Cette étude contribue à la littérature sur trois points. Premièrement, elle couvre la période
étendue 1975-2019. Deuxièmement, elle introduit des mesures fines capturant la simultanéité
des chocs. Troisièmement, elle adopte une méthodologie rigoureuse fondée sur l’estimateur
PPML à effets fixes de grande dimension suggéré par Correia et al. (2020) et Larch et al. (2019).
Cette approche permet de traiter efficacement les flux nuls et l’hétéroscédasticité, tout en
contrôlant les résistances multilatérales, offrant ainsi des résultats plus robustes que les
méthodes standard souvent critiquées pour leur sensibilité (Santos Silva et Tenreyro, 2006).
Nos résultats indiquent que si l’intégration favorise le commerce, le terrorisme le réduit
significativement. De manière notable, et conformément aux intuitions de Fratianni et Kang
(2006), nous montrons que le partage d’une frontière commune tend à aggraver cet impact
négatif dans la région, transformant les interfaces géographiques en zones de vulnérabilité.
La suite de cet article est organisée comme suit. La section 2 présente les faits stylisés et la
revue de la littérature. La section 3 expose la méthodologie et les données. La section 4 détaille
les résultats empiriques. Enfin, la section 5 conclut et propose des recommandations.
2. Tendances du terrorisme et du commerce en Afrique de l’Ouest
La comparaison des évolutions du pourcentage des pays affectés par le terrorisme (échelle de
gauche) dans la région ouest-africaine et du commerce intracommunautaire (échelle de droite)
de 1975 à 2019, permet de constater que ces évolutions ont été irrégulières (voir graphique ci-
dessous). Les évolutions du commerce intracommunautaire montrent que l’UEMOA présente
un meilleur dynamisme comparé à celui de la CEDEAO.
En effet, de 1994 à 2019, les parts moyennes respectivement des exportations intrarégionales
dans les exportations totales et des importations intrarégionales dans les importations totales
des pays de l’UEMOA sont de 16,93% et 10,11%. Les parts du commerce intracommunautaire
d’exportations ont augmenté de 3,58% en 1994 à 19,11% en 1999 et diminué de 18,74% en
2000 à 14,3% en 2015, avant d’entamer une nouvelle progression à partir de 2018 (18,52%)
pour atteindre en 2019 un niveau de 20,84%. Au cours de la période, le niveau le plus élevé a
été atteint en 2017 avec 22,85%. Pour ce qui concerne le commerce d’importations, l’évolution
a été quasi similaire mais avec des niveaux plus bas. En effet, ledit commerce est passé de
3,88% en 1994 à 16,98% en 2000 (niveau le plus élevé de toute la période). Ce commerce a
ensuite oscillé pour atteindre un niveau de 10,57% en 2019. Selon les parts des exportations
communautaires sur les exportations totales de la zone, les principaux pays qui dépendent de
ce commerce sont le Togo (40,75%), le Mali (37,84%), le Sénégal (30,60%), le Burkina Faso