AVERTISSEMENT
Chère lectrice, cher lecteur ! Représentez-vous une rencontre
imaginée entre des gens inventifs, désireux de s’entretenir de la
Bonne Nouvelle de Dieu pour l’Humanité. Vous allez assister à leurs
entretiens.
PRESENTATION
LE PRESIDENT DU « CARREFOUR BIBLIQUE » prend la parole :
– Chers participants, chers intervenants, chers amis,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Nous pouvons constater que vous êtes venus nombreux à ce
cinquième « Carrefour biblique ». Les organisateurs s’en réjouissent
et vous en remercient. Ils souhaitent, cette fois encore, ne pas vous
décevoir.
Vous êtes donc venus pour suivre les débats qui auront lieu devant
vous entre nos divers intervenants ; exégètes, théologiens, philo-
sophes.
Ils sont là installés à cette table en demi-cercle, en sorte que vous
puissiez les voir tous et qu’eux-mêmes puissent vous regarder et se
regarder mutuellement au cours de leurs discussions.
L’essentiel des débats se déroulera entre nos invités. Toutefois,
comme l’année passée, vous avez la possibilité de me faire parvenir
vos questions ou remarques, en utilisant la messagerie intérieure à la
salle. Un petit clavier et son écran sont fixés, pour cela, sur votre
tablette de prise de notes. Je recevrai vos messages sur mon écran
d’ordinateur que vous voyez au centre de la table. Je vous demande
de bien respecter la procédure de demande de parole. À titre indicatif
et facultatif, vous indiquez d’abord votre profession, ensuite, le ou
les noms de ceux de nos intervenants que vous voulez interroger. Je
connecterai alors votre micro, et vous pourrez parler comme si vous
étiez à cette table. Soyez aussi concis que possible.
LES PARABOLES OU DIEU SE DIT ET DIT NOTRE DESTINEE
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Notre première séance s’ouvrira par un exposé introductif. Il fixera
le cadre de notre démarche intellectuelle. Je passe donc la parole à
notre premier intervenant. Je vous le présente comme philosophe et
exégète à la fois. Il ne manquera pas de nous faire bénéficier d’une
riche réflexion philosophique et de sa longue fréquentation des
textes.
À lui la responsabilité d’orienter notre approche des paraboles
évangéliques. Qu’est-ce qu’une parabole ? Comment discerner leur
« message révélé ? Comment comprendre qu’un « message en
paraboles » nous est aussi révélé par Jésus en ses gestes et actions ?
Comment, enfin, ces paraboles et ces gestes paraboliques de Jésus,
nous dévoilent notre destinée commune et universelle.
CONFERENCE INTRODUCTIVE
QUAND SOMMES-NOUS
EN PRESENCE D’UNE PARABOLE ?
Monsieur le Président !
Je tiens d’abord à remercier le « Carrefour biblique », et vous-
même tout particulièrement, pour l’invitation que vous m’avez faite
de participer de nouveau à ces rencontres. Je ferai tout mon possible
pour m’accorder à l’esprit de recherche et de responsabilité qui vous
anime.
Chers collègues, chers amis !
Mon introduction pourrait ressembler à une conclusion anticipée.
Cette impression ne serait pourtant pas tout à fait exacte. Mon
intervention initiale servira plutôt de « guide touristique » avant de
partir en excursion…Pour quelles raisons ?
La durée de ce séminaire, bien qu’importante mais nécessairement
limitée sur cinq jours, ne nous permet pas de procéder selon une
méthode, en quelque sorte, inductive. Les chemins de notre recher-
che seraient trop sinueux. De plus, ce travail a déjà été accompli avec
succès par nombre d’exégètes, dont les travaux sont largement
connus, et sont vulgarisés dans la catéchèse des Églises ! Il nous faut
donc adopter une méthode plutôt déductive ou, si vous préférez une
analogie platonicienne, procéder selon une « dialectique descen-
dante ».
L’année passée, nous avons échangé nos idées sur le Prophétisme
« de » l’Ancien Testament. Testament ancien, parce qu’il est, dans sa
réalité écrite, le premier grand témoignage de la « foi constitutive »
de la conscience humaine. Foi vivante et vécue, donc témoignage
permanent. Il ne s’agissait pas d’étudier le prophétisme « dans »
LES PARABOLES OU DIEU SE DIT ET DIT NOTRE DESTINEE
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l’Ancien Testament, mais de comprendre l’Ancien Testament tout
entier comme « prophétie ». Non pas comme une suite de prophéties
déterminées par des circonstances historiquement réelles ou inscrites
dans des contextes culturellement composés ou recomposés imagina-
tivement ce qui est l’objet du discernement des sciences historico-
critiques et littéraires mais comme le témoignage exprimant une
conduite humaine collective « prophétisante » en Israël.
L’Ancien Testament est prophétique en tant qu’expression d’une
conduite humaine fondamentale de foi, traduite, bien entendu, dans
les conditions concrètes objectives ou fantasmées de la vie d’un
peuple et de ses membres. Bref, nous abordions l’Ancien Testament
comme le reflet que se donne Israël en tant que « peuple prophète »,
pour se voir lui-même et se comprendre comme « constitutivement
croyant ».
Cette année, nous traiterons des « paraboles de Jésus », et plus
largement de son « langage par paraboles » et de ses « gestes
paraboliques ». En une démarche analogue à celle de notre étude du
prophétisme « de » l’Ancien Testament, nous tenterons de com-
prendre les paraboles, non seulement selon le thème raconté ou la
comparaison proposée, mais comme le « lieu » d’une conduite
personnelle de Jésus. Il doit y avoir, dans le « parler en paraboles »,
une structure relationnelle, en analogie avec les gestes et les actions
de Jésus. Il s’ensuit inversement que les actions de Jésus peuvent être
comprises comme « paraboles », nous renvoyant à un ordre de réalité
qui dépasse ses gestes visibles tout comme les récits paraboliques
sont dépassés par les réalités qu’ils signifient.
Nous serons ainsi attentifs à la nouveauté de son témoignage sur
l’accomplissement en cours de « l’Alliance de Dieu » avec les
hommes. Ce témoignage est d’abord déchiffré par Jésus lui-même en
sa propre personne, et exprimé en paroles et gestes à ses disciples.
Puis, par la suite, après sa mort et sa résurrection, il est médité par les
communautés chrétiennes en fonction de leurs conditions de vie.
L’écoulement du temps amène alors un « tournant ». D’une part,
les paraboles selon la pensée de Jésus. D’autre part, les paraboles
selon les mentalités des hommes. Elles viennent à nous d’abord
selon les mentalités spontanées des hommes. En conséquence, nous
devons nous efforcer de remonter, autant que possible, vers la pensée
de Jésus.
Parce que les paraboles évangéliques sont proches de la vie quoti-
dienne, elles nous parlent d’emblée et sans détours. Nous les appré-
hendons immédiatement et nous percevons même spontanément un
certain sens caché sous le texte. Sommes-nous bien sûrs toutefois
QUAND SOMMES-NOUS EN PRESENCE D’UNE PARABOLE ?
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que ce sens caché que nous inventons spontanément au fil du récit
parabolique ou sous le choc d’une brève comparaison est bien celui
que Jésus a voulu éveiller en ses disciples et en ceux qui les
écouteraient ensuite, donc en nous ?
Sans rejeter la valeur en soi des enseignements spirituels, simple-
ment humains, que nous avons puisés d’une manière ou d’une autre
dans les paraboles, nous devons donc nous demander si elles ne nous
révèlent pas une compréhension de l’existence plus profonde que
l’appréciation spontanée et parfois traditionnelle que nous nous en
donnons ou que nous constatons.
En effet, si Jésus est pour nous plus qu’un maître de sagesse
humaine, et si dans la réalité de sa personne, il y a une présence
divine qui se révèle et qui s’exprime progressivement dans ses gestes
et paroles, alors les « paraboles » doivent nous conduire à un sens
caché, conçu donc pour être dévoilé, sens non seulement humain
mais aussi révélateur de Dieu. Ce sens s’inscrit même dans la pers-
pective d’un « dévoilement complet ». « Rien n’est voilé qui ne sera
dévoilé, rien n’est secret qui ne sera connu… » (Mt 10, 26).
Dès lors, le défi que nous avons à relever est clair : comment
élaborer rationnellement et de façon critique, tout en lisant les
évangiles, les conditions intellectuelles et morales pour accéder à ce
sens qui nous traduit la révélation de Dieu en Jésus ?
Esquissons quelques pas pour aller au devant de ce défi.
UN PEU D’ETYMOLOGIE CONSENSUELLE...CELA N’IRA PAS LOIN !
Le mot « parabole » dérive du latin ecclésiastique « parabola »,
lequel mot latin est emprunté au grec « parabolê ». Le verbe grec
« paraballein » signifie « mettre, jeter, lancer quelque chose à côté
de... ou le long de…, placer côte à côte... ».
Ce que la « parabole évangélique » met côte à côte, c’est, d’une
part, le récit, la situation ou encore le geste de Jésus qui ont valeur
symbolique et, d’autre part, « le sens à découvrir » en un autre plan
de réalité. La découverte de ce sens en une autre sphère de réalité, les
auditeurs la feront (ou ne la feront pas), de telle ou telle manière en
fonction de leur expérience de vie.
Pour que cette découverte puisse se faire, il faut toutefois qu’il y
ait une « voie de passage » qui conduise des matériaux signifiants et
significatifs de la parabole au sens à découvrir, sens signifié et plus
ou moins riche de signification nouvelle. Cette voie de passage est
généralement celle d’un rapport de ressemblance ou d’analogie.
Puisque l’usage de la « parabole » associe à l’idée de juxtaposition
ou de parallélisme celle d’une certaine ressemblance, on dira que la
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