
INTRODUCTION GÉNÉRALE
1. Objet du cours
Le droit international privé (DIP) est la discipline qui organise les relations juridiques
privées comportant un élément d'extranéité : nationalité étrangère d'une partie, domicile à
l'étranger, lieu d'exécution d'un contrat ou de survenance d'un dommage situé hors du
territoire du for. Il répond traditionnellement à trois questions : quelle juridiction est
compétente pour connaître du litige (conflit de juridictions) ; quelle loi doit régir le fond du
rapport de droit (conflit de lois) ; à quelles conditions un jugement ou un acte étranger
produit-il effet dans l'ordre juridique du for (reconnaissance et exécution).
Les technologies de l'information et de la communication bouleversent ce triptyque. Un
contrat de vente en ligne conclu par un consommateur gabonais auprès d'une plateforme
sud-africaine hébergée sur des serveurs situés en Irlande, payé par une solution de mobile
money opérée depuis le Kenya, et dont les données sont traitées par un sous-traitant basé
en Inde, mobilise simultanément plusieurs ordres juridiques sans qu'aucun critère de
rattachement classique ne s'impose avec évidence. Le cyberespace se caractérise par
l'ubiquité (un contenu est accessible simultanément partout), la délocalisation (le lieu de
stockage ou de traitement d'une donnée est souvent indifférent à l'utilisateur et
changeant), l'anonymat relatif et la volatilité de la preuve numérique.
Ce cours a pour objet d'étudier comment le droit international privé — dans ses sources
internes, communautaires (OHADA, CEMAC) et internationales — s'adapte à ces
phénomènes, et d'analyser la manière dont le droit gabonais du numérique, encore jeune
mais en construction rapide depuis 2011, s'articule avec ces logiques.
2. Intérêt pratique et enjeux pour le Gabon
Le Gabon s'est doté, en une quinzaine d'années, d'un corpus législatif numérique
consistant : loi n°001/2011 du 25 septembre 2011 relative à la protection des données à
caractère personnel (modifiée par la loi n°025/2023 du 12 juillet 2023), loi n°025/2021
du 28 décembre 2021 portant réglementation des transactions électroniques (issue de
l'ordonnance n°00000014/PR/2018 du 23 février 2018), loi n°027/2023 du 12 juillet 2023
portant réglementation de la cybersécurité et de la lutte contre la cybercriminalité,
réglementation des communications électroniques, et plus récemment l'ordonnance
n°0011/PR/2026 du 26 février 2026 relative à l'usage des réseaux sociaux sur les
plateformes numériques. Ce corpus, essentiellement matériel, ne résout cependant pas, à
lui seul, les questions de compétence internationale, de loi applicable ou de
reconnaissance des décisions étrangères, qui demeurent régies par les règles générales du
droit international privé gabonais et par le droit communautaire OHADA/CEMAC.