
loppement de l’autoimmunité, puisque la castration des souris
NOD mâles augmente l’incidence du diabète [12]. Il semble
donc que dans de nombreux modèles expérimentaux les andro-
gènes, et notamment la testostérone, auraient un effet protecteur.
La DHEA a été également décrite comme étant capable d’in-
fluencer la réponse immunitaire invivo.Son taux diminue au
cours du vieillissement et l’administration de DHEA est capable
de restaurer une réponse anticorps normale chez des souris
âgées [7]. Son mode d’action sur le système immunitaire n’est
pas connu, des effets contradictoires ont été décrits notamment
sur la régulation de la balance Th1/Th2 [15]. Il a été suggéré
qu’elle pourrait agir en modulant l’expression de cytokines
proinflammatoires. En effet, comme pour la testostérone, l’ad-
ministration de DHEA peut avoir des effets bénéfiques dans le
traitement de maladies autoimmunes comme l’EAE chez la sou-
ris [8, 23]. Une étude clinique en double aveugle a montré que
l’administration de DHEA à des femmes atteintes de LED amé-
liorait les signes cliniques de la maladie par rapport au groupe
placebo [5].
2- Effets des androgènes sur la régulation de l’expression des
molécules impliquées dans le processus pathologique au
niveau du tissu cible
Chez des patients atteints de thyroïdite autoimmune (maladie de
Graves), il a été récemment montré que les thyrocytes expri-
maient le récepteur au fragment Fc des immunoglobulines
(FcγRIIB2) contrairement aux thyrocytes de sujets sains. Ces
récepteurs, qui sont normalement exprimés sur les CPAs tels
que les macrophages et les cellules dendritiques, jouent un rôle
important dans les processus d’internalisation et de dégradation
des complexes immuns Ag-IgG, favorisant ainsi la présentation
des complexes antigéniques CMH classe II-peptide aux lym-
phocytes T CD4. De façon très intéressante, l’expression de ce
récepteur était inhibée par la dihydrotestostérone, mais pas par
l’œstradiol. Il est connu que les molécules HLA de classe II,
ainsi que certaines molécules de costimulation, sont exprimées
par les thyrocytes de patients atteints de maladie de Graves.
Cela les rendraient alors capables de présenter efficacement
l’autoantigène aux lymphocytes T, notamment lorsqu’il est
internalisé sous forme de complexe immun par le FcγRIIB2. Les
androgènes, en régulant négativement l’expression de ces récep-
teurs Fcg, inhiberaient le déclenchement d’une réponse immu-
nitaire anormale dirigée contre les constituants du soi. Ces résul-
tats qui relancent le rôle des cellules de la thyroïde dans le pro-
cessus auto-immun pourraient également expliquer pourquoi
certaines maladies auto-immunes de la glande thyroïde affectent
sept fois moins les hommes que les femmes. Cependant, il
n’existe pas de données expérimentales ou cliniques montrant
qu’un déficit androgénique pourrait être associé à la surexpres-
sion de cette molécule au niveau du tissu cible et à la survenue
de l’autoimmunité.
Un effet spécifique d’organe des androgènes a également été
décrit chez la souris NOD. Il a été montré que les androgènes
endogènes influençaient l’hypertrophie des îlots de Langerhans
du pancréas [18, 19]. La castration des mâles, qui les rend plus
susceptible au développement du diabète [11], conduisait à la
formation d’îlots de Langerhans de grande taille. Ces “méga-
îlots“ se caractérisaient par de nombreux infiltrats de cellules
dendritiques, similaires à ceux observés chez les souris NOD
femelles normales. Comme nous l’avons vu précédemment, les
cellules dendritiques sont des cellules présentatrices de l’Ag
dites professionnelles, particulièrement efficaces dans l’activa-
tion des lymphocytes T. Elles seraient donc impliquées dans
l’initiation de la réponse autoimmune. Ces données, avec d’aut-
res, suggèrent que la prédisposition liée au sexe dans le déve-
loppement du diabète autoimmun chez la souris NOD serait due
àl’effet des hormones stéroïdes non seulement sur les cellules
du système immunitaire [2], mais également sur le tissu cible,
en l’occurrence ici les îlots de Langerhans [18].
II. CONCLUSION
Les androgènes semblent exercer principalement des effets
inhibiteurs sur la réponse immune en général et l’autoim-
munité en particulier par des mécanismes agissant directe-
ment sur des cellules du système immunitaire ou sur certains
organes cibles. Ces observations suggèrent qu’un déficit
androgénique pourrait être associé à l’apparition de mani-
festations immunopathologiques. Ainsi une étude clinique
chez l’homme a montré que le taux sérique de testostérone
était plus faible chez les patients atteints de PR que chez des
sujets normaux ou chez des patients atteints de spondylar-
thrite ankylosante [20]. Pour une autre maladie autoimmu-
ne, la myasthénie, qui est due à la production d’auto-anti-
corps dirigés contre le récepteur à l’acétylcholine et qui tou-
che préférentiellement les femmes jeunes, il est connu
qu‘elle apparaît chez les hommes de préférence après 40
ans. Cependant il n’existe pas à notreconnaissance d’étude
montrant que la survenue de cette maladie chez l’homme
était due à un déficit en androgènes. Il est cependant peu
vraisemblable qu’une baisse du taux d’androgènes soit à elle
seule responsable de la survenue de certaines pathologies
autoimmunes chez l’homme, étant donné l’importance de
nombreux autres facteurs environnementaux, génétiques et
immunologiques dans leur étiologie. Les interactions entre
système endocrinien et système immunitaire sont d’une for-
midable complexité, à laquelle s’ajoute une littérature sou-
vent confuse et discordante. Avec les souris invalidées pour
les différentes familles de récepteurs aux hormones stéroïdes
nous possédons aujourd’hui les outils moléculaires qui per-
mettront d’apporter des réponses nouvelles à de vieilles
questions qui demeurent d’une importance capitale en
physiopathologie humaine.
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