Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba CHAPITRE 2 : REVUE DOCUMENTAIRE Introduction La conception du système de protection d’un poste HTB/HTA ne se réduit pas au choix de relais : elle suppose une compréhension préalable du réseau dans lequel le poste s’insère, des contraintes auxquelles ses équipements sont soumis et des principes qui gouvernent la détection et l’élimination des défauts. Le présent chapitre établit ce socle théorique et normatif, sur lequel reposeront le dimensionnement et le plan de protection du futur poste 90/15 kV de Nagré. La démarche adoptée va du général au particulier. Après avoir rappelé l’organisation des réseaux électriques (section 2.1) et le rôle des postes HTB/HTA (section 2.2), le chapitre examine les régimes du neutre et les surtensions, qui déterminent la coordination de l’isolement (section 2.3), puis les défauts susceptibles d’affecter le poste (section 2.4). Il présente enfin les systèmes de protection et leurs fonctions (section 2.5), les principes de sélectivité et de coordination (section 2.6) et les technologies de relais (section 2.7). Pour chaque notion, l’accent est mis sur les grandeurs et les critères qui seront effectivement mobilisés dans la suite du mémoire. 2.1 Généralités sur les réseaux électriques 2.1.1 Définition et finalité Un réseau électrique est l’ensemble des installations qui assurent la production, le transport, la transformation et la distribution de l’énergie électrique jusqu’aux consommateurs. Sa finalité est double : acheminer à chaque instant la puissance appelée, et le faire dans des conditions de tension, de fréquence, de sécurité et de continuité compatibles avec l’exploitation des ouvrages et les besoins des usagers. Le recours à la haute tension pour le transport découle directement des lois de l’électrotechnique. Pour une puissance active P transmise sous une tension composée U avec un facteur de puissance cos φ, le courant de ligne et les pertes par effet Joule dans une ligne triphasée de résistance R par phase s’écrivent : I = P / (√3 · U · cos φ) PJ = 3 · R · I² = R · P² / (U² · cos² φ) (2.1) À puissance transmise égale, les pertes Joule varient donc comme l’inverse du carré de la tension : doubler la tension de transport divise les pertes par quatre. Les postes électriques permettent ensuite d’abaisser progressivement la tension jusqu’aux niveaux HTA et BT, adaptés à la desserte des consommateurs. 1 Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba 2.1.2 Structure générale d’un réseau électrique La chaîne fonctionnelle d’alimentation se décompose classiquement en cinq maillons : production, transport, transformation, distribution et consommation (figure 6). Cette représentation demeure volontairement schématique : un réseau réel comporte plusieurs niveaux de tension, des interconnexions avec les réseaux voisins, plusieurs sources d’alimentation ainsi que des dispositifs de compensation et de contrôle. Au Burkina Faso, le réseau national interconnecté est ainsi alimenté à la fois par les centrales nationales et par les importations en provenance de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Togo. Figure 6 : Structure générale d’un réseau électrique Source : auteur (schéma de principe) La topologie diffère selon le niveau de tension, et cette différence a des conséquences directes sur la protection. Le réseau de transport HTB est généralement maillé ou bouclé afin qu’un ouvrage puisse être perdu sans interruption de l’alimentation : le courant de défaut peut alors provenir de plusieurs côtés, ce qui impose des protections sensibles au sens du courant (protections de distance, directionnelles ou différentielles). Les réseaux de distribution HTA sont, quant à eux, le plus souvent exploités en radial, éventuellement sous forme de boucle ouverte : le courant de défaut circule dans un sens connu, de sorte que des protections à maximum de courant sélectives par temporisation y suffisent généralement. 2.1.3 Domaines de tension Les installations électriques sont classées en domaines de tension. Le présent mémoire emploie les appellations BT, HTA et HTB selon la classification de la norme française NF C 18-510, couramment utilisée dans le contexte francophone et rappelée au tableau 5. La nomenclature d’exploitation applicable au Burkina Faso doit néanmoins être rapprochée des documents de référence de la SONABEL. 2 Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba Domaine TBT BT HTA HTB Tension alternative (valeur efficace) U ≤ 50 V 50 V < U ≤ 1 000 V 1 kV < U ≤ 50 kV U > 50 kV Exemples au Burkina Faso Circuits de commande et de sécurité Distribution aux abonnés (400/230 V) Réseaux 15 kV et 33 kV Réseaux 90 kV, 132 kV et 225 kV Tableau 5 : Domaines de tension en courant alternatif Source : auteur, d’après la NF C 18-510 2.2 Les postes électriques 2.2.1 Définition et fonctions Un poste électrique est un ouvrage qui assure, en un point donné du réseau, la transformation de la tension et/ou l’interconnexion de plusieurs circuits, tout en garantissant la protection, la mesure et la manœuvre des départs qui y aboutissent. Il constitue un nœud du réseau où se concentrent les équipements nécessaires à une exploitation sûre et fiable. Ses fonctions principales sont les suivantes : • • • • • • • transformer la tension entre deux niveaux du réseau ; répartir l’énergie entre plusieurs départs ; sectionner les circuits afin de permettre leur isolement en vue des travaux ; protéger les équipements et les réseaux contre les conséquences des défauts ; commander les appareils de coupure, localement ou à distance ; mesurer les grandeurs électriques pour l’exploitation et le comptage ; surveiller l’état de l’installation et enregistrer les événements. Dans le cadre de cette étude, le futur poste 90/15 kV aura pour fonction principale d’abaisser la tension du réseau de transport 90 kV au niveau 15 kV, afin d’alimenter les départs de distribution de la zone concernée. 2.2.2 Typologie des postes électriques Selon leur fonction dans le réseau, on distingue cinq catégories de postes : • • • • • les postes de sortie de centrale, qui raccordent une centrale de production au réseau (postes 33/15 kV de Ouaga 1 et de Kossodo) ; les postes élévateurs, qui élèvent la tension de la production au niveau du transport (poste 6,6/132 kV de Bagré) ; les postes d’interconnexion, qui relient plusieurs lignes, éventuellement de niveaux de tension différents (poste 132 kV de Zano, poste 225/34,5/33 kV de Zagtouli) ; les postes sources HTB/HTA, qui abaissent la tension du réseau de transport vers la distribution : c’est la catégorie à laquelle appartient le futur poste 90/15 kV ; les postes de distribution HTA/BT, qui alimentent directement la clientèle résidentielle, tertiaire ou industrielle (postes Kanazoé et BCEAO 15/0,4 kV). Les postes se distinguent également par leur technologie d’isolement. Les postes à isolement dans l’air (AIS), installés à l’extérieur, sont les plus économiques mais exigent une emprise foncière importante ; les postes sous enveloppe métallique isolés au SF6 (GIS) sont 3 Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba compacts et adaptés aux zones urbaines denses, au prix d’un coût d’investissement plus élevé ; les solutions hybrides combinent les deux approches. L’aspect d’un poste varie en conséquence : il peut être implanté en surface dans une enceinte clôturée, à l’intérieur d’un bâtiment ou en souterrain. Au Burkina Faso, la SONABEL exploite vingt-trois postes HTB, qui constituent l’ossature du réseau de transport et jouent un rôle déterminant dans la sécurité d’alimentation du pays, notamment lors des reports de charge consécutifs à un incident sur une ligne ou un ouvrage. 2.2.3 Principaux équipements d’un poste HTB/HTA Un poste HTB/HTA associe des équipements de puissance, des réducteurs de mesure et des équipements de protection et de contrôle-commande. Le tableau 6 précise, pour chacun, sa fonction et les grandeurs qui en déterminent le choix ; ce sont ces grandeurs que le dimensionnement devra établir. Équipement Transformateur de puissance Disjoncteur Sectionneur Sectionneur de terre Transformateur de courant (TC) Transformateur de tension (TT) Jeu de barres Fonction principale Modifier le niveau de tension et transférer la puissance entre réseaux. Établir, supporter et interrompre les courants normaux et les courants de défaut. Assurer l’isolement visible d’un circuit, manœuvré hors charge. Mettre à la terre la partie isolée pour garantir la sécurité des intervenants. Fournir une image secondaire réduite du courant aux appareils de mesure et aux relais. Fournir une image secondaire réduite de la tension. Recevoir et répartir l’énergie entre les circuits du poste. Parafoudre Limiter les surtensions transitoires aux bornes de l’équipement protégé. Relais de protection Analyser les grandeurs mesurées et émettre les ordres de déclenchement. Réseau de mise à la terre Écouler les courants de défaut et limiter les tensions de contact et de pas. Paramètres déterminants pour la conception Puissance, tensions, couplage, tension de courtcircuit, mode de refroidissement, niveau d’isolement. Tension et courant assignés, pouvoir de coupure, tenue thermique et dynamique, durée de coupure. Tension et courant assignés, distances d’isolement, tenue au court-circuit. Tenue thermique et dynamique, pouvoir de fermeture sur court-circuit selon la classe, verrouillages. Rapport, classe de précision, puissance de précision, facteur limite de précision, saturation, tenue au court-circuit. Rapport, classe, puissance de précision, facteur de tension, niveau d’isolement. Courant assigné, tenue thermique et électrodynamique, échauffement, isolement. Tension de régime permanent Uc, tension assignée Ur, niveau de protection, tenue aux surtensions temporaires. Fonctions disponibles, sensibilité, rapidité, entrées/sorties, alimentation auxiliaire, communication. Courant de défaut et durée, résistivité du sol, maillage, critères de sécurité des personnes. Tableau 6 : Équipements principaux d’un poste HTB/HTA et grandeurs à dimensionner Source : auteur Trois distinctions méritent d’être soulignées, car elles conditionnent directement la conception du système de protection : • Disjoncteur et sectionneur. Seul le disjoncteur est capable d’interrompre un courant de défaut. Le sectionneur, dépourvu de pouvoir de coupure significatif, assure l’isolement visible et ne se manœuvre qu’à vide ; des verrouillages interdisent sa manœuvre lorsque le disjoncteur associé est fermé. 4 Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba • • TC de mesure et TC de protection. La norme CEI 61869-2 distingue les noyaux de mesure (classes 0,2 ou 0,5 par exemple), précis au voisinage du courant assigné mais conçus pour saturer en cas de court-circuit afin de préserver les appareils de mesure, et les noyaux de protection (classes 5P ou 10P suivies du facteur limite de précision, par exemple 5P20, ou classes PX et TPY), qui doivent reproduire fidèlement les courants de défaut. Un TC de mesure ne peut donc pas alimenter une protection différentielle. TT inductif et transformateur condensateur de tension. Le premier fonctionne par induction électromagnétique ; le second associe un diviseur capacitif à un transformateur intermédiaire, solution économique en HTB et utilisable comme condensateur de couplage pour les liaisons par courants porteurs. La structure du réseau et la constitution des postes étant établies, il convient d’examiner les contraintes électriques auxquelles ces équipements sont exposés. Les premières tiennent au mode de raccordement du neutre à la terre, qui gouverne à la fois l’intensité des défauts à la terre et l’amplitude des surtensions. 2.3 Régimes du neutre, surtensions et coordination de l’isolement 2.3.1 Régimes du neutre Le régime du neutre désigne le mode de liaison entre le point neutre d’un réseau et la terre. Il détermine l’intensité du courant de défaut à la terre ainsi que l’élévation de tension des phases saines pendant ce défaut, et conditionne par conséquent le choix des parafoudres, le niveau d’isolement des matériels et le principe des protections de terre. Le tableau 7 compare les principaux régimes. Courant de défaut à la terre Élevé, du même ordre que le courant de courtcircuit triphasé Tension des phases saines Faiblement élevée (facteur de défaut à la terre ≤ 1,4) Neutre impédant (résistance ou réactance) Limité par l’impédance de mise à la terre Peut atteindre la tension composée Neutre isolé Faible, de nature capacitive Tension composée, voire davantage (défauts réamorçants, résonances) Neutre compensé (bobine de Petersen) Très faible (courant capacitif compensé) Comparable au neutre isolé Régime Neutre directement à la terre Conséquences pour la protection Détection aisée par maximum de courant résiduel ; contraintes thermiques et électrodynamiques élevées. Dommages limités ; protections de terre sensibles nécessaires ; isolement et parafoudres choisis en conséquence. Continuité de service possible au premier défaut ; détection délicate, protections directionnelles requises. Auto-extinction des défauts fugitifs ; protections spécifiques (wattmétriques, transitoires). Tableau 7 : Comparaison des régimes du neutre Source : auteur Le facteur de défaut à la terre k caractérise l’élévation de tension : c’est le rapport entre la tension efficace phase-terre la plus élevée d’une phase saine pendant le défaut et la tension phase-terre en l’absence de défaut. Un réseau est dit effectivement mis à la terre lorsque k ne dépasse pas 1,4 ; ce critère, utilisé par la CEI 60071-1, intervient directement dans le choix de la tension assignée des parafoudres. 5 Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba Cette question revêt une importance particulière pour le futur poste. Le transformateur de référence étant couplé en YNd11, son enroulement 90 kV en étoile dispose d’un neutre accessible, qui pourra être relié à la terre conformément à la pratique du réseau de transport. En revanche, son enroulement 15 kV en triangle ne possède pas de point neutre : si le réseau 15 kV doit être exploité avec un neutre impédant, il faudra créer un neutre artificiel, au moyen d’un transformateur de point neutre (bobine zigzag) associé à une impédance de limitation. Ce point sera traité lors du dimensionnement. 2.3.2 Les surtensions Une surtension est une élévation de tension dont la valeur de crête dépasse celle qui correspond à la tension la plus élevée du réseau en régime normal. Selon leur origine, on distingue les surtensions d’origine externe, essentiellement dues à la foudre, et les surtensions d’origine interne, liées à l’exploitation du réseau : manœuvres d’appareils, défauts à la terre, pertes brusques de charge, phénomènes de résonance ou de ferrorésonance. La norme CEI 60071-1 les classe selon leur forme et leur durée (tableau 8). Classe Permanente Temporaire À front lent À front rapide À front très rapide Origines typiques Tension de service à fréquence industrielle Défaut à la terre, perte de charge, ferrorésonance Manœuvres d’enclenchement et de déclenchement, défauts Foudre (coup direct ou indirect) Manœuvres de sectionneurs dans les postes GIS Forme et durée caractéristiques Valeur efficace constante, appliquée en permanence Oscillation à fréquence industrielle (10 à 500 Hz), de 0,02 s à 3 600 s Temps de crête de 20 µs à 5 000 µs ; durée de queue ≤ 20 ms Temps de front de 0,1 µs à 20 µs ; durée de queue ≤ 300 µs Temps de front ≤ 0,1 µs, oscillations superposées de haute fréquence Tableau 8 : Classification des surtensions Source : auteur, d’après la CEI 60071-1 6 Forme normalisée d’essai – Tension de courte durée à fréquence industrielle (1 min) Choc de manœuvre 250/2 500 µs Choc de foudre 1,2/50 µs Fixée au cas par cas Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba Figure 7 : Représentation qualitative des classes de surtensions Source : auteur (schéma de principe) Les conséquences d’une surtension sont le claquage des isolants internes, le contournement des isolateurs et l’amorçage d’arcs qui dégénèrent en courts-circuits ; des surtensions répétées accélèrent par ailleurs le vieillissement des isolations. Au Burkina Faso, l’intensité de l’activité orageuse pendant la saison des pluies rend la protection contre les surtensions de foudre particulièrement importante pour les lignes aériennes et les postes qui leur sont raccordés. Les moyens de protection relèvent de deux logiques complémentaires. La première consiste à limiter les surtensions à la source ou aux bornes des équipements : câbles de garde des lignes, parafoudres à oxyde métallique, éclateurs, choix du régime du neutre et maîtrise des manœuvres. La seconde consiste à dimensionner l’isolement des matériels pour qu’il supporte les surtensions résiduelles avec une marge suffisante : c’est l’objet de la coordination de l’isolement. Les relais à maximum de tension (fonction 59) complètent ce dispositif pour les surtensions temporaires prolongées, que les parafoudres ne sont pas conçus pour limiter. S’agissant des réseaux de distribution, la norme EN 50160 indique, à titre de valeurs indicatives de qualité de la tension, que les surtensions temporaires dues à un défaut à la terre n’excèdent généralement pas 1,7 fois la tension déclarée dans les réseaux à neutre mis à la terre directement ou par une impédance, et 2 fois cette tension dans les réseaux à neutre isolé ou compensé. Il s’agit de valeurs observées, et non de limites de dimensionnement. 2.3.3 Coordination de l’isolement et parafoudres La coordination de l’isolement consiste à choisir la tenue diélectrique des matériels en fonction des surtensions susceptibles d’apparaître et des caractéristiques des dispositifs de protection, de manière à réduire à un niveau acceptable, sur les plans économique et 7 Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba opérationnel, la probabilité de défaillance. La démarche définie par les normes CEI 60071-1 et CEI 60071-2 s’articule en quatre étapes : 1. détermination des surtensions représentatives Urp auxquelles le matériel est exposé, compte tenu des parafoudres installés ; 2. détermination des tensions de tenue de coordination Ucw, en appliquant un facteur de coordination qui traduit l’incertitude statistique sur les contraintes et les tenues ; 3. détermination des tensions de tenue exigées Urw, en appliquant un facteur de sécurité Ks (de l’ordre de 1,15 pour l’isolation interne et 1,05 pour l’isolation externe selon la CEI 60071-2) et, si nécessaire, un facteur de correction d’altitude ; 4. choix des tensions de tenue normalisées Uw parmi les valeurs de la CEI 60071-1. Pour les matériels de la gamme I (Um ≤ 245 kV), l’isolement est spécifié par la tenue à fréquence industrielle de courte durée et la tenue au choc de foudre. Le parafoudre à oxyde métallique (CEI 60099-4, guide de choix CEI 60099-5) est l’élément central de cette démarche. Sa caractéristique tension-courant fortement non linéaire lui permet de rester quasi isolant sous la tension de service et de devenir conducteur au passage d’une surtension, dont il limite l’amplitude à son niveau de protection. Son choix repose sur trois conditions : une tension de régime permanent Uc supérieure à la tension phase-terre maximale permanente ; une tension assignée Ur compatible avec les surtensions temporaires et leur durée, laquelle dépend du régime du neutre et de la rapidité d’élimination des défauts ; un niveau de protection suffisamment inférieur à la tenue au choc des matériels protégés, compte tenu de la distance qui les sépare. Les surtensions ne constituent toutefois qu’une catégorie de perturbations. Il convient à présent d’examiner l’ensemble des défauts qui peuvent affecter un poste HTB/HTA, et en premier lieu les courts-circuits, qui imposent les contraintes les plus sévères au système de protection. 2.4 Défauts dans les réseaux électriques 2.4.1 Notion de défaut et classification Un défaut électrique est une anomalie qui modifie les tensions et les courants du réseau par rapport à leurs valeurs normales et qui, s’il n’est pas éliminé rapidement, peut endommager les équipements, compromettre la sécurité des personnes ou perturber la stabilité du système. Les principaux défauts rencontrés sont : • • • • • • les courts-circuits, entre phases ou entre phase et terre ; les défauts d’isolement, y compris les défauts à la masse ; les surcharges, d’origine thermique ; les surtensions, examinées à la section précédente ; les défaillances d’appareils de coupure, en particulier des disjoncteurs ; les perturbations du système, telles que les baisses importantes de fréquence et les pertes de synchronisme. 8 Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba Les défauts se distinguent également par leur durée, critère déterminant pour les automatismes de réenclenchement. Un défaut fugitif disparaît après une coupure très brève (balancement de conducteurs, objet porté par le vent) ; un défaut semi-permanent disparaît après une coupure de quelques dizaines de secondes (branche brûlée par l’arc) ; un défaut permanent exige une intervention (rupture de câble, isolateur détruit) ; un défaut autoextincteur disparaît spontanément, notamment dans les réseaux à neutre compensé. La forte proportion de défauts fugitifs sur les lignes aériennes justifie le recours au réenclenchement automatique, alors que les défauts sur câbles souterrains sont généralement permanents. 2.4.2 Les surcharges Une surcharge apparaît lorsque la puissance appelée sur un ouvrage dépasse sa capacité assignée. Elle se distingue du court-circuit par une intensité modérée, de l’ordre de une à une fois et demie le courant assigné, mais par une durée potentiellement longue. Son effet est essentiellement thermique : l’échauffement des conducteurs croît comme le carré du courant et s’établit avec la constante de temps thermique de l’équipement (figure 8). Une surcharge brève peut ainsi être tolérée, alors qu’une surcharge modérée mais prolongée conduit à dépasser la température admissible. Figure 8 : Surcharge temporaire et surcharge prolongée : évolution du courant et de l’échauffement Source : auteur (schéma de principe) Pour un transformateur immergé dans l’huile, la grandeur critique est la température du point chaud des enroulements, qui gouverne le vieillissement de l’isolation cellulosique. Selon la CEI 60076-7, pour un papier non thermiquement stabilisé, la vitesse relative de vieillissement V double environ tous les 6 K au-delà de la température de référence de 98 °C : V = 2(θh − 98) / 6 (2.2) 9 Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba où θh est la température du point chaud en degrés Celsius. Une exploitation prolongée à 110 °C, par exemple, vieillit l’isolation environ quatre fois plus vite qu’à 98 °C. Les conséquences d’une surcharge sont donc l’échauffement lent et progressif des parties actives, le vieillissement accéléré et la dégradation des propriétés diélectriques des isolants, qui peuvent à terme provoquer un court-circuit interne. À l’échelle du système, une demande supérieure à la production disponible se traduit par une baisse de fréquence et impose des délestages, phénomène observé dans la zone de Ouaga 2000. Les moyens de protection comprennent la protection à image thermique (fonction 49), les sondes de température d’huile et d’enroulement des transformateurs (fonction 26), les relais thermiques et les déclencheurs thermiques des disjoncteurs en basse tension, les fusibles dans les réseaux de distribution et, au niveau du système, les automatismes de délestage par minimum de fréquence (fonction 81). 2.4.3 Les courts-circuits Un court-circuit résulte d’une liaison anormale, franche ou par l’intermédiaire d’un arc ou d’une résistance, entre des conducteurs portés à des potentiels différents, ou entre un conducteur actif et la terre. Il provoque un courant élevé, limité seulement par les impédances de la source, des lignes, des transformateurs et du chemin de défaut. L’intensité de ce courant dépend du type de défaut (tableau 9) et de l’endroit où il se produit. Type de défaut Description Triphasé Les trois phases sont reliées par le défaut, avec ou sans connexion à la terre. Biphasé isolé Deux phases sont mises en contact. Biphasé à la terre Monophasé à la terre Deux phases sont en contact entre elles et avec la terre. Une phase entre en contact avec la terre ou une masse métallique. Intérêt pour la protection Défaut symétrique ; fournit généralement le courant maximal utilisé pour le dimensionnement de l’appareillage. Courant égal à √3/2 du courant triphasé lorsque Z1 = Z2 ; souvent retenu pour vérifier la sensibilité. L’impédance homopolaire et le régime du neutre deviennent déterminants. Défaut le plus fréquent sur les lignes aériennes ; son intensité dépend fortement du régime du neutre. Tableau 9 : Principaux types de courts-circuits Source : auteur Les défauts dissymétriques s’analysent au moyen de la méthode des composantes symétriques de Fortescue, qui décompose tout système triphasé déséquilibré en un système direct, un système inverse et un système homopolaire, caractérisés respectivement par les impédances Z1, Z2 et Z0. La norme CEI 60909-0 en déduit les courants de court-circuit symétriques initiaux, avec Un la tension nominale et c le facteur de tension (cmax = 1,10 pour le calcul des courants maximaux en haute tension) : I"k3 = c · Un / (√3 · |Z1|) (2.3) I"k2 = c · Un / |Z1 + Z2| (2.4) I"k1 = √3 · c · Un / |Z1 + Z2 + Z0| 10 (2.5) Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba La relation (2.5) montre que le courant de défaut monophasé dépend directement de l’impédance homopolaire, donc du régime du neutre : il est du même ordre que le courant triphasé dans un réseau à neutre direct, et limité à quelques centaines d’ampères dans un réseau à neutre impédant. La norme distingue par ailleurs la valeur de crête du courant, i p = κ · √2 · I"k, où κ dépend du rapport R/X du circuit, et le courant thermique équivalent Ith, qui caractérisent respectivement les sollicitations électrodynamiques et thermiques. Le calcul des courants de court-circuit répond ainsi à deux objectifs distincts. Les courants maximaux servent à dimensionner les disjoncteurs (pouvoir de coupure et de fermeture), les jeux de barres et les liaisons (tenue thermique et électrodynamique), ainsi que les TC (facteur limite de précision). Les courants minimaux, calculés avec la configuration de réseau la plus faible et le facteur cmin, servent à vérifier que les protections détectent tous les défauts de leur zone. 2.4.4 Défauts d’isolement et défauts à la terre Un défaut d’isolement se produit lorsque l’isolation entre une partie active et la terre, une masse métallique ou une autre phase se dégrade jusqu’à permettre le passage d’un courant. Lorsqu’il concerne une masse métallique reliée à la terre, on parle de défaut à la masse. L’intensité du courant de défaut dépend de la résistance du défaut, des impédances du réseau et du régime du neutre ; un défaut résistant, par exemple sur un sol sec, peut produire un courant inférieur au courant de charge et échapper aux protections à maximum de courant de phase. La détection s’appuie sur les grandeurs homopolaires : courant résiduel obtenu par sommation des courants des trois phases, courant mesuré par un TC tore entourant les trois conducteurs, courant circulant dans la connexion de mise à la terre du neutre, ou tension résiduelle mesurée par des TT. Le choix de la méthode dépend du schéma de mise à la terre et de la sensibilité recherchée. 2.4.5 Défaillance du disjoncteur La défaillance d’un disjoncteur survient lorsque celui-ci ne parvient pas à interrompre le courant après avoir reçu un ordre d’ouverture, en raison d’un défaut mécanique (mécanisme bloqué), électrique (bobine de déclenchement coupée) ou de commande (perte de la source auxiliaire), ou encore d’une perte des propriétés du milieu de coupure. Le défaut persiste alors et ne peut être éliminé que par l’ouverture des disjoncteurs adjacents qui l’alimentent. Une fonction dédiée, dite de défaillance disjoncteur (fonction 50BF), surveille la persistance du courant après l’ordre de déclenchement et commande, après une courte temporisation, l’ouverture de ces disjoncteurs. Cette fonction est d’autant plus importante qu’un défaut non éliminé peut affecter une partie étendue du poste et du réseau. 11 Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba 2.4.6 Perturbations du fonctionnement du système Certaines perturbations ne concernent pas un ouvrage isolé mais l’équilibre du système dans son ensemble. Une baisse importante de fréquence traduit un déficit de production par rapport à la consommation ; elle est traitée par des automatismes de délestage par paliers de fréquence. Une perte de synchronisme survient lorsqu’un groupe de production ou une partie du réseau ne parvient plus à fonctionner en phase avec le reste du système, à la suite d’un défaut éliminé trop lentement ; des protections spécifiques séparent alors les zones concernées. Ces phénomènes rappellent que la rapidité d’élimination des défauts conditionne non seulement la tenue des matériels, mais aussi la stabilité du réseau. La diversité de ces défauts, de leurs intensités et de leurs durées impose de disposer d’un ensemble cohérent de dispositifs capables de les détecter et d’en limiter les conséquences : c’est le rôle du système de protection. 2.5 Systèmes de protection des réseaux électriques 2.5.1 Définition et chaîne de protection Un système de protection est un ensemble coordonné de réducteurs de mesure, de relais, de circuits auxiliaires, de disjoncteurs et de fonctions de supervision, destiné à détecter les conditions anormales de fonctionnement et à isoler la partie défectueuse du réseau. Il doit agir suffisamment vite pour limiter les conséquences du défaut, tout en évitant de mettre hors service les parties saines. Son fonctionnement repose sur une chaîne (figure 9) : les TC et les TT prélèvent une image des grandeurs électriques ; le relais les traite, les compare à ses seuils et décide du déclenchement ; l’ordre est transmis par le circuit de déclenchement à la bobine du disjoncteur, qui interrompt le courant. Une source auxiliaire secourue, généralement une batterie à courant continu, alimente les relais et les circuits de déclenchement indépendamment de l’état du réseau. La performance réelle dépend donc de l’ensemble de la chaîne et non de la seule précision du relais : un TC saturé, une batterie défaillante ou une bobine coupée suffisent à compromettre l’élimination d’un défaut. 12 Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba Figure 9 : Chaîne fonctionnelle d’un système de protection Source : auteur (schéma de principe) La protection d’un poste est organisée en zones, chacune correspondant à un ouvrage (ligne, transformateur, jeu de barres, départ). Les limites des zones sont matérialisées par l’emplacement des TC, et les zones voisines se chevauchent autour des disjoncteurs afin qu’aucun point ne demeure sans protection. Chaque zone dispose d’une protection principale, rapide et sélective, et d’une protection de secours, qui intervient si la protection principale ou le disjoncteur fait défaut. 2.5.2 Qualités d’un système de protection Pour remplir sa mission, un système de protection doit satisfaire plusieurs exigences, résumées au tableau 10. Ces exigences sont en partie antagonistes : une protection très sensible et très rapide est plus exposée aux déclenchements intempestifs. La conception consiste donc à rechercher le meilleur compromis pour chaque zone. Qualité Sélectivité Rapidité Sensibilité Fiabilité Simplicité et maintenabilité Secours Définition Isoler uniquement la zone en défaut, sans interrompre inutilement les autres. Éliminer le défaut dans un délai compatible avec la tenue des matériels et la stabilité du réseau. Détecter le plus faible défaut pertinent dans la zone protégée. Fonctionner lorsque c’est nécessaire (sûreté) et ne pas fonctionner à tort (sécurité). Faciliter les essais, le diagnostic et l’exploitation. Éliminer le défaut si la protection principale ou le disjoncteur échoue. Conséquence pour la conception Définir les zones, les seuils et les temporisations. Choisir des fonctions et des temps adaptés aux équipements protégés. Vérifier les courants de défaut minimaux et la fidélité des TC et des TT. Vérifier les alimentations, les circuits de déclenchement et la redondance. Documenter les réglages, les schémas et les procédures d’essai. Coordonner avec les protections amont ou adjacentes ; prévoir la fonction 50BF. Tableau 10 : Principales qualités d’un système de protection Source : auteur 13 Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba 2.5.3 Fonctions de protection usuelles Les fonctions de protection sont désignées par les numéros conventionnels de la norme IEEE C37.2, couramment appelés codes ANSI. Le tableau 11 présente les fonctions usuelles des réseaux HTB/HTA. La présence d’une fonction dans ce tableau ne signifie pas qu’elle doive être systématiquement installée : son choix dépend du schéma du poste, de l’équipement protégé, des conditions d’exploitation et des prescriptions de l’exploitant. Code 50 / 51 50N / 51N 67 / 67N Fonction Maximum de courant de phase Maximum de courant résiduel Directionnelle de phase / de terre Différentielle de jeu de barres Gaz (Buchholz) ou pression Température / image thermique Surfluxage Rapport tension/fréquence Transformateurs et machines, lorsque la fonction est prévue Valeur de la tension Surveillance de tension, automatismes Composante inverse du courant Machines, détection de déséquilibres Fréquence mesurée Délestage, protection du système Distance 87T Différentielle de transformateur 64REF Terre restreinte 63 26 / 49 24 27 / 59 46 81 Courant résiduel ou courant du neutre Applications typiques Départs, arrivées, secours du transformateur Défauts à la terre, selon le régime du neutre Réseaux maillés, sources multiples, réseaux à forts courants capacitifs Courant et grandeur de polarisation indiquant le sens du défaut Impédance apparente calculée à partir des tensions et des courants Comparaison des courants compensés aux limites de la zone Comparaison du courant résiduel et du courant du neutre d’un enroulement Somme vectorielle des courants des circuits raccordés Contacts de dispositifs mécaniques dédiés Mesure de température ou modèle thermique 21 87B Principe ou grandeur surveillée Courant de phase ; instantané (50) ou temporisé (51) Minimum / maximum de tension Composante inverse Minimum / maximum de fréquence 79 Réenclencheur 50BF Défaillance disjoncteur 86 Relais de verrouillage Refermeture automatique après déclenchement Persistance du courant après un ordre de déclenchement Maintien de l’ordre de déclenchement jusqu’au réarmement manuel Lignes HTB Protection principale des défauts internes du transformateur Défauts à la terre des enroulements, notamment à courant limité Défauts de jeu de barres, si l’architecture le permet Transformateurs à huile équipés de ces dispositifs Transformateurs, câbles, moteurs Lignes et départs aériens Toutes les travées Transformateurs, jeux de barres Tableau 11 : Fonctions de protection et domaines d’application Source : auteur, d’après la norme IEEE C37.2 Pour le futur poste 90/15 kV, les fonctions à considérer en priorité sont la protection différentielle du transformateur et ses protections propres (87T, 64REF, 63, 26, 49), les protections à maximum de courant de phase et de terre de l’arrivée et des départs 15 kV (50/51, 50N/51N), la protection contre la défaillance des disjoncteurs (50BF), ainsi que les protections de distance et directionnelles de terre des lignes 90 kV (21, 67N), dont le réglage relève du plan de protection du réseau de transport de la SONABEL. 14 Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba 2.6 Sélectivité et coordination des protections 2.6.1 Principes de sélectivité La sélectivité est l’aptitude d’un système de protection à n’isoler que la partie du réseau affectée par un défaut, en maintenant l’alimentation des parties saines. Elle peut être obtenue par plusieurs principes, souvent combinés au sein d’un même poste (tableau 12). Principe Ampèremétrique Chronométrique Logique Directionnelle Différentielle Description Les seuils de courant sont choisis pour distinguer les défauts selon leur intensité, donc selon leur emplacement. La protection la plus proche du défaut agit la première ; les protections amont sont temporisées et assurent le secours. Les relais échangent des signaux de blocage ou d’autorisation pour accélérer l’élimination du défaut. Le relais tient compte du sens du courant de défaut pour ne déclencher que dans la direction surveillée. Les courants mesurés aux limites d’une zone sont comparés après compensation appropriée. Atouts et limites Simple lorsque les courants de défaut sont nettement différenciés, par exemple de part et d’autre d’un transformateur ; inefficace si les niveaux se recouvrent. Simple et intrinsèquement secourue ; les temps d’élimination s’allongent en remontant vers la source. Rapide et ciblée ; exige des liaisons ou une communication fiables, une logique éprouvée et un repli en cas de perte du signal. Indispensable dans les réseaux maillés ou à sources multiples ; requiert une grandeur de polarisation fiable. Absolument sélective et instantanée pour les défauts internes ; exige des TC adaptés et une stabilité démontrée sur défaut extérieur. Tableau 12 : Principes de sélectivité et de coordination Source : auteur La sélectivité chronométrique mérite une attention particulière, car elle constitue le socle de la coordination des protections à maximum de courant. Entre deux protections successives, l’écart de temps de fonctionnement, ou intervalle de sélectivité Δt, doit couvrir la durée de coupure du disjoncteur aval, le temps de dépassement du relais amont, les erreurs de temps des deux relais et une marge de sécurité ; il est usuellement compris entre 0,3 s et 0,4 s avec des relais numériques. L’emploi de courbes à temps inverse normalisées par la CEI 60255-151 permet de réduire les temps d’élimination des défauts les plus violents, puisque le temps de fonctionnement décroît lorsque le courant augmente. La sélectivité logique remédie à l’allongement des temps vers l’amont : une protection aval qui détecte le défaut adresse un ordre de blocage à la protection amont ; celle-ci, si elle n’est pas bloquée, en déduit que le défaut est situé dans sa propre zone et déclenche rapidement. La transmission peut être réalisée par fils pilotes ou par messages GOOSE selon la norme CEI 61850. Quant à la sélectivité différentielle, très sensible et instantanée, elle doit toujours être complétée par une protection de secours, puisqu’elle ne voit pas les défauts extérieurs à sa zone. 2.6.2 Coordination entre transformateur, arrivée et départs Dans le futur poste 90/15 kV, les protections doivent être hiérarchisées de façon à traiter différemment un défaut interne au transformateur, un défaut sur le jeu de barres 15 kV et un défaut sur un départ. Un défaut interne au transformateur relève prioritairement de la protection différentielle 87T et des dispositifs propres au transformateur, qui commandent 15 Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba l’ouverture simultanée des disjoncteurs 90 kV et 15 kV. Un défaut sur un départ 15 kV doit être éliminé en premier lieu par la protection de ce départ ; les protections de l’arrivée 15 kV, puis celles du côté 90 kV du transformateur, n’interviennent qu’en secours, avec des temporisations croissantes. Les temps de fonctionnement exacts ne peuvent être fixés qu’une fois connus les courants de défaut, les caractéristiques des relais et la durée de coupure des disjoncteurs ; leur détermination fait l’objet de l’étude de coordination menée lors de la conception du système de protection. 2.7 Les relais de protection 2.7.1 Définition et qualités spécifiques Le relais de protection est le dispositif dont la fonction essentielle consiste à comparer une grandeur électrique à une grandeur de référence, électrique ou mécanique. La modification du résultat de cette comparaison au moment de l’apparition du défaut en permet la détection, voire la localisation. Outre la sélectivité, la rapidité, la sensibilité et la fiabilité, déjà définies au tableau 10, un relais doit présenter deux qualités qui lui sont propres. L’autonomie lui permet de fonctionner correctement sans nouveau réglage malgré les variations de puissance de court-circuit et les modifications temporaires de la configuration du réseau. L’adaptation au réseau lui permet de tenir compte de la structure et du mode d’exploitation du réseau, du type de lignes, de la nature souvent fugitive des défauts sur les lignes aériennes, des variations de charge entre le jour et la nuit et des surcharges temporairement admissibles. 2.7.2 Classification technologique Du point de vue technologique, les relais se répartissent en deux grandes familles : la technologie analogique, qui regroupe les relais électromécaniques et les relais statiques, et la technologie numérique. Cette évolution historique s’est accompagnée d’un gain continu en précision, en rapidité et en nombre de fonctions. Les relais électromécaniques. Ils exploitent les lois de l’électromagnétisme et de la mécanique. Dans un relais électromagnétique, le courant parcourant une bobine crée un flux dans un circuit magnétique comportant une partie fixe et une partie mobile ; la force qui en résulte tend à réduire la réluctance du circuit et déplace l’équipage mobile qui actionne les contacts. Les principales variantes sont les relais électrodynamiques, dans lesquels une bobine mobile se déplace dans le champ d’une bobine fixe ; les relais à induction, dont l’exemple type est le relais à disque de Ferraris, à la base des premières protections à temps inverse ; et les relais thermiques, qui utilisent la dilatation d’une lame bimétallique échauffée par le courant. Robustes et d’un principe aisément vérifiable, ces relais sont en revanche encombrants, exigent un entretien mécanique et offrent une précision et une souplesse de 16 Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba réglage limitées ; leur temps de fonctionnement est de l’ordre de 150 à 200 ms. Les relais RMV, RMA, RMAH et PAK en sont des exemples. [Insérer ici la photographie du rapport original] Figure 10 : Exemple de relais électromécanique Source : guide de relais électromécaniques (référence à préciser) Les relais statiques. L’avènement des semi-conducteurs a permis de remplacer les organes de mesure mobiles par des circuits électroniques analogiques (transistors, diodes, amplificateurs opérationnels, logique câblée), qui réalisent la mesure et la comparaison des grandeurs ; l’ordre de déclenchement reste transmis par des relais de sortie. Ces relais sont plus rapides (quelques dizaines de millisecondes), plus précis, de faible consommation et ne comportent pas de pièces mobiles dans leur chaîne de mesure, ce qui réduit l’entretien. Ils restent toutefois sensibles à la température et aux perturbations électromagnétiques, et leurs fonctions, figées par le câblage, ne peuvent être modifiées. Les relais ITG, TTG, PTG, DTT 7031, TA 3220, TVN 1111, TF 1111 et TWL en sont des exemples. [Insérer ici la photographie du rapport original] Figure 11 : Exemple de relais statique (gamme TTG) Source : document « Relais TTG 7000 et 7100 : caractéristiques et applications » (référence à préciser) Les relais numériques. Nés du développement des microprocesseurs, ils échantillonnent les signaux issus des TC et des TT après filtrage analogique, les convertissent au moyen d’un convertisseur analogique-numérique, puis en extraient par calcul les grandeurs utiles (phaseurs fondamentaux, composantes symétriques, harmoniques) sur lesquelles opèrent des algorithmes de protection configurables. Outre les qualités des relais statiques, ils offrent un réglage précis et convivial par dialogue homme-machine, une autosurveillance permanente, la réunion de nombreuses fonctions dans un même appareil, l’adaptation à toute configuration de réseau, la mémorisation des événements et des perturbographies, la possibilité d’intervention à distance et l’intégration aux réseaux de communication du poste, notamment selon la norme CEI 61850. Leur mise en œuvre exige en contrepartie une gestion rigoureuse des réglages, des versions logicielles, de la cybersécurité et de l’alimentation auxiliaire. Les relais MiCOM P127, P441 et P63x, les gammes SEPAM 2000 et SEPAM 1000+, les relais VAMP et la gamme Multilin de GE (dont le D60) en sont des exemples. 17 Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba [Insérer ici la photographie du rapport original] Figure 12 : Exemple de relais numérique MiCOM Source : SONABEL Le tableau 13 synthétise les caractéristiques des trois technologies. Technologie Principe de fonctionnement Avantages Électromécanique Forces électromagnétiques ou thermiques actionnant un équipage mobile et des contacts. Robustesse, principe simple et vérifiable, insensibilité aux perturbations électromagnétiques. Statique (analogique) Mesure et comparaison par circuits électroniques analogiques, sans organe de mesure mobile. Numérique Échantillonnage, conversion analogique-numérique et traitement par algorithmes configurables. Rapidité (quelques dizaines de ms), précision accrue, faible consommation, entretien réduit. Multifonction, autosurveillance, enregistrement des événements, communication CEI 61850, réglage à distance. Limites Encombrement, entretien mécanique, précision et réglages limités, temps de fonctionnement de 150 à 200 ms. Sensibilité à la température et aux perturbations, fonctions figées, diagnostic et communication limités. Configuration plus complexe ; gestion des réglages, des versions, de la cybersécurité et de l’alimentation auxiliaire. Tableau 13 : Comparaison des technologies de relais de protection Source : auteur Les relais numériques constituent aujourd’hui la solution de référence pour les postes neufs : ils permettent de réaliser dans un nombre réduit d’appareils l’ensemble des fonctions nécessaires au futur poste, de la protection différentielle du transformateur à la sélectivité logique et à la protection contre la défaillance des disjoncteurs. Conclusion Ce chapitre a établi les fondements nécessaires à la conception du système de protection du futur poste 90/15 kV. Il a montré que la structure du réseau détermine la nature des protections — directionnelles ou différentielles en HTB maillée, chronométriques en HTA radiale —, que le régime du neutre gouverne l’intensité des défauts à la terre et les surtensions, et donc le choix des parafoudres et de l’isolement, et que le couplage YNd11 du transformateur impose de créer un neutre artificiel côté 15 kV si celui-ci doit être exploité avec un neutre impédant. L’analyse des défauts a mis en évidence le rôle central des courts-circuits, dont les valeurs maximales dimensionnent l’appareillage et dont les valeurs minimales conditionnent la sensibilité des protections. Enfin, l’examen des systèmes de protection a souligné que la fiabilité est celle de la chaîne entière — réducteurs de mesure, relais, source auxiliaire et disjoncteur — et que la sélectivité résulte d’une combinaison judicieuse de principes ampèremétriques, chronométriques, logiques et différentiels, mise en œuvre au moyen de 18 Mémoire de Master Professionnel – Électromécanique – SERME Sayouba relais numériques. Ces éléments seront mobilisés au chapitre suivant pour dimensionner les équipements du poste et en concevoir le plan de protection. 19