Diagnostic prénatal de la disomie uniparentale paternelle 14 : Cas clinique

Telechargé par Smer ARISNA
CAS
CLINIQUE
Quand
faut-il
évoquer
en
anténatal
une
disomie
uniparentale
paternelle
14
?
When
should
evoke
prenatal
paternal
uniparental
disomy
14?
F.
Boiffard
a
,
C.
Bénéteau
b
,
M.P.
Quéré
c
,
H.J.
Philippe
a
,
C.
Le
Vaillant
a,
*
a
Service
de
gynécologie
obstétrique,
CHU
de
Nantes,
quai
38,
boulevard
Jean-Monnet,
44093
Nantes
cedex,
France
b
Service
de
cytogénétique,
CHU
de
Nantes,
quai
38,
boulevard
Jean-Monnet,
44093
Nantes
cedex,
France
c
Service
de
radiologie,
hôpital
mère-et-enfant,
CHU
de
Nantes,
44093
Nantes
cedex,
France
Reçu
le
13
avril
2013
;
accepté
le
22
avril
2013
Disponible
sur
Internet
le
3
janvier
2014
Résumé
La
disomie
uniparentale
paternelle
du
14
est
un
syndrome
polymalformatif
rare
dont
le
signe
pathognomonique
post-natal
est
la
déformation
des
côtes
en
cintre.
En
anténatal,
les
signes
échographiques
principaux
sont
l’hydramnios
majeur
récidivant,
un
thorax
étroit
et
déformé,
des
os
longs
courts
et
parfois
associés
à
d’autres
anomalies
mineures.
Les
auteurs
rapportent
une
observation
anténatale
rare
avec
mise
en
évidence
de
la
déformation
des
côtes
en
cintre.
En
prénatal,
l’analyse
de
l’anomalie
thoracique
pourrait
être
recherchée
par
l’échographie
tridimensionnelle
(3D)
et/ou
par
le
scanner
hélicoïdal
et
représenter
ainsi
une
aide
au
diagnostic
anténatal.
ß
2013
Elsevier
Masson
SAS.
Tous
droits
réservés.
Abstract
The
paternal
uniparental
disomy
14
is
a
rare
malformation
syndrome
whose
postnatal
pathognomonic
sign
is
the
deformation
of
the
rib
as
coat
hanger.
In
prenatal,
ultrasonographic
signs
are
major
recurrent
polyhydramnios,
a
narrow
thorax
and
deformed
long
bones
short
and
sometimes
other
anomalies
including
ends.
The
authors
report
one
rare
case
of
prenatal
paternal
uniparental
disomy
14
with
the
deformation
of
the
rib
as
coat
hanger.
Prenatally,
the
narrow
deformed
thorax
can
be
searched
by
ultrasound
three-dimensional
(3D)
and/or
helical
CT
and
thus
represent
an
aid
to
prenatal
diagnosis.
ß
2013
Elsevier
Masson
SAS.
All
rights
reserved.
Mots
clés
:
Disomie
uniparentale
paternelle
14
;
UPD
14
;
Échographie
3D
;
Scanner
hélicoïdal
;
Déformation
des
côtes
en
cintre
;
Hydramnios
Keywords:
Paternal
uniparental
disomy
14;
UPD
14;
3D
ultrasound;
Spiral
CT;
The
deformation
of
the
rib
as
coat
hanger;
Polyhydramnios
1.
INTRODUCTION
L’empreinte
génomique
parentale
est
un
phénomène
physiologique
qui
conduit
à
l’expression
d’une
seule
des
deux
copies
parentales
de
certains
gènes.
Leurs
anomalies
peuvent
être
à
l’origine
de
divers
syndromes
polymalformatifs.
La
disomie
uniparentale
paternelle
14
(UPD
14)
est
un
syndrome
rare
lié
à
la
présence
de
deux
chromosomes
paternels
14
comportant
des
gènes
soumis
à
empreinte.
Le
diagnostic
prénatal
doit
être
suspecté
devant
la
présence
de
signes
échographiques
cardinaux
qui
sont
l’hydramnios,
le
thorax
étroit
déformé
et
les
membres
courts.
Ces
signes
étant
peu
Gynécologie
Obstétrique
&
Fertilité
42
(2014)
254–257
*
Auteur
correspondant.
Adresse
e-mail
:
(C.
Le
Vaillant).
1297-9589/$
see
front
matter
ß
2013
Elsevier
Masson
SAS.
Tous
droits
re
´serve
´s.
http://dx.doi.org/10.1016/j.gyobfe.2013.09.001
spécifiques,
le
diagnostic
est
rarement
réalisé
en
anténatal
mais
en
grande
majorité
en
post-natal
grâce
au
signe
radiologique
pathognomonique,
soit
la
déformation
des
côtes
en
cintre.
Après
avoir
exposé
cette
observation
rare,
nous
avons
revu
les
signes
anténatals
pouvant
faire
évoquer
une
UPD
14
et
discuter
de
l’opportunité
d’une
échographie
en
3D
voire
d’un
scanner
hélicoïdal
pour
mettre
en
évidence
la
déformation
en
cintre
du
thorax
fœtal.
2.
CAS
CLINIQUE
Il
s’agissait
d’une
primigeste
de
23
ans
ne
présentant
pas
d’antécédent
marquant.
Le
début
de
la
grossesse
était
sans
particularité.
À
22
SA,
un
hydramnios
majeur
est
découvert
sans
anomalie
morphologique
décelée,
persistant
à
l’échographie
de
contrôle
à
25
SA
avec
un
index
amniotique
de
Phelan
à
47
cm.
Dans
les
suites,
un
amniodrainage
a
été
réalisé
en
urgence
pour
gêne
maternelle
permettant
ainsi
d’effectuer
divers
prélèvements.
Le
bilan
maternel
ne
retrouvait
pas
d’anomalie
sur
le
plan
viral,
ni
d’allo-
immunisation
ou
de
diabète.
Sur
le
plan
fœtal,
le
caryotype
standard
était
sans
particularité
au
seuil
de
résolution
de
400
bandes.
Les
recherches
étaient
négatives
sur
les
plans
génétique
(dystrophie
de
Steinert,
amyotrophie
spinale,
syndrome
de
Prader
Willi)
et
biochimique
(pathologie
digestive
ou
rénale).
L’échographie
fœtale
à
26
SA
mettait
en
évidence
:
une
récidive
de
l’hydramnios,
un
thorax
étroit
avec
un
abdomen
en
coup
de
hache,
une
hépatomégalie,
un
estomac
petit,
des
os
longs
courts
mais
sans
anomalie
de
forme
à
l’échographie
3D,
une
dysmorphie
faciale
associant
un
nez
court
et
rond
avec
les
narines
antéversées
(Fig.
1a),
une
micrognathie
(Fig.
1a)
et
un
chondrome
prétragien,
des
anomalies
des
extrémités
avec
une
camptodactylie
(Fig.
1c)
et
deux
pieds
courts
et
trapus
et
un
œdème
périphérique
des
parties
molles.
Un
scanner
hélicoïdal
a
permis
d’éliminer
une
ostéochondrodysplasie.
Une
maladie
de
surcharge
de
type
lysosomale
a
été
évoquée,
la
recherche
s’est
avérée
négative.
Quatre
amniodrainages
ont
été
réalisés
(soit
10
L
au
total).
Les
parents
ont
accepté
le
risque
d’incertitude
concernant
le
pronostic
de
la
grossesse,
la
possibilité
de
survenue
d’un
décès
néonatal
ou
d’une
maladie
non
diagnostiquée
durant
la
période
anténatale.
Le
couple
ne
souhaitait
pas
d’interruption
médicale
de
grossesse.
À
36
SA,
une
petite
fille
de
2600
g
était
née
avec
une
détresse
respiratoire
modérée.
Sur
le
plan
morphologique,
sa
taille
était
inférieure
au
38
percentile
[1],
associant
en
plus
des
signes
prénatals
décrits
une
nuque
épaisse,
des
oreilles
basses
implantées,
un
chondrome
prétragien,
un
hirsutisme
du
front
(Fig.
1b),
un
abdomen
distendu
avec
un
diastasis
des
grands
droits
et
un
discret
débord
hépatique,
un
thorax
court
et
creusé,
une
syndactylie
des
orteils
2
et
3
bilatérale,
et
une
camptodactylie
(Fig.
1d).
La
radiographie
thoracique
retrouvait
un
aspect
très
particulier
des
côtes
en
cintre
(Fig.
2c).
Ceci
a
permis
de
suspecter
et
de
rechercher
une
UPD
14
qui
a
été
confirmée.
Dans
les
suites,
la
petite
fille
présentait
des
fausses
routes
conduisant
à
la
pose
d’une
gastrostomie
d’alimentation.
À
presque
deux
ans,
étaient
constatés
une
amélioration
des
troubles
de
l’oralité
permettant
une
alimentation
normale,
une
croissance
staturo-pondérale
homogène
à
–1
DS
pour
la
taille
et
–2
DS
pour
le
poids,
un
examen
neuromoteur
normal
ainsi
que
l’absence
de
pathologie
respiratoire.
3.
DISCUSSION
Depuis
la
première
description
de
ce
syndrome
en
1991
[2],
23
cas
ont
été
publiés
avec
les
signes
échographiques
présents
en
anténatal
[3–8]
qui
sont
désormais
bien
connus
mais
peu
Fig.
1.
Dysmorphie
de
la
disomie
uniparentale
paternelle
14
:
a
:
reconstruction
frontale
de
la
face
sur
coupe
épaisse
3D
en
anténatale
;
b
:
dysmorphie
faciale
néonatale
;
c
:
camptodactylie
sur
reconstruction
3D
coupe
épaisse
;
d
:
photographie
post-natale
avec
micrognathie
et
camptodactylie.
Dysmorphism
of
paternal
uniparental
disomy
14:
a:
micrognathia
and
anteversed
nares
on
frontal
view
with
3D
ultrasound;
b:
neonatal
facial
dysmorphism;
c:
camptodactyly
with
3D
ultrasound;
d:
micrognathia
and
camptodactyly
in
post-natal.
F.
Boiffard
et
al.
/
Gynécologie
Obstétrique
&
Fertilité
42
(2014)
254–257
255
spécifiques.
Ils
peuvent
être
classés
en
signes
majeurs,
au
nombre
de
trois,
orientant
vers
le
diagnostic
d’UPD
14
et
signes
mineurs
(4
à13
%)
complétant
le
syndrome.
Dans
plus
de
90
%
des
cas,
est
noté
un
hydramnios
majeur
récidivant.
L’association
thorax
étroit,
déformé
et
membres
courts
est
souvent
retrouvée
(respectivement
50
%
et
22
%)
orientant
faussement
le
diagnostic
vers
une
maladie
osseuse
constitu-
tionnelle
dans
un
contexte
d’hydramnios.
Les
signes
mineurs
sont
une
cyphoscoliose,
un
défaut
de
la
paroi
abdominale
antérieure,
un
estomac
petit
ou
non
visualisé,
des
anomalies
cardiaques,
des
anomalies
des
extrémités
et
un
lymphœdème.
La
notion
de
dysmorphie
faciale,
élément
peu
connu,
citée
pour
la
première
fois
en
2010
par
Suzumori
[6]
se
manifeste
par
la
présence
de
narines
antéversées
et
d’une
micrognathie.
Dans
ce
cas
clinique,
est
décrit
un
nez
court
et
rond
avec
une
aplasie
des
os
propres
du
nez
et
un
chondrome
prétragien.
Une
hépatomégalie
supérieure
à
2
déviations
standard,
déjà
citée
par
Yamanaka
[5],
est
visualisée
en
anténatal
et
confirmée
en
post-natal.
Le
diagnostic
d’UPD
14
est
dans
la
majorité
des
cas
évoqués
en
post-natal
grâce
au
signe
radiologique
pathognomonique,
la
déformation
des
côtes
en
cintre.
Décrit
par
Offiah
[9]
en
2003
comme
le
coat
hanger
sign,
il
s’agit
d’une
angulation
marquée
que
forment
les
côtes
avec
le
rachis,
signe
difficile
à
mettre
en
évidence
en
anténatal.
Dans
l’observation
Yamanaka
[5]
ce
signe
a
été
rapporté
grâce
à
la
réalisation
d’un
contenu
utérin
en
anténatal.
Une
meilleure
analyse
du
thorax
fœtal
pourrait
être
utile.
En
reprenant
de
façon
rétrospective
les
images
échographiques
en
3D
coupe
épaisse
sur
une
vue
frontale
(Fig.
2a)
ainsi
que
le
scanner
hélicoïdal
(Fig.
2b)
de
l’observation
initiale,
le
thorax
étroit
en
cloche
et
la
déformation
des
côtes
en
cintre
peuvent
être
visualisées.
Cette
déformation
pourrait
être
appciée
en
post-natal
par
une
étude
précise
et
objective
des
angles
comme
le
propose
Miyazaki
[10]
permettant
la
distinction
entre
UPD
14
et
dysplasies
osseuses.
Un
des
éléments
étudiés
a
été
l’angle
réalisé
par
le
cintre
(ou
coat
hanger
angle
[CHA]).
Celui-ci
représente
l’angle
formé
par
le
68
arc
costal
postérieur
avec
l’horizontal.
Il
est
positif
dans
l’UPD
14
et
négatif
dans
les
maladies
osseuses
constitutionnelles.
Cette
mesure
objective
de
la
déformation
des
côtes
en
cintre
serait
intéressante
à
étudier
en
anténatal
notamment
au
scanner
hélicdal.
4.
CONCLUSION
L’UPD
14
maladie
d’une
particulière
gravité
a
pour
signes
échographiques
majeurs
l’hydramnios
récidivant,
le
thorax
étroit
déformé
et
les
membres
courts.
Leur
association
doit
faire
évoquer
une
UPD
14
comme
le
démontre
cette
observation.
Mais
le
signe
pathognomonique
reste
la
déformation
en
cintre
du
thorax
aisément
repéré
sur
les
radiographies
thoraciques
post-natales.
Celui-ci
pourrait
être
étudié
en
anténatal,
aidé
par
une
mesure
objective
des
angles.
Deux
examens
complémentaires
pourraient
alors
être
proposés
pour
étudier
ce
signe
:
l’échographie
3D
avec
reconstruction
en
plan
frontal
du
thorax
fœtal
et
le
scanner
hélicoïdal.
DÉCLARATION
D’INTÉRÊTS
Les
auteurs
n’ont
pas
transmis
de
déclaration
de
conflits
d’intérêts.
RÉFÉRENCES
[1]
Société
canadienne
de
pédiatrie,
Les
diététistes
du
Canada.
Le
guide
d’utilisation
des
nouvelles
courbes
de
croissance
de
l’OMS
à
l’intention
du
professionnel
de
la
santé.
Paediatr
Child
Health
2010;15:91–8.
[2]
Wang
JC,
Passage
MB,
Yen
PH,
Shapiro
LJ,
Mohandas
TK.
Uniparental
heterodisomy
for
chromosome
14
in
a
phenotypically
abnormal
familial
balanced
13/14
Robertsonian
translocation
carrier.
Am
J
Hum
Genet
1991;48:1069–74.
[3]
Curtis
L,
Antonelli
E,
Vial
Y,
Rimensberger
P,
Le
Merrer
M,
Hinard
C,
et
al.
Prenatal
diagnostic
indicators
of
paternal
uniparental
disomy
14.
Prenat
Diagn
2006;26:662–6.
[4]
Mattes
J,
Whitehead
B,
Liehr
T,
Wilkinson
I,
Bear
J,
Fagan
K,
et
al.
Paternal
uniparental
isodisomy
for
chromosome
14
with
mosaicism
for
a
supernumerary
marker
chromosome
14.
Am
J
Med
Genet
A
2007;15:165–71.
[5]
Yamanaka
M,
Ishikawa
H,
Saito
K,
Maruyama
Y,
Ozawa
K,
Shibasaki
J,
et
al.
Prenatal
findings
of
paternal
uniparental
disomy
14:
report
of
four
patients.
Am
J
Med
Genet
A
2010;152A:789–91.
Fig.
2.
Déformation
costale
en
cintre
et
thorax
en
cloche
:
a
:
reconstruction
frontale
3D
coupes
épaisses
du
rachis
à
l’échographie
anténatale
;
b
:
reconstruction
frontale
du
squelette
fœtal
au
scanner
hélicoïdal
;
c
:
radiographie
frontale
thoracique
post-natale.
Bell
and
narrow
chest
and
deformation
of
costal
rib:
a:
spine
on
frontal
view
with
3D
ultrasound;
b:
fœtal
skeleton
with
spiral
CT
scan;
c:
chest
radiograph
in
post-natal.
F.
Boiffard
et
al.
/
Gynécologie
Obstétrique
&
Fertilité
42
(2014)
254–257256
[6]
Suzumori
N,
Ogata
T,
Mizutani
E,
Hattori
Y,
Matsubara
K,
Kagami
M,
et
al.
Prenatal
findings
of
paternal
uniparental
disomy
14:
delineation
of
further
patient.
Am
J
Med
Genet
A
2010;152A:189–92.
[7]
Irving
MD,
Buiting
K,
Donaghue
C,
Schulz
R,
Offiah
A,
Mohammed
SN,
et
al.
Segmental
paternal
uniparental
disomy
(patUPD)
of
14q32
with
abnormal
methylation
elicits
the
characteristic
features
of
complete
patUPD14.
Am
J
Med
Genet
A
2010;152A:
1942–50.
[8]
Horii
M,
Horiuchi
H,
Momoeda
M,
Nakagawa
M,
Hirata
M,
Kusakawa
I,
et
al.
Hepatoblastoma
in
an
infant
with
paternal
uniparental
disomy
14.
Congenit
Anom
2012;52:219–20.
[9]
Offiah
AC,
Cornette
L,
Hall
CM.
Paternal
uniparental
disomy
14:
introducing
the
‘‘coat
hanger’’
sign.
Pediatr
Radiol
2003;33:509–12.
[10]
Miyazaki
O,
Nishimura
G,
Kagami
M,
Ogata
T.
Radiological
evaluation
of
dysmorphic
thorax
of
paternal
uniparental
disomy
14.
Pediatr
Radiol
2011;41:1013–9.
F.
Boiffard
et
al.
/
Gynécologie
Obstétrique
&
Fertilité
42
(2014)
254–257
257
1 / 4 100%
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