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Isolement(s) et contention(s) : Un soin ?
À l’issue des travaux du SPH et de la SIP en cours, il sera probablement impossible de départager
ceux qui pensent que l’isolement, mais surtout la contention n’est pas un soin. Pourtant, la
littérature, qu’elle soit ancienne ou récente, argumente ces deux mesures comme un soin, comme
s’inscrivant dans une démarche thérapeutique.
Dans nos travaux, il sera possible de développer et citer ces positionnements que je ne peux ici
qu’évoquer. Évidemment, dans le monde contemporain empreint de technicité, ces mesures
semblent archaïques et dépassées. Pourtant, et on le verra en conclusion, leur utilisation et surtout
la critique, quelque peu hypocrite, que notre société y porte actuellement, peuvent amener des
considérations allant à l’encontre d’un scientisme triomphant.
Les doutes sur le bienfondé de ces outils se sont cristallisés dans le choix de la rédaction de la loi
de santé qui a hésité entre « décision » et « prescription ». Les débats parlementaires sur ce sujet
ont été trop superficiels, comme on pouvait s’y attendre à propos d’une loi généraliste sur la
Santé, alors qu’il aurait fallu une loi spécifique sur la psychiatrie comme l’ont largement demandé
les organisations professionnelles. Si les droits de l’usager, du patient, du citoyen sont une réelle
préoccupation, et non un affichage bien-pensant ; si la privation de liberté pour motifs
thérapeutiques psychiatriques est un souci majeur dans une société démocratique, il conviendrait
de se donner les moyens d’un débat qui ne se résume pas à une modification de terminologie à la
dernière minute sous la pression de quelques groupes, quelles que soient les louables intentions
qui les animent.
La question du choix sémantique décision vs prescription a déjà été abordée. Pour faire simple,
prescription, terme très médical, indique sans ambiguïté un soin, tandis que décision, terme très
générique et souvent administratif, omet complètement la notion de soin.
Cette nuance, outre les principes qu’elle sous-tend, peut avoir des répercussions non négligeables
sur les dispositions pratiques, très opérationnelles et concrètes sur la tenue d’un registre. Les
mesures d’isolement ou de contention peuvent faire l’objet dans les dossiers médicaux, le plus
souvent informatisés, de prescriptions à l’instar d’autres mesures de soins comme les
chimiothérapies, les ateliers thérapeutiques, etc. Sans pouvoir détailler ici les problèmes pratiques
qui peuvent apparaître ici ou là en fonction de l’état de l’information médicale des hôpitaux, très
variable d’un établissement à l’autre, il faut s’attendre, même pour ceux favorables à la traçabilité
de ces prescriptions, à des difficultés d’organisation pratique pour mettre en place le registre.
Pour revenir à la question de l’isolement ou de la contention comme un soin ou non, il faut noter
que la formulation de la loi faisant de ces mesures des pratiques de dernier recours ne fait pas
l’unanimité, ni qu’il ne peut y être procédé que pour prévenir un dommage immédiat ou
imminent pour le patient ou autrui. Des prescriptions d’isolement peuvent survenir dans des
contextes moins aigus.
Enfin dernière interrogation sur ce sujet : est-on admis dans un hôpital (décision administrative)
pour autre chose que pour s’y faire soigner ? La psychiatrie serait-elle clivée en deux
composantes : une partie soignante et une autre non soignante, participant au contrôle social.
Celle-là n’est pas impossible et l’on sait comment notre société se montre très demandeuse de