Histoire des relations internationales D/ Une paix fragile (1919

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Histoire des relations internationales
D/ Une paix fragile (1919-1920)
La paix de Versailles est bancale, faisant des erreurs multiples dont certaines ne sont pas encore effacées. Négocié
sur la base des 14 points du président Wilson, le traité semblait bien engagé, mais a finalement débouché sur des
conclusions insatisfaisantes. La sécurité collective qu'il était censé garantir n'a jamais été en application. Cette paix
produit aussi des États invivables, où les nationalités sont mélangées (cas tchécoslovaque et yougoslave).
Les États-Unis, par la voix de Wilson, s'affirment comme la première puissance mondiale. Les 14 points de Wilson
impliquent des clauses telles que la liberté de navigation ou la fin des accords secrets. Les Etats-Unis, grâce à leurs
ventes réalisées durant le conflit et réglées en or, en détiennent la moitié du stock planétaire, d'où le troisième point
concernant la fin des barrières économiques (qui peut être vu comme un précurseur du système de Bretton Woods).
Le quatrième point évoque la limitation des armements à un usage défensif. Le cinquième point, concernant la
colonisation, reste flou: Wilson ne souhaite pas aller trop avant afin de ne pas fâcher les Français et les Britanniques.
Les sixième, septième et huitième points sont relatifs à l'Europe et réclament l'évacuation de la Russie, l'affirmation
de la souveraineté belge et la restitution de l'Alsace-Moselle à la France. Le point 14, en appelant à la création d'une
Société des Nations chargée de l'arbitrage des conflits, est novateur.
1.Vae victis
L'Allemagne est considérée, aux termes de l'armistice de Rethondes, comme le vaincu de la guerre, alors qu'elle n'a
pas été (encore) envahie. Elle n'est pas conviée à Versailles, ses représentants étant confinés à un modeste hôtel
parisien.
Le traité de Versailles la désigne comme responsable de la guerre. Elle n'a aucun mot à dire lors des négociations et
ses envoyés se voient infliger un défilé de blessés de guerre avant d'être contraints de signer le traité le 28 juin 1919.
L'Union soviétique n'est pas conviée aux négociations, en mal de reconnaissance internationale et plongée dans la
guerre civile. Les 4 principaux alliés (France, Royaume-Uni, Etats-Unis, Italie) règlent l'essentiel des négociations.
Orlando, Premier ministre italien, est déçu des promesses très partiellement tenues suite à ses engagements de 1915,
puisque le littoral oriental de l'Adriatique est largement concédé à la Yougoslavie, l'Italie n'obtenant que Trieste et le
Tyrol. L'article 88, interdisant une union austro-allemande, le convainc finalement de signer. Le Premier ministre
britannique, Lloyd George, craignant une France hégémonique en Europe continentale (alors qu'elle est exsangue),
tente de modérer ses revendications, d'où des accrochages fréquents avec le Président du Conseil Clemenceau.
Wilson s'échine à maintenir la cohésion des Alliés, ce qui est finalement réussi sans trop de peine. Le traité satisfait
dans l'ensemble les revendications françaises, tandis que l'Allemagne est châtiée.
L'Allemagne est contrainte de rendre l'Alsace-Moselle à la France, de céder Eupen et Malmédy à la Belgique et de
concéder l'administration internationale de la Sarre à l'Ouest. La France reçoit l'exploitation du charbon sarrois pour
15 ans à titre de dédommagement. A l'Est, l'Allemagne cède la Posnanie et la Pomérélie à la Pologne recréée.
Dantzig, port sur la Baltique majoritairement allemand, est soumis à un statut spécial. La ville est internationalisée et
un « corridor » est concédé à la Pologne pour relier Dantzig au reste du pays.
Militairement, l'Allemagne est brisée. Son armée est réduite à 100 000 hommes, sans chars, ni avions, ni artillerie
lourde, ni sous-marins, ni bâtiments de 10 000 tonnes ou davantage. La Hochseeflotte, remise aux Britanniques, est
acheminée dans le Scapa Flow, où elle se saborde dans un ultime moment d'héroïsme.
La rive gauche du Rhin est démilitarisée et doit subir une occupation franco-belge. Elle sera évacuée au fur et à
mesure que les dommages de guerre seront versés. Il est de surcroît interdit à l'Allemagne d'édifier des fortifications
à moins de 50 kilomètres à l'Est du Rhin. A l'étranger, ses collèges et hôpitaux sont fermés. La France récupèrera
l'université allemande de Beyrouth par la suite.
La question des réparations ressurgit rapidement. Des trains allemands sont saisis, comme les navires qui passent
sous la main des Alliés. Il reste à verser les réparations en deutschemarks, sur quoi Paris se montre intransigeant car
les fonds lui manquent pour reconstruire les régions dévastées et verser les pensions aux anciens combattants (dont le
ministère nouvellement créé est devenu le premier poste budgétaire de l'État). La conférence de Spa, en juillet 1920,
fait admettre le principe que la France touchera 52% des dommages de guerre, dont le montant est fixé le 5 mai 1921
(conférence de Londres) à 132 milliards de marks-or. L'hyper-inflation qui frappe l'Allemagne des années 1920 met
le pays hors d'état de payer. Le 12 juillet 1922, Berlin demande un moratoire sur le paiement que Paris refuse. Il
s'ensuit le 11 janvier 1923 l'occupation militaire de la Ruhr. Cela ajoute à la confusion en Allemagne, où l'extrêmedroite et les milieux nationalistes développent des thèses antisémites et opposées aux socialistes, gênant la
République de Weimar naissante.
La France, redevenue « suspecte » aux yeux du Royaume-Uni, a du mal à en obtenir toutes les garanties qu'elle
recherche pour éviter une revanche allemande qui n'est pas à exclure. Elle souhaite en parallèle humilier l'Allemagne
pour la rendre inoffensive, ce à quoi les Anglo-saxons renâclent car cela risquerait de donner du grain à moudre aux
nationalistes. Wilson estime ainsi « [qu']'il ne faudrait pas donner à l'Allemagne l'occasion de prendre sa revanche. ».
En 1920, le républicain Warren Harding, élu président des États-Unis sur une ligne isolationniste, prend ses distances
avec l'Europe et ne prête qu'un intérêt limité aux affaires internationales, notamment concernant la question des
réparations.
2.Les transferts de souveraineté
La suppression de l'Autriche-Hongrie, entérinée par le traité de Saint-Germain (19 septembre 1919), redessine la
carte de l'Europe centrale. L'Autriche est ramenée à son centre alpestre du XIVème siècle. Le Reichsrat, qui a
proclamé la République à Vienne, demande l'Anschluss, auquel Alliés et Allemands opposent une fin de nonrecevoir, sur l'insistance d'Orlando, qui refuse qu'une Allemagne agrandie borde l'Italie. L'éclatement de l'empire
austro-hongrois place 4 millions d'Autrichiens sous domination étrangère.
La Tchécoslovaquie reçoit les Sudètes, où l'on trouve de nombreux germanophones sur les monts de Bohême.
L'Autriche voit par ailleurs ses forces militaires diminuées à 30 000 soldats, sans armes offensives.
La partie hongroise de l'empire, régie par le traité de Trianon, le 2 juin 1920, est elle aussi démembrée. La Hongrie
indépendante, reformée, n'en comporte qu'un tiers, alors que 3 millions de Hongrois sont dispersés (dont beaucoup
dans la Roumanie qui s'en trouve agrandie). Une armée de 35 000 encadrée comme ses homologues autrichienne et
allemande lui est laissée. Le Danube voit sa neutralité confirmée. La République ne dure pas et le pouvoir tombe aux
mains de Miklos Horthy, qui y instaure un régime d'extrême-droite en 1920, portant le titre de régent.
Ailleurs, le traité de Neuilly (27 octobre 1919) prive la Bulgarie de son accès à la mer Égée.
Conformément aux points de Wilson, la Pologne est recréée. Son territoire empiète pour partie sur l'Allemagne, pour
partie sur les territoires concernés par le traité de Brest-Litovsk. La dispute à propos de la Silésie entre la Pologne et
l'Allemagne se solde en mars 1921 par un partage plébiscitaire, dont les résultats, dénoncés par les Polonais, mènent
à un partage territorial qui ne satisfait aucune partie en présence. La Tchécoslovaquie récupère Teschen, portion
minière de Silésie, au grand dam de Varsovie.
L'Est de l'Europe voit ses frontières redessinées par la mission Curnoz. Ce diplomate britannique suggère des
frontières « ethniques », que la SDN cautionne. En mai 1920, la Pologne, profitant des désordres en Union
soviétique, lance une offensive visant à prendre des territoires à l'Est. L'offensive polonaise parvient jusqu'en
Ukraine, avant que l'Armée rouge, commandée par le général Tchoukachevski, ne l'arrête. Les Soviétiques ne
décolèrent pas contre cette agression et contre-attaquent vigoureusement. Lénine affirme que « la révolution
mondiale passe sur le cadavre de la Pologne! ». L'Armée rouge se rapproche de Varsovie, ce qui oblige les Francobritanniques à intervenir. Le corps expéditionnaire, sous les ordres du général Weygand, stoppe les Soviétiques et
rétablit la situation. L'armistice, signé le 10 décembre 1920, accorde à la Pologne une frontière située à 150
kilomètres de la ligne Curzon.
L'Union soviétique, qui essuie là un revers, ne parvient pas davantage à annexer les pays baltes, qui, en tant
qu'anciennes possessions tsaristes, étaient susceptibles de lui revenir. Les Estoniens, Lettons et Lituaniens, aux
indépendances proclamées en février 1918, posent problème à Lénine. Si celui-ci tolère l'indépendance de l'Estonie,
dont la proximité avec Petrograd pose problème en cas de conflit, les rapports sont plus tendus avec la Lettonie et la
Lituanie. Un appui maritime franco-britannique permet l'affirmation de l'indépendance lettone, tandis que les
Lituaniens repoussent les assauts soviétiques début 1919 avec l'aide des Allemands qui tiennent la Prusse orientale.
La ville de Memel, majoritairement allemande mais revendiquée par la Lituanie, est administrée par la société des
nations jusqu'en 1923, date à laquelle l'armée lituanienne occupe le territoire, plaçant Allemagne et SDN devant le
fait accompli.
En 1917, la Serbie proclame la Yougoslavie (union des Slaves méridionaux), réalisant là ce qu'elle n'avait pu mener à
bien avant la guerre. La Yougoslavie, admise au rang des Alliés, entre en conflit avec l'Italie à propos de Rijeka, qui
lui est concédée en dépit des récriminations de Rome. Des nationalistes italiens, menés par Gabriele d'Annunzio,
occupent temporairement la ville, avant d'être chassés par l'armée italienne, qui occupe la ville puis l'annexera en
1923.
3.De l'empire ottoman à la Turquie
L'article 22 de la Charte de la SDN prévoit la notion de mandat. Celui-ci se subdivise en trois types:
-mandat A (pays capables de s'administrer eux-mêmes et pouvant accéder à l'indépendance).
-mandat B (pays incapables de s'administrer eux-mêmes et à mettre sous tutelle).
-mandat C (concerne exclusivement la Namibie actuelle, remise à l'Afrique du Sud).
La France et le Royaume-Uni, par la correspondance Sykes-Picot de 1916, règlent le partage des possessions
ottomanes d'Asie mineure. La France, sous un régime de mandat A, s'octroie la Syrie et le Liban. Le Royaume-Uni
s'assure la possession de la Palestine, de la Transjordanie et de l'Irak. En 1926, la France met en place une
Constitution libanaise. En Palestine, la situation est vite troublée par l'immigration juive motivée par le sionisme. Les
premiers affrontements ethniques sont virulents et voient un cortège d'horreurs. Le problème n'est pas encore résolu
aujourd'hui.
La Transjordanie et l'Irak sont érigés en royaumes dont les fils de Fayçal sont faits rois, en récompense à la
coopération arabe contre l'empire ottoman durant la guerre: Abdallah est proclamé roi de Transjordanie et Fayçal roi
d'Irak.
La Turquie a payé un lourd tribut à la guerre, perdant 3 millions d'hommes. Elle a aussi commis un génocide sur les
Arméniens, dont les victimes sont environ un million. Son sort est réglé au traité de Sèvres. Izmir est remise aux
Grecs, Adalia aux Italiens et la Cilicie aux Français. Constantinople est conservée malgré quelques velléités des
Alliés en sens contraire. Les nationalistes turcs, menés par Mustapha Kemal, refusant ce traité, prennent les armes.
Le sort de la guerre est favorable aux Turcs, qui battent les Grecs en 1921. La France et l'Italie se retirent elles aussi
de leurs territoires turcs. En août 1922, les Grecs sont rejetés à la mer. Le 11 octobre 1922, au traité de Lausanne, la
Turquie voit l'abolition du sultanat de Constantinople (remplacé par une République laïque siégeant à Ankara),
conserve la Thrace orientale, et entérine ses succès militaires. On assiste à un échange de population entre les
Pontiques et les Turcs résidant en Grèce. Lancée sur ces bases stables, la Turquie kemaliste cesse d'être un l'enjeu de
querelles multiples.
4.Transferts coloniaux
L'empire colonial allemand est intégralement dépouillé, puisque le traité de Versailles interdit son existence. Le
Togo et le Cameroun forment un mandat B remis à la France. L'Afrique orientale allemande est partagée entre la
Belgique (Rwanda et Burundi actuels) et le Royaume-Uni (Tanzanie actuelle). Dans le Pacifique, le Japon récupère
Qingdao et la péninsule du Chantoung sans l'aval des alliés et contre l'avis de la Chine. Ce n'est qu'en 1922, suite à la
conférence de Washington, que ces territoires seront restitués. Les îles Carolines sont en revanche reconnues à
l'empire du Soleil levant, de même que les Marshall, ce qui l'assied comme une puissance maritime majeure.
L'Australie, en annexant les îles Bismarck, et la Nouvelle-Zélande en récupérant les Samoa, complètement le partage
des possessions allemandes.
E/ Les grandes espérances (1919-1930)
La paix de 1919 est faite de bonnes intentions mais sans garanties. La France n'est pas garantie par les Anglo-saxons
contre une éventuelle réaction allemande. C'est la dernière tentative après Vienne de régenter les affaires du monde,
mais elle se révèlera un cuisant échec. Les 14 points de Wilson ont pourtant amorcé l'usage de procédés plus
corrects: les accords secrets entre États se raréfient au profit de conférences multilatérales. L'apogée de la presse
écrite et de la radio à cette même époque favorisent la diffusion rapide des nouvelles, qui sont de plus en plus en
temps réel.
Des journalistes tels Pertinax ou Kérilis décortiquent les grandes tractations diplomatiques au profit de revues dont le
tirage se chiffre souvent en millions.
1.Deux grands absents
L'Union soviétique est le premier absent. Pays nouveau né en novembre 1917 avec la révolution d'octobre, il
demeure en marge des grandes conférences d'après-guerre, en raison tant de son isolement idéologique que de ses
troubles internes. En 1920, le « communisme de guerre » a raison des armées tsaristes, permettant de former l'Armée
rouge. L'Ukraine, le Caucase et l'Asie centrale rebasculent à la suite de coups de force militaires dans l'orbite de
Moscou entre avril 1920 (Azerbaïdjan) et octobre 1921 (Arménie). En revanche, la Roumanie annexe en octobre
1920 la Bessarabie (actuelle Moldavie). En 1921, Lénine lance la NEP afin de permettre la reconstruction d'un pays
durement éprouvé par 6 ans de guerre. Au plan extérieur, cela s'accompagne d'une renonciation à la révolution
mondiale et de la coexistence avec les pays capitalistes. Tchitchérine, commissaire du peuple aux Affaires
étrangères, est chargé d'organiser cela. L'Union soviétique a besoin de capitaux pour relever son économie, et compte
les quérir auprès des Britanniques et des Allemands. La question des dettes contractées par le régime tsariste reste
non-résolue. A la conférence de Gênes, en mai 1922, les Soviétiques exigent, pour les rembourser, le versement
d'importantes compensations pour l'ingérence des Occidentaux durant la guerre civile russe.
La fondation en janvier 1920 du Parti communiste français ébrèche l'isolement soviétique. Le premier traité traité
conclu par les Soviétiques l'est à Rapallo, le 16 avril 1922. Il s'agit de la normalisation des relations germanosoviétiques: les deux États se reconnaissent, s'appliquent la clause de la nation plus favorisée en matière de
commerce, renoncent mutuellement à leurs dettes et passent des accords de coopération militaire qui permettent à
l'Allemagne de contourner les restrictions de Versailles. En 1924, l'arrivée au pouvoir de gouvernements de gauche
en France et au Royaume-Uni voit la normalisation des relations franco-soviétiques et britannico-soviétiques. L'Italie
et le Japon en font rapidement de même ; seuls les États-Unis persistent à ne pas reconnaître le régime soviétique.
La mort de Lénine en 1925 et l'accaparement consécutif du pouvoir par Staline remettent en cause l'ouverture de
l'Union soviétique. Staline procède rapidement à la fermeture du pays, se contentant d'ingérences en Asie face aux
velléités expansionnistes japonaises et en tentant d'encourager le nouveau Parti communiste chinois.
En novembre, l'élection du républicain Warren Harding à la Maison Blanche impulse un retour des États-Unis à
l'isolationnisme. En premier lieu, le Sénat refuse la ratification du traité de Versailles, la majorité des deux tiers se
révélant inaccessible. Les États-Unis entrent dans une décennie de raidissement moral, marquée par la Prohibition, la
xénophobie et la persistance de la ségrégation raciale. La politique étrangère américaine se recentre fortement sur le
continent américain et fait peu de cas des problèmes européens, question des réparations de guerre exceptée. Le jeudi
noir (24 octobre 1929) est un choc majeur subi par le pays, qui se trouve amené au long des années 1930 à infléchir
considérablement ses options politiques.
2. « L'Allemagne paiera! »
L'immédiat après-guerre est difficile en Europe. L'hécatombe démographique, la reconversion de l'économie de
guerre, la crise sociale, sont autant de difficultés majeures auxquels sont confrontés les États. C'est dans un tel
contexte que le fascisme italien enracine son succès. De plus, l'apparition du phosphate chilien ou de la viande
argentine sur le marché européen fait une concurrence inédite aux produits locaux. Le franc français est devenu
intenable à son cours d'avant-guerre et se déprécie sans cesse. La France doit 32 milliards de francs-or au RoyaumeUni et aux États-Unis, sans garanties diplomatiques réelles de leur part en cas de réarmement allemand, ni fonds lui
permettant de régler (faute de versement des réparations allemandes). Le défilé de la victoire, le 14 juillet 1919, est à
l'image de cette ambivalence, ouvert par des mutilés de guerre. La France, vainqueur blessé, se replie sur son empire
colonial et panse ses plaies.
De son côté, Londres voit en Paris la première puissance continentale et reprend donc ses distances (alors que la
France, exsangue, n'est guère menaçante). Au Levant, les Britanniques fomentent un soulèvement druze contre la
France pour rogner le mandat français et en rétorsion au soutien français à la Turquie kémaliste. Ailleurs au ProcheOrient, la théocratie wahhabite d'Arabie Saoudite, menée par Ibn-el-Seoud, se forme, n'entretenant de relations
diplomatiques qu'à partir de 1925 (traité de Hadda avec la frontière jordanienne).
La conférence de Washington, tenue de novembre 1921 à février 1922, est une autre contrariété pour la France.
Ses armements navals se retrouvent fixés au même niveau que ceux de l'Italie, à un indice d'1,75. Les États-Unis et le
Royaume-Uni disposent d'un indice 5 et le Japon d'un indice 3. La France, avec 3 une projection de puissance
planétaire mais un tonnage faible, est affaiblie. Le quai d'Orsay est donc réduit à tenter de refaire un réseau
d'alliances en Europe. C'est ainsi que l'on tente de constituer le 14 août 1920 la Petite entente, avec la Yougoslavie et
la Tchécoslovaquie, lesquelles concluraient une alliance mutuelle en cas d'agression allemande et verraient la France
leur prêter main-forte. La Roumanie se lie à la Petite entente en 1921. La France se porte également garante de la
Pologne, mais cette dernière ne signe aucun accord avec les pays de la Petite entente: seule la Tchécoslovaquie forme
véritablement un allié de revers. A fortiori, la France réadopte des options défensives et n'a guère les moyens
d'effectuer des offensives de grande envergure. La construction de la ligne Maginot, débutée en 1928, ne fait que
renforcer cet état de fait. De la même manière, la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie, minées par des tensions
identitaires internes, ne forment pas des alliés sûrs en cas de conflit. La reconstruction d'un système d'alliances
efficace est un échec global dans les années 1920. Louis Barthou, ministre des Affaires étrangères en 1934, tente
d'inclure l'Union soviétique dans un système de défense mais n'en aura pas le temps, assassiné à Marseille par un
nationaliste croate en recevant le roi Alexandre Ier de Yougoslavie.
Faire payer l'Allemagne fut un but poursuivi par la France durant la première moitié des années 1920. En janvier
1923, on tente d'obtenir le versement des réparations par la force: Français et Belges occupent la Ruhr pour se servir
sur place. Les troupes d'occupation se heurtent à la résistance passive des mineurs rhénans ainsi qu'au laxisme
monétaire délibéré de la part du chancelier Streseman, d'où un mark sans valeur et une impasse financière. De plus,
le coup de force militaire aliène à la France le soutien britannique, seule la Belgique s'en montrant solidaire. En avril
1923, le plan Dawes fixe des annuités à verser par l'Allemagne à 1,25 milliard de marks-or. En 1924, le redémarrage
économique et la politique d'apaisement menée par le Cartel des gauches en France permettent d'apaiser les tensions,
d'autant plus que l'Allemagne verse effectivement ses annuités.
3.L'ère Briand-Streseman
Après les vives tensions survenues en Ruhr, les gouvernements jouent la carte de l'apaisement de part et d'autre du
Rhin. Il est vrai que le monde cherche avant tout à garantir la paix et à éviter une réédition des horreurs de la
Première guerre mondiale. Ainsi la fondation Carneggie lance-t-elle une enquête mondiale pour analyser cette guerre
et mettre au point des moyens d'en empêcher un retour. La France n'a aucun intérêt à la guerre vue sa démographie
chancelante et l'état du moral de sa population ; de plus, l'Allemagne demeure plus peuplée et reste une menace
potentielle.
Aristide Briand, hôte inamovible du quai d'Orsay à partir de 1926, est un apôtre de la sécurité collective. Cette
dernière notion, censée mettre fin aux conflits armés, repose sur des accords de non-agression et l'engagement
réciproque des États à ne pas régler leurs conflits par les armes. A la tribune de la SDN, Briand prononce un célèbre
discours pacifiste: « Arrière les canons! Arrière les mitrailleuses! ». Le 16 octobre 1925, le pacte de Locarno, signé
entre la France, la Belgique, l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni, consacre les frontières occidentales de
l'Allemagne et prévoit des sanctions contre celle-ci si elle réarme. En septembre 1926, l'Allemagne intègre la SDN.
Devant les signes de bonne volonté manifestés par l'Allemagne, la France accepte d'évacuer progressivement la Ruhr
entre juillet et août 1925, quittant Cologne en janvier 1926.
Le 7 juin 1929, le plan Young, ré-échelonne les réparations allemandes: en échange de leur versement en seules
devises étrangères, leur montant est ramené à 75 milliards de marks-or.
Le 27 août 1928, le pacte Briand-Kellog sur la mise hors-la-loi des guerres avait été voté. Les membres de la SDN et
l'Union soviétique y adhèrent, soit 57 membres. La sécurité collective paraît enfin garantie. De fait, la France en
revient à une politique militaire moins ambitieuse et vote en cette même année des lois qui affectent son potentiel:
réduction du service militaire à un an, retour à une tactique défensive via la ligne Maginot. Il reste que le pacte n'est
pas contraignant.
La crise économique de 1929 atteint de plein fouet l'Allemagne, qui se retrouve dans l'incapacité de payer. Le
président américain Hoover propose un moratoire sur le règlement des dettes de guerre, ce à quoi la France consent
en 1931 afin que son attitude n'apparaisse pas comme un facteur aggravant de la crise. En juin 1932, la conférence de
Lausanne libère l'Allemagne de ses obligations en échange du règlement de 3 milliards de marks-or. L'Allemagne
n'en est pas davantage en situation de payer, et ne paiera pas. La France n'aura au final touché qu'un peu moins de 10
milliards de marks-or sur les 75 prévus. La mort de Briand le 7 mars 1932 est symbolique de l'effondrement de son
système sous le poids de la crise économique, laquelle devait avoir des conséquences autrement plus dramatiques.
F/ Les menaces à la paix
1. Le Japon impérialiste
1. De Mutshu-Hito à Hirohito
Le Japon n'avait, au cours de sa longue histoire, eu à déjouer qu'une seule tentative d'invasion, en 1274. Cette annéelà, le kamikaze (« vent divin »), avait dispersé la flotte mongole. Le pays s'était ensuite replié sur lui-même,
cantonnant missionnaires et convertis au port de Nagasaki, et vivant perpétuellement des guerres entre shoguns dont
le cinéma japonais perpétue encore le souvenir, notamment à travers l'œuvre d'Akira Kurosawa. Le pouvoir impérial
est pour sa part resté faible, se contentant de l'allégeance formel des seigneurs de guerre et interdisant les armes à feu
dans l'archipel afin de conserver sa prééminence.
En 1852, désireux d'ouvrir les portes du Japon au commerce américain, le président Fillmore mandate le commodore
Matthew Perry pour y interpeller le shogun Tokugawa. L'escadre américaine accoste en juillet 1853 en baie de
Tokyo. La puissance des canonnières et la supériorité de l'armement des américains, ainsi que le souvenir des guerres
de l'opium, forcent les autorités japonaises à traiter. La convention de Kanagawa, signée le 31 mars 1854, ouvre, en
sus de Nagasaki, les ports de Shimoda et d'Hakodate aux Occidentaux, et ouvre des relations diplomatiques entre
Kyoto et Washington.
Le 3 janvier 1868, un coup d'État militaire dépose les Tokugawa et impose sur le trône impérial Mutshu-Hito, alors
âgé de 15 ans. Suite à un conflit militaire entre shoguns, le jeune empereur réussit à établir son pouvoir et décide
l'ouverture et la modernisation à marche forcée du pays. Il lui faut toutefois réduire une sédition menée par des
samouraïs conservateurs dirigés par Saigo Takamori, qui sont vaincus en 1877. La capitale est rapidement déplacée
de Kyoto à Tokyo. En 1889, une Constitution impériale est promulguée sur le modèle allemand. Une autre
inspiration germanique de l'époque est la création d'une marine de guerre puissante. En effet, le Japon, surpeuplé et
pauvre en matières premières, a besoin d'étendre son contrôle sur le riz et les minerais coréens. Dès 1875, la marine
impériale japonaise mène un raid sur les îles Ganghwa, en Corée, et force l'empereur coréen Sunjong à ouvrir son
pays au commerce japonais. Cette même année, le traité de Saint-Petersbourg clarifie un contentieux avec la Russie,
échangeant la cession des Kouriles contre le renoncement des prétentions de Tokyo sur Sakhaline.
En parallèle, les réformes économiques vont bon train. Avec la bénédiction du pouvoir impérial se créent les
premiers grands groupes industriels japonais: les djibatshu, où la vie de l'employé est entièrement régulée par
l'entreprise.
Le Japon devient le premier pays à se spécialiser dans la transformation des matières premières. Il résulte de cette
orientation un progrès technique spectaculaire, qui bouleverse la situation de l'archipel en peu de temps. La politique
d'expansion, largement souhaitée à la cour impériale, y trouve de nouveaux moyens.
En 1879, le Japon annexe les îles Ryukyu, indépendantes depuis près de 600 ans. Cela lui confère, en même temps
qu'une solide position sur la mer Jaune, des prétentions de « thalassocratie asiatique ». Le « break-up of China » lui
donne l'occasion de s'affirmer sur le continent asiatique. En 1894-1895, la guerre sino-japonaise éclate à la suite d'un
contentieux relatif à la Corée. Après y avoir écrasé une rébellion, les armées japonaises infligent des revers très
lourds à des troupes chinoises sous-équipées. Sur mer, les cuirassés japonais ont aisément raison d'une marine
chinoise obsolète, qui ne comporte qu'une quinzaine de bâtiments modernes. Le traité de Shimonoki, conclu avec la
Chine, octroie au Japon le contrôle de Formose, des îles Pescadores et de la péninsule du Liandong. De plus, la
Chine perd son influence privilégiée en Corée au profit du Japon.
En 1900, la révolte des Boxers, qui agite la Chine, voit une flambée de violence xénophobe et plus particulièrement
anti-occidentale, avec la bienveillance de l'impératrice Tseu-Hi. Il s'ensuit l'alliance des 8 puissances (6 grands États
européens, États-Unis et Japon), sous commandement allemand, pour écraser les rebelles. En récompense de sa
contribution, la Russie obtient des autres États l'occupation de la Mandchourie, tandis que le Japon n'obtient aucune
compensation, d'où un sentiment d'amertume doublé d'inquiétude face à la poussée russe en Extrême-Orient. Après
moultes tractations diplomatiques visant à échanger la reconnaissance de la souveraineté russe sur la Mandchourie en
échange de l'arrêt de l'expansion russe en Extrême-Orient, les négociations échouent. Le Japon rompt ses relations
diplomatiques avec la Russie le 6 février 1904 et coule la flotte russe de Port-Arthur le surlendemain, ne remettant la
déclaration de guerre que quelques heures plus tard. L'année 1904 se résume au siège de Port-Arthur, voyant les
Japonais déjouer toutes les tentatives de sauvetage et d'évacuation. En février-mars 1905, la bataille terrestre de
Moukden, mobilisant un demi-million d'hommes, est un succès majeur pour l'armée japonaise, qui ôte tout espoir de
secours terrestre à Port-Arthur. Envoyée depuis l'hiver 1904 pour dégager Port-Arthur, la flotte russe de la Baltique
est anéantie en mai 1905 dans le détroit de Tsushima. Sur ces entrefaites, les Japonais parviennent à forcer les portes
de Port-Arthur. Les deux parties ont intérêt à conclure la paix: la Russie a subi de nombreux revers et est secouée de
troubles internes au long de l'année 1905, tandis que les finances japonaises sont asséchées par le financement du
conflit. Le traité de Portsmouth, signé le 5 septembre 1905, ne « récompense » qu'imparfaitement le Japon. Si Tokyo
obtient le partage de Sakhaline et indirectement le contrôle de la Corée, aucune indemnité n'est versée et la présence
russe dans le Liaodong n'est pas remise en cause.
En 1914, le Japon se range aux côtés des Alliés, espérant faire main basse sur les possessions allemandes en Chine.
Après d'âpres combats et le traité de Versailles, il les obtient, ainsi que les archipels allemands du Pacifique. Il
dispose alors d'un axe Nord-Sud considérable et peut représenter une menace pour l'Inde, l'Australie ou la NouvelleZélande.
En 1918, il constitue le deuxième producteur mondial de cotonnade et de loin la première puissance économique
asiatique. Sa montée en puissance inquiète les Occidentaux, qui le considèrent désormais d'égal à égal. La conférence
de Washington sur le désarmement naval est révélatrice de ce nouvel état d'esprit. Le Japon s'y voit reconnaître une
flotte de guerre de 300 000 tonnes (contre 500 000 pour les marines britannique et américaine, qui ont davantage de
mers à surveiller, et 175 000 pour les marines française et italienne). Ce contingentement est pourtant vu par Tokyo
comme une entrave à sa volonté d'expansion en Asie, notamment vers la Chine, à l'époque plongée dans le désordre
institutionnel. Profitant d'une faille dans l'acte final de Washington (la non-mention des porte-avions), la flotte
japonaise s'en dote rapidement.
2. Début de la Seconde guerre mondiale en Chine
L'économie japonaise souffre rapidement du retour à la prospérité en Occident et voit ses débouchés se restreindre
rapidement. En 1925, l'archipel compte 2 millions de chômeurs et la crise de 1929 aggrave la situation. Cela
constitue un terreau fertile pour les idées militaristes et expansionnistes, très en vogue au sein de l'armée et du
personnel politique. Dès 1927, le général Tanaka fait établir et financer un plan de conquête terrestre de la
Mandchourie (rendue à la Chine en 1905). Ce plan est à double entrée: prendre la « Chine utile » d'une part, contrôler
le caoutchouc indochinois et le pétrole indonésien d'autre part. C'est ce que Tokyo dénommera en 1937 la « sphère
de co-prospérité asiatique ».
L'affaire de Mandchourie marque le coup d'envoi de la conquête japonaise de la Chine. Le 18 septembre 1931, une
attaque mineure d'éléments incontrôlés chinois sur la voie du chemin de fer de l'Est donne prétexte au Japon pour
intervenir militairement en Mandchourie, dont les soldats nippons prennent le contrôle en quelques semaines, suivant
un plan mûrement réfléchi. La réaction de Pékin est molle, se résumant à un boycott des produits japonais et à un
appel à la SDN, dont l'appel au retrait immédiat des troupes japonaises du territoire chinois reste sans écho.
Le 19 janvier 1932, un attentat anti-japonais perpétué à Shanghai fait 5 victimes, ce qui provoque un coup de force
japonais sur la ville et ses alentours, même si une médiation britannique parvient à calmer la situation en mai, en
revenant au statu quo. Il n'est en revanche pas question de retrait de Mandchourie, où Tokyo organise un État
fantoche confié à l'ancien empereur Pou-Yi, proclamé en août 1932: le Mandchoukuo. Une offensive menée début
1933 dans le Jéhol place les Mandchous et, par extension, les Japonais, au pied de la Grande Muraille. La Chine est
abandonnée à son sort par les puissances occidentales. Si une trêve est conclue entre Nankin et Tokyo par la suite, les
efforts de modernisation du gouvernement chinois de Tchang-Kaï-Tchek inquiètent l'état-major japonais, peu
enthousiaste à l'idée d'une Chine puissante. Décision est donc prise, au motif d'une jacquerie pro-chinoise dans le
Jéhol, de reprendre les armes en 1935. L'armée japonaise prend position sous les murs de Pékin et de Tianjin, dont
les garnisons chinoises restent en place.
En parallèle, le Japon esquisse un rapprochement diplomatique avec l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste le 25
novembre 1936, en concluant le pacte anti-Komintern, où Berlin et Rome reconnaissent le Mandchoukuo. Cela
suscite l'inquiétude de Moscou, qui enjoint les communistes chinois, alors en lutte avec Tchang, de cesser les
hostilités, et se rapproche de Nankin.
3. Vers Pearl Harbor
Le véritable début de la Seconde guerre mondiale se trouve à Shanghai, en juillet 1937, où un incident encore mal
élucidé oppose une compagnie japonaise à des irréguliers chinois, qui ouvrent le feu. Il s'ensuit une escalade de
violence où, quoique sans déclaration de guerre, Chine et Japon entrent ouvertement en conflit armé. Au Nord, Pékin
tombe rapidement ; Shanghai est pris le 27 octobre ; Nankin le 14 décembre. Le gouvernement chinois, replié à
Chongqing, n'abandonne pas la lutte et mène un combat implacable contre les Japonais, qui se rendent coupables
d'atrocités exacerbées par leurs théories des « Chinois inférieurs ». On estime que 200 000 civils sont massacrés à
Nankin, faits pour lesquels Tokyo présenta ses excuses en 1972, mais qui restent une pomme de discorde entre les
deux rives de la mer Jaune.
En plus de mettre la Chine occupée en coupe réglée, les Japonais coulent, le 12 décembre 1937, deux canonnières
(l'une américaine, l'autre britannique), prétextant l'erreur militaire. La réaction de Washington se borne à la livraison
d'armes à la Chine, tandis que ni le Royaume-Uni, ni la France -soucieuse de préserver l'Indochine au cas où- n'osent
s'avancer par rapport à la guerre de Chine. L'éclatement de la guerre en Europe, en septembre 1939, sort les ÉtatsUnis de leur torpeur, qui s'était déjà dissipée avec un plan de réarmement de la marine voté en juillet 1940 par le
Congrès. Le 26 septembre, constatant la caution du Japon à la politique de l'Allemagne nazie, Roosevelt demande
aux entreprises américaines de le placer sous embargo concernant 11 onze matières premières (dont l'essence et la
ferraille).
Le Japon pousse ensuite ses pions en Indochine française, qui est occupée en septembre 1940. Devant la menace d'un
réarmement américain déjà bien enclenché, les mois suivants se passent en tergiversations sur l'opportunité, ou non,
d'attaquer la marine américaine. L'implantation japonaise en Indochine du Sud pousse Roosevelt à durcir le ton,
gelant les avoirs japonais aux États-Unis. Le 15 octobre 1941, le cabinet Konoye est renversé, remplacé par celui de
l'amiral Tojo, qui, faute d'accord avec les États-Unis sur la Chine planifie le raid sur Pearl Harbor pour le 25
novembre.
2. L'Italie fasciste
L'Italie, avec 3 500 kilomètres de côtes, a toujours eu la volonté de maîtriser la Méditerranée et surtout l'Adriatique,
que le canal d'Otrante contrôle. Lorsqu'elle est en position de faiblesse, elle est un allié sûr des puissances
environnantes (c'est actuellement le cas avec l'OTAN) ; à l'opposé, quand elle se sent forte, elle fait cavalier seul et
tente de s'accaparer le contrôle de la Méditerranée. Mussolini disait à propos de la situation italienne: « L'Italie est
prisonnière en Méditerranée ; ses barreaux sont la Corse, la Tunisie, Malte et Chypre ; ses gardiens Gibraltar, Malte
et Suez. ».
Ce déterminisme géographique explique la politique suivie par Mussolini
1. Mussolini, le pragmatique
Pour comprendre l'Italie fasciste, il faut en comprendre les racines. Le fascisme est un contrôle unipartite de toutes
les forces politiques et syndicales assorti d'un contrôle de l'économie, de l'embrigadement et d'un nationalisme
marqué. L'appellation du mouvement est issue du faisceau que portaient les légionnaires romains en insigne. Italo
Balbo, proche de Mussolini, crée le premier faisceau de combat en 1919, restaurant ce terme.
Mussolini n'a pas de talents de communicant particuliers mais est d'une intelligence supérieure. Ce n'est qu'après
1935 que sa mégalomanie le troublera.
Prénommé Benito en hommage au président mexicain Juarez, Mussolini naît en 1883 en Emilie-Romagne d'un père
forgeron et d'une mère institutrice. Rapidement, il lit les auteurs socialisants, comme Marx, Proudhon ou Sorel et s'en
imprègne. Devenu enseignant en 1901, il s'établit ensuite maçon en Suisse afin d'éviter le service militaire.
Il y découvrira Nietsche et Machiavel, dont il retiendra les thèses sur le surhomme et la conquête du pouvoir.
Il a en commun avec Hitler d'avoir une mémoire remarquable.
De retour en Italie en 1905, il travaille comme journaliste à l'« Avanti », revue socialiste. Antimilitariste et
anticlérical virulent, il approuve la guerre contre l'empire ottoman en 1912. En 1914, il est partisan de la neutralité
jusqu'en octobre, avant de virer sa cuti et de plaider pour un rapprochement de l'Italie avec la Triple Entente. Se
revirement s'explique par les efforts financiers du quai d'Orsay en sa faveur. Cette orientation lui vaut l'inimité des
socialistes, d'où son départ de l' « Avanti » pour fonder « Il popolo d'Italia », grâce à des fonds français. Désormais
acquis à la guerre, il s'engage quand l'Italie entre en guerre et se distingue sur les Alpes, où il se convainc que le
surhomme se révèle lors des conflits armés: « la guerre est la grande éducatrice des peuples. » dira-t-il plus tard.
La déception du traité de Versailles le heurte autant qu'une large partie de l'opinion italienne. C'est à cette occasion
que la chemise noire fait son apparition chez les fascistes, en référence au « deuil de la victoire ». Les difficultés
économiques d'après-guerre, la non-reconversion de l'économie notamment, génèrent un chômage de masse.
Les faisceaux, groupes paramilitaires sous l'autorité de Mussolini, se font connaître en aidant le patronat contre les
syndicalistes et communistes. Prenant de plus en plus d'importance, Mussolini organise, du 27 au 29 octobre 1922, la
marche sur Rome avec 700 000 partisans, que le pouvoir préfère ne pas entraver, afin d'éviter l'effusion de sang. Le
roi Victor-Emmanuel III ouvre les portes de l'Histoire à Mussolini en lui confiant la présidence du Conseil des
ministres.
Le premier cabinet Mussolini ne comporte que 4 ministres fascistes, mais l'émiettement des partis politiques italiens
garantit la prééminence de ceux-ci. Le 6 avril 1924, les élections législatives donnent une majorité fasciste à la
Chambre à cause d'un éparpillement des voix non-fascistes. Le 3 janvier 1925, Matteotti, l'un des principaux
opposants, est enlevé et tué ; la proclamation de l'État fascistes suit peu après: en 1927, le Parlement est suspendu et
remplacé par un Grand Conseil fasciste.
Le régime se rend assez populaire, car il apporte enfin la stabilité à l'Italie. Les accords de Latran, en 192,
normalisent les relations entre Rome et le Saint-Siège. Cela occulte les brutalités et méthodes radicales employées
par les fascistes. Le pouvoir mène en parallèle les « batailles » du blé et du riz, afin de mener le pays à l'autonomie
alimentaire, et procède à des grands travaux d'infrastructures. La première autoroute de l'Histoire est inaugurée entre
Turin et Milan.
Les syndicats sont interdits ; les corporations, associations de toutes sortes, ainsi que l'enseignement, sont
réquisitionnées par le pouvoir, qui s'en sert comme d'un instrument d'embrigadement de l'individu dès son plus jeune
âge. Le « chef », survalorisé, reste populaire.
La politique étrangère menée par Mussolini est au début prudente. En 1923, l'Italie règle ses différents frontaliers
avec la Yougoslavie ; en 1926, un traité d'amitié est conclu avec l'Albanie, doublé en 1927 d'un accord naval sur le
port albanais de Durazo, ouvert aux navires italiens. Rome veut rassurer, craignant toujours la réunion de l'Autriche
et de l'Allemagne. Les accords de Locarno voient l'Italie au cœur des négociations. Mussolini garantit d'ailleurs les
frontières européennes. Dans le même temps, l'Italie mène un important effort de réarmement, violant allègrement
les restrictions de Washington (500 000 tonnes au lieu des 150 000 acceptées). Sous l'égide d'Italo Balbo, l'aviation
italienne devient la première d'Europe et esquisse les bombardiers à long rayon d'action.
A Bari, on installe une radio à ondes longues destinée à la rive méridionale de la Méditerranée, émettant en arabe
afin de soulever les peuples musulmans des colonies françaises et britanniques, en dépit du fait que l'Italie est aussi
une puissance coloniale dans la région.
L'accession au pouvoir d'Adolf Hitler en Allemagne, le 30 janvier 1933, suscite d'abord la méfiance de Mussolini.
En 1934, des velléités d'Anschluss sont contrecarrées par l'envoi immédiat de 6 divisions italiennes sur le col du
Brenner. Cette action rend Mussolini populaire auprès de la France et du Royaume-Uni. La France, espérant trouver
en l'Italie un allié contre une Allemagne militariste, tolère sans mal le réarmement italien. En 1935, Pierre Laval cède
la bande d'Aozou à l'Italie. La dénonciation par l'Allemagne du traité de Versailles pousse la France, le RoyaumeUni et l'Italie à négocier à Stresa un front commun, ce qui débouche essentiellement sur des déclarations sans
objectifs concrets.
2. La guerre d'Éthiopie
L'Italie, solidement implantée dans l'Est de l'Afrique, lorgne vers l'Éthiopie, ce qui lui permettrait de gagner en
prestige par un succès extérieur et d'étalonner sa nouvelle armée. En octobre 1934, des soldats éthiopiens ouvrent le
feu sur des troupes « indigènes » italiennes. Cet incident, connu sous le nom d'incident d'Oual-Oual, est difficile à
analyser: la frontière entre l'Éthiopie et l'Érythrée italienne est alors mal déterminée. Rome hausse rapidement le ton
et fait affluer des renforts militaires sur la mer Rouge. L'affaire ne suscite qu'une réaction mesurée de Paris, prêt à
tolérer la conquête de l'Éthiopie en échange d'une alliance solide avec Rome en Europe. Seule Londres hausse le ton,
sans conséquences:
si l'Italie est effectivement condamnée par la SDN à des sanctions économiques, elle reçoit des matières premières
d'Allemagne qui lui permettent d'éviter la sanction. Le 2 octobre 1935, les hostilités démarrent. A 500 avions contre
7 et un niveau d'équipement incomparablement supérieur, l'armée italienne n'a aucun mal à défaire les troupes
éthiopiennes. Le gazage délibéré des populations civiles est inauguré à l'occasion de cette guerre. Le 5 mai 1936,
Addis-Abeba tombe. La participation française au vote des sanctions lui aliène la sympathie de l'Italie, qui se
rapproche alors de l'Allemagne.
Le soir de la victoire, Mussolini prononce un discours au Capitole, proclamant que « Rome et la Méditerranée
reprennent leurs fonctions universelles. ». La joie est vive dans les foules italiennes, qui manifestent à grand renfort
de drapeaux tricolores.
Il reste de cette guerre un souvenir profond, dû aux traumatismes infligés aux Éthiopiens sur le terrain.
Le 4 juillet 1936, le nationaliste kenyan Jomo Kenyatta en appelle à la « solidarité africaine ».
Enfin, les « ensablés », soldats italiens « oubliés » sur place après la Seconde guerre mondiale, se sont fixés dans la
région, devenus apatrides.
3. De la guerre d'Espagne à 1940
En 1936, l'Espagne s'embrase. Suite à la victoire électorale du « Frente popular », l'armée, largement
anticommuniste, fomente un putsch. Instigateur du putsch, le général Sanjurjo se tue dans un accident d'avion dès les
premiers jours du conflit. Francisco Franco, commandant des forces espagnoles au Maroc, prend la relève. L'Italie
prête assistance aux militaires espagnols: bloqués au Maroc par des marins loyalistes, ils se voient convoyés par 15
trimoteurs italiens sur l'Espagne européenne dans ce qui est le premier pont aérien de l'Histoire. En décembre 1936,
14 000 « volontaires » italiens arrivent en Espagne ; ils seront 44 000 un an plus tard. La proximité entre Mussolini et
Franco explique cet empressement à aider les mutins. Le cuivre espagnol et les ports sur l'Atlantique sont une autre
motivation de cette aide. L'aviation italienne se livre à un double bombardement de Barcelone, dont le second dure
48 heures, tue 3 000 personnes, en blesse 25 000 autres, et rase des quartiers entiers. Cela déclenche la première
condamnation verbale du fascisme par le pape Pie XI.
Le 20 octobre 1936, la création de l'axe Rome-Berlin est annoncée au monde par le Duce. Le pacte anti-Komintern
est signé le 25 novembre en y incluant le Japon. La SDN, devant le conflit espagnol, mandate la marine italienne
pour surveiller les côtes tenues par les républicains, ce qui ne fait qu'aider Franco.
La France n'intervient pas directement mais tolère le passage des brigades internationales sur son territoire pour aider
les républicains.
Alors que le sort des armes tourne peu à peu en faveur de l'armée, Mussolini oriente sa politique dans un sens
francophobe plus prononcé. En 1939, il prononce un discours virulent devant le Grand Conseil fasciste réclamant la
Corse, Nice et la Tunisie. Le 7 avril 1939, l'Italie occupe l'Albanie et dépose le roi Zog. Cela lui garantit le contrôle
total de l'Adriatique. Peut-être est-ce là le faîte de la puissance de l'Italie fasciste.
Le 21 mai 1939 est conclu le pacte d'acier entre l'Italie et l'Allemagne, qui introduit une solidarité entre les deux pays
si l'un se lance dans une guerre offensive. Pourtant, le pacte Molotov-Ribbentrop et l'état d'impréparation de
l'économie italienne à une guerre d'envergure poussent Ciano, ministre des Affaires étrangères, à freiner le
rapprochement germano-italien. Ciano obtient de Mussolini de différer l'entrée de l'Italie dans la Seconde guerre
mondiale lorsque le conflit éclate en septembre 1939. Ce n'est que le 10 juin 1940 que les Italiens attaquent la
France. L'ambassadeur de France, François-Poncet, évoque alors un « coup de poignard à un homme déjà à terre ».
L'offensive italienne sera contenue sur Menton malgré un avantage numérique d'un facteur de 33. En entrant en
guerre, Mussolini ne suit pas la volonté de l'opinion publique. C'est le début du divorce avec le peuple italien.
G/ La Seconde guerre mondiale
Il s'agit de la première guerre où les pertes civiles excèdent les morts sur les champs de batailles. Ce conflit cause
environ 60 millions de morts. Aucun des belligérants n'est irréprochable dans son attitude, tant pour le
déclenchement du conflit qu'en ce qui concerne les crimes de guerre commis. C'est aussi le premier conflit dont la
dimension est réellement mondiale et qui est essentiellement motivé par les idéologies. Il convient de ne pas oublier
que la guerre a débuté en Chine en 1937, et non en Pologne en 1939.
Les 8 août et 2 septembre 1945 sont signées les capitulations qui y mettent un terme.
1. Les choix stratégiques
1. Adolf Hitler
A. La guerre de mouvement
Dans un premier temps, l'Allemagne nazie, à l'origine des hostilités sur le théâtre européen des opérations, mène une
stratégie offensive. Jusque fin 1941, ses choix relèvent de la Blitzkrieg. En 1939, l'Allemagne a la première armée du
monde est susceptible d'être rattrapée à terme par l'armée française en raison de l'effort de réarmement considérable
opéré par le gouvernement Daladier. De plus, le Royaume-Uni augmente aussi ses crédits militaires et l'Union
soviétique, malgré les purges au sein de l'Armée rouge, reste une puissance considérable. Pour éviter de combattre
sur deux fronts, Hitler s'attire les bonnes grâces de Staline par le pacte germano-soviétique du 23 août 1939.
Cela permet à l'Allemagne de lancer son offensive sur la Pologne en toute quiétude le 1 er septembre 1939.
Comme prévu, l'Armée rouge complète cette offensive le 17 septembre en prenant à revers des Polonais déjà en
difficulté. La France et le Royaume-Uni, qui ont déclaré la guerre à l'Allemagne le 3 septembre, ne lancent aucune
offensive de revers. Une petite incursion française en Sarre du 9 au 21 septembre n'est pas poursuivie malgré la
possibilité d'atteindre rapidement le Rhin. Les Franco-britanniques abandonnent la Pologne à son sort et se préparent
pour une guerre de position, attendant que leurs investissements leur permettent de reprendre le dessus en termes
d'armement.
Sur les conseils des généraux Erich von Manstein et Heinz Guderian, Hitler avait avalisé la mécanisation des
offensives. L'Allemagne est le premier pays à se doter de divisions blindées dignes de ce nom. L'emploi de telles
unités avait été préconisé dans un premier temps par Charles de Gaulle, mais ce dernier, alors colonel, n'avait guère
été écouté par un état-major plus soucieux de protéger les frontières que de mener une guerre offensive. Au début
1940, bien qu'ayant un nombre de blindés supérieur à celui de l'Allemagne, la France n'aligne que 3 divisions
blindées, le reste des éléments étant disséminé comme force d'appui à l'infanterie. Guderian, dans la droite ligne des
théories de Clausewitz sur le choc « du fort au fort », préconise une puissance de feu concentrée et mobile, d'où
l'emploi combiné de l'aviation d'attaque et de l'arme blindée. La stratégie d'ensemble de l'Allemagne consiste dans un
premier temps à contrôler la mer du Nord, pour disposer du minerai de fer suédois, lequel s'exporte via le port
norvégien de Narvik.
Le 9 avril 1940, l'opération Weser est lancée: le but est de vaincre la Norvège et le Danemark. Le 16 avril, les
Allemands sont à Narvik. Une opération franco-britannique de secours aux Norvégiens permet le 27 de les en
déloger, mais ce succès restera sans lendemain. L'Allemagne domine la Scandinavie à l'été 1940.
Le plan d'invasion de l'Europe de l'Ouest est mis en place par von Manstein et Guderian. L'objectif est de fixer
l'armée française sur la ligne Maginot tout en s'emparant de la Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg par
l'emploi massif des blindés, de l'aviation et des parachutistes. On estime ainsi que les Franco-britanniques tenteront
d'aider les Belges, ce qui fixera leurs réserves dans les plats pays. Le front serait ensuite crevé dans les Ardennes,
mal défendues.
Le 10 mai 1940, l'aviation allemande soumet la Belgique et les Pays-Bas à un déluge de feu. Rotterdam est rasée aux
bombes au phosphore. Conformément aux prévisions allemandes, l'armée française et le corps expéditionnaire
britannique entrent en Belgique pour contenir l'offensive allemande. Le 13, Guderian lance une offensive blindée
dans la vallée de la Meuse, point faible des défenses françaises. La percée réussit et provoque l'encerclement des
armées française, britannique et belge sur les rives de la mer du Nord, vers Dunkerque. Dans le même temps, l'armée
néerlandaise se rend le 15 afin d'éviter de nouveaux bombardements meurtriers. Du 25 mai au 3 juin, la Royal Navy,
avec l'aide de la Royal Air Force et de l'infanterie française, mène l'opération Dynamo afin d'évacuer Dunkerque.
Cela permet de retirer sans trop de pertes les troupes britanniques et quelques unités françaises, mais celles-ci sont
désormais hors de combat. Ailleurs, l'armée française subit une débâcle sans précédent malgré quelques succès
comme les contre-attaques de blindés menées par de Gaulle en Picardie. La France, qui ne dispose mi-juin que de 50
divisions en déroute, ne peut plus guère espérer contenir l'avance allemande (même si la faiblesse de la logistique et
l'état de fatigue des troupes allemandes auraient sans doute permis un léger répit), et doit se battre sur deux fronts
avec l'entrée en guerre de l'Italie. Le 16 juin, le cabinet Reynaud démissionne, voyant le maréchal Pétain arriver au
pouvoir avec l'idée de conclure l'armistice, signé le 22 à Rethondes. En 6 semaines, la France est vaincue.
L'intérêt d'Hitler pour la France réside dans sa puissance navale, sa vaste façade atlantique et les ressources de son
empire. C'est pourquoi on tente de se concilier les bonnes grâces du pays, en établissant un gouvernement fantoche
(le régime de Vichy) à partir du 10 juillet 1940. La France n'est pas administrée directement par les Allemands.
A ce stade de la guerre, le succès n'est pas total, puisque le Royaume-Uni continue la lutte, au grand dam d'Hitler,
qui espérait conclure un armistice avec lui. Winston Churchill, arrivé au 10 Downing Street le 10 mai 1940, affirme
dans un discours le 4 juin 1940 une extrême détermination à combattre l'Allemagne. L'état-major allemand planifie
alors l'opération Seelöwe, plan d'invasion terrestre du Royaume-Uni, dont l'opération nécessite la maîtrise des airs.
Le premier volet du plan consiste donc à éliminer la Royal Air Force, tout en brisant l'appareil industriel britannique.
La bataille d'Angleterre commence en juillet 1940 et voit la Luftwaffe aux prises avec la Royal Air Force. Après
s'être assuré le contrôle de la Manche, les Allemands lancent des raids sur les villes anglaises. La résistance
britannique est vive, et les impréparations tactiques allemandes (capacité insuffisante des bombardiers pour causer
des dommages décisifs et trop faible autonomie des chasseurs d'escorte) compliquent la tâche des assaillants malgré
une supériorité numérique. Dès septembre, les attaques allemandes se cantonnent aux raids de nuit. Le 15 septembre,
une tentative de raid massif sur Londres est partiellement déjouée par les Britanniques, qui abattent près de 100
appareils allemands. Devant l'impossibilité à vaincre la Royal Air Force, Hitler renonce à l'opération Seelöwe et
réduit l'intensité des attaques aériennes, qui s'arrêteront à l'été 1941.
Ailleurs en Europe, l'Allemagne rencontre des succès notables: en obtenant l'alliance de la Hongrie, de la Roumanie
et de la Slovaquie (issu du dépeçage de la Tchécoslovaquie), elle s'assure une Mitteleuropa solide. En octobre 1940,
l'Italie tente une offensive contre la Grèce qui, soutenue par les Britanniques, résiste et met en déroute l'armée
italienne. Cela oblige l'Allemagne à lancer une offensive imprévue dans les Balkans en avril 1941 et à différer
l'offensive prévue contre les Soviétiques. En 4 jours, l'Allemagne balaie la Yougoslavie avec l'aide de sécessionnistes
croates (qui collaboreront étroitement avec l'occupant par la suite). Les Grecs résistent malgré un rapport de forces
très défavorable, et tiennent 3 semaines avant de capituler. Les Britanniques tentent de tenir la Crète pour éviter
d'être évincés de Méditerranée orientale, mais une vaste opération aéroportée allemande les en chasse entre le 20 mai
et le 1er juin. Voyant l'Allemagne occuper la Grèce, la Turquie se déclare neutre, malgré des velléités d'alliances avec
la France et le Royaume-Uni au début du conflit.
B. « Festung Europa »
Le 22 juin 1941, l'Allemagne déclenche une offensive surprise contre l'Union soviétique. Les Soviétiques, mal
équipés et commandés, subissent des pertes importantes dans un premier temps. Le 17 juillet, Hitler donne l'ordre
d'orienter l'offensive au Sud du pays, pour contrôler les plaines agricoles ukrainiennes et à plus long terme le pétrole
azéri.
Cela donne un répit inespéré aux Soviétiques, qui parviennent alors à conserver Leningrad et Moscou jusqu'en hiver,
à réorganiser leur industrie derrière l'Oural et à mettre en place les chars T-34.
En 1942, les Allemands reprennent le chemin de l'offensive en Union Soviétique, ce qui échoue suite à la terrible
bataille de Stalingrad (septembre 1942 à février 1943). Le groupe d'armées A, opérant au Sud, échoue lui aussi à
prendre Bakou. C'est là le tournant de la guerre.
En Afrique du Nord, les hostilités ont été engagées fin 1940 entre les Italiens et les Britanniques. Suite à l'envoi de
divisions allemandes en 1941 pour soutenir des Italiens en difficulté, attaques et contre-attaques se succèdent jusqu'à
l'engagement décisif à el-Alamein, où une bataille de chars se livre en octobre 1942, qui voit l'échec définitif de
l'Axe à s'emparer de l'Égypte et la prise de l'initiative par les Britanniques dans la région. L'opération Torch, le 7
novembre 1942, voit l'Afrique du Nord française tomber aux mains des Alliés et la France libre s'y installer.
La stratégie allemande devient alors purement défensive: on tiendra du mieux qu'on peut à l'Ouest et on s'accrochera
sur le front de l'Est. Cependant, la défaite de Koursk, lors de la plus grande bataille de chars de l'Histoire en juillet et
août 1943, ôte tout espoir de victoire à l'Allemagne. La défaite, en raison de l'entente des Britanniques et des
Soviétiques, mais aussi de l'apparition des États-Unis sur le théâtre européen, est désormais certaine.
2. Winston Churchill
Le Royaume-Uni se retrouve rapidement réduit à réagir aux initiatives allemandes. Le 10 mai 1940, Churchill est
nommé Premier ministre suite à la démission de Neville Chamberlain. Ancien Premier lord de l'Amirauté durant la
Première guerre mondiale, il doit d'abord gérer la paix séparée signée par la France. La Royal Air Force, mise en état
d'alerte maximale et aidée par l'invention récente (en 1935) du radar, résiste aux raids allemands sur la GrandeBretagne dans les derniers mois de 1940. Convaincu que les États-Unis finiront par intervenir, Churchill prône la
résistance coûte que coûte. Cette attitude est d'autant plus courageuse que les sous-marins allemands, bénéficiant des
ports de l'Atlantique français et espagnols, font la chasse aux convois de ravitaillement et tentent d'asphyxier
l'économie britannique, y parvenant dans un premier temps.
Le 22 juin 1941, le Royaume-Uni signe des accords avec l'Union soviétique, y acheminant des armes via l'océan
Indien, l'Inde, l'Iran, puis la mer Caspienne (ce qui explique l'empressement des Allemands à attaquer Bakou, dont la
prise aurait changé le cours de la guerre), ou par la Norvège, ce qui provoque d'incessants raids de la Luftwaffe sur
les convois britanniques. Le déchiffrage du code Enigma, par lequel les Allemands cryptaient leurs communications,
permet aux Britanniques de mieux appréhender les mouvements allemands sur l'Atlantique et de reprendre peu à peu
le dessus.
Un autre objectif poursuivi par les Britanniques est la préservation du canal de Suez, que l'Afrikakorps menace
sérieusement, à plus forte raison après la perte de la Grèce. Un effort considérable est mené pour tenir l'Égypte et
mettre en échec les offensives allemandes. L'opération Torch provoque la prise en tenailles des Allemands, qui
évacuent la Tunisie en mai 1943. Le mois suivant, Churchill fait initier la campagne d'Italie, afin de couper l'herbe
sous le pied de l'Armée rouge par la suite. Cependant, la dureté de la résistance allemande une fois l'Italie fasciste
vaincue (en juillet 1943) contrarie son plan initial qui était de remonter vers Vienne, puis de contenir la poussée
soviétique.
Devant l'insistance de Staline à la conférence de Téhéran (28 novembre-1er décembre 1943) pour ouvrir un nouveau
front, Churchill planifie de concert avec Roosevelt un débarquement sur les côtes françaises pour la mi-1944.
3. Joseph Staline
Staline a longtemps tenu pour impossible que l'Allemagne attaque l'Union Soviétique. Contrairement à ce qui a
longtemps été dit, Staline n'avait pas fait signer le pacte germano-soviétique pour gagner du temps, mais pour obtenir
les pays baltes et la partie orientale de la Pologne. Une fois l'opération Barbarossa déclenchée, Staline se nomme luimême maréchal, nomme un comité de Défense, restaure les décorations de l'armée tsariste afin de jouer de la fibre
patriotique, ordonne le repli de l'industrie derrière l'Oural et met en place des officiers politiques pour galvaniser
l'Armée rouge. L'offensive allemande est arrêtée juste devant Moscou. L'effort de guerre et le soutien logistique des
Alliés fournissent un soutien de choix à l'URSS, qui prend l'initiative du conflit après la bataille de Stalingrad.
Une fois l'issue du conflit acquise, Staline fait mettre en place l'opération Bagration. L'Armée rouge enclenche une
vaste offensive sur la Biélorussie, impliquant 2 millions d'hommes, mais laisse la Wehrmacht réprimer l'insurrection
de Varsovie afin que les mouvements polonais non-communistes soient brisés par la suite. Ayant fait la décision,
Staline fait bifurquer ses troupes vers le Sud, afin de libérer les Balkans, à l'exception de la Yougoslavie, et d'y
implanter ses troupes. A la fin 1944, l'Armée rouge remonte sur la Hongrie, achève la libération de la Pologne et se
prépare à frapper l'Allemagne. L'occupation du terrain place l'Union Soviétique en position de force pour les
négociations d'après-guerre. Le vieux rêve russe de contrôler l'Europe de l'Est est en passe d'être réalisé grâce à
l'Armée rouge et à ses T-34.
4. Franklin Delano Roosevelt
Diplomate de carrière, très au fait des affaires internationales, le président américain a été Secrétaire à la Marine sous
Wilson. Président cultivé et charmeur, il inaugure les « discussions au coin du feu », radiodiffusées dans tous les
États-Unis. Atteint de poliomyélite, il est fréquemment alité, ce qui lui posera des difficultés considérables à la fin de
sa vie. En 1939, les États-Unis n'ont que la seizième armée mondiale et sont encore en marge des affaires
européennes.
Les ventes d'armes à la France et au Royaume-Uni sont toutefois relancées, tout comme le réarmement de la Marine
en 1938. La défaite française préoccupe fortement Roosevelt, comme l'opinion américaine en général, même si cela
ne suffit pas à motiver une intervention directe dans le conflit.
Le 27 janvier 1941, Roosevelt décide de concert avec son chef d'état-major le général George Marshall, de pointer
l'Allemagne comme l'ennemi prioritaire (« Germany first! »).
La loi du 11 mars 1941 (prêt-bail) permet au Royaume-Uni, à l'Union soviétique, à la Chine et à la Grèce de
s'équiper en matériel américain.
Le 14 août 1941, la Charte de l'Atlantique énonce les principes que l'on retrouvera à la conférence de San Francisco
pour la création de l'ONU. Le nazisme, les guerres, y sont condamnés, et la sécurité affirmée. Le 8 décembre 1941,
les États-Unis et le Japon entrent en guerre suite au raid sur Pearl Harbor ; en représailles, le 11, l'Allemagne et
l'Italie déclarent la guerre aux États-Unis: le pays est pleinement entré dans le conflit. En janvier 1943, la conférence
de Casablanca met les Alliés et la France libre d'accord pour une capitulation allemande sans conditions.
Les exigences de Staline à Téhéra, obligent les Anglo-saxons à prévoir un débarquement d'envergure en France, ce
qui est effectué le 6 juin 1944 sur les côtes du Calvados. Cette opération, suivie en août du débarquement en
Provence, marque le début de la fin pour le Troisième Reich, déjà aux abois à l'Est et en Italie. Malgré une résistance
désespérée, qui se traduit par la contre-offensive des Ardennes à l'hiver 1944-1945, puis par l'usage massif des civils
et adolescents au front durant les premiers mois de 1945, l'Allemagne est vaincue. Le 30 avril, Hitler se suicide suite
à la prise du Reichstag par les Soviétiques, et le 8 mai l'Allemagne capitule. La guerre prend fin en Europe.
2. La guerre du Pacifique (1937-1945)
Apprenant l'explosion de la bombe atomique d'Hiroshima, Albert Einstein déclara: « seules deux choses sont
infinies: l'univers et la bêtise humaine. Pour le premier, je ne suis pas catégorique. ». Ce 6 août 1945, le Japon subit
le premier feu nucléaire de l'Histoire, ce qui clôt une guerre d'une rare âpreté et fait franchir un cap décisif à la
capacité de destruction militaire. Pour la première fois, l'anéantissement total est envisageable.
1. La conquête japonaise
Le but du Japon est de partager le Pacifique avec les États-Unis, à la manière du traité de Tordesillas (partage du
monde entre l'Espagne et le Portugal en 1494). En 1941, le Japon tente d'étouffer la résistance chinoise en tenant les
côtes du pays ainsi que l'Indochine française. Cependant, son l'expansionnisme continu provoque un rapprochement
entre Britanniques et Américains pour s'y opposer, d'où l'attaque de Pearl Harbor le 7 novembre. Le raid, s'il affaiblit
fortement la flotte américaine du Pacifique, échoue à la priver de ses porte-avions, dont l'importance se révèlera
décisive par la suite.
Le raid sur Pearl Harbor est suivi d'attaques massives sur Singapour, puis Hong-Kong (qui tombe le 25 décembre).
Les HMS « Repulse » et « Prince of Wales », cuirassés qui faisaient la fierté de la marine britannique, sont coulés
lors du siège de Singapour. Pour prendre Singapour, les Japonais débarquent en Malaisie puis prennent l'île à revers,
évitant ainsi d'affronter la puissante artillerie sur place. Le 15 février 1942, le général Percival se rend avec 80 000
hommes aux Japonais: la fin de l'empire britannique se profile. De plus, voyant le rapprochement de la menace
japonaise, l'Australie et la Nouvelle-Zélande préfèrent se rapprocher des États-Unis, ce qui explique de loin la
signature des accords dits de l'ANZUS en 1951 entre les États-Unis et les deux puissances océaniennes. Établis aux
Philippines, les soldats américains du général Mac Arthur savent que la priorité donnée à la lutte contre l'Allemagne
les condamne à ne pas recevoir de soutien. Le 12 mars 1942, la forteresse de Corregidor tombe. Mac Arthur
prononce alors son fameux
« I shall return! » (« Je reviendrai! ») en évacuant l'île.
Du 10 janvier au 8 mars 1942, les Japonais réalisent la conquête de l'Indonésie, plaçant l'Australie en première ligne ;
sur le même intervalle, ils s'emparent du Myanmar et menacent directement les Indes britanniques. L'aviation
japonaise effectue au printemps 1942 des raids sur Darwin et Townsville, tandis que la marine planifie une invasion
de l'Australie. Cependant, les Américains sont parvenus à décrypter les codes secrets utilisés par les Japonais, et sont
donc au fait de leurs préparatifs. En mai 1942, la bataille de la mer de Corail est la première bataille aéronavale de
l'Histoire: les flottes n'entrent pas en contact visuel, mais s'affrontent par escadrilles interposées. Les Japonais y
perdent 2 porte-avions, contre un seul pour les Américains, tandis que les Australiens subissent très peu de pertes.
L'invasion de l'Australie doit être différée, faute de vecteurs. Côté américain, les USS « Hornet » et « Enterprise »,
qui réchappent à la bataille comme au reste de la guerre, sont utilisés à des fins de propagande. Le Hornet avait déjà
servi, le 18 avril, au raid Doolittle sur Tokyo: après avoir décollé de ce porte-avions, 16 bombardiers B-25 avaient
légèrement bombardé la capitale japonaise avant de se poser en Chine.
Pour briser la résistance américaine, l'amiral Yamamoto souhaite un choc frontal décisif. Toutefois, l'empereur lui
refuse une partie des moyens disponibles, préférant les répartir entre l'Indonésie et le Pacifique. Sur ces entrefaites,
les Britanniques s'emparent de la rade française de Diego-Suarez à Madagascar, afin de sécuriser l'océan Indien, où
transite l'aide à l'URSS. Enfin, la résistance britannique en Inde est forte et les Japonais piétinent aux portes du
Bangladesh actuel. Afin d'avoir le soutien de toute la population indienne, les Britanniques promettent à Ali Jinnah,
nationaliste musulman, un État musulman indépendant après la guerre. En parallèle, ils parachutent des commandos
dirigés par le commandant Wingate derrière les lignes japonaises, afin d'y mener des actions de sabotage.
Dans le même temps, en Afrique du Nord, les Allemands piétinent. Peu à peu, le plan Raeder (rencontre entre
Allemands et Japonais à Lahore après avoir vaincu les Britanniques en Égypte et en Inde, et les Soviétiques à Bakou)
devient utopique.
En route pour Midway, où elle compte détruire la flotte américaine, la marine japonaise se fait discrète. Elle n'émet
qu'une seule fois, ce qui suffit à la faire localiser et à mettre en alerte les forces américaines. Du 3 au 6 juin 1942, la
bataille fait rage. La précision des radars américains permet d'infliger des dégâts considérables aux Japonais, qui en
contrepartie coulent le porte-avions « Yorktown ». Cependant, l'acharnement sur ce dernier navire mobilise toutes les
forces japonaises, laissant la flotte à découvert, à la merci des appareils américains ; ceux-ci coulent les 4 porteavions japonais, réduisant à néant les capacités de projection de l'Archipel. Si l'on ajoute l'immense production
industrielle américaine au bilan de la bataille, il est clair que la guerre est jouée à plus ou moins long terme. La
dernière offensive japonaise, à Guadalcanal, est arrêtée puis rejetée à la mer entre août 1942 et février 1943.
2. La victoire américaine et alliée
Depuis Pearl Harbor, le plan américain était clair: limiter au maximum l'expansion japonaise, puis contre-attaquer
lorsque les circonstances le permettraient. A la fin 1942, le climat paraît propice, puisque les forces de l'Axe piétinent
en Asie et refluent en Europe et en Afrique du Nord.
Dans le Pacifique, les sous-mariniers américains se rendent peu à peu maîtres de la situation, grâce à des périodes de
repos plus fréquentes et à la supervision de la construction des sous-marins par leurs futurs commandants. Au cours
du conflit, le Japon perdra 5,32 millions de tonnes de navires marchands, soit environ 90% de sa marine marchande.
En août 1943, à la conférence de Québec, Roosevelt autorise à ré-attaquer dans le Pacifique suivant deux axes: le
Pacifique central (Micronésie puis Philippines), et le Pacifique méridional (îles Salomon puis Indonésie), tout en
évitant les deux bases japonaises sur l'atoll de Truk (Micronésie) et à Rabaul (au large de la Nouvelle-Guinée). Ainsi,
c'est une offensive île par île, dans la tactique du « saut de mouton », qui se met en place. Chaque île est la cible
d'une « task force », formée d'un porte-avion, de deux cuirassés de classe « Iowa », de sous-marins d'escorte et de
matériel de débarquement. Les îles sont préalablement soumises à un déluge de feu et leur conquête est extrêmement
difficile en raison de l'ardeur que mettent les Japonais à les défendre. Tarawa est la première île reprise ; suivent les
îles Marshall, puis la Micronésie. Au Sud, les îles Salomon sont peu à peu reprises
En octobre 1944, les Philippines, où sévissait une puissante guérilla anti-japonaise, se libèrent. Les mois de février et
mars 1945 sont occupés par la bataille d'Iwo Jima, îlot volcanique situé à 1 200 kilomètres au sud de Tokyo.
Les combats y sont d'une rare violence, mais la supériorité en nombre et en armement des Américains a finalement
raison des défenseurs japonais. Les prisonniers sont rares, les soldats japonais préférant le suicide à la capitulation.
De plus, de nombreux civils préfèrent se suicider que de subir une occupation américaine. La prise d'Okinawa, dans
l'archipel des Ryu-kyu, se solde par un bilan comparable en juin. Avec la prise d'îles proches du Japon, les
Américains disposent au printemps 1945 d'une tête de pont pour intensifier leurs raids sur l'Archipel. La riposte
japonaise, avec des moyens de plus en plus restreints et inférieurs à ceux de l'adversaire, se résume à l'usage des
kamikazes.
Le 7 avril 1945 a lieu l'opération Ten-Go, baroud d'honneur de la marine japonaise, où le super-cuirassé « Yamato »
et 9 autres navires de guerre sont utilisés dans une attaque désespérée contre la marine américaine près d'Okinawa.
L'écrasante supériorité aérienne de l'United States Air Force provoque la mise hors de combat de tous ces bâtiments.
Cependant, tenter une telle opération atteste de la farouche détermination des Japonais à résister coûte que coûte, fûtce contre toute raison, alors que la guerre est à l'évidence perdue.
3. « Apocalypse Now »
Les travaux récents de Tsuyoshi Hasegawa démontrent que le général Eisenhower, chef de l'état-major américain,
assiste aux premiers essais nucléaires. Quand le président Harry Truman, qui remplace Roosevelt décédé le 12 avril
1945, lui annonce son intention d'utiliser la bombe atomique contre le Japon, il démissionne mais le président le
maintient. Alors que les États-Unis ont officiellement annoncé que la prise du Japon leur coûterait 500 000 hommes,
il est prouvé que cette estimation était exagérée. La politique du général Tojo, puis de ses successeur le général
Koiso et l'amiral Suzuki suscitait le mécontentement populaire au Japon et le temps jouait en faveur des États-Unis.
En fait, trois coupables portent la responsabilité de l'usage de l'arme atomique en août 1945 contre les villes
d'Hiroshima et de Nagasaki.
Le premier coupable est Harry Truman. Outre le fait d'avoir donné l'ordre d'utiliser la bombe atomique, il a
délibérément gonflé les estimations des pertes américaines en cas d'invasion du Japon de 35 à 500 000 morts. En fait,
il souhaite avant tout montrer la puissance américaine aux Soviétiques alors que les premières tensions se profilent.
Cela s'explique également par la volonté de contenir la poussée communiste en Chine, et donc de dissuader l'Armée
rouge d'y pousse ses pions. En effet, Staline avait promis à Roosevelt de prendre le Japon à revers et avait lancé une
offensive en Mandchourie le 8 août 1945. L'ultimatum envoyé à Tokyo le 26 juillet n'était que formel, et la décision
était prise.
Joseph Staline, en soutenant les communistes chinois, est aussi responsable: son attitude a radicalisé les dirigeants
américains et leur a ôté nombre de scrupules au moment de décider ou non de l'emploi de la bombe. A fortiori, sa
mise en coupe réglée de l'Europe de l'Est dès le début 1945 a motivé la décision de Truman d'utiliser la bombe
comme une démonstration de force.
Enfin, la junte japonaise est aussi en tort. Alors que dès mars 1945 la défaite finale est certaine, que l'empereur et le
ministre des Affaires étrangères Shimegitsu insistent pour négocier, l'état-major reste sourd.
Le 6 août 1945, à 8 heures 15 du matin, le bombardier américain « Enola Gay » lâche sur Hiroshima la première
bombe atomique de l'Histoire. Cela fait 140 000 morts. Albert Camus écrit le lendemain dans « Combat » que « la
civilisation mécanique est parvenue à son dernier degré de sauvagerie ». Le surlendemain, une bombe sur Nagasaki
cause 70 000 tués. Le 14 août, suite à quelques tractations, Hirohito donne l'ordre de capituler selon les termes de
l'ultimatum du 26 juillet.
Le 2 septembre, sur l'USS « Missouri » en rade de Yokohama, Shimegitsu pour le Japon et Mac Arthur pour les
États-Unis signent la capitulation japonaise avec le stylo ayant servi à signer la reddition de Singapour plus de 3 ans
auparavant. Le général Leclerc représente la France à cette occasion.
Des bombardements nucléaires, il reste un traumatisme profond, et une limite posée à l'escalade des conflits. Durant
la Guerre froide, le souvenir d'Hiroshima et de Nagasaki a certainement servi d'élément modérateur à l'occasion des
crises.
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