Extrait du Satiricon de Pétrone : scène du loup-garou

Telechargé par juliejonniaux
Satiricon : un roman de mœurs, écrit en prose et en vers alternés. Un certain
Eucolpe raconte ses aventures en compagnies de deux mauvais garçons, Ascylte et
Giton, auxquels se joint le vieux poète ridicule Eumolpe. L’action se passe en Italie
méridionale.
Il se trouvait par hasard que mon maître était parti à Capoue pour liquider de vieilles
hardes. J’ai saisi l’occasion, et je persuade notre hôte de venir avec moi pendant
cinq milles (7,5 km). C’était un soldat, fort comme Orcus. Nous nous tirons vers le
chant du coq ; la lune éclairait comme à midi. Nous arrivons au milieu des
tombeaux : mon homme commence à s’approcher des stèles ; moi je m’assois et je
compte les stèles. Ensuite, lorsque je me retournai vers mon compagnon, il se
déshabilla et posa tous ses vêtements le long de la route. J’avais l’âme au bord du
nez ; j’étais là comme un mort. Mais lui, il se mit à pisser autour de ses vêtements, et
soudain il s’est transformé en loup. Ne croyez pas que je plaisante ; je ne mentirais
pas pour tout l’or du monde. Mais, comme j’avais commencé à dire, après s’être
changé en loup, il commença à hurler et s’enfuit dans les forêts. Moi, d’abord, je ne
savais plus où j’étais ; puis je me suis approché pour prendre ses vêtements : mais
ils étaient transformés en pierre. Qui est mort de peur, sinon moi ? Cependant je tirai
mon épée et tout le long de la route j’ai frappé des ombres, jusqu’à ce que j’arrive à
la ferme de mon amie. J’entrai comme un fantôme, j’ai presque rendu l’âme, la sueur
me sortait par les fesses, mes yeux étaient morts ; pour un peu je ne m’en suis pas
remis. Ma Mélissa commença par s’étonner que je me promène si tard, et elle dit :
« si tu étais venu plus tôt, au moins tu nous aurais aidés ; un loup est entré dans la
ferme et il a saigné toutes nos bêtes comme un boucher. Mais il n’a pas lieu de rire,
même s’il s’est sauvé ; notre vieux lui a transpercé le cou avec sa lance. » Lorsque
j’ai entendu cela, je n’ai pas pu écarquiller les yeux plus grand, mais le jour venu, je
me suis sauvé dans la maison de notre Gaius comme un aubergiste volé ; et lorsque
j’arrivai au lieu où ses vêtements avaient été changés en pierre, je n’y ai rien trouvé
que du sang. Et lorsque j’arrivai à la maison, mon soldat gisait dans son lit comme un
bœuf, et un médecin soignait son cou. J’ai compris que c’était un loup-garou, et
après cela je n’ai plus pu goûter du pain avec lui, même si on m’avait tué. Que les
autres voient ce qu’ils pensent de cela ; moi, si je mens, que j’aie vos génies en
colère contre moi.
PÉTRONE, Satiricon, LXI - LXII.
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