La sensibilité de l`activité économique aux chocs monétaire et

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La sensibilité de l’activité économique aux chocs monétaire
et budgétaire.
Cheikh Tidiane NDIAYE*
Résumé : Ce chapitre analyse la sensibilité de l’activité économique aux
chocs monétaire et budgétaire au Sénégal, en se basant sur une méthode
d’extraction des cycles de l’activité réelle, de l’inflation, des variables
monétaires et budgétaires, une causalité à la Granger et une méthodologie
SVAR structurel. En termes d’analyse des politiques macroéconomiques au
Sénégal, compte tenu des objectifs définis pour chaque politique, les
résultats obtenus montrent que la politique monétaire a plutôt bien rempli
ses objectifs de stabilité des prix et est restée neutre vis-à-vis de l’activité
économique, tandis que la politique budgétaire a été déficitaire et s’avère
pro-cyclique dans ce sens. Le respect des critères de convergence en matière
budgétaire n’est pas réussi malgré la mise en place des dispositifs communs
imposant une certaine discipline budgétaire aux pays membre (le Pacte de
Convergence, de Stabilité et de Croissance). Il ressort de l’analyse des
réponses impulsionnelles et de la décomposition de la variance de l’erreur
que les délais de transmission des chocs entre les variables sont très courts
et que l’activité économique est très élastique aux fluctuations des variables
monétaire et budgétaire. Elle révèle également que la politique monétaire
réagit aux chocs affectant la politique budgétaire. Les résultats de l’analyse
de la causalité à la Granger révèlent le caractère exogène des politiques
monétaire et budgétaire. Ainsi, l’absence de relation de cointégration justifie
que les effets réels des politiques monétaire et budgétaire sur l’activité
économique demeurent soumis à des sources d’incertitude liées aux chocs
imprévisibles émanant de l’extérieur du fait de la faiblesse des stabilisateurs
automatiques.
JEL CLASSIFICATION : E23, E52, E62, E63
Mots clés : Politique monétaire, Politique budgétaire,
Cointégration, VAR structurel, réponses impulsionnelles.
Croissance
économique,
*Doctorant au Laboratoire d’Economie d’Orléans (LEO), E-mail : [email protected]
1
Causalité,
Introduction
Les politiques monétaire et budgétaire se révèlent être deux catégories
de politique économique qui ont fait l’objet de plusieurs controverses. La
question de leur interaction et de leur influence sur l’activité économique et
l’inflation se posent avec acuité. Chacune des deux politiques est susceptible
d’accroître ou de ralentir la demande globale. Elles peuvent avoir des
impacts très différents sur l’économie et qu’un changement de l’une peut
affecter l’autre. Cet état de fait explique la distinction faite au niveau de leur
efficacité relative dans plusieurs pays. Les théories récentes de la croissance
endogène, considèrent que la politique budgétaire discrétionnaire est efficace
à la production, du fait, qu’elle permet de propulser la croissance. Celle-ci
induit à son tour un accroissement des recettes publiques et donc de la
dépense publique facteur de croissance. Les monétaristes s’opposent à
l’efficacité de la politique budgétaire en estimant qu’elle peut générer un effet
d’éviction et affirment que les variations de la quantité de monnaie ont, à
court terme, de réels effets sur la production et l’emploi du fait de la rigidité
des prix. Ils postulent également qu’une variation de la masse monétaire à
long terme, n’a d’incidence que sur le niveau général des prix, les variables
réelles resteront constantes. Ils considèrent les phénomènes monétaires
comme cause de perturbations de l’équilibre et de la croissance économique.
Les théories monétaristes s’appuient sur la théorie quantitative de la
monnaie pour établir une relation causale entre inflation et émission
monétaire.
Les
politiques
monétaire
et
budgétaire
sont
perçues
comme
étant
appropriées pour atténuer les menaces inflationnistes qui sévissent dans
toutes les économies. Ainsi, l’étude basée au Sénégal s’avère extrêmement
utile du fait qu’elle nous permet de voir dans quelle mesure ces politiques
sont appropriés aux objectifs qui leur sont attribués mais aussi d’examiner
les possibilités de choix et d’analyse de court et de long terme de ces
politiques. Puisque la conduite de la politique budgétaire est décentralisée
dans la zone UEMOA, le gouvernement du Sénégal devient responsable de
l’activité économique de son propre pays.
2
La crédibilité de l’UEMOA1 repose fondamentalement sur la maîtrise de
l’inflation et la stabilité monétaire mais aussi sur son aptitude à promouvoir
la croissance et le développement. La convergence des performances
économiques des pays membres demeure également un facteur important
afin de bien répondre au critère d’optimalité de Mundell2. La convergence de
ces politiques dans l’union a le mérite d’alléger les multiples chocs
asymétriques entre les membres. Une absence de celle-ci pourrait ipso facto
générer des coûts liés surtout à la « difficulté de mener une politique
monétaire profitant à tous dans le cas d’un ancrage profond des disparités
économiques »3. L’ultime objectif du pacte de convergence, de stabilité, de
croissance et de solidarité aspire au respect strict des critères définis pour
l’ensemble des pays membres. Le respect de ces critères est subordonné à la
mise en place d’un environnement propice susceptible de concilier les
priorités des autorités monétaire et budgétaire. Celles-ci peuvent avoir des
objectifs de court terme visant à stimuler la demande globale et l’activité
économique.
La modélisation macroéconomique de l’influence des politiques monétaire et
budgétaire est une approche qui consistera dans le cadre de cette analyse à
étudier à court, moyen et long terme laquelle de ces deux politiques est la
plus susceptible de jouer un rôle déterminant sur l’activité économique. Pour
y parvenir, nous utilisons une analyse des cycles, les relations de causalité
et les modèles VARs. Une abondante littérature portant sur ces modèles a
tenté d’expliquer la crédibilité des politiques macroéconomiques du fait qu’ils
sont réputés être appropriés pour les études sur la politique économique ou
des variables macroéconomiques en général. Ces méthodes d’analyse
1
La zone UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine) est caractérisée par une monnaie
commune, le franc CFA, regroupant huit pays membres : le Sénégal, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée
Bissau (depuis 1997), le Mali, le Niger, le Bénin et le Togo.
2
Le critère d’optimalité de Mundell suppose la mobilité des facteurs de production. Selon SEMEDO, G. et
VILLIEU, P. (1997), la zone franc ne répond pas à ce critère du fait de la flexibilité des prix et des salaires très
limité et la faiblesse de la mobilité du facteur travail. Cet état de fait nécessite un ajustement permanent du
change pour corriger les déséquilibres réels internes et externes.
3
Cf. Conjoncture, septembre 2005, p.20.
3
permettent d’identifier les impulsions responsables des déséquilibres de
court ou long terme des différentes variables macroéconomiques. Ce sont des
modèles dynamiques qui intègrent à la fois les évolutions de court terme et
de long terme des variables. L’étude de ce modèle nous permettra de dégager
les conditions de cohérence et de transmission des politiques monétaire et
budgétaire. Dans le cadre de cette modélisation, nous chercherons à évaluer
l’interaction entre les différentes autorités chargées de la gestion des
politiques monétaire et budgétaire. Les variables retenues sont le Produit
Intérieur Brut (PIB), la masse monétaire (M), les dépenses publiques
totales (G) et l’inflation appréhendée par le déflateur du PIB (P). Toutes les
variables sont exprimées en logarithme. Les séries sont en données4
annuelles et couvrent la période 1960 – 2006.
Ce chapitre sera centré d’abord sur une brève revue de la littérature et une
analyse brève de la situation macroéconomique, ensuite sur l’analyse des
cycles des politiques monétaire et budgétaire et des relations de causalité à
la Granger et enfin sur les analyses de la transmission des chocs à travers
une approche SVAR.
4
Les données proviennent de la base de données « World Development Indicators » version 2008.
4
• Revue de la littérature
Beaucoup d’études s’inspirant également de la modélisation VAR ont
tenté de justifier le bien fondé, l’interdépendance et les mécanismes de
transmissions des politiques monétaire et budgétaire (Ansari, 1996 ; Funke,
1996 ; Blanchard et Perotti, 1999 ; Bruneau et al., 1999 ; Garcia et
Verdelhan, 2001 ; Wickens et Motto, 2001 ; Aarle et al., 2003 ; Sabaté et al.,
2004 ; Biau et Girard, 2005 ; Komaki, 2008). En Europe, de nombreuses
études ont été consacrées à l’analyse des politiques monétaires et
budgétaires, mais, faute de données suffisantes après le passage à l’euro, ces
travaux utilisent généralement des reconstitutions de données agrégées à
partir de données nationales disponibles avant la création de l’union en
1999. La principale justification de cette démarche réside dans la mise en
place des dispositifs de convergence bien avant 1999, tels que la création du
Système Monétaire Européen en 1975 ou les contraintes imposées par le
Traité de Maastricht en 1992, dont le but était d’assurer l’adaptation des
futurs pays membres à un nouveau fonctionnement spécifique à l’union
monétaire. Pourtant, malgré cet argument, il est clair que le processus de
convergence s’est réalisé lentement et que la reconstitution de données d’une
union hypothétique dont l’existence remonte parfois à 1970 pourrait
conduire à des résultats biaisés par rapport aux vraies particularités de la
zone Euro.
Les études empiriques réalisées sur les pays européens, pour évaluer
les politiques macroéconomiques peuvent être réparties en trois grandes
catégories, toutes utilisant des approches de type SVAR (VAR Structurels)5.
Si une première catégorie contient des études orientées explicitement vers
l’analyse de la transmission monétaire (Gerlach & Smets, 1995, Barran &
al., 1996, Ehrman, 2000, Wehinger, 2000, Ciccarelli & Rebucci, 2006 ou
Monticelli & Tristani, 1999), une seconde catégorie rassemble des études
particulièrement dédiées à la transmission des chocs budgétaires (Dalsgaard
5
Cette méthode semble particulièrement adaptée à ce type d’exercice, car elle permet d’isoler la réponse des
principales variables macroéconomiques à des chocs structurels et à des innovations de politique économique,
et d’analyser la transmission de ces chocs dans le temps.
5
& de Serres, 2000, Canova & Pappa, 2007 ou Afonso & Sousa, 2009).
L’intérêt de mettre en avant l’interaction entre les deux composantes du
policy-mix est aussi apparu dès les années 2000, donnant naissance à une
troisième catégorie d’études empiriques, très proches de l’analyse proposée
dans ce papier. Ainsi, Garcia & Verdelhan, 2001, et Bruneau & De Bandt,
2003, étudient explicitement cette interaction entre politique monétaire et
fiscale durant le processus de transition des pays européens vers l’UME. Ils
regroupent dans une seule modélisation SVAR, l’activité, les prix, le taux
d’intérêt réel de court terme comme variable de référence pour la politique
monétaire et un ratio moyen solde budgétaire/PIB, pour la politique
budgétaire. Si Garcia & Verdelhan, 2001, estiment le modèle sur des
données agrégées, reconstruites
pour la zone Euro, de 1972 à 1995,
Bruneau & De Bandt, 2003, considèrent la période 1979-2000 et travaillent
aussi sur les données individuelles des deux principaux pays de l’union, la
France et l’Allemagne. C’est Van Aarle et al., 2003, qui étendent l’analyse sur
l’ensemble de 12 pays de la zone Euro, et qui estiment un modèle SVAR sur
données agrégées et individuelles durant la période 1980-2001, en
différenciant deux chocs possibles associés à la politique des gouvernements
: un choc fiscal (sur les taxes) et un choc budgétaire (sur les dépenses
publiques). En résumé, selon ces premières études, l’impact des politiques
fiscales et monétaire en Europe est globalement compatible avec les
enseignements du modèle IS-LM, mais les chocs monétaires exercent un
effet plus fort sur l’économie par rapport aux chocs fiscaux. Comparée aux
résultats sur données agrégées, la transmission des chocs au niveau
national est généralement différente, ce qui traduit la présence d’asymétries
structurelles entre les pays européens.
Dans des analyses plus récentes de policy-mix dans la zone Euro,
Schalck, 2008 et Tsoukalas, 2008, fournissent les premiers résultats et
jugements sur l’interaction des politiques monétaire et budgétaire après
2000. En utilisant des données annuelles agrégées et individuelles pour la
zone Euro et pour ses pays membres, sur la période 1970-2004, Tsoukalas,
2008 mesure l’impact des chocs monétaires sur les variables fiscales et,
6
respectivement, l’impact des variables fiscales sur le
monétaire.
Il
retrouve
macroéconomiques
dans
des
la
zone
effets
Euro
keynésiens
et
conclut
taux d’intérêt
des
à
une
politiques
sorte
de
complémentarité entre politiques monétaire et budgétaires européennes,
dans la mesure où une politique monétaire restrictive (hausse des taux
d’intérêt) semble toujours accompagnée d’une politique budgétaire restrictive
(hausse des taxes ou baisse des dépenses publiques) et vice-versa. Ce type
de comportement apparaît aussi, partiellement, dans Schalck, 2008, mais il
paraît plutôt spécifique à une période expansionniste (de croissance). Avec
une modélisation SVAR non-linéaire, cet auteur propose la distinction de
deux régimes : un régime d’expansion de l’économie, l’autre de récession, et
introduit une probabilité de passage d’un régime à l’autre qui dépend du
régime courant, supposé exogène et constant. Les paramètres du modèle
sont estimés pour chacun des régimes, en prenant en compte 4 pays
européens : la Belgique, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas, et une
période d’étude qui va de 1970 à 2004, en utilisant des données annuelles.
Contrairement au résultat de Tsoukalas, 2008, les effets keynésiens des
politiques macroéconomiques ne caractérisent pas tous les pays analysés.
De plus, en période de récession, les politiques macroéconomiques ne sont
plus complémentaires, mais elles semblent se substituer l’une à l’autre, avec
une réponse plutôt expansionniste des gouvernements face à une restriction
monétaire. Ces résultats n’apparaissent pas non plus comme unanimement
acceptés dans la littérature, Jamet, 2007, soutenant, par exemple, la
présence des mesures de politique budgétaire plutôt expansionnistes en
périodes de croissance, associées à une politique monétaire restrictive, et
respectivement un manque d’action des gouvernements en récession,
lorsque la politique monétaire semble devenir plus laxiste pour encourager la
reprise de l’activité. Quelques unes des études ont été réalisées dans des
pays spécifiques de la zone euro notamment celle de Sabaté et al. (2006)
appliquée en Espagne sur la période 1874 - 1935, attestent la dominance de
la politique budgétaire vis-à-vis de la politique monétaire.
7
L’étude de Ansari (1996) appliquée en Inde, utilisant également une
approche générale du modèle VAR, soutient la thèse keynésienne de
l’importance de la politique budgétaire par rapport à la politique monétaire.
Les études utilisant l’approche des modèles d’équilibre général (Leith
et al., 2000 ; Perez et al., 2002 ; Muscatelli et al., 2003) ont également
enrichi le débat sur les politiques monétaire et budgétaire. Il ressort de
l’analyse de Muscatelli et al., (2003), que la complémentarité ou la
substituabilité de ces politiques dépendent du type de choc affectant
l’économie.
En Afrique, peu d’études empiriques ont été consacrées à l’évaluation
des politiques macroéconomiques du fait des problèmes liés au manque de
données. Ainsi, il ressort de l’étude de Patrick Guillaumont et al. (1999) que
les politiques macroéconomiques en Afrique demeurent inefficaces du fait de
la stagnation du produit par tête. Ces politiques devraient être réformées
pour qu’elle puisse accroître le niveau de l’investissement, qui paraît être le
facteur limitatif le plus important d’une accélération de la croissance en
Afrique6.
De même, Solomane Koné (2000) a également utilisé un modèle à
correction d’erreur pour tester les effets relatifs des politiques monétaire et
budgétaire sur la croissance économique des pays de l’UEMOA. Les résultats
montrent d’une part, que les politiques monétaire et budgétaire ont un
impact positif sur le PIB nominal et réel. D’autre part, la politique monétaire
n’a été inflationniste dans aucun des pays de l’UEMOA alors que la politique
budgétaire l’a été en Côte d’Ivoire à court terme et au Mali à court et à long
terme7. L’étude de Nubukpo (2002) ajoute qu’une bonne transmission des
taux d’intérêt directeurs demeure une condition nécessaire pour que la
6
Patrick Guillaumont et al. « Politique économique et perspectives de croissance dans les économies
émergentes d’Afrique », Revue économique – vol. 50, N°3, mai 1999, p. 521.
7
Solomane KONE, 2000, « L’impact des politiques monétaire et budgétaire sur la croissance économique dans
les pays de l’UEMOA », BCEAO, (509), décembre.
8
politique monétaire de l’UEMOA ait des répercussions positives sur l’activité
économique8.
Dans la zone UEMOA, très peu d’études ont été consacrées jusqu’à présent à
l’efficacité relative des politiques monétaire et budgétaire. Les études qui
existent présentent de nombreuses insuffisances parmi lesquelles, nous
pouvons citer :
-
La non prise en compte de l’évaluation de la relation dynamique des
effets de court et de long terme des variables de politiques monétaire et
budgétaire sur la croissance économique et l’analyse des stabilisateurs
automatiques par l’approche structurelle des modèles vectoriels
autorégressifs (VAR) et d’une approche au sens de Granger de la
relation de causalité entre les différentes variables.
-
La non prise en compte des modèles à tendances stochastiques
communes qui nous renseignent sur les effets permanents et
transitoires des politiques.
-
La non prise en compte de l’analyse des cycles de certaines variables
reflétant la réalisation des objectifs qui sont confiés aux politiques
monétaire et budgétaire.
-
La non prise en compte des indicateurs de politique monétaire et
budgétaire dans la même modélisation VAR qui nous permettent
d’analyser l’interaction entre les différentes autorités chargées de la
gestion macroéconomique.
En revanche, notre réflexion sur le comportement des autorités monétaire et
budgétaire au Sénégal propose de combler ces lacunes en centrant l’analyse
sur trois axes :
On se propose, d’abord, une étude de l’efficacité des interventions de
politique monétaire et budgétaire, compte tenu de leurs particularités au
Sénégal : conduite centralisée de la politique monétaire par la Banque
Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et conduite décentralisée
de la politique budgétaire par le Gouvernement sénégalais. La gestion de
8
Kako Kossivi NUBUKPO, « L’impact de la variation des taux d’intérêt directeurs de la BCEAO sur l’inflation et la
croissance dans l’UMOA, Notes d’Information et Statistiques de la BCEAO, juin 2002, N°526.
9
chaque politique est évaluée à travers une analyse des cycles de certaines
variables reflétant la réalisation des tâches qui lui sont confiées dans l’union
: stabilité des prix et croissance de l’activité économique dans la mesure où
le second objectif ne nuit pas à la réalisation du premier – du côté de la
politique monétaire, et croissance de l’activité économique corroborée avec le
respect des critères de convergence, en termes de politique budgétaire.
Ensuite, l’étude portera sur l’analyse de l’ordre temporel et les
capacités de prévisions des variables à travers la méthode fondée sur les
relations de causalités à la Granger.
Enfin, l’analyse est orientée vers la transmission des chocs dans
l’union. On adopte pour cela une approche standard de type VAR Structurel, largement employée dans la littérature pour ce type d’exercice.
On s’intéresse à la transmission de 4 types de chocs : un choc d’offre, un
choc de demande, un choc de politique monétaire et respectivement un choc
de politique budgétaire. La prise en compte des indicateurs de politique
monétaire et budgétaire dans la même modélisation VAR permet d’analyser
l’interaction
entre
les
différentes
autorités
macroéconomique.
10
chargées
de
la
gestion
• Analyse de la politique monétaire au Sénégal
L’analyse de la politique monétaire de l’UEMOA est testée en comparant
les cycles de la masse monétaire, de l’inflation et du produit intérieur brut
écrit en logarithme pour déduire en termes d’atteinte des objectifs de
stabilité de l’inflation et de croissance économique. Le graphique de la figure
1 synthétise les résultats de notre analyse.
Le principal objectif de la BCEAO est la stabilité des prix dans la zone
UEMOA, définie par le respect d’un taux d’inflation annuelle inférieur à 3%.
Le cycle de l’inflation annuelle dans la figure 1 représente la preuve que cet
objectif de stabilité des prix a été rempli avec succès de 1996 à 2008. La
politique monétaire est marquée par la prédominance des périodes
inflationnistes durant la période 1968 - 1995. Elle a enregistré le plus haut
niveau en 1975 avec 31,65 et à la période de la dévaluation du Franc CFA en
1994 avec 32,29%. L’adoption du principe de surveillance multilatérale au
lendemain de la dévaluation a amélioré la maîtrise des valeurs de l’inflation
tendancielle qui tournent autour d’une moyenne annuelle de 1,8% de 1996 à
2008, ce qui équivaut à un taux d’inflation annuelle compatible avec la
définition de la BCEAO pour la stabilité des prix. Ces variations presque
régulières du taux d’inflation autour de sa tendance montrent l’attention
particulière accordée par la BCEAO à cet objectif. En termes de croissance
de l’activité réelle, vue comme un objectif secondaire de la politique
monétaire, la BCEAO semble ne pas jouer un rôle déterminant (Corr = 0,02).
La politique monétaire est contra-cyclique de 1960 à 1962, période à laquelle
elle est favorable à l’évolution de la croissance économique en augmentant la
masse monétaire en période de récession. On remarque, sur la figure 1,
qu’au-delà de cette période, une faible corrélation des cycles de la masse
monétaire et du PIB, preuve d’un comportement acyclique de la banque
centrale. Durant les périodes où l’activité économique est en période de
croissance ou de récession, la politique monétaire ne joue aucun rôle sur les
crédits à l’économie, ce qui n’encourage pas la reprise de l’économie ou la
stabilisation de l’activité. Ce résultat corrobore celui obtenu par les études
11
de la BCEAO qui soutiennent que les effets de la politique monétaire sur la
production réelle ne sont que transitoires9.
Figure 1 : Analyse de la politique monétaire au Sénégal
.08
.04
.00
10
-.04
5
-.08
0
-5
-10
-15
60
65
70
75
CYCLE_LPIB
80
85
CYCLE_P
9
90
95
00
05
CYCLE_LMO
Note de présentation du Quatrième Colloque BCEAO-Universités-Centres de Recherche, « POLITIQUE
MONETAIRE ET STABILITE DES PRIX DANS L'UEMOA : CONTRAINTES ET DEFIS », (Dakar, 16-17 juin 2008), p.2.
12
•
Analyse de la politique budgétaire au Sénégal
Quant à la politique budgétaire au Sénégal, pour juger de son efficacité,
on compare, dans la figure 2, le cycle du PIB (toujours en logarithme) aux
cycles du solde budgétaire de base, du déficit conventionnel et primaire.
L’étude conjointe du solde budgétaire de base et des déficits (primaire et
conventionnel) permet d’entrevoir le respect par le Sénégal du critère clé du
ratio du solde budgétaire de base rapporté au PIB nominal, les choix de
politique budgétaire, la solvabilité de l’Etat et la situation budgétaire.
Le cycle de la variable budgétaire (Déficit primaire et conventionnel) doit
être interprété comme variation par rapport à sa tendance. Le choix d’utiliser
la représentation de l’évolution de cette variable autour de sa tendance est
justifié par l’existence d’un principe de surveillance multilatérale dans la
zone UEMOA défini par le Pacte de Convergence de Stabilité et de Croissance
(PCSC) qui limite les déficits (primaire & conventionnel) et le solde budgétaire
de base à une norme positive ou nul. Cette limite est souvent jugée trop
contraignante pour que les gouvernements des pays membres de l’UEMOA
puissent remplir correctement leur objectif de croissance. La représentation
graphique et le tableau sur la cyclicité proposés ici permettent de s’interroger
sur ce fait en mettant en relation les périodes de baisse d’activité avec la
violation de la limite de 0% du solde budgétaire de base, du déficit primaire
et conventionnel imposée par le principe de la surveillance multilatérale.
L’analyse de la cyclicité de la politique budgétaire (Cf. Tableau 1) justifie
d’une part, que les valeurs relativement fortes des coefficients de corrélation
du cycle budgétaire (Dépenses/PIB & Recettes/PIB) et du cycle du PIB
justifie le caractère pro-cyclique des dépenses dû entre autres à la
corrélation positive entre les dépenses et les recettes : en période de
conjoncture favorable, l’augmentation des recettes conduit les autorités
budgétaires à accroître les dépenses plus que proportionnellement (Dufrénot
et al. (2007). Cette conclusion a été corroborée par de nombreuses études
notamment celles de Dramani L., (2007), Guillaumont S et al., (2007), Diane
13
et Fall (2007), Alesina et Tabellini (2007)10 etc. Ce comportement budgétaire
pro-cyclique montre que l’activité économique n’est pas soutenue par la
politique budgétaire, en période de récession. Cet état de fait est expliqué
soit par un resserrement budgétaire en phase de récession ou soit par un
endettement public trop élevé pour être soutenable11. Ce dernier cas semble
caractériser les pays membres de l’UEMOA d’après Felwine Sarr qui soutient
que « les tests classiques de stationnarité (ADF et Philipps-Perron) du ratio
dette sur PIB ont montré que les politiques budgétaires des pays de la zone de
1972 à 2002 n’étaient pas soutenables »12. Il peut aussi être justifié par
« certaines approches de la stabilité budgétaire fondées sur des règles,
susceptibles de contrarier le jeu symétrique des stabilisateurs automatiques
durant le cycle »13. Cette même conclusion sur la pro-cyclicité a également
été obtenue par Guillaumont S. & Tapsoba (2009). Ces derniers justifient
quant à eux cette pro cyclicité de la politique budgétaire par la contrainte
d’équilibre du principe de surveillance multilatérale qui impose aux Etats
membres de l’UEMOA un solde budgétaire de base et primaire positif. Ils
ajoutent que cette pro cyclicité de la politique budgétaire est accentuée
durant les périodes de récession, ce qui ne favorise pas une reprise de
l’activité économique. Ce résultat témoigne de l’absence des stabilisateurs
automatiques susceptibles de jouer un rôle primordial dans l’atténuation des
cycles de l’activité économique.
10
Alesina & Tabellini (2007) justifient la pro-cyclicité de la politique budgétaire dans les pays en
développement comme suit : quand il ya une forte croissance, les électeurs exigent de façon optimale plus de
biens publiques ou une réduction des impôts, et ceci induit un biais pro-cyclique de la politique budgétaire.
Ainsi, la procyclicité de la politique budgétaire est plus prononcée dans la plupart des démocraties corrompues
des pays en développement. (Voir Alesina & Tabellini, (2007) pour de plus amples informations sur la démarche
et du type de modèle développé).
11
Perspectives Economiques de l’OCDE, « IV. Cyclicité de la politique budgétaire : le rôle de la dette, des
Institutions et des contraintes budgétaires », N°74 - 2003/2, p. 1.
12
Felwine SARR, « La coordination des politiques macroéconomiques en Union Monétaire : la cas de l’Union
Economique Monétaire Ouest Africaine », Thèse de Doctorat en Sciences Economiques, Université d’Orléans,
2006, p. 266.
13
Op. Cit, p. 1.
14
D’autre part, l’analyse de la représentation graphique et des valeurs des
coefficients de corrélation du solde budgétaire de base (solde/PIB nominal),
du déficit primaire et conventionnel constituent une seconde preuve de
l’impact réduit de la politique budgétaire sur la croissance économique au
Sénégal. En effet, le caractère contra-cyclique très réduit du solde budgétaire
de base et du déficit primaire montre que les actions budgétaires répondent
aux
besoins de stabilisation de l’activité économique tandis que la pro
cyclicité réduite du déficit conventionnel peut être subordonnée à la faiblesse
ou l’absence de stabilisateurs automatiques. Ce résultat confirme les
nombreuses études réalisées sur la relation non linéaire entre la politique
budgétaire et la croissance économique notamment celles de Tanimoune &
al. (2005) et Diane & Fall, (2007). Ces derniers ressortent de leur analyse
qu’il existe un seuil du déficit de 1% du PIB où l’activité économique réagit
différemment à la politique budgétaire. Ainsi, le déficit induit un gain de
croissance s’il est inférieur à ce seuil sinon c’est l’effet inverse qui se produit.
Ils soutiennent que l’effet bénéfique du déficit sur la croissance est soumis
entre autres à deux conditions. D’une part, il doit être utilisé pour financer
les dépenses en capital et non à un surcroît de dépenses courantes ou baisse
des recettes budgétaires. D’autre part, l’effet bénéfique du déficit est
subordonné au type de financement (interne ou externe)14. Ils révèlent en
outre dans leur étude que la relation entre la politique budgétaire et l’activité
économique est de nature keynésienne si le taux d’endettement extérieur est
inférieur à 69% sinon il est anti-keynésien15. Ce résultat justifie une marge
de manœuvre très réduite des autorités budgétaires pour accélérer la
croissance économique au Sénégal. Les mécanismes susceptibles d’accélérer
la croissance économique ou de conforter la stabilité macroéconomique sont
difficilement observables. En 2001, 2005, 2006, 2007, et 2008, le solde
budgétaire de base est négatif alors qu’il devait être positif ou nul
14
Cf. à l’article de Diane et Fall, (2007) pour de plus amples informations sur la répartition des seuils du déficit
entre financement extérieur et intérieur.
15
Fatou Diane et Alsim Fall, « Quelle a été la contribution de la politique budgétaire à la croissance
économique du Sénégal », Direction de la Prévision et des Etudes Economiques (DPEE), novembre 2007,
Document d’Etude N°5, p. 27.
15
conformément au principe de surveillance multilatérale mis en place après la
dévaluation en 1994. Dans les années à venir, l’effet du PCSC se fera sentir :
chaque baisse plus prononcée du solde budgétaire/PIB est suivie d’une
austérité budgétaire dans les périodes d’après, de telle sorte que la limite
annuelle de 0% ne soit pas violée.
Figure 2 : Analyse de la politique budgétaire au Sénégal
.06
.04
.02
.00
-.02
6
-.04
4
2
0
-2
-4
-6
80
82
CYCLE_LPIB
84
86
88
90
92
94
CYCLE_RATIO_SOLDE
96
98
00
02
04
CYCLE_DP
CYCLE_DC
Tableau 1 : Cyclicité de la politique budgétaire au Sénégal
Sénégal
Solde/PIB
Dépenses/PIB
Recettes/PIB
Déficit primaire
Déficit Conventionnel
Corr
-0,07
0,78
0,92
-0,36
0,06
Source : Calcul de l’auteur
16
•
Analyse des effets des politiques monétaire et budgétaire sur
l’activité économique
La simulation des chocs structurels est une méthode puissante pour
l’analyse de la dynamique entre un groupe de variables. En identifiant un
modèle VAR (2), l’analyse impulsionnelle permet d’expliquer les influences
des chocs structurels d’une des variables sur les autres variables du
système. Ainsi, il sera utile d’examiner les effets réels des chocs identifiés
pour déceler d’éventuelles contradictions entre les effets des chocs
structurels. Les réponses aux impulsions demeure l’un des instruments le
mieux indiqué pour expliquer les sources d’impulsion. Elles reflètent la
réaction dans le temps des variables aux chocs contemporains identifiés.
Leur examen fournit des informations sur les conséquences dans le temps
des chocs. Il nous paraît alors intéressant d’analyser les fonctions de
réponses impulsionnelles et la décomposition de la variance de l’erreur de
prévision dans le but d’interpréter l’impact des chocs sur la dynamique des
variables étudiées. A ce propos, Hairault soutient qu’elles « constituent deux
exercices qui permettent de synthétiser l’essentiel de l’information contenue
dans la dynamique interne d’un système VAR. Elles mesurent l’influence
relative, à différents horizons, des différents chocs dans la dynamique de
chaque variable » (Hairault, [1995], p.114-115)
17
1°) – Fonctions de réponses
o Choc sur le produit intérieur brut
Un choc positif sur un intervalle de 10 périodes sur l’activité économique
se traduit par une détérioration significative de celle-ci durant les trois
premières périodes. Ce choc reproduit des effets similaires sur l’inflation,
la masse monétaire et des dépenses publiques sur le court terme. Ce
résultat justifie la rapide transmission des chocs affectant l’activité
économique. De même, la baisse considérable de l’inflation, de la masse
monétaire et des dépenses publiques consécutives au choc sur l’activité
économique révèle que ces variables sont pro-cycliques sur le court terme
[1, 2]. La période [2, 3] est caractérisée par le caractère contra-cyclique de
la politique monétaire qui favorise la reprise de l’activité générant ainsi
une hausse de l’inflation. Ce résultat révèle que les politiques monétaire
et
budgétaire
sont
très
sensibles
aux
chocs
affectant
l’activité
économique. Le choc ne se stabilise pas sur le long terme.
Un choc positif sur l’activité économique se traduit sur l’inflation par une
réaction brusque à la baisse sur le court terme [1, 2] et un accroissement
du taux d’inflation à partir de la deuxième période attestant la sensibilité
de l’indice des prix à la consommation au choc affectant l’activité. Cette
transmission du choc se manifestant par une baisse accentuée de
l’inflation induit une hausse des taux d’intérêt et par conséquent une
baisse de l’investissement, ce qui entraine la persistance de la récession à
la période suivante. L’accroissement de l’inflation à partir de la deuxième
période semble être dû à la réaction de la politique monétaire visant à
faire baisser les taux d’intérêt, ce qui favorise la reprise de l’activité et une
hausse de l’inflation. L’inflation est fortement corrélée aux fluctuations de
l’activité économique sur le court et long terme.
Un choc positif sur l’activité économique se répercute sur la politique
monétaire par une baisse brusque de la masse monétaire durant les deux
premières périodes. Cette baisse considérable de l’offre de monnaie qui se
reflète par un fléchissement des crédits à l’économie et une hausse des
taux d’intérêt explique la persistance de la récession de l’activité sur la
18
période [2, 3]. La pro-cyclicité de la politique monétaire n’a pas un effet de
relance sur l’activité économique durable du fait de la hausse de
l’inflation susceptible d’entrainer une perte de compétitivité. Le caractère
contra-cyclique de la politique monétaire en phase de récession de
l’activité entre la période deux et trois justifie la reprise de la croissance
économique à partir de la troisième période. La politique monétaire est
fortement corrélée aux fluctuations de l’activité économique.
Un choc positif sur l’activité économique se traduit par une détérioration
du montant des
dépenses publiques. Le choc affectant l’activité
économique reproduit les mêmes effets sur les dépenses publiques à
court, moyen et long terme. Ces deux variables ont des comportements
similaires qui illustrent la pro-cyclicité des dépenses publiques. Ce
résultat confirme celui obtenu par Dufrénot et al. (2007) qui soutiennent
une
pro-cyclicité des
dépenses
liée à
leur
ajustement
face
aux
fluctuations de l’activité économique. A cet égard, ces auteurs déduisent
que
« durant
les
phases
de
croissance
économique
les
dépenses
augmentent fortement et qu’elles diminuent pendant les phases de
ralentissement économique. Ce résultat n’est pas surprenant, en raison de
l’absence
de
stabilisateurs
automatiques
dans
les
économies
en
développement, contrairement à ce que l’on observe dans les pays
industrialisés »16.
16
DUFRENOT, G . et al. « Politique budgétaire et dette dans les pays de l’UEMOA », Paris, Ed. Economica, 2007,
p. 82.
19
Figure 3 : Fonctions de réponses suite à un choc sur l’activité économique
Réponses des variables à un choc sur l'activité économique
Réponse de l'activité économique
Réponse de l'inflation
.0025
.25
.0020
.20
.0015
.15
.0010
.10
.0005
.05
.0000
-.0005
.00
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
1
Réponse des dépenses publiques
2
3
4
5
6
7
8
9
10
Réponse de la masse monétaire
.012
.100
.010
.096
.008
.092
.006
.088
.004
.084
.002
.000
.080
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
20
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
o Choc sur la masse monétaire
Un choc positif sur un intervalle de 10 périodes sur la politique monétaire
se traduit par une baisse de l’offre de monnaie sur la période [1, 2]. La
transmission du choc sur les dépenses publiques, l’inflation et l’activité
économique est instantanée, ce qui justifie la sensibilité des variables
macroéconomiques aux chocs affectant la politique monétaire. Cette
détérioration de l’offre de monnaie sur le court terme entraine une hausse
des
taux
d’intérêt
qui
est
préjudiciable
à
l’activité
économique.
L’accroissement considérable de l’offre de monnaie entre la période deux
et trois demeure favorable à l’activité économique et aux dépenses
publiques. L’effet du choc ne se stabilise pas sur le moyen et long terme.
Un choc positif sur l’offre de monnaie se traduit sur les dépenses
publiques par des effets similaires pendant les quatre premières périodes.
L’effet du choc tend à se stabiliser sur le long terme, ce qui corrobore les
hypothèses sur les restrictions. Les dépenses publiques suivent l’allure de
l’offre de monnaie suivant la situation conjoncturelle. L’allure des
dépenses publiques atteste le caractère pro-cyclique de celles-ci qui se
conforment à la situation conjoncturelle de l’activité économique. Les
dépenses publiques sont faiblement corrélées aux fluctuations affectant
l’offre de monnaie.
Un choc positif sur l’offre de monnaie se transmet automatique sur
l’inflation par une baisse de l’inflation durant les trois premières périodes.
Cette décroissance de l’inflation accentuée est surtout liée à la hausse des
taux d’intérêt consécutive à une baisse des crédits à l’économie. Le choc
monétaire se traduit par une augmentation prononcée de l’offre de
monnaie entre la période deux et trois et se répercute par une baisse de
l’inflation. Ce résultat très surprenant pourrait être expliqué par une
politique budgétaire expansionniste qui a tendance à contrecarrer une
éventuelle hausse de l’inflation due à la baisse des taux d’intérêt. L’offre
de biens est donc sensible à court terme [1, 2] aux fluctuations de l’offre
de monnaie mais à moyen terme cette sensibilité peut s’affaiblir grâce aux
effets contra-cycliques de la politique budgétaire pour soutenir la
21
consommation. L’effet du choc tend à disparaître sur le long terme
corroborant ainsi les hypothèses sur les restrictions.
Un choc positif sur l’offre de monnaie se traduit par des effets presque
similaires sur l’activité économique sur le court et moyen terme. Ce choc
révèle qu’une baisse (ou hausse) des crédits à l’économie peut entrainer
un effet récessif (ou expansif) sur l’activité économique attestant ainsi la
rapidité des délais de transmissions des chocs monétaires. Le temps
nécessaire pour que les chocs monétaires aient une influence sur
l’activité économique est court, ce qui laisse entrevoir la possibilité pour
l’instrument monétaire de stabiliser les fluctuations macroéconomiques.
A long terme, l’activité économique se stabilise confirmant ainsi les
hypothèses liées aux restrictions.
22
Figure 4 : Fonctions de réponses suite à un choc sur la masse monétaire
Réponses des variables à un choc sur la masse monétaire
Réponse de la masse monétaire
Réponse des dépenses publiques
.040
.012
.035
.008
.030
.025
.004
.020
.015
.000
.010
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
1
Réponse de l'inflation
2
3
4
5
6
7
8
9
10
Réponse de l'activité économique
.025
2.0
.020
1.5
.015
1.0
.010
0.5
.005
0.0
.000
-.005
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
1
23
2
3
4
5
6
7
8
9
10
o Choc sur les dépenses publiques
Un choc positif sur un intervalle de 10 périodes sur les dépenses
publiques génère des effets alternés positifs et négatifs qui se manifestent
par des phases de baisse ([1, 3], [4, 5], [7, 8]) et de hausse ([3, 4], [5, 7]).
Ce choc d’innovation budgétaire se traduisant par une baisse accentuée
de l’allure des dépenses publiques durant les trois premières périodes a
un délai de transmission très rapide sur les autres variables. Dufrénot et
al. (2007)17 soutiennent que ces effets positifs s’expliquent dans les pays
de l’UEMOA par les concours extérieurs résultant du financement des
dépenses dites PPTE18. L’effet du choc reflète des fluctuations modérées
sur le moyen terme et se stabilise sur le long terme.
Un choc positif sur les dépenses publiques se traduit sur la masse
monétaire, par un effet positif juste à la quatrième période et des effets
négatifs durant toutes les autres périodes. Le choc reproduit des effets
similaires sur la politique monétaire mais les phases de baisse et de
hausse sont plus accentuées sur la variable monétaire. La réalisation des
objectifs de celle-ci semble être contrecarrée du fait de la prédominance
des effets négatifs. Ceci explique l’insuffisance des contraintes liées à
l’émission monétaire et l’adoption au lendemain de la dévaluation en
1994 d’un principe de surveillance multilatérale pour bien encadrer la
politique budgétaire. Ainsi, une relance de l’activité économique par le
canal de la baisse des taux d’intérêt serait négligeable grâce à
l’intervention peu significative de la politique monétaire. Cet état de fait
peut être justifié par la faiblesse de la qualité des signaux des taux
d’intérêt et l’importance des réserves excédentaires ou de la surliquidité
des banques commerciales. Celle-ci est due entre autres aux problèmes
structurels des systèmes financiers notamment l’étroitesse du volume des
prêts bancaires. L’effet du choc d’innovation ne disparaît pas sur le long
terme. Ce résultat révèle que la politique monétaire est relativement
élastique aux chocs affectant les variables budgétaires. Il illustre ainsi les
17
Idem, p. 81.
18
Petit Pays Très Endetté.
24
liens qui les unissent. Ce résultat corrobore les objectifs de croissance
économique que s’est fixée la BCEAO.
Un choc positif sur les dépenses publiques se traduit sur l’inflation, par
des effets négatifs presque sur toutes les périodes qui se reflètent par une
baisse du niveau général des prix sur les périodes [1, 2], [5, 7] et une
hausse très prononcée sur l’intervalle [2, 5]. Le choc budgétaire restrictif
génère ainsi une inflation accentuée. L’inflation est corrélée aux
fluctuations des dépenses publiques du fait de la divergence de leurs
effets sur certaines périodes. Ce résultat est corroboré par la valeur du
coefficient de corrélation des cycles de ces deux variables (corr = -0,14).
Un choc d’innovation budgétaire génère sur le moyen terme une
instabilité du niveau général des prix. L’effet du choc tend à se stabiliser
à long terme confirmant ainsi les hypothèses définies sur les restrictions.
Un choc positif sur les dépenses publiques se traduit sur l’activité
économique, par des effets positifs et négatifs sur toutes les périodes. Ces
effets se manifestent par des phases alternées de hausse ([1, 2], [3, 4], [4,
5], [6, 7]), de baisse ([2, 3], [5, 6], [7, 8]) et de stabilité ([8, 10]). Une
diminution considérable des dépenses publiques entraine un effet récessif
sur l’activité attestant ainsi la transmission rapide des chocs budgétaires.
Ces deux variables ont des effets similaires sur certaines périodes. Ce
résultat est corroboré par le coefficient de corrélation des cycles de ces
deux variables (corr = 0,28) et justifie le caractère pro-cyclique de celles-ci
pour certaines périodes. Un choc budgétaire expansionniste sur la
période [5, 6] n’a pas d’effet significatif sur l’activité économique du fait de
l’improductivité des dépenses. En effet, une bonne allocation des
dépenses (dépenses d’investissement) est susceptible de générer des
répercussions positives sur l’activité économique. Le choc budgétaire
correspond aux contraintes d’identification sur long terme [8, 10] qui
explique la stabilité de la dynamique de l’activité économique, ce qui
illustre les liens qui les unissent sur le court terme.
25
Figure 5 : Fonctions de réponses suite à un choc sur les dépenses publiques
Réponses des variables à un choc sur les dépenses publiques
Réponse des dépenses publiques
Réponse de l'inflation
.05
.1
.04
.0
.03
.02
-.1
.01
-.2
.00
-.01
-.3
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
1
Réponse de l'activité économique
2
3
4
5
6
7
8
9
10
Réponse de la masse monétaire
.015
.004
.010
.000
.005
-.004
.000
-.008
-.005
-.012
-.010
-.016
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
1
26
2
3
4
5
6
7
8
9
10
o Choc sur l’inflation
Un choc positif sur un intervalle de 10 périodes sur l’inflation se traduit
par des effets positifs et négatifs. Les effets positifs concernent juste les
trois premières périodes et ceux négatifs couvrent toutes les autres
périodes. Ce choc d’innovation correspond à une baisse considérable du
niveau général des prix et se transmet instantanément sur l’activité
économique, les dépenses publiques et la masse monétaire. Cette baisse a
un impact social crucial qui se reflète par un gain du pouvoir d’achat de
la monnaie. L’effet se stabilise à partir de la huitième période pour
générer une inflation presque nulle à long terme.
Un choc positif sur l’inflation se traduit sur les dépenses publiques, par
des effets alternés positifs et négatifs sur toutes les périodes. Ces effets se
manifestent par des phases alternées de hausse ([1, 2], [3, 4], [6, 7], [8,
10]) et de baisse ([2, 3], [4, 6], [7, 8]). Une forte allure à la baisse de
l’inflation parfois négative se répercute par une forte fluctuation cyclique
des dépenses publiques sur le court et moyen terme. Les dépenses
publiques sont sensibles à une diminution permanente du niveau des
prix. Ces deux variables sont corrélées, ce qui illustre les liens qui les
unissent sur leur variabilité cyclique (corr = -0,14).
Un choc positif sur l’inflation se traduit par des effets négatifs qui se
reflètent par une forte fluctuation cyclique de l’offre de monnaie sur le
court et moyen terme. En effet, les valeurs tendancielles négatives de
l’offre de monnaie visent un objectif de taux d’inflation annuelle
compatible avec la définition de la BCEAO pour la stabilité des prix. Ces
variations presque irrégulières de l’offre de monnaie montrent l’attention
particulière accordée par la BCEAO à cet objectif. Ce résultat est
corroboré par la valeur du coefficient de corrélation des cycles des deux
variables (corr = -0,01). Il met en évidence le caractère contra-cyclique de
l’offre de monnaie par rapport à l’inflation sur certaines période, ce qui
illustre les liens qui les unissent.
Un choc positif sur l’inflation se transmet sur l’activité économique
instantanément par un effet négatif se reflétant par une tendance à la
27
hausse de l’activité juste pour la période [1, 2]. Une baisse de l’inflation se
répercute au-delà de la deuxième période par la prédominance des effets
néfastes sur l’activité économique dus à la baisse du taux d’investissement.
Autrement dit, ceci pourrait être expliqué par les comportements d’attente
des agents économiques susceptibles de réduire l’investissement et la
consommation face à une montée des taux d’intérêt. Or les investissements
et la consommation demeurent les principaux leviers de la croissance
économique. Une inflation inférieure au seuil de 3% favorise l’épargne et
donc l’investissement pour l’ensemble des pays membres de l’UEMOA mais
celle négative peut avoir des répercussions néfastes sur les variables
macroéconomiques. Ces deux variables sont corrélées, ce qui illustre les
liens qui les unissent concernant la corrélation de leur cycle (corr = -0,102).
En résumé, l’impact d’un choc d’innovation sur l’offre de biens est
globalement compatible avec les enseignements du modèle IS-LM.
28
Figure 6: Fonctions de réponses suite à un choc sur l’inflation
Réponses des variables à un choc de l'inflation
Réponse de l'activité économique
Réponse de l'inflation
.02
2.5
.01
2.0
.00
1.5
1.0
-.01
0.5
-.02
0.0
-.03
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
1
Réponse des dépenses publiques
2
3
4
5
6
7
8
9
10
Réponse de la masse monétaire
.005
-.020
.000
-.025
-.005
-.030
-.010
-.035
-.015
-.040
-.020
-.045
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
1
29
2
3
4
5
6
7
8
9
10
2°) – Décomposition de la variance de l’erreur de prévision
L’étude précédente, basée sur les fonctions de réponses impulsionnelles,
peut être complétée par une analyse de la décomposition de la variance de
l’erreur de prévision. L’objectif est de calculer la contribution de chacune des
innovations à la variance de l’erreur en pourcentage. Quand une innovation
explique une part importante de la variance de l’erreur de prévision, nous en
déduisons que l’économie étudiée est très sensible aux chocs affectant cette
série. Les résultats relatifs à l’étude de la décomposition de la variance sont
reportés dans le tableau en annexe. Ils indiquent que :
o La variance de l’erreur de prévision du produit intérieur brut, est due à
1% à ses propres innovations, 56% aux innovations de l’inflation, 26%
aux innovations de l’offre de monnaie, et à 17% à celles des dépenses.
Elle montre que le niveau général des prix réagit le plus à court,
moyen et long terme. L’offre de monnaie et les dépenses publiques
réagissent également à la variance de l’erreur de prévision de l’activité
économique. Les politiques monétaire et budgétaire sont sensibles aux
chocs affectant l’activité économique. Ces résultats sont conformes à
ceux obtenus sur les fonctions de réponses suite à un choc sur
l’activité économique.
o La variance de l’erreur de prévision de l’inflation est due à 59% à ses
propres innovations, 39% aux innovations de l’offre de monnaie, 1%
aux innovations de l’activité économique et à 1% à celles des dépenses.
Un choc sur l’activité économique a donc plus d’impact sur l’inflation
que l’impact d’un choc de l’inflation en a sur l’activité. A court, moyen
et long terme, ce choc se répercute plus sur l’offre de monnaie. En
effet, cette réaction de la politique monétaire vise un objectif de taux
d’inflation annuelle compatible avec la définition de la BCEAO pour la
stabilité des prix. Elle justifie toute l’attention particulière accordée
par la BCEAO à cet objectif. La réaction modeste des dépenses
publiques est liée par les multiples interventions de l’Etat pour
subventionner la flambée des prix des denrées de premières nécessités
susceptible de réduire le pouvoir d’achat des populations à revenus
30
faibles. Il confirme également la thèse de Wagner19 qui milite pour
l’accroissement de l’intervention de l’Etat dans l’économie.
o La variance de l’erreur de prévision des dépenses publiques est due à
75% à ses propres innovations, 13% aux innovations de l’inflation, 7%
aux innovations de l’offre de monnaie et à 5% à celles de l’inflation. Ce
résultat est conforme à celui obtenu sur les fonctions de réponses
suite à un choc sur les dépenses publiques. A court et à long terme,
un choc sur les dépenses publiques influence donc plus l’inflation que
l’offre de monnaie et l’activité. Il révèle également qu’un choc sur
l’activité économique a donc plus d’impact sur les dépenses publiques
que l’impact d’un choc des dépenses en a sur l’activité. Ce résultat est
corroboré par Dufrénot et al. (2007) qui soutiennent que « la relation
entre l’ajustement budgétaire et la croissance est à double sens de
causalité. D’une part, l’insuffisante accumulation du capital public et sa
faible productivité expliquent les mauvaises performances en termes de
croissance. D’autre part, l’activité économique elle-même amène les
gouvernements à ajuster leurs dépenses, ce qui peut entrainer un cercle
vertueux ou au contraire vicieux en fonction des catégories de dépenses
sur lesquelles portent l’ajustement »
o La variance de l’erreur de prévision de l’offre de monnaie est due à
10% à ses propres innovations, 78% aux innovations de l’activité
économique, 11% aux innovations de l’inflation et à 1% à celles des
dépenses publiques. L’offre de monnaie influence donc fortement
l’activité économique en révélant qu’un choc sur la politique monétaire
a donc plus d’impact sur l’activité économique que l’impact d’un choc
de l’activité économique en a sur la politique monétaire. Ce résultat
contraste avec l’argument des monétaristes qui estiment qu’à long
terme, la politique monétaire n’a pas de réel impact sur l’activité
économique, son impact demeure inflationniste. L’ampleur de la
variance de l’erreur de l’inflation justifie la corrélation liant celle-ci
19
L’économiste allemand du nom de Adolphe WAGNER formule une loi connue sous le nom de « loi de
wagner » visant à plaider pour une intervention de plus en plus de l’Etat dans l’économie.
31
avec la politique monétaire tandis que les dépenses publiques
réagissent faiblement à court, moyen et long terme au choc sur l’offre
de monétaire.
A l’issu du diagnostic des simulations réalisées sur les variables du produit
intérieur brut, de la masse monétaire, des dépenses publiques et de
l’inflation, nous en déduisons les conclusions suivantes :
l’impact d’un choc d’innovation affectant les variables monétaire et
budgétaire ont beaucoup plus d’impact sur l’activité économique.
L’économie sénégalaise reste donc très sensible au choc affectant ces
variables. L’impact d’un choc d’innovation affectant les dépenses
publiques par contre est plus significatif suivant l’ordre d’importance
de la variance de l’erreur de prévision. Celui de l’inflation vient en
deuxième position, l’offre de monnaie vient en troisième position et
enfin l’activité économique vient en dernière position. La politique
monétaire réagit plus que la politique budgétaire à un choc
d’innovation affectant l’activité économique du fait de la forte
dépendance des dépenses publiques aux aides extérieures. A ce
propos, Dufrénot et al. (2007) soutiennent que « l’importance de
l’économie informelle, le niveau bas des taux d’épargne publics et la
faiblesse des recettes fiscales sont à l’origine des difficultés à mobiliser
les ressources nécessaires pour financer les dépenses publiques »
Les chocs affectant les variables monétaire et budgétaire ainsi que le
niveau général des prix constituent la principale source de fluctuations de
l’économie sénégalaise dans le court, moyen et long terme. Autrement dit,
le produit intérieur brut réagit suite aux chocs sur ces variables. La
politique monétaire est corrélée avec l’inflation à court, moyen et long
terme conformément à ses objectifs de stabilité des prix du fait qu’elle
réagit plus suite à des chocs d’innovations sur l’inflation susceptibles de
rétrécir singulièrement son efficacité. La réaction de la politique
monétaire à un choc d’innovation sur le niveau des prix est corroborée
par les études de la BCEAO. Celles-ci soutiennent que les chocs
32
d’innovations sur l’inflation ont des répercussions directes sur le crédit
intérieur20.
Conclusion
L’objet de ce chapitre était d’analyse la sensibilité de l’activité économique
aux chocs monétaire et budgétaire au Sénégal, en se basant uniquement sur
l’analyse des indicateurs macroéconomiques. Pour analyser la sensibilité de
l’activité économique à la gestion des politiques monétaire et budgétaire,
nous avons utilisé une méthode d’extraction des cycles de l’activité réelle, de
l’inflation, des variables monétaires et budgétaires et étudié la coordination
des différents cycles dans le temps. Pour analyser la transmission des chocs
au Sénégal, nous avons employé une méthodologie SVAR standard qui met
ainsi en évidence les réponses des impulsions entre les variables. En termes
d’analyse des politiques macroéconomiques au Sénégal, compte tenu des
objectifs définis pour chaque politique, les résultats montrent que la
politique monétaire a plutôt bien rempli ses objectifs de stabilité des prix
après l’institution de la procédure de surveillance multilatérale et est restée
neutre vis-à-vis de l’activité économique, tandis que la politique budgétaire a
été déficitaire dans ce sens. Le respect des critères de convergence en
matière budgétaire n’est pas réussi malgré la mise en place des dispositifs
communs imposant une certaine discipline budgétaire aux pays membre (le
Pacte de Convergence, de Stabilité et de Croissance). En effet, ce résultat
laisse supposer que le Sénégal doit davantage miser sur la politique
budgétaire pour la rendre crédible dans le but de propulser l’activité
économique en réduisant les dépenses publiques non productive pour ne
pas accentuer le déficit budgétaire et en promouvant le développement du
secteur privé. Il ressort de l’analyse de la décomposition de la variance de
l’erreur que l’activité économique est très élastique aux fluctuations des
variables monétaire et budgétaire. Les résultats de l’analyse de la causalité à
la Granger révèlent le caractère exogène des politiques monétaire et
budgétaire. Ils montrent que l’évolution de la tendance des politiques
20
Notes d’Information et Statistiques, mars 2001, N°512, p. 4.
33
monétaire et budgétaire ne peut être influencée par les valeurs passées de
l’activité économique ou du niveau des prix. L’analyse des réponses
impulsionnelle
montrent
que
les
délais
de
transmission
des
chocs
d’innovation monétaire et budgétaire ont un effet direct sur l’activité
économique. Autrement dit, il y a peu de temps nécessaire pour que les
changements de politiques monétaire et budgétaire puissent agir sur
l’activité économique. L’économie demeure fortement tributaire des chocs
d’innovation affectant ces variables. Elles révèlent également que la politique
monétaire réagit aux chocs affectant les dépenses publiques et l’inflation.
Ainsi, l’influence de la politique monétaire sur la politique budgétaire
pourrait se justifier par une compensation des effets des variables
budgétaires
susceptibles
de
contrecarrer
l’efficacité
des
instruments
monétaires. L’analyse des chocs d’innovation entre les variables donnent
ainsi fortement à penser que les impulsions des variables principales ont des
retombées importantes sur la crédibilité des politiques monétaire et
budgétaire. De même, l’absence de relation de cointégration révèle qu’il
n’existe pas une relation d’équilibre à long terme entre les politiques
monétaire et budgétaire et l’activité économique, ce qui prouve que les
stabilisateurs automatiques au Sénégal semblent être très faibles ou
inexistants. Ce résultat montre que les déséquilibres causés par les chocs au
niveau des variables des politiques monétaire et budgétaire tardent à se
compenser,
ce
qui
explique
la
persistance
des
impulsions
et
de
l’affaiblissement de l’effet de ces politiques.
L’impact significatif des chocs du produit intérieur brut, de l’inflation et de la
masse monétaire sur les dépenses publiques, mis en évidence par l’analyse
des réponses impulsionnelle et celle de la décomposition des variances de
l’erreur donne ainsi à penser que l’ajustement budgétaire semble se faire
principalement à partir de la composante dépense des budgets publics. Ce
résultat, au demeurant non surprenant, corrobore les conclusions obtenues
par différentes études montrant par exemple que certains pays de l’UEMOA
34
butent sur la collecte des recettes fiscales (Chambas, 2005)21 ou que les
efforts de convergence relativement importants à propos de certaines
dépenses publiques demeurent faibles dans le cas des recettes.
Les effets des politiques monétaire et budgétaire sur l’activité économique
demeurent soumis à des sources d’incertitude liées aux chocs imprévisibles
émanant de l’extérieur. Ce type d’incertitude, très globale, doit permettre aux
autorités monétaire et budgétaire de mettre en place un cadre à court,
moyen et long terme adéquat pour une combinaison optimale des politiques
monétaire et budgétaire qui peut garantir l’atténuation des fluctuations
conjoncturelles de l’économie sénégalaise. Cela signifie que la BCEAO
prendra des mesures d’une part, pour que l’inflation ne s’écarte pas trop du
critère de convergence de l’UEMOA en matière de prix, qui est de 3,0% et que
le gouvernement du Sénégal veille à une meilleure allocation des ressources
vers
des
dépenses
productives
susceptibles
d’assurer
une
viabilité
macroéconomique (Dufrénot et al.(2007), à une baisse du ratio de sa dette
au PIB, à des soldes budgétaires de base, primaire et conventionnel positif.
D’autre part, elle doit aspirer à redonner aux taux d’intérêt leur qualité de
signaux de rareté relative de fonds prêtables, ce qui nécessite la poursuite de
l’approfondissement du marché financier, devant se traduire par l’essor des
placements financiers des ménages (Nubukpo, 2003). Ainsi, l’étude de la
vulnérabilité des politiques monétaires et budgétaire aux chocs exogènes qui
fera l’objet du prochain chapitre IV demeure primordiale afin de jauger les
effets bénéfiques de ces politiques sur l’inflation, l’activité économique et le
développement économique.
21
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