aussi parlé des manuscrits et des livres vendus à des prix exorbitants et
inimaginables, puisqu'ils dépassaient toute autre marchandise en gain.
S'agissant du règne d'Askia Mohamed et celui de ses fils à Tombouctou, le cadi Mahmud Kâti
disait: «il était l'unique roi qui a tant aimé les savants et les étudiants, le plus généreux et le
plus pieux. Il était à 1a fois intelligent et malin. En ce qui concerne les savants, il fut modeste
et très rigoureux envers eux.
Pour les autres citoyens musulmans, il mettait toujours en avant leurs intérêts, tout en les
aidant à accomplir convenablement leurs devoirs religieux. Il a fit éradiqué toute innovation
en matière de religion, tout injustice, et toute pratique non-conforme à l'islam, en y instaurant
le vrai islam. Il avait nommé des imams et des cadis dans chaque ville qui avait besoin,
29
30
La culture et l’enseignement islamiques au Soudan Occidental de 400 à 1100h. Op.cit. p.30
La culture et l’enseignement islamiques au Soudan Occidental de 400 à 1100h. Op.cit.
notamment à Tombouctou, à Djenné et dans toutes les autres villes «du Kanta à
Sibiridougou»31.
Aussi, à la période du rège d'Askia Dawud, l'atmosphère sécurisée du pays, la prospérité et le
bon traitement qu'il réservait aux étudiants et aux savants ont encouragé les savants à
s'acquitter de leur devoir et à produire; les étudiants à apprendre et à beaucoup voyager pour
satisfaire leur désir de savoir.
Conclusion
L'histoire du soudan est, en partie, celle d'une rencontre de civilisations, de la pénétration,
plus marchande sans doute que militaire et politique, mais tout de même décisive, des Blancs
Musulmans déjà à partir des années 700, dans les anciens royaumes noirs encore mal connus.
Le plus puissant royaume noir et en tout cas, le seul relativement bien connu, avant
l'intervention musulmane est celui du Ghana-Wagadu. Vers l'an 800 Wagadu-Ghana connaît
une brillante période d'expansion de l'islam.
Les Musulmans maintiennent difficilement leur domination à Ghana, en 1203, refoulés par
l'invasion des noirs païens venus des rives du Niger, ils l'abandonnent et fondent un peu plus
tard (1224), la ville de Oualata, carrefour marchand, et grâce à ses écoles centre de
propagation de l'islam.
L'aventure almoravide marquait la fin des grandes entreprises militaires des Musulmans vers
les pays noirs. Désormais la propagation de l'islam n'est plus liée à la conquête ou à la
formation d'Etats nouveaux mais aux relations marchandes à travers le Sahara.
Un chef des Sanhadja, converti à l'islam, a accomplit le pèlerinage de la Mecque et, au retour
aurait fondé un couvent fortifié - un ribat sur la côte occidentale du Sahara. Ces disciples,
bientôt nombreux-les Almoravides forment une caste militaire et se lancent sur leurs
chameaux à la conquête du Maghreb occidental. Au Sahara ils reprennent Aoudaghost (1054)
et attaquent le royaume noir païen du Ghana, toujours très puissant. Après quinze années de
dures campagnes, les armées almoravides conduites par Abou Bekr prennent Ghana (1076) et
font un énorme butin. Les Musulmans restent maîtres ainsi d'un vaste empire jusqu'aux rives
du Niger.
L'expansion musulmane au sud du Sahara semble essentiellement un fait urbain. Avant même
la conquête almoravide, la capitale du Ghana (site de l'actuelle Koumbi Saleh) comptait en
somme deux villes l'une indigène, païenne avec ses bosquets sacrés, l'autre musulmane
dominée par les minarets des mosquées.
L'islam gagne d'abord les castes supérieures et les premiers convertis furent souvent les
souverains. Ces princes trouvent alors l'appui des lettrés, scribes et juristes musulmans. Du
pèlerinage de la Mecque, célébré avec éclat, ils ramènent des architectes et des docteurs.
Liée au grand commerce et au fait politique, l'islamisation progresse aussi, parfois avec des
migrations des peuples déjà convertis. Ailleurs vers 1350-1400, une migration des
Mandingues vers l'Est marque les débuts de l'islamisation en pays Haoussa, au-delà du Niger.
A vrai dire, les souverains, qui disposaient d'un pouvoir absolu, même après leur conversion à
l'islam, maintenaient à leur profit une sorte de royauté sacrée.
Ibn Battuta s'indigne de voir les Noirs n'approcher leur sultan que la tête convertie de
poussière dépouillé de leurs vêtements, en rampant sur le sol. Il dit aussi son étonnement à
voir les femmes paraître en public, le visage découvert.
Cette résistance, parfois très vive à l'islam, fut encore renforcée, pour les Songhoy par
exemple, par les razzias dans les pays de la forêt, plus au sud, qui ramenaient à la cour et dans
31
La culture et l’enseignement islamiques au Soudan Occidental de 400 à 1100h. Op.cit. p.45.
L'auteur du Tarikh al- Fattach rapporte qu'il y avait à l'époque d'Askia, 150 ou 80 maktabs pour
apprendre le coran aux enfants
les villes de nombreux esclaves et provoquaient ainsi une aggravation du paganisme. Les
souverains musulmans du Mali se gardaient bien d'imposer l'Islam aux Noirs qui exploitaient
les mines d'or du Bambouk ; ils affirmaient que ce serait compromettre leurs structures
sociales, ruiner leurs habitudes et le rendement des puits.
Quant à l'apport de l'Islam, il est certain que l'essor du commerce a créé des civilisations
nouvelles. L'islam apporte aussi une culture nouvelle, avec la diffusion de la langue et de
l'écriture arabes, le rayonnement des écoles de théologie. Tombouctou, pour le droit et la
médecine, étend sa renommée bien au-delà des empires mandingue et Songhoy.
Ainsi nous pouvons dire que les échanges commerciaux, le pèlerinage aux lieux saints de
l'islam, les échanges culturels et scientifiques, la politique de certains souverains du Soudan
occidental et notamment les récits des voyageurs arabes du soudan ont contribué à
l'épanouissement de la culture islamique et éducative à la période des grands empires.
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