
Septembre 2009 Conjoncture 18
Face à l’ampleur de la crise bancaire, l’Etat est
intervenu massivement, le coût du sauvetage du
système financier dépassant 25% du PIB, mais sans
détérioration majeure des comptes publics. Soutenue
par le Fonds Monétaire International et la Banque
Mondiale, la stratégie des autorités chiliennes s’est
centrée sur le renforcement de la régulation bancaire,
un programme de réduction du service de dette du
secteur privé non financier et un renflouement du
système financier à travers la reprise d’actifs bancaires
par la banque centrale et la recapitalisation des
banques.
Le maintien d’une politique budgétaire restrictive a
plongé l’économie chilienne dans une dépression plus
sévère que dans les principaux pays de la région avec
un effondrement du PIB réel de 16% en 1982-83 (contre
-3% au niveau régional) et le quasi-doublement du taux
de chômage officiel à 20%.
…requérant une approche économique plus
pragmatique couronnée de succès…
Suite à l’échec de la politique de change fixe, les
autorités chiliennes ont opté pour une politique
délibérée de taux de change réel compétitif en
élargissant progressivement la bande de fluctuation du
peso par rapport au dollar. La politique de change a
donc été, notamment de 1983 à 1989, un instrument
décisif du processus de réallocation des ressources
vers les secteurs exposés.
Cette stratégie, conjuguée à la levée des taxes sur
les exportations, la signature de nombreux accords
commerciaux bilatéraux et la baisse des salaires réels
favorable à la compétitivité des exportations, a facilité et
accompagné l’insertion internationale du Chili.
L’« offensive exportatrice » a consisté en une diversi-
fication progressive des exportations en termes de
débouchés (des marchés traditionnels européen et
nord-américain vers l’Asie) et de produits.
Tout en continuant à valoriser la manne cuprifère, le
choix d’axer la spécialisation sur le secteur agricole et
agro-industriel (aquaculture, sylviculture, fruits,
viticulture,…) intensif en main d’œuvre a dégagé des
effets d’entraînement sur le reste de l’économie, et
permis d’affranchir quelque peu celle-ci vis-à-vis de la
mono dépendance au cuivre(2). Après la récession de
1982-83, le secteur agricole a bénéficié d’une plus
grande protection que le reste de l’économie et d’une
politique fiscale avantageuse. Le processus de re-
privatisation des entreprises et des banques a repris à
partir de 1984. Parallèlement, les droits de douane,
relevés en 1983, ont été progressivement réduits de
1985 à 1988.
Tirant enseignement de l’échec de la libéralisation
du compte de capital en partie à l’origine de la crise de
1982, les autorités chiliennes ont adopté une approche
graduelle en matière de contrôle des capitaux,
globalement plus restrictif sur les sorties que sur les
entrées de capitaux au cours des années 1980.
A partir de 1987, la stabilisation macroéconomique
et financière a autorisé la banque centrale à réintroduire
un mécanisme de pilotage indirect de la politique
monétaire via des opérations d’open market à travers
l’émission d’instruments financiers indexés(3). La banque
centrale est devenue statutairement indépendante en
1989 avec pour mandat de préserver la stabilité de la
monnaie et le bon fonctionnement du système de
paiements domestique et externe, assorti de préro-
gatives étendues en termes de politiques monétaire,
financière et de change. Sur fond de regain d’inflation
généré par une surchauffe économique et des tensions
sur les prix du pétrole associées à la guerre du Golfe, la
banque centrale a adopté une cible d’inflation annuelle
comme ancrage nominal avec un objectif de long terme
fixé à 3%.
…sans pour autant réduire la « dette sociale »
accumulée par le régime militaire
Même si après sa période dite « répressive » et
socialement « régressive », le régime militaire a eu, à
partir de 1984-85, une « politique sociale » ayant permis
des avancées dans certains domaines (retraites privées,
éducation, mortalité, notamment infantile, espérance de
vie), d’autres ont été largement négligés. Le système
privé de santé disposait ainsi en 1988 de 52% des
ressources financières disponibles pour couvrir
seulement 16% de la population. A la fin des années
1980, les dépenses sociales par habitant étaient
inférieures de 20% à leur niveau de 1970.
Au cours des années 1980, le niveau moyen des
salaires réels a chuté de plus de 6% pendant que la