Matériaux II – Chapitre 1 : Cours de révision (caractérisation chimique et structurale) Matériaux II – Chapitre 1 : Techniques de caractérisation chimique et structurale Cours de révision restructuré à partir du support : définitions, concepts, formules, exemples chiffrés, fiches et questions types. Plan et carte du chapitre Le chapitre se découpe en 5 blocs. Chacun répond à une question : 1. Vocabulaire : comment décrire le comportement d'un matériau ? (ductilité, rigidité, ténacité…) 2. Température : que fait la chaleur à un solide ? (dilatation, diffusion) 3. Diffusion : comment les atomes bougent-ils ? (mécanismes, lois de Fick, Arrhenius, applications) 4. Structure : comment voir et identifier l'organisation interne ? (microscopies, diffraction) 5. Chimie : comment savoir de quoi est fait le matériau ? (EDS/WDS, Auger, SIMS, sonde atomique) Idée directrice à retenir : presque toutes les méthodes de caractérisation reposent sur l'interaction entre un rayonnement ou faisceau incident (photons, électrons, ions, rayons X…) et le matériau. On analyse ce qui revient. 1. Définitions et propriétés des matériaux Caractériser un matériau = le décrire avec précision : analyser sa structure, ses propriétés, sa performance et ses procédés de transformation ; c'est aussi modifier structure et propriétés par des procédés industriels pour améliorer les performances. 1.1 Propriétés mécaniques principales Propriété Définition Indicateur / critère À retenir Ductilité Aptitude à se déformer plastiquement sans se rompre (en traction) Allongement pour cent A % ; aussi Z % (striction) et K (résilience) A % ≥ 5 % : ductile ; A % < 5 % : fragile (« cassant ») Page 1 of 15 Matériaux II – Chapitre 1 : Cours de révision (caractérisation chimique et structurale) Propriété Définition Indicateur / critère À retenir Malléabilité Même idée que la ductilité mais en compression A% Al, Cu, Au, certains laitons et inox : très malléables (A % > 35 %), emboutissage profond Plasticité Le matériau ne reprend pas sa forme initiale après déformation Déformation permanente Métaux : élastiques sous charge modérée, plastiques sous charge excessive Élasticité Le matériau reprend sa forme initiale après déformation Domaine linéaire Contraire de la plasticité (ex. ressort chargé normalement) Rigidité Fonction de l'énergie des liaisons entre atomes/molécules Module d'Young E (module d'élasticité) E élevé = matériau rigide Résistance Contrainte maximale supportée avant rupture Re (limite élastique), Rm (résistance maximale) Dépend des liaisons, mais aussi de la forme de la pièce et de ses défauts Ténacité Énergie absorbée à la rupture ; résistance à la propagation brutale de fissures Aire sous la courbe contraintedéformation Importante pour les céramiques Piège classique : ne pas confondre rigidité (E, liaisons), résistance (Re, Rm : « jusqu'où ça tient ») et ténacité (énergie absorbée avant rupture). Un matériau peut être très rigide et pourtant peu tenace (céramique). 1.2 Autres propriétés utiles Homogénéité : mêmes propriétés chimiques et physiques en tous points. Métaux et alliages : généralement homogènes. Bois et composites : hétérogènes. Isotropie : mêmes caractéristiques mécaniques dans toutes les directions. Métaux et alliages : généralement isotropes. Plastiques, composites, bois : non isotropes (le bois est plus résistant dans le sens des fibres que perpendiculairement). Contrainte (en MPa = N/mm²) : traduit les efforts de cohésion entre grains de matière. σ (sigma) = contrainte normale (tension) ; τ (tau) = contrainte de cisaillement. Page 2 of 15 Matériaux II – Chapitre 1 : Cours de révision (caractérisation chimique et structurale) Déformation : variation des dimensions sous charge ; elle peut être élastique ou plastique. 2. Effets de la température 2.1 Dilatation thermique Origine physique : quand la température monte, l'amplitude de vibration des atomes augmente, donc leur rayon moyen et la distance interatomique augmentent. Ceci vaut pour tous les solides (cristallins ou amorphes). Formule (3.11), en première approximation linéaire : ΔL = L − L₀ = L₀ · α · ΔT L₀ : longueur initiale ; ΔT : variation de température ; α : coefficient de dilatation thermique linéaire (K⁻¹). Pour des calculs précis, α varie avec le domaine de température considéré. Exemple d'application (valeur de α indicative, hors support) : rail d'acier de 10 m, α ≈ 12·10⁻⁶ K⁻¹, ΔT = 50 K. ΔL = 10 × 12·10⁻⁶ × 50 = 6·10⁻³ m = 6 mm. D'où les joints de dilatation. 3. Notion générale de diffusion 3.1 Mécanismes (figure 3.20) Sous agitation thermique, les atomes d'un solide sautent d'un site à un site voisin : c'est la migration progressive. N° figure Mécanisme Remarque 1 Lacunaire : un atome saute dans une lacune voisine Dans le cristal 2 Interstitiel Envisageable uniquement pour des solutés de petite taille (C, N…) 3 Diffusion superficielle En surface 4 Diffusion dans un joint de grains Dans les joints Règle de vitesse : diffusion en volume (lacunaire/interstitielle) moins rapide que diffusion en surface ou dans les joints de grains. Page 3 of 15 Matériaux II – Chapitre 1 : Cours de révision (caractérisation chimique et structurale) Vocabulaire : Autodiffusion : déplacement des atomes d'un élément pur ou majoritaire. Hétérodiffusion : déplacement des atomes d'un soluté dans un solvant. Seuils de température (T en kelvin, T_F = température absolue de fusion) : Autodiffusion dans les éléments purs : T > 0,4 à 0,5 T_F Hétérodiffusion dans les solides à plusieurs types d'atomes : T > 0,5 à 0,7 T_F Interdiffusion (figure 3.21) : deux solides de natures différentes mis en contact → passage progressif des atomes de l'un dans l'autre ; les profils de concentration passent d'une marche (t = 0) à une courbe de plus en plus étalée (t₂ > t₁). Conséquences majeures sur les transformations de structure et de composition. 3.2 Lois de Fick Flux J : quantité de matière M traversant perpendiculairement une aire A pendant t. (3.12) J = M / (A · t) 1ʳᵉ loi de Fick (3.13) : lien flux–gradient de concentration (régime permanent) J(x) = − D · ∂C(x)/∂x → Le flux va des fortes vers les faibles concentrations (d'où le signe −). D en m²/s : coefficient de diffusion. 2ᵉ loi de Fick (3.14) : évolution de la concentration avec le temps ∂C/∂t = D · ∂²C/∂x² Dépendance en température, loi d'Arrhenius (3.15) : D = D₀ · exp( − ΔH_D / (R·T) ) D₀ (m²/s) : constante liée à la fréquence de saut des atomes. ΔH_D (J/mol) : enthalpie molaire d'activation de la diffusion. R = 8,314 J/(mol·K) ; T en kelvin. Conséquence : D augmente très vite avec T. Plus ΔH_D est grande, plus la diffusion est difficile. Tableau 3.2 – Coefficients de diffusion dans le fer : Élément Gamme de T Structure du fer D₀ (cm²/s) ΔH_D (kJ/mol) C 500–800 °C Fe α 0,34 103 C 800–1000 °C Fe γ 0,16 138 Page 4 of 15 Matériaux II – Chapitre 1 : Cours de révision (caractérisation chimique et structurale) Élément Gamme de T Structure du fer D₀ (cm²/s) ΔH_D (kJ/mol) N 500–800 °C Fe α 0,91 168 N 800–1000 °C Fe γ 0,005 77 Ni 1100–1390 °C Fe γ 0,44 285 Note : la diffusion existe aussi dans les liquides et les gaz, avec des lois analogues, mais des coefficients de plusieurs ordres de grandeur plus élevés que dans les solides. Exemple chiffré (carbone dans Fe α à 700 °C = 973 K) : ΔH_D/(R·T) = 103 000 / (8,314 × 973) ≈ 12,73 D = 0,34 × exp(−12,73) ≈ 0,34 × 2,95·10⁻⁶ ≈ 1,0·10⁻⁶ cm²/s (≈ 1,0·10⁻¹⁰ m²/s) Distance caractéristique de diffusion en 1 h : √(D·t) = √(1,0·10⁻⁶ × 3600) ≈ 0,06 cm ≈ 0,6 mm. (Attention aux unités : D₀ est en cm²/s dans le tableau, ΔH_D en kJ/mol à convertir en J/mol.) 3.3 Applications des lois de Fick A. Diffusion à travers une paroi (figure 3.22) Concentrations C₁ et C₂ (> C₁) constantes sur chaque face, paroi d'épaisseur e. En régime permanent, le flux est constant, donc le gradient est constant : le profil de concentration est linéaire dans la paroi. J = D · (C₂ − C₁) / e (cas d'un gaz qui traverse une paroi poreuse) B. Croissance d'une couche d'oxyde (figure 3.23) Un métal en atmosphère oxydante se couvre d'un film d'oxyde d'épaisseur e(t). Les ions oxygène diffusent à travers la couche pour réagir avec le métal. La vitesse de croissance est proportionnelle au flux : de/dt = k · J(t) avec J(t) = − D · ΔC / e(t), où ΔC = C_mét − C_atm (< 0) (3.16) de/dt = − k · D · ΔC / e(t) Après intégration (3.17) : e²(t) = − (2k · D · ΔC) · t = K² · t soit e(t) = K · √t → Loi de croissance parabolique : l'oxyde grossit de plus en plus lentement, car il devient une barrière de plus en plus épaisse. Vérifié expérimentalement quand la croissance est contrôlée par la diffusion de l'oxygène. Application : si une couche fait 1 µm après 1 h, elle fait 2 µm après 4 h (facteur √4 = 2). C. Diffusion d'une couche mince (figures 3.24) Une couche mince d'épaisseur e₀ d'un matériau A est déposée sur un substrat B. Chauffé, A diffuse vers le substrat : la composition tend à s'homogénéiser avec conservation de la masse m de soluté A par unité de surface. La solution des équations de Fick est gaussienne : (3.18) C(x, t) = m / √(π·D·t) · exp( − x² / (4·D·t) ) Page 5 of 15 Matériaux II – Chapitre 1 : Cours de révision (caractérisation chimique et structurale) → Au temps t = 0 : profil en créneau (m/e₀ sur e₀). Plus t augmente, plus la courbe s'étale et son maximum diminue. 3.4 Rappel : transformations allotropiques (figure 3.25) La structure cristalline stable d'un corps pur peut changer avec la température et la pression : c'est la transformation allotropique. Elle s'accompagne de variations de masse volumique et de propriétés mécaniques. Corps Séquence de phases en montant en température Fer Fe α (cubique centré, cc) → 912 °C → Fe γ (cubique à faces centrées, cfc) → 1394 °C → Fe δ (cc) → 1538 °C → liquide Titane Ti α (hexagonal compact, hc) → 862 °C → Ti β (cc) → 1670 °C → liquide Silice Quartz α → 573 °C → Quartz β → 867 °C → Tridymite β → 1470 °C → Cristobalite β → 1710 °C → silice liquide Lien avec le tableau 3.2 : le carbone diffuse dans Fe α en dessous de 912 °C et dans Fe γ audessus, avec des paramètres différents. 4. Techniques d'observation et de caractérisation structurale 4.1 Échelles (figure 3.26) : quel outil pour quelle taille ? Détail à observer Ordre de grandeur Outil adapté Pièces mécaniques, génie civil de 10 m au mm Œil, loupe binoculaire Grains, inclusions ~10⁻² à 10⁻⁶ m Loupe, microscope optique Dislocations ~10⁻⁷ à 10⁻¹⁰ m Microscope électronique en transmission Atomes, défauts ponctuels ~10⁻⁹ à 10⁻¹⁰ m MET, microscopes en champ proche (AFM, STM), microscope ionique Règle : plus le détail est petit, plus la technique est sophistiquée, et plus la préparation est lourde. Page 6 of 15 Matériaux II – Chapitre 1 : Cours de révision (caractérisation chimique et structurale) 4.2 Microscopie optique Observe la microstructure jusqu'à quelques dixièmes de microns : inclusions, hétérogénéités, taille et forme des grains dans les polycristaux. Limite : les dislocations et les défauts ponctuels échappent à sa résolution. Matériaux transparents (polymères, minéraux, certains composites) : observation en transmission sur des lames minces traversées par la lumière. Métaux : observation en réflexion sur surface polie, éventuellement attaquée par un réactif (révèle hétérogénéités et défauts). Technique de base la plus pratiquée. Perfectionnements : contraste, résolution, profondeur de champ ; lumière polarisée pour détecter variations de structure, de relief ou de composition. 4.3 Microscopie électronique en transmission (MET) — figure 3.27 Principe : un faisceau d'électrons accélérés par une haute tension (100 à 400 kV) se propage sous vide, traverse un objet très mince (lame mince d'environ 0,1 µm), est agrandi par des lentilles électromagnétiques et forme une image sur un écran fluorescent (ou plaque photo). Chaîne de composants (de haut en bas) : filament → lentille condenseur → objet → lentille objectif → lentille de projection → écran fluorescent. Le tout sous vide. Performances : grossissement jusqu'à 300 000 × ; visualise précipités très fins, dislocations, plans et rangées atomiques, joints de grains et de phases. L'étude des faisceaux diffractés donne la structure cristalline et l'orientation. Inconvénient : préparation de l'échantillon, observation et exploitation longues et délicates. 4.4 Microscopie électronique à balayage (MEB) — figure 3.28 Principe : un faisceau d'électrons (haute tension 5 à 50 kV) frappe un objet massif. Les interactions produisent plusieurs rayonnements : électrons rétrodiffusés (e_r), électrons secondaires (e_s), électrons Auger (e_A), électrons transmis (e_t), rayons X (RX, fluorescence). Le faisceau balaie en X et Y un rectangle de la surface ; en synchronie, un écran cathodique forme une image dont l'intensité est modulée par le signal d'un détecteur. Signal utilisé Origine Ce qu'il renseigne Électrons rétrodiffusés Interactions élastiques Intensité croît avec le numéro atomique → contraste de composition Page 7 of 15 Matériaux II – Chapitre 1 : Cours de révision (caractérisation chimique et structurale) Signal utilisé Origine Ce qu'il renseigne Électrons secondaires Réémis après chocs inélastiques Surtout l'orientation locale de la surface → topographie Rayons X Fluorescence Énergie caractéristique des éléments présents (comptage de longue durée) Électrons Auger Surface extrême Éléments à l'extrême surface (dosage précis, spectromètre dédié) Atouts : grande profondeur de champ, pas de préparation spéciale. Condition : échantillon conducteur, sinon accumulation de charges. Les échantillons non métalliques sont revêtus d'un film conducteur déposé par évaporation (carbone amorphe, or…). 4.5 Microscopies en champ proche (depuis les années 1980) Une pointe très fine, commandée par des translateurs piézo-électriques, parcourt la surface et permet d'étudier le relief jusqu'à l'échelle atomique (figure 3.29). Microscope à effet tunnel (STM) Microscope à force atomique (AFM) Grandeur mesurée Courant tunnel entre pointe et échantillon Déflexion du support flexible (lame) de la pointe, mesurée par laser et détecteur Asservissement Translation en Z ajustée pour garder une intensité constante Altitude de contact suivie via la déflexion Image Intensité de la commande en Z en chaque point du balayage X-Y Topographie de la surface Condition (support) Échantillon conducteur Surface parfaitement propre à l'échelle atomique Points communs : surfaces parfaitement propres ; permettent d'explorer la topographie sur quelques dizaines de microns comme la position individuelle des atomes (et éventuellement leur nature). 4.6 Techniques d'étude de la structure cristalline : diffraction Principe : un rayonnement de longueur d'onde fixée rencontre un cristal ; la périodicité des atomes crée des interférences constructives et destructives, équivalentes à des réflexions sur des familles de plans (h, k, l) lorsque la loi de Bragg est satisfaite (figure Page 8 of 15 Matériaux II – Chapitre 1 : Cours de révision (caractérisation chimique et structurale) 3.30) : (3.19) 2 · d_hkl · sin θ = n · λ λ : longueur d'onde du rayonnement incident θ : angle d'incidence (angle avec les plans) d_hkl : distance entre plans (h, k, l) n : nombre entier (ordre de diffraction) Exemple d'application : rayons X, λ = 0,154 nm, pic observé à θ = 22°, n = 1 : d = λ / (2 sin θ) = 0,154 / (2 × 0,3746) ≈ 0,205 nm. Utilité : on remonte aux distances entre plans, donc aux paramètres de maille. a) Diffraction des rayons X (DRX) Un échantillon cristallin soumis aux RX renvoie des faisceaux diffractés dont les écarts angulaires renseignent sur les plans cristallins et leurs distances. Détection : plaques photographiques ou détecteurs adaptés. Techniques différentes selon que l'échantillon est monocristallin ou polycristallin. Identification : comparaison des spectres obtenus avec des bibliothèques de structures connues → identifie les cristaux et leurs paramètres de maille. b) Autres techniques de diffraction Électrons : diagrammes de diffraction au MET. Rayons γ ou neutrons : moins courants, parfois utilisés. EBSD (Electron Back-Scattered Diagrams) au MEB : si l'échantillon est cristallin avec un bon état de surface, effets de canalisation préférentielle sur les électrons rétrodiffusés → détermine l'orientation des grains émergents à la surface. 5. Techniques d'analyse chimique Cadre : méthodes sur échantillons solides, non destructives (on exclut la mise en solution suivie de dosage classique). Elles analysent les particules ou rayonnements émis par l'échantillon sous excitation. Les signaux viennent toujours de la couche superficielle (10⁻⁶ à 10⁻⁷ m) car ils sont très fortement absorbés par la plupart des matériaux. 5.1 Spectrométrie d'émission X Un faisceau d'électrons excite les atomes : leurs électrons passent à un niveau supérieur (instable), puis reviennent à leur niveau d'origine en émettant un rayonnement X. Page 9 of 15 Matériaux II – Chapitre 1 : Cours de révision (caractérisation chimique et structurale) Le spectre de longueurs d'onde est caractéristique des transitions, donc de l'élément chimique. Deux modes d'analyse : Dispersion d'énergie (EDS) : acquisition de tout le spectre → détecte les différents éléments présents ; en général couplée à un MEB ou un MET. Sélection d'énergie : acquisition calée sur l'énergie d'un élément donné → dosage plus précis ; effectuée sur une microsonde électronique, appareil dédié, sur échantillons à surface plane polie. 5.2 Spectroscopie d'électrons Auger Les électrons Auger sont réémis par des atomes frappés par un faisceau d'électrons, après un transfert d'énergie complexe. Émis par les couches périphériques, ils ont une énergie faible mais caractéristique de l'espèce émettrice. Profondeur d'échappement de l'ordre du nanomètre → vraie technique d'analyse des premières couches atomiques de la surface. Appareil : canon à électrons à énergie réglable + analyseur en énergie, le tout sous ultra-vide. Souvent un canon à ions pour décontaminer et décaper progressivement la surface. Résultat : spectre avec des pics attribués par étalonnage sur éléments purs ; identification des éléments + dosage quantitatif approximatif. 5.3 Spectrométrie de masse d'ions secondaires (SIMS) Impact d'un ion ou atome neutre de quelques keV → collisions en cascade → éjection d'atomes des couches superficielles, qui s'ionisent spontanément (ions secondaires). L'étude des masses de ces ions donne la composition globale des couches superficielles. La cible est progressivement érodée par le faisceau d'ions primaires → profils de composition en profondeur. Appareil : canon à ions primaires (nature des ions variable, énergie réglable) + spectromètre de masse à champ magnétique. 5.4 Microscopie ionique et sonde atomique (figure 3.31) Échantillon aminci en pointe très fine, porté à un potentiel positif élevé (1 à 30 kV) ; le champ électrique est maximal sur les aspérités (atomes en extrémité). Page 10 of 15 Matériaux II – Chapitre 1 : Cours de révision (caractérisation chimique et structurale) Microscope ionique : un gaz (He, Ne, Ar, H…) en faible quantité, sous ultra-vide, est ionisé près de la pointe et éjecté ; sa réception sur un écran reconstitue l'image des positions des atomes de la pointe. Sonde atomique : sans gaz, on superpose des impulsions de potentiel : les atomes les moins liés s'évaporent, s'ionisent et sont éjectés (on « pèle » la pointe couche par couche). On mesure leur temps de vol jusqu'au détecteur, fonction du rapport masse/nombre de charges → identification de l'ion → composition reconstituée site par site. Limites : préparation difficile ; échantillon obligatoirement conducteur ; exploitation des résultats difficile. 6. Tableaux de synthèse (à connaître par cœur) 6.1 Comparatif des techniques Technique Faisceau / sonde Info principale Échantillon / condition Mot-clé Microscopie optique Lumière Grains, inclusions (≥ dixièmes de µm) Métaux : poli + attaque (réflexion) ; transparents : lame mince Base, simple MET Électrons 100–400 kV Dislocations, plans atomiques, diffraction Lame mince ~0,1 µm, vide Grossissement 300 000 × MEB Électrons 5– 50 kV, balayage Topographie (e_s), composition (e_r), éléments (RX) Massif, conducteur (sinon dépôt C/Au) Profondeur de champ STM Pointe, courant tunnel Relief atomique Conducteur, surface propre Courant constant AFM Pointe sur lame flexible + laser Relief, atomes Surface propre Déflexion Page 11 of 15 Matériaux II – Chapitre 1 : Cours de révision (caractérisation chimique et structurale) Technique Faisceau / sonde Info principale Échantillon / condition Mot-clé DRX Rayons X Plans, d_hkl, paramètres de maille, identification Mono ou polycristal Loi de Bragg EBSD e_r dans le MEB Orientation des grains Cristallin, bon état de surface Canalisation EDS / microsonde Électrons → RX Éléments présents / dosage précis Microsonde : surface plane polie Dispersion vs sélection d'énergie Auger Électrons → e Auger Extrême surface, dosage approximatif Ultra-vide Profondeur ~ nm SIMS Ions primaires → ions secondaires Composition + profil en profondeur Érosion progressive Spectromètre de masse Microscope ionique / sonde atomique Pointe, champ, gaz ou impulsions Image atomique ; composition site par site Pointe conductrice Temps de vol Page 12 of 15 Matériaux II – Chapitre 1 : Cours de révision (caractérisation chimique et structurale) 6.2 Formules du chapitre N° Formule Rôle 3.11 ΔL = L₀ · α · ΔT Dilatation linéaire 3.12 J = M / (A·t) Définition du flux 3.13 J = −D · ∂C/∂x 1ʳᵉ loi de Fick 3.14 ∂C/∂t = D · ∂²C/∂x² 2ᵉ loi de Fick 3.15 D = D₀ · exp(−ΔH_D / RT) Arrhenius 3.16 de/dt = −k·D·ΔC / e Croissance d'oxyde (vitesse) 3.17 e² = K²·t, e = K√t Loi parabolique 3.18 C(x,t) = m/√(πDt) · exp(−x²/4Dt) Couche mince 3.19 2 d_hkl sin θ = n λ Loi de Bragg 6.3 Chiffres clés Ductile si A % ≥ 5 % ; très malléable si A % > 35 %. Autodiffusion à T > 0,4–0,5 T_F ; hétérodiffusion à T > 0,5–0,7 T_F. Fer : 912 °C, 1394 °C, 1538 °C. Titane : 862 °C, 1670 °C. Silice : 573, 867, 1470, 1710 °C. MET : 100–400 kV, lame ~0,1 µm, jusqu'à 300 000 ×. MEB : 5–50 kV. Microscope optique : jusqu'à quelques dixièmes de µm. Signaux d'analyse chimique : couche de 10⁻⁶ à 10⁻⁷ m ; Auger : profondeur ~ nm. Microscope ionique : pointe à 1–30 kV. 7. Questions types d'évaluation, avec réponses Q1. Différence entre ductilité et malléabilité ? Même aptitude à se déformer plastiquement sans rompre ; ductilité en traction (mesurée par A %), malléabilité en compression. Q2. Différence entre autodiffusion et hétérodiffusion ? Autodiffusion : atomes d'un élément pur ou majoritaire. Hétérodiffusion : atomes d'un soluté dans un solvant. Q3. Pourquoi la diffusion est-elle plus rapide dans les joints de grains qu'en volume ? Les joints et la surface sont des zones désordonnées, moins denses : les atomes y sautent plus facilement que dans le cristal par mécanisme lacunaire ou interstitiel. Page 13 of 15 Matériaux II – Chapitre 1 : Cours de révision (caractérisation chimique et structurale) Q4. Énoncer les lois de Fick et leur utilité. 1ʳᵉ : J = −D ∂C/∂x (flux proportionnel au gradient, régime permanent). 2ᵉ : ∂C/∂t = D ∂²C/∂x² (évolution temporelle). Elles permettent de prévoir profils de concentration, durées de traitement, épaisseurs d'oxyde. Q5. Comment D varie-t-il avec la température ? Que représente ΔH_D ? D = D₀ exp(−ΔH_D/RT) : augmente exponentiellement avec T. ΔH_D est l'enthalpie molaire d'activation : barrière énergétique à franchir pour un saut atomique. Q6. Pourquoi la croissance d'une couche d'oxyde est-elle parabolique ? Le flux d'oxygène est inversement proportionnel à l'épaisseur (J = −DΔC/e) ; en intégrant de/dt = K'/e, on obtient e² = K²t. Plus la couche est épaisse, plus elle freine la diffusion. Q7. Dans la diffusion à travers une paroi en régime permanent, pourquoi le profil est-il linéaire ? Le flux est constant ; selon Fick 1, le gradient dC/dx = −J/D est donc constant : profil linéaire. Q8. Calculer D pour le carbone dans Fe α à 700 °C. Voir l'exemple du § 3.2 : D ≈ 1,0·10⁻⁶ cm²/s. Q9. Quand utiliser le microscope optique, le MET, le MEB ? Optique : grains et inclusions (≥ dixièmes de µm), simple et courant. MET : dislocations et plans atomiques, sur lame mince. MEB : topographie et composition de surface d'objets massifs conducteurs. Q10. Pourquoi métalliser un échantillon non conducteur pour le MEB ? Sans conduction électrique, l'échantillon accumule les charges du faisceau et l'image est perturbée. On dépose par évaporation un film conducteur (carbone amorphe, or). Q11. Que mesurent les électrons secondaires et rétrodiffusés au MEB ? Secondaires : orientation locale de la surface (topographie). Rétrodiffusés : croît avec le numéro atomique (contraste de composition). Q12. Différence STM / AFM ? STM : courant tunnel maintenu constant par asservissement en Z. AFM : déflexion d'une lame flexible portant la pointe, mesurée par laser. Q13. Énoncer la loi de Bragg, définir chaque terme, et dire à quoi elle sert. 2 d_hkl sin θ = n λ. Elle relie les angles de diffraction aux distances entre plans cristallins ; permet d'identifier les cristaux et de déterminer leurs paramètres de maille (par comparaison avec des bibliothèques). Q14. Qu'est-ce que l'EBSD ? Diagrammes de diffraction des électrons rétrodiffusés au MEB ; donnent l'orientation des grains émergeant à la surface. Q15. Principe de la spectrométrie d'émission X ; différence dispersion / sélection d'énergie. Les électrons excités retournent à leur niveau en émettant des RX caractéristiques de l'élément. Dispersion d'énergie : spectre entier (couplée MEB/MET), détection des éléments. Sélection d'énergie : un élément donné, dosage précis (microsonde). Page 14 of 15 Matériaux II – Chapitre 1 : Cours de révision (caractérisation chimique et structurale) Q16. Pourquoi l'Auger est-elle une analyse de surface ? Électrons de faible énergie dont la profondeur d'échappement est de l'ordre du nanomètre : seuls ceux des premières couches atomiques sortent. Q17. Comment obtenir un profil de composition en profondeur ? Par SIMS : le faisceau d'ions primaires érode progressivement la cible, et on analyse les ions secondaires au spectromètre de masse au fil de l'érosion. Q18. Principe de la sonde atomique à temps de vol ? Des impulsions de potentiel font évaporer et ioniser les atomes de la pointe ; leur temps de vol jusqu'au détecteur dépend du rapport masse/charge, donc identifie l'élément. On reconstitue la composition site par site. 8. Plan de révision sur 2 jours Jour 1 : comprendre Matin : sections 1 à 3 (propriétés, dilatation, diffusion). Refaire à la main les calculs de dilatation, de D (Arrhenius) et la démonstration de e = K√t. Après-midi : section 4. Pour chaque technique, savoir dessiner le schéma de principe (MET fig. 3.27, MEB fig. 3.28, STM/AFM fig. 3.29, Bragg fig. 3.30). Soir : section 5, puis relire le tableau 6.1. Jour 2 : retenir et s'entraîner Matin : fiches 6.2 et 6.3 recopiées de mémoire, puis vérifiées. Après-midi : répondre à toutes les questions de la section 7 sans regarder, puis corriger. Soir : relire uniquement ce qui a été raté ; dormir tôt. Pièges fréquents à l'examen : Température en kelvin dans Arrhenius (pas en °C). Unités de D₀ (cm²/s) et ΔH_D (kJ/mol → J/mol). Confondre rigidité / résistance / ténacité. MET = lame mince en transmission ; MEB = objet massif conducteur. Auger = quelques nm ; EDS/RX = 10⁻⁶ à 10⁻⁷ m. Page 15 of 15