Théorie des équilibres non walrasiens

Telechargé par Clotilde Carole Ngono
SOMMAIRE
INTRODUCTION ....................................................................................................................................................................... 2
PARTIE 1 : LA REMISE EN CAUSE DU PARADIGME WALRASIEN ....................................................................... 3
1.1 Le modèle walrasien et ses limites explicatives ......................................................................................... 3
1.2 Don Patinkin et les premiers effets de déséquilibre ............................................................................ 3
1.3 Robert Clower et la révolution de la demande effective .................................................................... 4
1.4 Axel Leijonhufvud .............................................................................................................................................. 4
PARTIE 2 : LA CONSTRUCTION THÉORIQUE DES ÉQUILIBRES NON WALRASIENS .................................. 6
2.1 La formalisation de Barro et Grossman .................................................................................................... 6
2.2 Jean-Pascal Bénassy et l'équilibre général à prix fixes ....................................................................... 6
2.3 La typologie des régimes d'Edmond Malinvaud .................................................................................... 7
2.4 Les mécanismes de rationnement et leur formalisation .................................................................... 8
PARTIE 3 : PORTÉE, LIMITES ET PROLONGEMENTS CONTEMPORAINS ..................................................... 10
3.1 Le chômage involontaire fondé en théorie ............................................................................................ 10
3.2 Implications pour les politiques économiques .................................................................................... 10
3.3 Limites : le problème de la rigidité des prix .......................................................................................... 11
3.4 Prolongements : concurrence imparfaite et Nouvelle Économie Keynésienne ...................... 12
CONCLUSION ........................................................................................................................................................................... 13
BIBLIOGRAPHIE ..................................................................................................................................................................... 14
INTRODUCTION
L'économie politique contemporaine se trouve confrontée à une question fondamentale :
comment expliquer la persistance du chômage involontaire dans les économies de marché ? La
théorie standard de l'équilibre général walrasien, pourtant remarquable par sa cohérence logique,
bute sur une impossibilité théorique majeure celle de rendre compte de situations des agents
désireux de travailler au salaire en vigueur ne trouvent pas d'emploi.
C'est pour répondre à cette aporie que s'est développée, à partir des années 1960 et 1970, la
théorie des équilibres non walrasiens, également désignée sous le terme de "théorie du
déséquilibre". Cette approche, en renonçant à l'hypothèse d'un commissaire-priseur centralisant
l'information et garantissant l'égalité entre offres et demandes, cherche à fonder micro
économiquement les intuitions macroéconomiques de John Maynard Keynes.
L'ambition de ce courant est considérable : il ne s’agit rien moins que de construire une théorie
générale des fonctionnements économiques les prix ne jouent pas leur rôle coordinateur
instantané, et les agents doivent ajuster leurs comportements en fonction de contraintes
quantitatives. Cette construction théorique, portée par des figures comme DON PATINKIN,
ROBERT CLOWER, AXEL LEIJONHUFVUD, puis formalisée par ROBERT BARRO, HERSCHEL
GROSSMAN, JEAN-PASCAL BENASSY et EDMOND MALINVAUD, constitue l'une des tentatives les
plus abouties de synthèse entre la rigueur microéconomique et la pertinence macroéconomique.
Notre investigation s'organisera autour de trois axes. Nous examinerons d'abord la critique
fondatrice du paradigme walrasien et les innovations conceptuelles qui en émergent. Nous
analyserons ensuite la construction systématique des modèles d'équilibre non walrasiens et la
célèbre typologie des régimes macroéconomiques qui en découle. Nous évaluerons enfin la portée
explicative de cette théorie, ses limites intrinsèques et les prolongements qu'elle a suscités dans la
recherche contemporaine.
PARTIE 1 : LA REMISE EN CAUSE DU PARADIGME WALRASIEN
1.1 Le modèle walrasien et ses limites explicatives
Pour mesurer l'ampleur de la rupture opérée par les théoriciens non walrasiens, il convient
de rappeler brièvement les fondements du modèle auquel ils s'opposent. La théorie de l'équilibre
général, développée par Léon Walras à la fin du XIXe siècle et rigoureusement formalisée par
Kenneth Arrow et Gérard Debreu dans les années 1950, repose sur un artifice théorique central :
le commissaire-priseur.
Ce personnage fictif a pour fonction d'annoncer des prix, de recueillir les offres et les
demandes des agents, et d'ajuster ces prix jusqu'à ce que tous les marchés soient équilibrés. Aucun
échange effectif n'a lieu avant que ce point d'équilibre ne soit atteint – c'est le mécanisme du
tâtonnement walrasien. Les agents économiques, dans ce cadre, sont de simples "preneurs de
prix" qui optimisent leurs choix sous des contraintes exclusivement budgétaires, sans jamais
rencontrer de limitation quantitative.
Ce modèle présente une cohérence logique remarquable et démontre, sous certaines
conditions, l'existence d'un équilibre général optimal au sens de Pareto. Cependant, son pouvoir
explicatif se heurte à une difficulté majeure : il ne peut rendre compte du chômage involontaire.
Dans l'univers walrasien, tout chômeur est soit volontaire (il refuse de travailler au salaire
d'équilibre), soit frictionnel (il est momentanément entre deux emplois). Le chômage keynésien,
caractérisé par l'incapacité de travailleurs qualifiés et disponibles à trouver un emploi au salaire
courant, constitue une impossibilité logique dans ce cadre théorique.
C'est précisément cette lacune explicative que les théoriciens du déséquilibre
entreprennent de combler, en abandonnant l'hypothèse du commissaire-priseur pour explorer les
conséquences d'échanges effectués à des prix non équilibrants.
1.2 Don Patinkin et les premiers effets de déséquilibre
L'ouvrage de Don Patinkin, Money, Interest and Prices (1956), marque une étape décisive
dans la remise en cause du modèle walrasien. Patinkin, sans encore proposer une théorie complète
du séquilibre, introduit l'idée fondamentale que les déséquilibres sur un marché ont des
répercussions sur les autres marchés, ce qu'il nomme les "effets de report" (spillover effects).
L'intuition de Patinkin est la suivante :
Si un agent ne peut pas vendre sur le marché du travail toute la quantité de travail qu'il
souhaite, son revenu effectif diminue. Cette contrainte quantitative sur le marché du travail
se "reporte" alors sur le marché des biens, sa demande effective sera inférieure à celle
qu'il aurait formulée dans une situation d'équilibre général. Symétriquement, un
entrepreneur qui ne peut pas écouler toute sa production sur le marché des biens réduira
sa demande de travail.
Patinkin introduit ainsi une distinction cruciale entre :
L'effet de substitution lié aux variations de prix relatifs
L'effet de revenu lié aux modifications des quantités effectivement échangées
Cette analyse met en lumière un phénomène essentiel : les marchés ne sont pas isolés mais
interconnectés par des flux de quantités, et pas seulement par des signaux-prix. Patinkin jette ainsi
les bases d'une macroéconomie où les déséquilibres se propagent de marché en marché, créant des
situations de sous-emploi durables. Cependant, sa conception reste encore celle d'un déséquilibre
temporaire, et non d'un véritable équilibre alternatif.
1.3 Robert Clower et la révolution de la demande effective
La contribution de Robert Clower, dans son article séminal "The Keynesian Counter-Revolution"
(1965), opère une rupture plus radicale encore. Clower entreprend de reformuler la
microéconomie pour y intégrer la possibilité d'un chômage involontaire conçu comme un véritable
équilibre.
Sa contribution majeure réside dans la distinction entre deux types de fonctions de demande :
La demande notionnelle : celle qu'un agent formulerait si tous ses plans d'achat et de
vente étaient réalisables aux prix courants ; c'est la demande du consommateur walrasien
standard, qui maximise son utilité sous sa seule contrainte budgétaire.
La demande effective : celle qu'un agent formule effectivement sur un marché donné, en
tenant compte des contraintes de quantité qu'il subit sur les autres marchés.
Clower démontre que lorsque les prix ne s'ajustent pas instantanément, les signaux
pertinents pour la coordination économique ne sont plus seulement les prix mais aussi les
quantités. Un chômeur ne peut pas exprimer la même demande de biens qu'un travailleur employé,
même s'ils ont les mêmes préférences et font face aux mêmes prix. La contrainte de débouchés sur
le marché du travail modifie le comportement sur le marché des biens.
L'apport fondamental de Clower est d'avoir montré que la macroéconomie keynésienne
requiert une microéconomie spécifique, fondée sur le concept de "décision duale": l'agent
économique prend ses décisions en deux temps, en intégrant dans son calcul les contraintes
quantitatives qu'il perçoit. Cette reformulation permet de donner au chômage involontaire un
statut théorique cohérent, même si les prix ne s'ajustent pas.
1.4 Axel Leijonhufvud
L'ouvrage d'Axel Leijonhufvud, On Keynesian Economics and the Economics of Keynes
1968), prolonge et approfondit ces analyses en les inscrivant dans une réflexion plus large sur les
mécanismes de coordination économique.
Leijonhufvud soutient que la spécificité de la pensée de Keynes ne réside pas dans
l'hypothèse de rigidité des salaires, mais dans l'analyse des défaillances du système d'information
et de coordination. En l'absence de commissaire-priseur, les agents économiques ne disposent pas
de l'information nécessaire pour ajuster correctement leurs prix. Ils réagissent alors d'abord par
des ajustements de quantités, plus simples à mettre en œuvre et moins coûteux en information.
Leijonhufvud introduit une distinction fondamentale entre :
L'effet-prix : l'ajustement par modification des prix relatifs, qui suppose une information
parfaite
L'effet-revenu : l'ajustement par modification des quantités produites et consommées, qui
domine en situation d'information imparfaite
Il montre qu'une fois que des transactions ont eu lieu à des prix "faux", l'économie peut se
trouver bloquée dans un équilibre de sous-emploi dont elle ne peut sortir par ses propres moyens.
Les agents, ayant adapté leurs comportements aux contraintes quantitatives qu'ils subissent,
envoient des signaux de prix qui ne reflètent pas leurs préférences fondamentales, mais leurs
contraintes effectives.
Cette analyse ouvre la voie à une compréhension nouvelle des politiques économiques, si
l'économie est bloquée dans un équilibre de sous-emploi par des défauts de coordination, une
intervention extérieure (politique budgétaire ou monétaire) peut être nécessaire pour restaurer le
plein-emploi.
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