Le système des galeries à New York (1945-1980) : marché de l'art

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Le système des galeries à New York
(1945-1980)
Figures et tendances majeures du marché de l’art contemporain (1852-2025)!
On a vu jusque là que le pôle marchand de New York commençait à se développer mais ne
s’envolait pas à l’internationale. Certes le marché était là mais la production artistique était ailleurs
car c’était un marché d’importation. !
La capitale de production artistique était surtout à Paris.!
Le déplacement de la communauté artistique et de la communauté marchande de Paris à New
York fait que le marché se déplace complètement car les artistes sont sur place donc Paris perd
de sa centralité. !
Tout ce que manquait à New York était la naissance d’une école locale et avec tous ces
déplacements, la naissance de l’école américaine et l’investissement de ces nouveaux courants
artistiques mène à une nouvelle organisation du marché et un nouvel équilibre entre le pôle
parisien et le pôle new yorkais. !
Les principaux courants artistiques qui s’imposent à l’international sont essentiellement
américain. On retrouve l’expressionnisme abstrait, le pop art, le minimalisme et l’art conceptuel.!
À partir de la fin de la deuxième guerre, on voit s’affirmer, considéré comme la première école et
le premier mouvement d’avant-garde américain, l’expressionnisme abstrait.
Le terme avait été utilisé pour la première fois par Alfred Barr, le premier directeur du MoMA, en
commentant un tableau de Kandinsky. Le mouvement prend le nom de cette combinaison de
cette esthétique anti-figurative des écoles abstraites européennes. !
La nouvelle école américaine se forme mais sur l’emprunte et l’influence des écoles européennes
qui sont enfin à proximité d’un point de vue géographique suite au déplacement de la
communauté lié à la guerre. !
Art of this Century (1942-1947)
Il est intéressant de voir comment dans ce phénomène les galeries représentent un lieu privilégié
pour la rencontre et qui joue un rôle de carrefour pendant ces périodes de changement. !
Il y a certainement une galerie : celle de Peggy Guggenheim.
Elle venait d’une famille juive. Au moment de l’occupation, elle revient en France et au moment de
l’aryanisation et la déclaration obligatoire des biens, c’est là qu’elle cache sa collection au musée
de Grenoble pour ensuite partir aux États-Unis. !
Cette collection d’art abstrait et surréaliste arrive avec elle aux États-Unis et arrive avec elle
plusieurs artistes surréalistes comme Max Ernst. !
Quand elle arrive à New York en 1941, elle ouvre une nouvelle galerie : Art of this Century, espace
hybride qui commence par être un musée. Elle conçoit cet espace comme un temple de l’art
surréaliste et abstrait. Elle conçoit un espace qui puisse parler de la typologie d’art qui était
présentée dedans et qui devienne presque une expérience immersive pour le spectateur. !
Elle engage l’artiste Frederick Kiesler qui conçoit des espaces très avant-gardistes pour l’époque
où certaines oeuvres étaient présentées de façon permanente. !
La galerie était déjà à moitié un musée qui se composait de 4 espaces : !
- L’Abstract Gallery !
- La Surrealist Gallery !
- La Daylight Gallery!
- La Kinetic Gallery!
Trois de ces espaces étaient consacrés à la présentation de sa propre collection. Chaque galerie,
chaque salle prévoyait la présentation d’artistes provenant des courants qu’elle représentait. !
L’architecte avait conçu des espaces d’accrochage avec des murs presque arrondis, comme
dans une sorte de tunnel et on voit aussi qu’il y avait des bases et des assises conçues en bois
selon des formes organiques rappelant les sculptures de Arp…!
Ici, il y avait à la fois des oeuvres de sa collection qui n’était pas en vente et d’autres oui. Même
chose pour la galerie d’art abstrait qui reprenait des formes et des lignes qui se trouvaient dans
les tableaux. La galerie d’art cinétique était liée plutôt au dada surréaliste et était l’un des espaces
les plus petits où on avait une lumière très sombre avec éclairage électrique qui pouvait jouer sur
les ombres.!
Ce qui nous intéresse ici, c'est la Daylight Gallery, qui était la galerie «#La lumière du jour#». !
Cet espace serait l’un des premiers exemples du White Cube. Il s’agit de l’espace des expositions
temporaires.!
C’est un espace neutre qui était consacré aux expositions que Guggenheim organisait autour des
artistes émergents de la scène new yorkaise notamment la toute première exposition de Jackson
Pollock en 1943. !
=> Montre que ces liens entre les avant-gardes européennes et l’école émergente américaine se
font sur place et que la galerie de Peggy Guggenheim représente un de ces lieux de rencontre et
lieu où on se rend compte que le surréalisme commence à être de plus en plus historique et
qu’une nouvelle génération commence à s’affirmer tout en partant de cet exemple. !
Dans cet espace, elle fera plus de 50 expositions temporaires qui marquent l’histoire de la galerie,
une histoire assez courte. !
Elle est ouverte entre 1942 et 1947 et finit par s’installer à Venise mais repasse par Paris avant. !
C’est important de souligner un aspect souvent évoqué surtout d’un point de vue sociologique de
la galerie : l’aspect de mondanité. Peggy était connue pour ses extravagances et elle avait créé
un espace qui était novateur. Son nom était lié à celui de la famille Guggenheim qui venait
d’installer un musée dans New York à l’architecture visionnaire et moderne. !
Betty Parsons Gallery (1945-1981)
C’est une galerie qui est complètement engagée dans la promotion des artistes émergents
américains. Elle est ouverte en 1946 dans la même rue que celle de Peggy Guggenheim avec une
durée beaucoup plus longue. On sait qu’elle souhaite clairement prendre la place de Peggy
Guggenheim. !
Formation artistique : à la base, elle était artiste. C’est une figure mobile car pendant les années
20, elle vit entre la Californie et Paris (quartier Montparnasse). !
En 1933, elle décide de rentrer aux États-Unis suite aux conséquences de la grande dépression.
Elle déménagé à New York en 1936 où elle cherche toujours une possibilité de se lancer en tant
qu’artiste. Elle obtient d’ailleurs une exposition personnelle à la Victoria Gallery en 1936 mais
n’obtient pas beaucoup de succès donc elle devient assistante en galerie. !
Elle décide d’ouvrir à l’âge 46 ans sa propre galerie après 10 ans d’expérience dans les galeries
new yorkaises. Elle travaillait déjà dans le domaine et elle avait une connaissance et un réseau
solide dans le milieu new yorkais. !
La fermeture de la galerie de Peggy Guggenheim représente une opportunité pour elle et elle
décide donc de se lancer dans ce domaine spécifique. Elle est la première à représenter l’école
américaine. Elle reste une galerie assez modeste tout au long de sa carrière. Elle a créé un
modèle qui fonctionnait plutôt bien mais sa galerie ne deviendra jamais très puissante sur le plan
économique sur la scène new yorkaise. !
Elle organise un système d’expositions dense et rapide : 12 exposition par an, une exposition
toute les 2-3 semaines. !
Pendant les années 50, elle continuera dans sa mission des galeries dénicheuses, qui déniche
les artistes émergents, parce qu’elle travaille de façon très prématurée avec Jasper Johns,
Rauschenberg ou encore Barnett Newmann. Elle s’intéressait beaucoup plus à trouver des
artistes qui devait être lancé. !
Sydney Janis Gallery (1948-1998)
Souvent, les artistes qui passaient par Betty Parsons, signaient ensuite avec Sydney Janis qui
ouvre en 1948.!
Elle prend le relais de Guggenheim car elle s’impose comme le galeriste qui représente l’école
new yorkaise de façon très puissante. !
Janis débute sa carrière dans le monde de l’art principalement comme collectionneur. Il
fréquentait la galerie de Stieglitz et il dit que c’est grâce aux premières expositions vues chez
Stieglitz qu’il découvre son goût pour l’art d’avant-garde. !
Il voyage à Paris pour acheter des oeuvres sur place pour construire sa collection. Il était
propriétaire d’une usine, était un entrepreneur dans le textile. Au milieu des années 20 et au début
des années 30, il se lance dans la création de cette collection au travers d’achat qu’il fait près des
artistes ou des marchands. Il devient membre du comité d’expert au MoMA. !
Il s’affirme en tant que collectionneur et d’expert au sein d’un comité et où il prête plusieurs
oeuvres pour les expositions. !
En 1939, il arrête l’activité de son entreprise pour se consacrer sur des écrits sur l’art. Après 15
ans environ dans le comité d’expert, il décide d’ouvrir sa galerie. Elle connait un succès
directement car c’était déjà une figure connue à l’époque, avec une grande renommée. Il souffre
pas de l’anonymat du début de chaque marchand. !
Quand il ouvre sa galerie, il l’ouvre avec une exposition consacrée à Fernand Léger. Il organise
plusieurs expositions de maîtres du modernisme européen.!
En 1949 et 1951, il réalise une exposition sur Mondrian, refait une rétrospective sur les fauves…!
Lui aussi, en suivant le modèle d’artistes établis et d’artistes émergents, s’intéresse à l’école
américaine.!
Entre 1948 et tout le long des années 50, sa galerie est la référence de l’art abstrait.
«!New Realists!» - 1962
En 1962, Janis organise cette exposition qui avait été organisée juste après la dernière exposition
personnelle que Janis consacre à William de Kooning, évènement très attendu mais qui avait reçu
un accueil assez mitigé de la part de la presse. !
On dit que, symboliquement, Janis avait accueilli une exposition marquant la fin de
l’expressionnisme abstrait et une exposition qui marque le début du Pop Art. !
On y retrouve les tableaux qui tournent autour de la nourriture avec Warhol…!
La galerie deviendra ensuite la référence pour le Pop Art. On voit qu’elle se concentre sur les
deux mouvements qui ont le plus marqués l’après-guerre américain. !
Leo Castelli Gallery (1957)
C’est une galerie qui représente bien les dynamiques qui se mettent en place à l’international
après l’essor de ce marché new yorkais entre 1945 et la fin des années 50. !
Il ouvre sa galerie en 1957 et il arrive presque une génération après les galeristes que l’on a
évoqué précédemment. Il est italien, s’installe à Paris en 1935 après s’être marié avec sa
compagne. !
Il devient associé de la galerie Drouin en 1939, galerie qui était engagée dans la promotion de
l’art abstrait. !
Dans l’après-guerre, il s’installe à New York après la Seconde Guerre Mondiale et continue à
collaborer avec Drouin à distance et rentre en contact avec Sydney Janis. !
Sur les 10 années qui suivent son installation à New York, il travaille un peu comme agent, réalise
du courtage mais enrichit principalement sa collection.
C’est en 1957 qu’il ouvre sa propre galerie où il expose l’art abstrait et les écoles américaines. !
C’est l’un des premiers à exposer Rauschenberg et Jasper Johns et si Janis découvre le Pop Art,
c’est à Castelli que revient le lancement du mouvement minimaliste. !
Ce qui est intéressant dans l’évolution de l’activité de Castelli, c’est le fait qu’il s’agit de l’un des
premiers galeries installé aux États-Unis qui essaye d’exporter son modèle et créer des filiales
en Europe. !
Il comprend que ces mouvements américains commençaient à devenir un phénomène loin de
rester uniquement local mais qui devait être exploité à l’étranger. !
C’est aux États-Unis qu’on créé des choses nouvelles et c’était le temps de faire comme les
marchands européens, de créer des succursales ou des contrats pour ces artistes en Europe. Il
crée un réseau international de galeries auquel il ne rattache pas forcément son nom mais ses
artistes. !
Il s’organise pour monter un réseau de galerie en Europe pour exporter l’art américain à l’étranger
ce qui fait qu’il dépasse même Sydney Janis dans la promotion du Pop Art car cette dimension
internationale n’était pas présente dans les galeries qu’on a vu juste avant. !
Lui, vu le succès assez rapide de ces mouvements, il trouve que c’est important de les exporter. !
Il assurait les vitrines internationales et il crée un empire et un modèle économique qui n’avait
pas encore été mis en place à cette échelle. !
Il ouvre par exemple la galerie Enzo Sperone à Turin, Konrad Fisher à Düsseldorf, Sonnabend à
Paris…!
Midtown Art District (années 50 - 60)
La proximité avec les nouveaux musées et les quartiers les plus riches est ce qui caractérisent le
développement de ce quartier artistique. Pendant les années 70, le quartier Midtown disparaît
complètement pour voir l’émergence du quartier SoHo, quartier assez ouvrier à l’époque mais un
des plus riches aujourd’hui. !
Tout ce quartier se trouve vidé et beaucoup d’artistes, notamment ceux qui travaillent sur les
grands formats, occupent de façon inégale ces usines abandonnées pour en faire souvent leur
logement ou aussi leur atelier.!
SoHo devient le quartier branché pour la présentation et le soutien des artistes émergents
notamment minimalistes. C’est d’ailleurs là où Castelli déménage. !
À partir des années 80, un autre quartier émerge : East Village, quartier où ce sont installé,
pendant les années 90, plusieurs galeries. East Village était le quartier où, pendant les années 80,
habitait Jean-Michel Basquiat et était le quartier populaire de la ville, où vivait la communauté
artistique, les acteurs, les actrices. La Factory d’Andy Warhol se trouvait entre les deux quartiers
qui étaient bohèmes, underground, dangereux. !
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