Dieu décida de descendre sur la Terre pour jeter un coup d’œil rapide à l’évolution de
sa création. Il s’approcha de la Terre et son regard se posa sur un grand arbre
grouillant de singes hurleurs. Comme il regardait vers le bas, un des singes leva les
yeux et l’aperçut.
Le singe devint tout excité et se mit à crier : « Je vois Dieu… Je vois Dieu ! »
Aucun des autres singes n’y prêta la moindre attention. Certains crurent qu’il était fou
ou que c’était peut-être juste un fanatique religieux. Ils poursuivirent leurs activités
quotidiennes : chercher de la nourriture, s’occuper de leurs jeunes, se battre entre eux,
et ainsi de suite.
Ne recevant aucune attention, notre singe décida alors d’essayer d’attirer celle de
Dieu et il dit : « Dieu Tout-Puissant, toi qui es bienveillant et miséricordieux,, aide-moi,,
je t’en prie ! » Instantanément, le singe se vit transformé en homme vivant au sein de
sa propre communauté humaine. Tout avait changé, à part une chose : son mental de
singe, et le singe comprit directement que cela pourrait poser problème.
« Eh bien, merci bien mon Dieu, mais qu’en est-il de mon mental de singe ? » « Cela, lui
répondit Dieu, il te faudra le transformer toi-même ! »
Les historiens ont pu relever que pendant environ cinq cents ans — durant la période
comprise entre 500 et 1050 de notre ère —, la psyché humaine ne témoigna
pratiquement d'aucun signe d’intériorisation. Dans la culture socioreligieuse
dominante, on ne s’intéressait guère à l’exploration de l’esprit lui-même. Néanmoins, à
partir de 1050, le monachisme manifesta des signes d’intériorité, montrant son rapport
avec la morale et l’éthique. Ceci s’avérera être un anathème pour les institutions
religieuses traditionnelles, et en particulier l’Église catholique, suggère-t-on, car cela
conduira à une expérience gnostique accrue.
C'est à cette époque qu'apparurent des sectes religieuses dont les enseignements
comportaient des éléments de gnosticisme et de manichéisme, que l'on considérera
comme la forme d'hérésie la plus grave. Parmi celles-ci figuraient notamment les
bogomiles et les cathares. D'après des témoignages de première main ayant survécu,
il semble que la dimension gnostique de ces sectes reposait sur des états profonds
d'intériorité et des visions — au grand dam de l'Église officielle. En conséquence,
l’Inquisition — le système judiciaire de l’Église catholique romaine — fut instituée à la
fin du douzième siècle pour lutter directement contre l’hérésie. Comme le note
l’historien de la culture, Morris Berman, ce genre de découvertes gnostiques « n’est
pas facilement assimilé par une civilisation qui vit sans intériorité depuis plus de cinq
cents ans. […] Il en résulte que l’héritage de la période 1050-1350 n’a guère été