Effets du terrorisme et intégration régionale sur le commerce bilatéral en Afrique de l'Ouest

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Eets du terrorisme et de l’intégration régionale sur le
commerce bilatéral des pays de l’Afrique de l’Ouest
Palakiyem Kpemoua
To cite this version:
Palakiyem Kpemoua. Eets du terrorisme et de l’intégration régionale sur le commerce bilatéral des pays de
l’Afrique de l’Ouest. Modélisation et analyse économique, A paraître, 1 (1). ⟨hal-05470982⟩
Résumé
1
Cette étude analyse les effets antagonistes du terrorisme et de lintégration économique sur le
commerce bilatéral au sein de la Communauté Économique des États de lAfrique de lOuest
(CEDEAO) et de lUnion Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) sur la période
1975-2019. En mobilisant un modèle de gravité structurel augmenté et l’estimateur du pseudo-
maximum de vraisemblance de Poisson à effets fixes de grande dimension (PPMLHDFE), nous
contrôlons lhétérogénéité non observée et les résistances multilatérales. Les résultats indiquent
une forte résilience des accords régionaux : lintégration au sein de lUEMOA et de la CEDEAO
stimule significativement les échanges intra-zone. Toutefois, le terrorisme agit comme une
friction majeure qui réduit le commerce bilatéral. De manière notable, lanalyse révèle que
limpact de linsécurité est conditionnel à la géographie : le partage dune frontière commune,
loin de jouer son rôle traditionnel de facilitateur, tend à aggraver les effets négatifs du
terrorisme, suggérant une vulnérabilité accrue des zones frontalières aux chocs sécuritaires et
aux trafics informels.
Mots-clés : Terrorisme, Intégration régionale, Modèle de gravité, PPMLHDFE, Afrique de
lOuest
1
Pour citer cet article : KPEMOUA, P. (2026). Effets du terrorisme et de l’intégration régionale sur le commerce bilatéral
des pays de l’Afrique. Modélisation & Analyse Economique, Vol.1 n°1.
MAE
Review,
January 2026,
Vol.1, n°1
Modeling & Economic Analysis
Review
Effets du terrorisme et de l’intégration régionale
sur le commerce bilatéral des pays de l’Afrique
de l’Ouest
Palakiyèm
KPEMOUA
MPDC-Togo
kpemouap@yahoo.fr
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Review,
January 2026,
Vol.1, n°1
Modeling & Economic Analysis
Review
Abstract
This study analyzes the conflicting effects of terrorism and regional integration on bilateral
trade within the Economic Community of West African States (ECOWAS) and the West
African Economic and Monetary Union (WAEMU) over the period 19752019. Using an
augmented structural gravity model and the Poisson Pseudo-Maximum Likelihood estimator
with High-Dimensional Fixed Effects (PPMLHDFE), we robustly identify the impact of
insecurity. The results indicate that while regional integration significantly boosts intra-regional
trade, terrorism acts as a severe impediment. Crucially, the analysis reveals that the negative
impact of terrorism is heterogeneous: sharing a common border exacerbates the trade-reducing
effect of insecurity, turning geographical proximity into a vulnerability rather than an
advantage.
Keywords: Terrorism, Regional Integration, Gravity Model, PPMLHDFE, West Africa
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Review,
January 2026,
Vol.1, n°1
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1. Introduction
L’Afrique de l’Ouest présente aujourd’hui un paradoxe économique et sécuritaire saisissant.
Dune part, la gion sest engagée dans un processus dintégration approfondi à travers la
CEDEAO et lUEMOA, visant à stimuler le commerce intrarégional. Dautre part, elle fait face
à une recrudescence dattaques terroristes qui, partant du Sahel, menacent désormais les États
côtiers du Golfe de Guinée, comme le soulignent Kohnert (2022) et Aubyn (2021). Cette
insécurité nest pas un phénomène récent dans la région, mais elle sest intensifiée, alimentée
par des facteurs structurels et politiques complexes (Nubukpo, 2024 ; Ike et Chan, 2022).
Sur le plan théorique, le terrorisme agit comme une friction commerciale majeure. Dans le cadre
du modèle de gravité structurel, il est assimilé à une augmentation des coûts de transaction,
agissant comme une taxe implicite sur les échanges (Mirza et Verdier, 2006). Bandyopadhyay
et al. (2017) précisent que cet effet passe notamment par laccroissement des primes
dassurance et des coûts de transport. De plus, la réponse sécuritaire des États, contrôles aux
frontières et inspections accrues, sultent souvent dinteractions stratégiques qui,
paradoxalement, freinent la fluidité des échanges visée par lintégration (Mirza et Verdier, 2006
; Enders et Sandler, 2012).
Malgré ces prédictions théoriques, les évidences empiriques demeurent ambiguës. Si les
travaux pionniers de Nitsch et Schumacher (2004), confirmés récemment par Avrim (2024) ou
Pham et Nguyen (2024), établissent un effet négatif significatif sur les flux bilatéraux, dautres
études, comme celles dEgger et Gassebner (2015) ou de Li (2009), concluent à labsence
dimpact significatif. Plus surprenant encore, Julius et al. (2019) observent parfois une
corrélation positive dans des zones comme la SADC, quils attribuent à des effets de
substitution ou au niveau de revenu des partenaires. Cette hétérogénéité suggère lexistence de
mécanismes complexes, incluant des effets de débordement spatiaux linstabilité des voisins
affecte le commerce national (De Sousa et al. 2010 ; Bandyopadhyay et al. 2019).
Dans le contexte ouest-africain, bien que lintégration soit documentée, peu détudes analysent
conjointement ces dynamiques sur une longue période en tenant compte des spécificités locales
comme le commerce transfrontalier informel, souvent exacerbé par linstabilité (Sekrafi et al.,
2020 ; PNUD, 2019). Lobjectif de cet article est donc dévaluer les effets du terrorisme sur le
commerce bilatéral en Afrique de lOuest et didentifier ses canaux de transmission, notamment
le rôle des frontières communes identifié comme critique par Fratianni et Kang (2006).
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Cette étude contribue à la littérature sur trois points. Premièrement, elle couvre la période
étendue 1975-2019. Deuxièmement, elle introduit des mesures fines capturant la simultanéité
des chocs. Troisièmement, elle adopte une méthodologie rigoureuse fondée sur l’estimateur
PPML à effets fixes de grande dimension suggépar Correia et al. (2020) et Larch et al. (2019).
Cette approche permet de traiter efficacement les flux nuls et lhétéroscédasticité, tout en
contrôlant les résistances multilatérales, offrant ainsi des résultats plus robustes que les
méthodes standard souvent critiquées pour leur sensibilité (Santos Silva et Tenreyro, 2006).
Nos résultats indiquent que si lintégration favorise le commerce, le terrorisme le réduit
significativement. De manière notable, et conformément aux intuitions de Fratianni et Kang
(2006), nous montrons que le partage dune frontière commune tend à aggraver cet impact
négatif dans la région, transformant les interfaces géographiques en zones de vulnérabilité.
La suite de cet article est organisée comme suit. La section 2 présente les faits stylisés et la
revue de la littérature. La section 3 expose la méthodologie et les données. La section 4 détaille
les résultats empiriques. Enfin, la section 5 conclut et propose des recommandations.
2. Tendances du terrorisme et du commerce en Afrique de l’Ouest
La comparaison des évolutions du pourcentage des pays affectés par le terrorisme (échelle de
gauche) dans la région ouest-africaine et du commerce intracommunautaire (échelle de droite)
de 1975 à 2019, permet de constater que ces évolutions ont été irrégulières (voir graphique ci-
dessous). Les évolutions du commerce intracommunautaire montrent que l’UEMOA présente
un meilleur dynamisme comparé à celui de la CEDEAO.
En effet, de 1994 à 2019, les parts moyennes respectivement des exportations intrarégionales
dans les exportations totales et des importations intrarégionales dans les importations totales
des pays de l’UEMOA sont de 16,93% et 10,11%. Les parts du commerce intracommunautaire
d’exportations ont augmenté de 3,58% en 1994 à 19,11% en 1999 et diminué de 18,74% en
2000 à 14,3% en 2015, avant d’entamer une nouvelle progression à partir de 2018 (18,52%)
pour atteindre en 2019 un niveau de 20,84%. Au cours de la période, le niveau le plus élevé a
été atteint en 2017 avec 22,85%. Pour ce qui concerne le commerce d’importations, l’évolution
a été quasi similaire mais avec des niveaux plus bas. En effet, ledit commerce est passé de
3,88% en 1994 à 16,98% en 2000 (niveau le plus élevé de toute la période). Ce commerce a
ensuite oscillé pour atteindre un niveau de 10,57% en 2019. Selon les parts des exportations
communautaires sur les exportations totales de la zone, les principaux pays qui dépendent de
ce commerce sont le Togo (40,75%), le Mali (37,84%), le Sénégal (30,60%), le Burkina Faso
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