La shari´a perspectives pur l Europe

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La Sharî’a
Quelles perspectives pour la société européenne ?
Documentation
Commission interdiocésaine pour les relations avec l’Islam
(CIRI)
2014
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Le droit islamique – une émanation de la sharia
Introduction
Depuis une trentaine d‘années, l’espace belge a été bousculé par
une évolution culturelle et sociale dont les effets se font ressentir. A
cause du développement économique, des femmes et des hommes
de différentes zones culturelles sont venus et ont décidé de rester
et de s’intégrer dans la société accueillante en gardant, le plus
possible, leurs traditions culturelles et religieuses. Parmi les
groupes immigrés, les musulmans de différentes nationalités
réclament la possibilité de pratiquer l’islam et de respecter les
prescriptions de la sharia au nom de la liberté religieuse.
Cependant, les musulmans rencontrent une certaine opposition de
la part de la société belge et même de la part de groupes de
musulmans même, à cette demande de faire valoriser les
prescriptions de la sharia.
L’islam est multiple et il est traversé par de nombreux courants
juridiques et théologiques. Il y a deux écoles théologiques
concernant le statut du Coran. Est-il crée ou est-il incréé ? Deux
grandes tendances politiques divisent l’islam : le sunnisme et le
chiisme qui rejette la sunna des compagnons de Muhammad en
prenant seulement en considération la sunna des « gens de la
maison » (ahl al-bayt -la famille de Muhammad) comme source du
droit (Coran 33,33, 4,59). Mais les shiites se sont divisés sur la
question du nombre d’imams successeurs de Muhammad. D’autres
mouvements minoritaires sont nés au sein de la sphère musulmane
comme les Alévites, les Bahaïs ou les nombreuses confréries
soufies. Aujourd’hui, il faut mentionner aussi l’islam politique né
dans le siècle passé qui proclame un Dieu, un Islam et une
« umma ». Il met en question les écoles juridiques sunnites
classiques et s’est divisé, à son tour, en une multitude de tendances
et courants idéologiques.
Dans le processus d’intégration dans la société belge, la sharia joue
un rôle important pour certains musulmans. Ils constatent qu’ils se
trouvent dans une situation de diaspora religieuse en face d’une
société majoritaire qui défend les acquis de la démocratie, de
l’égalité de tous les citoyens, de la séparation entre le pouvoir
politique et les religions et finalement l’acceptation d’un pluralisme
d’idées philosophiques. Les musulmans découvrent une différence
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culturelle entre leur conception classique de l’organisation sociale et
la conception sociétale actuelle en Belgique.
Certes, dans l’histoire il y a eu un temps où les contacts et les
échanges autour de la Méditerranée ont été intenses et les sociétés
européennes et islamiques se sont influencées mutuellement en
sciences philosophiques ou en sciences naturelles. Mais chaque
culture a intégré autrement le savoir reçu des cultures antérieures.
Rémi Brague constate que la réception du savoir était différente
dans la société arabo-musulmane et dans la société européenne au
Moyen Age. Les musulmans ont intégré le savoir hérité en
l’islamisant. Dans ce processus le savoir a perdu son
« indépendance ». Au contraire, l’Europe a laissé à l’héritage
culturel reçu son « étrangéité » ou sa « différence ». Les Européens
ont appris des langues étrangères pour s’ouvrir aux richesses de
savoirs venus de l’extérieur. Les scientifiques européens n’ont pas
traduit l’héritage dans leur culture, mais ils ont intégré leur culture
dans la culture reçue. Les Européens du Moyen Âge se sont mis en
question en rencontrant d’autres cultures. Ce fut un processus
perpétuel
d’autocritique
(Harald
Seubert:
Europa
ohne
Christentum? Friesenheim-Schuttern, 2012, S. 61).
Après les échanges intenses entre l’Orient et l’Occident au Moyen
Âge, les contacts se sont endormis à partir des 15ème et 16ème
siècles et les deux sociétés au nord et au sud de la Méditerranée se
sont développées séparément. C’est seulement en 1798 que les
relations se sont rétablies lorsque Napoléon, avec son armée et des
savants, est entré en Égypte. C’était le début de la colonisation
européenne de l’espace islamique.
En Belgique, les musulmans sont devenus aujourd’hui un acteur
politique qui cherche une place en tant que communauté religieuse
– plus exactement des communautés religieuses – dans une
société pluraliste où les Églises et Communautés religieuses
doivent respecter des normes qui sont imposées par le Politique. Un
défi pour celles et ceux qui veulent être des Belges musulmans ou
faire partie d’un Islam de Belgique. Le mot clé qui résume ce défi
est le terme « sharia » !
‫ )ةـل ي‬vient de la racine
Le mot « sharia » (charia, sharî’a, arabe : ‫ع ـلرَّشـلا‬
arabe composée de trois lettres : « sh » (shîn)) – « r » (râ) –
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« ‘ayn». Les arabes emploient cette racine pour exprimer différentes
choses telles que :
-le commencement d’une action;
-l’idée de limpidité, l’évidence, la clarté;
-une source d’eau abondante, apparente et facile d’accès;
-un chemin clairement tracé.
Cette racine est utilisée régulièrement dans le Coran et la Sunna (la
tradition prophétique) pour se référer aux règles instaurées par Dieu
et qui délimitent une voie pour ses serviteurs. Les musulmans
considèrent cet ensemble des normes comme une émanation de la
volonté de Dieu (shar’). "Puis Nous t'avons placé sur une voie
("sharî'a") relevant de notre ordre. Suis-la donc et ne suis pas les
désirs de ceux qui ne savent pas" (Coran 45,18).
A propos de cette mission confiée à l’homme, il faut citer également
le verset : « Lorsque ton Seigneur dit aux anges : ‘Je vais établir un
lieutenant (khalif) sur terre’, ils dirent : ‘Vas-tu y établir quelqu’un qui
fera le mal et qui répandra le sang, tandis que nous proclamons tes
louanges en te glorifiant et que nous proclamions ta sainteté ? Le
Seigneur dit : ‘Je sais ce que vous ne savez pas’. » Pour le savant
Tabarî (m. 923) le terme « khalîf » indique que l’administration de la
justice divine est confiée à l’homme.
Cela veut dire que la vraie foi (dîn al-haqq) est la base pour toutes
les lois et prescriptions. Elles sont les lignes directrices pour se
soumettre à la volonté de Dieu (islâm) et elles se trouvent dans le
Coran. En donnant des directives, Dieu donne à l’homme la
possibilité de choisir entre le paradis et l’enfer, entre le chemin de
foi ou celui de l’incroyance. L’avenir dépend de chacun.
L’obéissance est la condition pour être sauvé.
En 1959, le cheikh Mahmud Shaltut, recteur de l’université d’alAzhar au Caire, avait publié un ouvrage intitulé « al-Islam, ‘aqida
wa-shari’a » ou « L’islam, une foi et une loi ». La plus grande partie
de ce livre est consacrée à la présentation de la loi, c'est-à-dire de
la sharia. L’auteur s’y attarde longuement sur des « détails
techniques », tandis que l’exposé de la foi islamique occupe moins
d’un tiers du volume. Car ce qui unit les musulmans dans le monde,
c’est bien plus la volonté de préserver un certain mode de vie et un
« idéal commun de la société » qu’une croyance commune.
Aujourd’hui, l’effort des autorités musulmanes ne vise pas d’abord à
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prouver l’authenticité et la véracité du dogme islamique mais bien à
justifier les données de la sharia, telle que les écoles juridiques
classiques la conçoivent. L’islam est avant tout une orthopraxie plus
qu’une orthodoxie. Par ailleurs, en l’absence d’une instance qui est
autorisée à définir l’islam, on peut se demander s’il y a une
orthodoxie ou plusieurs orthodoxies en islam. Etant donné que la
rédaction du Coran, base absolue, a duré plusieurs siècles comme,
l’islam s’est inculturé dans plusieurs villes ou centres. Nous ne
trouvons l’islam que dans l’interprétation des penseurs musulmans.
Dans cette vision de la société, la conception de la justice est
importante. Si Dieu juge les hommes, ils doivent savoir ce qu’est la
volonté de Dieu. C’est pour cela que les musulmans croient que
Dieu a envoyé à chaque tribu ou peuple un prophète pour qu’il le
guide dans la voie du bien, le dernier étant Muhammad. La
conception de la justice lie chaque châtiment à la violation d’une loi
connue. Pas de peine sans loi et la loi ne peut venir que de Dieu.
(Coran 26,208-209). Les prophètes envoyés sont divisés en deux
catégories : le premier terme est « rassoul ». Il signifie l’envoyé
(Noé, Ibrahim, Moïse, Jésus et Muhammad. Cet envoyé, en plus de
ses activités prophétiques, proclame un message révélé consigné
sous forme d’un livre. Le 2ème terme est « nabî ». Il signifie celui
qui annonce une bonne nouvelle.
Tous sont « des hommes de grande fermeté (ulu al-‘azm) » et il est
recommandé à Muhammad de les imiter » (Coran 46,35). La tâche
des prophètes et messagers est de rappeler à chaque peuple la
vérité : qu’il y a un seul Dieu et qu’il a donné aux créatures la sharia
pour savoir distinguer le bien du mal. Les « rassoul(s) » Moïse,
Jésus et Muhammad font une exception dans le sens où sur eux la
révélation est descendue sous la forme d’un livre ou de feuilles: la
thora, l’évangile et le coran (Coran 2,136)
La « sharia » est donc le commencement, le fondement homogène
sur lequel est construite la société islamique et qui définit,
également, la place des non-musulmans dans l’espace régi par la
sharia. Dans la vie des musulmans, la sharia est une source pure,
claire, limpide. Celui qui s’en abreuve n’aura aucun mal à se suffire
à lui-même et n’aura jamais à craindre la pénurie. C’est une
nourriture pour l’âme, une plénitude pour le cœur, un cadre
épanouissant pour l’individu et salvateur pour la société. C’est le
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chemin clair, tracé par Dieu à l’attention de ses serviteurs, de ceux
qui aspirent à une vie meilleure, ici-bas et dans l’au-delà.
La sharia englobe non seulement les différents aspects de la
croyance, mais aussi le comportement de l’individu, les relations
interpersonnelles et les mœurs de la société islamique. En somme,
il s’agit de la religion toute entière, la sharia devient un synonyme
de l’islam ou de la « dîn - religion » (Coran 5,3), c’est le sens
véritable donné à la sharia par les savants d’hier et d’aujourd’hui.
Cependant, les juristes musulmans emploient souvent ce terme
dans un sens restreint. Il désigne alors exclusivement les règles
relatives aux actes, qu’il s’agisse des cinq piliers, des coutumes
(adâb) ou des transactions sociales (économie, divorce, héritage,
mariage ou d’autres encore).
Cette documentation voudrait aider les non-musulmans à entrer
dans la conception, très complexe, de l’institution de la sharia ou à
comprendre « le chemin tracé » pour chaque musulman en
particulier et pour la communauté islamique en général.
- Le premier texte est extrait des Études Arabes n° 23. Il a été
rédigé par les professeurs de l’Institut Pontifical pour les Études
d’Islamologie et de l’Arabe (PISAI). C’est un instrument de travail
pour faciliter la consultation de l’Encyclopédie de l’Islam. Nous
avons retravaillé le texte en supprimant les termes techniques en
arabe. Nous en avons gardé le caractère narratif pour mieux entrer
dans la conception islamique de la sharia.
- le 2ème texte est de Mr. Tareq Oubrou, recteur d’une mosquée à
Bordeaux et le 3ème texte est de Mr. Younous Lamghari, « La
sharia : entre conceptualisations religieuses et usages politiques ».
Ces deux exemples reflètent la discussion interne des
communautés islamiques minoritaires sur le rôle et de la place de la
sharia dans un contexte européen.
- Le 4ème texte : « La Charte des Musulmans d’Europe » publié par
la Fédération des Organisations Islamiques en Europe, Bruxelles,
10 Janvier 2008.
- Le 5ème et dernier texte est de Vincent Legrand, Professeur en
Sciences politiques à l’UCL, sur « Sharia et systèmes juridiques
européens : quels enjeux ? »
P. Hans Vöcking
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Le droit musulman : émanation de la shari’a
Extrait de « Etudes arabes » N° 23
L’étude du Droit musulman pratiquée par tout jurisconsulte
a pour objet la Loi divine : c’est une partie de la Science
islamique religieuse à laquelle s’adonnent les Docteurs ès
Sciences religieuses. Le Droit étant connu et étudié, on peut en
donner les conclusions pratiques sous forme de « consultations
juridiques » (Fatwâ), surtout si on est en charge « nationale »
pour cela. Par contre, rendre la justice procède d’une
intervention, soit qu’on agisse comme « arbitre », soit qu’on
intervienne comme juge.
Les sources du Droit
Les sources premières du Droit musulman ou ses
fondements sont le Coran et la Sunna. Le Coran, somme de
versets qui sont des « signes », ne se comprend qu’à travers
son « commentaire ». Pour les musulmans, le Coran écrit sur
papier est une copie du livre céleste. Pour eux, le Coran est à
la fois le livre saint et une « Constitution » qui dit comment il
faut se comporter dans ce monde. La Sunna ou Tradition est
l’ensemble des faits et gestes de Muhammad, développé au
sein de la science du « hadît ». La raison humaine travaille sur
toutes ces données ou « textes », car il faut distinguer la Loidivine de la loi-positive et du code. Les fuqahâ’ (jurisconsultes)
soit
imitent servilement, soit
exercent l’ijtihad (effort
personnel). Dans ce travail, la « nécessité » (darura) a été
discutée. Certaines circonstances peuvent obliger un individu
se trouvant dans une situation dangereuse (faim, soif,
naufrage) à accomplir une action défendue par la loi, afin
d’échapper au danger qui le menace. Le Coran mentionne
explicitement ces situations au regard d’actes défendus
ordinairement (Coran 2,168 ; 5,5, 6,119 ; 16,116). Ce n’est
donc pas le bon sens populaire qui fonde ce principe de
nécessité mais le Coran lui-même. D’après le juriste Ibn
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Nudjaym (1520-1563): « La nécessité rend licite ce qui est
prohibé ».
Quand il y a « consensus général », on peut penser que
les conclusions ainsi élaborées appartiennent à la Loi. Parfois,
le souci des « coutumes », la « pratique judiciaire », voire les
« innovations » interviennent pour une part. Les fuqahâ’ y
appliquent
d’ailleurs
leur
technique
jurisprudentielle :
« raisonnement analogique », préférence donnée « à l’équité »
ou « à un bien fondamental », « recherche de la liaison » et,
dans les temps modernes, l’Etat intervient avec ses
« réformes » judiciaires. Tout cela ne supprime pas la
« différenciation » entre les Ecoles juridiques ni n’élimine les
« ruses » de la pratique du Droit.
Les Ecoles juridiques
Il y a quatre « écoles juridiques » qui ont aujourd’hui droit
de cité dans l’islam sunnite : l’école hanafite qui se réfère à Abû
Hanîfa (699-768), l’école mâlékite qui se réfère à Mâlik b. Anas
(mort vers 712), l`école shâfi’ite qui se réfère à Ibn Shafi’i (767819) et l’école hanbalite qui se réfère à Ibn Hanbal (780-855)
et à Ibn Taimîya (1263-1328). Les Wahhabites en Arabie
Saoudite, fondés par Ibn Wahhab (1703-1792), sont issus de
l’école hanbalite. Une autre école fut jadis célèbre, l’école
zâhirite, grâce surtout à Ibn Hazm (994-1064). N’oublions pas
qu’en dehors du Sunnisme, les Shiites ont un droit qui leur est
propre, de même que les Khâridjites, lesquels ont développé
diverses tendances juridico-religieuses.
« Morale fondamentale »
L’Islam n’a pas développé de « morale fondamentale ».
Dans le domaine de l’éthique, il a élaboré un « art de bien
vivre » et une « science des vertus ». Fondé sur une « nature »
sui generis, l’être humain est sans doute appelé au « bonheur »
et à une « prééminence gracieuse» par le moyen de vertus
comme la « résignation », la « contrition », le « sérieux », etc…
Il a surtout à poser tout acte humain à la suite d’une
« intention » qui est prédéterminante et à se rappeler que cet
acte a toujours une « qualification morale » : illicite, blâmable,
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permis/licite, recommandable ou obligatoire. La limite n’est pas
précise entre le juridique et le moral : n’est d’ailleurs
juridiquement et moralement « responsable » que le
« pubère ».
Cependant l’acte juridique, seul, peut être « annulé »
totalement ou partiellement. Toute « action en justice » a
d’ailleurs besoin de preuves à moins que le « serment » ou
l’ « aveu » n’en tiennent lieu.
Refusant toute « chance » ou « hasard », le musulman sait
que tout acte sera « compté » au jour du « jugement » : il y
aura rétribution ou châtiment, ciel ou enfer, selon qu’on aura
obéi ou non à Dieu. Cependant le pécheur (et il y a des degrés
dans le « péché ») n’a pas à désespérer, à moins qu’il ne
s’agisse du Shirk (Polythéisme) ou qu’il soit un Kâfir (athée),
une « expiation » ou la demande de pardon sont toujours
agréés par Dieu.
Le Culte
Celui qui vit parfaitement sa « foi » et son Islâm se
doit d’être fidèle aux piliers du « culte » qu’il voue à Dieu. Il a
d’abord à « témoigner » de cette foi : ce faisant, il en est le
« témoin » et parfois le «martyr ».
La pureté prend une place importante dans la vie sociale
en général et dans le culte en particulier. En effet, les
possibilités de perdre l’état de pureté sont nombreuses.
Toucher un chien, l’alcool, le sang, le sperme, le pus ou l’urine
mettent le musulman dans une impureté mineure. Par contre,
l’acte sexuel ou les règles le mettent dans une impureté
majeure. Pour effacer l’ « impureté mineure » ou « majeure », il
faut se purifier par des « ablutions mineures » ou « majeures »,
lesquelles ont amené la multiplication des « bains maures ».
Il lui faut prier cinq fois par jour et cette « prière » exige
d’abord que l’on soit en état de « pureté ». La prière se fait à
des « heures précises », derrière un Imâm si elle est collective,
soit à la « mosquée » soit au Musallâ (place de prière, souvent
à l’extérieur de l’agglomération) à l’occasion de certaines
grandes fêtes, Mawlid, ‘îd al-Fitr et ‘îd al-Adhâ’.
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Après l’ « appel à la prière » on « se prosterne », utilisant
parfois un « tapis à prière » devant son Seigneur, des versets
coraniques sont « psalmodiés » et certaines formules
d’invocation sont répétées : « au nom de Dieu », « louange à
Dieu », « ô notre Dieu ». A côté des prières rituelles
quotidiennes (salat), il en est d’autres, surérogatoires laissées à
l’appréciation de chaque croyant ou pour d’autres circonstances
spéciales (p.ex. l’enterrement). L’Islam connaît aussi une
« prière-invocatoire » toute personnelle, qui fait « mention » de
Dieu, utilisant parfois un « chapelet », méditant les 99 « noms
divins » et pratiquant même la « retraite spirituelle ».
Le « jêune » diurne de Ramadân est aussi un acte de
culte, collectif en même temps qu’individuel : des « prières
nocturnes » sont faites dans les mosquées. L’ « aumônelégale », revêtant souvent la forme d’une « dîme », est
complétée par l’ « aumône-de-bienfaisance ».
Enfin, le « pèlerinage » (hadj) aux deux villes saintes (La
Mecque et Médine), au rythme d’invocations particulières,
comprend divers rites bien détaillés. En tenue de
« sacralisation », fidèle aux temps précis, le pèlerin accomplit
plusieurs fois « le tour » de la Ka’ba et la « course » rapide
entre deux collines incluses actuellement dans la ville, il se rend
à ‘Arafa où a lieu la « station » (journée d’imploration) et revient
alors à la Mecque tout en immolant une « bête » en souvenir du
sacrifice d’Abraham. Le « petit pèlerinage » se fait en dehors
des dates prévues ; on peut toujours s’abreuver, à la Mecque,
aux eaux de Zamzam et visiter la « mosquée » de la Ka’ba.
Une « bénédiction » est attachée à tout cela.
Droit « constitutionnel »
Il y a un « droit constitutionnel » en Islam, dont les
éléments se confondent plus ou moins avec les institutions
politiques qu’il a connues et pratiquées historiquement et
actuellement. Il y a plusieurs fonctions politico-religeuses :
- Le « calife », le Sultân et l’Emir à la tête d’un Etat
musulman. Aujourd’hui, dans certains Etats musulmans
est encore pratiqué le serment d’allégeance au souverain.
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- Le Bey est le représentant des précédents,
- l’Imâm préside la prière rituelle.
La sharia fixe aussi le mode de fonctionnement
d’un gouvernement musulman et règle les modalités de
perceptions des différentes taxes prévues par le Coran (comme
p.ex. l’impôt décapitation pour les non-musulmans).
Droit « international »
Au niveau
international ?
de
l’islam,
peut-on
parler
d’un
droit
Les musulmans divisent traditionnellement le monde en
« maison de l’Islam » et « maison de la guerre », entre lesquels
intervenaient divers types de « guerres », dont le « raid
bédouin » était la forme primitive. Une autre forme est le djihad
qui peut recouvrir deux réalités différentes :
- Le petit djihad ou l’effort personnel que tout musulman doit
vivre dans sa vie quotidienne pour être un bon musulman
- Le grand djihad ou la guerre contre les non-musulmans
Aujourd’hui, certains soulignent davantage l’effort personnel,
selon le contexte.
Droit des « personnes »
Les « droits » des personnes dépendent d’abord de ce
qu’elles sont. On sait que l’esclave ou le serviteur n’ont que des
droits réduits : son maître les exerce pour lui. Toutefois la
concubine dont l’enfant est reconnu par le maître accède à un
statut spécial.
Il faut savoir aussi qu’il y a divers types d’interdictions en
Islam : l’esclave, l’impubère, l’apostat, l’absent se voient
interdire certains actes. Intervient alors le tuteur qui, par sa
tutelle, défend les intérêts du mineur ou de l’interdit.
L’honneur et la vie de l’être humain sont sacrés : calomnier
ou tuer sont des crimes. Tout meurtre, on le sait, est soumis au
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talion : à la famille du meurtrier il sera demandé le prix du sang.
Le voleur a aussi un statut bien déterminé. La fornication
encourt la lapidation.
Le droit familial
Le droit de la famille -dont il ne faut pas oublier l’origine
patriarcale- se penche essentiellement sur les questions du
Mariage et de la Filiation. Mais qu’est-ce que la famille ?
Représentée par la maison ou par la tente, parfois noble,
sensible à l’ascendance et à la renommée et rassemblant ses
divers membres, elle participe à divers échelons d’organisation
sociale et elle communie ainsi à un esprit de corps.
La question du port du voile par les femmes est
controversée.
Le mariage au plan du droit et au plan des festivités
suppose absence d’empêchement et versement d’une dot. Tout
mariage temporaire est pratiqué par les shiites mais interdit par
la tradition sunnite. Quand l’épouse est séparée de son mari,
elle a la garde de ses enfants seulement quand ils sont en bas
âge. La répudiation-divorce est de pratique courante : une
période de continence est prévue pour la femme répudiée ou
divorcée ou veuve, avant un nouveau mariage. Le sexe a une
place importante dans toutes ces dispositions juridiques.
Suicide
Dans le Coran se trouvent plusieurs versets (2,54 ; 4,66 ; 18,6)
qui pourraient être interprétés comme une attitude positive à
l’égard du suicide, mais les musulmans ne l’ont jamais fait. Par
contre, la tradition islamique interdit le suicide en se référant à
la sunna de Muhammad : « Celui qui se suicide, quelles que
soient les circonstances, est exclu du Paradis. » Muhammad
aurait refusé de dire des prières d’usage