Analyse de la lettre de Manon (Manon Lescaut, 1731)

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TEXTE 5 Manon Lescaut, l’Abbé Prévost : La lettre de Manon 1731
Enfin, n'étant plus le maître de mon inquiétude, je me promenai à grands pas dans nos
appartements. J'aperçus, dans celui de Manon, une lettre cachetée qui était sur sa table. L'adresse
était à moi, et l'écriture de sa main. Je l'ouvris avec un frisson mortel ; elle était dans ces termes :
Je te jure, mon cher Chevalier, que tu es l'idole de mon cœur, et qu'il n'y a que toi au monde que je
puisse aimer de la façon dont je t'aime ; mais ne vois-tu pas, ma pauvre chère âme, que, dans l'état
où nous sommes réduits, c'est une sotte vertu que la fidélité ? Crois-tu qu'on puisse être bien tendre
lorsqu'on manque de pain ? La faim me causerait quelque méprise fatale ; je rendrais quelque jour le
dernier soupir, en croyant en pousser un d'amour. Je t'adore, compte -dessus ; mais laisse-moi,
pour quelque temps, le ménagement de notre fortune. Malheur à qui va tomber dans mes filets ! Je
travaille pour rendre mon Chevalier riche et heureux. Mon frère t'apprendra des nouvelles de ta
Manon, et qu'elle a pleuré de la nécessité de te quitter.
Je demeurai, après cette lecture, dans un état qui me serait difficile à décrire car j'ignore encore
aujourd'hui par quelle espèce de sentiments je fus alors agité. Ce fut une de ces situations uniques
auxquelles on n'a rien éprouvé qui soit semblable. On ne saurait les expliquer aux autres, parce qu'ils
n'en ont pas l'idée ; et l'on a peine à se les bien démêler à soi-même, parce qu'étant seules de leur
espèce, cela ne se lie à rien dans la mémoire, et ne peut même être rapproché d'aucun sentiment
connu. Cependant, de quelque nature que fussent les miens, il est certain qu'il devait y entrer de la
douleur, du dépit, de la jalousie et de la honte. Heureux s'il n'y fût pas entré encore plus d'amour !
Elle m'aime, je le veux croire ; mais ne faudrait-il pas, m'écriai-je, qu'elle fût un monstre pour me
haïr ? Quels droits eut-on jamais sur un cœur que je n'aie pas sur le sien ? Que me reste-t-il à faire
pour elle, après tout ce que je lui ai sacrifié ? Cependant elle m'abandonne ! et l'ingrate se croit à
couvert de mes reproches en me disant qu'elle ne cesse pas de m'aimer ! Elle appréhende la faim.
Dieu d'amour ! quelle grossièreté de sentiments ! et que c'est répondre mal à ma délicatesse ! Je ne
l'ai pas appréhendée, moi qui m'y expose si volontiers pour elle en renonçant à ma fortune et aux
douceurs de la maison de mon père ; moi qui me suis retranché jusqu'au nécessaire pour satisfaire
ses petites humeurs et ses caprices. Elle m'adore, dit-elle. Si tu m'adorais, ingrate, je sais bien de qui
tu aurais pris des conseils ; tu ne m'aurais pas quitté, du moins, sans me dire adieu. C'est à moi qu'il
faut demander quelles peines cruelles on sent à se séparer de ce qu'on adore. Il faudrait avoir perdu
l'esprit pour s'y exposer volontairement.
Extrait de la première partie de Manon Lescaut - Abbé Prévost, Manon Lescaut, 1731
TEXTE 5 Manon Lescaut, l’Abbé Prévost : La lettre de Manon 1731
Introduction : le texte La lettre à Manon est un texte du 18e siècle du siècle des Lumières. Des grieux
est soumis au chagrin car Manon est partie
I- L'opposition entre les deux amants
1.1. Les deux styles sont opposés
A1 Manon Un style rapporté de manière très triviale.
E1 : Hyperbole typique de l’amour « frisson mortel » (l.3) « il n'y a que toi au monde que je puisse
aimer de la façon dont je t'aime » (l.5)
A2 Il s’agit d’une simple lettre de rupture
E2 : sans affection « mais ne vois-tu pas, ma pauvre chère âme » (l.5) elle le dénigre « mais laisse-moi
pour quelque temps » (l.8) ordre donné
A3 Le chevalier garde son style noble
E3 : registre lyrique (montre ses sentiments), pathétique « dans un état qui me serait difficile à
décrire » (l.12) il est profondément perdu
1.2. Opposition de leurs valeurs
A1 Manon est une courtisane, une roturière, motivée par l’argent
E1 : « Je travaille pour rendre mon chevalier riche et heureux » (l.9-10) adjectifs qualificatifs qui
montre l’objectif de Manon
A2 De Grieux éprouve un sentiment d'injustice, de révolte.
E1 : il l’insulte presque « et l'ingrate se croit à couvert de mes reproches » (l.21-22)
A3 Des Grieux est la noblesse blessée, il se pose en victime par de sa passion absolue mais aveugle.
E1 : Phrases longues, exclamatives et des interrogations montrant sa forte émotion : « elle m'adore,
dit-elle » (l.26) « Dieu d'amour ! » (l.23) « elle ne cesse pas de m’aimer » (l.22) « après tout ce que je
lui ai sacrifié » (l.21)
II- La réaction de des Grieux
2.1. Sa réaction par rapport à la lettre
A1 Tout est centré sur Manon qui est le sujet essentiel.
E1 : répétition « Elle » pronom personnel qui est répété 11 fois
A2 Manon change ainsi sa trahison en une preuve d'amour. De Grieux reste dans l’incompréhension.
E2 : fuite et trahison dans sa lettre « mais ne vois-tu pas » (l.5) phrase interronégative
A3 Manon reste un mystère pour des Grieux
E3 : antithèse entre les termes et ses actes « Si tu m'adorais, ingrate, je sais bien de qui tu aurais pris
des conseils ; tu ne m'aurais pas quitté » (l ;26-27)
2.2. Des Grieux fait sa propre analyse rétrospective
A1 Des Grieux se place en héros tragique
E1 : « sans me dire adieu » (l.27) hyperbole comme si elle était morte
A2 Des Grieux est obligé de reconnaitre la duplicité de Manon, même s'il n'en n'a pas envie.
E2 : « petites humeurs » (l.26) euphémisme pour parler du très mauvais caractère de Manon car elle
l’a quitté
A3 Des Grieux se trouver des excuses, mais il finit par accepter le marché de Manon.
E3 : conditionnel « si tu m’adorais » (l.26) montre encore une possibilité
Conclusion : tension entre les deux personnages de Des Grieux et Manon malgré l’amour.
TEXTE 4 Manon Lescaut, l’Abbé Prévost : la lettre de Manon 1731
correction
Introduction : Le personnage de des Grieux, soumis à l'amour irrésistible de Manon, est peu à peu
entraîné vers la déchéance. C'est ici tout le contraire d'une scène d'amour attendrissante.
I- L'opposition entre les deux amants
1.1. Les deux styles sont opposés
A1 Manon Un style rapporté de manière très triviale.
E1 : Expressions hyperboliques triviales et typiques de l'amour : « tu es l'idole de mon cœur » « je
t'adore, compte là-dessus »
A2 Il s’agit d’une simple lettre de rupture
E2 : « nécessité de te quitter » - Fin désinvolte, sans formule affectueuse
A3 Le chevalier garde son style noble
s agité », il n’en veut pas avouer tomber bien bas.
E3 : registres Lyrique et pathétique « j'ignore encore aujourd'hui par quelle espèce de sentiments je
fus alor1.2. Opposition de leurs valeurs
A1 Manon est une courtisane, une roturière, motivée par l’argent
E1 : « travaille à rendre mon Chevalier riche et heureux », « tomber dans mes filets » : métaphores
connotation péjorative de « travail », qui désigne la prostitution. Phrases courtes
A2 De Grieux éprouve un sentiment d'injustice, de révolte.
E1 : L'amertume et le reproche augmentent par le passage direct de « elle » à « tu ».
A3 Des Grieux est la noblesse blessée, il se pose en victime par de sa passion absolue mais aveugle.
E1 : Phrases longues, exclamations et des interrogations montrant sa forte émotion : « elle m'adore,
dit-elle » « Dieu d'amour !
II- La réaction de des Grieux
2.1. Sa réaction par rapport à la lettre
A1 Tout est centré sur Manon qui est le sujet essentiel.
E1 : même si elle n'est pas présente, il s'adresse à elle
A2 Manon change ainsi sa trahison en une preuve d'amour. De Grieux reste dans l’incompréhension.
E2 : fuite et trahison dans sa lettre « ne vois-tu pas » (interro-négatif
A3 Manon reste un mystère pour des Grieux
E3 : Antithèse entre les termes de Manon et ses actes « si tu m'adorais […] tu ne m'aurais pas
quitté ».
2.2. Des Grieux fait sa propre analyse rétrospective
A1 Des Grieux se place en héros tragique
E1 : Lexique racinien des souffrances de la passion déçue : amour et haine. Hyperbole
A2 Des Grieux est obligé de reconnaitre la duplicité de Manon, même s'il n'en n'a pas envie.
E2 : accumulation « de la douleur, du dépit, de la jalousie et de la honte »
A3 De Grieux se trouver des excuses, mais il finit par accepter le marché de Manon.
E3 : conditionnel, « tu ne m'aurais pas quitté, du moins, sans me dire adieu ». Il y a encore une
possibilité
Conclusion : opposition entre les deux personnages des Grieux et Manon, malgré amour
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