
202 Revue Médicale Suisse
–
www.revmed.ch
–
25 janvier 2012 Revue Médicale Suisse
–
www.revmed.ch
–
25 janvier 2012 0
«Ici plus qu’ailleurs, il
est important d’utiliser l’observation
dans le temps.»
1
«I don’t know why you say that
making a diagnosis is the most
important thing a doctor does.
As a general practitioner I hardly ever
make a diagnosis.»
2
docteur, je prends du poids
Après s’être assuré qu’il ne s’agit pas
d’une rétention hydrosodée (insuffisance
cardiaque, hépatopathie, carcinose périto-
néale, syndrome néphrotique), se pose la
question d’une étiologie spécifique à la prise
de poids. Les causes endocrines de prise
pondérale chez l’adulte sont l’hypothyroïdie
(rarement l’hyperthyroïdie peut s’accompa-
gner d’une prise pondérale) et un exception-
nel syndrome de Cushing.
Faut-il doser une TSH
(thyréostimuline) chez tous
les patients obèses ?
Le dosage de la TSH permet d’exclure
une dysthyroïdie mais il sera le plus souvent
normal. En dosant la TSH chez tous les pa-
tients obèses, le médecin découvrira certes
quelques hypothyroïdies franches mais il va
surtout se retrouver, dans environ 10% des
cas, avec une TSH à peine augmentée (4 à
10 mU/l). Ce faible degré d’hypothyroïdie
ne joue aucun rôle dans la prise pondérale
mais pose par contre la question de l’indi-
cation à un traitement substitutif. En pra-
tique, il est difficile de renoncer au dosage
de la TSH, la maladie étant traitable et le
test simple (avec la limite de découvrir sur-
tout des hypothyroïdies subcliniques).
Et chez qui suspecter un syndrome
de Cushing ?
Pour ce qui est du syndrome de Cushing,
la question des faux positifs est nettement
plus problématique compte tenu de la forte
prévalence de l’obésité primaire et de la ra-
reté du diagnostic de Cushing. En admet-
tant même une spécificité de 99%, tester
100 000 obèses pour trouver un syndrome
de Cushing aboutirait à presque 1000 ré-
sultats faussement positifs (valeur prédic-
tive positive de seulement 0,1%). Il faut ré-
server la recherche d’un Cushing (test de
suppression avec 1 mg de dexaméthasone,
cortisol salivaire à 23 h, cortisolurie de 24 h)
aux patients qui présentent plusieurs signes
compatibles (vergetures pourpres, fragilité
cutanée, pléthore faciale, amyotrophie, cli-
nique d’installation récente).
docteur, je transpire 3
La transpiration est le mécanisme physio-
logique principal qui permet la dissipation
de la chaleur produite par le métabolisme.
La transpiration excessive est difficile à dé-
finir ou à mesurer. Des sudations nocturnes
sont considérées comme un marqueur de
transpiration anormale. La répercussion
fonctionnelle des sudations est souvent le
critère définissant leur anomalie chez un
patient donné. Dans la vaste majorité des
cas, il s’agira de sudations idiopathiques (y
compris lors de sudations nocturnes) ou
d’hyperhydrose primaire.
Dans quels cas suspecter
une hyper hydrose primaire ?
En présence de transpiration symétrique
localisée (palmo-plantaire, axillaire, visage
et cuir chevelu), surtout si la symptomatolo-
gie a commencé vers l’adolescence, une
hyperhydrose primaire est quasi certaine.
Elle est majorée par les situations physiolo-
giques (activité physique, stress émotionnel)
et prédomine donc la journée. Des sudations
évoluant depuis plus de deux ans sans ap-
parition d’autres symptômes sont quasi cer-
tainement idiopathiques.
Dans quels cas faut-il suspecter
une étiologie secondaire ?
S’il existe des symptômes associés (fi-
gure 1), une prise de médicaments ou si les
sudations sont nocturnes et généralisées, il
convient de se poser la question d’une étio-
logie sous-jacente mais, même dans ce cas
de figure, il s’agira, le plus souvent, de suda-
tions idiopathiques ou de symptômes clima-
tériques. La présence d’un état fébrile ou
d’une perte pondérale doit alerter le clinicien.
Quelles sont les causes endocrines
de sudations ?
La périménopause est certainement la
cause identifiable la plus fréquente. En
gros, la moitié des femmes présentent des
symptômes climatériques plus ou moins
gênants. De ces femmes symptomatiques,
la moitié va décrire des sudations exces-
sives et l’autre moitié des bouffées de cha-
leur. En moyenne, ces symptômes appa-
raissent quatre ans avant l’arrêt des règles
et ont tendance à s’estomper sur les années
qui suivent.
Les sudations de l’hyperthyroïdie s’ac-
compagnent d’autres symptômes (perte de
poids, tremblements, palpitations, anxiété).
L’hypogonadisme chez l’homme (insuffi-
sance testiculaire, castration pour cancer de
la prostate…) peut causer des sudations et
des bouffées de chaleur florides.
Le syndrome carcinoïde est rare. Les pa-
tients présentent des épisodes de «flush»
et quasiment toujours des diarrhées asso-
ciées.
L’hypoglycémie (y penser après un by-pass
pour chirurgie bariatrique) s’accompagne de
malaise et de symptômes adrénergiques.
Finalement, on peut évoquer un phéochro-
mocytome en présence d’une triade symp-
tomatique (céphalées, sudations froides,
palpitations) dans un contexte d’hyperten-
sion artérielle. Le plus souvent, il s’agira de
manifestations anxieuses avec un «pic hyper-
tensif» secondaire à l’anxiété ou aux cépha-
lées sans phéochromocytome.
Et les autres causes de sudations ?
(tableau 1)
En dehors des causes médicamenteuses,
elles sont très rares. Le reflux gastro-œso-
phagien a été identifié comme une cause
fréquente de sudations justifiant pour cer-
tains auteurs un traitement d’épreuve de
deux mois par IPP.
Quel bilan paraclinique ?
(fig ur e 1)
A moins qu’une hyperhydrose primaire
soit clairement identifiée, on peut proposer
un bilan sanguin avec TSH, FSC et CRP.
Fatigue, prise de poids,
sudations : est-ce les
hormones, docteur ?
Quadrimed 2012
M. Procopiou
Dr Michel Procopiou
Faubourg de l’Hôpital 81
2000 Neuchâtel
Rev Med Suisse 2012 ; 8 : 202-6
58_62_36179.indd 1 19.01.12 07:00