L`expérience coréenne et le développement économique de l`Afrique

L’expérience coréenne et
le développement économique de
l’Afrique
Sous la direction de Ji Hong Kim
Professeur à la KDI School
Ce document est un pr
ojet préliminaire qui sera présenté lors de la Conférence
développement de l’Afrique
cinq ans après le tournant du XXI
ème
siècle, qui aura lieu à
Tunis, Tunisie du 22 au 24 novembre 2006.
L’expérience coréenne et le développement économique de
l’Afrique
1.
Introduction
1.1 Introduction
Dura
nt les premières années de son développement économique dans les
années 1960
, la
Corée s
’est
caractéris
é
e par un important réservoir de travailleurs sans emploi ou sous
-
employés
ainsi que par une accumulation de capital ou une technologie insuffisantes.
Ju
squ’en 1961, les
conditions économiques en Corée s’apparent
ai
ent à celles de la plupart des pays en
développement pauvres en ressources et économiquement
faibles. La population affichait
un
taux de croissance annuel de 3
% et le chômage
était
largement rép
andu.
En
1961, le PIB par
habitant n’était
que de 82 dollars et le niveau d’épargne des ménages coréens
était
extrêmement
faible. Avec seulement 43 millions de dollars, les exportations
étaient
quantité négligeable et le
pays affiche un déficit chronique d
e la balance des paiements depuis son accession à
l’indépendance en 1948.
Malgré ces conditions déplorables, la Corée a connu un développement économique
remarquable ces trois dernières décennies.
En 2005, le PIB par habitant du pays s’élève à 16
300
dollars tandis que le volume total des échanges atteint près de 289 milliards de dollars.
Quant à
la part du secteur manufacturier dans le PIB, elle
est
pass
é
e de 14
% en 1961 à 28
% en 2005
alors que celle de l’agriculture, de l’industrie forestière et de
la pêche
a reculé
de 37
% à 3,5
%
durant la même période.
Après 1965, la Corée
est
pass
é
e progressivement du statut d’économie
agraire pauvre avec un excédent de main
-
d’œuvre à une économie axée sur les exportations,
spécialisée au départ dans l’industrie
manufacturière de main
-
d’œuvre puis dans les produits
manufacturés nécessitant beaucoup de capitaux et de compétences.
Grâce à ce développement
rapide, la Corée est aujourd’hui reconnue comme pays membre de l’OCDE.
Aux premiers stades de son développ
ement économique, la Corée a
eu
le choix entre deux
méthodes de développement.
La première consistait
à continuer d’appliquer une stratégie de
substitution des importations, très en vogue à l’époque dans les pays en développement.
La
seconde consistait
à a
dopter une stratégie de développement axée sur l’extérieur et favorisant la
promotion des échanges commerciaux.
Pour engranger des devises et pallier l’insuffisance de ses
ressources naturelles et l’étroitesse de son marché intérieu
r, le gouvernement corée
n adopta
la
seconde stratégie.
Le principe même de cette stratégie de développement tournée sur l’extérieur
adoptée au début des
années 1960
était
la promotion des exportations de produits manufacturés
nécessitant une main
-
d’œuvre importante, un domaine da
ns lequel la Corée a
vait
un avantage
comparatif.
Le gouvernement coréen mi
t en place des politiques
industrielles fermes et intervi
nt
massivement, instaurant des relations étroites entre l’Etat et le
s
milieu
x d’
affaires.
Cependant,
les politiques de discr
imination menées par le gouvernement repos
aie
nt sur le critère de
performance explicite des exportations.
La transformation de la structure industrielle de
l’économie coréenne a été un succès tant au niveau de l’amplitude que de la profondeur.
Le
processus
de développement de la Corée est riche d’enseignements pour les autres économies en
développement et les pays moins développés.
En particulier, la façon dont la Corée utilise les
technologies et les capitaux étrangers en accumulant du savoir
-
faire dans le
pays peut
s’appliquer à de nombreuses économies africaines.
Le processus d’industrialisation de la Corée n’a cependant pas toujours été sans heurts.
Il y a
eu des périodes de forte inflation et d’importants revers économiques.
Durant les premiers sta
des
de développement économique, le manque de devises a représenté la contrainte la plus lourde,
surtout parce que l’aide étrangère était appelée à cesser un jour ou l’autre.
É
conomie agraire, la
Corée ayant opté pour une stratégie de croissance axée sur l
es exportations pour engranger des
devises est devenue plus vulnérable aux vicissitudes de l’environnement international.
Mais,
étant un petit pays, la Corée n’a pas eu d’autre choix que de s’adapter à l’environnement
international.
Cette adaptation à l’en
vironnement international ainsi que les problèmes de
balance des paiements constituent depuis lors un sujet permanent de préoccupation pour le
gouvernement coréen.
Le modèle coréen a toutefois ses limites, surtout à l’ère de la mondialisation et des
chan
gements technologiques rapides.
La crise financière de 1997 démontre les limites du
paradigme de la croissance régie par la production.
Bien que la concurrence des derniers arrivés
ait poussé la Corée sur la pente ascendante, le pays n’a pas su saisir l’oc
casion de réformer son
système économique dans les
années 1990
.
L’ancien cadre politique et institutionnel qui avait
alimenté la forte croissance s’est transformé en goulet d’étranglement pour une croissance
économique durable dans un nouvel environnement
économique.
Le pays a payé le prix fort pour
avoir retardé les réformes.
En restructurant en profondeur les secteurs en difficulté des
entreprises et de la finance, la Corée a consenti un nouvel effort pour rénover tout son système
économique en réformant
le secteur public et le marché du travail.
L’expérience de la Corée en
matière de gestion des crises et des réformes est riche d’enseignements à tirer pour les autres
pays en développement.
Les crises économiques peuvent être évitées et surmontées grâce au
x
efforts concertés du gouvernement et de la population.
Après la crise économique, des efforts ont été consentis sur le plan politique pour transformer
la Corée en une économie fondée sur le savoir, où l’innovation est encouragée, améliorant la
produc
tivité globale et soutenant ainsi la croissance économique.
La mise en œuvre de la
nouvelle stratégie de croissance de la Corée a pris appui sur les quatre piliers de l’économie de
savoir
:
le cadre macroéconomique, l’infrastructure
de l'information
, le dé
veloppement des
ressources humaines et le système d’innovation.
L’objectif premier du présent exposé est d’expliquer les réponses de l’économie coréenne
face aux risques et opportunités prévisibles ou imprévisibles du développement économique
rapide qu
i pourraient être utiles aux économies africaines.
En premier lieu, nous évoquerons la
croissance économique rapide et la transformation structurelle de l’économie coréenne.
En
second lieu, nous aborderons brièvement l’historique de l’interaction de la Cor
ée avec
l’économie mondiale durant les quatre dernières décennies.
En troisième lieu, nous examinerons
les p
rincipales politiques liées à un
environnement international
qui comprend
le commerce
international, les marchés financiers et les marchés des matiè
res premières.
En quatrième lieu,
notre conclusion résumera les enseignements à tirer de l’expérience coréenne.
<Graphique 1> Evolution de la croissance de l’économie coréenne
7
Plans de développement
économique quinquennaux
2003
1980
1962
1970
1995
5000
10
000
67
87
11
432
7355
1953
PNB par habitant
(USD)
1990
1945
12
646
100
(1964)
1000
(1977)
1998
Bond en avant
Libération
(1945)
Guerre de Corée
(1950~53)
Adhésion à l’OCDE
(1996)
Crise financière
(1997)
2.
Évocation du processus de développement de la Corée
1
La trans
formation industrielle de la Corée et l’augmentation parallèle de ses revenus sont le
fruit des processus d’apprentissage intensifs dans lesquels la constitution d’un savoir
technologique et le développement des ressources humaines ont joué un rôle détermi
nant.
Un
autre aspect distinctif du processus d’industrialisation de la Corée est le rôle actif joué par le
gouvernement qui est intervenu sur le marché pour amorcer la grande transformation.
Rétrospectivement, le gouvernement semble avoir eu le choix entr
e plusieurs voies au début de
la grande marche vers la modernisation de l’économie traditionnelle et les stratégies de
développement adoptées par le pays font débat.
Par exemple, l’intervention du gouvernement sur
le marché pour mobiliser des ressources en
vue de promouvoir
l’industrie lourde et chimique
dans les
années 1970
a apparemment faussé le mécanisme du marché, rendant l’allocation des
ressources statique et inefficace.
Ces industries deviennent pourtant aujourd’hui les moteurs de
la croissance de l
’économie coréenne, ce qui montre que l’intervention de l’Etat a engendré des
avantages comparatifs dynamiques.
L’industrialisation de l’économie coréenne depuis les
années 1960
ne se résume pas à un
simple processus d’accumulation du capital. Elle témo
igne également des nombreux succès
remportés et échecs essuyés par des entrepreneurs qui ont osé prendre des risques, des efforts
méticuleux de formation de la main
-
d’œuvre et des tentatives et erreurs du gouvernement pour
créer un environnement adéquat po
ur les affaires.
Le processus de développement de la Corée
peut être divisé en trois phases
: (1) une première phase privilégiant les facteurs dans les
années
1960
et
19
70; (2) une deuxième phase centrée sur les investissements dans les
années 1980
et
19
90
; (3) une troisième phase axée sur l’innovation dans les années 2000.
Nous examinerons le
processus sous deux angles
:
les stratégies et politiques de développement qui tentent d’utiliser
au mieux les ressources existantes, et le portrait des structures in
dustrielles qui reflètent les
étapes de l’industrialisation.
Les succès remportés jusqu’aux
années 1990
portent en eux les
problèmes à l’origine de la crise financière de 1997, dont nous parlerons brièvement.
2.1 Stratégies et politiques de développement
analyse chronologique
1
Cette section est le résumé du Chapitre 2 du rapport intitulé "Korea as a Knowledge
Economy" publié dans le cadre des Learning Resources Series de l’Institut de la Banque
mondiale.
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