24 - Novembre 2010 - Timbres magazine
en couverture sur la rive gauche du Jourdain
Pour de nombreux
amateurs de la
collection «un timbre
– un pays», les
timbres revĂȘtus de
la petite surcharge
en caractĂšres arabes
« Sharq el Urdun »
(A l’est du Jourdain)
seront sans doute une
découverte car chacun
est plus habitué à
utiliser les termes de
Transjordanie ou de
Jordanie pour désigner
ce petit royaume du
Moyen–Orient. Autre
surprise : les cotes
assez élevées de ces
ïŹ gurines, qui reïŹ‚ Ăštent
parfaitement leur
extrĂȘme raretĂ©. MĂȘme
dans les collections
de timbres du monde
entier bien tenues
– contrairement à
ce que l’on pourrait
croire, il en existe
encore – les premiùres
pages consacrées
Ă  la Transjordanie
comportent souvent
des cases vides au
mĂȘme titre que celles
de pays aux classiques
onéreux. Mais vous
raconter l’histoire
de ces timbres c’est
aussi vous parler de la
naissance de leur pays
d’origine, une histoire
particuliĂšrement
complexe

F
aut-il dire d’emblĂ©e que le
2 aoĂ»t 1914, lorsque l’em-
pire Ottoman décida de se
ranger aux cĂŽtĂ©s de l’Allemagne,
fut le jour le plus funeste pour
l’histoire de la rĂ©gion ? Et que
le souverain Mehmet V n’imagi-
nait sans doute pas la portée ni
les terribles conséquences que
cette décision allait engendrer tant
pour son propre pays que pour
l’ensemble du Proche-Orient. Car
depuis le mois de juillet, c’est la
guerre en Europe et ce choix que
vient de faire la Sublime Porte
la range instantanément dans le
camp des ennemis.
A l’époque, l’influence pour ne
pas dire la domination de l’empire
Ottoman couvre une immense
rĂ©gion s’étendant des rives de la
Méditerranée au golfe Persique,
longeant la mer Rouge jusqu’au
Yémen, ceinturant presque toute
la péninsule Arabique. Pour les
Les timbres du Royaume de l’Est
Les possessions de l’empire Ottoman au Moyen-Orient telles que les Ă©coliers pouvaient les voir
dans leurs manuels de géographie juste avant la Guerre 1914-18.
Appliquée avec un petit cachet en acier, la
surcharge «Gouvernement arabe de l’Est
Avril 1921»
Timbres magazine - Novembre 2010 - 25
Franco-Britanniques, l’empire
devient alors une sérieuse menace
surtout lorsque les troupes turques
de Jamal Pacha semblent en capa-
citĂ© d’atteindre le canal de Suez
et de menacer directement cette
importante voie stratégique. Rien
d’étonnant donc Ă  ce que les
Britanniques entament, durant
l’étĂ© 1915, des tractations avec,
entre autres, l’émir de La Mecque,
le chérif Hussein ben Ali, futur roi
du Hedjaz.
De trĂšs vagues
promesses
Dans ces échanges épistolaires
menés par le Haut-Commissaire
en Egypte, Sir Henry McMahon, le
Royaume-Uni s’engage à soutenir
l’indĂ©pendance des Arabes si ces
derniers se révoltent contre les
Ottomans. Hussein n’y est pas hos-
tile mais souhaite une contrepartie
et il expose ses revendications
territoriales car il rĂȘve en effet
d’un grand royaume arabe uni-
fiĂ© qui s’étendrait depuis Alep en
Syrie jusqu’à Aden au YĂ©men. Les
Britanniques sont d’accord, mĂȘme
s’ils Ă©mettent quelques restrictions
notamment concernant la Syrie
que leur alliée, la France, reven-
dique ouvertement. Et ils veulent
aussi le littoral palestinien car ils
aimeraient y disposer d’un port,
Bagdad et encore Bassorah dans
le golfe Persique. Mais s’ils Ă©vo-
quent une «indépendance», ils
pensent plutĂŽt Ă  une autonomie
sous contrîle britannique. Et l’on
en reste lĂ .
En cette mĂȘme annĂ©e 1915, la
cuisante défaite des Alliés dans
les Dardanelles (environ 250 000
Britanniques et Français mis hors
de combat) et les revendications
russes sur Constantinople condui-
sent Ă  des consultations
Les timbres du Royaume de l’Est Plus de 150 timbres Ă©mis en huit annĂ©es
Bien Ă©videmment, l’histoire postale et la philatĂ©lie de
ce pays ont été infléchies par les différents événements
qu’il a vĂ©cus. Chacun aura Ă©galement compris qu’avant
et mĂȘme pendant le conflit, les 16 petits bureaux de
poste situés en Transjordanie étaient régis par la poste
ottomane et utilisaient donc ses timbres. Le premier
changement intervint en octobre 1918 lorsque les
troupes britanniques occupÚrent la région.
La période palestinienne
Les timbres alors utilisés sur le maigre courrier dispensé
par ces bureaux Ă©taient les figurines bilingues «E.E.F.»
(
Egyptian Expeditionary Force
) Ă©mises pour ĂȘtre
utilisées dans les territoires occupés.
Une note (n° 38) de l’E.E.F., «Administration du
Territoire Ennemi OccupĂ© (Sud)» datĂ©e du 29 janvier
1918 indique en effet que la franchise postale qui était
accordée aux habitants de Palestine était supprimée
à partir du 10 février et que des timbres seraient
dĂ©sormais disponibles pour l’affranchissement du
courrier.
La période syrienne
Lorsque Fayçal arrive à Damas en octobre 1918 et
dispose, un peu plus tard, d’un gouvernement pour
son futur et éphémÚre grand royaume arabe de Syrie,
les premiers timbres de ce nouvel Ă©tat n’apparaissent
vraisemblablement qu’au dĂ©but de 1920.
Il s’agit de timbres ottomans de 1913-19 surchargĂ©s
de la mention «gouvernement arabe» et parfois d’une
valeur faciale exprimĂ©e en milliĂšmes. Comme on l’a vu
plus loin, le territoire «jordanien» fait donc Ă©galement
partie de ce grand royaume. Selon le catalogue
britannique
Stanley Gibbons
, les timbres de la Syrie de
Fayçal ont pu servir sur le territoire jordanien, cohabitant
avec les figurines «E.E.F.»
Le période mandataire
AprÚs que Fayçal a été renvoyé de Syrie par les
Français, les Britanniques reprennent la main et
occupent le terrain comme le mandat (confirmé le
25avril 1920) le leur permet. AprĂšs avoir divisĂ© ce
territoire en trois districts administratifs, ils décident
de lui donner un semblant d’existence par le biais
de timbres. Le «pays» ne dispose pas de sa propre
monnaie (c’est la livre Ă©gyptienne qui a cours) car il
ne dispose d’aucune structure financiùre et ce sont les
Anglais qui vont subventionner le futur gouvernement
embryonnaire que va mettre en place l’émir Abdallah.
Il n’a pas d’armĂ©e Ă  proprement parler sinon quelques
bĂ©douins qu’un officier anglais va instruire et former
pour devenir la future «lĂ©gion arabe». Quant Ă  la
politique étrangÚre, elle est évidemment du ressort des
Britanniques.
Le territoire n’a Ă©galement pas de nom et lorsque
l’on veut le dĂ©signer, la population palestinienne dit
simplement «à l’est», sous-entendant tout ce qui se
trouve Â«î€ŸĂ  l’est du Jourdain». Et c’est pour cette raison
que les premiers timbres de la future Transjordanie seront
revĂȘtus de cette curieuse mention en caractĂšres arabes.
La premiĂšre surcharge fut rĂ©alisĂ©e fin octobre – dĂ©but
novembre 1920 dans l’imprimerie d’un couvent ● ● ●
● ● ●
Voici l’un des tout premiers timbres Ă©mis pour la
Transjordanie en novembre 1920. La surcharge se lit
«Est du Jourdain» et ici, elle est renversée ce qui permet
au timbre d’ĂȘtre cotĂ© aux environs de 170 ÂŁ dans le
catalogue Stanley Gibbons.
Emis en dĂ©cembre 1922, ce 20 piastres est revĂȘtu d’une
surcharge qui se lit: «Gouvernement arabe de l’Est
Avril 1921». Apposée avec un petit cachet en acier, on
la rencontre en rouge pourpre, violet ou noir. La cote
dĂ©passe ici les 1000 ÂŁ.
C’est l’imprimerie gouvernementale à Amman qui
rĂ©alise ïŹ n fĂ©vrier 1923 cette nouvelle surcharge
«Gouvernement arabe de l’Est Avril 1921». ApposĂ©e
Ă  l’encre dorĂ©e, elle est l’objet d’un certain nombre de
variĂ©tĂ©s comme ici oĂč elle se prĂ©sente renversĂ©e (375 ÂŁ
environ).
D’avril Ă  octobre 1923, les stocks inutilisĂ©s de timbres
sont surchargés à la main avec de nouvelles valeurs
faciales. Voici un 9 piastres transformé en timbre à
œpiastre (350 ÂŁ).
26 - Novembre 2010 - Timbres magazine
secrÚtes entre alliés pour
le partage du Moyen-Orient. Les
fameux accords Sykes-Picot sont
signés le 16 mai 1916. Ils délimi-
tent les zones d’influence française
et britannique et organisent ni plus
ni moins le dĂ©peçage de l’empire
Ottoman (voir carte).
Quelques semaines plus tard, le
chérif Hussein se proclame roi du
Hedjaz et des Arabes (le premier
titre lui sera reconnu internatio-
nalement mais pas le second !) et
dĂ©clenche ce que l’on va appeler
la «Grande Révolte arabe». Outre
le soutien des Alliés et la promesse
d’un grand Etat arabe, Hussein a
d’autres motifs pour ordonner ce
soulĂšvement. Un durcissement
voire une certaine forme de dis-
crimination a fait son apparition
depuis que l’empire Ottoman
est en guerre : l’interdiction de
la langue arabe dans les écoles,
l’arrestation d’une vingtaine de
nationalistes arabes Ă  Damas et
Ă  Beyrouth notamment, et leur
pendaison. Et puis il y a aussi la
rĂ©quisition d’ouvriers arabes pour
la construction de la ligne de che-
min de fer et enfin l’enrîlement et
la conscription des Arabes dans
l’armĂ©e.
Hussein charge donc ses deux fils,
Abdallah et Fayçal, de rassembler
des troupes et d’attaquer les Turcs.
En juin, ils prennent Djeddah, en
juillet, c’est au tour de La Mecque
puis de Ta’if en septembre, aidĂ©s
en cela par les Britanniques. Un
conseiller militaire, un jeune
capitaine de l’armĂ©e britannique,
T.E. Lawrence, celui que l’on va
connaßtre sous le célÚbre nom de
«Lawrence d’Arabie» va plus parti-
culiÚrement se dévouer à Fayçal, le
plus jeune des deux fils d’Hussein.
Sa stratégie est simple : plutÎt que
d’affronter directement les troupes
ottomanes, il préfÚre les harceler
en privilégiant les actions de gué-
rilla et les embuscades. C’est ainsi
qu’il obligera les Turcs à immobili-
ser des effectifs pour défendre la
voie du chemin de fer du Hedjaz
qui relie Damas Ă  La Mecque.
A la mĂȘme Ă©poque est créée
l’E.E.F., l’Egyptian Expeditionary
Force, la Force expéditionnaire
égyptienne, une armée consti-
tuée de troupes originaires du
Commonwealth. Initialement des-
tinĂ©e Ă  la dĂ©fense de l’Egypte, son
objectif devient dĂ©sormais l’inva-
sion de la Palestine. Et il convient
de savoir qu’un petit dĂ©tachement
français en fait symboliquement
partie.
Dùs lors, les succùs militaires s’ad-
ditionnent les uns aux autres. La
prise d’Aqaba en juillet, dernier
port ottoman sur la mer Rouge
● ● ●
en couverture
● ● ● orthodoxe de JĂ©rusalem (celle-lĂ  mĂȘme qui a
rĂ©alisĂ© les premiĂšres surcharges «PALESTINE» quelques
mois plus tÎt). Elle est effectuée sur les 2 et 5 milliÚmes
de la sĂ©rie «E.E.F.» en cours. Une seconde impression
de surcharges est effectuĂ©e fin novembre – dĂ©but
dĂ©cembre; elle affecte les timbres Ă  2, 3, 4 m., 1 et
2 piastres. Puis d’autres valeurs comme les 9, 10 et 20
piastres viendront complĂ©ter l’émission en fĂ©vrier 1921.
En novembre 1922, bien aprĂšs que l’émir Abdallah
a consolidé son gouvernement, un nouveau type de
surcharge apparaĂźt avec la mention «Gouvernement
arabe de l’Est / Avril 1921». Cette surcharge est
appliquĂ©e Ă  l’aide d’un cachet
manuel en noir et en violet. Sans
doute a-t-on voulu faire plaisir Ă 
l’émir et marquer ainsi sa nomination
effective Ă  la tĂȘte du gouvernement.
En mars 1923, une surcharge réalisée
en typographie reprendra le mĂȘme
libellé mais avec des caractÚres
diffĂ©rents. Luxe suprĂȘme: elle sera imprimĂ©e en noir
mais aussi Ă  l’encre dorĂ©e!
Le mois suivant, ce sont des timbres du Hedjaz –
rĂ©cupĂ©rĂ©s par on ne sait qui – qui servent de supports
pour les surcharges.
D’autres Ă©missions seront encore rĂ©alisĂ©es soit pour
modifier les valeurs faciales soit pour commémorer des
anniversaires ou des évÚnements comme par exemple
celle du 18 janvier 1924 marquant «la venue de sa
MajestĂ© le Roi des Arabes». Il s’agit en fait d’une visite
du chérif Hussein auprÚs de son fils peu de temps avant
qu’il ne soit dĂ©fait par les troupes d’Ibn Seoud.
La Transjordanie
Le 1er novembre 1927 apparaĂźt enfin la premiĂšre
sĂ©rie dĂ©finitive avec l’effigie de l’émir Abdallah et
le nom du pays: Transjordan. Selon I. N. Camp,
un des conseillers britanniques du district de
Balqa, le nom de
Transjordania
serait de son fait.
Un autre Britannique aurait suggéré
Trans-Jordan
ou Transjordan, nom que gardera l’émirat jusqu’au
24 avril 1950 date Ă  laquelle
ildevient le royaume hachĂ©mite
de Jordanie.
La monnaie a également
changé puisque le pays utilise
désormais la livre palestinienne.
Mais au total, ce sont environ
150 figurines surchargées
(dont des timbres-taxe) qui
auront été émises avant que
ce pays ne se fasse connaĂźtre
des collectionneurs par son nom. On pourra certes
remarquer que certaines des émissions réalisées
avaient une vocation plus philatélique que postale.
Il n’empĂȘche qu’elles restent difficiles Ă  rassembler
dans leur intégralité car elles sont réellement rares.
Plus particuliÚrement collectionnés Outre-Manche,
les timbres de Transjordanie sont aux collectionneurs
anglais ce que les émissions de Syrie et du Grand-
Liban sont aux Français: des timbres chargĂ©s d’une
histoire particuliÚrement dense et mouvementée.
La carte des accords
Sykes-Picot de 1916
montrant la répartition
des différentes zones
d’administration et
d’inïŹ‚ uence anglaise et
française. En janvier
1918, une copie de
cet accord secret sera
communiquée aux
autorités ottomanes
par le gouvernement
bolchévique qui
évidemment la
transmettra au chérif
Hussein Ă  La Mecque.
Ce dernier demandera
des explications aux
Britanniques qui
se contenteront de
conïŹ rmer simplement
la promesse de libérer
les peuples arabes du
joug ottoman.
Timbres magazine - Novembre 2010 - 27
permet de débarquer des troupes.
Et les batailles particuliĂšrement
sanglantes de Gaza – Beersheba
en mars, avril et octobre 1917
puis l’entrĂ©e du gĂ©nĂ©ral britan-
nique Allenby à Jérusalem le
11 décembre sont les prémices de
la défaite annoncée des troupes
ottomanes, mĂȘme si celles-ci
bĂ©nĂ©ficient de l’assistance et des
conseils d’officiers allemands.
L’objectif suivant est fixĂ© : la
conquĂȘte de Damas, la capitale
de la Syrie. Allenby prend Mediggo
en septembre puis Damas le
3 octobre 1918. Les troupes de
Fayçal sont arrivées, avec retard,
combattre aux cÎtés de celles
de la Force expéditionnaire. Les
Anglais signent (sans les Français)
la dĂ©faite de l’empire Ottoman
le 30 octobre 1918 ; les grandes
manƓuvres politiques vont pou-
voir commencer.
L’éphĂ©mĂšre royaume
arabe de Syrie
Les Britanniques installent immé-
diatement Fayçal à Damas pour
qu’il puisse former un gouverne-
ment et administrer la Syrie pour le
compte de son pÚre. Les Français,
eux, inquiets de voir la situation
leur échapper malgré les accords
(toujours secrets) signés avec les
Britanniques, ont débarqué tar-
divement (le 7) un petit contin-
gent Ă  Beyrouth. Le rapport de
force est évidemment en défaveur
des Français, de plus, la participa-
tion militaire quasi dérisoire de la
France durant la campagne permet
aux Britanniques de renforcer leur
influence en Syrie et de limiter
celle des Français au seul Liban.
Les accords Sykes-Picot sont-ils
devenus un chiffon de papier ?
Bon nombre de Britanniques
pensent qu’ils sont devenus
caduques et de fait, Clémenceau
se voit obligé de négocier avec
le Premier Ministre Lloyd George
en décembre. Les Britanniques
obtiennent la région de Mossoul
(contre un intéressement sur les
extractions de pĂ©trole), l’abandon
du projet de condominium sur la
Palestine (les accords initiaux pré-
voyaient une administration inter-
nationale). En échange la France
obtient le contrĂŽle de la Syrie et
de la Cilicie et peut espérer le sou-
tien de la Grande-Bretagne pour
la question de la Rhénanie (ce
qui n’a pas Ă©tĂ© le cas : voir article
dans le n° 110 de TM).
Quant à Fayçal, il aimerait bien
que l’on reconnaisse la lĂ©gitimitĂ©
du royaume qui a été promis à
son pĂšre. Les ambitions de ce
dernier doivent ĂȘtre revues Ă  la
baisse et Fayçal vient à Paris pour
la Conférence de la Paix qui a
débuté au mois de janvier.
Les Britanniques ont fait beaucoup
de promesses et notamment la
fameuse déclaration Balfour du
2 novembre 1917 par laquelle
le gouvernement de sa Majesté
considĂšre avec bienveillance
l’établissement d’un foyer natio-
nal juif en Palestine et en faci-
litera l’accomplissement. L’émir
Fayçal a rencontré le docteur
Chaïm Weizmann représentant le
Mouvement sioniste et tout deux
se sont entendus ; un accord est
signé qui entérine le développe-
ment du foyer national juif en
Palestine.
Sur place, les Syriens ne sont évi-
demment pas d’accord et rejet-
tent également les accords franco-
britanniques. Les AlliĂ©s n’en ont
cure et conformĂ©ment Ă  ce qu’ils
avaient négocié, les troupes bri-
tanniques quittent Damas en
novembre 1919 laissant Fayçal
seul face aux Français. Ces der-
niers se seraient bien passés de
l’émir, ce « cadeau » laissĂ© par
leurs alliés et rivaux anglais. Mais
Fayçal, toujours conseillé par le
colonel Lawrence, expose ses
revendications : la reconnaissance
d’un royaume arabe indĂ©pendant
et unifiĂ© avec l’aide et mĂȘme les
conseils de la France. Un traité
connu sous le nom d’« accord
ClĂ©menceau-Fayçal » est mĂȘme
signé le 6 janvier 1920.
Le 7 mars, le congrĂšs syrien pro-
clame l’émir Fayçal roi de Syrie.
Cette Syrie est particuliĂšrement
Ă©tendue puisqu’aux yeux des
Arabes, elle est constituée de la
Syrie, du Liban et de la Palestine !
Quelques jours aprùs, c’est aux
Français de proclamer l’indĂ©pen-
dance du Liban car ils comptent
s’appuyer sur les populations chrĂ©-
tiennes qui leur sont favorables.
Le 25 avril débute la conférence
de San Remo qui pérennise les
accords franco-britanniques,
confirme la déclaration Balfour et
confie les mandats du Royaume-
Uni sur la Palestine (qui englobe
aussi ce qui n’est pas encore la
Jordanie et l’Irak), et pour la France
les mandats sur la Syrie, la Cilicie
et le Liban.
L’annonce de ces dĂ©cisions sus-
cite évidemment la révolte des
nationalistes arabes et il devient
alors difficile à Fayçal de respecter
les accords pris avec les Français.
D’autant que le Congrùs syrien
fait lever des troupes. Le général
français Gouraud qui a obtenu
des renforts décide de les engager
contre les troupes de Fayçal. Battu
le 24 juillet à Maysaloun, Fayçal
doit s’exiler en Palestine.
Depuis le Hedjaz, son frĂšre,
Abdallah, fait remonter ses troupes
pour lui venir en secours et en
découdre avec les troupes fran-
çaises. Mais Churchill lui ● ● ●
Ici, la surcharge se
lit verticalement:
«Gouvernement
arabe de l’Est.
Commémoration
de l’indĂ©pendance.
25 mai 1925».
Ce timbre de
1milliĂšme a ici Ă©tĂ©
surchargĂ© Ă  l’encre
dorĂ©e (150 €).
Emis vers novembre
1925, ce timbre
appartient Ă  la
derniÚre série de
surcharges «Est du
Jourdain» réalisée
par l’émirat. Elle
restera en cours
jusqu’à l’émission
en 1927 de la
premiÚre série
dĂ©ïŹ nitive Ă  l’efïŹ gie
de l’émir Abdallah.
Entériné à la
conférence de
San Remo, le
partage du mandat
britannique en deux
territoires distincts: la
Palestine à l’ouest et
la Transjordanie à l’est
séparés par le Jourdain.
28 - Novembre 2010 - Timbres magazine
en couverture
■
déconseille fortement de
s’engager dans une telle entreprise.
Il craint en effet une insurrection
générale des populations contre
les puissances mandataires. Le
traité de SÚvres du 10 août 1920
parachÚve la fin du «Royaume
arabe de Syrie» : l’empire Ottoman
a reconnu la perte de ses anciens
territoires et leur découpage est
entériné. Fayçal, absent, est mis
devant le fait accompli.
Et le Jourdain devint
une frontiĂšre
Nous sommes en 1921 et les
Britanniques ont érigé en
monarchie constitutionnelle le
mandat qu’ils ont obtenu sur la
MĂ©sopotamie, autrement dit l’Irak.
Et ils dĂ©cident d’installer l’émir
Fayçal sur le trÎne le 23 août.
Une décision prise en mars par
Churchill et ses conseillers lors
d’une rĂ©union au Caire. Quant Ă 
Abdallah, on a prévu de lui don-
ner aussi quelque chose, Ă  savoir
le territoire (intégré à la Palestine
et donc sous mandat britannique)
situé au sud de la Syrie française, à
l’est du Jourdain et dont les fron-
tiùres tant au sud qu’à l’ouest ne
sont pas encore définies.
DĂšs le mois d’aoĂ»t de l’annĂ©e prĂ©-
cédente, les Britanniques avaient
divisé la future Transjordanie
en trois régions administra-
tives (Kerak, Amman et Ajlun)
et annoncé à leurs représen-
tants qu’ils Ă©taient favorables Ă 
la crĂ©ation d’un gouvernement
● ● ●
Quelques sources
pour aller plus loin:
Catalogue Stanley
Gibbons, Commonwealth
& British Empire 1840-
1970
The postal History of
Palestine and Transjordan
(Edward B. Proud)
A short introduction to
the philately of Palestine
(www.zobbel.de)
Transjordan Stamps and
the elusive April-October
1923 Surcharges, Abed
H. Najjar (Stanley Gibbons
Stamp Monthly, Avril 2000)
The stamps of
Syria (http://www.
philatelicdatabase.com/
middle-east/the-stamps-
of-syria)
Stamps of the Hashemite
Kingdom of Jordan (http://
www.jordanstamps.com)
British Empire : The
map room : Middle East
: Transjordan (http://
www.britshempire.co.uk/
maproom/transjordan.htm)
The Palestine Mandate
of the League of Nations
1922 (http://www.
mideastweb.org/mandate.
htm)
Le Mandat britannique
(1920-1948) (http://www.
france-palestine.org)
L’ombre de l’accord
Sykes-Picot plane sur
l’Asie du Sud-Ouest, m.
Mirak-Weissbach (http://
www.solidariteetprogres.
org/article2111.html)
Jordan History – The
Great Revolt & The making
of Transjordan (http://
www.kinghussein.gov.jo)
autonome assisté de conseillers
britanniques. Mais le systĂšme
pĂȘchait en inefficacitĂ©.
En novembre 1920, alors que
l’émir Abdallah est Ă  Ma’an et
pense encore pouvoir aider son
frĂšre, on lui demande de coor-
donner cet embryon de gouver-
nement. Il est intéressant de noter
que dÚs son arrivée, il se présente
dans les clans comme « vice-roi »
de Syrie mandaté par son frÚre
Fayçal ! Et comme il symbolise
l’unitĂ© arabe, les Britanniques le
nomment rapidement gouverneur
des trois districts. Son premier
gouvernement centralisé sera éta-
bli le 11 avril 1921.
En août 1922, les Britanniques
présentent un amendement à la
Ligue des Nations qui précise que
la Transjordanie doit ĂȘtre exclue
des clauses relatives au Foyer
national Juif. Ce mémorandum
est approuvé le 12 mais il implique
également un fait : désormais la
Grande-Bretagne administre la rive
droite du Jourdain en tant que
Palestine et la rive est en tant que
Transjordanie. Techniquement, elle
ne dispose que d’un mandat mais
dans les textes et dans la réalité,
c’est comme si elle bĂ©nĂ©ficiait de
deux mandats.
Et effectivement, une décision
du 16 septembre 1922 prévoit
une administration séparée de
la Transjordanie dans le man-
dat confié à la Grande-Bretagne
pour la Palestine, ce qui provo-
quera l’ire du mouvement sio-
niste voyant ainsi son territoire
L’émir Abdallah n’apparaĂźt
sur des timbres qu’en
novembre 1927. Cette
ïŹ gurine appartient Ă 
une série de 13 valeurs
imprimées en taille-douce
par Perkins Bacon de
Londres cotée aux environs
de 300 € Ă  l’état neuf.
se restreindre car limité à la rive
occidentale du Jourdain. Le 15 mai
1923 enfin, la Grande-Bretagne
reconnaissait officiellement l’émi-
rat de Transjordanie comme un
Etat appelé à devenir indépendant.
Plus au sud, le Hedjaz est l’objet
de la convoitise d’Abdul Aziz Al
Seoud plus communément appelé
Ibn Saoud. Ce sultan du Nedjed
n’aime pas particuliùrement les
HachĂ©mites et n’a guĂšre apprĂ©-
cié que le chérif Hussein se pro-
clame calife (rois des Arabes).
C’est Ă©galement un protĂ©gĂ© des
Britanniques qui lui ont versé une
rente mensuelle afin qu’il com-
batte également les Ottomans.
En 1925, il conquiert la Mecque
et en chasse le chérif. En juin
1926, il se fait proclamer roi du
Hedjaz. AprÚs la défaite défini-
tive du chérif Hussein, il signe un
traité avec les Britanniques recon-
naissant l’indĂ©pendance de son
royaume qui deviendra l’Arabie
Saoudite. Quant aux frontiĂšres
de la Transjordanie qui jouxtent
son territoire, il faudra attendre
1946 pour qu’elles soient dĂ©fini-
tivement reconnues.
Le mandat britannique se termi-
nant le 22 mai, la Transjordanie
déclare son indépendance le 25
et devient le royaume hachémite
de Jordanie dont l’émir Abdallah
est le roi.
Michel Melot
Remerciements à François
Feldman pour le soutien apporté
à l’iconographie de cet article.
Les lettres originaires de Transjordanie sont rares
surtout celles du tout début de son existence. Voici
un pli expédié depuis Salt le 16 janvier 1921 à
destination de JĂ©rusalem. L’affranchissement se
compose d’un timbre de piastres de la premiùre
émission avec la surcharge «Est du Jourdain».
L’oblitĂ©ration, elle, est un cachet de la pĂ©riode du
«Royaume arabe». Son libellé peut se traduire
par: «Bureau de Poste et TĂ©lĂ©graphe, Salt 1919».
Beaucoup plus tardive, cette lettre recommandée
Ă  destination de l’Egypte est expĂ©diĂ©e depuis
Amman le 31/10/1924. Son affranchissement
a Ă©tĂ© composĂ© avec des timbres de l’émission
de septembre – novembre 1924 (surcharge
«Gouvernement Arabe de l’Est, 9 Sha’ban 1341»).
A noter la paire verticale de Œ de piastre vert
prĂ©sentant deux surcharges tĂȘte-bĂȘche.
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