Briefing de Bruxelles sur le développement n˚27 Petites economies

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Briefing de Bruxelles sur le développement n˚27
Petites economies insulaires ACP: convertir les vulnérabilités en opportunités
4 avril 2012
Ambassadeur Shirley Skerritt-Andrew
Ambassadrice de l’Organisation des États des Caraïbes de l’Est (OECS) à Bruxelles et
Présidente du Comité des ambassadeurs ACP
Remarques introductives
Mesdames et Messieurs,
Les PEID (petits états insulaires en développement) représentent un groupe hétérogène de pays répartis sur la mer
des Caraïbes et les océans Pacifique, Atlantique et Indien. Ils se caractérisent souvent par l’exiguïté de leur territoire
ou par leur démographie limitée. Cependant, quel que soit l’angle sous lequel on les examine, ces États sont
incontestablement vulnérables à plusieurs titres : ils souffrent des limites de leurs ressources naturelles ; ils sont
souvent spécialisés dans les monocultures qui induisent une diversification insuffisante de leurs exportations ; ils
connaissent une émigration importante qui voit les plus doués partir chercher une avenir meilleur dans les pays plus
développés ; ils souffrent des effets d’une forte densité de population, d’un marché interne étroit et d’économies
d’échelle limitées ; ils sont aussi fortement exposés et ouverts aux chocs externes comme les désastres naturels et
les volatilités de l'économie et de la finance internationales. Le caractère insulaire des PEID a une autre
conséquence : leur isolement des autres régions et marchés. Les conséquences sont manifestes : les petits pays
insulaires en développement subissent un ensemble de situations dont les effets cumulés induisent une situation sans
comparaison avec celle de tout autre pays dans le monde.
Pourtant, les PEID éprouvent aujourd’hui de grandes difficultés à convaincre la communauté internationale de la
nécessité d’un traitement spécifique rendant justice à leurs vulnérabilités et les aidant à surmonter certains de leurs
handicaps insolubles. Ils souffrent au contraire en permanence du « paradoxe insulaire » décrit par la CNUCED, selon
lequel ils sont catégorisés dans les pays à revenu moyen supérieur mais restent économiquement vulnérables tout en
courant le risque d’une marginalisation accrue dans l’économie mondiale et, plus récemment, dans la coopération au
développement avec les donateurs traditionnels. Même dans les Caraïbes, constituées principalement de PEID, les
micro-états de la Caraïbe orientale ne représentent que 5% de la population de l’archipel et 1% de sa superficie, sont
tous des pays à revenu moyen et à l’IDH élevé ; or, comme les autres PEID, ils sont douze fois plus exposés au
changement climatique que les autres plus grands pays du monde. Par conséquent, tous les bénéfices réalisés
depuis le début de la coopération au développement pourraient être anéantis en une douzaine d’heures par un seul
ouragan persistant. Leur situation physique est en outre accentuée par la crise économique actuelle qui a entrainé les
coûts de l’alimentation et de l’énergie à des niveaux exorbitants, un ralentissement global du tourisme, une diminution
des transferts, un accroissement des désastres naturels ainsi que des niveaux élevés d’endettement et de déficit.
Cette dure réalité a donné lieu à un retard de l’inclusion sociale, un ralentissement des investissements et un
chômage accru dans les PEID.
Mes chers collègues, c’est selon moi ce qui justifie la pertinence, l’opportunité et la nécessité de ce briefing. Nous
devons rappeler ce que sont les vulnérabilités des petits états insulaires en développement, car ce n’est qu’en mettant
en lumière l’adversité dans laquelle nous sommes que nous pourrons ensemble identifier et développer les chances
que nous devons saisir pour surmonter les défis qui sapent nos efforts de développement.
Nous savons que certaines réalités que subissent les PEID pourraient ne jamais changer. La petite taille de leur
territoire et de leur population indiquent que leur représentation dans les forums de négociation internationaux et
multilatéraux sera limitée, qu’ils n’auront pas beaucoup de chances en matière de commerce, que leurs coûts
d’infrastructure et de production augmenteront et que leur vulnérabilité budgétaire accroitra.
Cependant, les PEID doivent recevoir des chances de s’intégrer à l’économie mondiale en dépit de leurs handicaps
structurels permanents et de leur exposition aux chocs exogènes. Les indices de vulnérabilité développés par de
grands groupes de réflexion comme la CNUCED et le Secrétariat du Commonwealth, parmi d’autres, doivent être pris
au sérieux en cela qu’ils rendent adéquatement compte des risques et des défis auxquels ils font face.
Comment donc accroitre la résistance des petits états insulaires ? De nombreuses options sont envisageables. Au
niveau national, il est possible d’encourager un repositionnement stratégique global des PEID par la respécialisation,
le développement de produits de niche et l’ajout de valeur à l’instar de ce que font certains PEID ACP, en optimisant le
secteur des services, dont le développement d’un secteur offshore moderne, que ce soit au niveau financier ou
académique, en rendant leur secteur maritime plus compétitif, en développant des TIC, ou même en exportant la
culture insulaire si particulière des Caraïbes.
La résistance doit aussi se construire au niveau régional, par l’intégration. Avec le temps, les états de la Caraïbe
orientale, précurseurs de la coopération régionale, ont consenti des efforts pour établir des institutions communes afin
de surmonter les inconvénients de leur petite taille et leur accès limité aux marchés. Certaines de ces institutions
comme l’Union monétaire de l’OECO (UMCO) administrée par une banque centrale unique (ECCB) ont clairement
contribué à rendre la sous-région plus attractive pour les capitaux internationaux et à stimuler les affaires et
l’investissement intérieur en vue d’établir un environnement financier et un marché de capitaux à la stabilité avérée. À
un niveau plus vaste, le CARICOM/CARIFORUM ont été le véhicule de l’intégration à l’économie mondiale de l’OECO
par le biais d’accords commerciaux négociés et signés de concert avec l’UE mais aussi avec d’autres partenaires du
Nord et du Sud. De plus, la stratégie commune de partenariat Caraïbes-UE actuellement en développement est
conçue pour promouvoir le partenariat dans des domaines considérés comme des priorités communes comme le
développement durable, l’intégration régionale, le changement climatique et les désastres naturels. Ces grands
thèmes constituent certaines des composantes les plus critiques de la stratégie de développement à long terme de la
région. Cependant, cela ne suffit pas pour améliorer la résistance.
Les PEID sont à la croisée des chemins. Ils doivent se repositionner en augmentant leur résistance et en réduisant
leur vulnérabilité dans le contexte de changement mondial caractérisé par la volatilité, l’inégalité et l’incertitude. Il est
impératif que ces États continuent à entreprendre une gestion efficace du changement et des investissements ciblés
pour compenser les glissements mondiaux. Ce faisant, les principes de la croissance verte seront essentiels dans
chacun de ces projets. Cette approche engendre une focalisation importante sur l’énergie renouvelable, les TIC, les
sciences et l’innovation, la formation et l’enseignement, et complète les efforts d’adaptation et d’atténuation des effets
catastrophiques du changement climatique tout en opérant la transition vers une économie verte. La recherche a
démontré les nombreux bénéfices de ce chemin vers la croissance, en particulier dans les pays comme les petits
états insulaires en développement qui comptent déjà sur l’environnement comme source de croissance économique.
Afin de lancer la mise en œuvre de l’agenda vert, de poursuivre sur la Stratégie de l’Ile Maurice et du Plan d’action de
la Barbade et d’exploiter les résultats de la conférence Rio+20 en juin, la poursuite du partenariat politique et financier
des grands partenaires de développement sera de première importance. C’est pourquoi le débat actuel au sein de
l’UE à propos de sa politique de développement met en lumière un défi critique pour les PEID, celui de leur
vulnérabilité en tant que facteur contraire à leur développement. Compte tenu des limitations structurelles engendrant
une vulnérabilité persistante, la politique de développement de l’UE devrait-elle cesser d’apporter un soutien fort à
certains des états les plus vulnérables au monde ?
Très chers collègues, il me reste une inquiétude. À moins d’être soutenus sensiblement au niveau international, les
efforts de résistance n’auront jamais l’effet qu’ils pourraient avoir. Pourrons-nous un jour parler d’un nouvel ordre
international pour les pays insulaires ? De nombreux efforts ont été déployés pour stimuler la reconnaissance de leurs
vulnérabilités, notamment par l’ONU, la Banque mondiale, le Commonwealth, ou pour un traitement différencié des
PEID à la lumière de leur situation paradoxale. Nous devons dès lors créer des politiques destinées à atténuer les
handicaps qui peuvent l’être, surveiller ceux qui ne peuvent l’être et adopter des approches tenant compte des divers
défis auxquels ces pays font face.
Par ces quelques mots, je vous souhaite des débats fructueux au cours de cette séance de briefing.
Merci.
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