La Montée au Créneau des Nouveaux Hérétiques - Extrait de The Sacred Revival

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LA MONTÉE AU CRÉNEAU
DES NOUVEAUX HÉRÉTIQUES
KINGSLEY L. DENNIS
Extrait de
The Sacred Revival : Magic, Mind and Meaning in a Technological Age
Kingsley L. Dennis est un sociologue,
chercheur et écrivain britannique. Il a
travaillé au département de sociologie de
l’Université de Lancaster, au Royaume-Uni.
Il est l’auteur de nombreux essais
consacrés aux futurs sociaux, aux
technologies, aux médias, aux affaires
mondiales et à la conscience.
Son travail explore souvent les liens entre
évolution humaine, changement de
civilisation et transformation intérieure.
Il a cofondé WorldShift International, une
initiative tournée vers les changements de
société et de conscience.
Kingsley L. Dennis a publié plusieurs
ouvrages remarquables, dont
The Sacred
Revival
,
The Phoenix Generation
et
New
Consciousness for a New World
.
Il est aussi connu pour
Dawn of the
Akashic Age
, coécrit avec Ervin Laszlo.
En plus de son activité de chercheur, il
dirige son propre label d’édition, Beautiful Traitor Books.
Il vit entre l’Andalousie, en Espagne, et le Royaume-Uni.
Son écriture mêle réflexion sociologique, critique de la modernité et approche
spirituelle. C’est une voix originale pour qui s’intéresse aux mutations contemporaines
de la société et de la conscience humaine.
« Chaque société possède une structure cognitive composée d'un savoir autorisé,
géré par une élite, et d'un savoir interdit, diffusé sur les marchés noirs ou parallèles par
des hors-la-loi cognitifs, des hérétiques, des révolutionnaires ou de simples fous. »
- William Irwin Thompson,
Coming Into Being
« Il n'existe pas vraiment de domaine profane, mais seulement un point de vue
profane. »
- René Guénon,
Le règne de la quantité et les signes des temps
« Pas d’Esprit, pas de monde. »
- Anaxagore
La conscience humaine évolue avec le temps, et nos vérités évoluent donc elles aussi.
Tandis que l'esprit humain conceptualise davantage de connaissances, le cosmos
devient plus intelligent à nos yeux, mais aussi pour nous. Nos concepts humains de la
vérité sont toujours partiels, fragmentaires et incomplets, étant le reflet de nos
propres imperfections et de notre incomplétude. Et pourtant, la conscience humaine
est notre instrument, notre technologie, par laquelle nous appréhendons notre réalité
et par laquelle la réalité peut s’appréhender. Dans la civilisation humaine, nos cultures
fonctionnent comme des fonderies qui forgent la vérité pour nous, étant spécifiques à
chaque époque.
Chaque culture crée sa propre cosmologie, sa représentation cohérente du monde, et
fixe ainsi inévitablement des limites. Les modèles de pensée ou les idées qui ne
s’inscrivent pas dans cette cohérence artificielle sont considérés comme hérétiques.
Ce sont là des distinctions contre nature — des limites, paramètres et périmètres mis
en place par l’esprit humain. L’esprit modèle le monde. Chaque culture considère sa
vision du monde comme étant supérieure. De même que chaque culture enseigne sa
propre histoire à partir de manuels d’histoire tendancieux, chaque société
conditionne l’esprit avec des idées biaisées. En d’autres termes : « Nous sommes les
victimes consentantes de nos perspectives culturelles, les ayant acquises avec le lait
maternel »
1
La vision du monde moderne prend pour acquis que cette vision est le
monde, plutôt qu’une vision particulière du monde. La distinction peut paraître
insignifiante, mais ses conséquences sont d’une portée considérable.
Notre propre transformation, notre transcendance par-delà notre conditionnement,
se heurtera toujours à l'opposition des préjugés inhérents à nos systèmes sociaux.
1
Skolimowski, Henryk. The Participatory Mind: A New Theory of Knowledge and of the Universe. London:
Penguin/Arkana, 1994, 265.
Vouloir rompre avec des schémas bien ancrés et des points de vue conditionnés sera
toujours qualifié d'hérétique. Être un hérétique conscient n'est pas une mauvaise
chose. L'évolution de la civilisation humaine a toujours dépendu de tels hérétiques.
Nous courons le risque de nous retrouver prisonniers de la matrice des modèles de
notre esprit, si nous ne sommes pas ouverts à la flexibilité et au changement. La
culture a parfois tendance à ne pas être ouverte à une telle flexibilité, et les idées et les
esprits novateurs font souvent l’objet d’intimidation dès le départ, rejetés par un
monde préférant s’accrocher à ses plages de sécurité contre les vagues des
hérétiques visionnaires. Un tel conservatisme culturel « peut être considéré comme la
philosophie d’esprits étroits qui se satisfont de servir le statu quo et de se confiner
dans des niches établies, en oubliant que l’impératif de la vie, c’est l’épanouissement,
l’évolution et la transcendance. »
2
Notre esprit est une fenêtre sur le monde. Nous regardons soit à travers une petite
ouverture, soit à travers une plus grande, comme si nous admirions la vue depuis une
pièce. Nos lois universelles s'appuient sur la raison abstraite, que ce soit par le biais du
dogme de la raison (la science) ou de celui de l’irrationnel (la religion). Le culte actuel
de la raison scientifique nous a amenés à croire que la physique et les mathématiques
sont les seuls moyens de déchiffrer l’univers. En d’autres termes, que la participation
au cosmos ou à toute intelligence cosmique passe par le pouvoir des équations. Le
monde, l’univers, le sentiment du sens, ne sont peut-être pour nous guère plus qu’un
ensemble de perspectives en constante évolution. Qu’est-ce qui nous fait penser que
notre façon de voir le monde aujourd’hui est la bonne ? Ou qu’elle vaut mieux que
d’autres perspectives ? Chacun de nous mise sa vie sur une certaine image de la
réalité. Nous devrions donc nous interroger sur cette image : nous semble-t-elle
profondément et intuitivement juste ? Et continue-t-elle de nous sembler juste, au fil
du temps ?
Notre vision moderne du monde, qui forme la matrice de notre réalité, est un domaine
d’abstractions que nous avons construit à partir d’idées toutes faites et d’images
stéréotypées. Elle nous paraît cohérente, mais elle est au contraire fragmentée,
artificielle et comme privée d’une Présence collective.
Chaque système de connaissance que l'on adopte dépend du temps et du lieu, et n’est
donc qu’une forme particulière de représentation de la matrice de la réalité. Aucune
forme, ni aucune représentation particulière n’est absolue. À partir de nos
représentations, nous forgeons nos perceptions de la réalité.
LE MENTAL DE SINGE
2
Skolimowski, Henryk. The Participatory Mind: A New Theory of Knowledge and of the Universe. London:
Penguin/Arkana, 1994, 85
Dieu décida de descendre sur la Terre pour jeter un coup d’œil rapide à l’évolution de
sa création. Il s’approcha de la Terre et son regard se posa sur un grand arbre
grouillant de singes hurleurs. Comme il regardait vers le bas, un des singes leva les
yeux et l’aperçut.
Le singe devint tout excité et se mit à crier : « Je vois Dieu… Je vois Dieu ! »
Aucun des autres singes n’y prêta la moindre attention. Certains crurent qu’il était fou
ou que c’était peut-être juste un fanatique religieux. Ils poursuivirent leurs activités
quotidiennes : chercher de la nourriture, s’occuper de leurs jeunes, se battre entre eux,
et ainsi de suite.
Ne recevant aucune attention, notre singe décida alors d’essayer d’attirer celle de
Dieu et il dit : « Dieu Tout-Puissant, toi qui es bienveillant et miséricordieux,, aide-moi,,
je t’en prie ! » Instantanément, le singe se vit transformé en homme vivant au sein de
sa propre communauté humaine. Tout avait changé, à part une chose : son mental de
singe, et le singe comprit directement que cela pourrait poser problème.
« Eh bien, merci bien mon Dieu, mais qu’en est-il de mon mental de singe ? » « Cela, lui
répondit Dieu, il te faudra le transformer toi-même ! »
Les historiens ont pu relever que pendant environ cinq cents ans — durant la période
comprise entre 500 et 1050 de notre ère —, la psyché humaine ne témoigna
pratiquement d'aucun signe d’intériorisation. Dans la culture socioreligieuse
dominante, on ne s’intéressait guère à l’exploration de l’esprit lui-même. Néanmoins, à
partir de 1050, le monachisme manifesta des signes d’intériorité, montrant son rapport
avec la morale et l’éthique. Ceci s’avérera être un anathème pour les institutions
religieuses traditionnelles, et en particulier l’Église catholique, suggère-t-on, car cela
conduira à une expérience gnostique accrue.
C'est à cette époque qu'apparurent des sectes religieuses dont les enseignements
comportaient des éléments de gnosticisme et de manichéisme, que l'on considérera
comme la forme d'hérésie la plus grave. Parmi celles-ci figuraient notamment les
bogomiles et les cathares. D'après des témoignages de première main ayant survécu,
il semble que la dimension gnostique de ces sectes reposait sur des états profonds
d'intériorité et des visions — au grand dam de l'Église officielle. En conséquence,
l’Inquisition — le système judiciaire de l’Église catholique romaine — fut instituée à la
fin du douzième siècle pour lutter directement contre l’hérésie. Comme le note
l’historien de la culture, Morris Berman, ce genre de découvertes gnostiques « n’est
pas facilement assimilé par une civilisation qui vit sans intériorité depuis plus de cinq
cents ans. […] Il en résulte que l’héritage de la période 1050-1350 n’a guère été
salutaire. »
3
On a même suggéré que l’Inquisition pouvait être considérée comme à
l’origine de l’État policier moderne. En d’autres termes, les masses sont maintenues
sous contrôle par diverses formes de violence administrative sous couvert
d’institutions sociales.
L'esprit de masse (le mental de singe) de l'humanité a souvent réagi de manière
agressive et parfois avec perplexité, quand des tendances essentielles sont réprimées.
Ces tendances sont souvent qualifiées de païennes, mystiques, hérétiques ou même
carrément taboues ; et ces refoulements ressurgissent souvent sous d'autres formes
et par d'autres moyens. Mais, la véritable hérésie occidentale a été la répression et le
déni de ces tendances sacrées et de ces éléments gnostiques au sein de la société.
L'énergie archaïque a resurgi sous de nombreuses formes variées au fil des siècles. Au
vingtième siècle, on peut voir comment les phénomènes du fascisme et du nazisme
furent des exemples d'énergie archaïque explosant dans la sphère sociale — la
conséquence de l'expression de tendances et d'énergies vitales refoulées. Cette
« force vitale » au sein de l'humanité a fait l’objet de nombreuses recherches,
spéculations et expérimentations clandestines. De l’élan vital de Bergson à l’incursion
du parti nazi dans les énergies populaires, à la base, on retrouve la perception d’une
force de développement qui sous-tend les dynamiques évolutives complexes de la vie.
Pouvoir tirer parti de cette force permettrait non seulement de mieux comprendre les
mécanismes fondamentaux, mais aussi, pour certains, de conférer un pouvoir à celui
qui la détient. C’est là, au fond, la compréhension même des traditions magiques et
occultes. Néanmoins, cela devient très dangereux, quand elle opère à travers l’esprit
de singe collectif. L'expression du psychisme humain, de l'inconscient, peut être
préjudiciable pour l'individu, lorsqu’il se déchaîne dans une culture qui ne lui accorde
aucune place. Ainsi, nos cultures nous conditionnent souvent socialement à nous
conformer à la réalité consensuelle. La libération de l’esprit en suivant une voie sacrée
est la méthode des traditions de sagesse pérennes. Jusqu'à maintenant, c'était encore
une voie peu empruntée.
Ceci dit, depuis le vingtième siècle, on nous a donné des outils pour débloquer,
explorer et libérer l’esprit de singe. Grâce à la psychanalyse, à la psychologie des
profondeurs et à la psychologie transpersonnelle, nous avons enfin pu amener l’esprit
profond à se révéler. Ou, comme le dit la psychologue Anne Baring : « Il a fallu des
millénaires incalculables pour que l’esprit conscient et la capacité de conscience de
soi émergent de la matrice insondable de l’inconscient. »
4
Si nous examinons réellement ce qui se trouve en nous, nous découvrons qu’il existe,
comme une force éternelle, un élan intérieur visant une forme de transcendance.
L’humanité porte en elle un besoin inné de transcendance, une aspiration vers quelque
3
Berman, Morris. Coming to Our Senses: Body and Spirit in the Hidden History of the West. New York:
HarperCollins, 1990, 203.
4
Baring, Anne. The Dream of the Cosmos: A Quest for the Soul. Dorset: Archive Publishing, 2013, 19.
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