MESURES 772 - FEVRIER 2005 - www.mesures.com
22
Dossier Ethernet
L
orsqu’à la fin des années 70 les
ingénieurs de Xeroxmirent au point
le réseau Ethernet, ils ne se dou-
taient certainement pas de
l’ampleur qu’il allait prendre. Le protocole
utilisé se distingue d’emblée des protocoles
classiques de type maître-esclave ou à jeton,
où une station ne peut émettre que quand
elle reçoit un signal d’autorisation. Avec
Ethernet, il n’y a pas d’autorisation à
attendre. Simplement, avant d’émettre, une
station doit écouter le réseau pour s’assurer
qu’il n’y a pas de communication en cours :
c’est le protocole CSMA (Carrier Sense Mul-
tiple Access). Dans le cas où plusieurs sta-
tions voudraient émettre en même temps,
un système de détection de collision a été
mis en place (CD : Collision Detection). La
tentative de communication est alors avortée
et chaque station fait une nouvelle tentative
après un temps aléatoire, différent d’une sta-
tion à l’autre. Le risque de collision est alors
beaucoup plus faible (mais il reste présent
car au moment où une station fait une ten-
tative de communication, il est possible que
d’autres cherchent aus-
si à accéder au réseau).
En 1983, le protocole
se normalisa (IEEE
802.3). Les équipe-
ments furent alors
interconnectés en bus
via un câble coaxial
(prise BNC) de
50 ohms RG58 fin
(5 mm : norme
10Base2 ou 802.3a,
publiée en 1985) ou
épais (10 mm :
10Base5). Le 10 Base5
n’est pratiquement plus
utilisé que dans les
environnements per-
turbés (rayonnement électromagnétique) ou
lorsque l’on veut garantir la confidentialité
des échanges (pas de rayonnement du câble
coaxial).
C’est à cette même période que des
constructeurs comme Bay Networks pro-
posèrent de réutiliser les câbles télé-
phoniques, pour diminuer les coûts de
câblage. Ceux-ci sont constitués de
paires torsadées en cuivre, partant d’un
concentrateur (ou hub) vers les équipe-
ments. On passa alors à une topologie
en étoile. IEEE nomme 10BaseT ce
concept à 10 Mbps, les connecteurs sont
de type RJ45.
Les réseaux 10BaseFL, 10BaseFB et
10BaseFP qui allaient suivre reposent sur
le même principe, mais avec un support
différent : la fibre optique. Cette dernière
utilisée au départ pour interconnecter les
réseaux à distance (protocole FOIRL : Fiber
Optic Inter Repeater Link, IEEE 802.3d en
1987), a été adaptée pour les réseaux
locaux. 10BaseFL a été la première norma-
lisation du concept. Le 10BaseFB apporte
en sus un diagnostic d’erreur, à distance.
Quant au 10BaseFP, il spécifie l’utilisation
de concentrateurs passifs. Ne comportant
pas de composants électroniques, il est
insensible aux perturbations électroma-
gnétiques.
Le switch full duplex,
intéressant pour le temps réel
Par la suite, Ethernet connut deux tour-
nants. Le premier survient en 1990 avec
l’apparition des commutateurs ou switchs.
C’est une grosse avancée par rapport aux
hubs utilisés jusque-là. Le concentrateur
(hub) renvoyait les paquets entrants vers
toutes les branches qui lui étaient associées.
Lorsque le réseau était fortement sollicité,
les collisions étaient multiples. Le switch
évite cela. S’appuyant sur le principe de
commutation des standards téléphoniques
(en associant les terminaux aux ports), les
informations transitent directement du
port de la source vers celui du destinatai-
re. Les risques de collisions sont nécessai-
rement diminués.
IEEE normalise cette topologie étoile en
standard 802.3i pour les paires torsadées
et 802.3j en fibre optique. L’apparition du
switch a donné un sérieux coup de vieux
au hub.
Le second tournant vint avec l’augmenta-
tion du débit. L’apparition du Fast Ether-
net (100 Mbps) ou 100BaseT débouche en
1995 sur un nouveau standard, le 802.3u.
Deux ans plus tard, le full duplex associe
un sens de communication à une paire. Le
câble supporte donc les échanges de don-
nées dans les deux sens. Le risque de colli-
sion en est donc écarté. Le CSMA/CD n’est
plus (ou presque) utilisé. Ethernet s’appa-
rente à un “protocole temps réel”.
Depuis, les débits n’ont cessé d’augmenter et
on parle aujourd’hui couramment de giga-
bit Ethernet.
Les topologies en bus
et en anneau reviennent
Ethernet est le standard des réseaux ter-
tiaires. Sa topologie la plus courante est
celle en étoile. Les différentes machines
sont connectées à un switch, qui est lui-
même relié à un commutateur central
de cœur de réseau. Les différents LAN
(réseaux locaux) sont interconnectés au
travers de routeurs. Les câbles utilisés
sont les paires torsadées et fibres
optiques.
Ce type d’architecture (dite “structurée”) se
rencontre en industrie avec quelques adap-
tations de façon à ce que sa gestion soit
souple et décentralisée. C’est par exemple le
Ethernet depuis ses origines
jusqu’aux normes actuelles
▼
Autrefois réservé aux communications entre ordinateurs, Ethernet s’impose de plus en plus comme standard de communi-
cation pour les instruments de mesure (oscilloscopes, enregistreurs, caméras, etc.) et les équipements d’automatismes
(automates, robots, etc.). Ces nouvelles conquêtes, ils les doit aux progrès technologiques incessants et à un travail de nor-
malisation ininterrompu. Ethernet a gagné en vitesse, en robustesse (connecteurs, câbles et composants durcis), il s’intéres-
se de plus en plus au temps réel. A côté de ces atouts très appréciés des industriels, il a quand même un défaut : ouvert à
tous les vents, il est vulnérable aux attaques de virus…
STANDARDS
L’essentiel
Ethernet, c’est déjà plus de
20 ans d’expériences
Avec l’arrivée des switchs
et des connexions full
duplex, Ethernet a com-
mencé à s’intéresser sérieu-
sement aux applications
temps réel
Les topologies ont évolué
elles aussi : pour les appli-
cations industrielles, les
réseaux en anneau et en
bus sont mieux adaptés
que les réseaux classiques
en étoile
La sécurité (la sensibilité aux
virus) reste un problème