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beaucoup selon la méthode retenue pour l’évaluer (Schneider et Enste 2000).
À titre d’exemple, Mirus, Smith et Karleoff(1994) ont évalué l’importance de
l’économie souterraine au Canada à 27 % du PIB en 1990, soit une dépense an-
nuelle de près de 18 000 $ par ménage. Selon ces chiffres, l’économie souterraine
au Canada correspondait en 1995 à près de 70 % de l’économie du Québec. Leur
évaluation se fonde sur l’approche monétaire. Il s’agit d’une méthode indirecte et
de nature macroéconomique. L’idée de base est de supposer que les transactions
au noir sont réglées en argent liquide. Ainsi, la hausse au cours des années de la
demande d’argent liquide en fonction de variables telles que les taux de taxation
sert à évaluer la croissance de l’économie souterraine.
Par ailleurs, utilisant aussi une méthode macroéconomique, soit le modèle à
variables latentes, Giles et Tedds (2002) concluent que l’économie souterraine
aurait atteint 15 % du PIB au milieu des années 1990, soit une dépense annuelle
moyenne par ménage de 11 000 $. Selon cette approche, on estime un modèle
complexe qui fait le lien entre des variables explicatives de l’économie souter-
raine et certains indicateurs (observables) de cette économie. En imposant une
règle de normalisation et en fixant la taille de l’économie souterraine à une valeur
spécifique pour une année de base, il devient possible de prédire son évolution sur
toute la période à l’étude.
À partir d’une autre approche fondée sur une analyse détaillée des comptes
nationaux et sur la base d’hypothèses imposant des bornes supérieures à l’impor-
tance relative de l’économie souterraine pour chacune des dépenses recensées,
Gervais (1994) en arrive à la conclusion que l’économie souterraine au Canada ne
pouvait excéder 5% du PIB en 1992.
Enfin, Fortin et al. (1996) ont réalisé une enquête-ménages auprès de près
de 5 000 individus pour évaluer la taille de l’économie souterraine au Québec.
Contrairement aux approches précédentes, il s’agit d’une approche directe de na-
ture microéconomique. Selon leurs résultats, l’économie souterraine, ajustée pour
tenir compte de l’économie criminelle, se situait à moins de 3% du PIB au Qué-
bec en 1993, soit environ 2 000 $ par ménage. Selon ces auteurs, cette mesure
constitue probablement une borne inférieure à l’ampleur du phénomène.
De cette brève recension de la littérature pour la période d’après 1990, on
peut en conclure que les évaluations de l’économie souterraine au Canada et/ou
au Québec varient entre 3% et 27% selon les méthodes utilisées et les années re-
tenues. Cette variance très élevée des résultats rend ceux-ci très difficiles à utiliser
à des fins analytiques. Il importe donc de mettre en oeuvre de nouvelles méthodes
d’estimation plus adéquates et permettant de réduire la variabilité des mesures
obtenues jusqu’ici. Cet article vise cet objectif. Nous adoptons une approche ré-
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