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Déní de réalité : Expériences impossibles du colonel Alexander

DÉNI DE
RÉALITÉ
EXPÉRIENCES VÉCUES DE CHOSES QUI NE PEUVENT PAS
SE PRODUIRE, MAIS QUI SE SONT PRODUITES…
COLONEL
JOHN B. ALEXANDER
Titre anglais : Reality denied : Firsthand experiences that can’t happen – but did
‘’Le colonel John Alexander a récolté toute une collection fascinante de mystères
défiant les normes conventionnelles de la recherche rationnelle.
John est un individu stoïque, doté d’un esprit militaire aiguisé qui a servi notre
pays pendant plusieurs décennies. Il est rafraîchissant et intriguant de lire son
point de vue d’initié sur des énigmes qui intriguent des millions de personnes
dans le monde entier.’’
-
Dr Raymond Moody, auteur de ‘’La Vie après la vie’’
***
‘’J'ai rencontré John Alexander, il y a plusieurs décennies, et il est excessivement
intelligent et véridique, alors quand il parle, j'écoute. Ma carrière m'a conduit vers
ce que d'autres pourraient trouver difficile à croire. Par conséquent, je sais ce à
quoi John Alexander est confronté dans ce livre. Lisez-le et sachez que je n'ai que
2
du respect pour cet homme. Écoutez ce qu'il dit, et votre notion de la réalité
pourrait très bien s'élargir."
- Richard Bandler, PH.D., Co-développeur de la PNL
(Programmation neurolinguistique)
***
"Personne ne peut se considérer comme un citoyen du monde averti sans se
confronter aux phénomènes décrits par John Alexander dans ce livre. Alexander
apporte ses compétences de scientifique critique et de stratège militaire respecté
à tout un éventail spectaculaire de phénomènes inexpliqués. En filigrane de cette
étude captivante, il y a le principe d'une forme de conscience unitaire,
interconnectée, non locale et infinie dans l'espace et le temps.
Ce livre extraordinairement courageux s'inscrit dans la meilleure tradition de la
science, dont le fondement est la provocation de l'émerveillement et la recherche
avec un esprit ouvert."
- Dr Larry Dossey, auteur de ‘’One mind : how our individual mind is part of a
greater Consciousness and why it matters’’
***
‘’Dans ce livre, John Alexander détaille des rencontres directes qui recouvrent les
OVNI, la vision à distance, la guérison spirituelle, les EMI et des expériences
post-mortem qui défient toutes la sagesse conventionnelle. Il a rencontré des
chamanes du monde entier et vu des choses qui sont physiquement impossibles.
Elles se sont pourtant produites et il les a documentées. Dans ‘’Déni de réalité’’, il
met explicitement au défi les scientifiques traditionnels qui rejettent de tels
phénomènes sans même jamais examiner les données concrètes qui existent
dans de nombreux cas.’’
-
George Noory, animateur de Coast to coast AM
3
***
"Le colonel John Alexander, retraité de l'armée américaine, est un conteur
hors pair. Sa pléthore de distinctions va de chef de la meilleure équipe des
forces spéciales à directeur du programme du laboratoire national de Los
Alamos et ufologue. Avec ‘’Déni de réalité’’, Alexander propose aux lecteurs sa
vision remplie d'action et sidérante sur une vie vécue à la pointe de la
recherche non conventionnelle. Depuis son travail avec les chamanes de
Mongolie jusqu’à ses rapports avec les maîtres vaudous du Togo, du Ghana et
du Bénin, le livre de John Alexander vous tiendra certainement éveillé pendant
toute la nuit. Un plaisir rare".
- Annie Jacobsen, autrice de ‘’Area 51 : an uncensored history of America’s top
secret military base’’ et finaliste du Prix Pulitzer d’histoire en 2016
***
‘’Dans ‘’Déni de réalité’’, le colonel John Alexander, témoin et enquêteur
hautement qualifié ayant des dizaines d’années d’expérience, fait le récit de
ses expériences directes d’événements et de phénomènes jugés impossibles
par le paradigme scientifique actuel. Des chamanes, au fin fond de la jungle, à
la macropsychokinèse en passant par les communications post-mortem et
bien d’autres choses encore, Alexander explore le sens et la voie à suivre pour
appréhender des choses qui ne sont pas censées se produire, mais qui se
produisent quand même. En tant qu’autre voyageuse qui a également fait
l’expérience de certains des mêmes phénomènes, je recommande vivement ce
livre accessible, honnête et provocant qui constituera un formidable défi pour
ceux qui s’obstinent à nier des données convaincantes – des données qui
nous offrent à tous une nouvelle compréhension de la conscience et de sa
relation avec le monde physique.’’
-
Leslie Kean, autrice de ‘’Survivre à la mort’’
***
4
‘’John Alexander a écrit un roman d’aventure et un vaudeville planétaire dans
des sphères éludées par les plus conventionnels. Suivez le fascinant périple
d’un esprit inlassablement curieux de tout et ne craignant pas de remettre en
question les idées reçues, ni de faire l’expérience d’un profond mystère.
Préparez-vous à faire basculer votre monde !’’
-
William Bengston, PH.D., Président de la Society for Scientific Exploration
***
‘’Remuant ciel et terre et ne négligeant aucun détail, John Alexander, docteur
en éducation, nous propose tout un assortiment de sujets stimulants allant du
plus extravagant au plus tabou. Ce qui distingue ce livre, c’est son implication
personnelle directe et même son immersion dans les événements et les sujets
couverts au cours de ses recherches de globe-trotter. Avec un niveau de
discernement sans égal, Alexander nous emmène dans un voyage fascinant à
travers des territoires exotiques qui se trouvent juste au-delà du rideau de
l'existence quotidienne."
-
Dr Harold E. Puthoff, Directeur de l’Institute for Advanced Studies, Austin
***
"De temps en temps paraît un livre qui marque un moment décisif dans
l'évolution de la science et de la société. Le livre de John Alexander présente et
intègre un vaste éventail de phénomènes extraordinaires et apparemment
anormaux de la vie réelle qui exigent collectivement que nous élargissions notre
compréhension de l'esprit humain, du monde physique et de l'existence d'une
plus grande réalité. John est un écrivain merveilleux, et la série d'histoires
personnelles qu'il raconte justifie amplement l'achat et la lecture de ce livre. De
plus, ses analyses, ses préoccupations, ses sages recommandations et ses
visions de l'avenir sont inestimables. J'ai le privilège de connaître John
professionnellement et personnellement depuis plus de deux décennies, et je
puis attester du fait que c’est un observateur aussi compétent que sceptique.
5
John ne déforme ou ne fabrique aucune information ; il dit les choses telles
qu'elles sont, avec précision et clarté, mais aussi avec humour et grâce. Le livre
de John présente une convergence historique de preuves inspirantes. Il est temps
que la science et la société s'éveillent à cette opportunité de compréhension et
de transformation."
-
Dr Gary E. Schwartz, professeur de psychologie, médecine, neurologie,
psychiatrie et chirurgie, directeur du Laboratoire de la Conscience et de la
Santé de l’Université d’Arizona, auteur de ‘’Extraordinaires contacts avec
l’au-delà – Les découvertes scientifiques irréfutables sur la vie après la
mort’’
***
"Il existe une blague, que nous avons tous entendue à un moment ou à un
autre, d’après laquelle la formule ‘’intelligence militaire’’ est un oxymore.
L'exemple de John Alexander (un colonel de l’armée américaine à la retraite)
réfute une telle suggestion de la manière la plus catégorique. J'ai terminé ma
lecture de ce livre en souhaitant que mes collègues des départements
scientifiques du monde occidental soient à moitié aussi bien informés et
disposent d’une fraction de l’ouverture d’esprit d’Alexander concernant les
nombreux phénomènes inexplorés qui sont étudiés dans ce livre. Ces
phénomènes devraient intéresser les psychologues qui tentent de comprendre
nos processus mentaux, les physiciens qui essayent de comprendre la
composition et le fonctionnement du monde dans lequel nous vivons, et tous
ceux qui se demandent si la mort est une fin ou une transition. À l'ère actuelle
de la grande science, où l'importance d'un projet se mesure à sa
sophistication technique, à la taille de l'équipe et à la grosseur du budget, il
est rafraîchissant de rencontrer des personnes comme Alexander qui
cherchent - et cherchent à comprendre - des mystères inexpliqués par la
science actuelle, et qui sont en fait soigneusement évités par la communauté
scientifique."
6
- Peter Sturrock, PH.D., professeur émérite de physique appliquée et directeur
émérite du ‘’Center for Space Science and Astrophysics’’ de l’Université de
Stanford
***
"Quand il s'agit de phénomènes inhabituels, John Alexander les a tous vus.
Dans ce livre remarquable, ses lecteurs s’intéresseront à ses observations
directes concernant la marche sur le feu, la vision à distance, la médiumnité,
la psychokinésie, les dauphins télépathes, les méthodes de guérison non
conventionnelles, le vaudou et l'évitement de la mort durant les combats en
temps de guerre. Ils s’instruiront sur l'ayahuasca, la radiesthésie, les
expériences en dehors du corps et de mort imminente, les OVNI, les esprits
frappeurs et le "crâne de cristal". Ils recevront même des instructions sur la
manière d'organiser une petite fête où l’on s’amuse à plier des cuillères.
Cependant, ils découvriront également que certains prétendus "médiums"
utilisent des tours de passe-passe et que beaucoup d’événements étranges
peuvent s’expliquer par des attentes personnelles, l'effet placebo et d'autres
processus naturels. Les références d'Alexander sont solides, son écriture est
directe et ses histoires sont fascinantes. Les lecteurs peuvent accepter ou
rejeter les conclusions qu'il tire dans son dernier chapitre, mais ils auront au
moins apprécié le voyage et, peut-être, vu leur compréhension des gens et de
l'univers confrontée, si pas transformée."
- Stanley Krippner, PH.D., professeur de psychologie à l’Université Saybrook
et coéditeur de ‘’Varieties of Anomalous experience’’
***
"John Alexander a mené de nombreuses enquêtes fascinantes concernant des
événements que la science moderne nierait comme étant impossibles, car ils
défient nos modèles théoriques. En fait, c'est la poursuite de telles anomalies
qui aboutit à de véritables progrès dans la compréhension scientifique de
l'univers. ‘’Déni de réalité’’ offre un trésor de ses expériences personnelles
7
avec leur analyse pour offrir une vision beaucoup plus large de la nature de la
réalité et simultanément propose au lecteur un sidérant voyage vers une plus
grande ouverture d'esprit.
Hautement recommandé !"
- Dr Eben Alexander, neurochirurgien et auteur de ‘’Voyage d’un
neurochirurgien au cœur de la conscience’’ et de ‘’La preuve du Paradis’’
***
8
SOMMAIRE
Avant-propos d’Uri Geller
10
Introduction : Tout ce qui se produit peut se produire
13
1ère partie : Expériences personnelles
18
Chapitre 1 : L’expérience du NIDS (National Institute for Discovery Science)19
Chapitre 2 : ‘’Je crois qu’ils sont ici’’ (Ovnis)
37
Chapitre 3 : Parler aux dauphins
48
Chapitre 4 : Guérison et guérisseurs
58
Chapitre 5 : Radiesthésie, charbons ardents et compagnie
70
Chapitre 6 : Le crâne de cristal
87
Chapitre 7 : Le poltergeist bourlingueur
94
Chapitre 8 : Le fil piège
103
Chapitre 9 : Les facultés psi et les arts martiaux
111
2
ème
partie : Expériences militaires
128
Chapitre 10 : Petites réceptions et profusion de torsions
129
Chapitre 11 : Les déplacements en dehors du corps
145
Chapitre 12 : L’espionnage psychique
158
Chapitre 13 : Impertinents globules blancs
178
Chapitre 14 : L’effet Hutchison
189
3ème partie : Expériences spirituelles
198
Chapitre 15 : Concernant la mort
199
Chapitre 16 : Les médiums
226
Chapitre 17 : ‘’Maman, pourquoi tue-t-il ces gens ?’’
244
Chapitre 18 : ‘’Allez en enfer !’’
251
Chapitre 19 : Accéder au monde des esprits
257
Chapitre 20 : Les esprits du Brésil
279
Chapitre 21 : Le vaudou, oui, le vaudou.
309
Chapitre 22 : Les chamans aux rennes de Mongolie
319
4ème partie : Réflexions
331
Chapitre 23 : Les papillons de nuit voient la lumière
332
Chapitre 24 : Considérations finales
352
Remerciements
366
9
AVANT-PROPOS
‘’ Déni de réalité’’ peut paraître autobiographique, mais il s’agit réellement de
vous aussi. Au cours de mes voyages dans le monde entier, j’ai rencontré des
milliers de personnes. Ce que j'ai trouvé constant, c'est que beaucoup d'entre
elles ont partagé avec moi leurs expériences personnelles d'événements
inexpliqués ou anormaux. Tout le monde en a, même ceux qui nient que de telles
choses se produisent. En fait, trois Américains sur quatre croient au paranormal ;
CBS News a même rapporté que la majorité croient aux phénomènes psychiques.
Connaissant John Alexander depuis de nombreuses années, je sais que nous
partageons plusieurs expériences communes. Nous avons tous deux été des
parachutistes qui ont servi au combat pour défendre notre pays. Dans ma
jeunesse, j’ai servi dans une unité des commandos d’élite et je crois que nous
étions tous deux fascinés par des choses qui défient les explications
conventionnelles. Tous deux, nous avons vu des choses qui ne peuvent
apparemment pas se produire, mais qui se sont quand même produites. Tous
deux, nous sommes parvenus à la compréhension que nous faisons partie
intégrante d’un Tout plus vaste, que nous ne faisons qu’Un avec l’univers.
Dans mes représentations publiques, je manifeste des capacités étonnantes, qui
ont à la fois inspiré les gens et suscité des critiques substantielles de la part des
sceptiques. Plusieurs laboratoires scientifiques ont rigoureusement testé mes
performances et les ont jugées probantes. Malheureusement, de nombreux
scientifiques traditionnels rejettent ces résultats, le plus fréquemment sans
même examiner les données. C'est ce rejet sans fondement des faits et de la
réalité que John dénonce à juste titre dans ce livre.
Beaucoup des choses que John, moi et d'autres avons vues ne sont pas faciles à
expliquer. De telles observations nous mènent simplement à des vérités plus
grandes et suggèrent que notre science traditionnelle est incomplète. Pour les
vrais scientifiques, cela devrait être stimulant, puisque cela offre des possibilités
inconnues qui n'attendent que d'être découvertes. John s'attaque régulièrement
10
aux limites de nos systèmes de croyance. Il est temps de décoincer nos esprits et
de remettre en question les fondements mêmes de la réalité que nous percevons.
Plier des cuillères a été clairement désigné comme étant ma marque de fabrique
et a attiré l'attention du monde entier. Toutefois, les principes sous-jacents sont
beaucoup plus importants, dans la mesure où ils illustrent l'amour et l'énergie
illimités qui imprègnent l'univers. Cette énergie est accessible pour tous. Il est
nécessaire de s'ouvrir aux merveilleuses possibilités qui sont offertes et de les
intégrer dans sa vie quotidienne.
Ainsi qu’il est indiqué dans Déni de réalité, ces phénomènes représentent des
questions extrêmement complexes, et il n'y aura pas de réponses simples et
générales. La recherche scientifique sur ces sujets a été au mieux modeste, mais
elle est certainement suffisante pour confirmer la réalité physique d’un grand
nombre de ces phénomènes. Mais il nous faut penser au-delà du physique et
accepter qu'une dimension spirituelle est également en jeu. Il est possible que
toutes les observations ne soient pas matériellement quantifiables, ce qui ne les
rend pas moins réelles.
Dans un monde apparemment en pleine tourmente, il est important que nous
apprenions à intégrer le concept d'inclusion et à comprendre que c'est le
sentiment de séparation avec autrui qui est une illusion. Les événements décrits
ici constituent des indices de l'interconnexion de toutes choses. C'est la
Conscience éternelle qui apporte la plénitude à nos vies et nous guide sur le
chemin de la tranquillité spirituelle avec une patience, une sagesse et une
compassion parfaites, car c'est l'essence de toutes les entités sensibles. Sachez
que vous êtes à la fois des êtres physiques et spirituels et agissez en
conséquence. C'est l'amour universel qui imprègne tout.
À tous les lecteurs, je souhaite beaucoup de santé, de bonheur et de tranquillité
d'esprit. Soyez positifs, optimistes et croyez en vous.
Uri Geller
Tel Aviv
11
www.urigeller.com
12
INTRODUCTION :
TOUT CE QUI SE PRODUIT PEUT SE PRODUIRE
Ce livre se base en grande partie sur des expériences vécues. Ces événements
remettent en cause ce que l'on suppose être un grand nombre des "lois de la
science" les plus précieuses et les plus fondamentales. Elles sont remises en
cause, parce que beaucoup de nos théories scientifiques sont inexactes. Trop
souvent, elles ne sont pas remises en cause par les scientifiques traditionnels,
parce que les observations et les données qui ne se conforment pas à leurs
principes sont tout simplement ignorées. Je pars du principe que "tout ce qui se
produit, peut se produire". Prétendre que de tels événements ne se produisent
pas est spécieux. Malheureusement, les données qui se situent en dehors des
normes prescrites sont supposées être erronées, même si l'existence de l'erreur
n'est pas prouvée.
Avant d'aller trop loin, je commencerai par préciser que la science a été très utile
dans notre vie quotidienne. Il n'y a aucune intention de dénigrer ce que la science
a apporté ; je veux seulement élargir les paramètres, lorsque les données ne
cadrent pas. Depuis de nombreuses années, je suis déterminé à faire en sorte
que les scientifiques les plus jeunes, les meilleurs et les plus brillants puissent
explorer certains phénomènes sans risquer leur réputation ou leurs moyens de
subsistance.
Il n'y a pas besoin de chercher bien loin pour trouver des exemples montrant à
quel point les scientifiques conformistes peuvent être vicieux, lorsqu'ils voient
leur système de croyances remis en cause. Considérez l'expérience singulière de
John Mack, professeur titulaire à Harvard, lauréat du prix Pulitzer et psychiatre de
talent. Lorsqu'il s'aventura dans une étude sérieuse portant sur les enlèvements
par des extraterrestres, ses pairs exprimèrent leur inquiétude. Lorsqu’il publia
Abduction, son premier livre sur le sujet, il fut sanctionné par l'université, ce qui
ne devrait pas arriver pour un professeur confirmé.
13
Robert Jahn, le doyen de l'école d'ingénierie de Princeton, entreprit des
recherches sur les phénomènes psi et il fonda le laboratoire Princeton
Engineering Anomalies Research (PEAR). Pour ça, nombre de ses collègues le
considérèrent comme un paria. En dépit du fait que Jahn était un physicien de
renom avec un CV inégalé par la plupart des scientifiques, son association avec
l'étude de tels phénomènes fut suffisante pour générer de sévères critiques même si ses recherches étaient impeccables.
Mon expérience a été similaire, bien que les critiques dont j'ai fait l'objet n'aient
pas été aussi sévères. Pour m'être exprimé sur des sujets peu orthodoxes, j'ai été
attaqué dans des publications scientifiques traditionnelles. En avril 1994,
Scientific American estimait que, comme je soutenais des recherches dans des
domaines à propos desquels "la majorité des scientifiques sont très sceptiques,
son discernement devait être remis en cause". Cette année-là, le Bulletin of
Atomic Scientists déclara que je "pourrais faire un personnage haut en couleur
dans un roman de science-fiction", mais que je "ne devrais peut-être pas
dépenser l'argent du contribuable sans la supervision d'un adulte." Dans les deux
cas, le sujet qui les préoccupait était mon engagement en faveur du
développement d'armes non létales. Néanmoins, ils utilisèrent mon intérêt
marqué pour l'étude des phénomènes inexpliqués pour leurs attaques
personnelles.
Pour une longue analyse de ces questions, je recommande l'ouvrage de Peter
Sturrock, A Tale of Two Sciences.1 Dans cet ouvrage, Peter, qui est un
astrophysicien éminent de l'université de Stanford, explique en détail la
différence de réception dont a fait l'objet son travail, lorsqu'il faisait état de
recherches sur l'énergie des micro-ondes et lorsqu'il publiaThe UFO Enigma, une
étude sérieuse sur le phénomène des ovnis.2 Même si sa rigueur scientifique était
la même dans les deux domaines, l'un était acceptable, l'autre pas.
1
2
Peter A. Sturrock, A Tale of Two Sciences: Memoirs of a Dissident Scientist, Exoscience, 2009
Peter A. Sturrock, The UFO Enigma: A New Review of the Physical Evidence, Aspect, 2000
Evidence, Aspect, 2000
14
Il est injuste de supposer que je suis antiscience, parce que je dis que de
nombreux scientifiques n'ont pas l'esprit large. Tout d'abord, nous devons
reconnaître que la science traditionnelle a fait beaucoup de bien. La vie
quotidienne de la plupart des humains a grandement bénéficié de ses efforts. Un
excellent exemple serait de comparer l'espérance de vie, il y a un siècle, à ce
qu'elle est aujourd'hui. Au cours de ce siècle, on a appris à voler, développé
l'industrie aéronautique, envoyé des hommes sur la Lune et on les a ramenés sur
la Terre. Les technologies énergétiques ont fait des bonds en avant de plusieurs
ordres de grandeur. L'électricité est omniprésente. Pensez à l'amélioration de la
technologie des batteries au cours de votre vie. L'utilisation terrestre des cellules
solaires n'existait pas, il y a trente ans, et aujourd'hui, elles apportent de l'énergie
à des régions du monde qui vivaient dans l'obscurité. La technologie s'est
améliorée, les prix ont baissé, et aujourd'hui, ces modes d'énergie alternatifs
transforment les sociétés. Il y a un demi-siècle, les technologies de l'information
n'existaient même pas, à tout le moins pour le grand public. Aujourd'hui, elles
dominent la vie quotidienne de nombreuses personnes. Elles ont révolutionné la
communication et elles ont rapproché les gens comme jamais auparavant. Depuis
nos vêtements jusqu'à la plupart des objets que nous utilisons sans y penser, les
sciences matérielles ont transformé notre mode de vie.
Aujourd'hui, la science moderne a ouvert des perspectives que l'on n'aurait pas
pu imaginer il y a quelques décennies et, avec elles, ont surgi des dilemmes
moraux. Le génie génétique a donné naissance à des possibilités qui étaient
impensables, depuis la sélection du genre et de traits physiques à l'élimination de
certains gènes qui laissent présager une propension à développer certaines
maladies héréditaires. Les avancées portent également sur la modification des
cultures pour les rendre imperméables aux maladies et résistantes aux parasites,
ainsi que sur le clonage, avec même la possibilité de créer la vie humaine.
L'ingénierie à l'échelle nanométrique est apparue, permettant la fabrication de
machines qu’on peut construire atome par atome. La télécommande est devenue
très sophistiquée, avec des engins qui volent, nagent ou rampent. Des systèmes
de capteurs surveillent à présent des domaines qui étaient auparavant hors de
portée. Ces capteurs peuvent enregistrer dans toutes les zones du spectre
électromagnétique, pénétrer des murs solides ou le sol, et même accueillir un
15
"labo sur une puce" capable de détecter toute une série d'agents chimiques ou
biologiques.
Tous les progrès scientifiques ne profitent pas à l'humanité. En général, la
technologie est neutre ; c'est son utilisation par l'homme qui en détermine les
aspects positifs ou négatifs. Considérons l'exemple du génie nucléaire, qui a
produit des quantités massives d'énergie, mais avec un pouvoir destructeur sans
équivoque, et qui a conduit le monde au bord de la catastrophe à plusieurs
reprises. Pensez aussi aux conséquences malencontreuses, lorsque ces systèmes
énergétiques sont devenus incontrôlables, et au casse-tête que représente le
traitement des déchets qu'ils génèrent. De même, la biotechnologie peut être
utilisée pour guérir ou tuer. Le recours à grande échelle aux manipulations
génétiques a suscité de vives inquiétudes en touchant notre approvisionnement
alimentaire. La technologie de l'information diffuse indistinctement les
connaissances et les contrevérités.
Naïvement, on pensait autrefois que la science était pure, et que nous suivrions
les données où qu'elles mènent le chercheur, quelles qu'en soient les
conséquences. Si cela a jamais été vrai, les scientifiques se sont bien éloignés du
chemin de la lumière. Trop souvent aujourd'hui, les résultats scientifiques sont
déterminés par des facteurs comme cui bono (qui en profite) et le politiquement
correct actuel.
Pendant plusieurs décennies, j'ai eu le privilège de travailler avec certains des
plus brillants esprits scientifiques, tout en explorant des phénomènes, comme les
expériences de mort imminente, la psychokinésie, la vision à distance, les
communications inter-espèces, les objets volants non identifiés et bien d'autres
sujets étranges. Ma femme, Victoria, et moi nous avons voyagé sur les huit
continents, rencontré des chamanes et observé des choses qui auraient été
considérées comme physiquement impossibles. Ce que je retiens de toutes mes
observations, c'est que tous ces domaines sont interconnectés et que la
Conscience en est l'élément essentiel.
16
Les lecteurs constateront aussi que, dans de nombreux cas, des personnes
présentées dans des chapitres antérieurs réapparaissent dans d'autres
contextes. Une constante de ma vie est qu'en raison de la similitude de nos
intérêts généraux, le destin a souvent fait en sorte que nous soyons réunis.
Ce livre a été subdivisé en quatre parties. Cette répartition est certes quelque peu
arbitraire, mais elle vise à ce que le lecteur puisse passer d'un domaine à un
autre, et pas forcément dans l'ordre. La première partie comporte de nombreuses
anecdotes personnelles sur des événements inhabituels. La deuxième partie
traite de sujets sur lesquels j'ai travaillé, quand j'étais à l'armée. La troisième
partie concerne des expériences qui ont spécifiquement une dimension
spirituelle. Enfin, dans la quatrième partie, j'essaie d’établir un lien et de parler
des pièges potentiels auxquels les enquêteurs sont confrontés. Elle regroupe
aussi les défis que nombre de ces événements posent à la science
conventionnelle.
Ce livre s'aventurera régulièrement dans le domaine spirituel. Il ne s'agit pas
seulement de savoir si les esprits et les mondes spirituels peuvent exister ou non,
mais d'aborder des considérations téléologiques qui explorent la notion
d'interconnexion totale ou de Conscience non locale et les implications pour ceux
qui croient que nous ne vivons que dans un monde matériel. Pour citer mon ami,
le regretté Bob Monroe, "Nous sommes des êtres spirituels vivant une expérience
humaine".
17
1ÈRE PARTIE :
EXPÉRIENCES PERSONNELLES
18
CHAPITRE 1 : L’EXPÉRIENCE DU NIDS
Le téléphone sonna de façon inattendue un dimanche matin. Un groupe de
scientifiques se trouvait dans la cuisine de notre maison à Santa Fe. Pendant la
majeure partie du week-end, nous avions discuté de la recherche sur l'énergie du
point zéro et de la meilleure manière de procéder. Il était alors temps de ramener
ces personnes à Albuquerque afin qu'elles puissent attraper leurs vols. Je n'aurais
jamais pu savoir que cet appel apparemment anodin allait conduire à certaines de
mes rencontres les plus étonnantes avec des phénomènes inexplicables. Les
événements qui suivraient seraient réels, mais bien au-delà de la compréhension
scientifique actuelle.
Mon interlocuteur déclara s'appeler Bob Bigelow. Il avait entendu parler de moi et
il demandait s'il y avait des projets qui nécessitaient un financement. Coïncidence
? Peut-être, mais comment se fait-il qu'un parfait inconnu appelle pour s'enquérir
de projets à financer au moment même où certains parmi les plus éminents
scientifiques du monde venaient de terminer une discussion sur le sujet ? En fait,
j'avais déjà rencontré Bob une fois auparavant. Il avait assisté à la conférence du
MIT sur les abductions, qui était organisée par John Mack de Harvard et Dave
Pritchard, un extraordinaire physicien optique du MIT. J'avais fait un exposé juste
après John Mack. Il était difficile de suivre ce dernier. Le sujet de mon exposé
portait sur la relation possible entre les enlèvements par OVNI et les expériences
de mort imminente (EMI).
Comme j’avais récemment pris ma retraite du Los Alamos National Laboratory, je
cherchais de nouvelles perspectives et je proposai à Bob de nous rencontrer. Peu
de temps après, il prit l'avion pour Santa Fe et, à la suite de cette rencontre, il
finança le projet de l'un de mes amis, Pharis Williams. "Willie", comme on
l'appelait, travaillait depuis longtemps sur sa Théorie Dynamique et il cherchait à
la finaliser.3 Bob manifesta également son intérêt pour la fondation d'une
organisation qui étudierait les OVNIs et la continuation de la conscience au-delà
de la mort. Je lui parlai du Santa Fe Institute et de son approche innovante de la
3
Le livre de Williams fut publié en 2011 sous le titre, The Dynamic Theory : A New View of Space-Time-Matter.
Il décédera d'un mésothéliome en 2014.
19
recherche. Ils se concentraient sur la théorie du chaos et ils attiraient certains
des plus brillants esprits du monde.
Curieux, Bob se dit prêt à acheter l'Institut. Bien que leurs recherches soient
admirables et que les processus de fertilisation croisée des idées soient
stimulants, leur chef de file et cofondateur était Murray Gell-Mann, physicien
théoricien et lauréat du prix Nobel en 1969 pour ses travaux sur les particules
élémentaires. Son livre, Le quark et le jaguar : voyage au cœur du simple et du
complexe avait été publié récemment et il avait attiré l'attention du public.4 GellMann, cependant, était notoirement indépendant et professeur émérite au
California Institute of Technology. En raison du penchant de Bob pour un contrôle
strict, cela ne pouvait pas être une bonne solution.
Un mois plus tard, j'acceptais de m'associer à la création d'une nouvelle
organisation : le NIDS (National Institute for Discovery Science). Elle était
localisée dans la ville natale de Bob, Las Vegas, à proximité de ses autres
bureaux. Le NIDS n'était pas sa première initiative de soutien à la recherche psi.
Pendant un certain temps, Angela Thompson avait travaillé à la Fondation
Bigelow, et Dean Radin avait été financé à l'Université du Nevada, à Las Vegas,
pendant plusieurs années.5 Mais le NIDS était la première organisation autonome
à plein temps, qui se focaliserait principalement sur ses deux pôles spécifiques.
Après deux retraites officielles, je m'engageai à temps partiel, et bientôt, un
biochimiste expérimenté, Colm Kelleher, fut désigné comme administrateur
adjoint pour gérer les opérations au jour le jour. L’une de mes premières tâches
fut de contribuer à la création d'un conseil consultatif scientifique (CCS) de
classe mondiale. Bob connaissait quelques-uns des choix évidents, comme
Jacques Vallée, Hal Puthoff et l'astronaute qui a marché sur la lune, Edgar
Mitchell. Mais parce que je venais du Los Alamos National Laboratory (LANL),
j'avais d'autres contacts dans la communauté scientifique, des personnes qui
4
Murray Gell-Mann, The Quark and the Jaguar: Adventures in the Simple and the Complex, St. Martin’s Press,
1994
5
Il faut savoir que Robert Bigelow est l'un des principaux bailleurs de fonds de l'Université du Nevada. à Las
Vegas. Dans le domaine scientifique conventionnel, il a fait don du Robert L. Bigelow Physics Building et du Rod
Lee Bigelow Health Science Building.
20
n'étaient pas connues pour leur intérêt pour ces phénomènes. Il en résulta un
groupe vraiment exceptionnel, qui pouvait soutenir toutes les comparaisons.
Parmi eux figuraient Gian-Carlo Rota, du MIT, considéré comme le père des
mathématiques combinatoires, et O'Dean Judd, un physicien qui avait été
directeur technique de l'Initiative de défense stratégique (IDS, alias la Guerre des
étoiles), avant de devenir responsable national de la recherche et du
développement au sein du Conseil national du renseignement. Johndale Solem,
un brillant physicien théoricien du LANL, titulaire de la chaire Enrico Fermi, qui a
publié des centaines d'articles évalués par des pairs dans une cinquantaine de
domaines différents, faisait également partie du conseil. C'est Johndale qui a été
le premier à proposer l'utilisation d'armes nucléaires pour la défense planétaire
contre l'impact d'astéroïdes. Pour cela, il a été violemment attaqué dans le New
York Times sous prétexte qu’il voulait simplement défendre le budget des armes
nucléaires.6 Parmi les premiers membres du conseil consultatif scientifique du
NIDS figurait encore un autre astronaute ayant marché sur la lune, même s’il était
plus sceptique, le sénateur Harrison "Jack" Schmitt.
Plus tard, nous fûmes rejoints par Al Harrison, professeur de psychologie à
l'université de Californie, à Davis, qui étudiait l'impact que le contact avec des
extraterrestres pourrait avoir sur la société. Il y avait encore d’autres
scientifiques, dont la plupart s’étaient ouvertement impliqués dans l'étude
scientifique de phénomènes anormaux. Si de nombreux domaines scientifiques
étaient représentés, le point commun était l'ouverture d'esprit et la volonté
d'examiner des données qui ne correspondaient pas à des paramètres préconçus.
Le premier président du Conseil Consultatif Scientifique du NIDS fut Christopher
(Kit) Green, MD, Ph.D., ancien chercheur chevronné de la CIA, puis cadre
supérieur chez General Motors. Par la suite, Kit dirigera la recherche en IRMf au
Wayne State Medical Center, mais il était déjà connu pour son intérêt pour les
phénomènes psi. Avec son expérience multidisciplinaire et son esprit critique, Kit
était le choix idéal pour diriger ce groupe.
6
Le concept de Johndale Solem est devenu plus tard une idée courante, quand de nombreux objets non
détectés auparavant frôlèrent la Terre.
21
Pendant les six années où je collaborai avec le NIDS, j'eus l’opportunité de
participer à certaines des études les plus fascinantes qui soient. Bien sûr, il y en
a une qui se démarque de toutes les autres, avec les péripéties survenues dans
ce que l'on a appelé le Skinwalker Ranch. Bob et moi nous rendîmes à Vernal,
dans l'Utah, le jour où il conclut l'accord avec Terry Sherman pour l'achat du
ranch.7 Ce fut la première nuit que je passai seul sur la mesa surplombant les
pâturages en contrebas. Mais à part une attaque de moustiques voraces, il n'y
eut rien de remarquable à signaler. Par la suite, ce ne fut plus le cas - plusieurs
incidents se produisirent, qui mettraient au défi les modèles de la science
moderne. (Pour des informations plus complètes sur cette enquête, je
recommande vivement le livre Hunt for the Skinwalker, de Colm Kelleher et
George Knapp.8)
Le nom du Skinwalker Ranch a été imaginé par des personnes qui n'étaient pas
associées au projet. ‘’Skinwalker’’ vient de la tradition Navajo et fait référence à
une entité qui peut changer de forme, d'un homme en n'importe quel animal,
comme un loup, un coyote, un renard ou même un oiseau. Ils sont associés aux
sorcières et au mal, par opposition aux hommes-médecine qui prodiguent des
bénédictions et accomplissent des guérisons. Le terme skinwalker était
approprié, puisqu’il y avait des rapports crédibles de créatures étranges vues au
ranch. On nous signala que les Indiens locaux étaient bien au courant des
événements inhabituels qui se produisaient dans la région, bien avant que le
ranch ne devienne une exploitation agricole. Par tradition, il s’agissait d’une zone
à éviter, surtout la nuit.
Sur la base de ces récits, il semblait que l'acquisition du ranch avait du sens,
puisqu’il offrait une opportunité presque unique de servir de laboratoire où des
phénomènes se produisaient fréquemment. Cela dépasserait nos attentes les
plus folles, mais il faut souligner que ces événements spectaculaires s'étalèrent
7
Dans des écrits précédents, moi et d'autres, nous avions utiilsé le nom Gorman comme pseudonyme pour les
Sherman. Depuis lors, il a été publiquement identifié. Nous croyons toujours que les informations qu'il nous a
fournies étaient véridiques et aussi précises que l'on pouvait s'y attendre, compte tenu des circonstances
difficiles qui régnaient.
8
Colm Kelleher and George Knapp, Hunt for the Skinwalker: Science Confronts the Unexplained at a Remote
Ranch in Utah, Paraview Pocket Books, 2005
22
sur une période de plusieurs années. Ce n'était pas comme si quelque chose
d'inhabituel se produisait chaque nuit.
Le Conseil consultatif scientifique entendit les histoires remarquables et souvent
fantastiques que Terry Sherman raconta. Pour le coup, nous trouvâmes qu'il était
très crédible et que c’était un citoyen solide et très perplexe face aux événements
qui lui étaient arrivés, à lui et à sa famille. L'histoire du ranch semblait confirmer
ses dires. Lorsque Terry et sa famille emménagèrent, ils trouvèrent de lourds
anneaux métalliques encastrés dans les murs près des portes avant et arrière de
la petite maison. L'ancien propriétaire déclara qu'il gardait des chiens vicieux
enchaînés près des portes pour empêcher quiconque ou quoi que ce soit
d'approcher de la maison. Nous apprîmes plus tard qu'il avait aussi connu un
certain nombre d'incidents qui l'avaient poussé à utiliser cette mesure de sécurité
primitive, mais efficace.
L'une des histoires inexplicables qui donne du crédit aux phénomènes du
Skinwalker Ranch se produisit peu de temps après que la famille ait emménagé.
Alors qu'il faisait une pause dans son travail tout près de la maison, Terry
remarqua un chien qui s'approchait depuis l'ouest. L'animal marchait droit sur lui
et Terry réalisa qu'il s'agissait d'un loup et non d'un chien, comme il l'avait
d'abord pensé. Le loup était très grand, sa tête arrivant au milieu du torse de
Terry. Il trouva étrange qu'un loup ait été domestiqué et qu'il se montre amical
avec les humains. Après avoir caressé l'animal, Terry retourna travailler.
Au bout de quelques minutes, il entendit de l'agitation dans l'enclos du bétail, qui
se trouvait à proximité. Là, il constata que le loup était passé sous la barre
inférieure, qu'il avait attrapé un veau de 300 kg par le museau et qu'il essayait de
le tirer à l'extérieur. Ramassant un lourd poteau de bois, Terry frappa le loup dans
les côtes aussi fort qu'il le put. Cela n'eut aucun effet. Dans son camion, Terry
récupéra rapidement son 44 Magnum, et à bout portant, il tira six balles dans la
poitrine du loup, ce qui aurait dû contenir la bête. Une telle action aurait tué
n'importe quel animal, mais perturba à peine celui-ci.
23
Sur le coup, le loup lâcha le veau et commença à s'éloigner, mais sans se presser.
Saisissant un fusil chargé qu'il utilisait pour la chasse à l'élan, Terry tira sur
l'animal qui s'éloignait et vit des morceaux de chair être arrachés du corps de
l'animal. Finalement, le loup disparut hors de vue. Terry se rapprocha alors de
l'endroit où il avait vu des bouts de chair tomber sur le sol. Des lambeaux de
l'animal gisaient là. La chose la plus surprenante, releva Terry, c'est que même
s’'ils venaient d'être arrachés du corps en mouvement, ce qu'il ramassa sentait la
putréfaction. Or, dans la plupart des cas, la putréfaction ne se produit que
plusieurs jours après la mort. La créature sur laquelle Terry avait tiré ne se
comportait pas comme un animal connu. Il est impossible de dire s’ll s’agissait
d’un skinwalker ou non. On peut cependant affirmer que six balles de 44 mm
tirées à bout portant auraient dû abattre l’intrus, même si les projectiles avaient
manqué des organes vitaux. Mais ce ne fut pas le cas.
C'est un autre événement qui incita Terry à vendre le ranch à Bob. A plusieurs
reprises, Terry et le reste de la famille rapportèrent avoir vu des boules de
lumière, parfois appelées orbes, danser à quelques mètres au-dessus du sol.
Comme la plupart des éleveurs, les Sherman gardaient des chiens, qui étaient à
la fois leurs animaux de compagnie et de labeur. Une nuit, Terry vit ses chiens
bondir et s'en prendre aux orbes. Il semble qu'il y ait eu des interactions ou des
provocations entre les chiens et les orbes qui se déplacèrent vers l'est de sa
propriété.
Contrairement à toutes les nuits passées, les chiens ne rentrèrent pas à la
maison. Le lendemain, Terry partit à leur recherche. Au-delà de la clôture, il
découvrit ce qu'il crut être les restes des chiens. Sur le sol, il retrouva trois taches
gluantes. C'était tout ce qui restait de ses compagnons. Cela lui fit peur, car il
craignait que ses fils adolescents ne tentent également de s'en prendre aux
orbes. Ils décidèrent de quitter le ranch avant qu'un mal quelconque ne soit fait à
la famille.
D'un point de vue scientifique, l'un des événements les plus intéressants qui se
produisit fut la mutilation d'un veau. Cet incident était important, car il apporta de
nombreuses preuves physiques inexplicables. C'était la saison des vêlages au
24
ranch. Par un beau matin ensoleillé, Terry sortit pour examiner le troupeau et il
aperçut un nouveau-né à côté de sa mère. Comme le veut l'usage, le veau reçut
une étiquette pour l'identifier, en même temps que sa mère. Il pesa également le
veau et il nota son poids. En traversant le champ plat et dégagé, il repéra un
second nouveau-né qu'il marqua et pesa également. L'opération prit environ 45
minutes.
Retournant à l'endroit où il avait trouvé le premier veau, à une distance d'environ
300 mètres, il fut choqué de voir la mère affolée. Là, par terre, se trouvait le
cadavre du veau qu'il avait marqué et pesé, à peine quelques minutes plus tôt. Le
veau présentait des signes de mutilations importantes. L'oreille marquée avait été
coupée avec une précision chirurgicale et manquait. Le veau avait été éviscéré et
vidé de son sang. Les os étaient intacts, à l’exception d’un fémur qui avait été
enlevé et qui se trouvait non loin du reste du corps. Ce qui restait du veau pesait
maintenant 10 kg de moins.
Le corps fut immédiatement recouvert et le vétérinaire attitré du NIDS, George
Onet, se rendit sur place quelques heures plus tard. Il effectua des tests
approfondis. La coupure au niveau de l'oreille manquante indiquait un instrument
très aiguisé. Pareil pour les marques étranges trouvées sur le fémur. Les
membres du CCS furent consultés dans ce dossier, mais ils ne purent fournir
aucune explication rationnelle sur ce qui s'était passé. Le sang manquant était
problématique. S’était-il infiltré dans le sol ? Cette possibilité fut rejetée grâce à
un test au cours duquel du sang fut prélevé dans un abattoir local, puis répandu
intentionnellement sur le sol à un endroit proche. Même des semaines plus tard,
le lieu où le sang avait été intentionnellement répandu était clairement
identifiable.
Les prédateurs potentiels furent également pris en compte. Il y a quelques
couguars dans la région, au nord, mais ce n'est pas ainsi qu'ils tuent. Les ours,
les loups et d'autres grands animaux étaient complètement exclus, tout comme la
possibilité d'une intervention humaine. Le champ était bien dégagé et dans la
ligne de mire de Terry à tout moment. La probabilité que quelqu'un se risque à
25
une telle attaque incluant une opération chirurgicale importante, en plein jour,
était tellement nulle que nous devons l'exclure.
Aussi improbable que cela puisse paraître, la conclusion de l'enquête approuvée
par le CCS est que l'éviscération et l'exsanguination eurent lieu à un autre endroit
et que le corps fut ramené là où il fut trouvé. Ce qui défie toutes les théories
scientifiques connues et qui implique quelque chose disposant d'un moyen de
transport interdimensionnel et d'interaction avec notre monde physique. Cela
peut paraître bizarre, mais lorsque tous les faits sont pris en compte, cela devient
l'explication la plus plausible.
Notre équipe de spécialistes passa de nombreuses heures à faire des
observations. La plupart des nuits, rien de notable ne se produisit, mais en
plusieurs occasions, des événements totalement inexplicables se produisirent bel
et bien. Un autre exemple qui suggère une interaction interdimensionnelle
remonte à août 1997. Deux de nos chercheurs chevronnés étaient postés sur
l'escarpement qui longe le côté nord du ranch. Cette zone offre une vue sur la
majeure partie du ranch et elle se trouve près de l'endroit où je passai ma
première nuit. Vers 2 h 30 du matin, tandis qu'ils s'apprêtaient à se coucher, ils
aperçurent une faible lumière près du chemin de terre situé en contrebas.
Rapidement, son intensité augmenta, révélant un cercle de lumière jaune toujours
plus large. Il semblait stationner à environ un mètre au-dessus du sol. Lorsqu'il
atteignit un diamètre d'environ 1,5 mètre et qu’il ressembla à un tunnel, un objet
sombre apparut. En utilisant l'équipement de vision nocturne de troisième
génération que le NIDS s'était procuré, ils virent une créature d'apparence
humanoïde sortir du tunnel éclairé. Ils estimèrent que l'entité mesurait environ
1,80 m et pesait probablement autour de 200 kg. Elle sortit du tunnel de lumière
et débarqua sur la route, du moins le crurent-ils. Peu de temps après, la créature
se dirigea vers l'est en suivant la route dans l'obscurité. Le tunnel de lumière se
replia alors sur lui-même et disparut.
Considérant les dimensions de l'entité qu'ils avaient vue, les chercheurs
attendirent prudemment avant de descendre sur la route. Comme dans les
rapports de nombreuses observations du Bigfoot ou du Sasquatch, ils détectèrent
26
une odeur forte dans la zone, mais ne trouvèrent aucune autre trace de la
créature. Les recherches en plein jour se révélèrent encore plus déroutantes. Le
chemin de terre est poussiéreux et tout ce qui l'emprunte laisse des empreintes.
Forcément, tout animal de la taille de celui qu'ils indiquèrent aurait dû laisser des
empreintes derrière lui. Or, on n'en trouva aucune. Ce phénomène est aussi
typique d’un Skinwalker, bien que d'origine inconnue/extradimensionnelle.
Si ce rapport s'appuie sur des témoignages oculaires, d'autres incidents
fournirent des preuves physiques substantielles et furent tout autant
déconcertants. Durant plusieurs années, le ranch fut équipé d'instruments, et des
enregistrements vidéo du site furent réalisés 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Des
caméras furent installées dans certaines zones, qui prenaient une photo toutes
les secondes et un tiers, soit environ 45 images par minute. Les caméras étaient
placées environ 6 mètres au-dessus du sol sur de grands poteaux. Elles étaient
orientées vers l'ouest et elles permettaient d'observer la plus grande partie de la
propriété. Les caméras vidéo étaient positionnées de façon à ce que deux d'entre
elles surveillent deux autres caméras. Des câbles descendaient le long des
poteaux, sous terre et arrivaient dans un mobil-home qui contenait l'équipement
d'enregistrement. Les fils étaient solidement fixés aux poteaux avec une grande
quantité de ruban adhésif. Plus près du sol, ils étaient protégés par des tubes en
PVC fixés aux poteaux. À l'intérieur du mobil-home, les enregistrements étaient
toujours marqués de la date et de l'heure. Ce système fonctionna sans problème
pendant de nombreux mois sans interruption.
Un jour, on retrouva les fils arrachés de la caméra n°2 fixée au sommet d'un
poteau. D’importants dommages avaient été causés. Tout le ruban adhésif, soit à
peu près la moitié d'un rouleau, avait été arraché et avait disparu. Quiconque a
déjà travaillé avec du ruban adhésif sait à quel point il est difficile à enlever. En
outre, une longueur de fil d'un mètre de long avait aussi disparu. La gaine de
protection en PVC avait été arrachée du poteau et les fixations manquaient.
Il fut assez simple de déterminer l'heure exacte de l'incident. En examinant la
séquence vidéo de la caméra n°2, les images s'interrompaient abruptement.
L'étape suivante consista à examiner l'enregistrement vidéo de la caméra n°1,
27
qui permettait de voir la caméra n°2. Ce qu'il ne montrait pas était surprenant.
Quoiqu’ayant enregistré en continu, il ne révéla aucune des perturbations de la
caméra n°2. Plus étrange encore, au moment où la caméra n°2 cessa de
retransmettre des images, le bétail paissait paisiblement autour du poteau. C'est
très significatif, parce que si quelqu'un s'approchait du troupeau, le bétail avait
tendance à se disperser et s'éloigner. Des chiens et des prédateurs susciteraient
la même réaction. Nous écartâmes aussi la possibilité qu'une personne se soit
approchée par derrière le poteau, d'une manière telle que la caméra n°1 ne
l'aurait pas repérée. Premièrement, le bétail se serait dispersé. Deuxièmement, il
n'y avait aucune image d'une personne grimpant sur le poteau et causant tous les
autres dommages. Il aurait été impossible de causer autant de dégâts dans la
seconde et demie qui sépare les images. Après que les extrémités coupées des
fils furent envoyées pour analyse, il fut conclu que l'instrument utilisé était
probablement rouillé, mais il ne fut pas spécifiquement identifié.
Là encore, les preuves furent présentées au CCS. Compte tenu de l'ensemble des
circonstances, il n'y a aucune explication scientifique crédible qui puisse être
compatible avec les données. Il convient de noter qu'un membre de notre équipe
parut plus ‘’sensible’’ à ces événements. Un astrophysicien, Eric Davis, signala
qu'à certains moments il avait eu des contacts mentaux avec une source
inconnue. Au cours de l'un de ces incidents, il perçut quelque chose qui se
déplaçait dans les branches des arbres près de l'endroit où se trouvait l'ancien
ranch. La description correspond bien à l'extraterrestre invisible du film Predator.
Comme les lecteurs s'en souviennent peut-être, tout ce que l'on pouvait
distinguer, c'était une perturbation dans le champ visuel, mais aucun objet
distinct. Eric, qui a publié quelques articles remarquables sur la propulsion par
annihilation d'antiprotons, nous signala que l'entité lui avait dit : "Nous vous
observons." On ignore pourquoi il a expérimenté ces interactions, alors que
d’autres n’en ont pas eu. Cette question fait partie de l'énigme du Skinwalker
Ranch.
Il y eut plusieurs tentatives pour collecter des données sur ces phénomènes.
Toutes furent déjouées, comme si une intelligence quelconque avait la capacité
de déterminer ce qui se produirait. Avant cela, j'avais déjà attribué un nom à ces
28
phénomènes ; je les désigne sous le nom de ‘’phénomènes sensitifs précognitifs’’
(PSP).9 Les PSP ne se limitent pas au Skinwalker Ranch, mais ils s'y produisirent,
de toute évidence. La formulation est précise. ‘’Précognitif’’ signifie que la force
qui contrôle l'événement sait exactement, avant que celui-ci ne se produise,
comment les observateurs réagiront. S'il y aura des recherches de preuves
solides, elle peut prédire ce qui sera fait et faire intervenir des paramètres qui
défient la logique. ‘’Sensitif’’ signifie que ce qui contrôle l'interaction est
intelligent. Par ailleurs, cette intelligence détermine résolument la manière dont
l'événement est observé et la réponse qui sera donnée. ‘’Phénomène’’ signifie
que l'événement sera généralement inexplicable.
Le sujet du ‘’Trickster’’ est bien connu de la recherche paranormale. Ce qui
génère ces incidents le fait d'une manière qui ne reste pas cohérente dans le
temps. D'un point de vue scientifique, cela rend l'étude de tout aspect du
phénomène quasiment impossible. En vain tente-t-on d'isoler les caractéristiques
des phénomènes afin de les étudier efficacement. Mais ce qui arrive, c'est que
ces phénomènes évoluent constamment au fil du temps.
Parmi d'autres tentatives pour engranger des informations utiles sur les
phénomènes, on installa des biocapteurs, à savoir des chiens. De nombreuses
anecdotes furent rapportées concernant des interactions entre les chiens et les
phénomènes, qui toutes ne finirent pas de manière aussi horrible que ce qui
arriva aux animaux de compagnie de Terry. On sait pertinemment que les chiens
peuvent sentir des choses qui dépassent largement les facultés humaines. Afin
de pouvoir contrôler la situation, on construisit des enclos dans une zone où des
activités avaient été signalées. On érigea des tours au-dessus des enclos, dans
lesquels on disposa des jouets. À l'occasion, ces objets furent déplacés, mais,
comme toujours, rien ne put être filmé.
Le Skinwalker Ranch n'était pas le seul centre d'intérêt du NIDS. Une enquête
que je qualifierais d'intéressante est celle que Colm et moi, nous avions menée
auprès de la famille Lee, qui avait signalé de nombreux événements étranges
9
Voir UFOs : Myths, Conspiracies, and Realities, page 227. C'est là que cette dénomination fut proposée pour la
première fois.
29
dans leur maison de Black Forest, dans le Colorado. Là encore, il s'agissait d'un
mix d'événements inhabituels associés à des épisodes qui étaient hautement
improbables. Des émissions de télévision avaient fait connaître leur maison, et
cette notoriété engendra des conflits considérables dans le voisinage, si bien que
les forces de l'ordre étaient fréquemment appelées. D’ailleurs, cela se produisit
un soir où nous étions en visite. C'était malencontreux, car il était difficile de
déterminer si ces événements mettaient en cause le voisinage immédiat ou la
famille.
Les Lee possédaient des preuves vidéo et photographiques assez solides pour
étayer certaines de leurs affirmations. Les ombres brumeuses qui apparaissaient
à l'intérieur de leur maison n'avaient qu'un intérêt scientifique limité, mais elles
préoccupaient beaucoup la famille. Les enregistrements des caméras de
surveillance extérieures, qui étaient déclenchées par des détecteurs de
mouvement, étaient plus intéressants pour moi. Comme on se trouve dans une
zone forestière, il n'était pas rare que des animaux sauvages traversent la cour et
soient photographiés. Mais il y avait d'autres incidents capturés sur la vidéo qui
étaient plus difficiles à expliquer. Plus précisément, il y avait de nombreux cas où
l'on voyait clairement des orbes de lumière se déplacer. La question scientifique
qui nous intéresse ici n'est pas de savoir si les orbes étaient une sorte d'illusion
visuelle, mais de savoir en quoi l'événement avait une forme suffisamment
physique pour déclencher les caméras vidéo.
Ils signalèrent parfois des incidents violents inexpliqués à l’intérieur de la maison,
apparemment causés par des entités non humaines et invisibles. Je me rappelle
que Steve Lee présentait des éraflures sur son corps. Par ailleurs, des membres
d'équipes de télévision filmant sur place évoquèrent aussi des rencontres
physiques avec une force invisible, et notamment le renversement d'une caméra
montée sur un trépied. Les membres de la famille signalèrent également des
incidents malodorants en plusieurs occasions.
Au NIDS, je pris également part à plusieurs études sur les ovnis. Au moins deux
d'entre elles concernaient des cas et des personnalités de très haut vol.
L'enquête sur Phillip Corso constitua un temps fort, mais elle s'avéra être un défi
30
extrême. Dans mon livre, UFOs : Myths, Conspiracies and Realities, je lui ai
consacré tout un chapitre. Grâce à George Knapp, nous connaissions l'existence
de Phil bien avant la sortie de son livre, Au lendemain de Roswell.10 George Knapp
devait être le co-auteur, mais il n'avait pas pu participer à la signature du contrat.
Toujours est-il que George, Hal Puthoff et moi-même nous nous rendîmes à Ft.
Pierce, en Floride, où Corso vivait avec son fils. Ensuite, nous le conduisîmes à
Las Vegas, où nous l'interrogeâmes pendant plusieurs jours. Jacques Vallée nous
rejoignit, alors. Le plus impressionnant, c’était la cohérence absolue dans ses
entretiens.
Après ces discussions, je me rendis au Pentagone à Washington, puis à l'Army
War College, à Carlisle Barracks, en Pennsylvanie, où je passai une semaine à
vérifier ses antécédents. Les résultats furent mitigés. Dans les grandes lignes, il
était bien affecté, comme il nous l'avait dit. Il y avait cependant quelques
problèmes importants, qui n'ont jamais été expliqués. Phil nous déclara que le
général Trudeau avait créé un poste pour lui, qu’il avait appelé Foreign
Technology Division (FTD). C'est à partir de ce bureau qu'il prétend avoir
maintenu le contact avec le matériel de Roswell et en avoir fourni des morceaux à
l'industrie civile, quand on jugea qu'elle pouvait en tirer profit. Les bénéficiaires,
selon Phil, ne connaissaient pas l'origine du matériel et supposaient qu'il était
soviétique.
Nous établîmes que la FTD avait été constituée à l'époque où Trudeau, un
général trois étoiles, était le chef d'état-major adjoint de l'armée américaine pour
la recherche, le développement et l'acquisition. Corso était affecté à cette
organisation et il prétendait en être le directeur. Le problème était que l'annuaire
du Pentagone, comme l'organigramme de l'armée indiquaient tous les deux que le
Colonel T. H. Spengler en était le directeur. Quand j’interrogeai Phil sur cette
divergence, il me répondit qu'il ne connaissait pas Spengler, qui était colonel,
alors que Phil n'était que lieutenant-colonel. Nous savons par contre que Phil
entretenait une relation privilégiée avec le lieutenant-général Arthur Trudeau, qui
avait une réputation légendaire dans l'armée. Penseur futuriste et commandant
10
Philip J. Corso, The Day After Roswell, Simon and Schuster, 1997
31
sur le champ de bataille en Corée, Trudeau avait dirigé les combats à Pork Chop
Hill.
Citons, parmi les choses dont Phil nous parla à bon escient, le projet Horizon, un
plan élaboré sous Trudeau pour combattre à partir de la Lune. Comme je pus le
confirmer auprès d'Edgar Mitchell, c'était l'armée qui, avec l'aide de scientifiques
allemands, avait joué un rôle prépondérant pour nous envoyer sur la Lune.
Concernant les allégations technologiques de Phil, les choses dérapèrent assez
rapidement. D’après l'histoire qu'il nous raconta et qui est reprise dans son livre,
plusieurs technologies clés provenaient du matériel ET trouvé à Roswell. Il
s'agissait notamment des circuits intégrés, de la vision nocturne et de la fibre
optique. Le problème était que l'histoire de l'évolution de chacune de ces
technologies était bien connue. À aucun moment, il n'y avait eu d’avancée
importante indiquant une aide ou une intervention extérieure.
Le sujet de la vision nocturne m'intéressait particulièrement, puisque Lou
Cameron était un ami personnel et le directeur qui avait littéralement construit le
laboratoire de vision nocturne de l'armée américaine (NVL), comme on l'appelait
à l'époque. Lou avait l’esprit très ouvert, et il avait même participé à plusieurs
soirées où l'on tordait des cuillères. Il avait pris sa retraite, mais je pus le
contacter et confirmer ce que je soupçonnais. A savoir, il n'y avait pas de
cerveaux extraterrestres impliqués dans le développement de la technologie de la
vision nocturne. Plusieurs des allégations contenues dans le livre sont
spécifiquement réfutées dans l'histoire établie du NVL.
D'autres allégations de Corso étaient encore plus aberrantes, et mes
commentaires à ce sujet engendrèrent des conflits avec de nombreux partisans
de Corso. Paul Hellyer, l'ancien ministre canadien de la défense nationale, était
l'un d'entre eux, et nous croisâmes métaphoriquement le fer en la matière. En
tête de liste figure la notion spécieuse d’après laquelle la guerre froide était une
couverture pour nous préparer à combattre des ET. Les erreurs de Corso allaient
du minime à l'énorme, et j'envoyai à Phil une lettre de sept pages (incluse comme
addendum à mon livre sur les OVNIs) détaillant celles que j'avais trouvées. Même
32
si je considérais Phil comme un ami, je ne pus jamais rectifier l'incongruité de ses
déclarations, ni le raisonnement qui les justifiait.
Une autre affaire d'OVNI célèbre où le NIDS joua un rôle est celle de la forêt de
Rendlesham, ou l'affaire de la base aérienne de Bentwaters. Cette affaire reste
l'une des meilleures, et même aujourd'hui, de plus en plus d'informations sont
révélées sur cet incident. La plus grande erreur, à mon avis, c'est de considérer
ce cas comme un incident unique survenu deux fois. Certes, il y eut deux nuits
durant lesquelles des événements extrêmement spectaculaires se produisirent,
mais il ne s’agit que d’une partie de l'histoire.
Au fil des ans, j’eus la possibilité d'interroger plusieurs des protagonistes et
j'estime que la plupart d'entre eux sont tout à fait crédibles. Bien qu'il y eut plus
de 60 témoins avec différents degrés d'implication, l'affaire ne se limite pas à des
comptes-rendus personnels. Ce qui était frappant dès les premiers rapports,
c'était la quantité des preuves matérielles qui attestaient de la validité de
l'affaire. Bien que les sceptiques aient tenté de les démolir, leurs explications ne
cadraient jamais avec les données, et ils avaient tendance à écarter des éléments
cruciaux, tels que les niveaux de radiation enregistrés.
Du point de vue du NIDS, mon implication débuta lorsque nous fûmes contactés
par une femme qui avait vécu à la base à l'époque de ces premiers rapports.
C'était l'épouse de l'un des officiers d'état-major de la base. Sur un plan pratique,
ils disposaient d'une radio qui était branchée sur les fréquences de la police de
sécurité pour être au courant de tous les incidents importants survenus à la base.
D'après elle, ces incidents étranges perdurèrent longtemps après ceux que l‘on a
rendus publics. Alors que l'intérêt officiel avait disparu, des membres de la famille
reprirent apparemment le flambeau pour suivre l'évolution de la situation, si
quelque chose d'inhabituel était rapporté. Elle me remit un film qu'elle avait
réalisé plusieurs semaines après les rencontres de la fin décembre 1980. Elle
signala qu'il y avait eu plusieurs autres observations, mais rien d'aussi
spectaculaire que ce que le colonel Chuck Halt et Jim Penniston avaient déclaré.
Malheureusement, il n'y avait aucun point de référence dans les images vidéo qui
aurait pu permettre une analyse plus poussée. Néanmoins, ceci soulève ce que je
33
pense être une question importante, d'un point de vue scientifique. C’est-à-dire
qu’à l'instar des événements survenus au Skinwalker Ranch, ce qui s'est passé
dans la forêt de Rendlesham a duré longtemps et a tendance à présenter des
caractéristiques très diverses.
Un autre cas dont je m'occupai au NIDS démontra le potentiel d’une analyse
photographique de haute qualité. En 2000, Peter Gersten me contacta au sujet
d'une photo postée sur le site web du CAUS (Citizens Against UFO Secrecy).
Celle-ci montrait un homme en uniforme assis sur un cheval, et derrière lui, a une
certaine distance, il semblait y avoir un OVNI.
Je retrouvai rapidement Jack LeMonde à Santa Monica. Deux fois blessé en
combattant avec les Marines américains dans le Pacifique Sud, en 1945, il
récupérait chez lui à Burbank, en Californie. Cette photo de lui avait été prise un
matin du mois de juin de cette année-là, tout près d'un manège. À cette époque,
Burbank était une zone relativement rurale, et les activités équestres y étaient
assez courantes. La topographie des lieux n'est plus du tout la même aujourd'hui.
La famille LeMonde s'intéressait beaucoup à la photographie et elle avait investi
dans du très bon matériel. L'appareil photo était un Voightlander allemand,
équipé d'un objectif Carl Zeiss f3.5 (peut-être f4.5), d'une longueur focale
d'environ 10 centimètres. C'est l'excellente qualité de l'optique qui permit de
prendre cette photo remarquable.
Après le développement du film, on remarqua un objet inhabituel au-dessus de
l'encolure du cheval. On pensa qu'il s'agissait soit d'un avion lointain, soit d'un
grain de poussière qui s'était déposé sur le négatif. Pour rappel, en 1945,
l'expression "soucoupe volante" n'existait pas encore, et la photo fut ensuite
rangée avec les autres photos de famille.11 Cinquante ans plus tard, la famille
décida de faire des copies de ses vieilles photos pour la postérité.
Le NIDS fit appel à une personne qui avait été analyste photo pour l'armée de l'air
et qui exerça ensuite dans le secteur privé. Elle numérisa et analysa le cliché que
11
La popularité des OVNI ou des soucoupes volantes ne remonte pas avant l'observation faite par Ken Arnold,
en juin 1947.
34
je lui avais remis. L’original était un tirage contact de 2¼ pouces sur 3¼ pouces.
Tous les aspects des angles et de l'intensité de l'éclairage semblaient concorder.
Au microscope, il n'y avait aucune indication d'une quelconque structure de
soutien. La netteté de l'objet suggérait qu'il ne s'agissait pas d'un objet lancé en
l'air. À la vitesse d'obturation indiquée, un objet lancé serait légèrement flou. Une
structure assez importante est visible sur l'objet. Tout porte à croire que la
photographie fut initialement développée à la date indiquée (1945).
Bien que nous pensions que la photo était authentique, plusieurs personnes
suggérèrent au NIDS que l'objet de la photo de LeMonde était en réalité un genre
de luminaire. Cette réponse apparemment simple fut rejetée pour diverses
raisons, chaque réponse précisant que le luminaire était suspendu à un fil.
Comme je l'ai signalé dans l'article que j'ai rédigé pour le NIDS, l'examen
microscopique de la photo au niveau du grain ne révélait aucun mécanisme de
suspension ou de support. En outre, derrière l'encolure du cheval, près de la selle,
on peut distinguer la courbure d'une enseigne au-dessus d'un cinéma de type
"drive-in", ce qui fournit un point de référence pour la hauteur. L'objet en
question se trouve bien à l'arrière-plan. La distance suggère que l'objet est
beaucoup plus grand qu'un luminaire et beaucoup plus haut. S'il était petit et au
premier plan, la structure de soutien serait visible, ce qui n'est pas le cas.
En vérifiant l'éclairage des rues de Burbank en 1945, on put établir que les
luminaires décrits par ceux qui avaient "instantanément reconnu" l'objet sur la
photo n'étaient pas en usage dans cette localité. Les lampes existantes étaient
plutôt placées sur des poteaux en béton granité. Aucun poteau de ce type n'est
visible. De plus, la lampe elle-même était d'une variété totalement différente.
En fait, lorsque LeMonde me remit la photo initialement, il déclara qu'il estimait
que la hauteur de l'objet se situait entre 250 et 300 mètres au-dessus du sol.
Cette estimation était basée sur l'angle de la prise de vue, car il pensait au début
que l'objet se trouvait à plus de trois kilomètres de distance. Je n'étais pas aussi
persuadé que l'objet se trouvait à une telle distance ou qu'il se trouvait à plus de
200 mètres de hauteur. Toutefois, la hauteur de l'objet était bien supérieure à la
hauteur normale des luminaires de rue. LeMonde estima ultérieurement que
35
l’objet se situait à une distance d’environ 1,5 km. Il s'agit d'un objet solide, et pas
d'un luminaire de rue.
C’est un autre exemple de cas avec une preuve tangible qui a été ignoré par la
science traditionnelle. Bien qu'il s'agisse d'une petite pièce d'un puzzle beaucoup
plus grand, elle souligne la nécessité d'un meilleur système de collecte et
d'analyse. La photo de LeMonde est également révélatrice de notre absence de
reconnaissance des phénomènes jusqu'à ce qu'un événement déclencheur capte
l'imagination du public et que nous reconnaissions ce qui a toujours été présent.
Pendant quelques années, le NIDS a fourni une plate-forme pour ce type de
recherche, mais il reste beaucoup à faire.
36
CHAPITRE 2 : ‘’JE CROIS QU’ILS SONT ICI’’
Alors que le soir tombait, le 11 octobre 2015, Chris Bledsoe et moi-même, nous
nous trouvions dans un champ de la Caroline du Nord, à l'extérieur de ma voiture
de location Hertz, et nous discutions des événements qui lui étaient
prétendument arrivés plusieurs années auparavant. Le premier événement s'était
produit en janvier 2007. L'histoire qu'il me raconta au sujet de son interaction
avec des extraterrestres, du temps écoulé et de la poursuite d'événements
anormaux dans sa vie me paraissait, au mieux, fantaisiste. Mais un aspect
particulièrement intéressant de cette rencontre était qu'il y avait de nombreux
témoins qui pouvaient corroborer l'événement. En fait, Chris m'avait raconté toute
l'histoire des mois plus tôt chez un ami en Pennsylvanie. Il s'agissait d'un
entretien que j'avais filmé et que j'avais récemment revu. Pour être honnête, il
s'agissait d'un de ces récits tortueux qu'il était difficile d'avaler. Il y avait trop de
détails fantastiques, et cependant, il y avait un accent de vérité. Il y avait aussi
des preuves physiques qu'il était difficile de nier. C'est pourquoi Victoria et moi,
nous acceptâmes de rendre visite à la famille, d'explorer le site et d'enquêter sur
les circonstances actuelles. Bien qu'ouvert aux possibilités d’une multitude de
phénomènes, je ne pouvais pas être moins préparé à ce qui allait se produire
quelques minutes plus tard.
La famille Bledsoe est installée dans cette région de la Caroline du Nord depuis
plusieurs centaines d'années. Juste au nord de leur maison se trouve Bledsoe
Road, qui tire son nom d'un ancêtre décédé depuis longtemps. Bien que je ne
connaisse pas leur histoire avant que ces événements étranges ne surviennent, la
famille de Chris est aujourd'hui très unie, ce qui s'explique en partie par les
méchantes attaques qu'ils ont subies de la part de membres de la communauté
ufologique.
Avant de détailler mon expérience, un bref historique des faits s'impose. Le
samedi 8 janvier 2007, Chris, son fils Chris Jr. et trois autres hommes décidèrent
d'aller pêcher au bord de la rivière Cape Fear, située à proximité. À l'approche du
crépuscule, les hommes allumèrent un grand feu pour se réchauffer un peu. Chris
s'absenta pour ce qu'il croyait être un temps relativement court et remonta le
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chemin sinueux et boueux jusqu'à l'endroit où il avait garé son pick-up. La région
est très boisée et la visibilité n'est que de quelques mètres au mieux aux abords
de la route. Le sol s'élève assez rapidement, dès que l'on s'éloigne de la rive. À
environ 400 mètres de leur site de pêche, l'espace s'ouvre sur des champs
agricoles avec une petite maison à proximité au nord-ouest. De l'autre côté des
champs, il y a d'autres arbres, puis une route asphaltée.
Chris raconte qu'en marchant, il se rendit compte qu'il était suivi par quelque
chose dans les bois. Connaissant bien la région et les créatures qui l'habitent
normalement, cela lui flanqua les boules. La créature s'arrêtait chaque fois qu'il
s'arrêtait, comme si elle était plus humaine qu'animale. Alors qu'il s'approchait de
l'espace ouvert, mais avant qu'il ne l'atteigne, Chris remarqua une lumière vive
qu'il prit d'abord pour le soleil déclinant, à l'ouest. Mais il repéra ensuite deux très
grands objets de couleur orange qui planaient légèrement au-dessus de la zone
labourée. Il estima qu'ils se trouvaient à moins d'un 1,5 km de distance, à ce
moment-là. Il décrivit ces ovnis comme des boules très brillantes, comme si elles
étaient faites d’un "feu liquide". La scène lui fit peur et il commença à reculer sur
le chemin pour aller rejoindre ses amis. Soudain, il y eut une lumière ou une
ouverture au-dessus de lui, et il comprit qu'il était impossible de s'échapper. Ce
qui se passa ensuite n'est pas clair dans ses souvenirs conscients, et des
régressions sous hypnose ont été pratiquées pour aider à reconstituer ces
souvenirs.
Ce dont Chris se souvient clairement, c'est qu'il faisait maintenant complètement
nuit et qu'il courait pour retrouver ses amis. À sa grande surprise, le grand feu de
camp qu'ils avaient allumé vers 17 heures n'était plus que braises fumantes et les
hommes étaient très inquiets. Son pick-up, qui était garé tout près du champ,
avait été déplacé et se trouvait maintenant près de la berge de la rivière. Plus
étonnant encore, il apprit plus tard que plus de quatre heures s'étaient écoulées,
alors qu'il pensait qu'il ne s'agissait que de quelques minutes. C'est du moins ce
qu’il lui avait semblé. Comme il n'était pas revenu plus tôt dans la soirée, ses
amis avaient entrepris des recherches dans une zone relativement circonscrite,
mais sans réussir à le localiser. La plupart d'entre eux n'avaient rien vu
d'extraordinaire, du moins jusque-là. Maintenant, en présence des deux Bledsoe,
38
le groupe put observer huit ou neuf lumières brillantes qui manœuvraient
aisément dans le ciel noir au-dessus d'eux. Ces objets inconnus furent décrits
comme étant plus brillants que n'importe quelle étoile ou planète normalement
visible. Peu de temps après, il semblerait que les lumières soient descendues
dans les bois qui se trouvent de l'autre côté de la rivière. Il n'en fallut pas plus
pour que tout le groupe quitte les lieux, le plus rapidement possible. En un éclair,
les glacières, les cannes à pêche et le reste du matériel de pêche furent balancés
dans le coffre du pick-up et ils partirent précipitamment.
Chris dit que lorsqu'il atteignit le sommet de la colline, le pick-up décolla sans
doute du sol dans leur effort pour se sauver, et à leur grande surprise, les deux
ovnis orange se trouvaient devant eux. Il estime qu'ils se trouvaient à 150 mètres
d'eux, et l'un d'eux n'était plus qu'à un mètre cinquante du sol et se dirigeait vers
eux, avec des lumières blanches clignotantes à l'intérieur de l'engin. Rapidement,
les ovnis glissèrent vers la rivière à basse altitude, puis s'éloignèrent vers le nord
en un éclair.
Si cette rencontre a pu sembler assez étrange, il s'avéra que les événements
inhabituels ne faisaient que commencer pour lui et pour toute sa famille. Les
phénomènes inexpliqués les ont poursuivis depuis cette nuit fatidique et
continuent encore aujourd'hui.
Mon implication reprend au même endroit, bien que des années plus tard. Chris
nous avait gracieusement accompagnés dans la zone. Nous nous parquâmes au
bout d'un chemin de terre, pas loin de la maison mentionnée précédemment.
Curieux, nous nous glissâmes sous une clôture métallique vétuste qui empêchait
les véhicules indésirables de s'aventurer plus près du terrain en contrebas.
Prudemment, et avec une lumière faiblissante, nous descendîmes le même
chemin détrempé par la pluie jusqu'à la rivière en tentant d'éviter l'eau qui s'était
accumulée dans les vieilles traces de pneus. Sur la berge, Chris nous indiqua
avec précision l'endroit où le groupe avait pêché et où le feu avait été allumé.
Comme à l’occasion de l'événement initial, la nuit tombait. Les photos que j'ai
prises de la zone manquaient de clarté à cause de la baisse de lumière. En nous
39
efforçant d'éviter les flaques d'eau stagnante, nous retournâmes lentement
jusqu'à la voiture. Ce faisant, j'examinai attentivement les bois environnants et je
constatai que, même en plein jour, la visibilité était très limitée. N'importe qui ou
n'importe quoi pouvait facilement se cacher à proximité et éviter d'être détecté.
Après être passés sous la clôture ou l'avoir enjambée, nous nous dirigeâmes vers
la voiture. Chris indiqua de nouveau l'endroit où il avait vu les ovnis orange planer
en cette nuit fatidique. Victoria et Emily Bledsoe, la fille adolescente de Chris qui
nous avait accompagnés, s'installèrent sur le siège arrière de la Honda et
continuèrent de discuter, et Chris et moi, nous nous appuyâmes contre l'aile
avant gauche et il commença à se remémorer les détails de l'événement initial,
qu'il décrivit comme un enlèvement. Je constatai que ce qu'il décrivit alors ne
différait pas de la description qu'il avait faite au cours de notre entretien,
quelques semaines plus tôt. La discussion me permit de comprendre au moins les
aspects géographiques de la première rencontre.
C'est alors que cela arriva.
Soudain, Chris dit : "Oh, je crois qu'ils sont là !" La zone était très obscure et le
ciel sans lune. Au cours de notre conversation, nous avions aperçu plusieurs
avions et nous avions pu suivre leurs déplacements. Dans les 10 à 15 secondes
qui suivirent l'annonce de Chris, une lumière brillante apparut brusquement et
presque directement au-dessus de nous. Elle fila immédiatement vers le sud, puis
disparut aussi vite qu'elle était arrivée. Bien que ce fut de courte durée, l'objet
était beaucoup plus luminescent que tout ce qui se trouvait dans le ciel à ce
moment-là, et il se déplaçait beaucoup plus vite que tout ce que nous avons pu
observer cette nuit-là. En tant que pilote professionnel confirmé, Chris connaît
bien les objets et la météorologie que l'on observe habituellement dans le ciel. Ce
que nous vîmes ce soir-là ne ressemblait à aucun objet ou événement normal.
En matière d'observation d'ovnis, la description de l'objet n’est guère digne
d'intérêt. Pour moi, il s'agissait simplement d'une lumière blanche et brillante qui
apparut instantanément avant de disparaître en un éclair. Cela ne dura qu'une ou
deux secondes, et pas assez longtemps pour changer de direction. Je poussai un
40
cri pour alerter Victoria, mais l'incident était déjà terminé bien avant qu'elle ne
puisse sortir de la voiture. Si ma description de l’ovni est insignifiante, les
événements préalables eux ne le sont pas. L'avertissement de Chris juste avant
son observation est particulièrement significatif. Rappelez-vous qu'il ne s'était
écoulé que quelques secondes entre son annonce et l'apparition de l'objet. Ce
lien temporel était pour moi déterminant.
Pour les sceptiques, je devrais préciser ce qui ne s'est pas passé. Comme
indiqué, nous avions vu de nombreux avions traverser la zone. Il ne s'agissait pas
d'un avion ordinaire. Le phénomène apparut instantanément au milieu du ciel, audessus de nous, sans passer de l'horizon à la verticale. A partir de là, je puis
exclure toute possibilité qu'il s'agissait d'une comète. Un sceptique émit
l'hypothèse que notre observation aurait pu être un flash Iridium. Ils sont
prévisibles et on peut les éliminer dans ce cas-ci. Mais il y a plus, beaucoup plus
dans cette histoire.
Après que Chris fut rentré chez lui après l'incident de pêche initial, un autre
événement se produisit, cette nuit-là. Des hurlements poussés par ses nombreux
chiens de chasse lui signalèrent qu'il se passait quelque chose dans sa grande
cour arrière. Il crut d'abord que quelqu'un essayait de s'introduire dans la remise
située près du chenil. Après vérification, il ne trouva rien d'anormal, mais les
aboiements continuaient. Cherchant à découvrir l'intrus, Chris se mit à courir. Il
se rendit vite compte qu'il n'était pas seul et que quelque chose le poursuivait. Il
courut à peu près 100 mètres jusqu'à l'extrémité ouest de sa propriété. Puis
essoufflé, il s'arrêta et se retourna pour reconnaître qu'il avait été rattrapé. En
fait, il dit qu'il pensait qu'il allait mourir. À environ un mètre cinquante derrière lui
se tenait une petite créature extraterrestre avec une grosse tête et des bras et
des jambes filiformes. ''OK, vous m'avez eu'', dit Chris. Par télépathie, l'être
répondit : "Vous ne comprenez pas, nous sommes là pour vous aider." Puis, alors
que Chris Jr. commençait à se diriger vers l'endroit où il se trouvait,
l'extraterrestre disparut sans plus attendre.
Le père et le fils rentrèrent alors à la maison pour réfléchir à ce qui s'était passé,
le fils encore traumatisé par l'échange précédent, et Chris se rendit dans son
41
bureau, déboussolé par les événements de la soirée. Peu de temps après, Chris
releva les stores de la pièce située au rez-de-chaussée, et là, à une trentaine de
mètres dans la cour, se tenait un autre extraterrestre. Celui-ci mesurait environ
1,80 m et n'établit aucun contact direct.
En janvier 2007, Chris Bledsoe souffrait de la maladie de Crohn depuis 12 ans.
Suivi par son médecin, il parvenait à contrôler les symptômes sévères de cette
maladie débilitante. Pour ceux qui ne la connaissent pas, la maladie de Crohn
affecte le système gastro-intestinal et touche environ 700 000 personnes aux
États-Unis. Les symptômes comportent des douleurs abdominales, de la fièvre et
le besoin urgent de déféquer fréquemment. Elle peut dès lors gêner les
interactions sociales de la personne concernée. Il est important de noter que les
patients signalent des périodes de rémission. Néanmoins, pour ces patients, les
symptômes réapparaissent presque toujours au bout de cinq ans.
Une telle information est nécessaire pour comprendre la portée de cette
situation. Pour contrôler les symptômes de sa maladie de Crohn, en janvier, Chris
devait prendre deux pilules par jour à des heures précises. C'était sa routine
depuis des années et c'était tout à fait nécessaire pour qu'il puisse fonctionner à
peu près normalement. Vers 10 heures, le lendemain matin du 9 janvier 2007,
Chris se rendit compte qu'il n'avait pas pris sa dose matinale de médicament.
C'était extrêmement inhabituel, car ne pas le faire entraînait normalement
l'apparition rapide des symptômes, en particulier des nausées. Souffrant d'une
forme sévère de la maladie de Crohn, Chris avait des nausées, jusqu'à 25 fois par
jour. Lorsqu'il ne ressentait les symptômes que huit ou neuf fois, il considérait
que c'était une bonne journée. Mais ce jour-là, aucun symptôme ne fut à
déplorer. Depuis ce jour et au moment où nous écrivons ces lignes, Chris n'a plus
jamais eu aucun besoin de prendre une nouvelle dose de ce médicament. Il
semble qu'au cours de ses rencontres, il ait été guéri de la maladie de Crohn.
Cela fait bien plus longtemps que la norme de cinq ans, et il n'a jamais connu de
récidive.
Comme indiqué précédemment, Chris fit appel à l'hypnose pour l'aider à se
souvenir de ce qui s'était passé pendant l’expérience de sa disparition. Au cours
42
d'une régression, il se souvint avoir été poursuivi par des créatures
extraterrestres, ce qui l'effraya beaucoup. Il avait vainement essayé de s'enfuir,
mais il avait été poursuivi et avait fini par être rattrapé. Toutefois, les
extraterrestres lui expliquèrent que leur but était bienveillant. De la conversation
qui eut lieu au cours de cette rencontre, il apprit qu'ils étaient là spécifiquement
pour l'aider. Chris attribue la guérison de la maladie de Crohn à leur intervention.
Pendant la période de l’absence de Chris, son fils vécut lui aussi une expérience
bouleversante. Comme les autres hommes, il était parti à la recherche de son
père. Contrairement à eux, il tomba sur des créatures très inhabituelles qui le
poursuivirent plus profondément dans les bois. Il indiqua notamment que ces
créatures étaient relativement petites, paraissaient mécaniques et qu'elles se
déplaçaient parfois à quatre pattes. Elles s'étaient approchées de lui à une
distance de quatre ou cinq mètres, mais apparemment elles ne l'avaient pas vu.
Selon le récit du fils, ces entités avaient des yeux rouges clignotants qui se
fermaient alternativement à gauche et à droite. Il signala également que les
créatures pouvaient devenir invisibles, si elles le souhaitaient. Spécifiquement, il
les vit devenir invisibles, quand elles entendirent le véhicule approcher. Tétanisé,
il avait évité d'être capturé et il était resté caché dans la forêt épaisse. Le
traumatisme avait été suffisant pour qu'il répugne à sortir de sa cachette. En fait,
ce n'est qu'après le retour de son père qu'ils le trouvèrent toujours paralysé par la
peur dans son refuge improvisé. Encore sous le choc et tremblant, il demanda
pourquoi son père l'avait abandonné. Contrairement à son père, Chris Jr. se
souvient consciemment des événements de cette soirée-là et de leur aspect
terrifiant.
Il serait impossible d'évoquer tous les autres événements paranormaux qui se
produisirent au cours des années écoulées. L'un des plus intrigants est l'arbre
embrasé du jardin. Cela rappelle Moïse et le buisson ardent sur le mont Sinaï,
sauf qu'aucune voix ne se fit entendre. Mais ce qui est plus inhabituel, c'est que
cet arbre brûlait de l'intérieur. Cet arbre a une ouverture creuse près de la base
qui s'étend sur plusieurs mètres le long du tronc. Lorsque des arbres sont frappés
par la foudre et prennent feu, ce qui entraîne parfois des incendies de forêt, ils
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brûlent généralement de l'extérieur vers l'intérieur. Mais il s'agissait ici d'une
combustion spontanée et la foudre n'était pas l'agent causal.
Pour avoir personnellement examiné l'arbre, même des années après l'incendie,
on peut facilement déterminer les aspects pyrogénétiques de l'incident. Ceux-ci
correspondent à la description de Chris, qui parle d'étincelles jaillissant du tronc
sans source extérieure. Les caractéristiques visuelles à elles seules sont à la fois
intéressantes et inhabituelles, mais il y a d'autres caractéristiques uniques
associées à l’arbre. Il semble en effet qu'il émane de lui des vertus curatives. Dès
qu’elles furent découvertes, les gens commencèrent à envoyer à la famille des
articles vestimentaires à placer à proximité immédiate de la zone creuse de cet
arbre.
Nous expérimentâmes nous aussi une activité inhabituelle dans les environs
immédiats de l'arbre. Victoria semble être ultra-sensible à ces formes d'énergie
inconnues, et certaines de ses expériences sont détaillées dans d'autres
chapitres. Il faisait nuit et c'était le début de la soirée, lorsque Chris et Victoria
s'approchèrent de l'arbre. Je marchais derrière eux pour pouvoir observer leur
comportement et photographier tout ce qui pourrait se produire. Ils s'arrêtèrent à
quelques mètres de l'arbre et je remarquai que Victoria commençait à faire des
mouvements caractéristiques, lorsqu'elle est touchée par des énergies ou des
forces extérieures, quel que soit le nom qu'on leur donne. Rien ne convient tout à
fait. Ce que je vis, c'est que son corps commença à osciller très légèrement et
que ses pieds se déplaçaient d'une manière particulière, mais reconnaissable. Ce
n’était pas tout à fait une danse, mais ses mouvements n'étaient certainement
plus ceux de sa marche ordinaire. Victoria est consciente des énergies, mais
affirme qu'il lui est impossible de contrôler ses mouvements. La description la
plus proche que je puis faire de ce que j'ai observé, c’est la similitude avec la
manière dont les Amérindiens commencent leurs danses spirituelles lors d'un
pow-wow. Toutefois, elle s'arrête généralement bien avant la danse exubérante
qui caractérise ces cérémonies. D'après mon observation de ces situations,
Victoria ne semble pas consciente du fait qu'un genre de transformation de son
comportement est en train de se produire et que ce n'est pas volontaire de sa
44
part. Victoria déclare qu'elle peut sentir la présence de forces extérieures, mais
qu'elle est incapable d'arrêter ses mouvements.
Le processus de guérison rapporté ressemble à ce que j'ai observé dans d'autres
lieux considérés comme sacrés, avec des témoignages de guérisons spontanées.
En font partie des lieux tels que la grotte de Lourdes en France ou la rivière
Godavari à Nashik, en Inde, où nous nous plongeâmes lors des cérémonies de la
Kumbha Mela, en 2015. Si elle est peu connue en Occident, la Kumbha Mela, une
ancienne cérémonie hindoue qui réunit des sadhus ("saints hommes"), constitue
la plus grande assemblée d'adorateurs au monde. Lors de notre visite, 40 millions
de personnes participèrent aux activités religieuses qui durèrent un mois, et on
estime que quatre millions d'entre elles entrèrent dans la rivière le jour où nous
étions là.
Beaucoup d’anecdotes de guérisons inexpliquées accompagnent Chris depuis sa
rencontre initiale, en 2007. Il attribue à ces agents extérieurs le mérite d'avoir
sauvé la vie de son père et d'avoir ajouté au moins un an et demi à sa longévité.
Atteint d'un cancer et d'une septicémie grave, le père de Chris fut hospitalisé
pour ce que la famille avait appris, et donc cru être une maladie en phase
terminale. La famille se réunit à l'hôpital pour faire face à l'inévitable. Soudain, les
cliniciens entrèrent pour annoncer que les nouveaux tests révélaient que le
cancer était parti. Chris déclare qu'il prit alors conscience d'une présence
lumineuse au-dessus d'eux et pense que c'est son intervention qui permit de
prolonger la vie de son père. Il semble aussi que beaucoup d’autres personnes
aient bénéficié de la même source de guérison grâce à leur association avec
Chris.
D'un point de vue scientifique et médical, ces affirmations sont difficiles à
vérifier. Les médecins savent qu'il arrive que des personnes connaissent une
rémission spontanée sans explication. Cependant, la plupart de ces
professionnels de la santé sont très réticents à accepter un concept, tel que les
miracles ou l'intervention d'entités invisibles. Comme nous le démontrons ailleurs
dans ce livre, ces phénomènes existent bel et bien et défient les théories
conventionnelles de la médecine.
45
Un autre phénomène courant rencontré était l'observation d'orbes de lumière
flottants. Ces objets lumineux ont souvent une intensité suffisante pour être
captés par des appareils d'enregistrement numérique. Dans le jardin de Chris, et
en particulier auprès de l'arbre, ces boules apparaissent fréquemment. Elles
varient en couleur, en taille et en intensité. Il pense que ces objets sont liés à la
source des phénomènes et qu'ils peuvent agir comme des conduits pour des
entités spirituelles.
Je ne sais pas si c'est ce lieu ou une relation avec Chris qui génère les
phénomènes. Il pense que les phénomènes l'accompagnent. Pendant plus d'un an
après nos expériences dans son jardin, Chris m'envoya souvent, à moi et à
beaucoup d'autres, des photos qu'il avait prises. L'une d'entre elles, que je trouvai
très intéressante, provenait d'une vidéo tournée lors d'une fête en intérieur. Une
boule de lumière apparaît soudain sur la vidéo et se déplace ensuite dans la
pièce. De toute évidence, il ne s'agissait pas d'un artefact ou d'un reflet
photographique. Cette courte vidéo fut prise à l'aide d'un smartphone sans
capacités particulières. L'image était claire et aucune imagination n'était
nécessaire pour voir la boule de lumière faire le tour d'une jeune femme avant de
s'éloigner. Il n'y avait aucune source d'énergie à proximité de l'endroit où le
phénomène apparut, ni de l'endroit où il disparut.
Des orbes qui ne sont pas visibles apparaissent fréquemment sur les photos de
Chris. Je vécus une expérience analogue, lorsqu'il accompagna des amis
communs et qu'il visita Las Vegas. À l'ouest de la ville se trouve le mont
Charleston, qui culmine à plus de 3 500 m. Certains amateurs d'ovnis affirment
qu'ils ont également rencontré des extraterrestres, en altitude, sur le versant de
la montagne. C'est ainsi que tard, un soir de novembre 2015, nous nous rendîmes
en voiture dans un lieu reculé, à environ 2800 mètres d'altitude, pour tenter
d'établir un contact. Avec des températures voisines du zéro, nous nous lançâmes
dans des activités qui, selon certains, attirent ces visiteurs. Bien qu'il ne se
produisit rien d'extraordinaire à cette occasion, je pris quand même un certain
nombre de photos au flash. La plupart d'entre elles s’avérèrent conformes à ce à
quoi l'on pouvait s’attendre, c'est-à-dire tout à fait banales. Cependant, sur l'une
d'entre elles en particulier, on peut clairement voir un certain nombre d'objets
46
ronds. Il est difficile de dire s'il s'agit ou pas d'un effet d'optique. Cependant, il
semble étrange qu'ils n'apparaissent que sur ce cliché et non sur ceux pris
quelques secondes avant et après.
Plusieurs chercheurs ont rendu visite à Chris chez lui. Ceux à qui j'ai parlé croient
que quelque chose de mystique se produit réellement là-bas. L'un d'entre eux a
tenté de communiquer à l'aide d'un appareil connu sous le nom de boîte à esprits.
Les boîtes à esprits sont des appareils en vente dans le commerce, qui sont
souvent utilisés par les chasseurs de fantômes. Elles sont censées opérer en
balayant rapidement les fréquences électromagnétiques AM et FM à la recherche
de réponses d'entités désincarnées. Je ne me prononce pas sur la fiabilité de tels
appareils, mais Chris pense avoir entendu des messages audibles et intelligibles
qui en provenaient. L'un des messages les plus importants qu'il entendit fut – ‘’Il
nous aidera’’ - par rapport à son implication dans ces activités paranormales. Il
ne comprend toujours pas le sens de cette transmission et cherche encore luimême des réponses.
Je m'en voudrais de ne pas parler davantage de la famille Bledsoe. Je l'ai décrite
comme étant très soudée, partiellement à cause de la façon dont elle a fait face
aux attaques ad hominem des sceptiques et de certains membres de la
communauté ufologique. Les ayant côtoyés à plusieurs reprises, ayant visité leur
maison et m'étant entretenu avec eux, je peux affirmer que les informations qu'ils
fournissent sont tout à fait cohérentes. Les membres de la famille reconnaissent
pleinement l'étrangeté de ces rencontres, mais ils en font un récit honnête et
sincère. Lorsque l'on parle avec chacun d'entre eux indépendamment, ils sont
ouverts, chaleureux et factuels. Plus important encore, leurs descriptions des
événements concordent, chacun ayant sa propre appréciation de ces
événements, puisqu’ils ont tous été affectés, quoique de manière différente. Ce
qui est clair, c'est que ce qu'ils disent, ils le croient, et qu'il n'y a aucune
indication de collusion ni de manœuvre destinée à tromper les autres. Il est
impossible de rencontrer une famille plus sympathique, dont chacun des
membres a vécu des événements qui défient l'entendement.
47
CHAPITRE 3 : PARLER AUX DAUPHINS
"Je pense qu'ils sont très loin pour l'instant", indiqua Jan Northup. Elle essayait de
communiquer mentalement avec un groupe de dauphins sauvages. C'était le
milieu d'après-midi d'une journée idyllique de juillet 1987, et nous dérivions
tranquillement sur un petit bateau de pêche à environ 20 milles au nord de West
End, sur l'île de Grand Bahama. Ce secteur des Bahamas était réputé pour les
contacts avec les dauphins, et notre groupe avait entrepris de tester les limites
de ces rencontres. Des membres de notre groupe avaient déjà mené d'autres
expériences avec des dauphins en captivité. Cette expérience était différente,
puisque ces animaux très intelligents n'étaient soumis à aucune contrainte ;
c'était à eux de décider s'ils voulaient participer ou non. Ce jour-là, ils le firent, et
les résultats furent à la fois remarquables et inexplicables par la théorie
scientifique traditionnelle.
Les groupes varient en taille, mais il y en a généralement moins de 20. En
fonction de la disponibilité de la nourriture, lorsqu'ils chassent, ils se séparent en
unités plus petites pour se réunir à nouveau plus tard dans la journée. En
moyenne, chaque dauphin parcourt environ 200 miles carrés en une seule
journée. On ne savait donc pas où ils se trouvaient à un moment donné.
Mon intérêt pour les communications inter-espèces remontait à plusieurs années,
alors que je suivais un cours à Fort Ord, en Californie. Comme on le verra par la
suite dans le chapitre "Voyages hors du corps", l'Institut Esalen, situé pas très
loin à Big Sur, était la Mecque des grands penseurs du Nouvel Âge. À Esalen,
j'eus l'opportunité de rencontrer un pionnier de l'étude de la conscience, le
légendaire John Lilly, et ce fut une expérience assez stupéfiante. Médecin, Lilly
était l'un des rares chercheurs de l'époque à avoir accès au diéthylamide de
l'acide lysergique, mieux connu sous le nom de LSD. Ce chercheur expérimenté
croyait en une certaine implication personnelle dans ses expériences.
Il dirigeait également les efforts de recherche sur les communications avec les
grands mammifères cérébraux et il était l’auteur du premier livre incontournable
48
sur le sujet, Lilly on Dolphins.12 Ses expériences initiales indiquaient que les
dauphins disposaient d'un système de communication très développé. Lilly
pensait que la communication entre les dauphins et les humains était tout à fait
possible, au-delà de la réponse aux signaux de la main pour obtenir une
récompense. À partir des découvertes de Lilly, nous essayâmes d'élever la
communication à un nouveau niveau, d'esprit à esprit.
Grâce à la générosité de Ted Rockwell, nous pûmes programmer un voyage d'une
semaine à bord du Dream Too, dans les eaux bleu céruléen des Bahamas. Le
groupe comprenait Ted et Mary Rockwell, Scott et Johnnie Jones, Jan Northup,
qui était ma femme à l'époque, et mon fils Mark, un plongeur très expérimenté.
Ted et Mary étaient accompagnés de leur sémillante petite-fille adolescente,
Angie, qui avec son maillot de bain qui ne laissait pas beaucoup de place à
l'imagination, réussissait à distraire continuellement les jeunes membres de
l'équipage du capitaine, Scott Smith. Sur la base de nos expériences psychiques
antérieures, nous avions des raisons de croire que Jan avait une capacité innée à
interagir télépathiquement avec les dauphins. Ce voyage allait permettre de
tester ce concept en pleine mer.
Le bateau, lent et large, mesurait environ 20 mètres de long, et il avait été
aménagé pour accueillir des groupes de pêcheurs qui y passaient la nuit. Avec
une vitesse de croisière de 8,5 nœuds, il nous fallut toute une nuit pour naviguer
d'un port près de Palm Beach, en Floride, jusqu'à l'endroit où nous devions
passer la douane des Grandes Bahamas. Les eaux étant relativement calmes, la
traversée du Gulf Stream fut agréable et nous dormîmes presque tout au long du
trajet. Une fois les formalités douanières accomplies, le capitaine mit le cap au
nord, vers un secteur où les rencontres avec les dauphins sont fréquentes. Dans
des eaux dont la profondeur dépasse rarement 10 mètres, nous jetâmes l'ancre et
nous descendîmes le Zodiac gonflable à l'arrière, où il resta attaché pendant
toute la durée du séjour.
12
John C. Lilly, Lilly on Dolphins: Humans of the Sea, Anchor Press. 1975. ISBN 0-385-01037-0.
49
Nous avions des protocoles stricts, et notamment l'interdiction de toucher les
dauphins sauvages. Tout contact physique était laissé à leur discrétion. Même en
1987, nous savions que certains dauphins étaient susceptibles de contracter des
maladies et des infections humaines, et nous ne voulions pas être responsables
d'un tel transfert.13 Le capitaine Smith me confia récemment que pour les
plongées actuelles, les toucher était permis. Cependant, la majorité des dauphins
n'aiment pas cela, et il recommande aux nageurs de laisser les dauphins venir à
eux, en douceur. La plupart de nos rencontres impliqua d'entrer dans l'eau avec
ces magnifiques animaux, mais à quelques occasions, nous essayâmes de
communiquer mentalement, tout en restant à bord de notre embarcation
flottante.
Ce que nous apprîmes vite, c'est que les dauphins, même s’ils étaient curieux,
poursuivraient leur chemin, à moins de les attirer très rapidement. C'est pourquoi
nous gardions nos masques et nos palmes à un endroit où nous pouvions les
attraper en sautant par-dessus bord. Une fois dans l'eau, nous enfilions
l'équipement ; cette activité suffisait généralement à attirer les dauphins tout
près de nous. Quoique nous avions emporté notre équipement de plongée, il était
hors de question de prendre le temps de mettre des bouteilles, car les dauphins
s'éloignaient très rapidement, si on ne les attirait pas.
La réaction des dauphins à notre présence physique était spectaculaire. Souvent,
ils tournaient autour des nageurs en décrivant des mouvements en spirale vers le
haut ou vers le bas. Certains s'approchaient très près, à quelques centimètres. Il
ne faut pas oublier que ces animaux mesurent entre deux et trois mètres de long
et qu'ils pèsent plusieurs centaines de kilos.14 Renommés pour leur capacité
d'écholocalisation, ils surgissaient des eaux plus profondes pour glisser jusqu'à
nous avec une précision exquise, virevolter et plonger à nouveau, et cela durait
jusqu'à ce qu'ils se lassent de ces pitreries pour reprendre leur chasse aux
poissons journalière. Si un tel spectacle était absolument grisant, le mieux que
nous pûmes en déduire, ce fut que les dauphins étaient disposés à jouer avec
13
14
https://www.scientificamerican.com/article/dolphin-die-off-tied-tovirus-related-to-human-measles/
http://www.dolphins-world.com/atlantic-spotted-dolphin/
50
nous pendant de courtes périodes de temps, ce qui ne nous dit rien sur
l'existence ou non d'une communication.
Nous décidâmes tous que l'après-midi suivant, lorsque les dauphins
s'approcheraient, nous resterions sur le bateau pour procéder à une expérience
contrôlée. Jan sentit d'abord qu'une partie du groupe se trouvait à une distance
considérable. C'est vers 16 heures qu'elle sentit que les dauphins s'approchaient
par le nord-est. Ainsi alertés, nous entreprîmes de balayer visuellement l'horizon.
En l'espace de quelques minutes, un groupe d'environ six dauphins tachetés de
l'Atlantique fut repéré juste à droite de la proue. En arrivant dans notre direction
générale, leur trajectoire projetée les ferait passer devant la proue. Lorsqu'ils
s'approchèrent, Jan envoya un message mental afin qu'ils changent de direction
et qu'ils se dirigent vers le Zodiac à l'arrière. Subitement et à l'unisson, le groupe
opéra un virage à gauche d'environ 60 degrés pour se diriger vers le sud en
direction du canot pneumatique. Voilà qui était intéressant, mais certainement
pas concluant.
Les dauphins passèrent sous le canot pneumatique et commençaient à
s'éloigner. Ils se trouvaient à une centaine de mètres, quand un autre message
fut mentalement transmis. Par télépathie, Jan leur demanda de faire demi-tour et
de revenir vers le Zodiac. Cela exigeait des dauphins qu'ils effectuent un virage à
180 degrés, ce à quoi l’on ne s'attendrait pas s'ils suivaient normalement leur
routine de chasse habituelle. Le fait est que dans la minute qui suivit, tout le
groupe vira pour revenir vers l'embarcation. Une fois-là, on leur demanda
mentalement d'effectuer un nouveau virage à 180 degrés. Le groupe obtempéra,
avant de poursuivre son voyage temporairement interrompu vers le sud-ouest.
Il y eut un consensus au sein de notre groupe pour dire que les actions des
dauphins indiquaient clairement qu'ils répondaient à la communication
télépathique envoyée par Jan Northup, sur la base de l'exécution de trois
instructions distinctes qui avaient été transmises mentalement. Deux des virages
effectués nécessitaient qu'ils se détournent totalement de la direction qu'ils
suivaient. Nous en conclûmes aussi que ce groupe avait volontairement choisi de
coopérer à l'expérience. Même si déduire un motif des actions d'une autre espèce
51
peut naturellement prêter à controverse, cela semblait raisonnable dans ce cas,
puisqu'il n'y avait eu aucun moyen de persuasion physique pour obtenir leur
coopération.
Dans le prolongement de notre aventure en haute mer, nous poursuivîmes des
expériences de communication télépathique avec des dauphins en captivité dans
le cadre d’un spectacle avec des dauphins sur l'île de Galveston, au Texas, près
du golfe du Mexique. Toujours en collaboration avec Jan Northup, Scott Jones
conçut une série de tests qui confirmèrent l'existence d'une communication interespèces n'utilisant que des transmissions mentales. Les résultats indiquèrent en
outre une capacité de précognition.
Des panneaux indiquant les directions cardinales (nord, sud, est et ouest) furent
placés sur un réservoir circulaire. Ces panneaux en carton, avec une grande lettre
pour indiquer la direction, furent placés face à l'intérieur du bassin. Dans chaque
cas, un seul dauphin se trouvait dans le bassin et deux observateurs étaient
disposés de manière à pouvoir enregistrer les actions du dauphin. Mais si les
observateurs savaient reconnaître les réponses des dauphins, ils ignoraient
totalement le contenu des instructions.
Avant d'arriver, Scott avait élaboré six séries d'instructions relativement
complexes. Par exemple, l'une d'entre elles pouvait être : se diriger vers l'ouest,
effectuer deux fois le tour du bassin dans le sens inverse des aiguilles d'une
montre, et finir vers le nord. Puis, les six séries d'instructions furent placées dans
des enveloppes opaques et scellées. Ces enveloppes furent mélangées et
finalement numérotées de 1 à 6. Jan n'avait aucune connaissance des
instructions écrites et Scott ignorait quelle série d'instructions se trouvait dans
une enveloppe donnée.
Pour commencer l'expérience, Scott lança un dé. Le numéro obtenu permit de
sélectionner l'enveloppe. Jan seule ouvrit l'enveloppe, lut les instructions, puis les
transmit télépathiquement au dauphin. Incroyablement, les dauphins exécutèrent
correctement cinq des six séries d'instructions, même si l'une d'entre elles dut
être modifiée, car Scott avait supposé que le réservoir se situerait dans une zone
52
ouverte. Or, il s'avéra qu'il y avait un plafond métallique à quelques mètres audessus du réservoir.
On procéda à la modification, puisque les instructions prévoyaient de sauter deux
fois à un certain endroit. Jan indiqua que le dauphin lui avait envoyé un message
précisant qu'il était hors de question d'effectuer de tels sauts en raison des
contraintes physiques imprévues. En réalité, elle me dit que le dauphin lui avait
demandé de "regarder en l'air". Constatant le problème, ils convinrent
mentalement qu'un mouvement de danse à l'endroit spécifié suffirait.
L'aspect précognitif se manifesta avec la dernière enveloppe. Avant même que
Jan ne puisse ouvrir l'enveloppe, le dauphin se lança dans son numéro, et une fois
terminé, il fut constaté que les actions entreprises par le dauphin
correspondaient à celles contenues dans l'enveloppe scellée.
Les dauphins n'étaient pas la seule espèce avec laquelle je vécus une forme
d'interaction contrôlée. En 2015, Victoria et moi, nous nous rendîmes au Royaume
de Tonga, dont la superficie est à peu près équivalente à celle du Texas, bien que
seulement deux pour cent, environ, de l'île-nation soit constituée de terre ferme,
ce qui représente environ un tiers de la taille du minuscule Luxembourg. Ces îles
isolées se situent à l'est des îles Fidji et à environ 1800 km au nord-est de la
Nouvelle-Zélande. Après avoir décollé de Nadi (aux îles Fidji), nous passâmes la
nuit tout près de la capitale, Nuku'alofa. Le lendemain matin, nous embarquâmes
à bord d'un avion de tourisme bimoteur de fabrication chinoise pour un autre vol
de deux heures au-dessus de l'océan jusqu'au groupe d'îles septentrionales de
Vava'u. C’est là que nous découvrîmes les plus grands mammifères, les baleines
à bosse, dans leur habitat aquatique naturel.
Cette formidable aventure consista à plonger avec les baleines, la plupart du
temps en eau libre très profonde. Cette région du Pacifique Sud est une zone de
mise bas naturelle pour les baleines à bosse qui migrent chaque année vers le
nord pendant le rude hiver antarctique. Les îles Tonga sont l'une des rares
régions du monde où l'homme peut nager avec les baleines à bosse, une
expérience ineffable. À titre indicatif, les baleines à bosse adultes mesurent en
53
moyenne de 12 à 18 mètres de long et elles pèsent jusqu'à 44 tonnes. Il est
évident que la moindre erreur de calcul, de la part du nageur ou de la baleine,
pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour l'homme.
Nous eûmes le privilège de voir notre expédition guidée par Darren Jew, un
photographe professionnel et l'un des rares Canon Masters, qui a rassemblé une
extraordinaire collection de photos sous-marines de ces magnifiques créatures et
qui nous a guidés de manière experte pour que nous puissions prendre des
photos incroyables.15 Une jeune Britannique pleine d'entrain, Sonia Bungaroo
Valdez, qui a malheureusement choisi de se réfugier sur la terre ferme à Londres,
nous accompagna au cours de nos plongées. Grâce à son aide, Victoria, qui ne
sait pas nager, put s'aventurer dans des eaux apparemment sans fond avec un
équipement de flottaison adapté et voir les baleines en action.
Ce que nous ne pûmes faire que six jours sur les sept que nous passâmes là-bas.
Les habitants de ce royaume sont très religieux. C'est ainsi que le dimanche,
selon la loi tongienne, aucune activité sportive n'est autorisée. Des précautions
sont également prises afin d’éviter toute opération qui pourrait être considérée
comme un harcèlement des baleines, et en particulier des baleineaux. Les
protocoles de plongée furent strictement respectés. Seul un nombre limité de
nageurs était autorisé dans l'eau à un moment donné. La plupart du temps, nous
repérions les baleines dans des eaux bleues, c'est-à-dire très profondes, et
comme dans les films sur la chasse à la baleine, tous les jours, nous scrutions
l'océan à la recherche du jet d'eau révélateur de la remontée des baleines pour
respirer. Une fois localisées, nous nous précipitions vers la zone et nous
essayions de déterminer si le groupe se déplaçait ou s'il était stationnaire.
En général, nous trouvions que les baleines voyageaient par trois : soit, une mère,
son baleineau et l'escorte mâle. Dans la mesure du possible, nous nous mettions
à l'eau en précédant les baleines et nous les filmions pendant qu'elles venaient
vers nous. Il était clair et évident qu'elles étaient conscientes de notre présence,
car elles viraient de quelques degrés sur le côté ou plongeaient plus
profondément en dessous de nous. Nous constations parfois qu'elles
s'attardaient un peu, mais à des profondeurs qui dépassaient largement les
15
https://darrenjew.com/
54
possibilités de la plongée libre, à une bonne trentaine de mètres de profondeur.
Nous flottions juste au-dessus d'elles, nous observions leurs actions et nous
écoutions leurs chants, lorsqu'elles communiquaient. Les baleineaux avaient
besoin de respirer plus fréquemment que les adultes. Il était fascinant de les voir
s'approcher de la surface, puis de nous contourner pour atteindre un endroit
dégagé. Le baleineau soufflait et respirait, puis replongeait aux côtés de sa mère.
Au cours de la semaine, nous utilisâmes plusieurs embarcations différentes. Il
faut souligner un incident survenu, alors que nous utilisions le Monkey Man, un
bateau pneumatique rigide de 10 mètres équipé de deux moteurs hors-bord.
Nous avions plongé périodiquement durant la majeure partie de la journée, et
nous nous apprêtions à regagner les quais de Neiafu, la deuxième ville du
royaume, et à l'entrée des îles extérieures depuis le large, nous nous retrouvâmes
subitement encerclés par un groupe de sept baleines à bosse, chacune étant plus
longue que notre embarcation.
L'action prit une tournure frénétique, avec les baleines qui faisaient des cabrioles
à côté de nous. Je décidai de rester à bord et de photographier les événements en
cours. Utilisant à la fois ma Sony Handicam et l'appareil photo Nikon, je suivis
l'action du mieux possible. Plusieurs autres plongeurs se jetèrent à l'eau et furent
engloutis dans la mêlée. Ce fut là une expérience absolument formidable. Alors
que les baleines nageaient et plongeaient souvent directement sous notre canot
pneumatique, il était évident qu'elles savaient précisément où nous nous
trouvions, et en fait, à certains moments, leurs nageoires frôlèrent les platsbords.
Il paraissait évident qu'elles avaient décidé d'interagir avec nous, ou à tout le
moins de nous permettre de participer à ce qui semblait être une fête exubérante.
Étant plus grosses que notre embarcation, elles auraient pu facilement nous
renverser, mais elles semblaient agir avec beaucoup de circonspection. Plongeant
et se retournant à côté de nos nageurs, elles évitèrent tout contact physique qui
aurait pu provoquer de graves blessures. Notre guide, Darren Jew, souligna qu'il
s'agissait là d'un comportement tout à fait inhabituel et qu’il n'avait jamais vu ce
genre d’interactions.
55
Reconnaissons que les guides de certaines croisières d'observation des baleines
ont noté que les jeunes baleines paraissent souvent s'intéresser à leur clientèle.
Parfois, elles s'approchent suffisamment près pour que les passagers puissent
les toucher. Toutefois, il n'y a que peu d'endroits dans le monde où les nageurs
sont autorisés à entrer dans l'eau avec elles. Et par ailleurs, les choses ne se
passent pas toujours bien. En mars 2015, au large de Cabo San Lucas, au
Mexique, une baleine grise sauta en dehors de l'eau et atterrit sur un bateau en
tuant une Canadienne.16 À Tonga, nous avions observé des tas de sauts, mais
aucun à proximité immédiate.
Nous avons conçu des expériences pour tester l'intention des baleines et pour
tenter de déterminer si on peut faire la preuve d’une véritable communication
télépathique. Malheureusement, nous n'avons pas été en mesure de trouver un
sponsor prêt à soutenir cette recherche.
Les baleines et les dauphins sont des mammifères aquatiques dotés d’un gros
cerveau. En septembre 2016, j’effectuai une plongée en compagnie de grands
requins blancs au large de l'île de Guadalupe, au Mexique, mais malgré toutes
mes tentatives pour influencer leurs actions, il n'y eut pas la moindre preuve
qu'ils réagissaient. Parfois curieux, ils nageaient tout près de la cage que j'avais
judicieusement choisie d'utiliser. La seule chose à laquelle ils s'intéressaient
activement, c'était l'appât. Deux semaines plus tard, un grand requin blanc
parvint à entrer dans une cage similaire dans la même zone.17 La vidéo est
devenue virale. Par miracle, la personne qui se trouvait à l’intérieur de la cage ne
fut pas blessée.
Il semble qu'il existe un lien spécial entre les humains et les dauphins, attesté
tout au long de l'histoire. De nombreux sauvetages ont été recensés, de même
que des histoires de dauphins protégeant des humains d'une attaque de requin.
L'un de ces sauvetages eut lieu au large du nord de la Nouvelle-Zélande en 2004,
http://www.usatoday.com/story/news/world/2015/03/11/whale-killstourist/70184294/
http://www.independent.co.uk/news/great-white-shark-thrashes-intocage-with-diver-inside-attackwatch-video-a7364391.html
16
17
56
lorsqu’un groupe de dauphins empêcha un grand requin blanc de dévorer un
groupe de nageurs.18
Nous ne sommes pas sans savoir que les interactions entre l'homme et la baleine
ont été dévastatrices pour les baleines, certaines espèces ayant été poussées au
bord de l'extinction. D'après mes observations personnelles, c'est une bonne
chose qu'elles ne semblent pas être rancunières.
18
https://www.theguardian.com/world/2004/nov/23/1
57
CHAPITRE 4 : GUÉRISON ET GUÉRISSEURS
"Le cœur de votre femme bat peut-être encore, mais elle n'est plus réellement là.
Il est trop tard pour la sauver". Ces paroles s'adressaient au mari d'Anita
Moorjani, qui était allongée sur un lit d'hôpital dans une chambre au fond d’un
couloir.19 Moorjani, comme tant d'autres, s'était vue infliger une condamnation à
mort suivant le modèle médical traditionnel matérialiste, qui ne tient pas compte
du rôle que la conscience humaine peut jouer dans le processus de la guérison.
Moorjani survécut, en fait. Il en va de même pour des millions d'autres personnes,
guéries à la fois par des interventions physiques et par des interventions
spirituelles. Depuis des millénaires, des malades se tournent vers la prière et des
mesures alternatives pour guérir. Parfois, elles fonctionnent. Fortement liées au
système de croyances du patient, ces méthodes alternatives complètent souvent
les pratiques médicales traditionnelles, mais elles ne devraient pas les remplacer.
Il ne fait aucun doute que la médecine moderne accomplit des merveilles. Des
avancées sont annoncées pratiquement chaque semaine. La médecine moderne
a globalement augmenté l'espérance de vie au cours du siècle dernier. Les
systèmes de soins de santé sont une autre affaire, et dans ce secteur, les ÉtatsUnis sont à la traîne par rapport au reste du monde développé.20 En tant
qu'ancien combattant, j'ai vu notre capacité à sauver la vie des soldats blessés
s’accroître de manière spectaculaire. De même que des progrès ont été réalisés
pour sauver des vies, le traitement des survivants a fait l'objet d'efforts
phénoménaux, notamment en ce qui concerne les prothèses et les brûlures. Si la
guerre n'apporte pas grand-chose de bon, les améliorations apportées au
traitement des lésions traumatiques sont un domaine qui a produit des résultats
positifs. Ces progrès se répercutent ultérieurement sur le traitement des lésions
traumatiques dans le secteur civil.
Les soins de santé constituent l'un des plus épineux problèmes auxquels
l'Amérique est maintenant confrontée. Cela ne changera pas dans un avenir
19
Anita Moorjani, Dying to be Me, My Journey from Cancer, to Near Death, to True Healing, Hay House, Inc.,
2012
20
https://www.washingtonpost.com/national/health-science/us-lifeexpectancy-declines-for-the-first-timesince- 1993/2016/12/07/7dcdc7b4-bc93-11e6-91ee-1adddfe36cbe_story.html
58
prévisible, puisque c'est devenu l'ultime enjeu politique. Les merveilles
technologiques de la médecine s'accompagnent de coûts de plus en plus élevés.
Les débats abondent sur la question de savoir qui doit avoir accès aux soins de
santé, quelles sont les limites à appliquer et pour quels patients. La liste des
problèmes s'allonge à l'infini.
Les attentes en matière de soins médicaux dans d'autres parties du monde
varient énormément. C'est particulièrement vrai, comparativement à celles que
l’on rencontre aux États-Unis ou dans le reste du monde technologiquement
développé. En Amérique, il y a un médecin pour 434 personnes.21 Il est important
de noter que les médecins ne sont pas uniformément répartis dans tout le pays.
Ce ratio n'est pas le plus élevé, et Cuba, un pays qui a fortement mis l'accent sur
la médecine, compte environ six médecins pour 1 000 habitants. À l'inverse, dans
une grande partie de l'Afrique en voie de développement, il y a moins d'un
praticien de santé (pas nécessairement un médecin) pour 1000 personnes.
Mais il ne s’agit pas d’un livre sur les problèmes des soins de santé ou sur le
fiasco des soins de santé aux États-Unis en particulier. Il traite des phénomènes
psi et de mes observations directes. Il suffit de gratter la surface pour trouver un
rapport entre les capacités psychiques et la guérison. Cela fait partie intégrante
de notre expérience. Au fil des ans, j'ai eu le privilège de rencontrer de nombreux
guérisseurs qui utilisaient des méthodes non conventionnelles. Certains, comme
mon mentor, Elisabeth Kübler-Ross, étaient diplômés en médecine. D'autres, qui
pratiquaient des méthodes alternatives, n'avaient aucun diplôme. La plupart des
chamans que nous avons rencontrés n'avaient aucun diplôme universitaire, mais
ils obtenaient souvent des résultats étonnants.
Par nécessité, les populations des pays sous-développés et en voie de
développement se sont tournées vers des pratiques alternatives pour trouver des
solutions en matière de soins de santé. Même si la plupart des Américains les
considéraient comme des primitifs, il s'avéra qu'il y avait beaucoup à apprendre
des guérisseurs traditionnels. Malheureusement, les grandes sociétés
pharmaceutiques ont trop souvent exploité les peuples indigènes et leurs
21
http://www.nationmaster.com/countryinfo/stats/Health/Physicians/Per-1,000-people
59
connaissances naturelles en pharmacologie. La biopiraterie, comme on la connaît
aujourd'hui, débuta lorsque des anthropologues qui étudiaient des tribus
lointaines découvrirent qu’elles utilisaient des plantes et des herbes locales pour
soigner leurs patients. Des échantillons de ces plantes et de ces herbes furent
alors transportés dans des laboratoires américains afin que des chimistes
puissent déterminer les ingrédients actifs, les incorporer dans des pilules et
acquérir des brevets. L'entreprise pharmaceutique gagnait ainsi un pactole, alors
que les tribus n'en ont retiré qu'un bénéfice marginal.22
Les méthodes de guérison alternatives se déclinent en une variété pratiquement
infinie. Il y a des interventions physiques, comme l'imposition des mains, les
régimes alimentaires, l'utilisation de cristaux et d'autres minéraux, ainsi que des
vitamines et des préparations spéciales. Les prédispositions psychologiques du
patient sont reconnues comme un élément important de la guérison. Il existe des
pratiques conscientes, comme la visualisation des résultats souhaités. Cette
visualisation peut être effectuée soit par le patient, soit par un guérisseur. Par
ailleurs, la prière intercessionnelle est parfois efficace. Enfin, la chirurgie
psychique peut être employée, soit par un guérisseur humain, soit par un
guérisseur désincarné.
Si certaines des méthodes alternatives sembleront incroyables pour certains
lecteurs, c'est ici qu'il est important de comprendre la question de la diversité des
systèmes de croyance. Il faut aussi reconnaître qu'il existe des charlatans qui
s'attaquent aux personnes les plus vulnérables et qu’il est parfois malaisé de
faire le tri entre les charlatans et les guérisseurs bien intentionnés. J'ai rencontré
les deux cas de figure, et voici quelques-unes des méthodes de guérison
alternative auxquelles j'ai été confronté.
LA MÉTHODE DE GUÉRISON ÉNERGÉTIQUE BENGSTON
Il s'agit d'un processus mental en vertu duquel le guérisseur fait donc défiler
mentalement toute une série d'images qu'il a lui-même choisies et qui n'ont rien
22
http://theconversation.com/biopiracy-when-indigenous-knowledge-ispatented-for-profit-55589
60
à voir avec le sujet ou le patient. Scientifiquement, cela n'a aucun sens, mais les
résultats sont pourtant indéniables. Bill Bengston fait partie des guérisseurs très
intéressants avec lesquels j'ai suivi une formation. La méthode de guérison
énergétique de Bengston est l'une des méthodes de guérison alternatives les plus
étudiées.23 Cela ne veut pas dire qu'elle est comprise — et encore moins
acceptée — par la communauté médicale ou scientifique conventionnelle. Elle
devrait l'être. Bill, qui est professeur au St. Joseph's College de New York, a
effectué des expériences détaillées sur la guérison énergétique pendant plusieurs
décennies. En sa qualité d'actuel président de la Society for Scientific
Exploration, il présente souvent au public des images explicites de souris en proie
à divers états d'affliction, avec des tumeurs cancéreuses qui sont finalement
guéries.
Le processus que Bill emploie est purement mental, avec parfois l'aide d'une
énergie de guérison par imposition des mains ou l'application de certaines
substances. Ceci inclut l'utilisation d'un coton spirituellement chargé qui semble,
d'une certaine manière, influencer le processus de guérison. Aucune de ses
méthodes n’a recours à des produits pharmaceutiques supplémentaires, mais
pour des raisons juridiques, il recommande vivement aux gens de suivre ou de
poursuivre des traitements médicaux traditionnels appropriés, même s'ils optent
aussi pour la voie alternative.
Des recherches approfondies ont démontré l'efficacité de la méthode de Bill. Elle
a été testée à de nombreuses reprises et elle a permis de guérir des souris
atteintes d'un cancer mammaire et d'un sarcome induit par le
méthylcholanthrène. Ces animaux ont souvent vécu plus longtemps qu’attendu
dans des circonstances normales, et aucune des souris traitées n'a développé de
cancer par la suite. L'expérimentation animale est très significative par rapport
aux résultats obtenus chez l'homme, qui sont souvent qualitatifs plutôt que
quantitatifs. Pour faire simple, les souris ignorent qu'elles font l'objet d'une
expérience. Pour autant que nous le sachions, elles n'ont pas la capacité
cognitive de former l'intention de plaire au chercheur. Nous ne pensons pas non
plus qu'elles aient la capacité de modifier intentionnellement leur état.
23
Le site web de Bill Bengston : http://www.bengstonresearch.com/
61
Contrairement aux humains, les souris ne sont que des bénéficiaires de la
guérison, sans interaction consciente avec le guérisseur. Ceci élimine les
contestations de l'attribution des résultats à un effet placebo.
L'un des moyens les plus inhabituels qui complète le travail de guérison de Bill
est l'utilisation de coton chargé psychiquement. Celui-ci s’applique directement
sur la partie du corps concernée pour soulager la douleur ou faciliter la guérison.
Les instructions suggèrent de se débarrasser du coton utilisé, comme on le ferait
pour tout produit médical contaminé.
Il y a plein d'anecdotes concernant l'efficacité de l'utilisation du coton chargé.
L'une d'entre elles nous vient de mon frère, qui devait subir une intervention
chirurgicale dans une zone très sensible. Après avoir reçu le coton, il le plaça tout
près de la zone concernée. Peu de temps après, il déclara que la douleur et la
sensibilité avaient diminué significativement. Un autre exemple est celui d'un ami
atteint d'un grave cancer de la gorge. Bien qu'il ait finalement succombé à la
maladie, il utilisa le coton chargé pendant plusieurs mois, persuadé qu'il rendait
l'expérience beaucoup moins douloureuse.
LE DR LARRY DOSSEY
"Pourquoi ? J'étais étudiant en médecine au Parkland Memorial Hospital ce jourlà", répondit Larry.24 Au cours de notre premier dîner ensemble, Victoria lui avait
posé sa sempiternelle question : "Où étiez-vous, lorsque Kennedy a été abattu ?"
Quelque peu interloquée par sa réponse, Victoria dit : "Je parie qu'on vous a
questionné là-dessus de nombreuses fois."
"Non", répondit Larry, "personne ne m'a jamais interrogé là-dessus". Résidant de
l'autre côté de la ville de Santa Fe, au Nouveau-Mexique, et ayant de nombreux
intérêts et amis en commun, nous étions devenus amis avec Larry et sa femme,
Barbara. En réponse à la question de Victoria, Larry nous confiera que son travail,
24
Pour ceux qui sont trop jeunes pour s'en souvenir, le Parkland Memorial Hospital est l'endroit où le président
Kennedy fut transporté après son assassinat, le 22 novembre 1963.
62
ce jour-là, se résumera à tenir le téléphone pour un correspondant de presse qui
avait réussi à appeler son réseau à New York et qui craignait d'interrompre la
connexion. Observateur de la confusion cacophonique qui régnait à l'hôpital et
contrairement aux théoriciens du complot, Larry était persuadé que LBJ, ou toute
autre personne de la hiérarchie immédiate, n'avait pas été prévenu de
l'assassinat de JFK.
Quelques années plus tard, Larry deviendra un chirurgien de bataillon affecté à la
173ème brigade aéroportée au Viêt Nam. La guerre était une autre expérience
commune que nous partagions. Mais c'est son travail dans le domaine de la
médecine alternative qui nous a rapprochés. Barbara est une infirmière qui
partage beaucoup de nos intérêts communs et qui s'adresse souvent aux
infirmières dans la communauté médicale. Les médecins n’ignorent pas que les
infirmières ont un contact plus personnel avec les patients. Ainsi, les infirmières
entendent souvent parler de détails qui échappent aux brèves interactions avec
les médecins, notamment les expériences de mort imminente, les visitations ou
visions avant la mort, et d'autres phénomènes similaires.
Dans son livre de 1989, Recovering the Soul, Larry inventa l'expression "esprit
non local" pour se référer à une conscience qui transcende le cerveau. L'esprit
non local ''est un aspect spatialement et temporellement infini de notre
conscience", écrivit-il. D’après lui, il est analogue à ce que l’on a décrit comme
l'âme, un concept souvent rejeté par les scientifiques traditionnels. Il y a un
conflit inhérent entre la vision matérialiste du monde et le concept d'une
interconnexion infinie basée sur la Conscience, et les implications ne sauraient
être plus profondes. Il développe ce concept dans son livre le plus récent, One
Mind.25
Il a aussi contribué à la recherche sur le pouvoir de la prière, comme partie
intégrante du processus de guérison. Si la plupart des guérisseurs se concentrent
sur les aspects positifs de la prière et de l'intention, il a remarqué qu'il pouvait
aussi y avoir des influences négatives. L’idée d’utiliser des pensées négatives est
25
Larry Dossey M.D., One Mind: How Our Individual Mind Is Part of A Greater Consciousness And Why it
Matters, Hay House, Inc., 2016. J’en ai réalisé une traduction que vous pouvez consulter ou télécharger ici :
https://studylibfr.com/doc/10172078, NDT.
63
à la base des malédictions, un sujet qui est considéré comme un canular par la
plupart des scientifiques. (Je reviendrai sur ce sujet dans un chapitre ultérieur
consacré aux chamans).
Après avoir conclu que les pensées, qu’elles soient positives ou négatives,
peuvent influencer la guérison, Larry cosigna un article qui soutenait que la prière
intercessionnelle pouvait aussi avoir un impact rétroactif sur un patient. Cet
article se basait sur une étude remarquable de Leonard Leibovici publiée dans le
British Medical Journal.26 Selon le résumé : "Leibovici a publié une étude
intrigante qui remet en question les notions conventionnelles du temps, de
l'espace, de la prière, de la conscience et de la causalité. L'étude randomisée
contrôlée en double aveugle et en groupes parallèles (avec et sans prière) portait
sur 3393 patients septiques et considérait l'hypothèse d’après laquelle la prière
"rétroactive" effectuée 4 à 10 ans plus tard influençait les résultats. Pour les
résultats présélectionnés, la mortalité était similaire dans les deux groupes, mais
la durée du séjour à l'hôpital et la durée de la fièvre étaient plus courtes avec la
prière. Avec son humour caractéristique, Leibovici en conclut que la prière
d'intercession rétroactive à distance devrait être considérée dans la pratique
clinique."27
L'importance faramineuse de cette découverte est que la rétrocausalité,
confirmée dans des expériences de physique plus récentes28, est réelle. Si c'est le
cas, cela signifie que le passé peut être modifié. Dans le cas étudié par Larry,
cela signifie que, pour des raisons inexplicables par la médecine moderne, une
prière effectuée des années après que le patient soit tombé malade et se soit
rétabli, a amélioré le processus de guérison.
LA MÉTHODE SILVA DE MAÎTRISE MENTALE
26
Stephan A. Schwartz m'a signalé cet article important. La citation est de Leonard Leibovici, "Effects of
remote, retroactive intercessory prayer on outcomes in patients with bloodstream infection : randomised
controlled trial", BMJ, 2001;323;1450-1451
27
Brian Olshansky, Larry Dossey, BMJ, 2003;327:1465
28
https://www.academia.edu/12847939/Australian_Experiment_shows_Re
64
"Puis-je avoir accès aux données brutes ?", demandai-je. Alors que je préparais
ma maîtrise à l'université Pepperdine, je devais rédiger un mémoire pour mes
cours d'éducation. Encore affecté à la 25ème division d'infanterie à Schofield
Barracks, à Hawaï, je consacrais tous mes week-ends à l'étude. Ayant déjà suivi
les cours de base et les cours avancés, j'étais convaincu que le matériel Silva
pouvait faciliter le processus éducatif. Ma demande fut adressée au siège social
de José Silva à Laredo, au Texas, et la réponse dépassa toutes mes espérances.
Non seulement je pouvais obtenir leurs données brutes, mais ils me demandèrent
si j'accepterais d'être leur représentant pour l'État d'Hawaï.
A l'évidence, ce n'était qu'un travail à temps partiel. Il consistait principalement à
organiser des cours dispensés par des instructeurs qualifiés qui venaient du
continent par avion. Dans ce cadre, j'en appris beaucoup sur José et les liens
directs de sa méthode avec la guérison. José était très jeune, quand il quitta
l'école pour aider à subvenir aux besoins de sa famille. Il travaillait comme
employé dans un salon de coiffure, et il demanda au propriétaire de s'inscrire
pour lui à des cours à distance. Le propriétaire en reçut le crédit, mais José devint
très calé en électronique. Appelé sous les drapeaux pendant la Seconde Guerre
mondiale, il obtint d'excellents résultats en électronique et il intégra le corps des
transmissions. Bien que simple soldat, on l'envoya dans une école de
communication où la plupart des autres étudiants étaient des officiers diplômés
de l'université. Il comprenait l'électronique, mais il lui manquait des qualifications
en mathématiques. Cela étant, José avait trouvé un moyen de détecter les
faiblesses des circuits électroniques par le toucher. Aujourd'hui, on appellerait
cette compétence psychique de la psychométrie. Fort de cette découverte, il
conclut un accord avec les lieutenants. Ils lui apprendraient les mathématiques,
et lui leur apprendrait à détecter et à réparer les problèmes électroniques en
utilisant leurs doigts pour sentir la localisation du problème.
Le passage de la réparation des appareils électriques au diagnostic des
problèmes médicaux ne fut pas si difficile à mettre en application. Ce qui en
résulta fut un processus qu'il appela la méthode Silva de maîtrise mentale. Ce
choix terminologique s'avéra malheureux. Pour José, qui était plutôt altruiste, il
s'agissait simplement d'apprendre à maîtriser son propre esprit. Cependant, les
65
théoriciens de la conspiration donnèrent à ces termes un sens beaucoup plus
sinistre. En outre, en raison du népotisme prévalant dans la structure de
l'entreprise et de l'insistance à maintenir le siège dans la ville frontalière
poussiéreuse de Laredo, au Texas, la promotion de la méthode Silva de maîtrise
mentale fut limitée, tout au moins aux États-Unis.
Cette méthode de maîtrise mentale Silva consiste à apprendre à l'étudiant à
induire un état prédominant d'ondes cérébrales alpha. Cela repose sur une
découverte médicale qui associait la créativité aux fréquences alpha de 7 à 14
hertz, en vogue à l'époque.29 Ils entraînaient également les personnes à utiliser
les ondes cérébrales thêta, qui sont encore plus basses et qui sont associées au
sommeil profond. La méthode Silva utilise principalement l'autohypnose pour
accéder à des états de méditation et parvenir à la maîtrise de sa conscience.
Il y a plusieurs raisons pour lesquelles on pourrait choisir d'explorer la méthode
Silva. La guérison n'est que l'une d'entre elles, et de nombreux étudiants l'ont
trouvée bénéfique à la fois dans leur vie personnelle et dans des emplois qui
récompensent l'intuition et la créativité. À l'époque où je travaillais avec eux, je
n'avais jamais imaginé que j'écrirais un jour des livres, et encore moins un livre
sur mes expériences en matière de spiritualité et de guérison. Je regrette de ne
pas avoir documenté les guérisons dont j'ai été témoin et les nombreux
diagnostics exacts que les étudiants posaient. Ce que je peux attester, c'est que
cette approche fut couronnée de succès dans de nombreux domaines, y compris
celui de la médecine alternative.
D’AUTRES GUÉRISSEURS
Au fil des années, j'ai eu le privilège de côtoyer plusieurs autres guérisseurs
alternatifs. Dans certains cas, je fus personnellement témoin de leurs résultats.
Par exemple, dans le cadre d'une conférence à Honolulu, une femme visiblement
29
Les états d'ondes cérébrales alpha font encore l'objet d'études pour une exploitation similaire. exploitation
https://www.psychologytoday.com/blog/the-athletesway/201504/alpha-brain-waves-boost-creativity-andreduce-depression
66
atteinte de troubles mentaux, et par ailleurs épouse d'un orateur, n'arrêtait pas
d'interrompre les présentations en parlant fort, mais pas dans le contexte du
sujet traité. Le fondateur de 3HO, Yogi Bhajan, qui a maintenant changé son nom
en Harbhajan Singh Khalsa Yogiji, était aussi présent. Assis à quelques mètres de
là, je vis Yogiji, vêtu de sa robe blanche flottante, se diriger tranquillement
derrière la femme. Sans rien dire, le gourou barbu plaça simplement sa main
droite à une courte distance derrière son cou. Instantanément, la femme se tut et
demeura silencieuse jusqu'à la fin de la séance.
Au cours de cette même conférence, Sivaya Subramuniyaswami, un adepte
hindou, fit inopinément son entrée pendant le banquet. Son aura spirituelle
subjugua l'assemblée, qui comprenait quelques-uns des plus grands noms du
milieu, comme Richard Bach, l'auteur de Jonathan Livingston le Goéland, qui
venait de sortir. Je n'ai plus jamais senti l'atmosphère d'une salle changer comme
cela s'est produit lorsque Subramuniyaswami monta sur l'estrade, ce soir-là. Des
années plus tard, je fus choqué d'apprendre qu'il était né sous le nom de Robert
Hansen à Oakland, en Californie. Sa prestance impressionnante suggérait
certainement qu'il s'agissait là d'un yogi indien et que la possibilité d'une
réincarnation était bien réelle.
Au cours d'un autre événement, la célèbre guérisseuse, Olga Worrall capta mon
attention. Elle était assez frêle, et son mari, Ambrose, avait alors quitté le plan
terrestre. Le couple avait soigné des milliers de personnes, et leurs succès furent
évoqués dans de nombreux livres. En tant que scientifique, je trouvais très
intrigantes les expériences de laboratoire via lesquelles elle avait démontré ses
prodigieuses capacités de guérison sur des bactéries placées dans des boîtes de
Petri. Comme pour les souris de Bengston, il était impossible que ces organismes
unicellulaires expérimentent un effet placebo.
Puis il y eut aussi Hiroshi Motoyama, qui n'est pas très connu en Amérique, bien
qu'il ait fondé l'Institut Californien des Sciences Humaines (CIHS). Située dans la
ville côtière désertique d'Encinitas, son école attire un petit nombre d'étudiants
qui souhaitent étudier la conscience humaine. En tant que prêtre shintoïste,
67
Motoyama intègre avec grâce la spiritualité à la méthode scientifique. Ayant moimême bénéficié de traitements d'acupuncture, je fus attiré par ses recherches.
Après avoir été blessé au Vietnam, mon dos et mon cou ne furent plus jamais les
mêmes. Périodiquement, mon cou se raidissait et limitait fortement ma capacité à
effectuer des mouvements de droite à gauche. Contre toute attente, c'est un
chirurgien de l'armée de l'air unique en son genre qui eut recours à des méthodes
alternatives chinoises et me remit d'aplomb. L'acupuncture était l'une de ces
méthodes. Je n'aurais pas pu contester le succès, mais je me demandais
comment le processus fonctionnait, en particulier quand les acupuncteurs se
réfèrent à des organes comme le triple brûleur, sans liens physiques.
Hiroshi Motoyama mit au point un appareil mécanique capable de mesurer le flux
du ki/chi, la force vitale qui circule dans tous les êtres vivants. Ce qu'il découvrit,
c'est qu'il était possible de mesurer les réseaux de flux. Par ailleurs, ils
découvrirent que des points d'énergie existaient physiquement sur douze
méridiens invisibles. C'était précisément ce que les médecins chinois avaient
indiqué pendant plus de mille ans, et Motoyama en apporta la preuve.
Correctement placées, les aiguilles d'acupuncture pouvaient manipuler le flux du
ki. Alors que la médecine occidentale reste sceptique par rapport à l'efficacité de
l'acupuncture, les médecins chinois pratiquent depuis déjà des décennies des
opérations à cœur ouvert, en utilisant des aiguilles à la place de l'anesthésie
chimique ou en réduisant fortement ses doses.30
D’après le modèle médical dominant, le corps humain est pareil à une machine.
Aussi longtemps que chacune des pièces fonctionne bien, la santé est préservée.
Même si l’on tient compte dans une certaine mesure des prédispositions
psychologiques du patient, l'importance des interventions non physiques est
généralement sous-estimée. La prévalence d’un tel système de croyance n'est
pas accidentelle. Le financement des écoles de médecine est au cœur du
système. La plupart des études révèlent l'impact de l'industrie pharmaceutique
qui subventionne les écoles de médecine.31 Ces subventions s'accompagnent d'un
30
Chirurgie à cœur ouvert en Chine,n China,
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21570137
31
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3778453/
68
message implicite suivant lequel la réponse aux problèmes médicaux consiste à
utiliser toujours plus de produits de l'industrie pharmaceutique. Parallèlement, de
nombreuses études démontrent que la conscience joue un rôle important dans le
processus de guérison. Malheureusement, ces résultats ont tendance à être
ignorés et représentent un sacré défi pour la science.
69
CHAPITRE 5 : RADIESTHÉSIE, CHARBONS ARDENTS
ET COMPAGNIE
Certaines des choses étranges que je vécus au fil des ans furent des événements
isolés, qui se produisirent souvent sans avertissement. Pour autant, ils semblent
défier les explications simples. Voici quelques exemples.
LÉVITATION APPARENTE
Je rejoignis l'armée américaine en tant que simple soldat en 1956 et, après ma
formation de base, je fus affecté à la 101ème division aéroportée, qui venait d'être
réactivée. Cette division était celle des fameux Screaming Eagles qui avaient
sauté en France, le jour J de la Seconde Guerre mondiale. Après avoir terminé
l'école de saut, je fus sélectionné sur base de mes résultats aux tests pour être
affecté à la 326ème compagnie médicale. Il s'agissait d'une organisation
inhabituelle, dans la mesure où le commandant de compagnie était un lieutenantcolonel et que tous les médecins de la division lui faisaient rapport.
Dans les années cinquante, la vie dans les casernes était très différente de celle
des soldats actuels. En tant que simples soldats, nous disposions de lits
superposés à deux étages par section. Cela signifiait qu'une trentaine d'hommes
étaient logés dans la même pièce. Les lumières s'allumaient et s'éteignaient à
des heures précises, et tout était très réglementé et orchestré par le sergentchef, qui occupait un rang confinant à celui de Dieu.
Les repas étaient également fort différents. Aujourd'hui, ceux qui utilisent les
services de restauration de l'armée se rendent dans l'équivalent d'un restaurant
qui est géré par des prestataires civils. Dans notre cas, les cuisiniers étaient
affectés à la compagnie et ils vivaient avec nous. Il y avait un "mess" pour chaque
compagnie et, si le menu de base était déterminé en haut lieu, tout était cuisiné
dans la cuisine de la compagnie, et la variété à chaque repas était très mince.
Nous pouvions choisir de manger ce qui nous était servi, ou de ne pas manger du
70
tout. Les vétérans de l'armée les plus âgés se souviennent peut-être avec
émotion de leurs rotations dans la ‘’police des cuisines’’. Il s'agissait d'un groupe
d'environ cinq hommes, sélectionnés quotidiennement à partir d'une liste et
chargés d'assister les cuisiniers. Tout le monde détestait la corvée, qui impliquait
de se lever tôt et de préparer le petit-déjeuner de tous les autres.
Bien que notre mess se trouvait dans le bâtiment où nous dormions, pour y
accéder, il fallait sortir et entrer par la porte extérieure indiquée. La file des repas
s’ouvrait à une heure précise et se refermait à l'heure indiquée. Les hommes
s'alignaient le long du trottoir et les attroupements n'étaient pas autorisés. En
tant qu'unité aéroportée, la condition physique était une priorité absolue. Tous les
matins, nous suivions un entraînement physique qui commençait souvent bien
avant le lever du jour. Par ailleurs, il y avait une barre de traction située devant la
porte du mess. Normalement, un sergent était posté devant la porte pour
maintenir l'ordre. Chaque homme devait faire des tractions avant de pouvoir
entrer dans le mess. Cette routine avait lieu trois fois par jour, y compris le weekend.
Même si j'étais en très bonne forme physique et si je pouvais courir de nombreux
kilomètres, le travail du haut du corps m'a toujours posé un défi. Six tractions
étaient le minimum requis, et je pouvais y arriver. À huit ou à dix répétitions,
j'avais généralement du mal, même après des années de pratique. Les unités
aéroportées exigeaient des tractions complètes, paumes vers l'extérieur et bras
tendus après chaque traction. Il n'y avait pas de demi-mesure.
Comme je voulais manger, je prenais le taureau par les cornes et je faisais mes
tractions trois fois par jour. Cela faisait plusieurs mois que cela durait et je
connaissais bien la routine. Et puis un soir, il se passa quelque chose d'étrange.
En sautant à la barre, j'eus l'impression que mon corps avait perdu tout son
poids. À l'époque, je devais peser à peu près 65 kilos, mais ce soir-là, je me sentis
léger comme une plume. Sans effort, je fis une vingtaine de tractions en
succession rapide et ne m'arrêtai que parce que d'autres attendaient pour entrer
dans le réfectoire. On aurait pu croire à une transformation de mon état physique,
mais je n'ai aucune idée de ce qui la généra. Ce fut un incident tout à fait unique
71
et qui ne s'est jamais reproduit depuis lors. La sensation d'apesanteur fut
tellement spectaculaire que je m'en souviens clairement depuis un demi-siècle.
J'avais l'impression d'être en lévitation, mais cela n'aurait pas été remarqué par
des témoins. Il n'y a pas d'explication scientifique pour expliquer pourquoi ou
comment mon état physique a pu changer de manière aussi inattendue et aussi
brève, et cela ne s'est jamais reproduit depuis lors.
LA MARCHE SUR LE FEU
Le projet Jedi de l'U.S. Army Intelligence and Security Command (INSCOM) était
destiné à apprendre comment des experts accomplissaient leurs tâches et à
déterminer comment ces compétences pouvaient être transférées à d'autres
personnes.32 Grâce à un processus de sélection rigoureux, l'INSCOM disposait de
très bons éléments dont le QI était généralement nettement supérieur à la norme
de l'armée. Notre mission consistait à déterminer comment améliorer ces bons
éléments. Pour ce faire, nous utilisions la Programmation Neurolinguistique
(PNL), qui fait l'objet d'un autre chapitre.33
L'une des personnes qui était sous contrat avec nous était Tony Robbins, qui
deviendrait ultérieurement un méga-gourou du développement personnel et du
renforcement de l'autonomie. À l'époque, Robbins organisait des marches sur le
feu, où ceux qui participaient à ses ateliers avaient l'occasion de marcher sur des
charbons ardents. Comme nous travaillions déjà avec lui et John Grinder,
cofondateur de la PNL, nous nous résolûmes à faire nous-mêmes l'expérience de
la marche sur le feu. Avec le recul, je doute qu'une commission chargée de
l'évaluation de la condition humaine approuverait cette activité aujourd'hui.
C'était avant que le politiquement correct ne devienne pandémique, et bien que
nous ayons reconnu le risque de blessures graves, nous décidâmes d'organiser ce
stage.
32
33
Pour plus de détails, voir mon livre, The Warrior's Edge, William Morrow and Company, 1990.
La PNL est également abordée dans The Warrior's Edge.
72
Historiquement, l'épreuve du feu a été utilisée pour symboliser un rite de
passage, et souvent pour être reconnu en tant que guerrier tribal. Dans de
nombreuses situations, comme les cérémonies religieuses, il existe des
conditions préalables, telles que le jeûne, la méditation, la prière et même le
célibat temporaire. Ce que nous étions sur le point d'entreprendre n'impliquait
aucune des restrictions prescrites. Et comme nous étions pressés, nous nous
arrêtâmes dans un McDonald local et nous avalâmes un Big Mac en cours de
route. Certes, ce n'était point très esthétique, mais cela remettrait en question la
nécessité des protocoles établis que des adeptes religieux suivent souvent.
Un site fut choisi tout près d'Annapolis, dans le Maryland, bien au-delà du
périphérique, où un feu assez important n'attirerait pas trop l'attention, ni la
brigade de pompiers locale. Il s'agissait d'une petite ferme, au domicile de l'un
des participants qui vivait dans une zone semi-rurale et qui avait prévenu les
voisins que le grand feu se prolongerait pendant plusieurs heures.
La journée avait été assez unique pour ce groupe d'environ 20 personnes. Le
matin, en utilisant des techniques de karaté, nous avions appris à des novices à
briser des planches à mains nues, et l'après-midi, nous effectuâmes un exercice
de torsion de métal par psychokinésie, un processus que j'aborde en détail dans
un chapitre ultérieur. Et pour clôturer le tout, ce fut au tour de ce groupe de faire
l'expérience concrète de la marche sur le feu.
Après avoir rassemblé une grande quantité de bois, nous commençâmes par
allumer un grand feu. Vu la quantité de braises nécessaires, il faudra plusieurs
heures pour que le feu se consume. Après avoir allumé le feu, nous rentrâmes à
l'intérieur pour un processus de préparation mentale au cours duquel on aborda
les questions liées à la peur. Pour ceux qui croient que la marche sur le feu
s'accomplit au moyen d’un état mental, il convient de se préparer de manière
adéquate avant de procéder à la tentative. Nous avions compris le processus et
nous étions prêts à effectuer la tentative. Puisque les humains ont naturellement
peur du feu et que la peur était un facteur que nous voulions mieux comprendre
et mieux contrôler, la peur est ce dont on discuta. La démarche consistait à
identifier le changement d'état mental, et puis, à l'aide d'une technique d'ancrage
73
de la PNL, à le fixer dans la conscience. Pour réussir, les participants devaient
mettre toutes les pensées liées aux risques de brûlure sous l’éteignoir.
Il est important de noter que la marche sur le feu peut avoir de graves
conséquences physiques, si cette activité n'est pas effectuée correctement. En
juin 2016, CNN annonçait que plus de 30 personnes avaient été blessées, dont
certaines grièvement, au cours d’un séminaire de marche sur le feu organisé au
Texas par le même guide que nous avions eu cette nuit-là en 1983, Tony
Robbins.34
Avant la marche, le feu de bois dur fut ratissé sur une largeur d'un mètre et sur
une longueur de quatre mètres. Une telle longueur permettait de s'assurer que
tous les participants à la marche feraient plus qu'un seul pas sur les braises. La
chaleur qui émanait des braises incandescentes nous avertissait clairement et
sans aucune ambiguïté de la réalité de l'expérience. Au cours de tests ultérieurs,
on employa des pyromètres et on constata que la température atteignait les
700°. Chaque participant décida s'il voulait ou pas entrer dans l'arène.
L'un des principaux malentendus concerne la gestion de la douleur. C'est une
erreur. La douleur n'est pas un problème. Si la marche sur le feu était liée au
contrôle de la douleur, il y aurait eu des blessures physiques, qui auraient été
bloquées mentalement. Tous les membres de notre groupe décidèrent finalement
de marcher sur les braises, ce soir-là. Personne n'encourut la moindre brûlure, et
plusieurs d'entre nous choisirent d’effectuer plusieurs passages.
La marche sur le feu a fait l'objet de pas mal de controverses. Selon une réaction
populaire, il n'y a pas d'effets de brûlure en raison de ce que l'on appelle l'effet
Leidenfrost. Il vous est familier, si vous avez déjà vu de l'eau heurter une
casserole très chaude. L'eau rebondit aussitôt qu'elle touche la zone chauffée.
L'hypothèse des sceptiques est que la sueur du corps produit de l'eau et qu’elle
sert alors d'isolant entre le pied et les braises. Jack Houck vérifia cela en plaçant
des thermocouples sur les pieds de marcheurs du feu. Il en conclut que la zone
humide restait en dessous de 150°pendant moins d'un quart de seconde avant
34
http://www.cnn.com/2016/06/24/us/tony-robbins-hot-coal-walkersburned/
74
de remonter rapidement, ce qui indique qu'il n'y aurait plus d'eau pour isoler le
pied pendant les pas restants sur les braises. Comme je l'ai écrit dans The
Warrior's Edge, "des températures supérieures et inférieures aux maxima et aux
minima de l'effet Leidenfrost ont été enregistrées pendant des marches sur le feu
sans qu'aucun marcheur ne soit blessé".
Il y a d'autres explications sceptiques. L'une d'entre elles est que la brièveté de
l'expérience signifie que le contact avec la surface brûlante est trop minime pour
provoquer une brûlure. Or, des personnes pour lesquelles le contact fut très bref
ont été brûlées. Par ailleurs, certaines personnes qui avaient déjà réussi une fois
leur parcours furent ultérieurement brûlées au cours d'une autre séance. Comme
nous le verrons plus loin dans le chapitre sur le vaudou, certains individus
parviennent à maintenir un contact direct avec le feu ou les pierres chauffées
pendant plusieurs secondes, voire plusieurs minutes, sans subir d'effets
physiques dommageables.
Ma perception personnelle, c'est qu'un changement d'état mental distinct se
produit, ineffable, et donc impossible à décrire. C’est comme pour le vélo ou
comme pour la natation : on le sait, quand on y arrive.
En guise d'avertissement final, n'essayez pas la marche sur le feu sans les
instructions d'un guide expérimenté et digne de confiance. Les conséquences
d'une erreur pourraient entraîner des blessures graves, voire la mort.
LA RADIESTHÉSIE
L'efficacité de la radiesthésie est très controversée. Il n'y a pas de théorie
scientifique fiable qui explique comment se produisent les effets observés. C’est
particulièrement vrai pour les applications à distance, comme la radiesthésie
cartographique. Pour être franc, les expériences contrôlées en laboratoire n'ont
pas donné des résultats positifs. Il y a toutefois de nombreux exemples
d'utilisation réussie de radiesthésie sur le terrain, avec de grands bénéfices pour
le radiesthésiste ou la communauté.
75
Au cours des siècles, d'innombrables récits ont fait état de l'utilisation de
baguettes de saule ou d'autres accessoires de radiesthésie pour localiser des
sources d'eau souterraines. Le Service géologique des États-Unis déclare qu'il est
difficile de ne pas trouver de l'eau à peu près n'importe où à une certaine
profondeur.35 Bien qu'elle soit généralement associée à la recherche de puits, on
utilise la radiesthésie pour trouver beaucoup d'autres choses.
Notre ami Uri Geller, qui est très connu pour son art de tordre les cuillères, a fait
de la prospection minière une activité lucrative en utilisant des techniques de
radiesthésie. "Sur les 11 clients qui ont fait appel à mes services jusqu'à présent",
écrit-il, "quatre ont touché le gros lot, quatre autres ont obtenu des résultats très
respectables et trois seulement ont eu des résultats décevants".36 J'ai appris ses
succès pour le compte de la compagnie pétrolière nationale mexicaine PEMEX
auprès d'une source inhabituelle, un agent des douanes américaines (Uri
confirma l'histoire ultérieurement). Porteur d'un passeport mexicain et d'un
magnifique pistolet, Uri fut arrêté à l'aéroport JFK de New York, lors de son
passage aux États-Unis. Un agent des douanes américaines, qui vit à présent
dans ma région, me confirma l'incident et m'indiqua qu'il avait aidé Uri à
récupérer son arme. Par ailleurs, il reconnaît à Uri le mérite d'avoir aidé à
résoudre ce que l'on a appelé les meurtres en série du "fils de Sam", à New York.
Le tireur, David Berkowitz, fut arrêté et condamné pour six homicides. Cette
arrestation intervint après qu'Uri ait correctement identifié sa position en utilisant
une variante de la radiesthésie cartographique.
Un exemple personnel concerne mon frère Don, ancien lieutenant du service de
secours des pompiers du comté de Metro-Dade en Floride. Les pompiers
travaillent souvent 24 heures sur 24. Ceci leur permet d'avoir des jours de congé
consécutifs et ainsi d'avoir un deuxième emploi pour beaucoup d’entre eux. Don
se mit à son compte et se lança dans la construction de maisons. Cette activité
exige de l’entrepreneur qu'il sache où se trouvent les tuyaux et les câbles enfouis.
Il est fréquent de travailler en aveugle et il n'est pas toujours possible d'obtenir
des informations fiables. La solution de Don était simple : elle consistait en des
35
36
USGS, https://water.usgs.gov/edu/dowsing.html
Uri Geller, http://www.urigeller.com/uri-gellers-hidden-agendaprospecting/
76
cintres métalliques. Il avait régulièrement recours à des cintres métalliques qu'il
pliait en forme de L. Il plaçait ensuite les tiges dans des bouteilles de Coca-Cola
vides, qu'il tenait en lieu et place des tiges.37 Cette procédure garantissait que
personne ne pourrait prétendre que c'étaient les muscles de ses mains qui
entraînaient réellement le mouvement des tiges. Avec une bouteille dans chaque
main, il parcourait le terrain à l'affût d'une réaction. Lorsqu'il passait au-dessus
des éléments qu'il cherchait, les tiges métalliques des cintres se croisaient
spontanément, et une fois l’endroit marqué, il creusait prudemment dans la zone
pour confirmer l'emplacement.
Zaboj Harvalik était un physicien qui s'intéressa de très près à la radiesthésie.
J'eus la chance de le rencontrer chez lui, en Virginie septentrionale, et de discuter
de son travail pour l'armée américaine. Pendant la guerre du Viêt Nam, trouver
les armes cachées des Viêt-congs était un problème préoccupant. Il était bien
connu que de nombreuses personnes étaient des fermiers traditionnels pendant
la journée et des Viêt-congs pendant la nuit. Ils planquaient leurs armes légères
et leurs munitions dans toutes sortes d'endroits, souvent dans des lieux très
fréquentés, comme les meules de foin ou sous le sol en terre de leurs maisons.
En collaboration avec des ingénieurs de l'armée américaine, Harvalik aida à
construire à Ft. Belvoir, en Virginie, un village ressemblant à un village
vietnamien, qui fut utilisé pour l'entraînement préalable au déploiement. Harvalik
formait de jeunes soldats à l'art de la radiesthésie, puis les envoyait dans ce
village pour y retrouver les armes dispersées dans plusieurs endroits cachés. Des
témoignages anecdotiques signalent qu'ils étaient très performants, aussi bien en
Virginie qu'au Viêt Nam. Malheureusement, je n'ai pas pu trouver des documents
officiels appuyant ses affirmations, mais je peux affirmer que les vétérans du Viêt
Nam, qui connaissaient la radiesthésie, croyaient en son efficacité.
Chez Harvalik, il y avait un champ qu'il utilisait pour former les civils intéressés
par la radiesthésie. Il me dit un jour que s'il protégeait certaines régions du corps
37
Une des explications populaires des sceptiques pour expliquer le mouvement des instruments de
radiesthésie, qu'il s'agisse de tiges en L, de pendentifs ou d’autre chose, est que la personne provoque
consciemment ou inconsciemment le mouvement via des muscles de la main. L'utilisation des bouteilles
signifiait sans équivoque que ce n'était pas le cas.
77
des rayonnements électromagnétiques, les possibilités de radiesthésie
disparaissaient. Il pensait qu'il existait un mécanisme interne de triangulation
facilitant le phénomène. Cela suggère que la radiesthésie est régie par le
rayonnement électromagnétique d'une manière inconnue. Bien qu'il ait réalisé
des expériences pour étayer cette thèse, ses affirmations semblent être
contredites par ceux qui revendiquent l'efficacité de la radiesthésie
cartographique à distance. Ces questions sont importantes, mais sont ignorées
par les scientifiques traditionnels.
À LA RECHERCHE DU YÉTI
En juillet 2015, j'eus l'opportunité de me joindre à une petite expédition autour du
yéti. Dirigée par James Collier, l'expédition avait pour but de réaliser un filmesquisse pour un projet de série télévisée. Si l'on a déjà observé des créatures
poilues du genre hominidés dans le monde entier, il existe une bande de terre qui
va de l'est de l'Oklahoma jusqu'aux bayous de la Louisiane, en passant par l'est
du Texas, et qui recueille plus que sa part de témoignages.
Nous nous rendîmes d'abord à Honobia, dans l'Oklahoma, où se tient chaque
année un rassemblement dédié au yéti. Cet événement attire des centaines, voire
des milliers de personnes, soit plusieurs fois la taille normale de ce village non
incorporé. En arrivant sur l'Indian Highway, dans les monts Kiamichi, un panneau
"Home of Bigfoot" nous salua. Cette région ne ressemble à aucune autre partie
de l'Oklahoma que j'aie jamais traversée. À la place des grandes exploitations
céréalières, on y trouve des forêts luxuriantes qui couvrent des centaines de
kilomètres carrés. En m’y déplaçant à pied, je ne doutai pas que de grandes bêtes
pouvaient se trouver à proximité sans jamais être aperçues.
Notre hôte s’appelait Troy Hudson, un descendant des Choctaw avec une
expérience militaire et dans le domaine du maintien de l'ordre. Extrêmement
compétent, il connaissait très bien les bois et il avait entendu de nombreux récits
de rencontres avec de grands hominidés qui vivraient dans la région. Pour se
rendre dans les zones les plus reculées, Troy avait pris des dispositions pour que
78
nous nous déplacions en véhicules tout-terrain. Nous passerions nos nuits à
suivre des pistes forestières et à observer les bois. Nous enregistrâmes certains
sons inexpliqués, mais là se limita notre interaction personnelle avec ce qui se
trouvait là.
Ce qui m'impressionna, ce fut les informations fournies par le conducteur de
notre 4x4, qui venait de Dallas, au Texas, où il exerçait son activité
professionnelle. Il avait fait une rencontre tellement étonnante qu’il revenait à
Honobia, dès qu'il en avait l'occasion. Sur un ton posé, il nous raconta l'incident
qui avait changé sa vie. Un soir, quelques années auparavant, il avait conduit son
4x4 jusqu'à une cabane abandonnée au fond des bois. Malgré le crépuscule, il
pouvait encore distinguer les objets assez clairement. Devant la cabane se
trouvait un champ herbeux qui avait été déboisé. En arrêtant son 4x4, il aperçut
une silhouette accroupie près du coin de la cabane, à quelques mètres
seulement. Tout à coup, la créature se dressa en poussant un cri. Debout sur ses
jambes, elle mesurait plus d'un mètre quatre-vingt-dix, selon ses estimations. Il
prit cette créature pour un hominidé mâle, couvert de poils sombres. Ce n'était
certainement pas un ours dressé sur ses pattes arrière.
L'alerte lancée par la créature trouva un écho auprès d'une autre créature qu'il
pensa se trouver à une centaine de mètres de là, près de l’orée du bois. De l'autre
côté du champ, le conducteur du 4x4 repéra un autre hominidé adulte, sans doute
une femelle, accompagnée d'un animal plus petit qu'il prit pour leur progéniture.
L'observation ne dura qu'une courte période, probablement moins d'une minute,
mais elle marqua profondément cet avocat. Même si elle nous semble
extraordinaire, l'histoire qu'il nous raconta est confirmée par de nombreuses
personnes de la région. Plus tard dans la soirée, alors que je me promenais seul,
je tombai sur des adolescents du coin qui viennent souvent en groupe voir ce qui
se passe. Convaincus de la réalité du yéti, ils semblaient choqués que je
m'aventure seul dans cette zone sans lampe de poche.
Si notre expérience en Oklahoma fut intéressante, elle fut loin d'être aussi
convaincante que la rencontre que nous fîmes au nord de Shreveport, en
79
Louisiane. Notre guide s'appelait Webb Sentell, un neuropsychologue du pays,
que j'avais présenté dans le cadre d’une conférence de la Society for Scientific
Exploration qui s'était tenue en mai, cette année-là à Rockville, dans le Maryland.
Le titre de son exposé était "Pourquoi des arbres traverseraient-ils la route ?"
Provocateur, il portait sur des anomalies qu'il avait découvertes dans les zones
forestières des environs : des petits arbres avaient apparemment été manipulés
physiquement par quelque force sensible. Webb avait également des preuves de
l'interaction de quelque chose avec des substances qu'il avait placées dans des
endroits discrets. Les pots de beurre de cacahuète qui avaient été ouverts étaient
particulièrement intéressants. C'était révélateur, sachant qu'il aurait fallu un
pouce opposé pour en dévisser le couvercle, il n'y avait pas d'autre solution. Son
hypothèse était que c'était un yéti de la région qui l'avait fait.
En accompagnant Webb, nous rencontrâmes plusieurs personnes de la région qui
avaient croisé Bigfoot. Mais c'est notre expérience personnelle qui fut la plus
révélatrice. Nous nous installâmes sur un terrain privé pour camper tout près d'un
bayou. L'une des tentes était située à moins d'un mètre cinquante de l'eau, et
celle dans laquelle je logeais avec le producteur de cinéma, Chuck Parker se
trouvait à une vingtaine de mètres à l'intérieur des terres. La nuit tomba et nous
entendîmes les sons enchanteurs du chœur des habitants des marais profonds.
Quelques heures après nous être glissés à l'intérieur de nos sacs de couchage, je
fus réveillé vers 2h30 du matin par des lumières qui clignotaient tout près de
l'autre tente. James et son partenaire de recherche, Kman Miller, fouillaient
frénétiquement les alentours. Peu de temps auparavant, quelque chose avait
poussé un formidable grondement à quelques pas de leur tente. Bien que séparés
par le tissu de la tente, ils estimèrent qu'il émanait d'une distance inférieure à un
mètre. James déclara qu'il était si fort qu'il les avait physiquement secoués dans
leurs sacs de couchage et sur leurs matelas pneumatiques.
Étant plutôt dur d'oreille, je n'avais pas entendu le bruit, car pendant la nuit,
j'enlève toujours mes appareils auditifs. Cependant, les lumières attirèrent mon
attention et je m'approchai pour voir quelle était la nature de l'agitation. C'est
alors que la situation devint encore plus étrange. Le terrain boisé, touffu et
humide était rempli d'araignées. Chasseuses nocturnes, leurs toiles proliféraient
80
partout, mais curieusement, la plupart des toiles situées dans les alentours
immédiats ne semblaient pas avoir été touchées. Compte tenu de la proximité et
du volume du signal acoustique, James en conclut logiquement que, quelle que
soit la source, elle devait être assez imposante. L'énigme réside dans l'absence
de traces physiques d'un hominidé de grande taille, qui auraient dû être
présentes là, s'il s'agissait d'une créature physique. Pourtant, l'incident s'est bel
et bien produit et a certainement attiré notre attention.
LE ROI DE LA TORTURE
Tim Cridland gagne sa vie en faisant la démonstration de sa résistance à la
douleur. Il est surnommé "Zamora, le roi de la torture" et se transperce
pratiquement quotidiennement avec des objets pointus.38 Nous nous
rencontrâmes à la faveur d'une série de coïncidences. Je vis Tim se produire au
cours de l'un des rendez-vous mensuels Wonderground de Jeff McBride, où des
magiciens du monde entier viennent se produire devant leurs pairs. Intrigué par
ce que j'avais vu, je pris contact avec Jeff pour obtenir les coordonnées de Tim.
Avant d'avoir pu prendre contact avec lui, il était prévu que je fasse un exposé au
National Atomic Testing Museum. Dans le public, Tim chercha à me contacter,
mais il ignorait que je le cherchais.
Partageant de nombreux centres d'intérêt, nous sommes devenus amis et nous
restons en contact, même quand il est à l'étranger. Dans son rôle de Zamora, Tim
perce diverses parties de son corps avec de longues aiguilles, un peu comme des
brochettes de viande. J'avais aussi regardé David Blaine dans une émission
télévisée spéciale, Real or Magic, où il s'était enfoncé une longue aiguille dans le
bras, pendant que Ricky Gervais était assis à quelques centimètres de lui et
grimaçait.39 Sachant qu'il ne s'agissait pas d'un tour, je voulais savoir comment il
était réalisé.
38
39
Tim Cridland, son site web est http://www.astoundingshow.com/
David Blaine, la séquence peut être visionnée ici : http://www.davidblaine.com/magic
81
A la faveur d'une longue conversation chez nous, je demandai à Tim s'il était de
ceux qui ne ressentent pas la douleur. De telles personnes existent ; cette
condition héréditaire est connue sous l'appellation d'insensibilité congénitale à la
douleur. Cela peut être très dangereux, car certaines personnes atteintes
d'insensibilité congénitale à la douleur ont subi de graves blessures, y compris
des fractures, sans s'en rendre compte. Tim répondit qu'il ressentait bien la
douleur, mais que sa façon de l'appréhender était différente par rapport à la
plupart des gens. Après avoir participé à l'émission de télévision Superhumans de
Stan Lee, Tim passa des tests au centre médical de Los Angeles. Une IRMf révéla
que le processus mental spécifique de son cerveau lui permettait d'accomplir son
numéro. Tim possède également des connaissances approfondies en anatomie et
en physiologie, ce qui est important, car il sait où il est possible de pénétrer en
toute sécurité dans le corps, en évitant les principaux vaisseaux sanguins et les
organes vitaux.
Ce qu'il fait comporte une composante religieuse, à laquelle il fait allusion dans
sa biographie. Celle-ci repose sur la façon dont il a acquis ces capacités rares.
Tim accomplit une petite cérémonie privée qui n'est pas montrée au public.
En plus de s'embrocher, Tim a encore réalisé d'autres tours de force dangereux.
Par exemple, il a appris à manger du feu et à contrôler ses réflexes, lorsqu’il se
tient sur des surfaces extrêmement chaudes.
On ne saurait trop insister sur l'importance d'une meilleure compréhension des
mécanismes de la douleur. D'une manière ou d'une autre, Tim et quelques autres
détournent mentalement la douleur et se permettent de s'engager dans des
activités qui semblent contre nature. En raison de protocoles inadéquats de
gestion de la douleur, les Américains deviennent dépendants des opioïdes dans
des proportions stupéfiantes. Si, comme Tim me l'a suggéré, ces compétences
peuvent être apprises, elles constitueraient des alternatives essentielles aux
modalités de traitement pharmaceutique actuelles. Bien que les réponses aient
jusqu'à présent échappé aux chercheurs médicaux, il ne fait aucun doute que ce
domaine mérite d'être étudié.
82
L’ÉNERGIE ORGONE
Trevor James Constable était un iconoclaste par excellence. Quand nous nous
rencontrâmes chez lui à Long Beach, en Californie, il était officier de
communication dans la marine marchande américaine et servait sur des navires
qui naviguaient entre ce port et Hawaï. Constable proposa un point de vue unique
sur les ovnis, qu'il considérait comme des entités vivantes. Mais ce qui m'amena
à le rencontrer, ce ne fut pas les ovnis, mais son travail avec des dispositifs
d'énergie orgone.
Wilhelm Reich émit l'hypothèse de l'existence de l'énergie orgone dans les
années 1930. Psychanalyste autrichien, il était réputé pour ses travaux sur la
sexualité humaine. Reich soutenait que ce système énergétique est en libre
circulation autour de la Terre et qu'il peut être exploité et utilisé pour des
bienfaits sanitaires, le changement des conditions météo et d'autres applications.
Reich inventa les accumulateurs d'orgone et vanta leurs capacités
thérapeutiques. La réponse de la science et de la médecine conventionnelles fut
virulente et conduisit à son arrestation et à une condamnation à une peine de
prison ferme. Reich mourut en prison en 1957.
Aujourd'hui, peu d'Américains se rappellent de lui ou de ses recherches. Même
les personnes qui vivaient dans les années cinquante ignorent que, non
seulement on le reconnut coupable d'un crime, mais que les tribunaux
ordonnèrent la destruction de son matériel et l'incinération de ses livres ! Un tel
incident est d'autant plus significatif que nous venions de sortir de la Seconde
Guerre mondiale, durant laquelle les autodafés nazis furent vivement condamnés
pour avoir porté atteinte à la liberté de pensée. Pourtant, cela se passait aux
États-Unis.
Ayant entendu parler des recherches de Constable, j'étais surtout intéressé par
ses expériences sur les changements météorologiques. Selon la théorie de Reich,
l'énergie orgone possède des caractéristiques uniques. Alors que la recherche de
l'homéostasie est une norme dans la plupart des systèmes énergétiques, il
soutenait que l'orgone passait d'un potentiel faible à un potentiel plus élevé. Il y
83
avait également une affinité avec les sources d'eau. Les systèmes de
changement météorologique par l'orgone comprenaient une série de longs tubes
souvent ancrés dans l'eau.
Constable me montra le système qu'il avait chez lui, mais les expériences qu'il
réalisa en naviguant sont plus intéressantes. Les vidéos qu'il me remit étaient
très convaincantes. En tant qu'officier des communications, il avait beaucoup de
temps libre, et le capitaine du navire appuyait ses efforts. Ce qu'il démontra à
plusieurs reprises, c'était sa capacité à faire pleuvoir — et de le faire dans des
zones précises. Par exemple, alors que ses caméras balayaient un horizon sans
nuages, Constable disait qu'il allait provoquer des averses à l'avant du bateau. Le
navire essuierait alors une série de petites tempêtes de pluie au fur et à mesure
qu'il progressait. Une autre séquence montrait le panoramique d'un ciel sans
nuage, suivi d'une intention déclarée de faire tomber la pluie sur le côté tribord.
Quelques minutes plus tard, des nuages apparurent - et seulement à tribord suivis de pluie, exactement comme il l'avait prédit.
Il affirma également que les canons à orgone pouvaient être utilisés pour bloquer
des systèmes météorologiques dominants. Il le démontra de façon plutôt
convaincante avec un système installé sur la terre ferme. Pour cette
démonstration, il filma des nuages qui se déplaçaient suivant le schéma normal
de flux d'ouest en est pour la région. Après avoir déterminé ces paramètres,
Constable activa le système d'énergie orgone. Quasiment immédiatement, les
nuages qui se dirigeaient vers les caméras stoppèrent leur progression vers l'est.
Heureusement, dans le champ de la vidéo il y avait un poteau qui permettait
d'orienter l'action. Les nuages qui se trouvaient directement devant les canons
interrompirent leur mouvement pour se diriger vers le nord. Mais une fois que ces
nuages quittèrent la trajectoire de l'énergie orgone, ils reprirent leur mouvement
vers l'est. Il était clair que le système de Constable était à l'origine de ces
perturbations météorologiques.
Même si l'on croit que ces systèmes permettent de modifier le temps, leur
utilisation soulève des questions éthiques majeures. La majorité de ceux d'entre
nous qui ont observé le processus pensent que les systèmes météorologiques ne
84
sont pas réellement créés, mais qu'ils sont manipulés ou artificiels. Par
conséquent, si la pluie est déplacée vers une région pour irriguer des cultures,
celle-ci est enlevée à une autre région. Il y a également des moyens
conventionnels pour changer la météo, tels que l'ensemencement des nuages
existants avec des cristaux d'iodure d'argent ou de la glace carbonique afin
d'augmenter les précipitations. Cette technologie a été utilisée pour provoquer
des précipitations précoces afin qu'un pays puisse gérer l'arrivée des pluies et
éviter de graves inondations à une date ultérieure.
Compte tenu des implications de changements majeurs de la météo, il existe des
traités internationaux réglementant la manière de procéder. Conscient de telles
obligations, Constable remplissait effectivement des documents se rapportant
aux changements de la météo et particulièrement avant d’entreprendre de grands
projets. Il me transmit la documentation d'une expérience de ce type avec des
systèmes situés dans la mer de Salton, dans le sud de la Californie, où les
modèles météorologiques existants sont bien connus. En principe, l'humidité
remonte du golfe de Californie vers le nord, puis balaie le nord et l'est en
apportant les moussons annuelles en Arizona et au Nouveau-Mexique. Sur
commande, Constable bloqua ce schéma météorologique et dirigea une tempête
inattendue sur Los Angeles qui, statistiquement, reçoit 0 mm de pluie au cours de
ce mois de l'année. Les bulletins météo des journaux télévisés se dirent choqués
par ces précipitations et soulignèrent qu'ils ne les avaient pas prévues.
En ce qui me concerne, le problème du traité se posa avec acuité en 1983, quand
Constable m'informa qu'il allait mener une autre expérience de cette ampleur.
Prévenu en tant que lieutenant-colonel de l'INSCOM, je demandai aux
responsables de surveiller de plus près les données des satellites
météorologiques avant, pendant et après son expérience. La demande fut rejetée,
de peur que l'on puisse croire que l'armée était impliquée dans ce projet. Le sujet
du changement des conditions météo figurait dans un document de l'armée de
l'air américaine présentant des projections technologiques pour 2025.40 Certains
L'étude de l'armée de l'air américaine sur la technologie permettant de modifier les conditions
météorologiques : “The Ultimate Weapon of Mass Destruction: Owning the Weather for Military Use,”
http://www.globalresearch.ca/theultimate-weapon-of-mass-destruction-owning-the-weather-for-militaryuse2/5306386
85
chercheurs conclurent que ‘’contrôler les conditions météo“ pourrait être ”l'arme
ultime de destruction massive’’. Les preuves que j'ai vues de l'utilisation de
l'énergie orgone comme moyen de changer la météo suggèrent qu'il est impératif
de poursuivre les recherches en ce sens. Malheureusement, cela va à l'encontre
de la sagesse scientifique conventionnelle.
Trevor James Constable a rendu son dernier soupir en 2016. James DeMeo, qui
réside à Ashland, dans l'Oregon, est l'un des chefs de file de la recherche
contemporaine sur l'énergie orgone.41
41
Son site web est : http://www.orgonelab.org/
86
CHAPITRE 6 : LE CRÂNE DE CRISTAL
Alors que des émanations psychiques rayonnaient de l'objet unique qui se
trouvait devant nous, nous n'étions absolument pas préparés à ce qui allait
suivre. Ces événements, à ce jour, restent sans explication rationnelle. Je pourrais
facilement rejeter l'histoire de ces événements, s’ils ne m'étaient pas arrivés.
C'était au début de l'année 1983 et Andrija Puharich était fidèle à lui-même. Sans
cérémonie, Andrija m'informa que le fameux crâne de cristal m'avait appelé. Il
ajouta qu'on ne demandait pas à voir le crâne, mais qu'il faisait signe à ceux qu'il
voulait rencontrer. Je ne suis pas sûr de croire la partie concernant l'appel du
crâne, mais il s’agissait là d’une péripétie intéressante dans ce qui s'avéra être
une rencontre des plus intrigantes.
L'objet en cristal dont il était question était le mythique crâne de MitchellHedges, le plus célèbre du lot. Andrija m'indiqua que si je voulais en savoir plus
sur ce mystérieux artefact, je devrais me rendre ce week-end-là dans un hôtel
spécifique de Toronto, au Canada, et attendre que l'on me contacte. C'était à la
fois intéressant et opportun, puisque nous venions tout juste d'être mis au
courant de certaines expériences filmées qui semblaient montrer que l'antigravité
était en train d'être démontrée, là-bas. L’un des principaux chercheurs impliqués
dans ce projet était l'ingénieur électricien, George Hathaway, qui travaillait avec
John Hutchison. L'application deviendrait connue comme étant "l'effet
Hutchison", qui fera l'objet d'un chapitre ultérieur. Alors que le laboratoire
d’Hutchison se trouvait à Vancouver, en Colombie Britannique, Hathaway résidait
à Toronto, si bien que je pouvais tout à fait justifier le voyage.
Ce crâne de cristal légendaire aurait été trouvé par Anna Mitchell-Hedges, alors
qu'elle n'était encore qu'une jeune adolescente. D’après cette histoire, Anna
accompagnait son père adoptif, Frederick Albert (F.A.) Mitchell-Hedges, dans le
cadre d’une expédition dans ce qui était alors le Honduras britannique
(aujourd'hui le Belize). F.A. Mitchell-Hedges était un aventurier britannique de la
période coloniale. Ses explorations n'étaient pas toujours couronnées de succès
et alors qu'il cherchait des vestiges de l'Atlantide, il fut capturé par le grand
87
révolutionnaire mexicain, Pancho Villa. Il a été suggéré qu'il fut, au moins en
partie, le modèle du personnage du film d'aventures, Indiana Jones.
Les origines du crâne de cristal sont pour le moins obscures. Même ceux qui
acceptent la version écrite de la provenance du crâne pensaient généralement
que c’était F.A. Mitchell-Hedges qui avait trouvé l'artefact et qu’il l'avait mis là où
Anna le trouverait. L'histoire entourant la découverte est vague et très
controversée. Il affirma que la découverte avait eu lieu dans le cadre
d'expéditions tout près des ruines mayas de Lubaantun, dans les années 1920.
Mais il n'existe aucune archive concernant ce crâne avant les années 1940. Dans
ses écrits, F.A. Mitchell-Hedges qualifia l’objet de ‘’crâne de la fatalité’’. Selon lui,
les prêtres s'en servaient pour punir leurs victimes de mort, et il suggéra que ce
crâne était l'incarnation du mal.
Pour ajouter à la confusion, des enquêtes suggèrent que Mitchell-Hedges aurait
acheté l'objet aux enchères chez Sotheby's et qu'il n'aurait aucun lien avec une
origine maya. Des chercheurs notent que cet objet ne ressemble à aucun autre
artefact trouvé dans tout le vaste périmètre des ruines mayas de l'Amérique
centrale. Les caractéristiques physiques du crâne soulèvent certainement de
sérieuses questions quant à son authenticité. Les experts relèvent que la
hiérarchie maya typique avait la tête allongée et inclinée vers l'arrière. Ce crâne
présente un front bombé, une caractéristique qui n'est pas associée à la région.
Tous ces éléments et ces faits douteux suffirent pour que Zig Zag Productions
réalise une expérience sophistiquée pour l'émission de télévision The Truth
Behind Crystal Skulls & Crop Circles (La vérité derrière les crânes de cristal et les
cercles de culture) de National Geographic.42 Pour cet épisode, ils firent appel à
un artiste médico-légal pour recréer le visage réel qui aurait appartenu à cette
personne. Cette technique est fréquemment utilisée pour aider à identifier les
victimes de meurtres et pour ajouter des détails aux découvertes archéologiques.
Zig Zag constata que la reconstitution faciale semblait être celle d'une
Européenne et clairement pas d'une Maya.
42
http://channel.nationalgeographic.com/the-truth-behind/galleries/thetruth-behind-the-crystal-skullspictures/at/barry-lui-crystal-skull- 42166/
88
Mais, les légendes sont tenaces et au mystère du crâne s'ajoutent les histoires
sur les habitants de la région. À ce jour, les limites de la civilisation maya, qui
pourrait remonter à 11 000 ans avant notre ère, restent inconnues. Lorsqu’on
voyage dans la région mésoaméricaine, on remarque toujours la présence de
monticules, dont la plupart étaient en fait des édifices d'un ordre ou d’un autre.
Comme j'ai pu le constater, il y en a des milliers et la plupart d'entre eux sont
encore inexplorés. Ce que l'on sait, c'est que les Mayas étaient très avancés en
matière d'éducation et qu'ils étaient bien connus pour les hiéroglyphes complexes
qui ornaient leurs monuments. Sur le plan institutionnel, ils avaient développé un
certain nombre de cités-états, pratiquaient le commerce et étaient
périodiquement impliqués dans des conflits. La dernière grande ville maya,
Nojpetén, continua de prospérer jusqu'à sa conquête par les envahisseurs
espagnols en 1697.
Le mysticisme général associé aux Mayas s'est accompagné d'une fascination
pour leur célèbre calendrier. Dans les années 1970 et 1980, des prophéties
populaires du New Age proclamèrent que les Mayas voyaient la fin des temps en
décembre 2012. On croyait également que les Mayas avaient mystérieusement
‘’disparu’’ en ne laissant derrière eux que des traces énigmatiques. En réalité, la
population diminua certainement après l'arrivée des Espagnols, mais ils n'ont
jamais cessé d'exister. Comme nous le répéta souvent notre guide, ‘’nous
sommes toujours là, il suffit de nous interroger’’.
C'est dans cette ambiance mystique que nous démarrons notre aventure. Il existe
plusieurs crânes de cristal, mais celui-ci est unique par sa complexité. De toute
beauté, il mesure approximativement 13 cm de haut, 18 cm de profondeur et 13
cm de diamètre. Il est assez lourd, avec un poids d'environ 5 kg. Les arcades
zygomatiques sont clairement dessinées et les orbites des yeux suggèrent une
connexion avec le nerf optique plutôt que les trous ronds que l'on trouve dans la
plupart des crânes de ce type. En outre, la version de Mitchell-Hedges possède
une mandibule (mâchoire inférieure) détachable, ce qui la distingue de tous les
autres crânes sculptés qui ont été présentés.
89
Il convient de noter que des analyses scientifiques ultérieures indiquent que le
crâne n'est pas d'origine maya et qu'il a été poli par des professionnels. Ceci dit,
au fil du temps, des légendes se mirent à circuler sur les pouvoirs psychiques et
les événements mystiques associés à ce crâne de plus en plus célèbre. La
provenance de cet objet n'est pas liée aux événements qui surviendront par la
suite.
Il faisait frais en cette fin d'après-midi du samedi 26 février, lorsque nous
embarquâmes à l'aéroport international de Baltimore-Washington. Mon exépouse, le Dr Jan Northup, m'accompagnait, alors que nous faisions diligemment
route vers le nord, en nous demandant ce qui nous attendait. À ce moment-là,
nous étions loin de nous douter qu'une expérience mystique se préparait au
Canada.
Le dimanche matin, le ciel nuageux se dégagea et le soleil pointa le bout de son
nez. Vers 10 heures, le téléphone sonna et on nous invita à nous présenter dans
le hall de l'hôtel à 13 heures, où l'on viendrait nous chercher pour nous emmener
dans un autre endroit, qui n'avait pas encore été dévoilé. Pour ajouter au mystère,
nous ignorions qui nous accompagnerait. Notre guide s'avéra être Alan Neuman,
un producteur de télévision bien connu de Los Angeles.43 Son émission la plus
populaire fut probablement Person to Person, où il interviewa des personnalités,
telles qu'Edward R. Murrow, Marilyn Monroe, Frank Sinatra, Elizabeth Taylor et
John F. Kennedy. On sait moins qu'Alan avait réalisé une émission appelée Inner
Sanctum et qu'il s'intéressait personnellement à l'exploration des phénomènes
psychiques.
J'avais déjà rencontré Alan dans le cadre d'une émission spéciale qu'il réalisa
pour la chaîne NBC et qui avait pour objectif de filmer la torsion des métaux. (Les
détails de cet épisode sont relatés dans le chapitre sur les séances de torsion de
cuillères). Alan était accompagné par un assistant et nous informa que nous
devions nous rendre dans la ville de Kitchener, à environ 120 km. C'est donc dans
sa voiture avec chauffeur que nous empruntâmes l'autoroute canadienne 401. Le
voyage dura environ 90 minutes et nous discutâmes de diverses expériences
43
http://www.emmytvlegends.org/interviews/people/alan-neuman
90
psychiques. Nous ne savions pas encore grand-chose de la destination, ni de ce
qui allait se produire.
La maison blanche d'Anna Mitchell-Hedges était située dans un quartier de la
classe moyenne de Kitchener. Vive pour ses 70 ans, elle invita courtoisement
notre petit groupe à entrer chez elle. L'impact initial fut saisissant. Alors que nous
nous attendions à voir le crâne de cristal, nous fûmes ébahis par la diversité
d'objets de qualité muséale qui ornaient les pièces. Je me demandai franchement
comment une telle collection pouvait être conservée en toute sécurité dans ce
quartier de la ville, sans aucun dispositif de sécurité apparent. Je soupçonne que
ses voisins n'avaient aucune idée de la valeur de sa collection d'objets.
Une femme modeste, d'âge moyen, était aussi présente. C'était une médium qui
travaillait avec Anna et le crâne. Je n’ai malheureusement pas retenu son nom. À
voix basse, la médium commença tranquillement par évoquer de longs messages
provenant apparemment d'une entité spirituelle associée à ce crâne. Le ton était
conspiratoire, mettant en garde contre des événements désastreux qui risquaient
de se produire. Il convient de noter qu'à l’époque, de nombreux messages de ce
type étaient diffusés et popularisés via la littérature New-Age. Nous avions déjà
entendu toute une série d'avertissements psychiques concernant de graves
catastrophes environnementales qui allaient bientôt se produire. Ces messages
alertaient aussi sur des changements de gouvernement qui n'allaient pas dans le
sens du progrès de l'humanité. Par ailleurs, ils mettaient en garde contre
l'introduction de technologies de contrôle de l'esprit qui auraient un impact
négatif sur la société.
D'après la médium, la mission du crâne était d'assurer la protection et le salut de
l'humanité. Il s'agirait d'un des crânes de cristal qui, une fois réunis, révèleraient
les secrets des grands crânes de l'Atlantide. Des informations spécifiques
concernant les actions requises viendraient ultérieurement, relaya la médium.
Puis elle nous demanda si nous voulions bénéficier d'une séance de guérison. Jan
voulut commencer. Debout devant le crâne de cristal, qui se trouvait sur une
petite table basse dans le modeste salon d'Anna, la médium plaça sa main
91
gauche sur le sommet de l'objet, puis approcha lentement sa main droite de la
tête de Jan. Presque immédiatement, Jan perdit connaissance. Debout à côté
d'elle, Alan et moi, nous la rattrapâmes et la déposâmes délicatement sur le
canapé qui se trouvait juste derrière elle.
Après un court laps de temps, peut-être une minute, Jan rouvrit les yeux. Elle
déclara avoir senti des mains qui pratiquèrent une sorte d'intervention médicale
sur sa partie médiane. Quelques minutes plus tard, ayant retrouvé tous ses
esprits, elle se redressa, tout à fait consciente de la situation et décrivit
l'intervention comme une chirurgie psychique avec suture. Naturellement, il n'y a
aucun moyen de confirmer une telle expérience, puisqu’elle était presque
entièrement subjective, hormis sa défaillance physique apparente. D'après mes
observations à long terme, je puis dire qu'il n'y eut aucun changement notable
dans son état de santé.
Mais l'épisode le plus marquant était encore à venir. Alors que je ne suis
généralement qu'un observateur plutôt qu'un participant aux expériences,
j'acceptai de coopérer avec la médium. Même si je n’étais pas conscient d'avoir
des problèmes physiques à corriger, je pensais simplement me prêter à
l'expérience. Au fil des ans, j'ai assisté à de nombreuses guérisons psychiques
sans en être spécialement affecté. Ayant vu Jan s’évanouir, par précaution, Alan
se plaça juste derrière moi, avec ses mains à environ cinq centimètres de mon
dos.
Quiconque a participé à des exercices de confiance sait à quel point il est facile,
lorsqu'on est préparé, de rattraper une personne qui tombe à la renverse. Ces
activités sont couramment utilisées dans les séances de team building dirigées
par des coachs en développement organisationnel et visant à renforcer la
confiance au sein du groupe. D'un point de vue physique, même si la personne
qui tombe est très lourde, en plaçant vos mains près du sujet, le momentum est
minime, ce qui facilite et sécurise le transfert. Alan était de corpulence moyenne
et un peu plus lourd que moi, de sorte qu'il lui aurait été facile de me rattraper.
92
Alors que je me tenais devant le crâne, la médium effectua de nouveau un léger
mouvement ondulatoire avec ses mains devant ma tête. Presque immédiatement,
en réaction à ses gestes délicats, je remarquai un infime déséquilibre, mais rien
de significatif. Consciemment, je résolus de ne pas reculer et de m'accrocher.
Quand je repris mes esprits, j'étais couché sur Alan et nous étions tous les deux
sur le canapé. Contre toute attente et en un clin d'œil, j'étais inconsciemment
tombé à la renverse. Même s'il s'était préparé à une telle éventualité, Alan fut
dans l'incapacité d'arrêter ma chute, et nous basculâmes tous les deux d'une telle
manière et avec une telle force que nous atterrîmes sur le canapé. ‘’Alexandre,
lâche-moi donc !’’, s'exclama vivement Alan. ‘’Je ne savais pas que tu pesais
autant !’’ En fait, je n'en avais aucune idée. À l'époque, je pesais sans doute ±75
kg.
D'après le modèle scientifique standard actuel de l'univers physique, ce qui se
produisit ce jour-là était impossible, fondamentalement. La médium n'avait
employé aucune force physique d'aucune sorte. Physiquement, elle ne m'avait ni
touché, ni poussé. Dans des circonstances normales, Alan aurait dû bloquer sans
effort mon mouvement de recul, tout en précisant qu'il avait essayé de me
rattraper. C'était comme s'il n'était même pas là. Une force inconnue nous avait
soudainement projetés tous les deux en arrière. Je n'ai aucun souvenir de ce qui
se passa entre le moment où je perçus l'infime déséquilibre et celui où Alan me
repoussa de dessus lui sur le canapé. Je n'avais pas été psychologiquement
amené à tomber, et cette théorie n'expliquerait pas que nous ayons tous les deux
été physiquement affectés. Comme indiqué, dans des circonstances normales,
cet événement n'aurait pas dû se produire. De toute évidence, il ne s'agissait pas
de circonstances normales.
Peu de temps après, nous reprenions la route et repartîmes à Toronto. Nous
discutâmes de ce que nous avions vécu, mais nous n'avions pas d'explication
rationnelle. Ce qui se produisit semble être en contradiction avec la conclusion de
l'émission télévisée Zig Zag, en vertu de laquelle le crâne ‘’n'a pas de pouvoir
particulier, si ce n'est celui de nous captiver’’. Pour notre part, nous ignorons si
une guérison physique s'était produite à la suite de cet épisode.
93
CHAPITRE 7 : LE POLTERGEIST BOURLINGUEUR
Les histoires de poltergeists ou de fantômes bruyants existent depuis l'Antiquité.
Ils sont souvent considérés comme malveillants, bien que parfois bénins, et sont
soit perdus, soit piégés, soit liés à des événements émotionnels de leur vie sous
forme humaine. Bien entendu, les scientifiques traditionnels ont tendance à
rejeter la possibilité que des entités extérieures invisibles créent des événements
physiques dans notre monde. Cependant, une fois que vous avez
personnellement vécu ces événements, leur réalité devient plutôt évidente.
En 1974, je fus affecté à la division Tropic Lightning (25e Div. d'Inf.).
à Schofield Barracks, Hawaï, et j'épousai ma deuxième femme, Diana. Elle était
accompagnée par trois charmants enfants, Lena, Mary et Connor (tous des
pseudonymes), âgés de 4 à 12 ans. Alors que Mary et Connor furent les témoins
de certains événements qui se produisirent au cours des années suivantes, ceuxci semblaient graviter autour de Lena, l'aînée des trois.
Ceux qui ont étudié les phénomènes de poltergeists affirment que ces
interactions se concentrent souvent autour d'un individu spécifique, souvent un
individu qui a des problèmes d'instabilité mentale ou un adolescent qui entre
dans la puberté. Lena rentrerait dans cette dernière catégorie. Les enfants
subirent de nombreux traumatismes et bouleversements émotionnels. Leur mère
avait divorcé de leur père, avant de m’épouser et de déménager à Hawaï. Pour
aggraver les choses, leur père fut tué dans un accident de voiture peu de temps
après, causé par un conducteur ivre.
C'est après avoir vécu à Hawaï pendant environ un an que Lena commença à
signaler des expériences inhabituelles. À cette l'époque, nous résidions tous dans
les logements de la base. Schofield Barracks possède une longue histoire,
notamment depuis la Seconde Guerre mondiale. Le quartier principal
d'hébergement des troupes était composé de grands quadrilatères en briques
rouges. Chaque quadrilatère était affecté à un bataillon, et je venais de quitter
mon poste de commandant de la compagnie Alpha du 1er bataillon du 21ème
régiment d'infanterie (Gimlets). Les Gimlets étaient stationnés à Schofield depuis
94
1921, où ils avaient été réaffectés après avoir combattu pendant l'insurrection
philippine. Lors du tristement célèbre raid sur Pearl Harbor, Schofield Barracks
avait également été attaqué, et jusqu'à notre époque, dans les années 1970, on
pouvait encore voir sur les bâtiments les traces de balles laissées par les
mitrailleuses japonaises.
Rapidement, Lena commença à ressentir une présence inexpliquée dans sa
chambre. Le logement de la base dans lequel nous vivions était relativement
récent et il n'y avait pas de raison de croire que des esprits désincarnés
pouvaient y demeurer. A priori, la réponse la plus probable était que Lena avait
une imagination débordante, ce qui était vrai. Mais, Lena ne cessait de suggérer
que quelque chose de généralement invisible la suivait et s'asseyait parfois sur
son lit, la nuit. Puisque rien de physique ou de sérieux ne semblait se produire,
Diana et moi avons considéré qu'il s'agissait d'une phase passagère.
En 1977, je fus réaffecté sur le continent, après avoir passé près de cinq ans à
Hawaï. Le poste était à Fort McPherson, près d'Atlanta, en Géorgie, mais, en
cours de route, nous devrions passer plusieurs mois au cours d'efficacité
organisationnelle à Fort Ord, en Californie. Avec l'océan Pacifique comme
frontière occidentale, Fort Ord occupait alors un des plus beaux terrains de la
Californie centrale. Même si le brouillard était présent quasiment tous les jours et
si on savait que l'on aurait besoin d'une veste à un moment ou l’autre de la
journée, Fort Ord était considéré comme faisant partie du ‘’Triangle d'Or’’ de
l'armée pour les détachements.
Pendant que je fréquentais l'école, nous louâmes un appartement de trois
chambres à coucher dans la ville de Seaside, située juste au sud de la base
militaire très étendue. Techniquement, nous jouissions d'une vue sur l'océan, ce
qui signifie que d'une petite fenêtre, nous pouvions voir les vagues du Pacifique
se briser continuellement sur le rivage sablonneux.
Il ne fallut guère longtemps pour que Lena se plaigne à nouveau de visiteurs
invisibles. Partageant sa chambre avec Mary, Lena nous raconta que, de temps à
autre, pendant la nuit, elle avait l'impression que quelqu'un s'asseyait sur son lit.
95
Comme il y avait une veilleuse dans la chambre, elle était certaine que ce n'était
pas Mary. Lena nous confia que, quelle que soit l'entité, elle était certaine que
celle-ci nous avait suivis depuis Oahu, à Hawaï. Même si Lena ne se réjouissait
pas d'avoir ce visiteur, elle n'était pas effrayée pour le moment. Cela viendrait par
la suite. Pour l'instant, tout ce dont nous disposions, c'était la description par
Lena de ce qu'elle vivait. Quoi qu'il en soit, Diana et moi, nous avions tendance à
la croire et nous pensions qu'il ne s'agissait pas là seulement d'un problème
psychologique d'adolescente. Ni Mary ni Connor ne signalèrent de rencontres
étranges à cette époque.
Ayant obtenu mon diplôme, je pris un congé de plusieurs semaines. De retour sur
le continent, j'avais acheté un van GM, qui correspondait le mieux à nos besoins
en matière de transport. Ce grand véhicule bleu était idéal. Il offrait beaucoup de
place pour les enfants, des sièges capitaines pivotants à l'avant et un espace
suffisant pour tout le matériel de camping et nos bagages. En juin 1977, nous
quittâmes Fort Ord pour nous diriger vers le nord et camper dans l'Oregon et dans
l'État de Washington avant de bifurquer vers l'est. Pendant plus d'un mois, nous
serpentâmes d'un parc national ou d'un camping à l’autre, en dormant tous dans
deux tentes. Parmi les moments forts, on peut citer les étapes du Mont Shasta,
de Crater Lake (où il y avait encore de la neige au sol) et du Grand Lac Salé. À
Yellowstone, nous pûmes observer des geysers et des bisons, puis nous
traversâmes les Badlands du Dakota du Sud et nous descendîmes jusqu'à
Mammoth Cave avant de nous retrouver à Atlanta. Aucun événement psychique
ne se produisit durant le voyage. Mais ce n'était que partie remise.
En juillet, je pris mes fonctions à Fort McPherson, à East Point, en Géorgie, dans
le sud-ouest d'Atlanta et à proximité de l'aéroport international d’Hartsfield.
Comme il y avait très peu de logements sur le site et que la base abritait un
commandement quatre étoiles de l'U.S. Army Forces Command (FORSCOM), le
logement était très convoité. Nous fûmes chanceux de trouver une maison à louer
à Huntsman Bend, dans la banlieue est d'Atlanta, à proximité de l'autoroute I-285
et au sud de l'autoroute I-20 qui traverse la zone métropolitaine.
96
La maison comportait trois niveaux, c'est-à-dire qu'il y avait une partie plus basse
que le rez-de-chaussée et des chambres au-dessus. À part mon long trajet
quotidien, l'endroit était parfait. Le jardin couvert d'arbres offrait beaucoup
d'espace de jeu et préservait l'intimité. La spacieuse maison en briques, qui avait
probablement une vingtaine d'années à l'époque, était bien entretenue. En
entrant par la porte d'entrée, il y avait un grand living room immédiatement sur la
droite. Directement devant la porte principale se trouvaient une cuisine modeste
et une petite salle à manger attenante. Près de l'entrée de la cuisine se trouvaient
les escaliers qui menaient aux chambres situées à l'étage ou à une grande salle
de détente et de divertissement au sous-sol. Bien que séparé par une rampe en
bois, l'espace de la salle de détente était clairement visible depuis la cuisine, un
point qui aura son importance dans la suite de l'histoire.
Peu après notre arrivée, les phénomènes de poltergeist reprirent de plus belle.
Lena nous dit que quelque chose se trouvait dans la chambre à coucher avec elle,
qu'elle décrivit comme un grand être brumeux, vaporeux qui restait généralement
de l'autre côté de la pièce. Au fil des semaines, l'entité se rapprocha d'elle et elle
se sentit de plus en plus nerveuse. L'apparition qui nous avait suivis depuis
Hawaï jusqu'à la Californie semblait maintenant s'être déplacée jusqu'en Géorgie.
Quoi qu'il en soit, à ce stade, nous n'avions que sa description de cette présence,
aucun autre membre de la famille n'ayant vu l'entité dont Lena parlait.
Mais cela changea. Un soir, Lena, Mary et moi, nous étions dans la cuisine,
Connor était dans le living et Diana était à l'étage. Tout à coup, nous entendîmes
un bruit sourd et assez fort dans la salle à manger, à côté. Les lumières étaient
allumées et nous nous précipitâmes dans la pièce pour déterminer la cause du
bruit. Là, nous trouvâmes un paquet de biscuits aux pépites de chocolat par terre,
près du mur. Le paquet se trouvait au milieu de la table quelques instants
auparavant et il n'y avait personne à proximité au moment de l'incident.
Manifestement, quelque chose de non humain et d'invisible avait pris le paquet
de biscuits et l'avait projeté contre le mur.
D'un point de vue scientifique, l’incident n’aurait pas pu se produire. Pour qu'un
objet se déplace, une énergie doit être fournie. Dans le cas présent, cette énergie
97
devait être suffisante pour faire léviter le sac de biscuits et l’accélérer vers le mur
avec une force suffisante pour couvrir la distance entre la table et le mur (1,20 m
environ), sans que la gravité n'attire d'abord l'objet vers le sol.
Ceci ne fut pas la seule fois où un objet fut lancé sans qu'une force physique
humaine ne soit exercée. Notre espace de détente comprenait les équipements
habituels - des canapés, un téléviseur et des fauteuils en forme de poire qui
étaient très en vogue à l'époque. Il y avait encore une chaîne stéréo dans la pièce.
Le tourne-disque était le modèle standard (pour l'époque), avec des 33 tours.
Comme pour beaucoup de chaînes stéréo de cette époque, il y avait un couvercle
en plastique amovible qui pouvait recouvrir toute la surface de lecture et qui
devait mesurer environ 45 cm de côté, 4 cm de haut et être un peu plus lourd que
le paquet de biscuits mentionné plus haut.
De nouveau, alors que nous nous trouvions dans la cuisine et que personne ne se
trouvait dans l’espace de détente, nous entendîmes un autre crash assez fort. À
ce moment-là, l’espace de détente était plongé dans l'obscurité. Une fois éclairé,
nous constatâmes que le couvercle de la chaîne stéréo avait été projeté de l'autre
côté de la pièce, soit sur une distance d'environ deux mètres cinquante. Comme
pour les biscuits, la lévitation et la projection du couvercle de la chaîne stéréo
sans l'application d'une force physique sont littéralement impossibles et pourtant,
c'est exactement ce qui se produisit, même si personne ne se trouvait dans la
pièce au moment de l'incident.
Lena rapporta beaucoup d’autres incidents, mais leur validité ne reposait que sur
son témoignage. Elle disait souvent qu'il y avait une forme obscure et amorphe
qui paraissait l'observer de l'autre côté de sa chambre à coucher. Elle s'inquiétait,
parce que celle-ci semblait se rapprocher d'elle.
Un autre incident physique se produisit peu de temps après. Il fait chaud et lourd
à Atlanta en été et Lena avait un grand ventilateur dans sa chambre, qui mesurait
à peu près 90 cm de diamètre et qui était bien posé sur le sol, face à elle. Un soir,
elle annonça que l'apparition avait renversé le ventilateur, qui fonctionnait alors. Il
n'y eut aucun autre témoin de cet incident, mais sur la base de nos observations
98
précédentes de l'activité physique des poltergeists, nous la crûmes. Il est à noter
que ce ventilateur avait fonctionné pendant des mois sans jamais se renverser
spontanément. Si Lena avait raison et si quelque chose avait renversé le
ventilateur intentionnellement, il n'y avait pas de source d'énergie qui pouvait
l’expliquer.
Dans un chapitre ultérieur, j'aborderai l'exorcisme de manière un peu plus
détaillée. Dans cette situation, j'étais globalement familier avec le processus,
ayant même une copie des rites catholiques de l'exorcisme dans mon portedocuments. Ce serait certes une grossière erreur de me prêter des qualités
sacerdotales, mais il m'arriva à plusieurs reprises d'utiliser quelques principes de
base. L’important, c'est qu'ils semblaient fonctionner. Dans le cas de Lena, cette
entité n'était pas partie, mais elle garda une plus grande distance physique.
Ces événements se déroulèrent sur plusieurs années et dans plusieurs endroits.
Le facteur commun était Lena. Plus tard, elle se maria sans constater la
poursuite des phénomènes psychiques. Il n'en demeure pas moins que des
événements physiques se produisirent bel et bien et qu'aucune explication
scientifique conventionnelle ne peut expliquer l'énergie nécessaire pour les
déclencher.
Ce que je viens tout juste de décrire interpelle à la fois la science et la religion
chrétienne. Assurément, la plupart des scientifiques ne croient pas aux
poltergeists ni aux démons, et ils auraient tendance à rejeter nos observations
catégoriquement. D'autre part, l'Église catholique, qui croit aux forces du mal,
déclare expressément que les rites d'exorcisme ne peuvent être conduits que par
un prêtre ordonné. Je n'étais donc pas qualifié, selon leurs critères, mais
l'application des rites nous permit d'obtenir le résultat voulu. Il n'est pas
recommandé de s'essayer à l'exorcisme sans une formation ou un soutien
adéquat. Notez par ailleurs que dans ce cas, ce n'est pas contre des grosses
huiles ou des gros pontes que j'avais l'impression de devoir m'élever, mais plutôt
contre une entité qui représentait une nuisance.
99
Si les rencontres de Lena étaient très étranges, il y avait eu un précédent
historique dans ma famille. Très jeunes, nous déménageâmes du New Jersey à La
Crosse, dans le Wisconsin, pour nous installer chez notre grand-mère maternelle,
Mary Bradfield. Son mari décédé, mon grand-père, John A.L. Bradfield, était un
médecin très prospère, qui avait pu acheter une maison de trois étages plus que
suffisante selon les standards de l'époque. Ceci dit, la maison avait toujours eu
un petit air sinistre, surtout dans le grenier partiellement aménagé, et c'est là que
nous, les trois garçons, nous avions nos chambres.
En raison de l'angle aigu du toit, ces pièces avaient des plafonds en pente. La
nuit, les grincements et les gémissements incessants pouvaient facilement
embraser l'imagination. En outre, chaque soir, il y avait des cris et des disputes à
répétition entre notre mère et notre père alcoolique et violent. À l'époque, il était
extrêmement difficile de pouvoir obtenir le divorce dans l'État du Wisconsin, et il
fallait donc s’en accommoder. Constamment importunés, la solution pour
minimiser les contacts avec notre père consistait à nous coucher avant qu'il ne
rentre et que les inévitables disputes ne commencent. C'est là, dans le grenier,
que mon frère Don vécut une expérience qui se situe en dehors des limites de la
réalité conventionnelle.
Ce qui arriva était comparable à ce qu'Hollywood représente dans les maisons
hantées par des démons maléfiques. Une nuit, alors que Don s'endormait, il
sentit que son lit commençait à bouger. Il s'agissait d'un vieux lit en bois très
lourd, de sorte que tout mouvement nécessitait une force considérable. Le lit
commença bientôt à s'élever, sans aucun moyen physique connu, un peu comme
dans une scène de L'Exorciste, mais en plus extrême. Le lit continua de léviter
vers le haut jusqu'à s’approcher du plafond et être sur le point de l'écraser, mais
Don résista en plaçant ses mains sur les lattes peintes et lisses, et cela nécessita
une telle force qu'il laissa ses empreintes sur le plafond, ce que nous pûmes
constater. Puis, tout comme cela avait commencé, le lit redescendit lentement
vers le sol.
Tremblant de frayeur, Don bondit hors de son lit, s'enfuit de la chambre et
descendit en trombe les escaliers très raides jusqu'au deuxième étage. Il fallut
100
plus d'une semaine pour le convaincre de retourner dans sa chambre. Cet
incident soulève des questions auxquelles il est impossible de répondre. Pourquoi
cela est-il arrivé ? Pourquoi uniquement à ce moment-là ? Pourquoi à lui, et pas à
moi ou à notre jeune frère ? Y avait-il une raison à cela (puisqu'il ne subit aucun
dommage physique, pas plus que le lit ou la chambre) ? Ce cas de lévitation défie
tous les modèles physiques existants.
Comme toujours, notre père ne crut pas l'histoire de Don, quant à la manière dont
ses empreintes palmaires s'étaient retrouvées sur le plafond. Mais il y eut un
second incident de type poltergeist qui faillit valoir à Don une punition injustifiée.
Il s'agissait là encore d'un objet volant, un flacon d'encre. C'était bien avant que
les stylos à bille ne soient couramment utilisés. Pour remplir les stylos plumes, on
plongeait soigneusement la pointe dans le flacon, puis on soulevait lentement un
levier qui aspirait l'encre dans le stylo. Il s'agissait toujours d'une opération
potentiellement salissante.
Le Dr Bradfield nous avait laissé plusieurs bureaux, dont un secrétariat en bois
sculpté qui se trouvait dans un petit couloir entre la cuisine et le salon. Le bureau
contenait tous les accessoires d'écriture habituels de l'époque, y compris un
flacon d'encre. Même si la maison était dotée d'un parquet brillant, il avait aussi
ramené de grands tapis persans qui recouvraient chacune des pièces de la
maison. Aujourd'hui, ces tapis auraient une valeur inestimable, mais ils furent
malheureusement totalement détruits, quand l'ouragan de catégorie 4 Donna
frappa Islamorada en septembre 1960. Les tapis nous intéressent, compte tenu
de ce qui se produisit, quand Don passa devant le bureau. Abruptement et sans
aucune raison apparente, le flacon d'encre vola spontanément sur une distance
de près de 7 m à travers la pièce avant de se fracasser contre le mur, en projetant
l’encre bleu nuit sur le mur et le tapis en dessous, occasionnant par là des
dommages irréparables à un chef-d'œuvre persan.
Ce qui nous rappelle l'expérience des cookies à Atlanta. Il n'y a pas d'explication
scientifique fiable pour de tels événements, et on peut se demander combien
d'enfants ont déjà été accusés à tort pour avoir balancé brusquement des objets
volants, alors qu'ils n'étaient pas responsables.
101
Des chercheurs spécialisés dans le domaine psychique ont suggéré l'existence
d'un rapport entre le stress émotionnel et les activités de type poltergeist. Notre
environnement familial répondait aux critères, étant chargé de la peur inspirée
par notre père. Le stress que nous subissions devait être évacué et expulsé d'une
façon ou d'une autre. Le phénomène du poltergeist pourrait être un outil unique
et puissant pour évacuer une angoisse récurrente. Ainsi, il pourrait s'agir d'un
mécanisme de défense puissant, mais mal compris.
102
CHAPITRE 8 : LE FIL PIÈGE
BOUGEZ ! MAINTENANT !
‘’Avez-vous déjà su qu'il vous fallait bouger ? Tout simplement quitter l'endroit où
vous étiez, avant de voir exploser l'endroit où vous étiez ?’’ Ces questions furent
soulevées par le lieutenant général Robert — ‘’Bob Barbelé’’ — Kingston, au
cours d’un exposé au QG du commandement opérationnel de la base aérienne de
MacDill, à Tampa, en Floride. Héros bardé de décorations, il avait servi au combat
en Corée et au Viêt Nam et s'était vu décerner la deuxième plus haute distinction
de la nation, la Distinguished Service Cross et deux Silver Stars. Durant ses
multiples missions sur les deux fronts, il avait connu des situations extrêmement
intenses où la survie n'était pas assurée, mais il avait survécu et il était bien
conscient que la perception du danger et les prémonitions y étaient pour quelque
chose. L'année suivante, il reçut ses quatre étoiles et devint le premier général du
Commandement central des États-Unis, responsable de toutes nos actions
militaires au Moyen-Orient.
Jusqu'à mon exposé, la réunion ne s'était pas bien passée. La personne qui l'avait
organisée avait mal évalué les intérêts du général, et nous pûmes alors constater
par nous-mêmes pourquoi il avait acquis le surnom ‘’Bob Barbelé’’. Alors que je
mentionnais innocemment avoir des copies papier des briefings, il me coupa et
me demanda hargneusement si je voulais aussi prendre ses notes, puis quitta la
pièce pour répondre au téléphone et s'absenta pendant environ un quart d'heure.
J'avais de sérieuses appréhensions par rapport à la suite des événements,
puisque j’étais l'intervenant suivant.
Les sujets que j'avais préparés portaient sur la vision à distance et nos
expériences de torsion des métaux à l'U.S. Army Intelligence and Security
Command (INSCOM). À mon grand soulagement, son humeur changea
radicalement et pour le mieux. Fort de ses expériences personnelles au combat,
ces phénomènes et d'autres encore l'intéressaient. Tout en généralisant quelque
peu, il raconta comment, à plusieurs reprises, il avait senti le danger et comment
il avait eu la chance de réagir à temps. Si je me souviens bien, j'abordai
103
également le sujet des expériences de mort imminente, comme point d'intérêt
commun. Au moment de partir, le général Kingston me demanda si je disposais
d'un laboratoire pour pouvoir poursuivre mes expériences et encouragea vivement
la poursuite des travaux visant à explorer les sens intangibles et salutaires dont il
avait fait l'expérience.
Grâce à mon expérience personnelle dans le delta du Mékong, au Viêt Nam, je
comprenais ce que Kingston entendait par sa question sur le sentiment de devoir
bouger, puisque je l'avais souvent échappé belle. À titre d'exemple, je puis vous
dire qu'il y a une différence significative entre une balle qui siffle et une balle qui
claque. Ce claquement caractéristique signifie que la balle est passée à quelques
millimètres, et non à quelques centimètres, de votre oreille. L'explication
scientifique est que l'onde acoustique à proximité immédiate produit un
claquement, quand la balle devient supersonique. Dans mon cas, je suis
reconnaissant au sniper vietnamien d'avoir essayé de me décapiter au lieu de
viser mon corps, qu'il n'aurait pas loupé. Invisible dans la jungle et plus proche
que prévu, il prit la décision qui me sauva la vie. Une vieille tranchée de l'époque
française se trouvait à un mètre de moi dans la forêt. Instinctivement, je plongeai
dans cette tranchée. Le deuxième tir du sniper était parfaitement ciblé et
pulvérisa de la terre juste au-dessus de moi. Bien que j'étais isolé dans la
tranchée, avec un peu d'aide de mes amis artilleurs, nous réussîmes à persuader
le sniper de quitter la zone immédiate et de nous permettre à tous les deux de
combattre un autre jour.
Il y a des tas d'histoires sur des éclaireurs qui sentent le danger mieux que les
autres. En patrouille, au combat, l'homme de tête est l'éclaireur. Son rôle est de
partir le premier et d'alerter le reste des troupes en cas de danger imminent.
Normalement, les soldats se répartissent cette tâche, car c'est potentiellement
l'endroit le plus dangereux où se trouver, quand les tirs commencent. Malgré cela,
il n'est pas rare qu'une unité apprenne à connaître ceux qui possèdent la capacité
innée de sentir le danger et d'éviter de tomber dans une embuscade. Il est vrai
que les techniques d'observation et la connaissance de la situation locale
peuvent aussi s'apprendre. Mais malgré tout, la plupart des anciens combattants
104
pensent que certains soldats ont une capacité intuitive qui dépasse les sens
physiques de la vision, de l'audition, du toucher et de l'odorat.
Dans les films, on voit parfois une représentation du temps qui ralentit afin que
les détails de l'action soient clairement visibles. On peut penser, par exemple, à
Keanu Reeves, qui se penche en arrière, alors que les balles passent lentement
devant lui dans La Matrice. Depuis lors, d’autres films ont recouru à des images
de synthèse similaires. Mais au combat, il y a des cas où cette distorsion
temporelle devient réelle. Un ami proche et camarade explorateur de la
conscience, le Dr Cecil B. ‘’Scott’’ Jones, vécut justement une expérience de cet
ordre. Scott était un pilote de porte-avions de la marine américaine, qui pilota des
F9F Panthers pendant la guerre de Corée. Alors que l'armée de l'air (USAF)
faisait face à des chasseurs MIG de pointe dans le secteur nord-ouest, la marine
effectuait des missions sur le côté oriental de la péninsule. À l'époque, l'armée de
l'air perdait fréquemment des appareils dans ce qui fut baptisé MIG Alley.44 On
oublie presque aujourd'hui que, pendant la guerre de Corée, 224 chasseurs F-86
de l'USAF et de nombreux autres appareils américains furent abattus dans cette
zone, principalement par des pilotes soviétiques. On était bien loin des
engagements ultérieurs, où la supériorité aérienne américaine était devenue la
norme. Il convient de noter que la guerre de Corée fut le premier conflit au cours
duquel des avions à réaction participèrent à des combats aériens.
Les pilotes de la marine se félicitaient de ne pas devoir affronter les jets
soviétiques, plus performants. Mais les Nord-Coréens disposaient également
d'excellents canons antiaériens, au sol. Récemment apparus dans les combats
aériens, leurs canons de 37 mm contrôlés par radar pouvaient prédire la
trajectoire de vol des avions américains avec des résultats dévastateurs. Pour
attaquer les cibles, les Panthers Grumman, avec leurs canons de 20 mm,
effectuaient des missions afin de neutraliser les tirs d'artillerie juste avant
l'arrivée des Corsairs moins agiles et qui étaient chargés de lourdes bombes pour
frapper les objectifs principaux. Inutile de dire que ces missions étaient
éprouvantes.
44
Pour plus de détails, voir https://www.youtube.com/watch? v=MZJsMLcCRV8
105
Le phénomène décrit par Scott se produisit au cours de l'une de ces missions. En
lançant son attaque à une altitude d'environ 3 000 mètres, il aperçut les traînées
de fumée noire provoquées par l'explosion des obus de 37 mm. Subitement, il
sentit que sa conscience se trouvait comme posée sur son épaule gauche, une
expérience extracorporelle, comme il la qualifie maintenant. Le temps sembla
ralentir significativement. Les tirs étaient intenses, ce jour-là, et pourtant, il vola
habilement à travers les nuages sombres provoqués par les explosions. Les
images et les sons subirent comme une distorsion temporelle, ce qui lui permit de
mieux répondre à tout danger imminent.
Scott et les autres pilotes effectuèrent de nombreuses missions dangereuses de
ce type. Il leur fallait apprendre rapidement. Des innovations spectaculaires se
produisirent dans les tactiques de combat aérien. Elles étaient basées sur les
progrès technologiques réalisés depuis la Seconde Guerre mondiale, mais
n'avaient jamais été testées auparavant. Dans cet environnement, Scott et ses
camarades pilotes accomplissaient souvent deux missions par jour contre ces
cibles lourdement défendues. Il reconnaît maintenant que c'est son ‘’Soi
supérieur’’ qui le guida en toute sécurité durant son expérience du combat.
Scott dit qu'il ne parla jamais de son expérience extracorporelle à qui que ce soit,
jusqu'à ce qu'il prenne sa retraite de l'U.S. Navy, bien des années plus tard. On
peut penser que c'était une sage décision. Il démissionna après que ses
supérieurs aient refusé d'accepter son explication sur la façon dont il avait pu
obtenir des informations spécifiques au sujet d’une cible sensible des services de
renseignement dans une autre région du monde. (Cette partie de l'histoire sera
traitée dans un chapitre ultérieur.)
Quand d'autres vétérans de l'armée apprirent que je m'intéressais à ces
phénomènes, beaucoup d'entre eux vinrent me raconter des histoires
personnelles sur des choses étranges qu'ils avaient vécues pendant le stress du
combat. Dans plusieurs cas, ils décrivirent des expériences extracorporelles
similaires à celle que Scott évoqua. Alors qu'ils étaient engagés dans des
combats intenses, ils dirent avoir quitté leur corps physique et plané au-dessus
de la scène. Si l'on accepte la réalité de ces propos, il y a deux possibilités pour
106
appuyer le bien-fondé de cette notion. D'une part, cela offre une perspective à
partir de laquelle on peut mieux appréhender la situation. D'autre part,
l'expérience extracorporelle peut être un mécanisme de sécurité ou de survie. Le
sentiment d'être hors de son corps physique élimine le sentiment de danger
physique auquel on est confronté.
Pendant mon déploiement au Viêt Nam, j'avais la responsabilité opérationnelle
d'une zone du delta du Mékong tout près de la frontière cambodgienne, connue
sous le nom des Sept Montagnes. L'ennemi dans cette région était alors composé
de Viêt-congs, par opposition aux Nord-Vietnamiens concentrés plus au nord. Si
nous nous engagions assez régulièrement dans des échanges de tirs, nous
n'avions généralement pas de batailles rangées.
Une exception majeure fut la tristement célèbre offensive du Têt en 1968.45 Cette
fois-là, mon intuition me fit défaut. Il devait y avoir une trêve. Auparavant, les
trêves avaient été respectées par tous les combattants. Ainsi pensai-je que le
moment était opportun pour me rendre à Can Tho, où se trouvait mon quartier
général principal, pour y régler quelques formalités administratives. Oui, nous
avions de la paperasse, même au combat. Ce jour-là, un hélicoptère de combat
Cobra avait coulé un grand sampan dans le Mékong, à quelques encablures au
nord de la capitale régionale. On soupçonnait qu'il s'agissait d'une cargaison
d'armes et on voulait vérifier le contenu de la cargaison. Comme j'étais qualifié
pour les opérations sous-marines, on me demanda de plonger pour déterminer ce
qu'il y avait à bord. Mais comme il se faisait tard, nous nous résolûmes à reporter
la plongée au lendemain.
Mais la nuit du 30 janvier 1968 ne devait pas être une bonne nuit en Asie du SudEst. Cette nuit-là, dans tout le pays, la plus grande offensive de la guerre débuta.
Contrairement aux grandes unités américaines conventionnelles qui se trouvaient
au nord, nous ne reçûmes aucun avertissement de Saigon. Brusquement réveillé
dans un lit d'emprunt, je vis des balles traçantes vertes passer devant la fenêtre.
Les balles traçantes américaines sont rouges. Le fait qu'elles soient vertes ne
45
L'offensive du Têt lancée par les Viêt-congs et par les Nord-Vietnamiens changea la donne. Quoiqu'il s'agisse
d'une défaite militaire pour eux, elle signifia le début de la fin du soutien du peuple américain à la guerre.
107
signifiait qu'une seule chose : les Viêt-congs se trouvaient déjà à l'intérieur du
périmètre de l'aérodrome. Un combat acharné s’ensuivit. Si c'est ainsi que les
Vietnamiens voulaient célébrer le Têt, j'aurais préféré qu'ils le fassent sans moi.
Dans le delta du Mékong, à l’inverse d'autres régions du pays, tout se termina
assez vite, et plutôt mal pour les Viêt-congs. En dépit des lourdes pertes infligées
à l'ennemi, nous fûmes surpris par sa capacité à engager des batailles soutenues
dans les zones urbaines. C'est quelque chose que nous n'avions jamais vu avant.
Auparavant, la plupart de leurs attaques débutaient la nuit et se terminaient
généralement avant l'aube. Normalement, dans notre secteur, les Viêt-congs se
battaient durant quelques heures, puis coupaient le contact et rentraient chez
eux. Beaucoup d'entre eux étaient des Viêt-congs pendant la nuit et des fermiers
pendant la journée. L'offensive du Têt fut un tournant majeur dans la guerre,
puisque nous affrontâmes des unités de Viêt-congs d'une taille et avec des
capacités sans précédent.
Le lendemain, je pris un hélicoptère pour rentrer à Ba Xaoi, le camp que je
commandais. Alors que presque toutes les villes et villages du pays avaient été
attaqués, mon camp situé sur une colline et non à proximité d'une ville, avait été
épargné. Notre camp, à l’inverse de nombreux camps des forces spéciales n’était
pas associé à des QG politiques. L'objectif des Nord-Vietnamiens et des Viêtcongs était de déstabiliser le gouvernement sud-vietnamien ; ainsi, tous ces
autres camps devinrent des cibles. Alors que nous n'avions que 15 à 18
Américains dans nos rangs, je disposais de plus de deux bataillons de
mercenaires indigènes, le Civilian Irregular Defense Group (CIDG), ce qui faisait
de mon camp la force de combat la plus puissante de la région.
Pour les lecteurs qui ne connaissent pas la guerre du Viêt Nam, il est important
de noter que les circonstances du conflit différaient grandement en fonction de
l'époque et du lieu. Les unités auxquelles nous fûmes confrontés dans le Delta
étaient très différentes de nos ennemis dans les hauts plateaux du centre, ou
encore durant l'intensité de la bataille de Hue. Cela n'est signalé que pour avertir
les personnes qui pensent que la version cinématographique de la guerre
108
correspond à ce que tout le monde rencontra sur le terrain. Ce contexte est utile
pour donner un sens à la situation que je vais maintenant décrire.
Les Viêt-congs auxquels nous étions confrontés se battaient de façon non
conventionnelle. Pour ce faire, ils avaient largement recours aux mines et aux
pièges — des précurseurs des engins explosifs improvisés (EEI), dont on entendit
parler dans le cadre des guerres d'Irak et d'Afghanistan. Les Viêt-congs utilisaient
tout ce qu'ils pouvaient trouver pour fabriquer leurs engins. Un grand nombre de
ceux que nous avons découverts étaient en fait des munitions américaines non
explosées, surtout des restes d'unités de bombes à fragmentation.46 C'étaient des
sous-munitions contenant des billes de métal rondes, qui avaient un effet
dévastateur sur le corps humain. Elles étaient dispersées à partir de bombes plus
grosses (CBU-75) et éparpillées dans la zone ciblée. Elles étaient conçues
comme des systèmes antipersonnel destinés à cibler les Viêt-congs dans les
zones où ils n'étaient pas bien protégés.
Pendant la guerre, l'USAF largua aveuglément des millions de ces bombes. Le
problème, c’était qu'un nombre important des CBU n'explosaient pas au contact
du sol. Les Viêt-congs récupéraient alors les CBU non explosées et les
reconfiguraient avec un nouveau mécanisme de mise à feu. Ils étaient aussi très
doués pour dissimuler ces pièges, parfois à quelques mètres du camp principal.
Les Viêt-congs utilisaient également leurs engins dans les secteurs où ils
soupçonnaient que nous patrouillerions. Au cours d'une seule opération, trois de
mes sergents furent blessés par ces engins. Tous survécurent, mais l'un d'entre
eux perdit une jambe ; il se tenait juste à côté d’une grenade maintenue par un
bâton à peu près à hauteur de son mollet.
Mon expérience intuitive marquante eut lieu plusieurs mois plus tard. Nous
patrouillions dans la zone de transition très boisée, qui s'élevait au-dessus des
rizières omniprésentes. Elle conduisait à Nui Gia, une montagne qui était l'un des
sites les plus disputés de la région. Le terrain rocheux dominant offrait aux Viêtcongs des zones où ils pouvaient se planquer et opérer en toute sécurité. C'était
46
Chaque bombe CBU-75 contenait 1 800 projectiles d'une livre, dont beaucoup n'explosaient pas. Les Viêtcongs récupéraient les munitions non explosées et les recyclaient en pièges.
109
grosso modo au même endroit où l'incident du sniper, décrit plus haut, s'était
produit. La prudence était de rigueur, quand on traversait ce territoire, car les
Viêt-congs y avaient toujours accès, ce qui n'était pas le cas pour nous.
Préoccupé par ce qui se passait devant moi, j’étais en train de reculer et restai
instinctivement figé. Un lieutenant des forces spéciales vietnamiennes, qui se
trouvait tout près de moi se mit à hurler. Nous étions entrés dans une zone
minée. Dans mon cas, le fil déclencheur d'une mine était en contact avec l'arrière
de ma bottine gauche. Pire, j'avais déjà exercé une tension sur le fil et commencé
à tirer sur le mécanisme de déclenchement. Si j'avais continué, ne serait-ce que
quelques millimètres de plus, la mine aurait explosé.
Aujourd'hui encore, je ne saurais expliquer pourquoi je cessai de bouger à cet
instant précis. C'est ce qui arriva, voilà tout. Cette intuition me sauva les jambes,
voire peut-être même la vie. Mais le plus important, c'est qu'il ne s'agit pas d'une
histoire unique. Si vous interrogez quasiment tous ceux qui ont combattu
directement, vous entendrez parler d'événements similaires. Le défi pour la
science est d'expliquer les mécanismes qui sont impliqués dans ces expériences
salutaires. Les militaires ont encore un défi à relever : ils doivent reconnaître
l'authenticité de l'intuition et trouver un moyen de l'enseigner à tous ceux qu'ils
mettront en danger.
110
CHAPITRE 9 : LES FACULTÉS PSI ET LES ARTS
MARTIAUX
J'ai pratiqué des arts martiaux d'un style ou l’autre pendant plus de six décennies.
La plupart d’entre eux se focalisaient sur la condition physique et sur les
techniques de combat proprement dites. Ce n'est pas le propos de ce chapitre.
Les arts martiaux qui nous intéressent ici sont ceux dont certains éléments
paraissent défier autant la sagesse conventionnelle que la science.
L’AIKIDO
Le vieux Japonais sourit lorsque je me retrouvai instantanément au sol. Il avait
exécuté son geste d'un habile mouvement du poignet vers le bas, ses petits
doigts frappant tout près de mon cou, derrière la clavicule. Ce n'était pas sa force
physique qui m'avait fait tomber, mais je voulais assurément savoir de quoi il en
retournait.
La scène se déroula dans un auditoire du centre-ville d'Honolulu, à Hawaï. La
majorité des personnes présentes étaient d'origine asiatique, et beaucoup d'entre
elles étaient japonaises. L'attraction était la venue de Koichi Tohei, 10ème Dan47, à
l'époque héritier présomptif du Professeur Morihei Ueshiba48, le fondateur de
l'aïkido. Il s'agissait de l'une des rares excursions de Sensei Tohei en dehors du
Japon, et l'attente de sa démonstration d'arts martiaux était palpable. Il était déjà
évident qu'une divergence de philosophie allait diviser l'école, mais ce maître
allait dominer l'avenir, et les adeptes de l'aïkido voulaient avoir une expérience de
première main avec lui, et ils ne seraient pas déçus.
Comme son nom l'indique, l'aïkido utilise le ki, ou chi, comme on l'appelle dans
d'autres langues. Cette énergie est considérée comme l'essence de la vie et elle
circule dans tous les êtres vivants. C'est le principe sur lequel l'acupuncture
47
48
On peut trouver ici l’histoire de Koichi Tohei : http://shinshintoitsuaikido.org/english/about/koichi.html
Et ici celle du Professeur Morihei Ueshiba : http://www.torontoaikikai.com/m_ueshiba.htm
111
repose. Fait important pour les arts martiaux, elle peut se projeter au-delà du
corps physique. Tout aussi important est le concept de concentration sur le
‘’point unique’’, consistant à placer mentalement son centre de gravité à un
endroit situé à environ un poing sous le nombril. Avec tous les mouvements
découlant de là, le pratiquant d'aïkido accompli peut faire des choses étonnantes.
Mon commandant en second, le lieutenant Rich Haake, m'avait initié à cette
discipline d'arts martiaux adoptée par certains services de police hawaïens. Rich
était aussi un soldat des forces spéciales, et il possédait une force intérieure que
je voyais rarement chez mes collègues officiers. Lui et son père, qui était
capitaine dans la police de Maui, étaient des Hawaïens de souche. Si les
Hawaïens de souche ont tendance à être physiquement grands, les Samoans sont
énormes. Avec une taille de 1,73 m et un poids d'environ 113 kg, un sergent
samoan qui travaillait pour moi était considéré comme un avorton dans son pays
d'origine. Alors que j'étais en poste à Hawaï, un concours international de tir à la
corde fut organisé sur la Grande île. Chaque équipe pouvait compter six
personnes, mais leur poids total ne devait pas dépasser 800 kg. Les participants
samoans peinèrent à aligner cinq personnes et à rester en deçà de la limite de
poids.
Pourquoi l'aïkido était-il important dans ce contexte ? Quand elle buvait, ce qui
était très fréquent, la communauté samoane avait tendance à devenir plutôt
turbulente et bagarreuse, ce qui entraînait souvent l'intervention de la police. À la
recherche d'un moyen efficace et sûr de gérer ces individus imposants et
récalcitrants, le service de police tomba sur l'aïkido. La particularité de cet art
martial est qu'il ne comporte pas de mouvements agressifs, mais qu'il exploite les
mouvements agressifs de l'agresseur. Il s'appuie également sur des clés de
poignet, qui, bien qu'efficaces, sont plutôt bénignes et constituent un excellent
outil de contrôle par la douleur. Rich m'avait enseigné quelques rudiments,
comme le bras inflexible et la concentration sur le point unique. Pour autant, je
voulais en apprendre plus du maître, et l’occasion était unique.
Au cours de la première partie de la démonstration, je vis Tohei faire des choses
que l'on pourrait considérer comme physiquement impossibles. C'était loin d'être
112
un homme de grande taille, mais il invita quelques hommes plus grands à le
rejoindre sur la scène. En se concentrant mentalement sur le point unique, il
abaissa son centre de gravité et il demanda à ces hommes de le pousser en
arrière. Ceux-ci eurent beau essayer de toutes leurs forces, il ne bougea pas d'un
centimètre. Ce n'était pas comme s'il résistait activement ; il se tenait simplement
là, calme et inébranlable. Ensuite, il s'assit sur une chaise pliante métallique,
comme on en trouve souvent pour les événements en plein air. Il releva les pieds
et s'assit en tailleur sur la chaise, et encore une fois, il demanda à ces hommes
de le pousser, mais ils n'y arrivèrent pas.
Cette démonstration m'intéressait particulièrement, d'un point de vue
scientifique. Abaisser mentalement le point unique alors que ses pieds étaient
posés sur le sol était une chose. Mais, dans cette démonstration, il n'était plus en
contact avec le sol et, d'un point de vue physique, il ne contrôlait donc pas le
centre de gravité. Si l'on prend un objet vertical et si l'on pousse dessus en
hauteur, il est plus facile de le déplacer. C'est de la mécanique simple.
Néanmoins, Tohei ne bougea pas.
Ensuite, il invita plusieurs ceintures noires d'aïkido à l'attaquer sur la scène. Et
comme dans les scènes de combat au cinéma, il réussit à les contrer tous. Mais
contrairement à ce que l'on voit dans les films, Tohei projeta les gens sans aucun
contact physique avec eux. Le processus consistait à élever leur centre de gravité
et à utiliser leur énergie contre eux. Il fit également la démonstration de
l'utilisation d'un jo, un bâton en bois. Tohei était capable de projeter le ki par
l'entremise du jo et d'affecter la personne qui l'attaquait. Ses mouvements très
impressionnants défiaient la gravité et l'inertie. D'un point de vue scientifique, et
si l'on admet que le ki existe, comment une force physique peut-elle être
transmise à travers le jo ?
Plus tard, au cours du séminaire, il plaça un membre de l'auditoire sur le dos, le
visage tourné vers le haut, entre deux hommes à quatre pattes. Puis, Tohei
effectua un mouvement rapide qui, d'après lui, alignerait le ki de manière à ce
qu'il circule linéairement dans tout le corps de la personne. Il demanda ensuite à
trois hommes, qui pesait chacun plus de 90 kilos, de s'asseoir ensemble à
113
califourchon sur la partie exposée du ventre de l'homme allongé. La personne ne
bougea pas, en dépit du poids reposant sur elle. Ce qui m'impressionna le plus
dans cette démonstration, c'est que j'étais cette personne avec près de 300 kg
sur moi. C'était comme si les hommes assis sur mon ventre semblaient en
apesanteur.
Après cette démonstration, nous commençâmes les exercices dans la salle. Le
mouvement décrit au début du chapitre fut réalisé par un vieux Japonais
bienveillant qui pratiquait l'aïkido depuis plusieurs décennies. Il faisait moins
d'1,70 m et il ne devait pas peser plus de 55 kg. Il ne faisait aucun mouvement
rapide et il n'utilisait pas non plus la force physique, comme des coups de poing.
Patiemment, il me montra des clés de poignet, comme Rich l'avait fait. Comme
j’avais déjà eu des fractures en pratiquant des arts martiaux durs, dont le
taekwondo, je trouvais les mouvements fluides de l'aïkido très attirants.
Au fil du temps, Rich me parla de quelques techniques d'aïkido très avancées,
dont certaines défiaient les principes scientifiques acceptés. L'une d'entre elles
impliquait d’utiliser un bokken rond en bambou, comme s'il s'agissait d'une épée
tranchante. Avec ce bokken, le maître pouvait couper du papier de riz comme un
rasoir, sans le déchiqueter. Le plus surprenant concernait l’utilisation de l'esprit
pour interrompre l'écoulement d’une chute d'eau. Rich dit que, lorsque l'eau
tombait par paquets, plutôt qu’en continu, le maître passait rapidement son épée
entre les paquets d'eau, de manière à ce que celle-ci ressorte sèche. Bien que
tout le monde sache que l'eau s'écoule en filet et que la pensée ne peut pas
l'interrompre, c'est exactement ce qui semble se produire. Il signala encore que
l'on entendait parler dans les cercles supérieurs du dim mak, encore connu sous
les termes de ‘’toucher de la mort’’. Il pensait que c’était bien réel, mais qu’on
n'en discutait jamais publiquement.
Puis, j'appris à connaître les vertus curatives du ki. Vers la fin de la Seconde
Guerre mondiale, Tohei avait été envoyé en Chine comme chef de l'infanterie. Il
constata que son unité ne disposait pas d'une assistance médicale adéquate.
Ayant déjà commencé à s'entraîner au judo et à l'aïkido, Tohei commença à
explorer l'utilisation du ki pour soigner les soldats blessés. À partir de cette
114
expérience de guerre, Tohei créa le Kiatsu, un art de guérison, en utilisant la
même source d'énergie que celle utilisée pendant les combats. La technique
consiste à projeter mentalement le ki à travers les doigts et dans la zone blessée.
Elle repose sur l'idée que la blessure a interrompu le flux d'énergie et qu'on peut
le rééquilibrer grâce à cette méthode. Personnellement, j’ai trouvé cette méthode
utile à maintes reprises, en particulier pour traiter les maux de tête d'autres
personnes.
LE QI GONG
Une autre démonstration extrêmement intéressante à laquelle j'assistai eut lieu
dans le cadre de la réunion de 2001 de la Society for Scientific Exploration, tout
près de l'université de Californie, à San Diego. Cette expérience complexe fit
appel à des maîtres de qi gong dans l’optique de démontrer que des réponses
physiques à l'application à distance du ki/chi étaient possibles et vérifiables.49
Dans ce cas, le maître de qi gong qui devait appliquer la force se trouvait au
quatrième étage de l'immeuble, et le destinataire se trouvait au rez-de-chaussée,
à l'autre extrémité du bâtiment. L'instrumentation transita par un bureau
intermédiaire pour enregistrer et synchroniser à la fois l'application du chi par un
maître et la réponse physique de l’autre maître. Le dispositif était tel qu'il n'y eut
aucune communication possible entre les deux maîtres au moment de
l'expérience.
La démonstration fut faite d'une réponse biophysique détectable transmise sur
une distance de plusieurs dizaines de mètres et à travers plusieurs couches de
matériaux de construction. Les deux maîtres de qi gong étaient équipés
d'instruments pendant l'expérience, et les résultats semblèrent instantanés, ou
au moins étroitement corrélés en moins d'une seconde.
Il y eut d'autres démonstrations impliquant des étudiants interagissant avec leurs
maîtres, connus sous le nom de sensei. Plusieurs d'entre elles furent assez peu
convaincantes, mais elles offrirent des exemples utiles de ce à quoi il faut faire
49
Mami Kido, Professor, Tohoku Gakuin University, Japan, “Measurements of Remote Qi-Gong Effects”
115
attention. Par exemple, un maître projetant ostensiblement du ki et influençant
ses élèves. Se trouvant à proximité visuelle, il semblait évident que les élèves ne
faisaient que réagir aux mouvements du maître, anticipativement. Faites plaisir à
votre sensei et vous réussirez.
D'autres démonstrations de qi gong méritaient plus d'attention. Elles se
déroulaient dans un gymnase et elles consistaient pour le sensei à projeter son ki
à travers un objet opaque et à produire des effets physiques significatifs sur le
destinataire. J’entends par là les faire reculer physiquement et, dans certains cas,
tomber par terre. Alors que l'expérience mentionnée précédemment impliquait
des réponses biophysiques détectables par des instruments électroniques
sensibles, celle-ci impliquait des effets clairement visibles à une macro-échelle.
En plaçant des caméras dans une position où le sensei et la cible pouvaient être
vus - bien qu'ils ne pouvaient pas se voir l'un l'autre - la relation de cause à effet
entre l'action et l'impact était évidente.
Les arts martiaux supérieurs prennent en compte l'utilisation de systèmes
énergétiques qui ne sont généralement pas acceptés par la médecine
allopathique moderne ou par les scientifiques traditionnels. Les origines
asiatiques du qi gong remontent à plus de quatre millénaires et reposent sur le
concept de l'existence d'une énergie vitale qui circule dans tout le corps. Même si
cette idée n'est pas unique, elle n'a pas été approfondie par les scientifiques
occidentaux. La pratique du qi gong implique souvent la respiration et la
méditation, et reconnaît la relation entre la matière, l'énergie et l'esprit. En réalité,
le qi gong est bien plus qu'un art martial ou qu’une méthode de guérison. C'est
également une philosophie que l'on peut intégrer à son mode de vie.
De nombreuses variétés de qi gong ont évolué au fil du temps et elles ont été
incorporées dans plusieurs religions, telles que le bouddhisme, le taoïsme et le
confucianisme. La popularité du qi gong en Occident peut être attribuée, en
grande partie, à l'industrie du divertissement. Le personnage de David Carradine,
Kwai Chang Caine, dans la série télévisée à succès Kung Fu, a fortement attiré
l’attention et suscité l'intérêt pour ces arts. Depuis lors, beaucoup de films ont
été tournés avec des arts dérivés du qi gong. Malheureusement, ils ont tendance
116
à mettre l'accent sur les applications violentes des arts martiaux et ils passent
complètement à côté de la base philosophique essentielle du qi gong.
Il y a eu des périodes de l'histoire au cours desquelles les gouvernements ont
cherché à réprimer la pratique du qi gong et du tai chi. Ils craignaient, semble-t-il,
que les pratiquants, qui apprennent à connaître le flux d'énergie universel, soient
plus difficiles à contrôler. C'est ce qui est arrivé en Chine continentale depuis
l'époque de la révolution culturelle jusqu'à récemment. Malgré tout, ces formes
d'art parviennent toujours à survivre et ces pratiques se répandent dans le monde
entier.
J'ai eu l'occasion à plusieurs reprises d'assister à des démonstrations de qi gong
très sophistiquées. Les performances incluent souvent des acrobaties extrêmes,
qui nécessitent une grande habileté. Ce qui m'a le plus intéressé, c'était les
numéros qui semblent défier ce que nous savons de la physiologie ou des lois de
la physique. L'un d'entre eux attira mon attention : une troupe itinérante de
Taïwan qui soulevait des objets lourds d'une manière très exigeante. Avec de
grandes mains, certains joueurs de basket-ball peuvent tenir un ballon par le haut
sans le laisser tomber, ce qui requiert à la fois de longs doigts et une force
suffisante pour le saisir. La démonstration de qi gong chinois à laquelle je fais
référence dépassait largement cette maîtrise. L'artiste saisit deux grands
récipients de plusieurs gallons et réussit à les soulever avec ses mains placées
uniquement sur le dessus des contenants. Peu importe le contenu - peut-être des
petites boules en plastique de couleur vive - ils étaient sans doute légers, mais
c'est la capacité à soulever des objets qui auraient dû être affectés par la gravité
qui était impressionnante.
Également impressionnantes étaient les prouesses réalisées avec des lances et
des épées en métal. Une des épreuves présentées à la télévision consistait à
placer la pointe d'une lance contre la gorge et à pousser de manière à ce que la
lance plie sans percer la gorge. J'ai vu plusieurs fois cette démonstration. Lors
d'une visite à la branche pékinoise du monastère Shao Lin, j'assistai à une telle
démonstration et j'eus l'occasion d'essayer moi-même. Même si la pointe de la
lance n'était pas très aiguisée, elle était tout de même capable de perforer le
117
corps. Avec un minimum d'entraînement, je réussis à plier la lance sans me
blesser. Ceci n'est pas recommandé aux novices qui n'ont pas pratiqué des
formes d'arts martiaux générant du ki.
HAMMERING HANK
Mon premier instructeur d'arts martiaux provenait d'un environnement militaire
unique. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la peine de mort était administrée
par pendaison, une technique qui nécessitait un savoir-faire spécifique. Le
sergent-major Henry Slomanski était l'un de ceux qui avaient été chargés
d'exécuter les Japonais reconnus coupables de crimes de guerre. Quand nous
nous rencontrâmes pour la première fois, "Hammering Hank", comme on le
surnommait, était le sous-officier le plus ancien de l'école de saut de la 101e
division aéroportée. En 1958, tout fraîchement diplômé de la Ranger School,
promu sergent et âgé de seulement 20 ans, je fus sélectionné pour rejoindre le
cadre de l'Airborne School et porter la redoutable veste noire.
Évidemment, la seule chose que je pouvais dire à Slomanski, c'était ‘’Oui,
sergent-major’’ ou ‘’Non, sergent-major’’. Même avant mon affectation à l'école,
j'avais entendu parler de la légende du karaté, comme tout le monde sur la base.
Il avait été stationné au Japon pendant plusieurs années et il avait appris le style
de karaté chito-ryu. Il avait gravi les échelons jusqu'à devenir le Caucasien du
niveau le plus élevé à remporter le Golden Fist, à l'époque, et à être autorisé à
tester et à faire passer des ceintures noires. Il avait acquis sa notoriété à
l'occasion d'un fameux tournoi au cours duquel des élèves de karaté
s'affrontèrent, en full-contact, dans un tournoi éliminatoire où seul le vainqueur
était retenu. En tant qu'étranger, les autres combattants ne lui témoignèrent pas
beaucoup de respect, au début. La compétition dura deux jours, et Slomanski ne
cessait de gagner. Finalement, après avoir battu plus de 110 adversaires, il
remporta le tournoi. Ses incroyables capacités de combattant furent alors
saluées. En 1956, il fut nommé commissaire international pour le karaté par ses
homologues japonais.
118
Plus tard, en 1960, c'est le sergent-major Slomanski qui fera passer à Elvis
Presley sa ceinture noire de 1er dan. Pour la petite histoire, Elvis avait une
excellente réputation, tant dans l'armée que dans le milieu du karaté. C'est sous
la direction de Slomanski que je commençai à m'entraîner et à récolter pas mal
de bleus. C'est en discutant à l'école aéroportée que je découvris son
entraînement, après qu’il ait progressé dans ses niveaux de ceinture noire. Il
consacra une année à étudier l'anatomie et la physiologie, simplement pour
comprendre les effets des coups. Son maître lui demanda également de s'initier à
la peinture et à l'art floral pour mieux comprendre la philosophie derrière l'art. Je
n'ai jamais entendu parler de cela dans aucune école d'arts martiaux américaine.
Dès le début de ma formation, on me fit comprendre que les aspects mentaux
des arts martiaux étaient plus importants que les aspects physiques.
Par un concours de circonstances des plus intéressants, après sa retraite de
l'armée américaine, Slomanski entra au séminaire biblique orthodoxe oriental
Maranatha, devint ensuite pasteur ordonné de l'Église orthodoxe orientale et
décrocha un diplôme de docteur en théologie. Pendant sept ans, jusqu'à sa mort,
en 2000, il resta au service des patients et du personnel de la New Hanover
Memorial Church, à Wilmington, en Caroline du Nord, et aumônier de l'Henrico
Doctors' Hospital à Richmond, en Virginie. Je mentionne tout cela pour illustrer la
nature spirituelle qui est à la base de nombreux arts martiaux.
GUY SAVELLI
Dans le cadre du projet Jedi de l'INSCOM, le groupe s'intéressa à plusieurs
domaines d'excellence, dont les arts martiaux. A côté de la marche sur le feu et
de la torsion de cuillères, nous avions déjà prouvé qu'il était possible de casser
facilement des planches de bois avec peu d'entraînement et rien d'autre qu'à
mains nues. Il n'y avait aucun intérêt scientifique à percuter des planches,
puisqu’il s'agissait simplement de concentrer de l'énergie sur une petite surface.
C'était l'aspect mental de persuader les novices qu'ils pouvaient le faire qui était
important.
119
Par ailleurs, nous connaissions l'existence de techniques d'arts martiaux plus
avancées plus difficiles à exécuter et à maîtriser. Des membres des forces
spéciales de Ft. Bragg, en Caroline du Nord, nous renseignèrent sur l'existence
d'une ceinture noire qui enseignait des techniques remarquables ; il s'agissait de
Guy Savelli. Basé près de Cleveland, dans l'Ohio, Savelli pratiquait surtout le
karaté Kun Tao, mais il était également formé au Shotokan, au Tai Chi et au
Goshin Jitsu Kyo Jujo. De plus, le concept de la psychokinèse (PK) lui était
familier et il pensait que la PK était impliquée dans beaucoup d’effets d'arts
martiaux avancés. C'est ce que nous avions considéré comme étant important et
qu'il fallait étudier.
Nous fûmes en mesure de nous entraîner avec Savelli pendant quelques jours, et
ce que nous pûmes observer fut convaincant. Il ne faisait aucun doute qu'il était
un véritable expert, et pas l'un de ces artistes martiaux vendus, qui font de
l'esbroufe, sans produire les résultats escomptés. Savelli avait été testé dans
plusieurs laboratoires universitaires, et des témoignages anecdotiques
appuyaient ses conjectures sur l'utilisation de la PK comme source d'énergie
primordiale. Nous apprîmes plusieurs techniques qui laissèrent entrevoir qu'il y
avait bien une composante mentale pour frapper une cible désignée — dépassant
le simple fait de convaincre l'élève qu'il pouvait le faire.
En générant du ki, la vitesse d'attaque était d'une importance vitale. L'un de nos
premiers exercices visa à produire un mouvement sec capable de porter un coup
d'une puissance fulgurante. Pour ce faire, Savelli mit en place des pièges à rats à
ressorts (pas des pièges à souris !) Nous devions déclencher le piège et écarter
nos doigts de sa trajectoire. En cas d'échec, les conséquences pouvaient être très
douloureuses. Par la suite, nous recourûmes à la même technique pour briser des
planches de bois. Le contact réel n'était initié qu'avec un ou deux doigts, et pas
avec le poing, ni avec le tranchant de la main.
La thèse était que l'énergie PK était transférée et provoquait en fait la rupture.
Dans la plupart des coups de karaté sur des planches, la main ou le pied continue
de traverser l'objet, mais dans ce cas-ci, la main était en fait retirée, tandis que la
force PK continuait de traverser et briser la planche. Il est encore plus dur de
120
briser une planche qui n'est pas fixée. D’habitude, les planches de pin sont
tenues fermement par une autre personne ou coincées contre des objets durs,
quand la démonstration a lieu. La technique de la planche non fixée repose sur
une concentration d'énergie en un seul point. Si elle est mal exécutée, la planche
volera simplement à travers la pièce. Savelli soulignait qu'il faut projeter l'énergie
PK pour réussir cette opération.
Une des leçons mises en pratique consista à transpercer une orange, en utilisant
seulement un ou deux doigts. Vous pouvez essayer cela sans danger, mais vous
verrez que c'est beaucoup plus difficile que prévu. Le caractère souple de
l'orange lui confère une certaine force, une certaine résistance à la pénétration.
Notre travail consista à projeter le ki ou la PK au-delà des doigts, pour faciliter la
pénétration un peu avant qu'un contact physique n'ait lieu.
Une partie importante de notre entraînement consistait à être capable d'anticiper
une attaque. L'idée était d'intercepter mentalement l'intention de l'assaillant,
avant qu'il n'y ait le moindre indice physique, comme un plissement des yeux ou
une contraction de l'épaule. Nous apprîmes rapidement qu'au moment où les
indices physiques sont détectés, il est trop tard pour esquiver le coup.
Naturellement, cela suggère qu'il y a un aspect télépathique ou précognitif dans
cette technique. Comme je le soulignais dans The Warrior's Edge, les guerriers
samouraïs avaient adapté cette aptitude. Leur survie même dépendait de leur
capacité à savoir ce que ferait un ennemi, même s'ils se tournaient le dos.
Nous nous entrainâmes aussi à utiliser la projection du ki pour protéger notre
corps. Dans cet exercice, nous devions concentrer notre attention et déplacer le
ki dans tout le corps, en le rendant mentalement aussi rigide qu'un tronc d'arbre.
Une fois prêts, on nous frappait avec une lourde barre de métal, qui était creuse,
mais qui conservait toute sa solidité. Si l'exercice était correctement effectué, le
résultat était une barre de métal pliée, sans abimer le corps.
Une autre technique avancée que Savelli nous montra était le blocage de l'esprit.
Elle était conçue pour des situations spécifiques, comme lorsque vous êtes
confronté à un voyou qui pointe une arme vers vous. L'idée est de bloquer
121
mentalement l'esprit adverse dans l’idée qu'il ne soit plus conscient de vos
mouvements. Savelli nous fit visionner une vidéo de cette technique. Dans la
vidéo, l'agresseur restait focalisé sur l'endroit où se tenait Savelli, pendant qu'il
parvenait à contourner la cible et à l'attaquer par derrière. Bien qu'il ne s'agissait
que d'une démonstration, il apparaissait que l'agresseur n'avait aucune
perception des mouvements de Savelli. Cela fait songer au tour de passe-passe
du Jedi, popularisé dans La Guerre des étoiles. (‘’Ce ne sont pas les droïdes que
vous recherchez’’ !)
Les techniques de blocage de l'esprit ne sont ni nouvelles, ni uniques. Il existe
beaucoup d’histoires concernant leur application. L'une d'entre elles concerne
Joseph Staline, qui se serait intéressé aux phénomènes psychiques. Il avait invité
un célèbre médium russe, Wolf Messing, à lui rendre visite dans sa maison de
campagne très surveillée. Mais Messing devait entrer dans la maison sans se
faire prendre par les gardes. Messing aurait utilisé une technique de projection
mentale capable de brouiller l'esprit des observateurs, créant ainsi une véritable
cape d'invisibilité, comme celle utilisée dans les films d'Harry Potter. Messing
aurait convaincu les gardes qu'il était en réalité le maréchal de l'Union soviétique,
Lavrenti Beria, le chef de la police secrète. Bien que méconnues en Amérique, les
capacités de Messing à lire dans les pensées et à faire des prédictions
inquiétèrent Hitler, comme Staline.
C'est encore une autre aptitude qui nous captiva le plus. Nous avions entendu
dire que Maître Savelli savait comment exécuter le dim mak ou contact mortel.
C'est la même technique dont Rich Haake m'avait parlé, des années auparavant.
L'intérêt du dim mak, d'un point de vue militaire est évident, mais il n'a pas fait
l'objet de recherches approfondies.
Pendant notre formation avec Savelli, nous fûmes rejoints par deux sous-officiers
supérieurs des forces spéciales, qui avaient travaillé avec lui à Ft. Bragg. C'était
des médecins des forces spéciales, de par leur formation, ce qui signifie qu'ils en
savaient beaucoup sur l'anatomie et la physiologie. Lorsque l'armée mit sur pied
son programme SERE de survie, d'évasion, de résistance et de fuite, elle opta
pour le colonel Nick Roe pour le diriger. Roe était un choix évident, puisqu'il avait
122
été capturé par les Viêt-congs dans le delta du Mékong, en 1963. Fin 1968, il
réussit à s'échapper au cours d'une attaque contre un campement des Viêt-congs
proche de la forêt d’U-Minh, presque impénétrable.
Cette histoire me touchait personnellement, car mon camp, Ba Xaoi, était situé
dans la région des Sept Montagnes, dans le delta du Mékong. Nous entendions
occasionnellement parler d'un prisonnier détenu par les Viêt-congs. Chaque fois
que nous pensions avoir une chance, nous lancions une opération de sauvetage.
Elles échouèrent toutes, jusqu'en décembre 1968. Le sauvetage de Roe fut
accidentel et presque fatal. Après un bombardement, des hélicoptères de combat
arrivèrent sur les lieux et les Viêt-congs s'éparpillèrent. Cependant, l'un d'entre
eux, vêtu d'un pyjama noir, se dirigea vers les hélicoptères en boitillant. Comme il
arborait une barbe noire bien fournie, ce qui n'était pas courant pour un
Asiatique, les hélicoptères de combat arrêtèrent de tirer. En se rapprochant, ils
constatèrent qu'il s'agissait d'un Américain. Ils amorcèrent une descente rapide et
le recueillirent juste à temps pour le mettre en sécurité. Les Viêt-congs s'étaient
lassés de sa résistance et ils avaient fixé la date de son exécution, quelques jours
plus tard. Il avait été capturé près de Le Cœur, dans la province d'An Xuyen, en
même temps que le capitaine Rocky Versace, qu'ils avaient rapidement exécuté.50
Roe, qui était en réalité un lieutenant des forces spéciales, avait su persuader ses
geôliers qu'il était ingénieur civil et non un officier de l'armée. Ce n'est que
plusieurs années plus tard, lorsqu'une liste de prisonniers de guerre américains
fut communiquée au Vietnam du nord par un groupe de défense de la paix, que
les Viêt-congs apprirent qui il était. Entre-temps, il n'avait plus aucune valeur de
renseignement pour eux.
Mais revenons-en au programme SERE. Qui de mieux que quelqu'un avec cinq
ans d'expérience personnelle en tant que prisonnier de guerre pour diriger le
programme ? Pendant sa captivité, Roe avait tenté de s'évader à plusieurs
reprises, et il avait payé le prix de chacune de ses tentatives. Il apprit beaucoup
de ses expériences, notamment à utiliser son esprit pour influencer ses geôliers.
Ainsi, quand il prit en main le programme SERE, il assigna à ces sous-officiers la
50
Le capitaine Rocky Versace reçut la médaille d'honneur à titre posthume pour sa résistance. Il fut rapporté
qu'il chantait God Bless America alors qu'on le conduisait à son exécution.
123
tâche d’explorer des méthodes alternatives en général, et le dim mak en
particulier. Ce sont eux qui découvrirent Guy Savelli et qui l'amenèrent à Ft. Bragg
pour donner des cours d'arts martiaux.
Les médecins des forces spéciales suivent un entraînement très poussé, et l'un
des exercices consiste à soigner une chèvre blessée par balle. Il n'était pas
désirable que le premier blessé par balle soigné par un médecin soit un Américain
sur le champ de bataille. Sans tambours, ni trompettes, et pour appuyer cette
activité d'entraînement médical, il y avait un laboratoire de chèvres sur la base.
Les médecins prirent des dispositions pour que Savelli utilise le dim mak sur deux
chèvres. Placées devant des caméras de surveillance pour documenter les
résultats, les chèvres étaient visiblement entravées.
Le dim mak n'est pas un coup violent, comme on pourrait s'y attendre. Il ne s'agit
pas d'un coup fatal, qui comprime la poitrine et stoppe le cœur, ni d'un coup de
marteau sur le côté du crâne. Le contact vise plutôt à interrompre la circulation
du ki dans le corps. En outre, la mort ne survient pas au moment de la frappe. Elle
survient généralement des heures plus tard et elle est quasiment instantanée,
lorsque la mort arrive enfin. Dans cette expérience, la première chèvre succomba
environ douze heures après que le coup de dim mak ait été administré. La
seconde chèvre succomba douze heures plus tard. Les caméras vidéo révélèrent
que les chèvres s'étaient soudainement écroulées.
Les résultats de l'autopsie que je découvris étaient encore plus intrigants. Les
ventricules des chèvres étaient remplis de sang. Cela semblait indiquer que la
mort avait été si rapide que le cœur n'avait pas eu le temps de se contracter. Une
autre anomalie fut encore observée. En interne, à travers la région thoracique du
corps, une ligne d'énergie était clairement visible. Elle ressemblait beaucoup à ce
qui se produit, lorsqu'une balle traverse un corps et dépose une trace d'énergie
radiale. Dans ce cas-ci, la différence était qu'il n'y avait ni blessure d'entrée, ni
blessure de sortie. Il ne fait aucun doute qu'un tel dépôt d'énergie représente un
défi pour la science conventionnelle.
124
Certaines expériences furent encore menées en matière d'observation, et les
résultats furent loin d'être concluants, mais ils étaient quand même intéressants.
En tant que prisonnier de guerre, Roe avait utilisé ces techniques sur les Viêtcongs.51 Il était convaincu qu'il pouvait influencer les gardes pour qu'ils marchent
plus loin ou pour qu'ils regardent plus longtemps dans une certaine direction.
Tout ce qu'il voulait, c'était un peu plus de temps sans être observé pour
accomplir sa tâche.
Si vous avez vu le film de George Clooney, Les chèvres du Pentagone, tout cela
vous semblera peut-être familier. Aucune chèvre ne mourut jamais d'avoir été
regardée, mais elles succombèrent sous l’impact du dim mak. Malheureusement,
Jon Ronson, qui signe le livre, prit une petite part de vérité pour y ajouter environ
90 % de fiction. Et ensuite, ils tournèrent le film.
SHIHAN GARY ALEXANDER
Toutes les surprises des arts martiaux ne proviennent pas de phénomènes
psychiques. Mon cousin, le grand maître Gary Alexander, illustre une autre
facette des arts martiaux. Gary est shihan, 10ème dan, en isshin-ryu, un style de
karaté d'Okinawa. À 25 ans, en 1962, il devint champion d'Amérique du Nord en
battant tous ses adversaires dans des tournois open. Il ne comprend pas, ni ne
peut compter sur les facultés psychiques. Ainsi que je l'ai appris par expérience, il
se contente de frapper vraiment très, très fort ! Il a gravi tous les échelons en
combattant sans protections et en pratiquant le full contact. On est loin des
combats actuels, où des trophées sont décernés à des combattants entièrement
protégés, et simplement pour avoir fait acte de présence. Au cours des décennies
de sa carrière de combattant, Gary compta plus de 1 000 combats et resta
invaincu. Des photos le montrent aux côtés de Bruce Lee, de Chuck Norris et
d'autres grands maîtres du karaté.
51
En 1989, le colonel Nick Roe fut assassiné à Quezon City, au cours de son affectation en tant qu’attaché
militaire aux Philippines.
125
Mais la véritable histoire est celle de son parcours. Petits, lui et son frère Ed
restèrent alités ou invalides pendant plus de 12 ans. La fièvre rhumatismale a
pratiquement disparu en Amérique aujourd'hui, mais comme la polio dans les
années 1940, c'était une maladie relativement courante et fortement invalidante.
Il s'agit d'une maladie aiguë qui provoque de la fièvre, une inflammation des
articulations et des lésions des valvules cardiaques. Pendant toute la durée de
leur infirmité, ni Gary ni Ed ne purent pratiquer le moindre sport. Il était hors de
question de courir et de sauter, comme le font la plupart des enfants. Les
professeurs venaient chez eux, et leur père les portait jusqu'à la voiture, chaque
fois qu'ils devaient se rendre quelque part. Il est important de noter que leur
développement musculaire fut très inhibé durant toutes ces années.
En repoussant mentalement la douleur, Gary exerça ses articulations et il put
enfin retrouver la mobilité. Tous ceux qui le connaissaient étaient stupéfaits et,
après avoir obtenu son diplôme de fin d'études secondaires, il intégra le corps
des Marines et devint un fantassin chevronné. Pendant son affectation à
Okinawa, il commença à s'entraîner à l'Isshin-ryu. C'est alors que la tolérance
qu'il avait développée face à la douleur porta ses fruits. En 1962, il réussit à
mettre son adversaire KO au Madison Square Garden en un temps record de cinq
secondes. Son combat suivant dura environ 60 secondes. Au bout de quelques
années, ses instructeurs lui demandèrent de s'abstenir de toute compétition
formelle pour donner une chance aux autres combattants.
Gary est un exemple de ce que l'on peut faire, quand on est déterminé et quand
on choisit de persévérer contre vents et marées. C'est le genre d'histoire qui
mérite d'être racontée, car il y a des preuves à l’appui. Aujourd'hui, Gary est
désenchanté par la plupart des écoles de karaté qu'il a vues. Celles-ci sont trop
souvent orientées vers le commerce et certaines garantissent même que l'élève
obtiendra sa ceinture noire dans un délai déterminé. Il n'accorde guère
d'importance au battage médiatique. Intronisé au Black Belt Magazine Hall of
Fame, son approche pour mériter le respect est simple. Comme il l’a toujours
déclaré, le tatami ne ment pas.
126
CONCLUSION
Comme c'est le cas dans beaucoup de sports, si l’on examine de près les
performances extrêmes, il semble y avoir des éléments qui défient la sagesse
conventionnelle. De tels exemples dépassent l'excellence et l'entraînement et
relèvent du domaine de l'impossible. Par exemple, certains chercheurs étaient
d'avis que le célèbre danseur de ballet russe, Vaslav Nijinsky, lévitait vraiment, vu
qu'il pouvait rester en l'air si longtemps. Lorsqu’il se produisait, Nijinsky entrait
parfois dans un état de conscience altéré où, selon lui, ‘’il y avait des moments où
la gravité disparaissait".
Selon mon expérience, il y a bien des aspects de certains arts martiaux avancés
qui soutiennent l'idée que les phénomènes psychiques jouent un rôle important.
Des pratiquants d'aïkido et de qi gong font la démonstration de l'utilisation du ki,
qui s'étend parfois bien au-delà du corps physique du pratiquant. Et si le dim mak
était réel, comme les nécropsies des chèvres semblent le suggérer ? Tous ces
éléments de preuve soulèvent la question du lien entre le ki et la psychokinèse.
Sont-ils en relation ou constituent-ils une seule et même chose ? D'après les
recherches menées en laboratoire sur la PK, je pense qu'il y a certaines
différences, mais cette question mérite d'être étudiée sérieusement.
Premièrement, la science doit accepter l'existence d'un système énergétique
invisible, qui régule le corps humain et qui peut se manipuler. Ensuite, elle doit
accepter l'existence de la PK. Ce n'est qu'alors que l’on pourra résoudre des
questions plus complexes.
Certains artistes martiaux doués ont également appris à recourir à la précognition
pour savoir ce qu’un adversaire va ensuite faire. Ils semblent par ailleurs avoir la
capacité d'influencer l'esprit d'une autre personne pour permettre à des actions
de se produire. Bien qu’étant rarement étudiés par les chercheurs en
phénomènes psychiques, les arts martiaux offrent un terrain d'exploration
complexe et intriguant.
127
2ÈME PARTIE :
EXPÉRIENCES MILITAIRES
128
CHAPITRE 10 : PETITES RÉCEPTIONS ET PROFUSION DE
TORSIONS
Un enfant est coincé sous une voiture. Sa mère se précipite et soulève la voiture
et sauve ainsi la vie de l'enfant. Qu'il s'agisse d'une légende urbaine ou d'un
événement réel, cette histoire a toujours frappé l'imagination des gens.
Assurément, des exploits impliquant une grande force ont été recensés tout au
long de l'histoire. Il y a deux réponses classiques. La première, bien sûr, c'est que
cela ne s'est pas produit. Et la seconde, c'est qu'une fois libérée par un épisode
critique, l'adrénaline se met à pomper et fournit le surcroît d'énergie nécessaire
pour mener à bien le sauvetage.
Si la sécrétion d'adrénaline ou d’épinéphrine joue un rôle essentiel dans la
préparation de l'organisme au combat ou à la fuite en cas de menace, elle ne
peut pas expliquer l'augmentation spectaculaire de la force musculaire
nécessaire pour soulever des objets pesant une tonne ou plus. À titre d'exemple,
ABC News rapporta l'histoire d'une jeune femme de 22 ans, originaire de Virginie,
qui aurait soulevé une BMW tombée sur son père, après que la voiture sous
laquelle il travaillait ait glissé d'un cric. Autre exemple, Fox News évoqua l'histoire
de deux adolescentes de l'Oregon qui soulevèrent un tracteur de près d'une tonne
et demie de la poitrine de leur père, après que celui-ci se soit retourné et l'ait
cloué au sol. Scientific American décrivit le cas d'un cycliste de Tucson, en
Arizona, qui fut renversé, puis traîné sous une Chevrolet Camaro. Pour sauver le
cycliste grièvement blessé, un homme souleva la voiture, qu’il maintint en l'air
durant près de 45 secondes, le temps que le conducteur dégage la victime. Ce
genre d’anecdotes ne manquent pas. Ces événements, bien qu’ils soient rares, se
produisent bel et bien et défient les explications simples. La base scientifique
expliquant la production d’énergie nécessaire au déplacement de ces objets
lourds fait défaut. Mais on peut observer des prouesses similaires à une moindre
échelle.
Employer son esprit pour dominer la matière est l'un des fantasmes dont on parle
depuis des siècles. Les preuves de la réalité de la psychokinèse (PK)
129
représentent l’un des défis à relever pour la science. Aucune théorie scientifique
conventionnelle ne peut rendre compte de l'énergie nécessaire pour déplacer des
objets par la seule force de l'esprit. Et pourtant, la psychokinèse existe !
Mes rencontres personnelles avec la PK débutèrent, quand je fis la connaissance
de Jack Houck, un ingénieur de l'aérospatiale qui travaillait à l'époque chez
McDonnell Douglas à Huntington Beach. Houck avait entendu parler des exploits
d'Uri Geller en matière de torsion de cuillères et avait conçu un modèle
permettant de produire la PK à une échelle observable. On baptisa ces activités
‘’séances de torsion de cuillères’’, même s’il appelait le processus ”torsion
mentale psychokinétique’’.
Bien entendu, nous étions très sceptiques au départ. Dans le cadre de son travail
quotidien, un projet hautement confidentiel pour la CIA, Houck avait des raisons
de se rendre assez fréquemment dans la région de Washington. Bob Klaus, un
ami avec lequel je travaillais sur la programmation neurolinguistique, mieux
connue sous l'acronyme PNL, organisa un soir une séance de torsion de cuillères
à son domicile. Ce que nous pûmes alors observer était suffisamment intriguant
pour mériter un examen plus approfondi. Après la séance, je signalai à mon
patron, le major général Albert N. ‘’Bert’’ Stubblebine52, que nous avions vu des
objets métalliques assez lourds tordus d'une manière inexplicable.
Stubblebine voulait vivre une expérience ‘’de première main’’, aussi organisai-je
une autre séance en soirée, cette fois-ci dans mon appartement d'Alexandria
Knolls West, à Alexandria, en Virginie. Le groupe éclectique comprenait Andrija
Puharich, un médecin qui étudiait les phénomènes étranges depuis des
décennies et qui avait contribué à faire venir Geller aux États-Unis, quelques
années auparavant. Une médium impressionnante, Anne Gehman, était
également de la partie. Ce soir-là, elle allait jouer un rôle clé dans notre
implication avec la torsion mentale psychokinétique. Il y avait encore le capitaine
de la marine américaine, Joe Dick, qui explorait d'autres approches pour localiser
les prisonniers de guerre non rapatriés du conflit vietnamien. Ann Armstrong
52
Bert Stubblebine a joué un rôle clé dans nos projets de recherche. Il est décédé le 6 février 2017, alors que
j'écrivais ce livre.
130
Dailey, qui travaillait pour la National Hospice Organization, était également
présente, ainsi que quelques autres personnes.
Houck présenta le procédé de torsion mentale psychokinétique, qu’il continua
d'utiliser jusqu'à sa mort, en 2013. Il commença par jeter par terre une boîte de
fourchettes et de cuillères déjà tordues, qui firent un bruit de ferraille en heurtant
le sol. Puis, il nous donna un aperçu de son expérience antérieure et il expliqua
comment il avait découvert que presque tout le monde pouvait expérimenter la
torsion mentale psychokinétique. Houck constata ainsi que la torsion mentale
psychokinétique ne nécessitait pas de compétences particulières, à l'instar d'un
Uri Geller, mais seulement la volonté de participer avec un esprit ouvert.
S'amuser était aussi un élément clé du processus. Pour des raisons qui ne sont
pas encore totalement comprises, il semble que la torsion mentale
psychokinétique possède une composante émotionnelle. D'une certaine manière,
c'est similaire aux situations dans lesquelles une force extraordinaire est
déployée. Bien sûr, les séances de torsion mentale psychokinétique ne génèrent
qu'une infime partie du stimulus émotionnel que représente le fait de sauver la
vie d'un être cher, mais cela joue quand même un rôle non négligeable.
Ce soir-là, à Alexandria Knolls, un incident critique se produisit. Les membres du
groupe étaient pour la plupart assis sur le sol, dans une configuration à peu près
elliptique. Le hasard voulut que Stubblebine soit assis juste en face d'Anne
Gehman. La séance de PK progressa d'un niveau que Houck qualifia de
maternelle, où les participants étaient autorisés, et même encouragés, à utiliser
leurs mains pour accompagner la torsion, jusqu'à la séance du niveau supérieur.
Ici, dans la phase finale, les participants tenaient une paire de fourchettes
assorties et ils ne touchaient rien d'autre que la base des couverts, aucune force
physique n'étant autorisée, à ce stade.
Tout à coup, la fourchette que Gehman tenait dans sa main droite se plia à 90
degrés. Tout à fait, sans qu'aucune force physique n'ait été exercée, sa fourchette
avait tout bonnement fléchi. Stubblebine et moi-même, nous fûmes tous les deux
témoins de cet incroyable incident, sous nos yeux. Il ne faisait aucun doute que
131
c'était bien réel. Un phénomène psychokinétique majeur s'était produit, dont
plusieurs personnes avaient été témoins.
Gehman elle-même fut extrêmement surprise. Même si c'est une médium
professionnelle ayant vu beaucoup d'événements inhabituels, elle n'avait jamais
participé à une séance de PK auparavant. Stubblebine et moi, nous nous
retrouvâmes rapidement près de la porte de l'appartement pour discuter de ce
que nous venions tout juste d'observer. De toute évidence, il s'agissait d'un
événement important. Si la PK était réelle, et ce que nous venions d'observer le
laissait supposer, cela pourrait avoir d'énormes implications pour l'armée. Il
faudrait donc approfondir la question. Mais nous savions également que
convaincre les autres de cette réalité serait une tout autre paire de manches.
D'autres surprises allaient suivre. Le lendemain de cette séance de PK, je me
rendis en voiture à une réunion du conseil d'administration de l'Association
internationale pour l’étude des états proches de la mort (IANDS) à Storrs, dans le
Connecticut. Alors que nous roulions sur l'autoroute I-95 dans le New Jersey, Jan
Northup, qui était ma femme à l'époque, me dit que ses mains étaient très
chaudes, comme c'était le cas pendant la soirée de la veille. Saisissant deux
cuillères dans la voiture, elles se tordirent prestement en formant des nœuds.
Arrivés à l'université du Connecticut, où l'IANDS fut fondée, nous décrivîmes la
séance de PK devant l’assemblée des membres du conseil d'administration, et
tous étaient intéressés par les détails. La prochaine étape consista naturellement
à procéder à quelques démonstrations, et au grand dam de notre hôte, Ken Ring,
un certain nombre de ses ustensiles domestiques devinrent rapidement
inutilisables. Bien que Jan se servît de ses mains dans ce processus, elle réussit à
tordre les têtes de plusieurs cuillères de service très lourdes. Elles étaient si
épaisses qu'il aurait été extrêmement difficile pour une personne lambda de
provoquer ce type de dégâts à mains nues. Or, cela se produisit à plusieurs
reprises, et avec une extrême facilité.
Nous restâmes en contact avec Houck et nous apprîmes à reproduire les
conditions d'une séance de PK. Stubblebine était très enthousiaste par rapport
aux perspectives des séances de PK, et nous organisâmes plusieurs activités de
132
ce type dans l’idée de démontrer aux dirigeants les implications de la
psychokinèse pour l'armée et pour les services de renseignement. Ces activités
se poursuivirent pendant plusieurs années, période au cours de laquelle nous
achetâmes une maison et déménageâmes à Springfield, en Virginie. Nous y
organisâmes de nombreuses séances de PK. Parfois, les dignitaires présents
voulaient que leur identité soit protégée. Certains étaient peu disposés à
admettre qu'ils avaient participé à quelque chose d'aussi farfelu qu'une séance
de torsion de cuillères. Pour assurer leur protection, Stubblebine envoya même
une équipe du contre-espionnage passer la maison au crible à la recherche de
mouchards électroniques. Aujourd'hui encore, je ne suis pas certain de
comprendre leur rapport. Ils me dirent qu'il n'y avait ‘’rien qui n'était pas censé
être là.’’ Je me suis toujours demandé s'ils n'avaient pas installé quelque chose
de leur cru.
L'U.S. Army Intelligence and Security Command (INSCOM) disposait d'unités
disséminées dans le monde entier, et ciblant principalement l'Union soviétique.
Chaque trimestre, Stubblebine convoquait ses commandants en chef subalternes.
Pendant environ trois jours, ils se retrouvaient chaque fois dans un lieu sécurisé
pour discuter des opérations en cours et à venir. Au cours de plusieurs de ces
réunions, Stubblebine me demanda de faire un exposé sur les sujets plus
inhabituels que j'explorais. Il m'avait laissé une grande liberté d'action. Lorsqu’on
me demandait quel était mon travail, je répondais souvent en plaisantant que
j'étais un colonel freelance. Certains de mes collègues ne rigolaient pas, mais
tant que Stubblebine me couvrait, ils ne pouvaient pas faire grand-chose.
Parmi les remarques désobligeantes que j'entendais souvent, il y avait celle-ci :
‘’Qu'allez-vous donc faire, tordre les canons des chars d'assaut ?’’ Ma réponse
était la suivante : non, la cible, ce sera les électrons. Au début des années 1980,
les ordinateurs commençaient tout juste à se généraliser dans l'armée. Et je
remarquai qu'au fur et à mesure que nous dépendions de plus en plus des
ordinateurs pour prendre des décisions, il y avait une vulnérabilité que nous
n'avions encore jamais connue auparavant. Aujourd'hui, la majorité des gens ont
entendu parler de la cyberguerre comme étant une menace sérieuse, mais à
l'époque, l'idée de se battre avec des ordinateurs était presque incompréhensible.
133
Comme je le fis remarquer à mes détracteurs, l'ennemi n'avait pas besoin de
détruire un ordinateur. Tout ce qu'il devait faire, c'était les rendre inutilisables. De
toute évidence, déplacer des électrons nécessiterait beaucoup moins d'énergie
que tordre des objets physiques.
À l'occasion d'une convocation, Stubblebine ordonna l'organisation d'une séance
de PK, que Jan et moi devions animer. La participation n'était pas facultative. Le
scepticisme était généralisé. Une poignée d'individus étaient ouvertement
mécontents, voire hostiles. J'étais très loin de me douter que l'un des événements
psychokinétiques les plus spectaculaires auxquels j'assisterais jamais se
produirait au sein de ce groupe cloîtré de généraux et de colonels. La scène avait
pour cadre une salle de réunion en forme de fer à cheval au centre de conférence
de Xerox à Lansdowne, en Virginie. La salle comprenait deux niveaux de bureaux.
Une trentaine de personnes étaient présentes, lorsque je laissai tomber par terre,
sans tambour ni trompette, les cuillères et les fourchettes préalablement tordues.
Le vacarme du crash était intentionnel et réussit à capter l'attention de tout le
monde. Pendant environ une heure, nous procédâmes à une séance typique de
PK, au cours de laquelle on encourage les gens à s'amuser et à utiliser leurs
mains pour prendre le pli. On sait qu’un changement de la perception tactile se
produit souvent, quand un objet est sur le point de se tordre. Des termes, tels que
chaleur, ou même fraîcheur ou plastique furent prononcés, lorsque ces
participants ingénus remarquèrent un changement dans la consistance de leur
fourchette ou de leur cuillère. Quand le changement se produisit, ils le sentirent
et constatèrent que l'objet devint extrêmement malléable. Durant quelques
secondes, il fut possible de tordre ou de replier l'ustensile avec un minimum de
force.
Nous arrivâmes finalement à la séance du niveau supérieur, celle qui ne permet
pas l'utilisation de la force physique. Chaque individu reçut une paire de
fourchettes assorties. Cela signifiait que nous les appariâmes pour que toute
perturbation soit détectable. À plusieurs reprises dans le passé (en dehors du cas
Gehman), nous avions vu des dents de fourchettes manifestement changer de
forme. C'était assez étonnant en soi, mais cela n'avait rien à voir avec ce qui était
sur le point de se produire.
134
La configuration de la salle m'empêchait de voir tout ce qui se passait. Il y avait
des petits groupes d'officiers avec différents niveaux d'intérêt et d'implication
dans le processus de la séance de PK. Alors que je me tournais vers ma droite
pour observer un groupe bruyant, quelqu'un cria derrière moi. C'était un colonel
assis à côté d'un officier de liaison avec nos unités européennes. Un lieutenantcolonel, un des rares participants moins gradés, tenait une fourchette dans sa
main droite, pliée à 90 degrés. Il déclara regarder ailleurs, lorsque la fourchette se
tordit et fut surpris par le phénomène. Je n'avais pas vu l’action et, franchement,
j'étais un peu sceptique et je pensais que l'un des officiers les moins bien
disposés pourrait bien tenter de me manipuler. C'est pourquoi ma réaction initiale
fut plutôt réservée.
Mais cela allait rapidement changer, parce que ce qui suivit défia toute
explication scientifique. Sans aucune force physique et sous le regard de
nombreuses personnes, la fourchette reprit sa position initiale. Puis, elle se plia
une nouvelle fois. Et spontanément, depuis la position à angle droit, elle se
redressa jusqu'à un angle d'environ 45 degrés avant de s’arrêter.
Manifestement frappé de stupeur, le lieutenant-colonel laissa tomber la
fourchette sur le bureau et déclara : ‘’J'aurais préféré que cela ne se produise
pas.’’ Puisque nous étions tous cloîtrés, la présence du psychologue de l'étatmajor s'avéra utile. Avant de le renvoyer chez lui, cet officier avait besoin de
conseils et d'aide pour se remettre de son expérience.
En général, après les séances de PK, les participants reprennent chez eux leurs
objets tordus. Cet individu ne voulait rien avoir à faire avec eux, et ceux-ci sont
toujours exposés chez moi. Je les ai montrés plusieurs fois au cours d'interviews
télévisées. Stubblebine rendit visite à ce lieutenant-colonel, quelques mois plus
tard. L'officier lui dit qu'il était parvenu à refaire l’expérience, en guise de
vérification. Mais comme ceci allait à l'encontre de ses croyances religieuses
personnelles, il ne retenta plus jamais une expérience de PK.
Parmi les témoins clés de ce soir-là, il y avait Ed Speakman, le conseiller
scientifique de l'INSCOM, qui était lui-même un éminent scientifique, à part
135
entière. Auréolé par son invention de l'antenne de voiture dans les années 1930,
Speakman était réputé pour son aide dans le cadre de divers projets spéciaux. Il
avait participé à plusieurs de mes soirées PK et cette fois-ci, il était assis juste
derrière l'officier, quand cela arriva. Ce soir-là, il ne manqua pas une miette de
l'événement.
Bien qu'il s'agissait de la torsion la plus spectaculaire de la soirée, ce ne fut pas
un cas isolé. De l'autre côté de la salle, un autre colonel constata que la cuillère
qu'il tenait en main s'était fortement tordue. Il s'agissait d'une torsion d'environ
30 degrés, près du col de la cuillère. Dans le cadre de n'importe quelle autre
séance de PK, une telle torsion aurait été considérée comme le phénomène
vraiment remarquable qu'elle était, mais ce soir-là, elle fut éclipsée par la torsion
la plus impressionnante qu'il m'ait été donné de pouvoir observer
personnellement.
Les lecteurs devraient savoir que je considère Uri Geller comme un ami
personnel. Nous nous connaissons depuis plusieurs décennies et j'apparais dans
un film consacré à sa vie intitulé The Secret Life of Uri Geller.53 J'ai aussi écrit un
article sur son impact sur l'armée américaine, qui figure sur son site web. Depuis
que nous sommes amis, je l'ai vu tordre de nombreux objets. Il y eut pourtant un
incident qui me parut plus critique que tous les autres. En effet, celui-ci se
produisit dans le bâtiment du Capitole, et j'étais assis à moins d’un mètre
cinquante de là, quand il arriva. Scott Jones, qui travaillait pour un autre ami, le
sénateur Claiborne Pell, m'avait appris qu'Uri y prendrait la parole. J'invitai
également le général Stan Hyman, alors commandant de l’INSCOM, à
m'accompagner. Hyman avait l’esprit ouvert et il avait approuvé les programmes
psychiques, lorsque j'étais encore à l'INSCOM. Bien que du temps se soit écoulé
depuis la fin de ces programmes, Hyman s'intéressait aux promesses des
expériences parapsychiques. Nous savions tous les deux qu'il serait
politiquement impossible de ressusciter de tels efforts au sein de l'INSCOM, mais
les menaces psychiques potentielles existaient toujours.
53
Vous pouvez visionner le film ici : http://www.urigeller.com/oscar-winningvikram-jayantis-the-secret-life-ofuri-geller-bbc-documentary-uncut/
136
Le bâtiment du Capitole abrite une installation sécurisée pour les informations
sensibles, où fut organisée la réunion. Dans les années 1980, alors que la guerre
froide battait son plein, Geller, un Israélien, s'inquiétait du sort des juifs d’Union
soviétique. Quelques membres du Congrès et des dizaines de collaborateurs, qui
avaient entendu parler des exploits d'Uri assistèrent à son exposé. Même s'il était
là pour évoquer les relations internationales, des membres de l'auditoire
insistèrent pour qu'il plie quelque chose. Comme il n'y avait pas de couverts dans
la salle, quelqu'un sortit et se procura la cuillère de la tasse à café d'un garde. Ce
détail est important, car il prouve qu'Uri n'avait aucun moyen de préparer l'objet à
l'avance.
Geller s'exécuta en saisissant la cuillère par le bol avec deux doigts de sa main
gauche. Avec son index droit, il effleura délicatement le col de la cuillère à partir
du dessus. En m'attendant à ce que la cuillère se torde, j'observais très
attentivement et je notai qu'à aucun moment, il n'avait touché les deux côtés du
col de la cuillère, comme le font certains magiciens, lorsqu'ils simulent le
processus. Alors qu'Uri continuait, le manche de la cuillère se tordit visiblement
vers le haut. Manifestement, aucune force n'était appliquée pouvant expliquer ce
mouvement. Uri plaça la cuillère sur le haut du dossier d'une chaise à côté de lui.
Il continua ensuite son discours sur les relations entre Israël et l'Union soviétique.
Pendant ce temps-là, avec une vue dégagée, je pouvais voir que la cuillère
continuait de se tordre, quand bien même Uri n'avait plus aucun contact physique
avec elle. En fait, il ne faisait même plus attention à elle. À un moment donné, la
cuillère tomba par terre. Discrètement, elle se retrouva dans ma poche. Cette
cuillère est toujours exposée dans mon bureau, avec les fourchettes de
l'INSCOM.
Il existe, bien sûr, un certain nombre de méthodes différentes pour simuler la
torsion d'une cuillère. C'est d'ailleurs devenu l'un des numéros phares de mon
ami, le mentaliste Alain Nu, ‘’The Man Who Knows’’ (l'homme qui sait). Dès le
début de nos recherches, nous savions qu'il serait important de consulter des
magiciens. Les sceptiques de la torsion mentale psychokinétique ont souvent
critiqué le fait que des magiciens ne participaient pas au projet. Ce n'est tout
simplement pas vrai. Au départ, Doug Henning, un illusionniste de classe
137
mondiale, m'a aidé. À l'époque, Henning était au sommet de son art et sur un pied
d'égalité avec David Copperfield. Henning avait tenu le haut de l'affiche à Las
Vegas et il avait des émissions de télévision spéciales à son actif. En vertu de son
association avec Maharishi Mahesh Yogi et avec la méditation transcendantale, il
s'intéressait personnellement à ces phénomènes et il avait une philosophie qui
pouvait inclure les événements mystiques.
Nous avions fait connaissance à l'occasion d'un de ses spectacles sur le Strip, et
j'invitai Henning à venir chez nous, à Springfield, pour participer à une séance de
PK. Il accepta et débarqua avec son manager, tout en admettant son scepticisme
concernant de tels événements. À cette occasion, deux choses le sidérèrent : la
première personne à faire l'expérience d'une torsion spontanée fut son propre
manager. Il savait pertinemment bien que nous n'aurions jamais pu organiser
cela. Et la seconde fut la torsion provoquée par une petite fille d’onze ans qui,
comme Henning, n'avait jamais participé à une séance de PK auparavant. Après
qu'il ait fait une démonstration de quelques tours de cartes intéressants, nous
discutâmes des possibilités de créer une illusion de torsion, et une fois que l'on
sait ce à quoi il faut faire attention, il est assez simple de comprendre le tour.
Il y aura d'autres fameuses séances de PK en cours de route. En 1982, je
participai à la célébration du centenaire de la fondation de la Society for
Psychical Research, au Royaume-Uni. Elle se tint dans le berceau de la SPR, le
Trinity College, à l'Université de Cambridge. Parallèlement, c'était aussi le 25ème
anniversaire de l'American Society for Psychical Research, et les deux sociétés
organisèrent ainsi conjointement leur assemblée. Le Trinity College est révéré par
les scientifiques, car Sir Isaac Newton y résida autrefois.
C'est là que je rencontrai John Hasted, physicien expérimental au Birkbeck
College de Londres, et son assistant, Julian Issacs. Ils avaient entendu parler des
séances de PK organisées de notre côté de l'Atlantique et étaient curieux
d’obtenir des détails à ce sujet.
Hasted avait déjà travaillé avec Uri Geller, et il avait déclaré publiquement qu'il
était authentique. Hasted avait aussi examiné plusieurs enfants britanniques,
138
dont il pensait qu'ils avaient des aptitudes psychiques. Après avoir discuté des
expériences de PK en général, Hasted et Isaacs me montrèrent une lourde barre
de métal tordue en rond. Si je me souviens bien, la barre mesurait à peu près un
mètre de long et deux centimètres de diamètre. Avec toute ma force, je pus
fléchir légèrement la barre, mais sans pouvoir la tordre durablement. Selon eux, la
barre avait été tordue en leur présence par un jeune garçon. Cette barre est
l'objet le plus lourd que j'aie jamais vu supposément déformé par des moyens
psychiques.
Hasted demanda si nous pouvions organiser une séance de PK pour quelques
participants soigneusement sélectionnés dans le cadre de la conférence.
J'acceptai, à condition que le nombre de participants ne dépasse pas 20
personnes, mais le bruit se répandit et il fallut littéralement bloquer la porte, une
fois qu'une cinquantaine de personnes furent entrées dans la salle. Le nombre de
couverts disponibles pour cette séance était très limité, et il semble qu'il y ait eu
quelques torsions légères, mais rien d'extraordinaire.
Le professeur Hasted se montra très enthousiaste face aux résultats. Le
lendemain, il annonça ouvertement qu'une nouvelle séance aurait lieu le soir
même et que tout le monde était invité. Avec une réserve importante : chaque
participant devrait apporter ses propres ustensiles en métal. À l'époque, les
magasins britanniques fermaient généralement vers 17 heures, et les sessions de
la conférence se prolongeaient bien plus tard. Le hasard voulut qu'un dîner
officiel soit prévu, ce soir-là. Vous devinez peut-être où les participants se
procurèrent leurs fourchettes et leurs cuillères. Le problème, c'est qu'elles étaient
toutes estampillées TCK (Trinity College Kit). Oui, c'était de l'argenterie véritable,
pas les objets bon marché que nous utilisions habituellement. Beaucoup de
couverts seraient tordus, mais je dois avouer que j'ai aussi vu beaucoup de
jointures blanches, ce qui veut dire l'application de la force physique. Je ne peux
pas garantir que quelque chose ait été authentiquement tordu ce soir-là, mais je
peux vous assurer que le collège n'était pas content de la tournure des
événements !
139
Sur la base de ses recherches sur les jeunes médiums, John Hasted écrivit The
Metal Benders.54 L'ouvrage ne fut pas bien accueilli par la communauté
scientifique, et ses pairs ne prirent pas son travail au sérieux. Si les séances de
PK illustrent l'intérêt populaire et l'efficacité de la PK, il existe toute une
littérature sur la recherche scientifique concernant la micro-PK, le mouvement
psychokinétique de très petits objets. Les travaux de Bob Jahn et de Brenda
Dunne, de l'université de Princeton, sont pionniers dans ce domaine. Jahn était le
doyen de l'école d'ingénieurs, et il avait un CV impressionnant et impeccable. Il
fut mis au défi par deux étudiants de troisième cycle d'être leur conseiller
pédagogique et de superviser le projet d'une expérience psi, car aucun autre
professeur n'acceptait de le faire. Bien qu'extrêmement sceptiques quant au
résultat, les étudiants avaient créé un excellent protocole. Tenant sa promesse,
Jahn supervisa le projet de recherche, et à sa grande surprise, les résultats se
révélèrent concluants.
De nombreux professeurs auraient laissé tomber les étudiants et détruit tout
document ou toute référence aux résultats positifs. Mais à son grand mérite, et
en dépit des critiques ultérieures de la communauté scientifique, Jahn recrutera
Brenda Dunne et il fondera le laboratoire PEAR (Princeton Engineering Anomalies
Research)55. Même si leurs travaux sont beaucoup trop volumineux pour être
résumés ici (ils ont publié de nombreux articles et livres sur les expériences de
micro-PK), l'essentiel est qu'ils ont abondamment démontré et de manière
concluante que des effets psi, légers mais détectables, sont bien réels. Comme
pour Houck, la plupart de leurs participants étaient des sujets naïfs,
généralement des étudiants ayant besoin de crédits à titre expérimental.
En visitant leur laboratoire à Princeton, j'eus l'occasion d'essayer d'influer sur une
de leurs expériences classiques. Il s'agissait d'un dispositif mural équipé d'un
grand nombre de chevilles. Chaque cheville était un point de décision, une boule
pouvant aller soit à droite, soit à gauche lors de sa descente en cascade. Une fois
l'expérience commencée, des centaines de boules étaient lâchées depuis le haut
du dispositif. L'objectif était d'influencer les boules pour qu'elles se déplacent
54
John Hasted, The Metal Benders, Routledge, 5 March 1981
Robert Jahn and Brenda Dunne, Margins of Reality, The Role of Consciousness in the Physical World,
Harcourt, Brace, Jovanovich, 1987
55
140
dans une direction prédéfinie. Pour déterminer si une influence psychique réelle
était générée, Jahn et Dunne mirent au point un protocole trinomial. En d'autres
termes, le sujet avait pour instruction aléatoire de tenter de déplacer les objets
vers la droite, vers la gauche ou de n'avoir aucune influence pour chaque
parcours spécifique.
De mémoire, je ne fis pas mieux que le hasard en essayant d'influencer les
boules qui tombaient rapidement. Il convient de noter que ma tentative ne fut pas
incluse dans leur collecte de données, puisque PEAR interdisait formellement à
n'importe quel individu d'être répertorié, en dehors de leurs sujets candides. Il
s'agissait d'empêcher que des médiums éventuels se présentent, fassent
quelques essais avec l'appareil, et puis ajoutent la mention ‘’Testé à Princeton’’
sur leur carte de visite. Comme dans mon cas, les médiums de passage
occasionnels recevaient un accueil amical, peut-être même une tasse de thé,
mais aucune sanction officielle de la part du laboratoire.
À l'insu de Bob et Brenda, ma visite au PEAR n'était pas ma première rencontre
avec le dispositif de micro-PK appelé cascade mécanique aléatoire. Des années
auparavant, j'avais déjà effectué une tentative analogue, mais dans un lieu
préservé des médias qui critiquent la plupart des efforts de recherche en matière
de psi. L’arsenal de Redstone est contigu à Huntsville, dans le nord de l'Alabama.
Il abrite certains des projets de recherche et d'ingénierie les plus passionnants du
pays, et pourtant il n'attire guère l'attention du public. Redstone est une
installation gigantesque qui s'étend sur plus de 15 000 hectares. C'est là que se
trouve le Space Camp du Marshall Space Flight Center de la NASA. Il a également
abrité les commandements de développement et d'essai des missiles de l'armée
américaine, qui ont existé sous plusieurs appellations différentes. C'est l'un des
principaux sites où Werner von Braun et son équipe de spécialistes allemands
des fusées furent amenés à développer le programme spatial américain à la fin
de la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre de la fameuse opération Paperclip.
Après avoir quitté l'INSCOM, en ma qualité de chef du bureau d'intégration
technologique au sein du commandement du matériel de l'armée, je visitai
l'arsenal de Redstone à plusieurs reprises, en m'occupant surtout du secteur
141
émergent des munitions intelligentes. Par ailleurs, j'appris qu'il existait un tout
petit programme secret d'exploration de la PK. Il s'agissait d'un travail très
fondamental, ce que l'on appelle de la science de base. La science de base
consiste à travailler à un niveau théorique, bien avant qu'une technologie ne
puisse être intégrée pour être développée dans un système d'armement.
Les recherches étaient menées dans un petit bâtiment périphérique situé à
plusieurs kilomètres du QG. C'était très éloigné, et je crus m'être égaré en
essayant de le trouver. L'expérience qu'ils menaient ressemblait à celle de PEAR.
Les hommes qui supervisaient les expériences étaient très accueillants et ils
m'autorisèrent à essayer. Assis en face de l'appareil, je tentai alors de déplacer
les boules vers la droite ou vers la gauche, au fur et à mesure qu'elles tombaient
depuis le haut de l'appareil. Je constatai à quel point ces expériences étaient
physiquement épuisantes, ce qui peut paraître étrange, puisque tout ce que je
faisais, c'était rester assis et essayer mentalement d'interagir avec des boules en
train de tomber.
Les scientifiques m'informèrent que mon sentiment d'effort physique n'était pas
inhabituel. Le problème proviendrait du fait que les gens ne savaient pas
réellement comment manœuvrer les boules. Il en résulte que les sujets éprouvent
une tension corporelle au cours de l'expérience. Une analogie serait la façon dont
beaucoup de joueurs de bowling recourent à toute une gestuelle après avoir
lancé leur boule pour tenter d'influencer la trajectoire de la boule avant qu'elle ne
percute les quilles.
Ce n’est qu’une vingtaine d'années plus tard que je rencontrai l'instigateur du
projet. Dans le cadre du programme d'été 2006 de l'Army Science Board au
Beckman Center à Irving, en Californie, je croisai Randy Clinton, l'ancien directeur
du Missile and Space Intelligence Center situé à Redstone. Comme Stubblebine,
Clinton s'était intéressé aux phénomènes psi et disposa d'un budget
suffisamment important pour lancer ce petit programme sans provoquer de
remous. Et comme beaucoup de projets militaires en lien avec le psi, celui-ci
dépendait d’une personnalité et périclita, quand Clinton fut muté et quand les
142
budgets devinrent plus serrés. Clinton connaissait et appréciait aussi le travail de
Jack Houck.
L'armée américaine n'était pas la seule à s'intéresser aux phénomènes
psychiques et à la PK en particulier. Citons le directeur d'un projet de vision à
distance, Dale Graff, qui travailla au laboratoire de recherche de l'armée de l'air
américaine, à la base aérienne de Wright-Patterson, près de Dayton (Ohio), puis
à la Defense Intelligence Agency, à la base aérienne de Bolling, à Anacostia, dans
le Maryland.
J'aurai encore des contacts fréquents avec plusieurs officiers de la marine
américaine intéressés par la recherche psychique. Pour la plupart, leur
participation semblait motivée par un intérêt personnel, mais le Naval Research
Laboratory (NRL) manifesta également de l'intérêt. J'assistai à une réunion
importante qui fut organisée dans leur QG, à Anacostia, dans le Maryland.
Plusieurs des personnes mentionnées dans ce chapitre étaient présentes. Il y
avait également un certain nombre de scientifiques de premier plan du NRL, qui
n'auraient normalement pas participé à une telle réunion.
Cette réunion était axée sur des préoccupations pertinentes pour les militaires,
en supposant que la PK soit réelle. À l'époque, la menace la plus importante pour
moi était le risque de dysfonctionnement des ordinateurs. Les discussions se
prolongèrent des heures durant et, comme à l'accoutumée, Bob Jahn, qui était
également présent, se contenta de s'asseoir et d'écouter. Son degré de patience
était exemplaire, car tous les novices en la matière reprenaient les principes de
base, comme s'ils venaient de découvrir là quelque chose d'extraordinaire. En
guise de conclusion, il formula ce que je considérerai comme étant le
commentaire le plus pertinent de la journée. Beaucoup d'entre nous, qui étions
concernés par la recherche sur la PK, avaient remarqué qu'il y avait un rapport
entre ces événements et les émotions. Bob releva que les systèmes électroniques
des avions de chasse fonctionnaient souvent à la limite de leurs capacités. Les
combats aériens étant extrêmement stressants, cette composante émotionnelle
additionnelle pourrait pousser la capacité opérationnelle de ces systèmes au-delà
de leurs limites. Les pilotes étant aux commandes d'avions très coûteux, Jahn
143
suggéra qu'il serait judicieux d'inclure des tests psi supplémentaires pour
s'assurer qu'ils pourraient opérer en toute sécurité dans un environnement très
stressant. J’ignore si la marine suivit cette suggestion. Quand bien même il prend
rarement la parole, quand Bob Jahn le fait, il vaut mieux l'écouter.
144
CHAPITRE 11 : LES DÉPLACEMENTS EN DEHORS DU
CORPS
Au moment de m’engager sur la route régionale 634, j'éprouvai un sentiment
surréaliste, bien différent de celui que j'avais ressenti en l'empruntant, une
semaine auparavant. Les collines verdoyantes qui mènent aux montagnes de
Shenandoah avaient un éclat unique que je n'avais pas remarqué en arrivant.
Mais dans l'intervalle, j’avais changé, pas le terrain.
L’INSTITUT MONROE
Une semaine dans des chambres environnementales holistiques contrôlées et
une alimentation végétarienne à l'Institut Monroe, à Faber, en Virginie, avaient
fait la différence. Dans ces unités, nous avions suivi des séances d'Hemi-Sync,
plusieurs fois par jour, et les effets cumulés étaient remarquables. Le processus
comprenait une série de cassettes progressives dans le cadre d'un programme
aujourd'hui appelé Gateway.
Le créateur du programme s'appelait Robert A. Monroe, un ingénieur électricien
qui deviendra vice-président et membre du conseil d'administration de Mutual
Broadcasting System (MBS). Aujourd'hui disparu, MBS était à l'époque sur un
pied d'égalité avec les réseaux radiophoniques NBC, CBS et ABC. À l'époque, en
juin 1982, Bob était surtout connu pour son mode de déplacement unique décrit
dans son livre, Le Voyage Hors du Corps.56
En étudiant divers aspects de la conscience humaine, Bob s'intéressa à
l'apprentissage pendant le sommeil, processus durant lequel l'individu pouvait
acquérir des connaissances tout en dormant profondément. Mais dans son
exploration, il se retrouva subitement pleinement éveillé, tout en étant situé en
dehors de son corps physique. Dans un premier temps, il se rendait simplement
là où le phénomène le dictait. Il lui fallut beaucoup d'entraînement pour parvenir à
56
Robert A. Monroe, Journeys Out of the Body, Doubleday & Company, 1971
145
contrôler ce qui lui arrivait. Il était bien conscient que de tels événements
extracorporels avaient été rapportés depuis très longtemps, au moins des siècles.
Toutefois, il s'agissait généralement d'expériences ponctuelles, souvent
précipitées par un événement traumatisant, semblables à celles décrites dans les
expériences de mort imminente. Mais les expériences de Bob étaient différentes,
puisqu’elles survenaient de manière répétée.
Ses accomplissements attirèrent l'attention de Charles Tart, psychologue à
l'université de Californie, à Davis, qui avait inventé l'expression ‘’expériences
extracorporelles’’ et publié un livre, Altered States of Consciousness.57 Sous le
regard attentif de Charley Tart, Bob participa à une série d'expériences visant à
déterminer s'il s'agissait d'un état réel ou d'une simple hallucination. Dans
certains cas, Bob fut monitoré à l'aide d'un électroencéphalographe (EEG) pour
que Charley puisse examiner l'activité cérébrale de Bob, lorsqu'il prétendait vivre
une expérience extracorporelle. Les graphiques de l'EEG semblaient indiquer que
Bob rêvait, mais il y avait une différence inattendue : Bob rapportait des
expériences extracorporelles, peu de temps après être entré dans un état de
sommeil. Les états de sommeil ont des cycles bien connus et, normalement, on
n'entre pas dans une période de rêve avant d'avoir dormi pendant environ 90
minutes.
Charley chercha à prouver que Bob était réellement hors de son corps, qu'il se
déplaçait et n'imaginait pas simplement ces événements. Une approche consista
à placer des objets en des lieux spécifiques, puis à demander à Bob de les
identifier. Mais lorsque Charley demanda à Bob de lire des nombres dissimulés
dans un endroit caché, celui-ci échoua. À ce moment-là, Bob indiqua ne pas
pouvoir contrôler l'endroit où il se rendait au cours d'une expérience
extracorporelle. Sa maîtrise des déplacements en dehors du corps viendrait plus
tard.
Au fil du temps, Bob et moi nous développâmes des liens d'amitié et je visitai
l'institut à plusieurs reprises. En fait, nous étions suffisamment proches pour que
mon ancienne épouse, Jan Northup, devienne l'une des ‘’facilitatrices’’ de Bob,
57
Charles Tart, Altered States of Consciousness, John Wiley & Sons, 1969
146
comme on appelait le personnel du programme Gateway. Bob avait réuni une
équipe épatante. Lorsque je participai pour la première fois au programme
Gateway, Melissa Jaeger et Bill Shull nous guidèrent tout au long des sessions et
nous aidèrent à intégrer nos expériences dans le monde réel. Melissa était une
participante de la première heure qui expérimentait volontiers avec Bob, à la
recherche de diverses technologies permettant de modifier les états de
conscience. Hemi-Sync n'était pas sa seule méthode, mais celle qu'il adopta pour
le programme commercial. Bill était un psychothérapeute diplômé, prêt à
repousser les limites de l'exploration de la conscience.
La description privée de Bob de son implication avec les expériences
extracorporelles différait un tantinet de la version publiée. Il me raconta qu'à sa
naissance, ''on n'avait pas bien fixé tous les boulons''. Du coup, ‘’il quittait plus
facilement son corps que la plupart des gens’’.
Ayant pratiqué diverses formes de méditation et ayant une orientation technique,
j'étais captivé par son approche ingénieuse des états de conscience modifiés. Le
développement d’Hemi-Sync impliquait la stimulation auditive du cerveau. Via
des écouteurs, le système envoie un signal audible dans l'oreille droite et un
signal légèrement différent dans l'oreille gauche. Les fréquences varient parfois
d'environ dix hertz. Le cerveau s'accorde alors sur la fréquence de battement,
c'est-à-dire sur la différence entre les deux. Au début des années 1980, on
entreprit des recherches considérables sur les ondes cérébrales alpha et thêta.
La gamme alpha oscille entre 8 et 14 hertz, et la gamme thêta entre 4 et 8 hertz.58
C'était intéressant, parce qu’on avait découvert que durant les rêves et les
mouvements oculaires rapides (REM), l'électroencéphalogramme (EEG) indiquait
que le cerveau fonctionnait en alpha. Le mode thêta se retrouve dans des niveaux
de sommeil plus profonds. Le signal de 10 hertz se situe en plein milieu du stade
alpha, un stade dans lequel Bob pensait que les participants pouvaient opérer.
En apprenant la méditation, je découvris qu’il fallait passer beaucoup de temps à
faire des essais et des erreurs, en essayant de trouver la bonne fréquence, même
58
Certains graphiques indiquent des plages légèrement différentes pour les fréquences d'ondes cérébrales
alpha et thêta.
147
quand il s'agissait simplement de faire le vide dans son esprit. Je me disais que la
méditation était comme syntoniser la radio, quand on ignorait sur quelle
fréquence se trouvait la station désirée. Il fallait donc avancer et reculer jusqu'à
ce que l’on trouve le signal désiré. Ensuite, il fallait trouver le moyen de retourner
sur cette station, à la demande. Les stations de radio ont des fréquences
désignées que l’on peut enregistrer. C'est un peu plus délicat avec les processus
mentaux des états de conscience modifiés.
L'approche de Bob était différente : avec Hemi-Sync, il pouvait vous conduire
directement à la fréquence souhaitée. Pas besoin de chercher le bon endroit. Il
est intéressant de noter que ses premières recherches intéressèrent davantage
les hommes que les femmes, même si de nombreuses femmes suivirent le
programme avec succès.
Bob insistait sur le fait qu'obtenir une expérience extracorporelle ne devait pas
être un critère de réussite. Il pensait plutôt que le participant devait explorer les
états modifiés de conscience et accepter les informations ou les expériences qui
se présentaient à lui. Certains participants vécurent des expériences
extracorporelles, mais d'autres non. Cela n'enlevait rien à l'expérience.
Frank Burns, un de mes amis vécut une expérience de kundalini intense pendant
une séance d'Hemi-Sync. À l'époque, Frank était lieutenant-colonel au
Pentagone. Officier chargé de l'efficacité organisationnelle, il rendait compte aux
plus hauts niveaux de l'armée. Frank était le créateur de la Task Force Delta, un
groupe de réflexion de l'armée très, très en avance sur son temps, qui explorait
toute une série de domaines alternatifs pour créer des unités très performantes.
C'est Frank qui fit véritablement entrer la programmation neurolinguistique (PNL)
dans l'armée.
Cette visite représentait une exploration pour nous deux. Un jeudi, en début
d'après-midi, nous trouvâmes Frank assis dans son unité CHEC (chambre
environnementale holistique contrôlée), dans un état de conscience très altéré. Il
nous dit avoir vu une lumière très brillante, alors même qu'il se trouvait dans une
chambre obscure. D'après lui, il avait senti de l'énergie s'élever depuis la base de
148
sa colonne vertébrale, remonter, passer par ses chakras et sortir par le sommet
du crâne.
Ici, je devrais faire une digression et parler brièvement de ce qu'est la kundalini.
Celle-ci ne sera pas facilement acceptée dans la société occidentale, mais elle
est bien connue des religions orientales. La kundalini est décrite comme l'énergie
primaire qui repose à la base de la colonne vertébrale. On la représente parfois
comme un serpent enroulé ; elle est sans danger, si on la laisse tranquille, mais
une fois activée, elle peut produire des expériences spectaculaires, bien qu'il
puisse être difficile de la contrôler. Certaines pratiques yogiques sont
spécifiquement conçues pour libérer cette forme d'énergie. Grâce à des
techniques de méditation, la kundalini peut commencer à remonter le long de la
colonne vertébrale. Totalement libérée, on dit qu'elle conduit à l'Illumination.
L'expérience de la kundalini peut être incontrôlable et irrépressible et provoquer
de graves troubles mentaux. Gopi Krishna déclara avoir été frappé d'incapacité
pendant un mois, la première fois que cela lui arriva. J'ai rencontré d'autres
personnes qui vécurent ce genre d’expériences. Malheureusement, la plupart des
professionnels de la santé supposent que la personne fait une crise psychotique
et la traitent avec des médicaments.
Même si la science occidentale a du mal à accepter le concept d'une source
d'énergie invisible et indétectable présente à l'intérieur du corps de chacun, ce
concept existe depuis des millénaires. Il est mentionné dans les anciennes
Upanishads hindoues, qui datent de bien avant notre ère. Si la kundalini peut se
manifester spontanément, toute tentative visant à éveiller délibérément le
serpent devrait être supervisée par un maître yogi expérimenté.
Pour faciliter la formation, chaque participant disposait d'une unité CHEC. Celleci comprenait un matelas moelleux placé dans une chambre isolée, qui empêchait
tout contact visuel avec qui que ce soit pendant les exercices enregistrés. Il ne
s'agissait pas d'une privation sensorielle totale, mais d'une privation aussi proche
que possible dans ce contexte.
149
Comme beaucoup d'Américains et en particulier les militaires, j'étais toujours en
manque de sommeil. Il en résulta que mes premières séances dans les unités
CHEC me permirent de dormir d'un sommeil assez profond. Et en l'espace d'une
journée, je fus à même de concentrer ma conscience, en écoutant les cassettes
Hemi-Sync. La conscience du temps disparut. Quand on commence une séance
d'écoute, on ignore combien de temps elle va durer, et la durée des séances varie.
Chaque séance commençait par une affirmation, avec laquelle je suis totalement
d'accord : ‘’Je suis plus que mon corps physique’’. Depuis que j'ai vécu
l'expérience Gateway, d'autres éléments furent ajoutés, mais la notion d’être des
êtres spirituels qui vivent une expérience physique reste fondamentale.
L'INSCOM avait des contrats avec l'Institut Monroe, mais beaucoup parmi nous
s'intéressaient plus spécialement à Bob. Plusieurs remote viewers participèrent
aux programmes pour voir si cela pouvait améliorer leurs capacités. L'un d'entre
eux prit même un congé pour suivre le cours. Ce gars-là, et celui qui profita le
plus de ces expériences, c’était le fameux remote viewer, Joe McMoneagle.59 Il
épousera la fille adoptive de Bob, Nancy, mieux connue de nous sous le sobriquet
de ‘’Scooter’’. Après plus de trois décennies, ils vivent toujours ensemble sur la
montagne, juste en bas de la colline où Bob et sa femme, Nancy Penn Honeycutt,
étaient installés.
Bert Stubblebine recourut aussi au programme de base de l'Institut Monroe pour
élargir l'horizon de certains membres de son personnel. Comme pour nos efforts
en matière de torsion de cuillères, la principale raison de suivre ces cours était de
convaincre les gens de penser plus globalement dans leur travail d'analyste. Une
des applications les plus intéressantes eut lieu au cours d'une réunion, la veille
du retour à Arlington Hall Station, où se trouvait le quartier général de l'INSCOM.
La plupart des membres du groupe venaient tout juste de sortir d'une séance
d'Hemi-Sync qui les avait amenés à un niveau très profond.
Stubblebine avait réuni le groupe, mais plutôt que d'avoir recours aux facilitateurs
de l'Institut Monroe, il dirigea lui-même la réunion. La mission de l'INSCOM était
de collecter et d’évaluer de vastes catégories de données à partir desquelles les
59
Joe McMoneagle, Mind Trek, Hampton Roads, 1993
150
analystes tenteraient de prédire les actions de l'Union soviétique et d'autres
menaces dans le monde. Tirant avantage du fait que les participants venaient
tout juste de sortir d'un état de conscience modifié, Bert demanda à chacun de
nous de prédire ce qui serait l'événement majeur de l'année prochaine, un
événement qui n'était pas encore prévisible.
J’assistai à cette réunion en tant qu'observateur ou superviseur. La communauté
du renseignement est très sensible à l'état mental de ses membres. Étant donné
que nous modifiions intentionnellement leur état de conscience normal, mon
travail en tant qu'observateur consistait à veiller à ce que rien de secret ne soit
révélé, car les facilitateurs de l'Institut Monroe n'étaient pas tous certifiés, et
certainement pas aux niveaux auxquels l'INSCOM opérait. Alors même que je
n'avais pas utilisé les cassettes, l'environnement était tel qu'il semblait avoir eu
un certain impact sur moi.
Pour cette réunion, les facilitateurs furent délibérément exclus, car Stubblebine
n'avait aucune idée de ce qui pourrait en ressortir. Même si c'était hautement
spéculatif, nous ne voulions pas prendre de risques. Les participants suggérèrent
une large gamme de réponses. Je décidai de participer et je me souviens encore
aujourd'hui de mes projections. Après coup, cela peut paraître comme une
évidence aveuglante, mais en 1982, ce n'était pas le cas. Ma réponse fut qu'il y
aurait une famine massive en Afrique de l'Est, à une échelle jamais connue
auparavant. Certes, il y avait des pénuries alimentaires périodiques dans la
région, mais en 1983-1985, l'Éthiopie connut une sécheresse épique qui entraîna
la mort de plus de 400 000 personnes. Peut-être était-ce là un coup de bol
heureux ou malheureux de ma part, mais une famine liée aux conditions
météorologiques en Afrique de l'Est n'était guère envisageable à l'époque.
Exacerbée par la guerre civile qui sévissait, cette famine éthiopienne est
reconnue comme l'une des grandes tragédies du 20ème siècle.
Il convient de noter que toutes nos tentatives ne furent pas fructueuses et que
Bob repoussa parfois les limites de la crédulité. On peut citer comme exemple un
contrat initié par Bob Klaus, un agent civil chargé de l'efficacité organisationnelle
au sein de l'Army Materiel Command. Klaus collabora avec nous sur de nombreux
151
projets et comme Frank Burns, il était fort impliqué dans la programmation
neurolinguistique. Klaus et Bob Monroe concoctèrent un plan pour essayer
d'utiliser Hemi-Sync pour perdre du poids. Pour ceux qui ne connaissent pas
l'armée, la gestion du poids est une préoccupation majeure. Avoir un rapport de
masse corporelle supérieur à une certaine limite peut parfois vous faire renvoyer
du service.
L'idée générale était de "décaloriser" la nourriture en utilisant les cassettes. En
fait, ils voulaient supprimer les calories de la nourriture ingérée via un simple
traitement mental. Comme on pouvait s'y attendre, le projet fut un échec cuisant.
Il n'est pas possible de s'imaginer mincir, tout en continuant à manger
copieusement. Si cela avait marché, l'utilisation d’Hemi-Sync se serait
développée sur un mode exponentiel, mais franchement, je ne suis toujours pas
convaincu que cela valait la peine d'essayer, et je l'ai dit à l'époque.
Nous apprîmes au prix fort que la participation au programme Gateway n'était
pas sans danger. Pour participer au programme de l'INSCOM, il fallait avoir été
examiné par le psychologue de l'état-major. Chacun devait recevoir le feu vert
avant de se rendre à l'Institut Monroe. Or, pour l'un de ces programmes, un
membre d'un commandement éloigné ne put arriver à temps à Arlington Hall
Station pour prendre le car. Dans les couloirs se trouvait un lieutenant qui voulait
participer, mais qui n'avait pas été examiné, ni autorisé. Le général Stubblebine
se laissa fléchir et le laissa monter dans le car pour se rendre à Faber. C'était une
grave erreur, qui coûterait cher à Stubblebine quelques mois plus tard.
Pendant le programme, le lieutenant fit une crise psychotique. Bill Shull, qui
encadrait le programme posa un diagnostic informel : ''Il était un peu trop serré
au départ.'' Ce n'était pas un diagnostic clinique, mais ceci décrivait assez bien le
lieutenant. Je ne m'étais pas rendu à l'institut à cette occasion, mais je me
trouvais au quartier général, quand on le renvoya chez nous. Sans être dangereux,
il tenait des propos incohérents. On l'envoya au Walter Reed Army Medical
Center, où il fut placé dans l'unité psychiatrique. Quelques jours plus tard, il était
libéré et semblait tout à fait normal.
152
En dépit du fait que Stubblebine ait diligenté une enquête en bonne et due forme,
cet incident le hantera par la suite. Les membres de l'armée américaine sont
malheureusement victimes d'accidents mortels, plusieurs fois par an. Il arrive que
des soldats se fassent écraser par des chars d'assaut et il y a parfois des morts,
quand on saute d'un avion. Bien que le lieutenant ne resta hospitalisé que
quelques jours, les répercussions furent plus importantes que n'importe quel
accident mortel. Peu de temps après l’incident, il y aura un bain de sang pour
décider qui serait le premier général trois étoiles à devenir le deputy chief of staff
for Intelligence de l’armée. Stubblebine était l'un des deux candidats, mais ses
opposants se servirent de cet épisode pour l'empêcher d'accéder au poste.
Il convient de noter que l'Institut Monroe filtre soigneusement les participants.
Nous savons également que ces types de programmes attirent souvent des
personnes qui ne sont pas mentalement stables au départ. Une bonne
compréhension de la réalité consensuelle devrait être une condition préalable à la
participation.
Les recherches sur le processus Hemi-Sync se poursuivirent et l'Institut Monroe
publie régulièrement des rapports. Il y a quelques années, je découvris une autre
source qui procédait à un travail similaire. L'expérience de mort imminente
d'Eben Alexander60 sera abordée dans un autre chapitre. Il s'agit, à mon sens, de
l'une des EMI les plus significatives jamais répertoriées. Le travail de son
associée, Karen Newell, est important à ce stade. Elle a produit une série de CD
qui utilisent le concept des battements binauraux. Eben s'y intéressa, car il
affirme que c'est ce qui se rapproche le plus des sons et des états qu'il vécut
pendant son coma d'une semaine.
RECHERCHE SUR LES ÉTATS EN DEHORS DU CORPS
D'un point de vue scientifique, il est difficile de prouver qu'une personne se
trouve réellement hors de son corps et qu'elle ne fait pas preuve d'imagination.
En général, les scientifiques considèrent cette notion comme impossible et ne lui
60
Eben Alexander, Proof of Heaven, Simon and Schuster, 2012
153
accordent pas plus d'attention, ce qui va certainement à l'encontre d'un grand
nombre de preuves anecdotiques basées sur des milliers de rapports personnels,
une autre possibilité étant que la personne utilise la vision à distance, ou la
clairvoyance, pour recueillir des informations. Même si cela est vrai, cela
remettrait en question le paradigme scientifique actuel, qui n'accepterait pas non
plus cette méthode comme un moyen valable de collecter des informations.
Un homme que je rencontrai et qui semblait avoir des talents uniques dans ce
domaine, c'était Alex Tanous. Tanous participa à des expériences très novatrices
de l'American Society for Psychical Research à New York. À la fin des années
1970, Tanous réalisa une série d'expériences extracorporelles recourant à ce qu'il
appelait le voyage astral. Le concept existe depuis très longtemps, suggérant que,
conjointe au corps physique se trouve une seconde forme, le corps astral. On
croit que le corps astral se détache et qu’il peut voyager, sensiblement comme
Bob Monroe l'a décrit. La plupart des expériences de Tanous impliquait l'accès à
des données provenant d'un site éloigné et pouvant être vérifiées par la suite de
manière indépendante. Tanous prétendait pouvoir fournir ces informations par le
biais du voyage astral. Bien entendu, cette explication ne permettait pas d'exclure
des techniques de vision à distance, via lesquelles la personne ne se détache pas
réellement de son corps.
Le Dr Karlis Osis mit au point une expérience complexe visant à mesurer si oui ou
non une partie de Tanous (son corps astral) se trouvait réellement sur le site de
l'observation. L'expérience comportait deux aspects. L'un d'eux comprit la
création de la cible sur un site éloigné dans ce qu'ils appelaient un dispositif
d'imagerie optique. Cela permettait de s'assurer que le seul endroit où l'image
composite pourrait être vue serait un site spécifique connu. Le dispositif
d'imagerie optique comprenait trois éléments de l'image de la cible : la forme, la
position et la couleur. Ce n'est que s’ils étaient vus depuis le site désigné que les
éléments fusionnaient pour produire la cible réelle. Le deuxième aspect consistait
à placer des capteurs sur le site désigné, dans la perspective d'une perturbation
physique minimale du site. Un chercheur observait également physiquement le
site pour tenter de percevoir le corps astral pendant l'expérience. Les résultats
furent impressionnants, mais loin d'être exacts à 100 %. Pour autant, comparé au
154
hasard, Tanous fit preuve d'une efficacité surprenante. En 197 tentatives, Tanous
identifia correctement la cible visuelle 114 fois. Par ailleurs, les capteurs
enregistrèrent des mouvements, indiquant une présence physique à ce momentlà.
L’ISOLATION SENSORIELLE ET JOHN LILLY
L'Institut Monroe ne fut pas mon unique rencontre avec les expériences
extracorporelles ou avec des chercheurs qui exploraient les états de conscience
modifiés. Tout en suivant les cours de l'école d'efficacité organisationnelle à Fort
Ord, en Californie, je pus profiter des offres proposées par des organisations New
Age situées à proximité. Je me rendis notamment à Big Sur, où d'immenses forêts
de pins se confondent avec des falaises qui se jettent dans l'océan Pacifique, et
je visitai un centre de conférence idyllique, l'Institut Esalen. Sur ce site ancien, les
sources d'eau chaude interrompent leur course vers la mer pour alimenter les
légendaires bains collectifs de l'institut et offrir la guérison à tous ceux qui s’y
plongent. À l'époque, Esalen attirait aussi des scientifiques de renommée
internationale et des explorateurs de la conscience.
L'un des ateliers auxquels je choisis de participer était celui de John Lilly. Lilly
était déjà célèbre dans le monde entier, et il avait écrit plusieurs livres portant sur
l'étude de la conscience, dont l'un des plus connus était The Center of the
Cyclone.61 Lilly était un pionnier dans le domaine des communications interespèces (mentionné précédemment dans le chapitre ‘’Parler aux dauphins’’). La
rencontre à Esalen me fit découvrir l’un des hommes les plus brillants que j'aie
jamais connus, et j'ai eu le privilège d'en rencontrer beaucoup. La femme de John,
Toni, était là comme assistante, et Heinz von Foerster, considéré comme l'un des
architectes de la cybernétique, était également présent. Ils eurent des entretiens
étonnants, explorant ouvertement la relation entre les domaines émergents de la
cybernétique et de la conscience humaine.
61
John C. Lilly, The Center of the Cyclone, HarperCollins, 1973
155
Lilly était un explorateur pragmatique — ce qui pouvait déboucher sur des
circonstances désagréables. En tant que médecin travaillant pour le National
Institute of Health (NIH), Lilly était l'une des rares personnes à avoir un accès
légal au LSD. Par ailleurs, il était aussi le co-inventeur du caisson d'isolation
sensorielle. Le sujet de l'isolation sensorielle me captivait. Quelques années plus
tard, alors affecté à l'INSCOM, j'achèterais mon propre caisson et j'explorerais
des heures durant les états de conscience modifiés.
Le caisson d'isolation sensorielle supprime le plus grand nombre possible de
stimuli sensoriels physiques, laissant l'esprit libre d'explorer. Le caisson est
entièrement fermé, une porte coulissante permettant d’y pénétrer. On utilise du
sel d'Epsom pour augmenter la salinité, ce qui permet au corps de flotter et de
répartir le poids de la personne uniformément pour que la tension en un point
donné soit minimale. La température de l'eau est minutieusement contrôlée pour
correspondre à la température extérieure de la peau. Le caisson exclut la vue, le
son et un maximum de contacts, dans la mesure du possible. Je puis attester que
l'on peut facilement perdre la notion du temps dans un tel environnement. Lilly
recommandait d'aller plus loin, tout en soulevant des questions d'hygiène ; il
disait que dans cet état de détente totale, la vessie aurait tendance à se vider, et
suggérait au participant de s'y habituer et de l'ignorer. Même dans mon caisson
privé, je ne suivis pas cet avis.
Au cours de mes pérégrinations mentales dans le caisson, je fis l'expérience de
plusieurs phénomènes mystiques, y compris ce que je perçus comme une
décorporation partielle. Plutôt que d'être en autoscopie ou de me regarder, il me
sembla y avoir une séparation entre une partie de mon corps et sa contrepartie
physique. Ceci comportait la sensation distincte que mes bras étaient à l'extérieur
du corps, sans être en contact avec l'eau portante qui soutenait mon moi
physique.
L'occurrence la plus étrange fut sans doute lorsque je perdis tout sens de
l'orientation. Je n'arrivais plus à distinguer le haut du bas ou la droite de la
gauche. C'était un peu flippant, même s'il suffisait de tirer la porte pour sortir du
caisson. Le problème était que dans cet état mental, je n'avais aucune idée de
156
l'emplacement de la poignée. Curieusement, même si je pouvais penser très
clairement, tous les indices physiques qui sont normalement présents étaient
absents. Nous situons notre position relative dans l'espace, par exemple debout
ou couché, en nous basant sur la gravité, la vision et les organes de l'équilibre,
comme les canaux semi-circulaires de l'oreille interne. À ce moment-là, tous ces
éléments faisaient défaut, ou ne transmettaient pas leurs données à mon
cerveau.
Il me vint enfin à l'esprit que si je pouvais sentir derrière mon dos, cela me
permettrait de savoir où se trouvait le bas. A partir de là, ma main était
suffisamment proche du fond du caisson pour pouvoir le toucher. Avec ce point
de référence, je réussis à localiser la poignée et à ouvrir la porte coulissante.
Aussitôt après, il y eut suffisamment de lumière pour pouvoir voir et mes autres
sens se rétablirent immédiatement. Je reconnais que l'absence totale de réaction
des sens, qui sont à la base de tout mouvement physique, est une sensation des
plus étranges.
Cette expérience me conduisit à remettre en question notre approche de certains
types de maladies mentales. Nous faisons des déductions basiques, quant à la
façon dont les autres perçoivent leur environnement. Cet épisode me prouva que
ces suppositions pouvaient être inexactes.
157
CHAPITRE 12 : L’ESPIONNAGE PSYCHIQUE
Connaître les intentions de l'ennemi est l'objectif des agents de renseignement et
des chefs militaires depuis le début des conflits, il y a quelque vingt millénaires.
Pour acquérir cette connaissance, on a recours à un large éventail d'instruments,
y compris des espions humains et des moyens techniques tels que l'interception
de signaux et la photographie. Aujourd'hui, grâce aux systèmes satellitaires, un
observateur peut avoir une vision de presque n'importe quel endroit du monde
avec une précision étonnante. Des algorithmes informatiques sophistiqués,
associés à des métadonnées, permettent de localiser et d'identifier des cibles
avec un degré élevé de certitude. Mais quelle que soit la qualité de ces systèmes
techniques, il existe toujours des objets cachés intéressants auxquels les
systèmes satellitaires ne peuvent pas accéder.
À l'époque de la guerre froide, les États-Unis et l'Union soviétique s'intéressèrent
tous deux à l'utilisation de la conscience humaine comme moyen de collecter des
données à distance. Aux États-Unis, un programme, bien connu sous le nom de
Star Gate, mettra au point un processus connu sous le nom de remote viewing
(vision à distance).
De nombreux livres ont été écrits sur le sujet. Je n'en donnerai donc qu'un bref
aperçu. Mon intention est de démontrer que, non seulement une telle capacité
est possible, mais qu'elle offre un terrain fertile pour l'exploration scientifique. En
1987, je participai à une étude de l'Académie Nationale des Sciences chargée
d'évaluer la recherche par rapport à tout un ensemble de technologies humaines
employées par l'armée américaine. La vision à distance était l'un des sujets
abordés, bien que le panel ne lui accordait pas beaucoup de crédit. D'une part,
des scientifiques du panel déclaraient qu'elle était impossible, alors que par
ailleurs, l'armée américaine l'avait déjà utilisée.
L'International Remote Viewer's Association (IRVA) définit la vision à distance
comme "une faculté mentale qui permet à celui qui perçoit (un "visionneur") de
décrire ou de donner des détails concernant une cible qui est inaccessible aux
sens normaux en raison de la distance, du temps ou d'un moyen de protection".
158
C'est une discipline qui permet l'acquisition de données à distance et qui inclut
ce que les médiums appelaient jadis la clairvoyance, avec des aspects de
précognition et de rétrocognition. Cela se fait depuis des siècles. La formalisation
du processus et, plus récemment, sa promotion furent les nouveaux apports de
Star Gate.
Voici un peu d'histoire concernant l'application militaire de la vision à distance.62
Connu sous différents noms et auprès de différents organismes, ce programme
fut d'abord nommé Gondola Wish, puis Grill Flame, Center Lane, Sun Streak, et
enfin Star Gate. L'intérêt de la communauté du renseignement pour un
programme de vision à distance remonte à 1972, lorsque le physicien théoricien,
Hal Puthoff, du Stanford Research Institute (SRI), et ancien analyste de la
National Security Agency, rédigea un article sur la manière dont un visionneur à
distance avait influencé un magnétomètre soigneusement protégé. À cette
époque, certains scientifiques de la CIA s'inquiétaient déjà des efforts
considérables déployés par les Soviétiques dans le domaine de l'espionnage
psychique.
Le bon sens ordinaire suggérait que les Soviétiques ne continueraient pas de
dépenser d'importantes sommes d'argent, s'ils n'obtenaient pas des résultats.
Cette année-là, la CIA finança un programme de recherche très modeste au SRI.
Dans un premier temps, Puthoff et son co-chercheur Russell Targ, menèrent une
série d'expériences de base en recourant à des personnes aux capacités
psychiques connues. Parmi les personnes choisies, les plus notoires étaient
l'artiste, Ingo Swann, la photographe, Hella Hammid et un ancien commissaire de
police appelé Pat Price. Les premières recherches furent couronnées de succès
et les résultats des premières expériences étaient suffisamment prometteurs
pour qu'elles continuent pendant plusieurs décennies.
Les sujets des expériences ignoraient toujours totalement la nature et
l'emplacement des cibles qui étaient choisies pour eux. Dans le cadre d'une
expérience unique menée le 27 avril 1973, il fut demandé à Swann de quitter
62
Pour une histoire complète du programme militaire de vision à distance, je recommande le livre du Dr Paul
Smith intitulé Reading the Enemy's Mind. Paul était l'historien de l'unité et il disposait des meilleures archives.
159
mentalement l'environnement contrôlé du SRI pour explorer une cible qui s'avéra
être la planète Jupiter. Il n'avait reçu qu'un seul d'une série de nombres, qui
faisaient tous référence à des cibles situées sur la Terre, sauf un ; il ne savait pas
que son objectif était extraterrestre. Au cours de la séance, il put ''voir'' une série
d'anneaux qui encerclaient une planète. Tout le monde savait que Saturne avait
des anneaux, mais pas Jupiter, ce qui explique que la validité de sa séance de
vision à distance fut remise en cause. L'iconoclaste qu'il était resta inflexible,
lorsqu'il apprit que la cible était Jupiter : il y avait bien des anneaux autour de
Jupiter, insista-t-il. Ce n'est qu'après mars 1979, quand Voyager I s’approcha de
Jupiter et renvoya des photos d'un anneau, que l'observation faite par Swann, six
ans auparavant, fut validée. Plus important encore, cette connaissance n'aurait
aucunement pu être obtenue d'une manière conventionnelle et allait à l'encontre
des connaissances scientifiques classiques.
L'adjudant-chef, Joe McMoneagle, connu plus tard sous le nom de Remote
Viewer 001, démontra tout le potentiel des applications stratégiques de la vision à
distance, il y a près de trois décennies. Les premières images satellite d'une
installation située à proximité du port de Severodvinsk, sur la mer Blanche, près
du cercle polaire, avaient attiré l'attention de la communauté du renseignement.
Le bâtiment visé était très grand, mais son contenu était protégé contre toute
observation par des satellites de reconnaissance. Il était évident qu'il abritait un
chantier de construction, mais les services de renseignement conventionnels
étaient incapables de fournir des réponses sur ce qui se passait à l'intérieur de
l'énorme bâtiment. McMoneagle et les autres visionneurs à distance ignoraient
toujours complètement la nature et l'emplacement des cibles qui leur étaient
assignées.
À cette époque, le capitaine de corvette, Jake Stewart, était affecté au Conseil
national de sécurité et il soutenait le programme de vision à distance. Il décida de
solliciter le détachement de Fort Meade, où travaillait McMoneagle, afin qu’ils
voient ce qu’ils pourraient trouver. Pendant plusieurs jours, McMoneagle et un
autre visionneur à distance furent chargés d'examiner l'installation en utilisant
uniquement leurs facultés mentales de vision à distance. Ne disposant que des
coordonnées géographiques comme moyen de ciblage, McMoneagle décrivit
160
d'abord avec précision une énorme structure artificielle. Puis, après qu'on lui ait
montré une photo satellite du toit, on lui demanda de décrire le contenu du
bâtiment. McMoneagle signala la présence de plusieurs sous-marins. L'un d'entre
eux, qui était en cours de développement, fut décrit comme étant extrêmement
grand et présentant des caractéristiques jusqu'alors inconnues dans la marine
soviétique. Il décrivit un vaisseau lance-missiles, avec une double rangée de 20
tubes de lancement, et un nouveau mécanisme de propulsion. Les tubes, précisat-il, étaient disposés à l'avant du kiosque, un positionnement qui n’avait encore
jamais été observé auparavant sur des sous-marins lanceurs d'engins.
McMoneagle décrivit encore une double coque inhabituelle et l'utilisation de
techniques de soudage spéciales.
Aucune de ces informations n'avait de sens pour les experts en sous-marins, et
les analystes professionnels du renseignement se gaussèrent de ce rapport. Les
analystes soulignèrent qu'ils auraient pris connaissance de rapports des services
de renseignements concernant un changement aussi radical dans l'architecture
des sous-marins. En outre, les constructeurs de navires américains avaient
conclu qu'un sous-marin de cette taille se briserait en plongeant. En plusieurs
séances, McMoneagle fournira 12 croquis. Non seulement, il décrivit avec
précision l'extérieur et l'intérieur du bâtiment en question, mais il prédit aussi le
timing du lancement du sous-marin. Une fois encore, ses prédictions furent
rejetées, car les experts pensaient que les Soviétiques étaient en train de
construire leur premier porte-avions de grande envergure.
Le dynamitage et l'excavation démarrèrent exactement comme McMoneagle
l'avait prévu. Un canal artificiel avait été créé et le sous-marin fut mis à flot, puis
conduit jusqu'à la mer. Quand les satellites repassèrent au-dessus de la zone, un
énorme vaisseau apparut sur les images, à côté d'un sous-marin d'attaque de
classe Oscar ; ce vaisseau deviendrait connu comme le bâtiment phare de la
classe Typhoon. McMoneagle avait vu juste. Le nouveau bateau en titane à
double coque dépassait les attentes de tout le monde, et il ne se briserait pas en
plongeant, comme l'avaient prédit les experts.
https://www.youtube.com/watch?v=bNV71UZSQJU
161
Swann, pour sa part, avait été engagé par l'INSCOM afin de former un groupe
restreint de militaires qui ne possédaient pas ses capacités innées. Il contribua
largement en développant un processus mental qui permit à ses élèves d'acquérir
les capacités souhaitées. Pendant les deux décennies suivantes, les membres du
détachement effectuèrent des missions d'entraînement et des missions
opérationnelles en faisant usage de leurs compétences basées sur le modèle de
Swann. Au nombre de leurs missions réussies figurent le ciblage de
narcoterroristes et la localisation de personnes disparues. Bien que le programme
ait été officiellement déclassifié en 1995, un nombre important de documents
relatifs à la vision à distance restent classifiés. Et même si de nombreux
visionneurs à distance de l'armée sont désormais connus du public, d'autres
souhaitent rester dans l'ombre. Certains d'entre eux s'inquiètent toujours de
représailles de la part de ceux qu'ils ont découverts.
Malheureusement, la plupart des commanditaires de la communauté du
renseignement considéraient la vision à distance comme une solution de dernier
recours. Ils n'utilisaient ces techniques que lorsqu'il n'existait aucun autre moyen
d'obtenir des informations sur la cible. Bien que certains projets de vision à
distance réussis aient donné lieu à des évaluations positives de la part des
utilisateurs de la communauté du renseignement, de nombreux autres projets ne
purent être validés. En raison de l'emplacement ou de la nature de certaines des
cibles, il était compliqué, voire impossible, d'obtenir une vérité de terrain. La
validation était alors exclue. Néanmoins, le fait que des commanditaires
revenaient sans cesse à la charge avec de nouvelles cibles à explorer atteste du
succès du détachement.
La vision à distance est associée à une impasse. Personne ne peut fournir une
théorie adéquate, scientifiquement acceptable, pour expliquer comment les
données peuvent s'acquérir à distance. On a tenté de formuler des modèles
électromagnétiques, qui impliquent généralement des ondes radio de très basse
fréquence, comme vectrices des données entre la cible et le visionneur à
distance, mais des expériences contrôlées ont exclu de façon concluante
l'électromagnétisme comme mécanisme possible pour expliquer la vision à
distance. Par ailleurs, dans certaines conditions, les visionneurs à distance ont
162
démontré leur capacité à performer avec précision lors de sessions précognitives
et rétrocognitives. Même si l'on accepte que certaines ondes puissent
transmettre des informations sur de grandes distances, la perturbation
temporelle est une autre histoire.
Les défenseurs de la vision à distance au sein de l'armée comprennent
l'importance de cette aptitude et ils pensent qu'elle pourrait avoir des
implications stratégiques. La plupart ont un intérêt personnel en la matière et
apprécient d'être tenus informés. Parfois, ils acceptent la contribution de
pratiquants à la retraite pour résoudre des problèmes compliqués. Ces
responsables font rarement des commentaires publics par crainte du ridicule,
mais quelques-uns ne s’en privent pas. Après avoir pris sa retraite, l'ancien chef
du projet Star Gate de l'Agence de renseignement de la défense (DIA), Dale Graff,
a écrit un livre sur ses expériences, et il donne des conférences publiques sur le
sujet.63 En 2001, dans le cadre de ses études au Marine War College, le
commandant Rick Bremseth, un SEAL de la marine américaine, qui a fait une
longue et brillante carrière, rédigea sa thèse sur la vision à distance.64 Au terme
d’une étude approfondie et d’entretiens avec de nombreux anciens participants
du projet Star Gate, il en a conclu que les preuves justifiaient la poursuite des
recherches et le recours à la vision à distance. Aujourd'hui à la retraite, Bremseth
continue de plaider en faveur de la poursuite des recherches et des applications
militaires de la vision à distance. Il estime que cette précieuse capacité
stratégique a été négligée au détriment de la communauté du renseignement.
Même si la vision à distance est loin d'être parfaite, son importance réside dans
le fait qu'elle offre des options, lorsque rien d'autre ne peut accomplir la mission.
Au moyen des techniques appropriées, elle peut fournir des informations sur des
forteresses et sur des avancées technologiques inaccessibles. Plus important
encore, une fois le processus mieux compris, ceux qui ont soigneusement
développé ces compétences devraient être en mesure de déterminer l'intention
d'un adversaire et de prévoir les événements futurs.
63
Dale Graff, Tracks in the Psychic Wilderness: An Exploration of Remote Viewing, ESP, Precognitive Dreaming,
and Synchronicity, Element Books, 1998
64
Commander L.R. Rick Bremseth, “Unconventional Human Intelligence Support: Transcendent and
Asymmetric Warfare Implications of Remote Viewing,” U.S. Marine Corps War College, 28 April, 2001.
163
Depuis la déclassification officielle du programme Star Gate, la vision à distance
a gagné en popularité dans le secteur civil pour devenir l'objet d'allégations
insoutenables de la part de partisans trop enthousiastes. Pourtant, les principes
de base sont solides et un grand nombre d'ouvrages scientifiques et militaires
crédibles sont disponibles dans le domaine public. Certaines des sessions
opérationnelles restent classifiées et ne sont accessibles que via la CIA.
Le programme a cependant toujours eu ses détracteurs. Des objections d'ordre
religieux émanaient d'individus très haut placés, qui croyaient que ces aptitudes
étaient possibles, mais qui les considéraient "comme étant l'œuvre du diable".
Une tactique favorite des détracteurs était le ridicule et les attaques personnelles
contre ses partisans. Certains scientifiques qui restaient des observateurs
superficiels se plaignaient de l'absence de théorie scientifique pertinente, mais
d'autres étaient disposés à s'engager intimement dans les projets et cherchèrent
à comprendre comment le processus fonctionnait. Pour citer l'un de ces
chercheurs, "Tout ce qui se produit, peut se produire", comme nous l'avons noté
dans l'introduction.
Dans de nombreux cas, quand le projet Star Gate était opérationnel, les
responsables des agences qui utilisaient les renseignements obtenus par la
vision à distance étaient plutôt favorables. Toutefois, ce suivi était limité en
raison d'un cloisonnement excessif des informations. En définitive, le projet n'a
pas réussi à être largement accepté par les hauts fonctionnaires. La plupart
d'entre eux n'avaient pas eu accès au programme et ils n'avaient donc aucune
idée du concept ou de ses réussites. Il a aussi été rejeté par d'autres officiers
dont la vision du monde était bousculée par le programme. Lorsque d'importantes
coupes budgétaires furent effectuées, Star Gate passa à la trappe. La fin est
arrivée en 1995, avec la publication du rapport AIR.65
L'histoire du programme de vision à distance est typique de nombreuses
entreprises créatives. Elle procède d'une curiosité personnelle soutenue par un
besoin. Les premiers résultats se révélèrent dignes de recherches et
65
Michael Mumford, et al, “An evaluation of Remote Viewing: Research and Applications,” American Institutes
for Research, 29 Sept, 1995
164
d'applications plus poussées. Certains hauts responsables, aussi bien militaires
qu'au Congrès, manifestèrent de l'intérêt et ils fournirent des ressources et une
protection. Dans le même temps, la résistance augmenta à plusieurs niveaux.
Tant que le programme restait modeste et paraissait avoir peu d'importance, les
détracteurs ne prêtaient guère attention. Cependant, lorsque certaines platesbandes ou orthodoxies conventionnelles furent menacées, les opposants
réagirent vigoureusement.
C'est exactement ce qui se produisit dans le cas du système américain de
missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) MX, basé sur un concept de
traçage élaboré à la fin des années 1970. La proposition consistait à monter ces
missiles sur des plates-formes mobiles, puis à les déplacer d'un abri à l'autre de
façon aléatoire pour qu'un ennemi ne puisse pas prédire quel abri abritait
effectivement les missiles à un moment donné. Mais, alors que ce projet coûteux
était en cours de développement, une expérience rondement menée démontra
que la visualisation à distance était en mesure de réduire considérablement la
marge d'erreur dans le choix de l'abri correct où les missiles étaient cachés. La
possibilité que des visionneurs à distance soviétiques puissent accroître la
vulnérabilité du système ICBM de cette façon souleva de grandes inquiétudes.
Les partisans des MX n'étaient pas vraiment heureux d'entendre parler d'une
technique qui pourrait réduire l'efficacité de leur programme. Finalement, le
programme MX devint le programme Peacekeeper, d'une valeur de 20 milliards de
dollars, raboté du concept d'implantation en circuit.
La leçon tirée de la vision à distance, pour ceux qui s’impliquent dans des projets
créatifs, c'est que des résultats démontrables ne suffisent pas pour pérenniser un
projet. Même les urgences les plus pressantes ne permettent pas de surmonter
les préjugés personnels d'observateurs peu avertis et qui sont toujours prêts à
faire des commentaires négatifs. Trop souvent, les superviseurs recourent à des
critiques non fondées pour justifier l'abandon de projets qu'ils n'aiment pas ou
qu’ils ne comprennent pas. Trop de scientifiques partent du principe que "si les
données ne sont pas conformes, on doit les ignorer". Ce qui était le cas de la
vision à distance.
165
Il ne fait aucun doute que la vision à distance remet en question notre paradigme
scientifique du temps et de la distance, comme le montrent clairement les
travaux de Bob Jahn et de Brenda Dunne, à Princeton. En tant que doyen de
l'école d'ingénierie, le Dr Robert Jahn s'était laissé entraîner avec une certaine
réticence dans le monde de la recherche psi. Il mérite des félicitations pour avoir
suivi des données expérimentales qui allaient à l'encontre de son système de
croyances. Si le laboratoire PEAR est surtout connu pour ses travaux sur la
psychokinésie, il a également réalisé des recherches de premier plan sur la vision
à distance.
Dans un cas, ils ont démontré qu'un visionneur à distance pouvait non seulement
obtenir des données à plus de mille kilomètres de distance, mais également d’une
manière précognitive, c'est-à-dire avant qu'elles ne se produisent. La cible
choisie était le pont de Bratislava, situé dans ce qui était alors la Tchécoslovaquie
et qui est aujourd'hui la capitale de la Slovaquie. Le visionneur à distance se
trouvait dans le Wisconsin et il n'avait aucune connaissance de l'emplacement de
la cible. En fait, au moment de la séance de visionnage à distance, le site n'avait
pas encore été choisi.
À une distance de 9000 km, le visionneur
indiqua : "J'ai l'impression que (l'observateur
sur place) est près de l'eau. Il pourrait y avoir
des bateaux. Plusieurs lignes verticales, un
peu comme des poteaux. Elles sont étroites,
pas épaisses. Peut-être des lampadaires ou
des mâts de drapeau. Un genre de forme
circulaire. Presque comme un manège ou un
chapiteau. Une grande chose ronde. Elle est
ronde sur le côté, comme un disque, plate,
mais elle a aussi une certaine hauteur. Peutêtre avec des poteaux. Je sens encore des
lignes verticales. Aucune idée de ce qu'elles
peuvent être... La sensation nette d'être à
l'extérieur plutôt qu'à l'intérieur. Encore de
166
l'eau... Sur le côté où se trouve (l'observateur), j'ai l'impression qu'il y a un petit
bâtiment. Cela pourrait être un hangar... Les couleurs qui prédominent sont le
bleu et le vert... Encore de l'eau... Une impression très fugace d'une barrière,
d'une barrière basse... Des marches. Je ne sais pas où elles conduisent. Les
marches conduisent à une sorte de passage ou de passerelle. Comme une
promenade. Et il y a une balustrade le long de celle-ci. Il y a des gens qui
l'empruntent, et il y a des lignes verticales le long de cette passerelle."66
Au cours de cette session, la personne qui allait devenir l'observateur sur place
était encore en route pour la Tchécoslovaquie. La visualisation avait eu lieu
environ 24 heures avant son arrivée. Ce que le visionneur à distance décrivait,
c’était un événement futur, ce que l'observateur verrait à son arrivée.
Il existe aussi des cas d'intuitions spontanées qui présentent de nombreuses
caractéristiques de la vision à distance classique. Dans ce livre, j'ai déjà parlé
d’une expérience extracorporelle salvatrice en rapport avec le combat vécue par
le pilote de porte-avions de la marine américaine, Scott Jones, mais il a vécu
66
La description de cette vision à distance est empruntée à Margins of Reality: The Role of Consciousness in
the Physical World, de Robert Jahn et Brenda Dunne.
167
d'autres expériences presque aussi incroyables, et qui ont finalement conduit à la
fin de sa carrière.67
En sa qualité d'officier de renseignement, Scott fut affecté en Inde pendant deux
ans et demi pendant la guerre du Vietnam. Si nous entretenions des relations
cordiales avec l'Inde, elle était également proche de l'Union soviétique et lui
achetait souvent du matériel. Comme les observateurs des affaires
internationales le savent, l'Inde est presque paranoïaque en ce qui concerne ses
relations avec le Pakistan et vice versa. Non sans raison, car elle s’est engagée
dans quatre guerres violentes, et il y a encore de fréquentes escarmouches à la
frontière, au Cachemire.
Alors que Scott était en poste à l'ambassade américaine de Delhi, le ministère
indien de la Défense entreprit d'acheter des missiles anti-aériens SA-2 fournis
par les Soviétiques. Bien qu'étant un allié, les États-Unis avaient malgré tout un
très fort intérêt national à surveiller cette évolution notable du gouvernement
indien. Si les attachés militaires pouvaient survoler l'Inde, ils étaient tenus de
faire approuver leurs plans de vol avant tout déplacement. Le ministère indien de
la Défense veillait à ce que ces itinéraires ne passent pas à proximité de ses sites
sensibles, y compris ceux des SA-2.
Mais un jour, quelque chose d'étrange se produisit, quand Scott décolla en
suivant la trajectoire de vol qui lui avait été assignée. Cela débuta par un malaise
au niveau de l'estomac, au point qu'il se demanda s'il serait en mesure de
poursuivre son vol. Ce malaise physique céda rapidement la place à des pensées
très claires à partir desquelles il décida d'agir. Malgré quelques protestations de
la part du copilote, Scott s'écarta délibérément de la route prévue, en
contrevenant ainsi aux restrictions imposées par le gouvernement indien, et à leur
grand étonnement, ils repérèrent un site SA-2. Sur la base de son intuition
psychique et en y répondant, Scott apporta la première confirmation tangible,
photographiée depuis le ciel, de la présence de SA-2 en Inde. Ce qui prouva à la
67
Scott Jones est un ami personnel depuis des décennies. Ces péripéties m'ont été rapportées au cours de
nombreuses conversations personnelles avec lui.
168
communauté du renseignement que l'Inde installait alors ces sites de missiles
anti-aériens.
Scott put par la suite localiser tous les sites de défense antimissile. Mais au prix
fort. Ses photos étaient tellement réussies qu'il fut convoqué par ses supérieurs
pour expliquer comment il avait obtenu ces informations. Veuillez noter que tout
cela s'est produit bien avant que nous ayons une couverture satellite étendue du
monde, et que les espions risquaient souvent leur vie pour obtenir de telles
informations. Ses supérieurs lui ordonnèrent de révéler la source qui lui avait
fourni les informations sur l'emplacement des sites, et il déclara catégoriquement
qu'aucun agent secret indien ne travaillait pour lui. En réalité, lorsqu'il volait, il
pressentait où se trouvait le site et il s'y rendait. Il est intéressant de noter que ce
pressentiment ne se manifestait qu'une fois qu'il était en vol. Ses explications ne
plurent guère à son officier supérieur. Peu convaincu, et malgré la qualité de son
travail, son évaluateur le sanctionna par des éloges mitigés, ce qui signifiait qu'il
était peu probable qu'il obtienne une nouvelle promotion. Face à un tel constat,
Jones préféra prendre sa retraite. Ceci n'est qu'un exemple parmi tant d'autres de
la façon dont le fait d'admettre l'existence d'un sens psychique pouvait avoir des
effets négatifs.
USAGE CIVIL
Des civils effectuaient aussi des recherches sur la vision à distance. Stephan
Schwartz créa le groupe Mobius et se lança dans des expériences très
convaincantes. Il est intéressant de noter qu'il employait certains des visionneurs
à distance qui étaient recrutés par l'armée. L'une des premières hypothèses
émises pour déterminer comment la vision à distance pouvait fonctionner
supposait une forme d'ondes électromagnétiques encore inconnues. Bien que la
perturbation temporelle ait exclu cette possibilité, il s’agissait d’un point de
départ raisonnable. On apprit ultérieurement que les chercheurs soviétiques
avaient fait le même raisonnement.
En raison de sa nomination antérieure en tant que conseiller spécial au bureau du
directeur des opérations navales, Schwartz avait accès à des ressources dont ne
169
disposaient pas la plupart des chercheurs. Pour tester la théorie, il monta le
projet Deep Quest, qui nécessitait l'utilisation d'un submersible qui transporterait
les visionneurs à distance. L'eau de mer protège efficacement contre toutes les
émanations électromagnétiques. C'est l'une des raisons pour lesquelles les
communications avec les sous-marins immergés sont si difficiles. La première
phase de l'expérience consista à faire descendre des visionneurs à distance dans
un submersible pour qu’ils accèdent mentalement à des cibles inconnues en
surface.
Mais pendant qu'il préparait l'expérience, il perdit ses médiums habituels à la
dernière minute. Averti des travaux du SRI, Schwartz les contacta et il sollicita
l'aide de leurs visionneurs à distance. L'un d'entre eux était Ingo Swann, qui
devait acquérir un statut légendaire dans la communauté des visionneurs à
distance. Hella Hammid, la seconde collaboratrice, identifia précisément la cible
sélectionnée par l'équipe de surface du SRI, située à environ 600 km. Les
résultats répondirent à deux questions. La projection mentale traversait bien l'eau
de mer, éliminant par-là la théorie de la transmission électromagnétique. L'autre
était que l'effet pouvait se produire sur de longues distances, au moins des
centaines de km.
Schwartz s'attela alors à une tâche encore plus ardue : localiser une épave
quelque part au large de l'île Catalina, en Californie. Il est vrai qu'il existe de
nombreuses épaves dans cette région et que beaucoup ont été cartographiées,
mais la tâche confiée à Ingo et Hella Hammid était de localiser une épave
inconnue jusqu'alors. C'est ce que Schwartz appelle une étude en triple aveugle ;
il ne pouvait y avoir de fuite intentionnelle d'informations, car nul ne savait où une
telle embarcation pourrait se trouver au fond de la mer. Cette fois encore, en
descendant sous la surface de l'océan Pacifique, Ingo guida pratiquement le
pilote vers une zone où son impression psychique lui indiquait que l'objet se
trouvait. Avec Schwartz, ils réussirent à trouver le bateau coulé, lourdement
recouvert d'incrustations et perdu depuis longtemps.
170
Schwartz poursuivit ses recherches et développa le secteur de l'archéologie
psychique, qu'il décrit dans son livre, Le Projet Alexandrie.68 Le titre du livre fait
référence à une expédition en Égypte, où il avait emmené des médiums à la
recherche de plusieurs sites. L'une des cibles était le légendaire phare de Pharos
à Alexandrie, la ville aujourd'hui submergée où résidaient Marc-Antoine et
Cléopâtre. En 1979, l'expédition réussit à localiser la cité perdue, ce qui fut
documenté dans un programme télévisé réalisé à l'époque.
Il fut malaisé d'obtenir la documentation nécessaire, puisque les eaux étaient
tellement polluées qu'il était interdit aux plongeurs de rester dans l'eau pendant
de longues périodes, mais ils réussirent à filmer suffisamment pour prouver
l'exactitude de l'emplacement. Incroyablement, plus de trois décennies plus tard,
en 2013, une autre équipe de plongeurs s'attribua le mérite de la découverte en
grande pompe. Avant l'arrivée de ses plongeurs, les eaux avaient été
considérablement assainies, ce qui permettait de rester plus longtemps sous
l'eau en toute sécurité. Ils n'accordèrent aucun crédit à Schwartz, ni à son équipe,
même si ceux-ci les avaient devancés de plusieurs décennies.
Ce ne fut pas la seule fois où les efforts de Schwartz rencontrèrent la résistance
des scientifiques et des égyptologues. Il entreprit d'explorer une autre cible, cette
fois sur terre. Comme pour le bateau coulé, il voulait localiser un site dont
l'emplacement avait été perdu. Là encore, son équipe releva des impressions
psychiques d'un tel site. Pour documenter le projet, Schwartz fit estampiller et
valider tous les documents par des fonctionnaires égyptiens, et pour garantir ses
recherches, un égyptologue qui travaillait pour le gouvernement les accompagna,
lorsqu’ils commencèrent à fouiller la cible.
Schwartz et son équipe se rendirent dans le désert en un lieu qui correspondait à
leurs critères. En arpentant la zone, ses médiums délimitèrent les contours du
site et plantèrent des piquets dans le sol pour indiquer l'emplacement des
fouilles. La tâche achevée en fin d'après-midi, il fut convenu que tout le monde se
retrouverait sur place le lendemain matin à 10 h. Intuitivement, Stephan emmena
68
Stephan Schwartz, The Alexandria Project, Delacorte Press, 1983
https://www.youtube.com/watch?v=BEC-GBTTLBg Project Deep Quest
https://www.youtube.com/watch?v=klCzHhYYQjQ The Alexandria Project
171
l'équipe sur le site avant l'heure prévue. A leur arrivée, ils surprirent l'égyptologue
qui était en train de déplacer les piquets méticuleusement disposés l'après-midi
précédent. Voilà qui est révélateur de l'opposition à laquelle les chercheurs
psychiques peuvent s'attendre. Des données archéologiques qui contredisent les
chronologies établies, ou l'histoire publiée, ne sont officiellement pas les
bienvenues.
Beaucoup plus tard, Schwartz dirigea une expérience encore plus étonnante,
mais cette fois-ci, au lieu de s'appuyer sur des personnes ayant des compétences
particulières, il utilisa des personnes qui avaient participé à ses ateliers de vision
à distance. Le concept était brillant. Alors que l'invasion de l'Irak se poursuivait, la
recherche de Saddam Hussein devint une priorité absolue. Les forces de la
coalition n'avaient clairement aucune idée de l'endroit où le trouver. Il fut donc
demandé aux participants du séminaire d'identifier l'endroit et de recueillir
d'autres informations en lien avec la capture de Saddam. Les participants à
l'atelier avaient divers degrés d'expertise en matière de vision à distance, certains
étant même totalement novices. Leurs croquis et leurs observations furent
collectés et marqués avec l'heure et la date, afin que personne ne puisse
prétendre qu'ils ont été faits a posteriori.
Quand Saddam fut capturé le 13 décembre 2003, les résultats de la vision à
distance furent examinés. L'exactitude de certaines observations était tout
simplement remarquable. Les participants avaient dessiné un bâtiment qui
décrivait précisément cet endroit. C’était si détaillé qu'il ne pouvait pas
correspondre à n'importe quelle immeuble de la région. Certains des résultats
corrects étaient contre-intuitifs. Par exemple, les agents de renseignement
avaient toujours supposé qu'il serait bien protégé par des membres de sa garde
rapprochée. Le rapport de vision à distance indiquait qu'une ou deux personnes
seulement seraient présentes à ses côtés. Ils décrivirent avec précision le lieu
souterrain où il se cachait, le fait qu'il était armé, mais qu'il ne résisterait pas, et
qu'il avait de l'argent sur lui.
Ce qui rendait cette expérience si particulière, c'était sa composante
émotionnelle. Les chercheurs supposent depuis longtemps que les qualités
172
numineuses sont importantes, surtout en présence de cibles précognitives. Il était
prévu que l'arrestation de Saddam s'accompagnerait d'une réaction mondiale.
C'était vrai. Pareil pour le souvenir de l'endroit où je me trouvais au moment de
l'assassinat de Kennedy. Je peux dire que je me trouvais dans la salle à manger
du complexe militaire de Kaboul, en Afghanistan, lorsque la nouvelle tomba à la
télévision. Ce degré d'émotion étant difficile à prévoir, il s'est avéré très difficile
de créer un test similaire.
LA COMPÉTITION MILITAIRE
Pendant la guerre froide, il y avait une compétition considérable autour du
contrôle et de I‘exploitation des capacités psychiques. Un livre intitulé,
Fantastiques recherches parapsychiques en U.R.S.S., de Sheila Ostrander et Lynn
Schroeder contribua largement à sensibiliser le public à cette question.69 Mon
article, "Le nouveau champ de bataille mental", parut dans le numéro de
décembre 1980 de la Military Review, une publication grand public du ministère
de la Défense.70 C'était le premier article militaire à mentionner ouvertement la
vision à distance et d'autres phénomènes psychiques. Cet article nous attira l’ire
du chroniqueur, Jack Anderson, qui écrivit dans le Washington Post que nous
étions "les guerriers vaudous du Pentagone".
Récemment, un livre unique intitulé ESP Wars : East and West 71 a été publié,
dans lequel des participants des deux côtés de la guerre froide partageaient leurs
points de vue. En se penchant sur les racines des guerres du type "perception
extrasensorielle", les auteurs notent à juste titre que le recours aux médiums est
presque aussi ancien que les conflits eux-mêmes. Les mystiques, les oracles et
d’autres chefs religieux étaient souvent consultés avant les batailles pour tenter
d'en prédire l'issue et obtenir des conseils de sources extérieures quant à
l'opportunité de s'engager dans la guerre. Il est question de l'Oracle de Delphes
69
Sheila Ostander and Lynn Schroeder, Psychic Discoveries Behind the Iron Curtain, Prentice-Hall, 1970
John B. Alexander, “The New Mental Battlefield,” Military Review, December, 1980. Une copie est accessible
sur mon site web, www.johnbalexander.com,
71
Edwin C. May, et al, ESP Wars: East and West: An Account of the Military Use of Psychic Espionage as
Narrated by the Key Russian and American Players, Crossroads Press, 2016
70
173
demandant à Apollon de le guider, des efforts du roi Cyrus, fondateur de l'Empire
perse, et même de citations bibliques détaillant le recours à des médiums avant
le combat. Les traditions russes racontent qu'on employait des chamanes pour
soutenir les opérations, une pratique qui se poursuit encore aujourd'hui chez les
peuples indigènes. Le tour d'horizon historique du livre, qui n'est généralement
pas connu en dehors des mythologues et de quelques théoriciens complotistes,
mentionne même la fascination des nazis pour l'occulte.
En 1992, mon ancien patron, le major général à la retraite Bert Stubblebine, et
moi-même sommes allés dîner dans la région de Washington avec le chef d'une
organisation russe baptisée "Institute for Theoretical Problems". Celui-ci nous dit
qu'il avait dirigé les recherches sur la vision à distance pendant de nombreuses
années. À cette époque, la Russie était dans une situation économique très
difficile, et il était autorisé à vendre n'importe quoi pour que son organisation
reste fiscalement viable. Bert et moi, nous étions tous deux des retraités de
l'armée guère en mesure de l'aider à résoudre ses problèmes de financement.
Pourtant, ce soir-là, pendant le dîner, nous discutâmes de questions qui, une
décennie plus tôt, auraient été inimaginables. Les temps ont décidément changé.
TOUT N’EST PAS ROSE
Les adeptes de la vision à distance aiment mettre en avant leurs succès, mais ils
admettent rarement leurs échecs, et c'est une grave lacune. Lorsque j'ai été
interrogé par des journalistes, mon commentaire a toujours été : "Parfois, ça
marche." D'un point de vue scientifique, les aspects de réussite et d'échec sont
déroutants. En réalité, beaucoup de résultats sont loin d'être aussi bons que les
protagonistes le prétendent souvent.
Deux exemples frappants nous viennent de Courtney Brown et de son Institut
Farsight. Brown, qui est professeur à l'université Emory, a fait plusieurs
présentations dans le cadre des conférences annuelles de la Society for Scientific
Exploration (SSE). Au cours de la réunion de juin 2008 à l'Université du Colorado,
Brown annonça que, selon ses visionneurs à distance, l'aéroport de Los Angeles
174
(LAX) serait physiquement détruit en décembre de la même année. Pourtant,
neuf ans plus tard, l'aéroport de Los Angeles est toujours opérationnel. Pour
expliquer cet échec évident de la vision à distance, Brown nous informa au cours
d'une présentation l'année suivante que l'aéroport de Los Angeles avait en réalité
été détruit ; cela s'était simplement produit dans un univers parallèle…
En juin 2010, au cours d'une autre conférence de la SSE, Brown déclara avoir des
preuves que l'armée américaine avait une base souterraine sur Mars. Selon un
visionneur à distance, il s'agissait d'une installation opérationnelle, et des
preuves photographiques montraient que des émanations étaient émises à partir
de cet endroit. Au cours de son exposé, il déclara : "Il y a des vols non répertoriés
qui décollent tout le temps de Cap Canaveral et qui ne sont jamais
comptabilisés." C'est totalement absurde. Quand il y a un lancement depuis Cap
Kennedy, la moitié de la Floride est au courant. Manifestement, ses
collaborateurs n'ont aucune idée des exigences logistiques nécessaires pour
maintenir une base extraterrestre. Même si je m’insurge contre les scientifiques
qui n'acceptent pas les données concrètes, ces exemples constituent quelquesunes des raisons pour lesquelles ils ne le font pas. J'admets avoir été l'un des
collègues critiques ayant bloqué l’article sur ce sujet soumis par Brown au
Journal of Scientific Exploration de la SSE.
Je m'en voudrais de ne pas mentionner que le domaine de la vision à distance a
été envahi par des personnes qui font des déclarations non fondées sur leurs
antécédents. À Las Vegas, j'ai rencontré l'un de ces individus qui prétendait être
chirurgien cardiaque, pilote de SR-71 de l'armée de l'air américaine et visionneur
à distance dans le cadre du programme Star Gate. L'un des problèmes du secret
entourant le programme de vision à distance du ministère de la Défense est que
les gens croient qu'ils peuvent faire des déclarations que personne ne peut
vérifier. En interne, la liste des participants était plutôt restreinte, et la plupart se
connaissaient entre eux. Le meilleur conseil que je puisse donner à toute
personne qui souhaiterait suivre une formation est le suivant : caveat emptor.
Une grande visibilité n'est pas synonyme de compétences.
L’IRVA ET LA FORMATION
175
En mars 1999, lors d'une réunion au domicile de Lyn Buchanan à Alamogordo, au
Nouveau-Mexique, nous avons fondé l'International Remote Viewer's Association
(IRVA). En tant que membre fondateur du conseil d'administration, j'avais bon
espoir que l'association évoluerait et établirait des normes et une éthique pour ce
domaine en pleine émergence. Malheureusement, elle est devenue une
organisation commerciale, dont l'objectif principal est la publicité et le marketing.
Il y a encore des gens bien dans cette association, mais l'imprimatur de l'IRVA ne
doit pas être confondu avec compétence ou qualité.
De nombreuses discussions ont eu lieu sur la nature de la vision à distance et sur
le fait de savoir s'il s'agit ou non d'une compétence qui peut être enseignée. Sur
le plan commercial, il existe un certain nombre d'instructeurs qui dépendent de la
réponse "oui, on peut l’enseigner". Le débat est similaire à la controverse sur
l'inné et l'acquis. Certains pensent que ces capacités psychiques sont innées, que
l'on naît avec ou sans. En faveur de cette thèse, il y a les rares individus qui
démontrent des capacités extraordinaires.
Ingo Swann serait d'un autre avis. L'une de ses principales contributions à la
vision à distance impliquait son concept de la matrice. Tout comme dans le film
de Keanu Reeves du même nom, la matrice était un concept mental permettant
au pratiquant de circuler indépendamment du temps et de l'espace consensuels.
La plupart des visionneurs à distance militaires qui ont été spécifiquement
formés pour cette tâche ont appris à utiliser le concept d'Ingo. Par conséquent, la
plupart des visionneurs à distance de deuxième ou troisième génération qui ont
été formés par d'anciens membres du personnel de Star Gate utilisent le concept
de la matrice, qu'ils le sachent ou non. Cette méthode rigoureuse exige beaucoup
de temps et de travail. Ce n'est pas un truc que l'on apprend en un après-midi.
S'engager réellement dans la vision à distance réclame beaucoup d'efforts.
Il y a également débat sur la question de savoir s'il est préférable de se fier à un
seul visionneur à distance fort ou de rechercher un consensus entre plusieurs
visionneurs à distance. Joe McMoneagle plaide en faveur d'un unique visionneur
à distance. Il affirme que lorsque plusieurs visionneurs à distance sont impliqués,
176
il peut se produire un fort attachement à la mauvaise cible, et il pense que les
autres suivront un mauvais signal plutôt que d'agir indépendamment en fonction
du vrai signal. Stephan Schwartz, quant à lui, préfère l'approche qui repose sur
plusieurs visionneurs à distance, par laquelle l'analyste recherche un consensus
dans les rapports, et suggère qu'elle est plus fiable que la méthode avec une
seule personne.
À mon sens, les capacités psychiques sont comme les autres activités humaines :
chacun est doté d'un certain niveau de compétence, et avec de l'entraînement et
de la pratique, on peut s'améliorer. Ma propre expérience m'a démontré que
certaines données peuvent être acquises. Je n’ignore pas que je n'ai pas le sens
artistique nécessaire pour transférer des observations mentales sous une forme
reconnaissable sur papier, car j'ai du mal à dessiner de simples lignes, et je
n’arrive pas à faire mieux que des personnages en bâtonnets.
La plupart des gens peuvent marcher ou courir. Grâce à l'éducation physique à
l'école, les élèves courent plus vite, sautent plus haut, plus loin, etc. Néanmoins,
la plupart d'entre eux ne pourront jamais réaliser des performances olympiques,
quel que soit leur niveau d'entraînement. En matière de vision à distance, la
plupart des pratiquants n'atteindront jamais le niveau de compétence d'Ingo
Swann ou de Joe McMoneagle. Ce qui ne veut pas dire que l'on ne devrait pas s'y
essayer...
177
CHAPITRE 13 : IMPERTINENTS GLOBULES BLANCS
Vous n'avez sans doute jamais entendu le nom Kangchenjunga, à moins d'être un
alpiniste averti. Situé à la frontière entre l'Inde et le Népal, il s'agit de la troisième
plus haute montagne du monde, derrière le Chomolungma/Sagarmartha ou, pour
les Occidentaux, le mont Everest et le K2. Je le mentionne ici en référence à des
géants dont beaucoup sont inconnus. Au même titre que le Kangchenjunga pour
l'Himalaya, mon ami Cleve Backster l'était pour le monde de la recherche
psychique. Très peu de gens sont conscients de ses nombreuses contributions
dans ce domaine et de la manière dont il inspira beaucoup d’autres projets, dont
le moindre n'était pas le programme de vision à distance connu sous le nom de
Star Gate.
Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, Cleve, alors enseigne de vaisseau
dans la marine américaine, se trouvait dans le Pacifique Sud en attendant de
participer à l'invasion imminente du Japon.72 L'intervention de la seule utilisation
au combat d'armes atomiques à ce jour supprima cette obligation. Quelques mois
après sa démobilisation, en 1946, Cleve entra comme sergent-chef dans le corps
de contre-espionnage de l'armée américaine. Très intéressé par le comportement
humain, il entreprit d'étudier l'utilisation de l'hypnose du point de vue de la
sécurité nationale. Un an plus tard, lorsque la CIA fut créée, Cleve rejoignit la
nouvelle structure en tant que spécialiste des interrogatoires. Là, il mit au point
sa technique de comparaison des zones pour analyser les réponses au détecteur
de mensonges.73 Ce système constitue encore aujourd'hui la base de ces
interrogatoires. Après avoir quitté l'Agence, Cleve créa sa propre école de
détection des mensonges, qui est toujours en activité aujourd'hui, quatre ans
après sa mort, en 2013.
Toujours curieux, Cleve se livra à de nombreuses expériences non traditionnelles
avec son équipement sophistiqué. Il est resté célibataire et un peu reclus, mais il
aimait jouer avec ses instruments sensibles. Dans son appartement new-yorkais
72
Cleve Backster, Primary Perception: Biocommunication with Plants, Living Foods, and Human Cells, White
Rose Millennium Press, 2003
73
http://www.polygraph.org/assets/docs/APAJournal.Articles/2013/backster_techniques.pdf
178
se trouvait un grand dragonnier. Cleve se demanda combien de temps il faudrait
pour que de l'eau versée sur les racines atteigne les feuilles. La réaction
galvanique de la peau est l'une des mesures du polygraphe. Le capteur mesure la
quantité d'humidité sur la peau et peut détecter quand la personne commence à
transpirer. Par curiosité, Cleve fixa un détecteur sur une des feuilles, puis arrosa
la base. Il reçut sa réponse, et bien même beaucoup plus qu'il n'avait rêvé.
Cleve oublia le dispositif et le laissa simplement connecté à la plante. Le capteur
était relié à un graphique, qui mesurait les fluctuations de l'humidité sur les
feuilles de la plante. Cela prit un certain temps, mais Cleve commença à
remarquer des enregistrements étranges sur le graphique, qui n'étaient pas
associés à l'arrosage périodique de la plante, et il n'y avait rien d'apparent dans
l'environnement, qui aurait pu causer ces variations.
À sa grande surprise, Cleve remarqua que le graphique semblait être en rapport
avec des événements émotionnels survenus à proximité du dragonnier. À
l'époque, il n'y avait pas d'explication rationnelle au fait qu'une plante puisse
montrer une réaction physique mesurable aux événements qui se produisaient
dans son voisinage. Subodorant que la plante pouvait réagir à des menaces
directes, Cleve coupa une feuille. Le graphique indiqua que la plante était
consciente de la coupure. Était-ce de la douleur ? C'était là une inconnue. Mais
l'agression contre la plante était physique. Il qualifia de malaise la réaction qu'il
observa sur les graphiques. Il se demanda s'il s'agissait de la réaction de la plante
face au danger. Pour tester cette hypothèse, Cleve prit un briquet et brûla une
feuille. La plante réagit. Poussant plus loin ses recherches, il tenta une série
d'expériences. Ce qu'il découvrit était sidérant.
Cleve apprit par la suite également que lorsqu'il s'approchait de la plante, en ne
pensant simplement qu’à brûler une feuille, la plante réagissait. En effet, la
simple pensée de lui nuire, bien qu'aucune action physique n'ait été entreprise,
suffisait à provoquer une réaction mesurable sur les graphiques du polygraphe. Il
apprit rapidement que le dragonnier réagissait aux menaces qui pesaient sur
d'autres formes de vie dans son voisinage immédiat. Après avoir fait bouillir de
179
l'eau tout près de la plante, Cleve y laissa tomber quelques crevettes vivantes, en
provoquant leur mort immédiate. De nouveau, la plante réagit.
Sachant qu'il touchait là à quelque chose d'important, Cleve rendit publique ses
découvertes. Il n'était qu'un polygraphiste, après tout, et pas un chercheur
scientifique attitré. Il pensait naïvement que d'autres scientifiques allaient
certainement s'intéresser à ses résultats embryonnaires, mais remarquables, et
poursuivre des recherches plus rigoureuses. Au lieu de cela, il fit l'objet du mépris
et de railleries de la part de la majorité des scientifiques occidentaux. Notre perte
profita à l'Est, puisque des scientifiques de l'Europe de l'Est, sous l'égide de
l'Union soviétique, prirent ses travaux au sérieux. Quelques Américains le
suivirent, cependant. Hal Puthoff reconnut les potentialités du phénomène, et les
travaux de Cleve contribuèrent à faire avancer ses recherches sur la vision à
distance, qui débutèrent à l'Institut de recherche de Stanford (appelé plus tard
SRI).74
Ce fut Ted Rockwell, un ingénieur nucléaire, qui me présenta pour la première
fois à Cleve. À l'époque, j'étais affecté à l'INSCOM et j'explorais toute une palette
de sujets uniques, détaillés dans d'autres parties du livre. Ted m'assistait dans
plusieurs domaines, notamment en matière de présentations déterminantes.75 Le
travail que Cleve effectuait alors allait bien au-delà de l'exploration des réactions
des plantes, qui avait été portée à la connaissance du public grâce à un livre de
Peter Tompkins et Christopher Bird intitulé ‘’La vie secrète des plantes.’’76 Le
nouveau travail de Cleve impliquait de contrôler des leucocytes buccaux, c'est-àdire les globules blancs qui imprègnent la bouche.
Il existe trois types de cellules sanguines. : les plaquettes contribuent à la
coagulation du sang ; les globules rouges transportent l'oxygène dans le corps et
sont essentiels à la vie ; et les globules blancs sont connus pour leur capacité à
combattre les maladies, mais il arrive qu'ils dérapent. Quand ils se multiplient de
manière excessive, cela provoque une maladie, la leucémie, qui est souvent
74
Ceci ressort de conversations privées avec Hal Puthoff.
Ted participa à des séances de torsion métallique et c'est lui qui me présenta à Anne Gehman.
76
Peter Thompkins and Chris Bird, The Secret Life of Plants, Harper, 1973
75
180
mortelle. Les globules blancs qui sont présents dans la bouche sont les
leucocytes buccaux.
L’étude des leucocytes mise au point par Cleve était relativement simple. La
première étape consistait à prélever et concentrer les leucocytes buccaux de la
personne. Pour ce faire, il suffisait de cracher dans une éprouvette. Cette
éprouvette était ensuite placée dans une centrifugeuse pendant quelques
secondes, puis dans une cage de Faraday pour la protéger des radiations
électromagnétiques externes. Des électrodes d'argent étaient insérées dans le
tube, leurs fils étant reliés à un dispositif qui amplifiait le signal, lequel était
ensuite envoyé à un polygraphe. Les résultats du polygraphe étaient enregistrés
sur vidéo avec la date et l'heure. Une deuxième caméra était utilisée pour
enregistrer les événements en cours, et un générateur d'images composites
sauvegardait les événements et le graphique sur une seule bande en temps réel.
Les globules blancs pourraient-ils réagir à l'état émotionnel du donneur, malgré la
distance qui les sépare ? Pour tester la théorie, on exposa le donneur à des
menaces potentielles, ou à des situations évoquant une menace personnelle.
Dans cette optique, on invitait les sujets testés à regarder des programmes
télévisés spécifiques. C’était souvent des programmes portant sur des affaires
criminelles et dans lesquels on pouvait s'attendre à voir un quelconque
événement menaçant, mais ni le donneur, ni les chercheurs ne savaient à
l'avance à quel moment précis une telle scène surviendrait dans le programme.
Cleve apprit qu'il y avait souvent une corrélation immédiate et directe entre les
événements décrits à la télévision et les écarts constatés dans les
enregistrements, et il évoqua l'exemple frappant d'une jeune volontaire. Après
avoir donné ses globules blancs, elle rejoignit son domicile situé à proximité. La
scène télévisée spécifique à laquelle elle réagit impliquait une femme agrippée
dans la rue et puis jetée dans le coffre d'une voiture. Quand cette scène fut
diffusée, le graphique s’affola et lorsque Cleve lui demanda ce qui s'était passé,
elle lui confia qu'il lui était arrivé quelque chose de très semblable, mais qu'elle
était parvenue à repousser son agresseur et à courir chercher de l'aide. Même si
elle avait survécu à la tentative d'enlèvement, il s'agissait toujours d'un épisode
181
émotionnel marquant dans sa vie. Et c'est exactement ce que le graphique mit en
relief.
D'un point de vue purement scientifique, c'était fascinant, puisque les données
impliquaient une capacité à communiquer d'une manière jamais soupçonnée
auparavant. Cela soulevait pas mal de questions importantes : quel était le mode
de transmission, quelles étaient les contraintes de distance et quelle était la
fiabilité de l'information ? Du point de vue du renseignement, nous étions
confrontés à des questions très pragmatiques. Dans les années 1980, il y avait eu
un certain nombre d'enlèvements retentissants. Parmi eux, le général de brigade,
James Dozier avait été enlevé à son domicile de Vérone, en Italie, par des
membres des Brigades Rouges italiennes. Plus marquante encore fut la prise de
contrôle de l'ambassade américaine à Téhéran, l'année précédente. La question à
laquelle je voulais une réponse était la suivante : les leucocytes buccaux
permettraient-ils de communiquer, même à un niveau élémentaire ? L'idée
d'insérer des dispositifs de repérage dans le personnel à haut risque fut
examinée. Le problème était que si un ennemi soupçonnait l'existence d'un tel
dispositif, il découperait sans doute sa victime jusqu'à ce qu'il découvre le
dispositif de repérage. Je voulais d'abord savoir si la personne était bel et bien
vivante ou morte. La deuxième étape aurait été d'essayer d'envoyer de simples
transmissions de code binaire, mais malheureusement, nous n'avons jamais été
aussi loin dans la recherche.
Après avoir visité le laboratoire de Cleve, je pus l'engager comme consultant avec
l'approbation du major général Bert Stubblebine. Le contrat m'autorisait à
reproduire son dispositif dans mon laboratoire de Fort Belvoir, en Virginie.
Cependant, la reproduction impliquait la conception d'un équipement qui
dépassait mes compétences techniques. C'est pourquoi un expert scientifique du
Night Vision Laboratory (NVL) de l'armée américaine fut chargé de m'assister
dans la création de l'appareil. Le directeur du NVL, Lou Cameron, était très ouvert
aux sujets de recherche que je menais et il avait assisté à plusieurs de mes
séances de torsion de métaux.
182
Le représentant du NVL et moi-même rendîmes visite à Cleve à San Diego pour
obtenir tous les paramètres et voir le système fonctionner. Quand je demandai à
l'ingénieur s'il pouvait construire l'appareil, il me répondit positivement, que les
aspects mécaniques étaient assez simples. Mais il nota à juste titre qu'il
‘’manquait une pièce’’. Il faisait bien sûr allusion à la façon dont le signal passait
du donneur à l'éprouvette. Je lui dis qu'il m'incomberait de régler ce problème.
Manifestement, nous avions poussé trop loin le bouchon de son système de
croyances. Avec ses pouces et ses doigts, il forma un symbole en forme de cœur
devant sa poitrine et il dit : ‘’Écoutez, j'ai délimité pour moi une certaine partie de
l'univers, et on peut s’y déplacer et y faire bouger les choses. Mais ne me dites
pas qu’il me faut réapprendre la physique, parce que ça, je ne veux pas en
entendre parler.’’
Je dois souligner son mérite. En dépit de sérieux doutes sur l'intention de mes
expériences, il fabriqua une réplique exacte de l'appareil de Cleve. Il aurait pu
facilement m'induire en erreur. Une mauvaise connexion ou un fil mal branché
aurait suffi à bloquer totalement ce que je faisais, et il m'aurait été pratiquement
impossible de trouver la cause de la panne. Je salue son intégrité, car il m'a fait
part de ses préoccupations, tout en accomplissant sa tâche de manière
professionnelle.
Dans nos expériences, nous utilisâmes d'autres substances que les leucocytes
pour capter les émotions. Cleve utilisait du yaourt, car il était facile à obtenir et il
durait longtemps. Le yaourt est produit à partir d'une culture de bactéries
Lactobacillus delbrueckii subsp. bulgaricus et Streptococcus thermophilus. C'est
un aliment vivant, dont la forme était facile à manipuler pour les expériences.
Comme les plantes, le yaourt semblait sensible aux états émotionnels de
l'environnement immédiat. Je suivis donc son exemple, l'année suivante.
Tout le monde n'était pas enthousiasmé par ces recherches. Régulièrement,
Stubblebine me demandait de présenter les résultats à son conseil de colonels,
qui se réunissait tous les trimestres. La plupart étaient des commandants
d'unités subordonnées dispersées dans le monde entier. Ils avaient déjà enduré
mes séances de torsion de métaux. Malgré la réussite avérée de la torsion des
183
métaux, beaucoup d'entre eux demeuraient sceptiques. Et maintenant, je leur
disais que nous pouvions enregistrer des états émotionnels humains tout en
surveillant un yaourt. Une des grosses préoccupations de l'armée américaine au
début des années 80 était le concept baptisé AirLand Battle.77 Il s'agissait de
combattre dans une multitude de dimensions, et cela concernait la défense de
l'Europe centrale. Les militaires adorent utiliser des acronymes. Après mon
briefing, les commandants subordonnés en inventèrent un nouveau, TY-ISALB,
soit Talking Yogurt in Support of AirLand Battle (yaourt loquace à l'appui de
l'AirLand Battle). C'était malicieux, mais je compris le message. Ils ne voyaient
pas l'intérêt des expériences que Bert et moi faisions, mais c'était prévisible.
L'objectif du briefing n'était pas d'obtenir un soutien. Il s'agissait plutôt de leur
rappeler qu'ils ne devaient pas ignorer une information, simplement parce que
celle-ci ne correspondait pas à ce qu'ils croyaient déjà.
Travailler avec Cleve fut un réel plaisir. Pas seulement parce que cela impliquait
des escapades à San Diego, mais aussi parce que nous repoussions réellement
les limites de la science. Dans le cadre de plusieurs expériences, je servis de
cobaye en étant connecté à l'un des polygraphes de Cleve. Pour ce travail, nous
imaginâmes un système qui utilisait trois caméras en même temps. Une caméra
enregistrait le graphique des leucocytes buccaux, tandis qu'une autre enregistrait
le graphique du polygraphe. La troisième surveillait l'environnement dans lequel
j'étais assis. Cette méthode permettrait la synchronisation de ma réponse avec
les graphiques.
Dans certaines séances, je tentai de déjouer le polygraphe. En travaillant avec le
Dr Richard Bandler, l'un des co-développeurs de la PNL, nous avions exploré des
techniques de contre-polygraphie. Certaines fonctionnaient étonnamment bien,
notamment la capacité à modifier les souvenirs du passé. Ce n'était pas simple,
mais c'était possible. Pour ces expériences, j'autorisai Cleve et Steve White, son
assistant de laboratoire, à me poser des questions sur des sujets très personnels.
Résultat : je pouvais piéger le polygraphe, mais pas l'appareil qui lisait mon état
émotionnel à partir des leucocytes buccaux. Les implications étaient énormes,
77
http://www.dtic.mil/dtic/tr/fulltext/u2/a202888.pdf
184
mais elles n'étaient étayées par aucune théorie scientifique. Pour autant que je
sache, personne ne donna suite à ce travail.
En 1986, l'armée demanda au National Research Council (NRC) d'entreprendre
une étude sur les nouvelles techniques d'amélioration des performances
humaines testées par plusieurs unités, notamment la vision à distance (Star
Gate), la programmation neurolinguistique et l'apprentissage en cours de
sommeil. À ma suggestion, le groupe visita également le laboratoire de Cleve
Backster. Bien qu'un événement marquant se produisit pendant la démonstration,
le rapport fut presque entièrement négatif.78
La composition du comité du NRC était un élément clé pour la compréhension du
rapport. La grande majorité étaient des scientifiques behavioristes, qui n'avaient
jamais été exposés à aucun de ces sujets. La seule exception était le
psychologue, Ray Hyman, de l'Université d’Oregon. Hyman était l’un des
directeurs fondateurs du Committee for the Scientific Investigation of Claims of
the Paranormal (CSICOP), qui est maintenant devenu le Committee for Skeptical
Inquiry (CSI). Malgré son titre, le CSICOP était un organisme de discrédit. La
composition biaisée du panel était intentionnelle. Le contractant technique de
l'Institut de recherche de l'armée, George Lawrence, était très négativement
disposé par rapport à tous les sujets à l'ordre du jour. Il s'était déjà
précédemment illustré de la même façon dans le cadre de l'évaluation d'autres
projets.79 Nous avions déjà identifié ce problème avec le comité du NRC avant la
réunion du groupe d'experts. Avec une aide du Congrès, plusieurs d'entre nous
tentèrent de faire inclure Robert Jahn, alors doyen de l'école d'ingénierie de
l'université de Princeton, dans le comité. Mais comme le comité était bien décidé
à biaiser le rapport, notre demande fut rejetée. Au cours de ma première
présentation au comité, je mentionnai le manque de physiciens et soulignai que
des travaux novateurs dans ce domaine étaient réalisés par des physiciens, tels
que Bob Jahn et Hal Puthoff.
78
https://www.nap.edu/catalog/1025/enhancing-human-performanceissues-theories-and-techniques
Lawrence travaillait auparavant pour le DARPA et il avait commandité une étude sur le projet du SRI qui avait
abouti à un rapport négatif.
79
185
Convaincu que les expériences de Cleve pouvaient résister à un examen
approfondi, je proposai au groupe d'experts de visiter son laboratoire, ce qui
tombait à pic, puisqu'ils avaient une réunion prévue à l'Institut Salk à La Jolla, en
Californie, à quelques kilomètres de là. Cleve et moi, nous organisâmes les
modalités de la visite. Lui ferait une brève présentation dans sa salle de classe, et
je le suivrais avec un très court synopsis abordant ma réplication indépendante
de son travail. Ces exposés seraient suivis par une démonstration dans son
laboratoire, localisé à une soixantaine de mètres de la salle de classe, mais
séparé par quatre murs.
Lorsqu'on effectue une démonstration devant les membres de la National
Academy of Science (NAS), il convient de s'assurer que tout fonctionne
correctement, cela va sans dire. Le fait que ‘’le système fonctionnait hier’’ ne leur
suffira pas, il faut qu'il fonctionne en temps réel. Dès lors, j'arrivai au laboratoire
de bonne heure pour faire don de mes leucocytes buccaux et procéder à un test.
Tout l'équipement fonctionnait parfaitement. Le graphique qui traduisait la
réponse de mes cellules était relativement plat, avec des déviations mineures.
Le groupe arriva à 15 heures, pile à l'heure prévue. Deux de ses membres
suivirent Steve White pour donner leurs cellules en vue de la démonstration.
Après les présentations et quelques plaisanteries, le reste du groupe nous
accompagna, Cleve et moi, dans la salle de classe. Comme prévu, Cleve
commença son exposé. Malheureusement, Cleve avait tendance à prendre la
tangente. Dans un tel contexte, si vous lui demandiez l'heure, il pouvait vous
répondre par l'histoire du chronomètre. Ici, alors qu'il débitait beaucoup trop
d'informations, je pouvais voir que les membres du panel commençaient à
s'impatienter et voulaient passer à autre chose.
Finalement, ce fut mon tour de parler. Je voulais simplement dire que j'avais
confirmé les résultats de Cleve par ma réplication indépendante et les emmener
au laboratoire. Plus ou moins une minute et demie après le début de mon exposé,
la porte s'ouvrit brusquement et Steve fit irruption, tout essoufflé, et demanda :
‘’Que s'est-il passé il y a environ 90 secondes ?’’ On n’avait pas débranché
l'appareil avec mes leucocytes buccaux et le graphique était enregistré depuis
186
plus de deux heures. Juste au moment où je commençai à parler, le graphique
s'était comme envolé. Comme il y avait des limites à l'enregistreur, il était
impossible de déterminer la déviation totale qui s'était produite. C'était très
spectaculaire. Les signaux électriques des cellules reflétaient certainement l'état
émotionnel du donneur. Par rapport à cette situation, je puis attester que le fait
de dire aux membres de l'Académie nationale des sciences que l'univers n'est pas
construit de la façon dont ils pensent avait été un événement stimulant sur le
plan émotionnel.
Des photos montrent des extraits des tracés provenant du graphique établi ce
jour-là. Le graphique d'origine est toujours en ma possession. Il n'est pas
nécessaire d'être un expert pour déterminer que les fluctuations mineures des
deux heures précédentes sont significativement différentes de la période pendant
laquelle j'ai parlé devant le groupe. À la fin de mon intervention, la ligne retourna
à la normale et elle resta pratiquement plane jusqu'à ce que je franchisse la porte
du laboratoire et qu’elle remonte en flèche. Le reste disparaîtra après que Ray
Hyman ait arraché les graphiques de l'enregistreur.
Le rapport officiel ne mentionne pas cet incident. Il décrit la visite du laboratoire
Backster et le manque de conviction par rapport à la valeur scientifique de
l'expérience. Nous la poursuivîmes en utilisant les leucocytes buccaux de l'un des
membres de la commission, qui s'était porté volontaire pour en faire don pendant
que le reste du groupe se trouvait dans la salle de classe. Il n'y eut aucun
changement notable dans les graphiques au cours de la démonstration, mais il
faut savoir que le donneur n'avait subi aucun stress émotionnel.
Il y eut toutefois une suite intéressante à la démonstration. Alors que le groupe
était assis et discutait de l'expérience avec Cleve, le volontaire fixait intensément
la cage de Faraday contenant l'éprouvette avec ses leucocytes. Finalement, il
déclara avoir essayé de faire mentalement sursauter l'aiguille et qu'il n'y était pas
parvenu, mais dès qu'il renonça à ses efforts, l'aiguille traça alors une marque
conséquente. Le donneur en conclut lui que c'était bien la preuve que le système
ne fonctionnait pas. Néanmoins, toute personne qui a étudié les phénomènes psi
sait qu'une partie du processus consistant à tenter d'agir sur un dispositif
187
physique requiert de lâcher prise par rapport à l'intention. Les membres de la
commission n'auraient jamais pu savoir que ce qui s'était passé était tout à fait
prévisible et conforme à ce que l’on sait sur le fonctionnement de l'intention et
des facultés psi.
Ce jour-là, un étrange corbeau blanc apparut devant une auguste assemblée de
scientifiques et fut superbement ignoré. Le seul rapport relatif à cet incident est
un article que j'ai rédigé pour New Realities, intitulé ‘’A Challenge to the
Report’’).80
80
On peut trouver une copie de cet article sur mon site web à l'adresse suivante : www.johnbalexander.com
188
CHAPITRE 14 : L’EFFET HUTCHISON
Le film était impressionnant. Certains objets paraissaient léviter, tandis que
d'autres s'élevaient dans les airs en accélérant. La gamme des effets était
spectaculaire, et c’était peut-être trop beau pour y croire, d'autant plus que
certains des objets n'étaient pas métalliques, ce qui excluait une explication
électromagnétique classique des phénomènes que nous observions.
Nous contactâmes les propriétaires du film, Alex Pezarro et George Hathaway,
Canadiens tous les deux, et nous leur demandâmes de nous rejoindre au siège du
Commandement des services de renseignement et de sécurité (INSCOM), à
Arlington Hall Station. Alex était pratiquement l'homme d'affaires qui était en
contact avec le créateur des effets étranges que nous avions pu observer dans ce
film, et George lui était un ingénieur électricien expérimenté, et il avait réussi à
faire des schémas de l'appareil de l'inventeur qui avait produit ces effets.
L'inventeur s'avéra être John Hutchison, un iconoclaste et notre pire cauchemar
en matière de références. Il n'en avait aucune. John n'avait pas terminé ses
études secondaires et il était autodidacte. Il prétendait avoir étudié des photos du
plan de travail de Nikola Tesla, puis il avait essayé de comprendre ce que faisait
Tesla. La façon dont nous pourrions justifier des dépenses pour reproduire les
effets que nous avions vus dans le film allait être pour le moins délicate. Par
ailleurs, en 1983, les budgets de la défense étaient relativement souples et nous
explorions un certain nombre de technologies mystérieuses. Nous passâmes donc
un contrat pour reproduire les expériences antérieures de Hutchison et je fus
chargé du suivi du contrat.
Ce que l'on désigna dans un premier temps comme un système ascensionnel et
de rupture et qui est maintenant connu sous le nom d'effet Hutchison, est
particulièrement difficile à définir. L’un des problèmes est qu'il semble y avoir
plusieurs effets différents et qu'ils sont généralement incontrôlables. Dans son
livre, Mindbending81, George Hathaway déclare : ‘’Il s'agissait là d'un ensemble de
81
George Hathaway, Mindbending: The Hutchison Files: 1981 to 1995, Integrity Research Institute Publishers
https://www.youtube.com/watch?v=-d2yCMS4m0w&t=0s https://www.youtube.com/watch?v=yQhFqiTUcKw
189
phénomènes se situant bien au-delà de notre expérience et de notre
compréhension normales, ses principales manifestations étant les suivantes :
amener ou permettre à des objets de n'importe quel matériau de s'élever dans les
airs en suivant une trajectoire verticale ou en boucle, ou de planer ; perturber
gravement les liaisons intermoléculaires de n'importe quel matériau, ce qui
entraîne une rupture catastrophique ; produire une déformation plastique des
métaux ; créer des effets lumineux inhabituels pareils à des aurores en plein air ;
et induire des changements dans l'état magnétique et dans la composition
chimique des métaux.’’
Il était question de toute une batterie sophistiquée d'appareils électroniques,
dont aucun ne pouvait expliquer les observations documentées. Par ailleurs, nos
tentatives pour reproduire ces phénomènes s’avérèrent infructueuses, mais cela
ne signifie pas qu'ils ne se produisirent pas dans d'autres circonstances.
Les premières expériences d’Hutchison furent menées à bien dans le sous-sol
d'une maison de Vancouver, en Colombie Britannique. Hutchison n'avait
aucunement l’intention de réaliser une grande percée scientifique. En fait, il
aimait simplement les étincelles. Il avait acheté du matériel électronique mis au
rebut, lors de diverses ventes et dans des magasins de bric-à-brac, et
s'intéressait particulièrement aux bobines de Tesla et aux échelles de Jacob, des
dispositifs produisant pas mal d’effets électriques visibles.
L'histoire raconte qu’Hutchison était assis dans l'obscurité, comme souvent la
nuit, et qu'il regardait les étincelles jaillir de l'appareil devant lui, quand quelque
chose fusa et le frappa. Sans trop réfléchir, il ramassa alors l'objet pour le
renvoyer vers le centre du dispositif. À sa grande surprise, il fusa et le frappa à
nouveau. En dehors des champs électriques générés, il n'existait aucune source
connue capable de propulser un objet, comme il l’avait expérimenté. Hathaway
affirme qu’Hutchison a plusieurs versions de la façon dont il a découvert l'effet,
mais c'est celle qu'il m'a racontée.
Toujours curieux, Hutchison poursuivit ses expériences. Il organisa un réseau
impressionnant d'appareils électroniques. En se basant uniquement sur son
190
intuition, il conçut des bobines spéciales qu'il plaça un peu partout dans la pièce.
L'ancien sous-sol contenait de nombreux tuyaux métalliques apparents,
contribuant sans doute aux champs générés. En jouant avec ses différents
dispositifs, Hutchison obtenait des effets étranges.
Alex Pezarro, qui ne connaissait rien du tout à ce domaine scientifique, eut vent
de ses expériences, et il pensa pouvoir en tirer un avantage commercial. Pour
mieux comprendre ce qui se passait, il prit contact avec un ingénieur électricien
chevronné, George Hathaway, qui habitait à Toronto. Hathaway entreprit
judicieusement de prendre des mesures et de documenter la conception des
expériences d’Hutchison. Certains éléments étaient évidents ; d'autres ne
l'étaient pas, comme l'impact de l'environnement immédiat dans lequel ils
opéraient.
Les expériences d’Hutchison eurent également des conséquences inattendues.
En effet, son penchant à générer de très hautes tensions avait tendance à
perturber les téléviseurs des environs. C'était bien avant que les systèmes de
câblodistribution n'amènent le signal directement dans les foyers. En
conséquence, les habitants du quartier en eurent assez et Hutchison fut contraint
de démonter ses appareils et de déménager. Il fallut stocker l'équipement
pendant qu'Alex et George cherchaient des méthodes pour reproduire les
expériences.
Les circonstances exactes qui expliquent qu'Alex et George aient pu capter mon
attention ne sont pas claires. Je crois que leur film avait attiré celle de l’un de
mes amis, Ted Rockwell, qui était un ingénieur extraordinaire. Savant atomiste
ayant participé au projet Manhattan, Ted avait travaillé à la création des premiers
matériaux nucléaires du Laboratoire d'Oak Ridge dans le Tennessee (qui
deviendra le Laboratoire National d'Oak Ridge). Après la Seconde Guerre
mondiale, Ted deviendra le directeur technique de l'amiral Rickover, qui est bien
connu pour avoir créé les navires et les sous-marins à propulsion nucléaire de la
marine américaine. Ted était très ouvert d'esprit et nous avons collaboré sur
plusieurs projets au fil des ans.
191
À l'INSCOM, nous scrutâmes attentivement le film, puis nous interrogeâmes
soigneusement George et Alex. En plus du film, George apporta une mallette
remplie de nombreux échantillons témoignant de l'effet Hutchison. Il y avait des
petites barres d'aluminium, avec une extrémité solide et l'autre qui s’était
effilochée, comme des cheveux abîmés. Il y avait des barres en forme de L,
tordues d'une manière difficilement explicable. Plus intéressant encore, certaines
barres tordues en L contenaient des objets incrustés, comme des bâtonnets en
bois et des vis en acier trempé. Nous nous interrogeâmes : pourquoi certains
métaux se tordaient-ils, alors que d'autres, immédiatement adjacents, ne se
tordaient-ils pas ? Il y avait aussi un tuyau en PVC qui présentait sa structure
d'origine à une extrémité, alors que l'autre était molle et effilochée. D'après des
témoins qui avaient vu ce qui s'était passé, une partie de l'extrémité effilochée du
tuyau en PVC s'était carrément vaporisée.
Dans une séquence, le film montre une lime à queue de rat maintenue entre deux
planches de bois. Exposée au champ produit par l'effet Hutchison, la lime
s'illumina comme le ferait le filament d'une ampoule à incandescence. Pendant
un court instant, la lime brilla intensément, puis se brisa en deux près du milieu,
alors que les planches de bois qui la maintenaient ne présentaient aucun signe
de brûlure, comme on aurait pu s'y attendre. D'après un témoin de cette
expérience, aussitôt après la cassure de la lime, les participants purent la
ramasser à mains nues. Ce seul fait est incompatible avec la quantité de chaleur
qui devrait normalement être générée pour provoquer la désintégration
structurelle de la lime.
Alex me montra un arbre de transmission, qui avait été exposé au champ pour
une expérience. Cet objet fut par la suite remis à British Colombia Hydro pour y
subir une analyse métallurgique. Les résultats furent sidérants. L'une des
extrémités était en acier cémenté, comme on pourrait s'y attendre pour un arbre
de transmission. Mais l'autre extrémité de cette pièce singulière avait la
consistance du plomb (c'est-à-dire qu'elle était relativement tendre).
Par l'intermédiaire de l'INSCOM, je leur ai fourni les fonds nécessaires (environ
25 000 $) pour qu'ils puissent tenter de reconstruire le dispositif. Au chômage à
192
l'époque, Hutchison travailla à moindre coût, ce qui était rentable pour moi.
Naturellement, ils ne pouvaient pas garantir que la reconfiguration fonctionnerait,
car il y avait trop d'inconnues. En quête d'un lieu d'expérimentation, Alex put
disposer d'un entrepôt vacant à Vancouver. Le bâtiment resta quasiment vide, à
l'exception d'une pièce cloisonnée au centre du bâtiment. Ils utilisèrent la moitié
de cette pièce, l'autre moitié revenant à quelqu'un d'autre. La pièce en question
avait un toit plat en bois sur lequel on pouvait marcher. Plus tard, cela nous
permit de schématiser la zone où se produisirent les effets.
L'équipe d'Alex remonta le dispositif du mieux qu'elle put, en se basant sur les
souvenirs d’Hutchison et les schémas de George. Je visitai le projet à plusieurs
reprises pendant la reconstruction. À l'INSCOM, on était très intéressé par les
effets qui avaient été produits avec différents matériaux. En collaboration avec un
contact du laboratoire de vision nocturne de Ft. Belvoir, en Virginie, on envisagea
comment tester les matériaux, et plusieurs types de métaux furent sélectionnés
pour servir d'échantillons à tester. On les découpa ensuite en deux parties, l'une
étant conservée dans un coffre-fort à Fort Belvoir, en Virginie, et je livrai l'autre
en main propre à Hutchison et à Pezarro, à Vancouver. Ce processus garantissait
que si des changements étaient observés dans les échantillons testés, nous
disposions d'une base de référence solide avec laquelle les comparer.
En plus de cela, j'avais quelques tiges de molybdène que Jack Houck m'avait
données. On les utilisait comme des éléments du test au cours de ses séances de
torsion de métaux. Extrêmement résistantes, aucune de ces tiges n'avait jamais
été pliée au cours de l'une de nos séances de torsion mentale psychokinétique. Je
pensais qu'elles constitueraient un excellent test pour cette expérience.
Une fois qu'Alex et John Hutchison signalèrent avoir obtenu des résultats positifs,
nous fixâmes une date pour que l'équipe des examinateurs s'envole pour
Vancouver pour procéder à l'évaluation. J'arrivai un jour avant les autres
scientifiques. Alex m'accueillit à l'aéroport et il était très enthousiaste. Il affirma
que plus tôt dans la journée, ils avaient vu des objets léviter dans le champ créé
par leur dispositif. Pour s'assurer de pouvoir reproduire les effets, ils avaient
coupé le courant et ils n'avaient touché à aucun des cadrans des différents
193
appareils. Ils pensaient qu'il suffirait de remettre le courant pour que les effets se
reproduisent.
Le protocole prévoyait que je constituerais une équipe de scientifiques pour
évaluer les résultats. Je fis appel à trois autres membres du personnel de
l'INSCOM. Par ailleurs, nous pûmes compter sur les services de deux
scientifiques chevronnés du Laboratoire National de Los Alamos. Si je
connaissais l'un d'entre eux, John Rink, l'autre, Bob Freyman, m'était inconnu.
Cela s'avéra être une énorme erreur. Il arriva avec l'idée que ce que nous avions
rapporté ne pouvait pas être réel, et il était déterminé à le prouver. Freyman
travaillait à Los Alamos depuis l'époque du projet Manhattan, pendant la Seconde
Guerre mondiale, et son CV était très convaincant. Ce ne fut pas avant le dîner du
premier soir que je reconnus qui il était, d'après des histoires que j'avais
entendues à propos d'un scientifique qui avait l'habitude de discréditer toute
expérience touchant à l'énergie libre ou à l'énergie alternative. Et voilà qu'il se
retrouvait soudainement dans mon équipe, ce qui n'était pas bon signe.
Vous avez sans doute entendu les admonitions liées aux présomptions. Elles sont
vraies. Ce qui arriva ensuite fut un véritable désastre. Un facteur essentiel de
l'expérience était la quantité d'énergie utilisée pour produire l'effet. Pour contrôler
l'apport en énergie, tout était relié à deux rallonges électriques branchées sur des
prises murales de 115 volts, exactement comme celles que vous utilisez chez
vous. Cela signifie qu'il n'y avait pas de source d'énergie cachée qui alimentait
l'appareil en haute énergie. Une rallonge était branchée sur un transformateur qui
contrôlait l'alimentation de tous les instruments. Presque aussitôt après la mise
sous tension, de la fumée sortit du transformateur, qui brûla littéralement sur
place. Cette expérience ayant été réalisée à très bas coût, il n'y avait pas de
système de secours. Hathaway releva que ce type de problème avait affecté la
totalité de l'installation d’Hutchison, avec des pièces d'équipement qui
s'enflammaient spontanément, qui grillaient (en provoquant la rupture d'un fil) ou
qui court-circuitaient (en provoquant la fusion de deux fils adjacents).
Tandis que Pezarro ratissait Vancouver à la recherche d'un autre transformateur
à haute tension, l'équipe d'évaluation prit un jour de congé et profita des sites
194
touristiques, y compris une excursion au sommet de la montagne qui surplombe
la ville. Le lendemain, après qu’Hathaway soit parvenu à réparer le
transformateur d'origine, nous pûmes reprendre la démonstration, mais
malheureusement, rien ne se produisit sous les yeux des scientifiques, ce qui
renforça sans doute la conviction du sceptique de service.
L'histoire de l'expérience aurait pu s'arrêter là, la réponse simple étant : nous
sommes venus, nous avons vu, et il ne s'est rien passé. Mais l'histoire ne s'arrêta
pas là. Le sceptique confirmé du LANL repartit et rédigea un rapport très critique
via lequel il accusait un autre scientifique américain controversé de s'être rendu
au Canada et d'avoir organisé l'événement. Je connaissais cette personne et elle
n'avait absolument rien à voir avec ce que nous faisions. Je m’interrogeai sur le
fait que des problèmes complètement étrangers avaient été soulevés. Pire, ils
décidèrent de classer le rapport ‘’confidentiel’’. Cette classification officielle,
même injustifiée, empêchait nos collègues canadiens d'en obtenir des copies. En
fait, Hutchison, qui se trouve maintenant aux États-Unis, introduisit plusieurs
requêtes en vertu de la loi sur la liberté de l'information (Freedom of Information
Act), mais sans jamais recevoir le rapport. Je soupçonne qu'il fut simplement
détruit de manière routinière, ce qui n'a pas empêché les théoriciens du complot
de suggérer que cela avait été fait pour enterrer la technologie.
Il existe des anecdotes divergentes relatives à l'origine de ces effets. Sur base de
mon expérience de torsion des métaux et d'autres expériences de psychokinèse,
je me demandai si ce qu’Hutchison avait inventé ne pourrait pas être une sorte
d'appareil d'amplification psi. J'envisageai sérieusement la possibilité, tout en
cherchant une explication. Ainsi, je demandai à Hutchison s'il faisait partie du
dispositif. Il me répondit qu'il le pensait, puisqu’il pouvait pressentir quand des
phénomènes allaient se produire. Il prétendit ressentir de l'excitation avant ces
événements. George et Alex, en revanche, n'étaient pas d'accord. Ils déclarèrent
qu'Hutchison s'excitait après que ces incidents uniques se soient produits. La
question n'a jamais été résolue, mais cela expliquerait leur incohérence et leur
imprévisibilité.
195
Pourquoi les phénomènes se produirent-ils parfois, mais pas quand les
scientifiques les observaient ? Il fallait faire confiance aux résultats. Alex m'avait
montré plusieurs nouveaux objets qui semblaient avoir été brisés ou déformés. Le
plus marquant était une tige de molybdène que je lui avais donnée. Il me montra
une tige qui présentait désormais une courbe en S peu prononcée
caractéristique. Compte tenu de notre expérience antérieure avec ces tiges, nous
n'avions pas d'explication plausible. Le grand sceptique, par excellence, du LANL,
Freyman, décréta que l'objet avait été chauffé à haute température et plié dans
un étau. Cependant, l'examen de la tige ne démontra aucun signe d'exposition à
la chaleur. Plus important encore, l'examen microscopique des deux extrémités
indiqua qu'elles n'avaient pas été saisies par des moyens mécaniques. Une telle
contrainte physique aurait été détectée au cours de notre examen, ce qui ne fut
pas le cas.
Compte tenu du fait que les expérimentateurs n'avaient pas satisfait aux normes
prédéterminées, la participation de l'INSCOM prit fin. De manière indépendante,
j'interrogeai chacun des membres de l'équipe d'évaluation. Moi-même et quatre
autres personnes avons déclaré que nous pensions que des événements réels et
inexplicables s'étaient produits, mais le grade du scientifique le plus haut placé
du LANL entraîna la fin du projet. Ce qui me sidéra le plus dans le rapport du
LANL concernant le projet Hutchison, c'était à quel point il était scabreux. Un
compte rendu exact aurait signalé qu'il ne s'était rien passé. A la place, le rapport
dénonçait une fraude avérée, associait des personnes qui n'étaient pas
impliquées et liait injustement le projet à d'autres travaux similaires. Ce que je
pensais du rapport du LANL, c'est qu'il était beaucoup trop véhément, et ce sans
aucune raison apparente.
D'autres groupes réalisèrent leurs propres expériences sur l'effet Hutchison,
notamment McDonnell Douglas, par l'intermédiaire de Jack Houck, et il aboutit à
des résultats similaires aux nôtres, c'est-à-dire que des événements inhabituels
se produisirent, mais jamais lorsqu’ils pouvaient être observés par des témoins
indépendants, ni lorsqu’ils étaient contrôlés par des instruments. Aujourd'hui
encore, Hutchison poursuit ses expériences avec diverses technologies et il a
participé à de nombreuses émissions de télévision. Alex Pezarro est mort d'une
196
crise cardiaque, mais George Hathaway conserve une impressionnante collection
d'objets qui défient les explications de la science conventionnelle. Pour ceux qui
s'intéressent à l'histoire de l'effet Hutchison, je recommande le livre d’Hathaway,
Mindbending, qui raconte les essais et les tribulations liées à ce travail. Il y a
quelques différences mineures dans nos souvenirs de mon implication, mais il
présente l'histoire de John Hutchison et de ses expériences de manière beaucoup
plus indépendante que quiconque.
197
3ÈME PARTIE :
EXPÉRIENCES SPIRITUELLES
198
CHAPITRE 15 : CONCERNANT LA MORT
La mort est-elle la dernière frontière ? La peur de la mort est innée, viscérale. Elle
joue un rôle crucial dans la vie de nombreuses personnes, mais il n'est pas
nécessaire qu'il en soit ainsi. Depuis des millénaires, on raconte que des
personnes ont frôlé la mort, mais qu'elles sont revenues et qu'elles ont relayé des
informations qui suggèrent que la conscience peut se poursuivre au-delà de la
disparition du corps physique. Les implications pour l'ensemble de l'humanité
sont à la fois énormes et le plus souvent ignorées.
Bien que j'avais déjà entendu plusieurs histoires de ce genre, ce ne fut pas avant
d'avoir rencontré le Dr Elisabeth Kübler-Ross82 que je pris conscience de
l'omniprésence de ces phénomènes. Elisabeth et un autre médecin, Raymond
Moody, furent des pionniers dans le domaine des études sur la mort imminente.
Les expériences de mort imminente ou EMI sont maintenant vulgarisées, mais
dans les années 70, elles n'étaient pas encore universellement reconnues. À
l'époque, beaucoup de gens qui avaient vécu une EMI pensaient que la publicité
était le dernier de leurs souhaits. Ils craignaient, non sans raison, d'être
ridiculisés ou de passer pour fous. Certains croyaient même l’être, parce que les
événements qu'ils avaient vécus n’étaient pas compatibles avec le modèle
scientifique ou religieux.
En finalisant ma thèse, je fus confronté à plusieurs cas extraordinaires de NDE,
qui ne pouvaient pas facilement être expliqués. Après avoir obtenu mon doctorat,
je parcourus Sur la frontière de la vie 83 et En route vers Omega 84, tous les deux
écrits par Kenneth Ring, professeur de psychologie à l'Université du Connecticut.
Tandis que le livre de Raymond Moody, La vie après la vie,85 était devenu un bestseller, les livres de Ring contenaient davantage de recherches scientifiques sur le
sujet. J'appris par la suite qu'il avait créé avec des personnes partageant ses
82
Elisabeth Kübler-Ross, On Death and Dying: What the Dying Have to Teach Doctors, Nurses, Clergy and Their
Own Families, The Macmillan Company, 1969
83
Kenneth Ring, Life at Death: A Scientific Investigation of the NearDeath Experience, Wm. Morrow &
Company, 1980
84
Kenneth Ring, Heading Toward Omega: In Search of the Meaning of the Near-Death Experience, Wm.
Morrow & Company, 1984
85
Raymond Moody, Life After Life, Bantam Doubleday Dell, 1975
199
idées, une nouvelle organisation, l'International Association for Near-Death
Studies (IANDS).86 Très vite, je fis partie du conseil d'administration de l'IANDS et
m'impliquai de plus en plus dans les études sur la mort imminente.
Personnellement, deux types particuliers de NDE m'intéressaient, tous deux
fournissant des données concrètes. Le premier concernait des cas où des
informations véridiques étaient transmises à l'expérienceur. Ces informations
portaient souvent sur des événements qui surviendraient dans le futur. L'autre
type de NDE comportait des cas de guérison spontanée. Ces deux types de cas
posent des défis majeurs à la science traditionnelle.
Comme nous l'avons mentionné, les récits de NDE existent depuis longtemps.
L'une des premières NDE que l’on a pu décrire apparaît dans La République de
Platon, quand un soldat, Er, se réveilla sur son bûcher funéraire. Platon rapporta
le récit d’un guerrier vaillant, Er, fils d'Arménios, originaire de Pamphylie. Il était
mort au cours d’une bataille. Dix jours après, comme on enlevait les cadavres
déjà putréfiés, le sien fut retrouvé intact. On le porta chez lui pour l'ensevelir,
mais le douzième jour, alors même qu'il était étendu sur le bûcher, il revint à la
vie. Lorsqu’il eut repris ses sens, il raconta ce qu'il avait vu dans l’au-delà.
Aussitôt, dit-il, que son âme était sortie de son corps, elle avait cheminé avec
beaucoup d'autres, et elles étaient arrivées dans une région mystérieuse, où il y
avait dans la terre deux ouvertures situées côte à côte, et dans le ciel, en haut,
deux autres qui leur faisaient face. Au centre siégeaient des juges qui, après avoir
rendu leur verdict, ordonnaient aux justes de prendre à droite la route qui montait
au ciel, après leur avoir attaché par devant un écriteau indiquant l’issue du
jugement, et aux impies de prendre à gauche la route descendante, en portant
également, mais sur le dos, un écriteau où était repris tout ce qui leur échoirait.
Comme il s'approchait à son tour, les juges lui dirent qu'il devrait être pour les
hommes le messager de l'au-delà, et ils le chargèrent d'écouter et d'observer tout
ce qui se passait en ce lieu.
86
Le site web de l'IANDS, https://iands.org/home.html contient une grande quantité d'informations sur le
sujet des NDE.
200
De nombreux lecteurs auront déjà lu une partie de la littérature de plus en plus
abondante sur les NDE. Comme ce livre est autobiographique, il est opportun de
présenter des cas que j'ai pu rencontrer et qui n'ont pas encore été abordés.
DON
On ne s'étonnera pas que des cas de NDE liés au combat m'aient été signalés,
lorsque j'étais à l'armée. L'un d'entre eux est très marquant dans mon esprit,
parce qu’il comportait des éléments uniques. Don, un pseudonyme, était pilote
d'hélicoptère Apache au Viêt Nam. Fin, effilé, l'Apache est un appareil biplace
dans lequel les deux pilotes s'assoient en tandem. Don était assis à l'avant, cet
après-midi-là, alors qu'ils survolaient des kilomètres de forêt luxuriante.
Normalement, les hélicoptères de combat étaient déployés en binôme, mais cette
fois-là, Don et son copilote volaient seuls au-dessus d'un territoire très disputé.
Tout à coup, ils furent pris sous le feu nourri d'une mitrailleuse lourde ennemie de
calibre 51. L'Apache fut touché à plusieurs reprises et les commandes situées
entre le siège avant et le siège arrière furent endommagées. En dépit du blindage
qui protégeait le bas de son corps, l'impact des balles fut suffisant pour lui briser
la jambe gauche au-dessus du genou. L'hélicoptère prit immédiatement feu, ce
qui occasionna de graves brûlures au visage de Don.
D'après le pilote qui était assis derrière lui, Don s'affaissa sur les commandes,
lorsqu’ils furent touchés, et il ne bougea plus. Mais le point de vue de Don était
tout autre. Il se rappelle être sorti de son corps et avoir plané juste au-dessus
pendant un moment. Et il repéra une petite clairière dans la jungle densément
boisée, mais qui n'était malheureusement pas assez grande pour permettre
l'atterrissage de l'Apache en flammes. Bien qu’il était sorti de son corps, Don
pense avoir fait atterrir leur appareil en catastrophe, car les commandes du siège
arrière étaient détruites. Comme il n'y avait pas assez de place pour poser
l'Apache, Don se rappelle avoir relevé le nez de l'appareil pour qu'il touche
d’abord le sol avec la queue. Quoique cette manœuvre détruisit l'hélicoptère, elle
permit d'atténuer l'impact du crash.
201
Avec les pales qui tournaient encore, l'Apache se fracassa sur les arbres alentour.
C'est un élément important de l'histoire, car cela signifie que jusqu'à ce que les
turbulences cessent, l'orientation finale de l'appareil n'aurait pas pu être connue.
Don raconta par la suite qu'il s’était éloigné de son corps jusqu'à une position
suffisamment élevée pour pouvoir voir l'épave et le territoire alentour. Depuis
cette position avantageuse, il repéra une base d'appui-feu amie, située à plus ou
moins un kilomètre et demi de là, et il nota que le nez de l'Apache était pointé
dans la direction de la base. Cette information n'aurait pas pu être obtenue
pendant qu'ils volaient. Ce n'est qu'après l'immobilisation de l'hélicoptère qu'il fut
possible de connaître la direction entre l'Apache et la base.
Don indique qu'il rencontra alors une silhouette encapuchonnée avec une lumière
brillante derrière lui. Il croit qu'il s'agissait d'un personnage masculin qui lui
demanda : ‘’Que faites-vous ici ?’’ Don répondit qu'il désirait ‘’obtenir de l'aide
pour eux’’. Il est intéressant de noter qu'il n'identifia pas le corps qui se trouvait
dans la carlingue en feu comme étant le sien. La silhouette aurait dit alors :
‘’Vous ne savez pas ?’’
‘’Savoir quoi ?’’, répondit Don. Le personnage encapuchonné lui dit : ‘’Vous n'êtes
pas encore mort.’’ Sur ce, Don se retrouva instantanément dans son corps
physique. Il se redressa et s'assit. Le pilote qui fuyait l'hélicoptère en flammes
détecta le mouvement, revint sur ses pas et dégagea Don de la carcasse de
l'appareil. Il indiqua qu'il pensait que Don était mort, puisqu’il n'avait plus bougé
depuis qu'ils avaient été mitraillés et que Don s'était effondré.
Don essaya bien de courir, mais sa jambe cassée l'en empêcha. Il se dissimula
alors derrière les fourmilières géantes qui occupaient le terrain. Son compagnon
lui signala qu'il y avait une base d'appui-feu amie tout près et qu'il allait chercher
de l'aide. Don lui signala que la base se trouvait dans la direction du nez de
l'Apache abattu, mais le copilote insista sur le fait que la base était dans une
autre direction, à peu près à angle droit par rapport à l'emplacement réel de la
base. Avec son visage brûlé et sa jambe cassée, Don souffrait et il n'était plus
guère en état de débattre de la question. Malheureusement, le copilote choisit de
se diriger dans la mauvaise direction et la jungle inexplorée.
202
Peu après le départ de son copilote, les Viêt-congs arrivèrent sur les lieux du
crash et ils balayèrent la zone à la recherche d'Américains à faire prisonniers.
Faire des prisonniers était pour eux une priorité absolue. Hô Chi Minh savait que
la guerre se terminerait par des négociations et connaissant notre système de
valeurs, il avait compris que les prisonniers américains feraient d'excellentes
monnaies d'échange. Mais les soldats ennemis ne trouvèrent pas Don, qui avait
réussi à se camoufler. Peu de temps après, une patrouille amie se rendit sur les
lieux du crash et Don fut sauvé.
C'est à ce moment-là que l'histoire de la NDE de Don devient unique. Un
hélicoptère d'évacuation fut envoyé sur les lieux. Dans l'impossibilité d'atterrir, on
fit descendre un brancard, puis on hissa Don dans l'appareil en vol stationnaire.
Alors qu'on le remontait, Don avait le même point de vue avantageux que lorsqu'il
était sorti de son corps, peu de temps auparavant. En regardant vers le bas, il put
voir que la base d'appui-feu était effectivement alignée sur le nez de l'Apache
endommagé. Ce qui signifiait que l'autre pilote était parti dans la mauvaise
direction. Avant de s'évanouir, Don put dire à l'équipage où son camarade était
parti. Grâce à cette observation et à cette information, l'autre pilote put être
secouru, peu de temps après.
De nombreuses personnes qui ont vécu une expérience de mort imminente (EMI)
déclarent avoir eu l'impression de sortir de leur corps physique. Ce qui rend ce
cas unique, c'est que c'est le seul que je connaisse où la personne reproduisit
physiquement la scène immédiatement après la NDE. Il existe quelques cas où
l’on put obtenir des données confirmant l'observation externe rapportée dans la
NDE, mais je n'ai jamais entendu parler d'une situation où la NDE fut reproduite
physiquement.
Par la suite, Don et moi nous collaborâmes durant un certain temps. Un jour,
nous nous rendîmes à une réunion au Walter Reed Army Medical Center, situé à
Bethesda, dans le Maryland. La discussion porta sur ces événements inhabituels.
Parmi les officiers présents se trouvait un psychologue qui servait de conseiller
médical pour le programme de vision à distance de l'armée. Sceptique et
n'acceptant pas l'idée que l'on puisse être hors du corps, il tenta de convaincre
203
Don que ce qu'il avait vécu n'était qu'un état dissociatif, un état impliquant des
troubles de mémoire, de la conscience, de l'identité ou de la perception. Suivant
la définition médicale, les personnes atteintes de troubles dissociatifs utilisent la
dissociation, un mécanisme de défense, de manière pathologique et involontaire.
On pense que les troubles dissociatifs sont principalement causés par des
traumatismes psychologiques. Don se contenta de le regarder et lui dit : ‘’Vous
pouvez bien croire tout ce que vous voulez, j'étais mort !''
Mentionnons que Don bénéficia de l'une des meilleures chirurgies
reconstructives disponibles dans le monde. S'il y a un côté positif au combat,
c'est celui des progrès médicaux réalisés. L'armée américaine est à l'avant-garde
du traitement des brûlures, et l'Institut de recherche chirurgicale de l'armée du
Brook Army Medical Center, au Texas, se distingue par son excellence. Outre les
victimes militaires, l'institut apporte aussi son soutien dans les situations de
catastrophes qui affectent la population civile.
TOM
Le sergent-major des forces spéciales, Tom Holloway (un pseudonyme) illustre
un autre cas intéressant de NDE. Grièvement blessé par l'explosion d'une mine
au Viêt Nam, Holloway fut stabilisé, puis évacué vers les États-Unis pour y être
soigné. Naturellement, il consulta ses médecins pour déterminer les meilleures
options de traitement, et il fut décidé qu'il subirait une intervention chirurgicale
pour tenter de rétablir la fonction de sa jambe gravement endommagée.
Le jour de l'opération prévue, on anesthésia Holloway et on le conduisit dans la
salle d'opération, et c'est là que les choses prirent une tournure étrange.
Soudainement et sans crier gare, il se retrouva hors de son corps. Observant la
scène depuis le plafond, il vit les médecins et les infirmières qui s'apprêtaient à
opérer sa jambe, puis, curieusement, les médecins quittèrent précipitamment la
salle d'opération et se retirèrent dans une autre pièce sans connexion directe
avec la salle d'opération. Il s'ensuivit alors une discussion entre les chirurgiens
pour savoir s'ils devraient ou non amputer la jambe, plutôt que d'essayer de la
204
sauver. À l'insu des médecins, dans cet état extracorporel, Holloway les avait
suivis dans cette pièce isolée et il avait entendu toute la conversation. Il raconta
s'être mis dans tous ses états, puisqu'il n'avait jamais été question d'une
éventuelle amputation. Holloway n'aurait jamais consenti à une amputation, à
moins qu'il n'y ait pas d'autre solution viable.
La décision fut prise de procéder à l'opération qui devait sauver sa jambe. Cela
étant, après avoir repris conscience, Holloway interpella le chirurgien à propos de
la conversation qu'il avait entendue dans la seconde pièce. Les médecins nièrent
d'abord l'incident en soulignant qu'il aurait été impossible pour Holloway, qui était
sous anesthésie dans l'autre pièce, d'entendre la conversation. En réponse, il
donna assez de détails sur l'incident pour que le médecin soit bien obligé
d'admettre qu'il s'était produit. Dire que le chirurgien était perplexe était un
euphémisme. Il était impossible qu’Holloway ait entendu la discussion, mais c'est
pourtant ce qui est arrivé.
GEORGE
Baptisée la Claymore chinoise, la mine directionnelle Dh10 des communistes
chinois à détonation commandée peut s'avérer une arme redoutable. Au Viêt
Nam, elles étaient utilisées dans les zones où les Viêt-congs ou l'ANV pensaient
que les hélicoptères pourraient tenter d'atterrir. Le capitaine George Weinstein
(un pseudonyme) était un pilote de combat expérimenté, qui pilotait des
hélicoptères CH-47 Chinook. Affecté à la 1ère Division de Cavalerie, le Chinook
bimoteur était une véritable bête de somme pour le transport de troupes et
l'acheminement de matériel lourd vers des sites d'atterrissage dangereux. Sur les
750 CH-47 utilisés au Viêt Nam, 200 furent abattus ou s'écrasèrent, dont celui du
capitaine Weinstein.
Les opérations menées sur les hauts plateaux montagneux du Viêt Nam étaient
particulièrement dangereuses. Pour soutenir les troupes au sol, ces gros
hélicoptères restaient souvent en vol stationnaire à quelques mètres au-dessus
du terrain pendant que les troupes sautaient ou que le ravitaillement était livré.
205
Le jour fatidique, le capitaine Weinstein participait à une opération de
réapprovisionnement d'un petit camp situé au sommet d'une montagne. Comme il
n'y avait pas de place pour atterrir, il se mit en vol stationnaire, la rampe à
l'extrémité arrière de l'hélicoptère faisant face au camp. Tout à coup, une terrible
explosion se produisit juste en dessous du Chinook et l'appareil s'écrasa. Du fait
de la différence d'altitude relative entre l'arrière et l'avant de l'hélicoptère, où les
pilotes étaient assis, la chute fut plus longue avant l'impact. Le moteur avant, qui
était directement au-dessus des pilotes, finit sa course en écrasant les deux
membres d'équipage.
Weinstein survécut miraculeusement et fut par la suite retiré inconscient de
l'épave déchiquetée. A son réveil à l'hôpital d'évacuation médicale, il avait encore
une anecdote à raconter, mais les informations qu'il avait reçues au cours de sa
NDE le rendaient perplexe. George raconta qu'on lui avait laissé le choix de rester
de l'autre côté, ou de retourner dans son corps gravement blessé et de continuer
sa vie. Mais cette offre ne se limitait pas à cela. On l'informa que s'il revenait à la
vie, il deviendrait un parent célibataire et qu'on aurait besoin de lui pour élever
ses garçons, lorsqu'ils atteindraient l'âge de l'adolescence. À l'époque, cette
information n'avait aucun sens. Il était alors heureux en ménage depuis quelques
années, et c'est donc tout naturellement qu'il choisit de rentrer chez lui. Mais
trois ans plus tard, et sans crier gare, sa femme demanda le divorce et le laissa
seul pour élever ses enfants. La prophétie de sa NDE se révéla exacte, bien que
George n'ait eu aucun moyen de connaître ces événements futurs au moment du
crash.
MARILYN
Le cas suivant est un exemple de guérison spontanée liée à une NDE. Marilyn
Hoffa (un pseudonyme) était un cas désespéré sur le plan médical. Quoiqu’elle
n'avait qu'une trentaine d'années, elle souffrait déjà de multiples maladies et
afflictions. Dès lors, lorsqu'elle mourut dans un hôpital de New York, les
infirmières et les médecins concernés ne furent pas surpris. Comme cela se fait
de manière routinière lorsque des patients meurent dans la plupart des hôpitaux,
206
ils déposèrent son corps sur un brancard et l'envoyèrent à la morgue en attendant
l'autopsie et le sort qui lui serait réservé.
A la différence de nombreux cas de NDE, Marilyn ne déclara pas s'être retrouvée
hors de son corps dans une position autoscopique, dans un tunnel, ou baignant
dans la lumière. En fait, elle se réveilla tout simplement. Ayant repris
spontanément connaissance, elle se retrouva seule dans la morgue réfrigérée. Sa
réaction fut tout à fait unique, et probablement pas celle à laquelle on s'attendrait
dans ces conditions. Elle descendit simplement du brancard et elle entreprit
d’effectuer quelques pas de danse classique, comme elle le faisait quand elle
était jeune fille. Ce qui rend ce cas si particulier, c'est qu'avant sa mort, elle était
paraplégique. Depuis plusieurs années, elle était paralysée en dessous de la
ceinture. Pourtant, sans aucune intervention médicale, Marilyn retrouva presque
instantanément l'usage de ses jambes. Lorsque je la rencontrai, Marilyn était
complètement mobile et en assez bonne santé.
AUTRES CAS INCROYABLES
Si le cas de Marilyn peut laisser libre cours à l'imagination, d'autres cas du même
acabit ont été rapportés avec des résultats encore plus étonnants. Prenons le cas
de Mary Neal, une chirurgienne orthopédique, victime d'un accident de kayak
dans le nord du Chili. Son histoire est relatée dans son livre, To Heaven and
Back.87 Les nombreux miracles qui accompagnèrent sa survie défient toute
explication scientifique. Elle resta coincée dans son kayak, la tête en bas, sous
l'eau, pendant au moins 15 minutes, et sans doute pendant plus d'une demiheure. Il est impossible qu'elle ait pu retenir sa respiration pendant aussi
longtemps. De par la manière dont le kayak était coincé sous les rochers, le
courant impétueux força ses genoux à se plier vers l'arrière. Elle était consciente
que ses ligaments se déchiraient et que ses jambes se brisaient. Bien que
physiquement destructeur, cela lui permit tout de même de s'extraire de l'eau. Un
87
Mary C. Neal, To Heaven and Back: A Doctor’s Extraordinary Account of Her Death, Heaven, Angels, and Life
Again: A True Story, Random House LLC, May 2012
207
autre miracle fut l'arrivée d'une assistance dans cette région isolée où il n'y en
avait aucune.
Ce qu'il advint pendant qu'elle était immobilisée est aussi révélateur. Elle décrit
une interaction avec un être spirituel. Comme George, Neal reçut des
informations sur un événement futur. Dans son cas, il s'agissait du genre de
nouvelles qu'aucune mère ne voudrait jamais entendre. On l'avertit que son fils
mourrait, lorsqu'il atteindrait l'âge de 18 ans. Elle dit qu'elle ne parla à personne
de cette information bouleversante pendant sa longue convalescence. Puis, alors
que son fils approchait de sa dix-huitième année, elle en parla à son mari, et,
conformément à la prédiction, son fils fut heurté et tué par une voiture, alors qu'il
faisait du skateboard.
Il y a pas mal d'autres cas crédibles de NDE, qui remettent en question la notion
scientifique ou médicale fondamentale de ce qui constitue la mort. Il est
communément admis que la plupart des rapports de NDE ne sont que des
anecdotes personnelles de la perception du patient au cours d’un moment de
stress ou de traumatisme grave. Beaucoup proviennent de scènes d'accidents,
d'autres de maladies, alors qu'il n'y a pas de moyens indépendants de
vérification. Cela ne nie pas leur réalité, ni leur portée, en particulier pour la
personne concernée. (Par ailleurs, il y a d'autres circonstances qui ressemblent à
la NDE, mais où la personne n'est pas proche de la mort. En ma qualité de
président de l'IANDS, j'ai répondu à des lettres dans lesquelles l'auteur déclarait
avoir vécu une expérience extracorporelle, avoir éventuellement reçu des
informations concernant des événements futurs, alors qu'il était en bonne santé
lors de l'incident. Bien qu'ils ne soient pas catalogués comme des NDE, de tels
cas représentent également un défi pour la science).
Des études ont été menées sur l’impact des NDE. L'intensité du souvenir est une
caractéristique qui ressort des rapports de NDE. En général, il s'agit d'un
événement émotionnel marquant, dont le souvenir ne s'estompe pas. Un exemple
typique pour les lecteurs plus âgés pourrait être ce qu'ils faisaient, au moment
d’apprendre que le président John F. Kennedy avait été abattu, ou peut-être les
événements liés à l'attentat du 11 septembre. Contrairement aux souvenirs
208
ordinaires qui s'estompent en général avec le temps, ceux-ci perdurent et les
détails qui s'estompent en temps normal restent nets. Pour la plupart des
personnes qui ont vécu cela, voilà à quoi ressemble une NDE.
Au fil des décennies, j'ai eu le privilège de rencontrer de nombreuses personnes,
qui ont partagé leurs expériences de mort imminente et de nombreux chercheurs
dans ce domaine, et je considère beaucoup d'entre eux comme des amis
personnels. Bien que nous soyons loin d'avoir toutes les réponses, ces cas
extrêmes témoignent de la complexité du sujet.
L'un d'eux concerne Anita Moorjani, qui vécut une NDE assortie d'une guérison
certainement miraculeuse, comme nous l'avons mentionné auparavant. En février
2006, Anita Moorjani était en phase terminale d'un cancer, un lymphome
d’Hodgkin, et on lui avait donné moins de 36 heures à vivre. Plusieurs de ses
organes internes avaient cessé de fonctionner et elle était en train de s'éteindre.
Alors qu'elle était physiquement inconsciente et dans un état extracorporel,
comme Tom, elle observa et capta une conversation entre les médecins et son
mari, à une certaine distance. Comme George, on lui laissa le choix de revenir à la
vie ou de rester. De toute évidence, elle choisit de revenir pour subvenir aux
besoins de sa famille et témoigner auprès de millions de personnes. La guérison
physique, qui aurait dû prendre des mois s'opéra en quelques jours. On peut
retrouver l'histoire complète d'Anita Moorjani dans son livre, Revenue guérie de
l’au-delà 88, sur son site web (anitamoorjani.com), et dans plusieurs interviews
télévisées disponibles sur Internet.
Le cas du neurochirurgien, Eben Alexander, est lui aussi extraordinaire. En
novembre 2008, Eben contracta brusquement une forme très rare de méningite
spontanée à E. coli, une maladie dont le taux de mortalité est de 90 %, et en
l'espace de quatre heures, il sombra dans le coma, puis il resta hospitalisé dans
le coma durant sept jours. Son cas extraordinaire présente plusieurs aspects
uniques. En sa qualité de neurochirurgien ayant près de 30 ans d'expérience et
ayant notamment enseigné à la Harvard Medical School, il se rendit compte que
l'état de son cerveau au cours de cette période était tel qu'il ne pouvait y avoir
88
Anita Moorjani, Dying to Be Me: My Journey from Cancer, to Near Death, to True Healing, Hay House, 2014
209
aucun traitement cognitif de l'information. Pourtant, Eben déclara avoir été en
contact avec des esprits désincarnés et avoir eu accès à une compréhension
globale de ce qui sous-tend notre réalité, d’une nature infinie. On retrouvera son
histoire dans ses livres, La preuve du Paradis89 et La carte du Paradis.90
Ce qui rend la NDE d'Eben si remarquable, c'est qu'il est l'une des rares
personnes à avoir une connaissance approfondie du fonctionnement du cerveau
et à avoir vécu une expérience qui défie ce qu'il savait être possible. Comme on
pouvait s'y attendre, ses livres furent l'objet de critiques cinglantes de la part de
personnalités aussi éminentes que le professeur de neurologie, Oliver Sachs, leur
argument de base étant que ce n'est pas possible et qu'il est donc dans l'erreur.
Ces sceptiques refusent tout simplement d'examiner les données et ils ne
tiennent pas compte non plus du fait qu'Eben, comme beaucoup d'autres
personnes ayant vécu une NDE, a aussi reçu des informations qu'il ne connaissait
pas auparavant et qui se sont avérées exactes, par la suite. Eben est un enfant
adopté, et même si nous portons le même nom de famille, il n'y a pas de lien de
parenté entre nous, si ce n'est une amitié personnelle.
PAM
Un argument qui s'oppose à l'hypothèse de la NDE est que, dans aucun des cas
susmentionnés, il ne put être prouvé que la personne était cliniquement morte au
moment de l'incident. Mais le cas de Pam Reynolds est différent, parce qu’elle se
trouvait dans une salle d'opération et qu’elle était complètement instrumentée au
moment de son expérience. Jeune mère de famille, Pam souffrait d'un anévrisme
profond dans le cerveau, tellement profond qu'une opération traditionnelle était
impossible. Même si elle était extrêmement risquée - à la fois en raison de son
âge et du fait qu'elle avait de jeunes enfants - on autorisa une procédure
chirurgicale rarement pratiquée, connue sous le nom d'arrêt cardiaque
89
Eben Alexander, Proof of Heaven: A Neurosurgeon’s Journey into the Afterlife, Simon and Schuster, 2012
Eben Alexander, Map of Heaven: How Science, Religion, and Ordinary People Are Proving the Afterlife, Simon
and Schuster, 2014
90
210
hypothermique. Sans cela, il n'y avait aucune chance de survie en cas de rupture
d’anévrisme.
Pour pouvoir opérer, toutes les fonctions corporelles involontaires furent
interrompues. Ceci comprenait la procédure dangereuse consistant à drainer et à
refroidir le sang de son cerveau. Sous anesthésie, sa respiration, son cœur et
même l'activité corticale de son cerveau cessèrent, ce qui fut contrôlé par un
électrocardiogramme (ECG) et un électroencéphalogramme (EEG). Suivant la
définition médicale, l'absence de respiration, du fonctionnement du cœur et
d’activité cérébrale signifie la mort.
Dans sa NDE, Reynolds décrira une vue autoscopique plongeante et l'activité de
la salle d'opération. Elle se souvenait précisément de la situation des membres
du personnel et de leurs activités. À son retour dans son corps, elle se souviendra
même de la chanson ‘’Hotel California’’, qui passait et qu'elle jugea plutôt
déplacée, les paroles du dernier refrain indiquant : ‘’Vous pouvez payer la note
quand vous voulez, mais sans pouvoir jamais partir !’’ Un détail intéressant par
rapport à cette observation est que Reynolds avait alors des bouchons moulés
dans les oreilles, qui auraient dû l'empêcher d'entendre des bruits extérieurs,
comme la scie, les conversations ou la musique de fond.
Reynolds décrira sa NDE à Michael Sabom, un cardiologue qui s'intéressa au
sujet et qui entreprit de mener ses propres recherches. Alors que la majorité des
NDE sont rapportées après coup, Michael Sabom, en tant que cardiologue, était
souvent présent durant la réanimation des patients. À sa grande surprise, les
témoignages qu'il recueillit confirmèrent les études initiales. Ainsi, lorsque
Reynolds lui parla de l'opération, il y donna suite. Reynolds avait mentionné qu’on
avait ouvert son crâne à l’aide d’un outil qui ressemblait à une brosse à dents
électrique et qui produisait un horrible bruit strident (comme des ongles sur un
vieux tableau noir). Sabom apprit qu'elle avait raison, mais que l'instrument était
une scie circulaire, qui pouvait être confondue avec une brosse à dents
électrique. En outre, il nota que toute personne qui a pratiqué une opération du
cerveau est consciente du bruit qui fait dresser les cheveux sur la tête au
211
moment de l'ouverture de la boîte crânienne. Le rapport initial qui traitait du cas
de Pam Reynolds se trouve dans le livre de Michael Sabom, Light and Death.91
Bien qu'il s'agisse d'un cas de NDE aussi valable que possible, il n'est pas sans
provoquer la controverse. Un anesthésiste, Gerald Woerlee a vivement affirmé
que les souvenirs de Reynolds se rapportaient à des événements survenus
pendant qu'elle était sous anesthésie générale, et non en état d'apoplexie, et que
son cerveau était donc toujours fonctionnel. Même si c'est vrai, ceci n'explique
pas de nombreux aspects du cas. Elle fut cliniquement morte pendant un certain
temps et elle décrivit précisément des activités qui se déroulèrent, alors qu'elle
n'avait aucun accès à l'information par le biais des sens physiques. Comme
d'autres personnes, on lui laissa le choix de rester ou de revenir, mais elle dit aux
entités désincarnées qu'elle devait revenir à la vie pour s'occuper de ses enfants.
Des années plus tard, en 2010, elle fit sa transition définitive.
Durant des années, le cas de Pam Reynolds fut considéré comme la référence
absolue en matière de NDE. On pressentait l'existence de cas similaires, mais
aucun patient ni aucun médecin n’en rapportait. En 2016, un anesthésiste très
expérimenté, Ravi Parti mentionna un autre cas de NDE impliquant un ‘’pontage
cardio-pulmonaire sous hypothermie et un arrêt circulatoire’’. Là encore, le
patient n'avait plus de battements cardiaques, de respiration, ni de fonctions
cérébrales, comme l’indiqua l'EEG. Le Dr Parti parla d’un état d'animation
suspendue, avec toutes les fonctions corporelles à l’arrêt et la température
interne descendue jusqu'à environ 10°C.
Après avoir été réanimé et après avoir repris conscience, l'homme expliqua sans
ambages qu'il avait observé l'opération d'un point de vue extracorporel, mais le Dr
Parti ne fit rien. En vertu de sa vision matérialiste du monde, M. Parti savait que
cela ne pouvait pas être vrai, mais c'est pourtant ce qui se produisit. Plutôt que
de procéder à des recherches ou d'en discuter avec d'autres personnes, il choisit
tout simplement d'ignorer l'incident. Au cours de sa formation, il avait appris que
les cas impliquant de telles ‘’hallucinations’’ devraient être orientés vers des
psychiatres. Bien entendu, c'est l'une des choses que les personnes qui ont vécu
91
Michael Sabom, Light and Death, Zondervan, 1998
212
une NDE redoutent le plus. Ce n'est qu'en décembre 2010, quand Parti vécut sa
propre NDE très marquante, qu'il repensa à celui qu'il voyait givré.92
Quoique les cas de NDE où la personne est totalement instrumentée sont très
rares, ils existent. Il est important de noter qu'ils confirment les rapports plus
anecdotiques d'incidents où l’on se base uniquement sur les informations
fournies par le patient.
LES AVEUGLES ONT ÉGALEMENT DES NDE
Une étude unique menée par Ken Ring et Sharon Cooper concernait des NDE
chez des personnes atteintes de cécité congénitale. Cela signifie qu'elles étaient
aveugles de naissance et qu’elles n'avaient jamais connu la vue, à l'inverse de
personnes voyantes qui deviennent aveugles à la suite d'un accident ou d'une
maladie. Bien qu'ils aient étudié des personnes qui avaient perdu la vue, c'est
l'étude du groupe des aveugles congénitaux qui laisse le plus perplexe, d'un point
de vue scientifique.
Il s'avère que ces patients aveugles congénitaux décrivirent les mêmes
caractéristiques des NDE que les personnes voyantes, même sans avoir eu
précédemment de cadre de référence pour la vision. Plusieurs patients
rapportèrent s’être retrouvés dans un état hors du corps, avoir vécu une
expérience similaire à celle d'un tunnel, avoir vu clairement leur environnement
physique, avoir entendu de la musique et avoir vécu des expériences
transcendantes dans d'autres royaumes non physiques.
Au-delà des questions relatives aux NDE, ces cas soulèvent aussi le concept
d'états extracorporels. Comme l'indiquait un article de Ring et Cooper dans le
Journal of Near-Death Studies, "ils s'inscrivent dans la controverse de longue
date en parapsychologie sur la question de savoir si l'OBE représente un type de
92
Parti, Dr. Rajiv with Paul Perry, Dying to Wake Up: A Doctor’s Voyage into the Afterlife and the Wisdom He
Brought Back, Hay House, 2016
213
véritable état extrasomatique, ou juste une reconstruction rétrospective reposant
sur des indices sensoriels et sur des processus imaginaires".
Au moins de façon anecdotique, il y a des preuves que certaines des personnes
aveugles qui rapportent avoir eu une vision intense au cours d’une NDE peuvent
être dans le vrai. Si tel est le cas, cela remet en question le postulat traditionnel
sur la façon dont la vision est créée. Il ne fait aucun doute que nos yeux jouent un
rôle très important dans la vision, mais il y a également un processus dans le
cerveau qui est moins bien compris, notamment si des aveugles peuvent voir,
même si c'est dans des circonstances très limitées.
Un point quelque peu déroutant est que beaucoup de ceux qui expérimentent une
NDE évoquent des interactions avec d'autres formes de réalités, y compris des
êtres spirituels, et d'autres aspects dimensionnels qui ne se conforment pas à la
réalité consensuelle. Il n'en reste pas moins que la confirmation de la vision
d'objets de notre réalité par des sujets aveugles au cours d'une NDE est très
significative.
LES ENFANTS ET LES NDE
Mon ami Melvin Morse a étudié le sujet et il a écrit quelques-uns des livres les
plus importants sur les NDE. Je considère que son premier livre, La Divine
Connexion93, est l'un des plus remarquables, car il contredit certaines affirmations
sceptiques concernant les histoires de survie.
En sa qualité de pédiatre naviguant avec des avions d'évacuation sanitaire dans
le Nord-Ouest, le Dr Morse ne s'intéressait pas particulièrement aux NDE,
initialement. Du moins jusqu'à ce qu'une jeune patiente lui décrive son
expérience remarquable, qui se révéla tout à fait exacte. Crystal avait été
retrouvée flottant sans vie dans une piscine. Elle était restée sous l'eau pendant
une période de temps indéterminée. Melvin était l'un des médecins des urgences,
et c'est lui qui l'avait réanimée. Bien que Crystal souffrait d'autres problèmes
93
Melvin Morse, Closer to the Light: Learning From the Near-Death Experiences of Children, Villard, 1990
214
médicaux graves et qu'on lui avait donné moins de dix pour cent de chances de
survie, elle se rétablit exceptionnellement vite. Sa famille attribua cela à ses
prières au chevet de la malade, même après que les médecins en charge aient
recommandé de débrancher le système de maintien des fonctions vitales.
Après avoir passé trois jours dans le coma, elle fut autorisée à quitter l'hôpital
pour enfants de Salt Lake City et on la ramena par avion à Pocatello, où Melvin
vint lui rendre visite. Quand on le lui présenta, Crystal identifia bien Melvin
comme étant le médecin qui l'avait réanimée. Elle n'ignorait pas qu'un autre
médecin, grand et rasé de près, était présent, mais elle savait que c'était Melvin,
le barbu, qui l'avait ramenée à la vie. Lorsqu’on lui demanda si elle le connaissait,
elle répondit : ‘’Oh, oui. Vous êtes le médecin qui m'a mis un tube dans le nez !’’
Selon Melvin, elle était dans un état de coma profond, quand cela s'est produit. Il
y a beaucoup plus à dire sur l'histoire de Crystal, mais ce qui est important, c'est
que c'est ce cas qui convainquit Melvin de procéder à des recherches plus
approfondies sur les NDE. (‘’Katie’’, dans le livre de Melvin, s'est identifiée
comme étant Crystal Merzlock, et elle est passée à la télévision. Je ne trahis pas
de secret médical en révélant cela.)
S'il est vrai qu'il y a maintenant beaucoup de films et d’émissions de télévision
qui décrivent des NDE, cela n'a pas toujours été le cas. L'argument selon lequel
ces enfants ont été influencés par la culture populaire ne tient pas dans les cas
les plus anciens. Par ailleurs, Melvin a trouvé des cas de NDE chez de très jeunes
enfants. Certains n'avaient que quelques mois et ne parlaient pas encore. Ce
n'est qu'en acquérant les compétences linguistiques appropriées qu'ils furent en
mesure de raconter leurs expériences profondes. Ils n'avaient certainement pas
été abusivement influencés par les médias.
En étudiant de plus en plus de cas de NDE pédiatriques, Melvin répertoria les
mêmes caractéristiques dans leurs expériences que celles vécues par les adultes.
Comme Crystal, certains rapportèrent une observation autoscopique de leur
expérience, d'autres un passage dans un tunnel et la vision de lumières vives, et
plusieurs, des rencontres avec des entités désincarnées ou des êtres spirituels.
215
LES NDE PARTAGÉES
Si les observations d'enfants constituent un défi scientifique pour la
corroboration des expériences de mort imminente, un autre domaine est encore
plus problématique : celui des expériences de mort imminente partagées. Il s'agit
d'événements au cours desquels d'autres personnes que le patient observent la
NDE. De telles expériences sont traitées en détail dans le livre de Raymond
Moody, Témoins de la vie après la vie. Une Enquête sur les Expériences de Mort
Partagée.94 Dans ce livre, Raymond décrit de nombreux cas véridiques où au
moins une partie du processus de transition fut observée par une ou plusieurs
autres personnes.
Un exemple convaincant est celui de l'expérience vécue par Raymond lors du
décès de sa mère. Je connaissais Raymond depuis de nombreuses années, et
cela advint, alors que nous travaillions tous les deux pour le même sponsor à Las
Vegas, dans le Nevada. Raymond était titulaire de la chaire Bigelow d'études sur
la conscience à l'université du Nevada-Las Vegas (UNLV), et je travaillais au
National Institute for Discovery Science pour Bob Bigelow. A la faveur de nos
rencontres périodiques, j'eus l'occasion de connaître son expérience, de première
main.
Quand Raymond apprit que sa mère était en phase terminale d'un lymphome non
hodgkinien et qu'elle allait bientôt mourir, il se rendit immédiatement à son
chevet à Macon, en Géorgie. La famille se réunit et tout le monde se tint par la
main à l'approche du moment fatidique. Il écrivit par la suite que quatre des six
personnes présentes se sentirent comme soulevées du sol, alors que la pièce
changeait de forme. La perception de l'éclairage de la pièce changea aussi. Il
parut se tamiser pour évoquer davantage une piscine en soirée.
Raymond parle d'autres personnes qui ont partagé une expérience de transition.
Certaines connurent leur propre expérience extracorporelle et purent observer la
transition dans cette perspective. Quelques-unes déclarèrent avoir vu un
94
Raymond Moody, Glimpses of Eternity: Sharing A Loved One’s Passage From This Life to the Next, Guidepost,
2010
216
brouillard ou une brume s'élever du corps, ce qui est décrit dans le folklore depuis
longtemps. D'autres observateurs encore signalèrent la présence d'esprits
désincarnés, parfois d'un parent décédé revenant aider au processus de
transition. Connus comme étant des visions sur le lit de mort, ces incidents sont
beaucoup plus fréquents qu'on ne le croit généralement. Avant que la mort ne
soit reléguée dans des environnements hospitaliers stériles, il était courant que
les gens meurent chez eux dans un cadre plus paisible. Le nombre de rapports de
visions sur le lit de mort a peut-être diminué en raison des traitements héroïques
que l’on utilise dans les hôpitaux pour prolonger la vie à tout prix.
Par ailleurs, il convient de noter que de nombreuses infirmières de soins palliatifs
ont constaté que des patients parlaient à des parents décédés ou à d'autres
entités invisibles. Naturellement, il est facile de faire passer de telles expériences
pour des hallucinations, et certaines pourraient bien en être. Néanmoins, il y a
une cohérence dans ces rapports qui les rend crédibles. Il y a aussi des récits où
le patient reçoit des informations auxquelles il n'avait pas eu accès auparavant.
Elisabeth Kübler-Ross évoqua une rencontre où un homme traversait le désert en
voiture et tomba sur un grave accident. Le conducteur trouva un homme mourant.
La victime lui demanda d'informer sa famille que même s'il était décédé, il allait
bien et qu’il se trouvait avec un parent. Le conducteur fut tellement impressionné
qu'il parcourut plusieurs centaines de kilomètres pour informer la famille. Mais le
plus choquant dans cette histoire, c'est que le parent que la victime avait décrit
comme étant avec elle venait également de mourir. Ce parent était décédé à une
distance considérable, et la victime trouvée dans le désert n'avait pas été
informée des faits.
LES CONSÉQUENCES
Lorsque nous entreprîmes d’analyser les NDE à l'IANDS, nous pensions qu’il
s’agissait d’événements brefs qui se produisaient pendant un laps de temps
limité. Dans la majorité des cas, elles duraient de quelques secondes à quelques
minutes, bien qu'il y ait eu des cas où la durée était plus longue. Ce que nous
217
découvrîmes rapidement, c'est que les effets des NDE pouvaient perdurer sans
discontinuité après l'expérience de la NDE proprement dite. Beaucoup de
personnes ayant vécu une telle expérience signalèrent des épisodes psychiques,
fréquemment hors de leur contrôle, dont des capacités précognitives accrues.
Certaines personnes indiquèrent avoir des problèmes avec les montres
électriques après leur NDE, mais pas avec les montres mécaniques. C'est un
élément important, puisqu’il s'agit d'une manifestation physique d'un événement
que la plupart des gens considèrent comme une expérience purement cognitive
ou comme une aberration psychologique.
Beaucoup de ces personnes ont rapporté de profonds changements dans leur
vision du monde qui eurent parfois des répercussions négatives sur leur famille.
Comme me le racontait une femme, ses enfants ne comprirent pas ce qui s'était
passé et pourquoi elle se comportait différemment. De son point de vue, elle avait
rencontré Dieu, mais ils voulaient juste que leur maman revienne.
Au-delà des anecdotes, on procéda à des recherches sur la manière dont les NDE
transformaient les perceptions et le comportement des personnes touchées. On
élabora un questionnaire relatif aux changements dans leur vie, que l'on fit
remplir aux personnes ayant déclaré avoir vécu une expérience de mort
imminente. En résumé, les résultats indiquèrent qu’elles avaient une nouvelle
appréciation de la vie et de sa valeur, une plus grande préoccupation pour les
autres et une plus grande capacité à les aimer, une vision du monde moins
matérialiste et une tendance à être plus orienté vers la spiritualité, par opposition
à une religion particulière. Toutes les personnes qui ont vécu une NDE ne
réagissent pas de la même façon, et nous devons veiller à ne pas extrapoler ces
tendances générales à quelqu’un en particulier. Pour plus de détails, je
recommande le livre de Ken Ring, En route vers Omega, où ces études furent
présentées pour la première fois.
SPIRITUEL PAR RAPPORT À RELIGIEUX
218
Le concept d'orientation spirituelle ou religieuse m'intéressait particulièrement,
car il correspondait directement au travail que j'avais effectué dans le cadre de
ma thèse de doctorat. J'avais évalué les changements survenus chez les
personnes participant à l'atelier d'Elisabeth Kübler-Ross intitulé ‘’Vie, mort et
transition’’. Pour ma thèse, elle insista pour que je change un mot, de remplacer
changements en termes de religiosité par changements en termes de spiritualité.
Cette simple modification faisait une différence énorme dans les résultats.
Au cours de l'atelier, Elisabeth fit découvrir le concept des NDE à beaucoup de
personnes qui n'en avaient jamais entendu parler auparavant. L'atelier ‘’Vie, mort
et transition’’ avait une forte résonance, un quart des participants étant en phase
terminale et la moitié d'entre eux travaillant dans le secteur médical. On
questionna les participants sur l'évolution de leurs croyances religieuses.
Beaucoup parmi les personnes interrogées rayèrent spécifiquement le terme
"religieux". On remarqua une évolution très significative vers des changements
spirituels, les répondants écrivant des choses comme : ‘’Je rejette les dogmes de
l`Église, mais je suis plus spirituel maintenant.’’ On procéda à des évaluations
avant l'atelier et à la fin de l'atelier. Les résultats indiquèrent un changement
anticipé, reconnu comme étant de nature euphorique. Cela signifie juste que les
gens se sentent généralement bien après un atelier, sans que ceci n'indique un
réel changement. Le plus impressionnant, c'est que lorsque j’effectuai une
enquête de suivi, le changement n'avait pas disparu et, dans de nombreux cas,
celui-ci était plus marqué dans leurs déclarations d'être plus orientés vers la
spiritualité. L'évaluation ultérieure implique qu'elle fut réalisée à la fin de l'atelier
et jusqu'à 18 mois après la participation à cet atelier. Les résultats confirmèrent
que l'exposition à une ambiance intense, combinée à l'écoute de récits de
première main sur les NDE, avait eu un impact profond sur les participants.
MARY SCHARTZ
Un incident qui semble survenu avec Elisabeth Kübler-Ross va bien au-delà de ce
qui est rapporté dans la littérature sur les NDE. C'est un événement qu'elle me
raconta personnellement. J'en ai également entendu des versions publiques. Les
219
détails sont restés les mêmes au fil du temps. L'événement eut lieu, alors qu'elle
enseignait à la Pritzker School of Medicine de l'Université de Chicago. On ne
parlait pas souvent de la mort et de l'agonie à l'époque. Elisabeth fut la première
à évoquer le concept d'hospice en Amérique, même s'il était déjà en train
d'émerger en Europe.
Elle et un aumônier d'hôpital, Renford Gains (connu sous le nom de ‘’Renny’’ et
qui prendra plus tard le nom de Mwalimu Imara), entreprirent de faire venir des
patients en phase terminale dans les salles de classe, puis de permettre aux
étudiants en médecine de les interroger. Une telle approche du sujet était
novatrice. Elle partait du principe que si l'on voulait savoir ce que ces patients
pensaient ou ce qui les préoccupait, il valait mieux simplement le leur demander.
Pour de nombreux praticiens de la communauté médicale, la mort était et est
encore trop souvent considérée comme l'ennemie. Les docteurs, plus que les
infirmières, semblent avoir une plus grande peur des discussions avec les
patients sur leur mortalité. Ses cours attirèrent fortement l'attention sur le sujet,
et le livre d'Elisabeth intitulé ‘’Les derniers instants de la vie’’ fit œuvre de
pionnier pour devenir un classique dans ce domaine.
Après plusieurs mois de cours, Elisabeth considéra qu'il était temps de passer à
autre chose. Elle prévoyait que d'autres formateurs reprendraient le cours là où
elle l'avait laissé et continueraient à examiner l'évolution de la communauté
médicale dans son traitement du sujet. Elle décida d'arrêter d'enseigner ce cours,
mais voulut en parler à Renny. Après ce qu'elle croyait être son dernier cours, elle
alla l'annoncer à Renny. Celui-ci était occupé et parlait d'autres choses. Elisabeth
était un petit bout de femme, l'avorton d'une portée de triplés, comme elle se
décrivait elle-même, et elle ne réussit pas à capter son attention. Elle décida
alors de tendre la main et de l'attraper par le collet, lorsqu’un événement
extraordinaire se produisit.
Au bout du couloir, une femme lui faisait signe. Elisabeth ne parvenait pas à
mettre le doigt sur qui elle était, mais elle croyait la reconnaître. La femme
l'accompagna alors jusqu'à son bureau et elle ouvrit la porte. Élisabeth trouva ce
comportement très étrange de la part d'une visiteuse et elle commença à se
220
poser des questions. Une fois dans le bureau, la femme annonça qu'elle était là
pour dire à Elisabeth qu'il n'était pas encore temps pour elle d'abandonner les
cours et lui dit qu'elle devrait poursuivre ses efforts de pionnière dans le domaine
de la mort et des mourants.
Elisabeth finit par comprendre comment elle connaissait cette personne. Cette
femme était une patiente de l'hospice et elle était morte dix mois plus tôt, après
avoir participé à l'un de ses séminaires. Pensant avoir besoin d'une preuve qu'il
ne s'agissait pas d'une hallucination, elle demanda à la femme une note avec sa
signature pour la transmettre à Renny. Elle lui dit que ce serait nécessaire pour
persuader Renny de continuer le cours. En réalité, il s'agissait pour elle de vérifier
si elle était saine d'esprit. La femme sourit en connaissance de cause et elle
rédigea une note qu'elle signa obligeamment ‘’Mary Schwartz’’. Ce nom était
effectivement celui de son ancienne patiente de l'hospice. Après avoir remercié
Elisabeth, Mary se leva et quitta la pièce. Quelques secondes plus tard, Elisabeth
retrouva ses esprits et elle courut jusqu'à la porte et, en l'ouvrant, elle constata
que le long couloir était complètement désert. Marie n'aurait pas eu le temps de
s'éloigner, elle s'était tout simplement volatilisée.
En guise de vérification complémentaire, Elisabeth fit analyser la note par un
graphologue, qui la compara avec une copie de la signature de Mary Schwartz
figurant dans un dossier. Les deux correspondaient. Cet incident et d'autres récits
similaires, bien que très rares, constituent des défis extrêmes pour la plupart des
scientifiques, ainsi que pour de nombreux fonctionnaires religieux.
L'histoire d'Elisabeth ayant reçu la visite d'un esprit, ou d'une personne connue
pour être morte, est loin d'être unique et s'inscrit dans une lignée de récits
similaires qui transcendent l'Histoire. Bien sûr, le christianisme se fonde sur ce
postulat, bien qu'avec quelques variantes, et d'autres religions acceptent des
avatars et des entités immortelles. Son récit se distingue par le fait qu'elle put
obtenir des preuves physiques de la part de l'entité. Cela dit, de nombreux amis
m'ont fait part de rencontres similaires. On estime qu'environ un tiers des
conjoints survivants, ou de personnes entretenant des relations personnelles
privilégiées, pensent avoir eu une forme de communication avec leurs proches
221
décédés. Cela va de la simple perception de leur présence à une interaction
physique, comme celle d’Elisabeth avec Mary Schwartz.
Évidemment, on est enclin à penser que ces rencontres ne sont que des
aberrations psychologiques ou des hallucinations de la part de la personne
vivante. Et c'est peut-être le cas pour beaucoup d'entre elles. Mais il y a
également beaucoup de cas où la personne a reçu des informations ou des
avertissements concernant un danger imminent et qui ne peuvent pas s’expliquer
par des moyens traditionnels.
Mon ami Tom Clancy me raconta une histoire intrigante concernant les visites de
l'au-delà. Tom et moi, nous avions discuté de ces phénomènes à maintes
reprises. La première fois que nous avons eu ce genre de discussions dans son
appartement, sur le port de Baltimore, il m'a dit : ‘’Alexander, si tu n'étais pas de
Los Alamos, je te virerais d'ici !’’ Au fil des ans, sa position s'est
considérablement assouplie. Peu de gens savaient que Tom était en fait un
Beefeater, l’un des rares étrangers à avoir été officiellement acceptés comme
garde d’apparat à la Tour de Londres.
Il me raconta qu’un soir, un garde avait apporté un bouquet à la Tour. C'était le
jour de l'anniversaire d'Anne Boleyn, qui y fut décapitée, le 19 mai 1536. Après y
avoir déposé des fleurs, une femme apparut et lui dit : ‘’C'est vraiment gentil de
votre part de vous en souvenir.’’ La femme disparut alors abruptement.
L’anecdote est intéressante, car la Tour de Londres avait depuis longtemps la
réputation d'être hantée. Pendant les quelques années qui précédèrent sa mort
prématurée, Tom me surprit à l'occasion en me demandant : ‘’Parle-moi un peu
de...’’ Il aborda quelques-uns de ces sujets dans des romans qui ne furent jamais
publiés. Sa femme, Alex, me dit plus tard que l'éditeur avait exigé qu'il se
cantonne à son genre.
Raymond Moody réunit de nombreux témoignages concernant les interactions
humaines avec des personnes décédées. Son livre intitulé Rencontres : l'histoire
fantastique des contacts avec les disparus, de l'Antiquité aux plus récentes
222
expériences95, aborde ce sujet de manière approfondie. Après avoir effectué des
recherches poussées sur le scrying96, il élabora un moyen de favoriser des
interactions par l’entremise d’une chambre appelée "psychomanteum".
Lorsqu’elles s'accompagnent de preuves matérielles ou quand elles transmettent
des informations qui ne sont pas accessibles via les canaux de communication
traditionnels, ces rencontres posent un sérieux défi au paradigme matérialiste.
LES ARGUMENTS SCEPTIQUES PAR RAPPORT AUX NDE
Les sceptiques avancent plusieurs arguments pour tenter de discréditer les
expériences de mort imminente (NDE). Mais à mon sens, ils échouent, car ils
ignorent souvent des données et n'abordent qu'une partie de l'expérience. En tête
de liste de leurs arguments, ils prétendent que les NDE sont des hallucinations.
En partant du principe que tout ce que l’on ne voit pas ne doit pas être réel, il est
facile de rejeter les observations rapportées, et souvent avec un haut degré de
cohérence. En raison des variations dans les récits, les sceptiques soulignent
souvent les différences comme étant des indices de mensonge ou de fabulation.
Selon toute vraisemblance, certains de ces cas sont bien des hallucinations. Mais
cela n'élimine pas la réalité de toutes les NDE, car il y a trop de situations où la
personne a pu obtenir des informations véridiques et qui n'étaient pas
accessibles par le biais de ses sens physiques. Si ces informations peuvent se
vérifier de manière indépendante, il ne s'agit pas d'une hallucination, par
définition.
Une autre explication sceptique favorite fait valoir que ce qui est rapporté est le
résultat de l'usage de drogues. Dans d'autres parties du livre, je traite de
l'utilisation de la diméthyltryptamine (DMT) et du fait que la
psychopharmacologie n'explique pas les effets observés. En ce qui concerne les
patients en phase terminale, il est vrai que les soins palliatifs incluent souvent
95
Raymond Moody, Reunions: Visionary Encounters With Departed Loved Ones, Villard, 1993
Le scrying (‘’scrutation’’) est une méthode de divination par la contemplation d’une surface réfléchissante
(comme un miroir, une boule de cristal ou même de l'eau lisse).
96
223
l'utilisation d'analgésiques, en particulier d'opioïdes. On sait également qu'ils sont
prescrits de manière excessive, ce qui a conduit à une épidémie d'abus. Pour ces
patients, il peut être raisonnable de conclure que les médicaments ont quelque
chose à voir avec leur état. Mais le problème avec l'argument de la drogue est
qu'il y a beaucoup d'autres incidents où le patient n'est pas sous l'influence de
drogues, de quelque sorte que ce soit. C'est certainement le cas des NDE qui
surviennent à la suite d'accidents dont la victime n'est pas responsable.
L'anoxie, ou le manque d'oxygène, est également considérée comme un facteur
favorisant les cas de NDE. Cet argument suggère qu'il y a une réaction innée au
manque d'oxygène dans le cerveau et qu'elle déclenche une réponse, comme la
libération d'endorphines, l’argument étant que la NDE est un mécanisme qui a
évolué et qui est conçu pour nous aider à quitter l'existence physique avec un
minimum de douleur. Certes, la plupart des personnes ayant vécu une expérience
de mort imminente indiquent qu'elles sont entrées dans un lieu d'une grande paix
et d'une grande tranquillité, mais c’est également vrai pour des patients qui ne
souffrent pas d'anoxie. Par conséquent, la relation de cause à effet de cet
argument ne tient pas.
La stimulation électromagnétique du cerveau a produit des effets observés dans
les NDE. Les travaux de Michael Persinger, de l'Université Laurentienne,
montrent que le cerveau peut être stimulé intentionnellement par des champs
électromagnétiques très faibles. L'effet produit des visions qui se rapprochent
des expériences hors du corps et d'autres expériences mystiques. Persinger
collabora même avec Ingo Swann pour créer un dispositif qu'il appela le Casque
de Dieu. Bien que les travaux de Persinger soient absolument fascinants, l'idée
qu'un patient ou qu’une victime se souvenant d'une NDE ait été d'une manière ou
d'une autre exposé à une stimulation électromagnétique est spécieuse, et
Persinger ne prétend d'ailleurs pas qu'ils l'aient été.
Evidemment, l'argument définitif des sceptiques est que le cerveau ne fonctionne
pas comme indiqué dans certains cas extrêmes de NDE. Les sceptiques
attribuent généralement les observations à une autre période durant laquelle le
cerveau pouvait fonctionner. Dans le cas de Reynolds, ils suggèrent que ses
224
souvenirs remontaient à une période précédant l'arrêt cardiaque, alors qu'elle
avait encore une conscience limitée, hypothèse contredite par le fait qu'elle
identifia correctement la musique qui passait, lorsqu’elle déclare être revenue
dans son corps, alors que le tracé de l'électroencéphalogramme était plat.
La question fondamentale qui se pose ici, c’est de savoir si le cerveau et l'esprit
sont identiques ou distincts. S'ils sont identiques et si l'esprit est un produit du
cerveau, on suppose que l'esprit meurt avec la disparition du corps physique. En
revanche, si l'esprit fonctionne en dehors du cerveau, comme le pensent pas mal
de chercheurs dans le domaine de la conscience, il se distingue alors du cerveau.
Dans cette hypothèse, le cerveau reste important, car il module la perception. On
utilise souvent l'analogie du téléviseur. Si vous le démontez, vous ne trouverez
pas les images, car le téléviseur ne fait que recevoir des signaux émis de
l'extérieur et les projeter sur un écran. Si vous considérez comme moi que l'esprit
et le cerveau sont séparés et distincts, les NDE peuvent constituer une fenêtre
donnant sur des domaines complexes que l’on ne peut pas encore comprendre.
Même après avoir examiné tous les arguments potentiels en faveur du contraire,
je n'en trouve aucun qui ne présente pas des lacunes. Il est rare que les
sceptiques incluent toutes les données, et ils ne peuvent pas non plus fournir des
théories qui soient suffisamment cohérentes pour expliquer comment, par
exemple, Don ait vu un scénario complet qui ne se concevait pas avant le crash
de son hélicoptère Apache. Ils n'expliquent pas que Tom ait pu écouter une
conversation qui se déroulait dans une autre pièce. Ils n'expliquent pas que
Marilyn soit descendue d'un brancard pour se mettre à danser. Il y a des milliers
d'incidents authentiques similaires qui mettent au défi la science dominante.
Il est important pour toute personne ayant vécu une NDE de savoir qu'elle n'est
pas seule. Aujourd'hui encore, de nombreuses personnes qui ont vécu cette
expérience croient qu'elles sont uniques. Les estimations du nombre de
personnes qui ont vécu une NDE varient énormément. Mais si on prend le chiffre
le plus modeste, à savoir 5 % selon Gallup, il y en a plus de 13 millions, rien
qu'aux États-Unis, et le phénomène est mondial. Sur la base de ces statistiques,
environ 774 NDE se produisent quotidiennement en Amérique.
225
CHAPITRE 16 : LES MÉDIUMS
Tout au long de l'histoire de l'humanité, il a été question de récits de rencontres
entre des êtres humains vivants et des entités censées être décédées. Dans la
plupart des sociétés, on trouve des personnes qui revendiquent des compétences
particulières en matière de communication avec les esprits désincarnés. Ces
personnes douées portent des titres différents, comme chamans, curanderos,
sangomas, babalawo, budian et médiums, comme on les appelle dans les pays
occidentaux. La science n'est pas bien disposée à leur égard, et pratiquement
tous les scientifiques traditionnels rejettent d'emblée leurs informations. Si la
conscience cesse avec la mort du corps, et en particulier celle du cerveau, alors
toute communication est impossible. Fin de la discussion.
Cependant, ces mêmes scientifiques refusent d'examiner les preuves qui étayent
ces affirmations. Les sociétés qui acceptent généralement la communication des
esprits avec les ancêtres sont considérées par eux comme primitives et incultes.
Il se peut que ce soit ces scientifiques qui sont incultes.
Avant de décrire mes rencontres personnelles avec des médiums légitimes que
j'ai pu rencontrer et connaître, il me faut reconnaître qu'il y a aussi de
nombreuses fraudes. Les charlatans sans scrupules pratiquent leur fonds de
commerce depuis des siècles, en ciblant souvent les plus vulnérables, en
particulier les personnes endeuillées. Il y a une technique bien connue, la lecture
à froid, qui peut paraître valable, mais qui est tellement générale qu'elle est sans
intérêt.
Un de leurs trucs consiste à obtenir une connaissance préalable de la victime, ce
qui est beaucoup plus facile que par le passé avec Internet. Ils soutirent
également des informations de la part du visiteur en cherchant des réactions
instantanées à des questions, ou des indices non verbaux que la personne aura
du mal à dissimuler. ‘’Tel prénom vous dit-il quelque chose ?’’ - pourrait-on vous
demander. Ce prénom est particulièrement répandu et, aux États-Unis, presque
tout le monde en connaît un ou une. Comme les sceptiques le soulignent à juste
226
titre, le faux voyant peut être très habile, si prétendre parler avec les morts est sa
source de revenus.
Pour ma part, je pense que le signal d'alarme le plus fort doit retentir, lorsque
l'intermédiaire réclame de grosses sommes d'argent ou des cadeaux onéreux. Si
la personne cherche à suggérer que vous êtes, ou qu'un objet qui vous appartient
est maudit et que vous devez à tout prix vous en séparer, prenez vos jambes à
votre cou ou la poudre d'escampette ! Si les médiums légitimes ont droit à une
rémunération équitable pour leur travail, il convient d'être vigilant, si les
sollicitations paraissent excessives ou extravagantes.
Quand j'étais basé à Hawaï, je fus le témoin direct de ce phénomène et sidéré de
voir à quel point des médiums malhonnêtes parvenaient à escroquer le public.
Ainsi, un individu affirma être en contact avec St. Germain, qui communiquait des
messages par son intermédiaire. Utilisant la lecture de billets pour captiver le
public, sa technique de base était le "one ahead" (un coup d’avance). C'est une
astuce par laquelle il répondait à des demandes qui semblaient scellées. Il
semblait pouvoir accéder à des documents écrits en privé par le demandeur et
donner des informations précises, y compris son nom, avant l’ouverture de
l'enveloppe. En réalité, il lisait des informations relatives à ce que les gens
croyaient être la prochaine enveloppe scellée. Johnny Carson faisait souvent un
numéro entier pendant lequel Carnac répondait à des questions issues d'une
enveloppe scellée. Le public d'Honolulu semblait captivé, et l’escroc faisait
passer plusieurs fois un plateau de collecte pendant le service qui durait
plusieurs heures, généralement pour des causes différentes. Par ailleurs, il
vendait des cristaux spéciaux et des objets qu'il prétendait dotés de pouvoirs
magiques (ces aides étant des matérialisations provenant d'une source
inconnue). Achetées pour une somme coquette, elles se produiraient le soir
même, à minuit. Mais ces artifices faisaient pâle figure face à ce que je le vis
accomplir dans le domaine de l'immobilier. Honolulu comptait certaines des
propriétés les plus cotées du pays. Ce personnage déclara souhaiter qu'on lui
achète un appartement afin de pouvoir passer plus de temps à nos côtés. Que je
sois damné s'il n'eut pas gain de cause.
227
Bien que James Randi et moi-même, nous eûmes des désaccords, je pense que
son travail qui visait à démasquer le télévangéliste Peter Popoff était louable.
Dans les années 1980, Popoff, d'origine allemande, réalisa d'énormes profits en
utilisant des techniques comparables pour ses services. Devant d'immenses
assemblées, il appelait des personnes par leur nom et fournissait des
informations très précises à leur sujet, parfois même sur leurs afflictions. Il
attribuait cette connaissance à Dieu et il leur disait ce qu'elles devraient faire, ce
qui incluait, bien entendu, de verser d'importantes contributions à Popoff luimême en guise de récompense pour avoir servi d'intermédiaire direct entre eux et
le pouvoir suprême.
Là encore, la réalité était bien différente. À leur arrivée au service, les membres
de l'assemblée remplissaient des cartes avec des informations personnelles et la
raison particulière de leur présence. Ces cartes étaient regroupées, puis
emportées en coulisses, où l'épouse de Peter Popoff, Elizabeth, les dépouillait et
choisissait celles qui lui semblaient les plus intéressantes. Popoff lui-même avait
un minuscule récepteur placé dans une oreille, de manière à ce que sa femme
puisse lui communiquer des informations en temps réel. L’ayant alors suspecté,
en 1986, Randi fit appel à un analyste de scène de crime et expert en
électronique, Alexander Jason, pour balayer les fréquences jusqu'à ce qu'il
localise celle sur laquelle opéraient les Popoff. Il enregistra leurs
communications, qui comportaient des commentaires personnels de bon ton, tout
comme des remarques plutôt désobligeantes de la part d’Elisabeth sur leurs
victimes.97
L'histoire ne s'arrêta pas là. Une fois démasqués, les Popoff déposèrent leur bilan
en 1987, ce qui ne les découragea pour autant. Ils réapparurent, et on peut
encore les voir à la télévision aujourd'hui. Afin d’en avoir le cœur net, j'ai envoyé
une demande de prière, l'année passée. La réponse consista en une petite fiole
d'eau bénite, suivie par de nombreuses demandes d'offrandes d'amour. Ils ont
recours à un concept baptisé ‘’semence de la foi’’, et ils promettent que si vous
leur envoyez un montant spécifique, qui peut souvent se chiffrer à des centaines
97
James Randi, The Faith Healers, Prometheus Books, 1989
228
de dollars, vous recevrez dix fois cette somme grâce à une intervention divine,
prétendent-ils. Les gogos paient et les Popoffs récoltent des millions de dollars
par an. ABC News consacra une émission spéciale aux faux guérisseurs, en 2007.
Ils estimèrent que Popoff avait empoché plus de 23 millions de dollars, en 2005. Il
faut souligner que ce type de fraude peut être bien plus dommageable qu'un
simple détournement de fonds.98 À leur détriment, certaines personnes croient
réellement au processus et renoncent à un traitement médical traditionnel.
Bien sûr, au fil des ans, beaucoup de ces charlatans finissent par être
démasqués, mais malheureusement, les médias ont tendance à insister
davantage sur la dénonciation des fraudes que sur la reconnaissance des
médiums légitimes. L'autre problème des programmes télévisés est l'accent mis
sur le divertissement, souvent au détriment de la réalité. La télévision est régie
par l'audimat. Mais si les chercheurs ont raison au sujet de la médiumnité, et je le
crois, alors on a affaire à un monde spirituel, qui transcende le monde physique
et qui n'a certainement pas besoin de faire de l'audimat.
Les gens ont tendance à vouloir la perfection, mais même les meilleurs médiums
peuvent se tromper. Gary Schwartz, de l'université d'Arizona à Tucson, propose
une analogie avec le basket-ball, une bonne manière d'aborder le sujet. Gary
dirige l'un des rares centres de recherche financés, situé dans un cadre
universitaire traditionnel, qui étudie les médiums et les phénomènes connexes.
Gary, un psychologue formé à Harvard, a été professeur de psychiatrie et de
psychologie à Yale pendant de nombreuses années avant d'occuper ses fonctions
actuelles en Arizona. Il est maintenant directeur du Laboratory for Advances in
Consciousness and Health (LACH, anciennement Human Energy Systems
Laboratory) au sein du département de psychologie. Le centre est spécialisé dans
l'étude des médiums et des thérapies énergétiques alternatives.
Grâce à sa place unique, Gary put réunir sa ‘’Dream Team’’ de médiums et les
tester en laboratoire dans des conditions contrôlées. Bien que ses protocoles de
98
James Avila, “Selling Salvation,” 20/20 ABC News, 11 May, 2007 available at:
http://abcnews.go.com/2020/story?id=3164858&page=
229
recherche aient suscité une certaine controverse, il a pu obtenir des résultats
spectaculaires. L'une des questions clés, c’est celle de la précision. Gary utilise
une analogie qu'il définit comme le modèle Michael Jordan. Il fait remarquer que
Michael Jordan est vénéré dans le monde du basket-ball en raison de ses
prouesses pour marquer. À son top, Jordan réussissait environ 45 % de ses tirs.
On l’acclamait non pas parce qu'il réussissait tous ses tirs, mais parce qu'il était
bien meilleur que tous les autres joueurs de la NBA. De même, les membres de la
Dream Team de Gary ne réussissent pas à 100 %, mais il les étudie parce qu'ils
sont meilleurs que la plupart des autres.
ANNE GEHMAN
Mon amie Anne Gehman apparaît dans plusieurs chapitres de ce livre en raison
de la réussite de ses interventions au fil du temps. En 2010, HBO proposa une
émission spéciale intitulée No One Dies at Lily Dale99, qui mettait en scène
plusieurs médiums, dont Anne. Le titre vient de la communauté spirite appelée
Lily Dale, située en bordure du lac Upper Cassadaga dans le nord de l'État de
New York. Depuis la fin des années 1800, les spirites se réunissent là. Pendant
l'été, le site devient la Mecque de ceux qui cherchent à obtenir un entretien avec
les médiums qui y vivent. Le cadre est idyllique. Boisé avec une grande variété
d'arbres, dont des pruches, des frênes, des peupliers et des bouleaux, Lily Dale
regorge de maisons parfois centenaires et de jardins bien entretenus qui datent
du début de la colonisation. Aussitôt que le temps se réchauffe, la région attire
des visiteurs du monde entier. Si beaucoup arrivent avec un rendez-vous, d'autres
déambulent dans le village et s'arrêtent lorsque l'enseigne d'un médium les
interpelle.
No One Dies at Lily Dale propose un bon aperçu de la médiumnité, telle qu'on la
pratique aujourd'hui. Regardez et vous y verrez des exemples de bonnes et de
mauvaises lectures. Dans ce dernier cas, un médium masculin communiquait des
informations tellement générales qu'elles pouvaient s'appliquer à n'importe qui et
99
“No One Dies at Lily Dale,” HBO, July 8, 2010,
http://www.hbo.com/documentaries/no-one-dies-in-lily-dale
230
qu'elles étaient tout à fait inutiles. En revanche, Anne était tout bonnement
impressionnante. Sa lecture s'adressait à un homme qui venait de perdre son
jeune fils. Pour prouver son authenticité, elle lui communiqua des informations
que lui seul pouvait connaître et auxquelles elle n'aurait pas pu accéder par des
moyens traditionnels. En l'occurrence, elle parla au père de jouets qu'il avait
subrepticement glissés dans le cercueil de son fils, juste avant qu'il ne soit
refermé pour la dernière fois. Le message qu'elle délivra fut beaucoup plus
réconfortant, en sachant que la communication était vraisemblablement fondée.
Plusieurs de mes amis ont eu des consultations avec Anne et sont d'avis que les
informations sont à la fois valables et utiles. À Lily Dale, Victoria et moi nous
attendîmes pendant qu'un ami rencontrait Anne pendant plus de deux heures. À
l'époque, il vivait lui-même une transformation spirituelle, et la découverte de la
médiumnité professionnelle était quelque chose de relativement récent pour lui.
Comme il nous le confia en fin d'après-midi, il était certain d'avoir reçu des
conseils utiles et éclairants. Un contact avait été établi avec des parents décédés,
qu'Anne n'aurait pas pu connaître à l'avance.
SUZANNE GIESEMANN
L'une des médiums les plus inhabituelles que j'ai rencontrées est Suzanne
Giesemann.100 Alors que de nombreux médiums, si ce n'est la majorité d'entre
eux, ont vécu des expériences mystiques et ont eu des contacts avec des entités
désincarnées tout au long de leur vie, ce n'était pas le cas de Suzanne
Giesemann, car en effet, elle fit carrière dans la marine américaine et prit sa
retraite en tant que commandant avant de devenir accidentellement médium. Son
ascension fulgurante dans la marine fut remarquable. Elle fut l'une des rares
femmes à commander un navire, fut également assistante spéciale du chef des
opérations navales et aide du chef d'état-major interarmées, le général Hugh
Shelton, le jour des attentats terroristes du 11 septembre 2001.
100
Suzanne Giesemann, voir http://www.suzannegiesemann.com/
231
Je mentionne le général Shelton, puisque lui et moi, nous opérâmes
conjointement en tant que majors de la 25ème division d'infanterie à Hawaï ; nous
venions tous deux directement d'une mission des forces spéciales au Vietnam.
De toute évidence, il a beaucoup mieux réussi sa carrière que moi ! Alors que
Susan ne commença à pratiquer la médiumnité que bien après avoir pris sa
retraite, Shelton minimise toute association avec ce domaine en raison de la
connotation négative qu’il pourrait avoir. Je ne peux pas le blâmer, mais cela
montre bien qu'il reste beaucoup à faire pour faire avancer l'étude de ce sujet
important.
Ne connaissant pas son livre The Priest and the Medium101, je demandai à
Suzanne si elle connaissait Anne Gehman. C'était à l'occasion de la conférence
2015 de l'IANDS à San Antonio, où nous étions tous les deux des conférenciers.
Tout en regardant mon badge, elle répondit : ’’J'ai entendu parler de vous.’’ Son
livre était une biographie d'Anne, et en faisant des recherches, Suzanne avait
découvert l'épisode sur la torsion des métaux.
Tout en menant une carrière d'écrivain, elle poursuivait sa pratique de la
méditation. Petit à petit, elle commença à avoir ses propres expériences
mystiques ou intuitives. Pour approfondir le sujet, elle suivit des cours de
médiumnité, qui aboutirent à un stage intensif au Arthur Findlay College of
Psychic Sciences, à Stansted, en Angleterre.102 Ce collège est un don du
mouvement spirite, et il propose des programmes résidentiels où les étudiants
peuvent étudier ‘’la philosophie et la pratique religieuse spirite, la guérison et la
conscience spirite, le développement spirituel et psychique et d'autres disciplines
qui sont apparentées.’’
D’après Suzanne, les expériences révélatrices qu'elle a vécus là-bas lui permirent
de développer un contact avec le monde invisible. Comme c'est souvent le cas au
cours d’une évolution rapide, sa démarche résultait de circonstances très
malheureuses. Le 6 juin 2006, sa belle-fille enceinte, Susan Babich, sergent de la
marine américaine, fut frappée et tuée par la foudre, alors qu'elle traversait le
101
Suzanne Giesemann, The Priest and the Medium, Hay House, 2009
The Arthur Findley College, The World’s Foremost College for the Advancement of Spiritualism and Psychic
Sciences, site web : http://www.arthurfindlaycollege.org/
102
232
tarmac de la base aéronavale de Cherry Point. Parallèlement à ses expériences
mystiques naissantes, cette tragédie donna à Suzanne l'élan nécessaire pour
tenter d'établir un contact post-mortem. Forte de sa réussite, elle s’aperçut
qu'elle pouvait aussi entrer en contact avec d'autres personnes.
Suzanne a maintenant écrit pas mal de livres. Une partie du contenu qu'elle
propose se présente sous une forme unique de poésie rimée. Grâce à ses
antécédents remarquables, la nouvelle concernant ses aptitudes se propagea
rapidement. Parmi ceux qui testèrent ses capacités figurait mon ami Gary
Schwartz, qui lui attribua des évaluations élogieuses et qui considérait Suzanne
comme l'un des meilleurs médiums qu'il ait jamais étudiés. Elle était également
tenue en haute estime par le Dr Wayne Dyer, le conférencier motivateur,
explorateur de la conscience récemment décédé. Alors qu'elle est débordée par
des demandes de lectures personnelles, Suzanne facilite quasiment
quotidiennement des channelings de Sanaya, des guides qui, d’après Suzanne,
semblent être un groupe d'êtres d'une conscience supérieure et qui dispensent
une sagesse bien nécessaire à ceux qui veulent bien les écouter. Sanaya, nous
dit-on, signifie éminent et divin en sanskrit.
JOHN EDWARD
En rendant visite à Gary Schwartz à Tucson, nous eûmes l'opportunité de nous
entretenir avec plusieurs membres de sa Dream Team. L’un des plus connus était
John Edward, qui est très sympathique et qui a tendance à être très circonspect
dans ses lectures. Gary a publié plusieurs des expériences qu'il a menées avec
Edward dans son livre Extraordinaires contacts avec l'au-delà : Les découvertes
scientifiques irréfutables sur la vie après la mort.103 Il est fort populaire et les
lecteurs connaissent peut-être son émission de télévision, Crossing Over. Je suis
d'accord avec l'analyse de Gary, quand il dit : ‘’Il est très probable que John est un
être authentique - engagé dans quelque chose d'honnête et de spirituel...’’
103
Gary Schwartz, The Afterlife Experiments: Breakthrough Scientific Evidence of Life After Death, Pocket Books,
2002
233
Naturellement, les sceptiques ne sont pas d'accord, l'un des plus virulents étant
Ray Hyman. Lui et moi, nous nous sommes croisés à différentes occasions, pas
toujours amicales. Hyman soutient qu'Edward et d'autres font tous des lectures à
froid. Les sceptiques se polarisent sur les échecs et ils ignorent les succès,
quand bien même la probabilité que l'information exacte ne soit pas un coup du
hasard est astronomique.
GEORGE ANDERSON
George Anderson est un médium américain bien connu qui m'a impressionné
dans le cadre d'une présentation dans le Ham Hall, à l'Université du Nevada, Las
Vegas (UNLV). Anderson affirme qu'au terme d’une grave maladie survenue dans
sa jeunesse, il commença à communiquer avec les esprits de personnes
décédées. Son site web indique qu'il a mené plus de 35 000 séances et qu'il a fait
des apparitions dans de nombreuses émissions de télévision. Anderson a écrit
plusieurs livres qui suggèrent que la vie continue au-delà de la mort physique, la
plupart étant conçus pour aider les personnes endeuillées.
Au fait de la reconnaissance publique de son travail, je saisis l'occasion d'assister
à sa conférence à l'UNLV. Si je me souviens bien, l'événement était gratuit pour
le public et probablement sponsorisé par la chaire Bigelow sur la conscience qui
était alors en place à l'université. Le Ham Hall est assez grand et peut accueillir
un peu plus de 1 800 personnes. Alors que la venue d'Anderson n'avait pas fait
l'objet d'une grande publicité, il n'y avait plus que des places debout.
Après de brèves présentations, Anderson commença sa séance. Lorsqu'il entre en
contact avec les esprits, il utilise une technique de distraction en se servant d'un
crayon et d'un papier. On peut le voir griffonner de gauche à droite, sans
réellement écrire quoi que ce soit. Au début, il commença à faire passer des
messages à des personnes dans le public, des messages peu convaincants et
difficiles à confirmer. Les destinataires semblaient impressionnés, mais en tant
que chercheur, je trouvais cela trop général pour être significatif.
234
Ce qui attira mon attention se produisit environ une demi-heure après le début de
la séance. La plupart des spectateurs semblaient captivés par la présentation
d'Anderson, lorsqu'un jeune couple, probablement âgé d'une vingtaine d'années
et assis quelques rangées derrière moi, se leva calmement et entreprit de se
faufiler vers la sortie. Les places assises du Ham Hall sont ainsi disposées que
pour sortir, il faut enjamber plusieurs personnes pour rejoindre les allées
latérales. Anderson se figea et s’écria : ‘’Ne partez pas !’’, et il leur communiqua
alors un message d'une spécificité telle que son exactitude ne laissait guère de
doutes. Si des jeunes gens ont des parents plus âgés qui sont décédés, seuls
quelques-uns ont perdu des enfants. Dans ce cas, il précisa correctement que
leur petite fille s'était noyée dans la piscine de la maison, et qu'ils ressentaient
une culpabilité énorme à cause de ce drame. Si on exclut le recours à un
complice, et je n'ai aucune raison de suspecter cela, il est hautement improbable
qu'Anderson ait pu deviner à l'aveuglette autant d'éléments de cet épisode.
Anderson leur adressa ensuite un message d'espoir et leur assura que leur fille
ne les blâmait pas pour l'accident. Dire que l'assistance fut touchée serait un
euphémisme. Je reconnais tout à fait qu'il s'agissait là d'un cas exceptionnel,
mais il était tout à fait remarquable.
ADELE TINNING
La table pesait pas loin de 20 kilos, mais cette médium âgée, Adele Tinning,
réussit à la faire se lever toute seule, une prouesse pour laquelle je ne pus
trouver aucune explication rationnelle. Cette expérience se révéla être un nouvel
accès dans un monde dont la majorité des gens n'avaient jamais entendu parler,
et encore moins éprouvé.
Bien que j’étais toujours en poste à l'INSCOM en Virginie, mon travail m'amenait
quelquefois sur la côte ouest. Ce déplacement concernait des recherches que je
menais en coordination avec Cleve Backster, qui dirigeait une école de
polygraphie à San Diego, et dont j'ai déjà décrit le travail. Au cours du week-end,
j'avais rendu visite à mon mentor, le Dr Elisabeth Kübler-Ross, dans sa propriété
près d'Escondido. Une grave controverse entourait deux de ses assistants, et je
235
voulais personnellement en apprendre les détails auprès d'elle. Il s'agissait d'un
triste chapitre dans ce qui était par ailleurs une carrière extraordinaire et qui, au
fil du temps, allait bénéficier à des millions de personnes dans leur transition par
le processus de la mort.
Nous étions le samedi 29 janvier 1983, et en roulant vers le sud sur la I-15, j'avais
le temps de penser à la rencontre prévue avec la célèbre médium, mais je ne
savais pas trop à quoi m'attendre. À l'approche de la sortie d'University Avenue,
je bifurquai et je traversai la 805 pour accéder à un quartier résidentiel paisible
de San Diego appelé North Park. Ce quartier historique vieillissant était bien
connu pour ses cottages artisanaux, ses cafés et ses restaurants.
C'était le début de la soirée, mais il faisait encore jour, quand je parquai ma
voiture de location devant sa maison. C'était un bungalow très modeste, mais il
avait permis de recevoir des milliers de personnes comme moi. Comme elle était
assez proche de Los Angeles et que sa réputation grandissait, elle finit par
recevoir de nombreuses personnes, la plupart cherchant à entrer en contact avec
des parents décédés.
Je fus aimablement accueilli à la porte d'entrée par Adele et par son mari, un
pompier à la retraite de San Diego. Elle avait des yeux bleus pénétrants et un
sourire contagieux qui mettait tout le monde à l'aise. (À notre insu alors, il allait
bientôt passer à un autre plan d'existence d'ici quelques mois). Après de rapides
présentations, Adele et moi, nous nous installâmes dans une petite pièce où elle
tenait ses séances. Avant de se rendre dans une autre pièce à l'arrière, son mari
me suggéra en plaisantant de bien chercher les ficelles cachées qui permettaient
à la table de bouger. Bien sûr, il n'y en avait pas, mais ils étaient bien conscients
des critiques soulevées par les sceptiques qui présumaient que toutes les
séances et tous les médiums étaient des impostures. Ils étaient habitués à ces
critiques qu’ils assumaient pleinement.
Grâce à l'exactitude des messages qu'elle délivrait, Adele Tinning se fit peu à peu
connaître dans toute la Californie du Sud, et même au-delà. Contrairement à de
nombreux médiums qui atteignent un certain degré de célébrité, Adele ne faisait
236
jamais payer personne pour ses services inestimables. En fait, elle refusait toute
offre d'argent. Il se peut qu'elle était consciente de la déchéance qui guettait
certains médiums, si l'appât du gain s'insinuait dans leurs pratiques. Il y a le cas
désormais célèbre d'Edgar Cayce, surnommé ‘’le prophète endormi’’104, qui
encourut des pertes sévères, lorsqu'il tenta d'utiliser ses aptitudes intuitives à
des fins lucratives personnelles.
Pour formuler son message, Adele écrivit un livre intitulé God's Way of Life105, et
elle en distribuait des exemplaires à ceux qui venaient la consulter. Adele
considérait qu'elle était en contact avec des maîtres ascensionnés qui pouvaient
aider ceux d'entre nous qui demeuraient sur le plan terrestre. Elle avait été
médium toute sa vie durant, comme sa mère avant elle. Elle racontait à certaines
personnes qu'à l'âge de six ans, elle avait vu passer un ange dans son jardin, ce
que l’on interpréta comme signifiant qu'elle possédait des dons particuliers. En
grandissant, d'autres épisodes psychiques se produisirent et elle apprit la
typtologie comme moyen de communication avec le monde des esprits.
D’après une information non confirmée, Adele aurait été associée à une enquête
de la NASA, après l'un de leurs accidents mortels. Le premier message qu'elle
avait reçu était spontané et ne voulait pas dire grand-chose pour elle, mais après
qu'elle ait communiqué l'information à la NASA, des scientifiques de cette agence
la recontactèrent pour tenter d'en savoir plus sur ce qui était réellement arrivé
aux astronautes.
La notoriété d'Adele décolla, lorsque l'actrice aventurière psychique, Shirley
MacLaine parla d’elle dans son livre, It's All in the Playing (1987).106 MacLaine
déclara : ‘’Je me rappelai avoir rendu visite à une médium spirite qui entrait en
contact avec des personnes désincarnées par l'intermédiaire d'une table qui
basculait, se penchait et bougeait…Elle vit à San Diego, elle a presque 79 ans,
elle est aussi avenante que possible, et elle possède tout simplement un
incroyable talent médiumnique.’’
104
Thomas Sugrue, There is a River: The Story of Edgar Cayce, A.R.E. Press, 1942
Adele Tinning, God’s Way of Life: Given Through Adele Gerard Tinning: Part 1, God’s Way of Life Foundation,
1975
106
Shirley, MacLaine, It’s All in the Playing, Bantam, 1987
105
237
Comme beaucoup l'avaient fait avant moi, je pris place à la table blanche de la
cuisine d'Adele. La table, petite mais solide, n'avait rien de particulièrement
remarquable. Contrairement à la plupart des séances auxquelles j'avais assisté,
la pièce était bien éclairée, de sorte que toute tentative de manipulation pouvait
être facilement détectée. Je n'avais malheureusement pas l'habitude de prendre
des notes et j'ai oublié depuis longtemps le contenu exact des messages
qu'Adèle me communiqua, mais aucun n'était lié à ma mère disparue ou à un
autre membre de la famille décédé. Si je me rappelle bien, il s'agissait
d'informations générales sur la façon dont des guides sur un autre plan
d'existence s'inquiétaient de l'humanité et de ce que nous faisions subir à la
biosphère.
Le plus révélateur, d'un point de vue scientifique, était le processus par lequel ce
message était transmis. Adele et moi, nous avions placé nos mains sur le dessus
de la table, d'une manière apparemment exempte de toute pression significative.
Au cours des transmissions d'informations, la table communiquait les lettres
individuelles. Un coup représentait la lettre a, deux coups, la lettre b, trois coups
la lettre c, et ainsi de suite, jusqu'à 26 coups pour la lettre z. Sa méthode était
pour le moins laborieuse. Il fallait être très attentif et compter avec précision pour
s'assurer que le message était transcrit correctement. Il fallait visiblement faire
preuve d'une grande patience, car les esprits produisaient souvent des missives
assez longues.
En plus de la routine du tapping, la table avait parfois un pied qui s'élevait à
plusieurs centimètres du sol. Pour autant, je n'ai jamais observé, ni n’avais même
jamais entendu parler de la table d'Adele qui léviterait totalement et qui n'aurait
plus aucun contact avec le sol. Avant le début de la séance, elle me montra des
photos qui avaient été prises à l’occasion de telles lévitations. Bizarrement, il y
avait des colonnes de lumière blanche qui apparaissaient sur les photos, mais qui
n'étaient pas visibles pendant les prises de vue.
La science doit relever plusieurs défis pour évaluer la médiumnité. Les messages
génériques de catastrophisme et de nécessité de changer nos habitudes ne
peuvent pas s’évaluer qualitativement. De même, pas mal de messages d'espoir
238
et de bien-être concernant des êtres chers décédés ne respecteraient pas un
niveau acceptable de preuve de la continuité de la conscience. Il est bien connu
que les personnes endeuillées ont tendance à interpréter les messages sous un
jour favorable. Mais à l’occasion, il y avait des messages qui étaient tellement
spécifiques à la fois par rapport à la personne décédée et par rapport au
destinataire que l'évidence appuie au moins l'hypothèse de la vie après la mort.
La physique, c'est autre chose. Il n'y a pas de place pour des interprétations
psychologiques erronées ou pour le désir d'entendre combien les choses sont
belles de l'autre côté. La physique à laquelle je fais référence ici, c’est celle de
l'énergie nécessaire pour déplacer la table de la façon dont j’ai pu
personnellement l’observer. Comme pour de nombreux incidents de ce genre, j'ai
consulté des magiciens qui connaissent bien toute la panoplie des trucs utilisés
par les charlatans, qui ne manquent pas. Ceux-ci m'ont montré des méthodes par
lesquelles des tables peuvent sembler léviter, souvent en utilisant leurs pouces
pour faire bouger la table. Les tables plus légères sont plus faciles à manipuler.
Or, la table de cuisine d'Adele pesait pas loin d'une vingtaine de kilos, et ses
mains étaient toujours posées sur la table. Ses genoux ne furent jamais en
contact avec la table pour la pousser par dessous. La probabilité qu'une force
physique ait été utilisée pour créer une illusion est très minime.
Cette séance avec Adele Tinning fut tout à fait remarquable, même si alors, je ne
reconnus pas l'importance de l'événement. Et pour être honnête, j'aurais dû être
plus conscient de toute la portée du privilège qui m'avait été accordé de pouvoir
rencontrer cette âme avancée.
CHICO XAVIER
Il y avait ce médium brésilien qui sortait du lot et qui mérite d'être mentionné ; il
s'appelait Chico Xavier. Je n'ai pas eu la chance de le rencontrer avant sa mort en
2002, mais je crois qu'il est unique parmi tous les autres médiums du monde, de
par ses publications psychographiques prolifiques. Né dans la province de Minas
Gerais en 1910, il se retrouva orphelin dès son plus jeune âge et fut victime
239
d'abus de la part de sa famille pendant son enfance. Peu après la mort de sa
mère, il commença à recevoir des visites de sa part sous forme d'esprit. Plus tard,
il fera la connaissance d'un guide qui se faisait appeler Emmanuel et dont Xavier
affirmait qu'il avait été sénateur romain, prêtre catholique et professeur à la
Sorbonne dans des incarnations antérieures.
Xavier publia près de 500 livres, tous supposément canalisés par des entités
décédées. Toujours modeste à propos de ces œuvres, Xavier ne s'attribua jamais
le mérite d'en être l'auteur. Ce qui est intéressant du point de vue de la
vérification, c'est le fait que beaucoup de ces entités décédées étaient connues, à
l’origine. Par ailleurs, beaucoup d'entre elles avaient écrit de leur vivant, ce qui
permit de comparer les styles. Parallèlement, Xavier signa physiquement un
certain nombre de documents, mais il les attribua à l'entité désincarnée. Ceux-ci
purent également être vérifiés en les comparant à des signatures existantes,
apposées sur des lettres et sur des reçus pendant de récentes incarnations.
Une étude fut publiée en 2014 dans une revue médicale à comité de lecture par
un groupe de professeurs de l'Université de Sao Paulo, et qui comparait les écrits
de Chico Xavier à ceux de l'auteur décédé. La recherche consista à analyser 13
lettres, connues comme étant celles d'un auteur appelé J.P., à la fois dans son
incarnation physique et dans les psychographies de Xavier. A partir de ces
documents, les chercheurs identifièrent 99 éléments que l’on put tester pour
comparer les documents de J.P., tant de son vivant que depuis sa mort. Ils
contactèrent également d'anciens amis et parents de l'entité décédée pour les
valider. Les résultats furent impressionnants. Les chercheurs en conclurent que
98 % des éléments comparés étaient pertinents (correspondance claire et
précise). Quant aux deux pour cent restants, on ne put les confirmer, mais aucun
ne s'avéra être une affirmation fausse ou inexacte.107
A peine connu en Amérique du Nord, Chico Xavier était très populaire au Brésil. Il
participa à plusieurs programmes télévisés, si bien qu'il existe encore des
enregistrements de ses prestations publiques. Il est intéressant de noter que la
107
AC Rocha, et al, “Investigating the fit and accuracy of alleged mediumistic writing: a case study of Chico
Xavier’s letters,” Explore (NY). 2014 Sep-Oct;10(5):300-8. doi: 10.1016/j.explore.2014.06.002., available at:
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25103071
240
veuve d'Humberto de Campos, un écrivain de renom passé de l'autre côté, intenta
une action en justice à l'encontre de Xavier, en prétendant sans succès que le
matériel psychographique provenait de son défunt mari et que les droits d'auteur
devaient donc lui revenir. Se basant sur la popularité auprès des téléspectateurs,
une émission de télévision du réseau SBT, diffusée en 2012, désigna Xavier
comme étant ‘’le plus grand Brésilien de tous les temps’’. A cela s'ajoutent des
routes, des timbres et des statues érigées en son honneur. C’est du jamais vu
pour n'importe quel autre médium, où que ce soit. Un excellent film sur sa vie,
simplement intitulé Chico Xavier, est disponible sur Internet.108
D'un point de vue scientifique, même dans des cas aussi extraordinaires que celui
de Chico Xavier, l'origine des communications par l'intermédiaire des médiums ne
peut pas être confirmée. Alors que la prépondérance des preuves suggérerait que
les sources peuvent être identifiées, ce que l'on ne peut pas éliminer avec
certitude, c'est qu'une forme de Conscience collective n'ait pas produit le
matériel, ni reproduit une source incarnée antérieurement. Voilà une hypothèse
très intéressante, qui constituerait un défi pour la science moderne.
Précisons qu'il est insensé de se fier aux déclarations d'un médium, par
opposition à ce que l'on sait être vrai. Il ne fait aucun doute que ces informations
peuvent être utiles à de nombreuses personnes, mais il faut savoir que même les
meilleurs médiums sont parfois dans l'erreur. Dans le meilleur des cas, ils ont
affaire à une communication imparfaite qui provient de sources que l'on ne
comprend pas parfaitement. Vérifier l'information par rapport à la vérité du terrain
devrait être une priorité, mais il y a un paradoxe, car ce que l'on croit être la vérité
de base peut aussi être imprécis.
Ce qui pose problème, c'est que les médiums s'engagent dans le divertissement,
en particulier les spectacles publics et les émissions de télévision. On sait que
ces phénomènes sont élusifs et qu’il est donc délicat pour un médium de toujours
fournir des informations précises. La réalité, c'est qu’ils peuvent parfois se
tromper. À la télévision, ce n'est pas souhaitable. D’ailleurs, les sceptiques
108
https://www.youtube.com/watch?v=ITDAwqbJ1WQ
241
déboulonneurs attendent toujours en coulisse pour s'emparer de toute erreur et
la considérer comme une preuve d'escroquerie.
Souvenez-vous qu'en tant qu'être spirituel vivant une expérience physique, vous
avez les facultés nécessaires pour recevoir tous les conseils dont vous avez
besoin pour diriger votre vie. Les médiums légitimes peuvent vous assister, mais
vous devez être conscient de leurs limites. Leur rôle n'est pas d'organiser votre
vie à votre place. Les médiums ne sont pas des diseuses de bonne aventure ; ils
communiquent avec ceux qui sont passés à un autre plan d'existence.
L’une des conférences les plus plaisantes à laquelle je participai un jour pendant
un séminaire consacré à la voyance s'intitulait : ‘’Mourir ne vous rend pas
spécialement intelligent.’’ Un de mes anciens commandants des forces spéciales,
le major Stan Olchovik, partageait ce sentiment. Comme beaucoup de membres
des forces spéciales de la première heure, Stan vécut en Europe de l'Est pendant
la Seconde Guerre mondiale. Originaire de Tchécoslovaquie, il se retrouva parmi
les millions de personnes déplacées et sans abri à la fin de la guerre. Il fut donc
envoyé dans un camp de personnes déplacées, où il resta pendant de nombreux
mois. Comme dans des camps similaires aujourd'hui, les occupants n'ont pas
grand-chose à faire et sont confinés sur place. Stan connaissait mon intérêt pour
ces phénomènes et me confia que pendant qu’ils étaient dans le camp des
personnes déplacées, ils passaient souvent leur temps à tenter d'entrer en
contact avec des entités désincarnées. Même s'ils semblaient parvenir à entrer
en contact avec quelque chose ou avec quelqu'un, Stan pensait que ‘’beaucoup
étaient des abrutis’’. Beaucoup trop de personnes qui demandent conseil à des
médiums s'attendent à ce que leur parent décédé soit devenu omniscient. Je
connais des gens qui demandent aux défunts de les aider à gagner à la loterie.
Sans succès jusqu'à maintenant.
D'un point de vue scientifique, la médiumnité est peut-être l'un des phénomènes
les plus compliqués à tester. Il y a pas mal de variables, et il n'y a pas de terrain
d'entente pour comprendre en quoi pourrait consister la continuation de la
conscience. On a proposé divers modèles de paradigmes post-mortem, mais
aucun n'a été universellement accepté, et il est probable qu'aucun ne le sera
242
jamais. La recherche de la vérité continuera d'être compliquée par les religions
officielles qui, pour plusieurs raisons, y compris économiques, préserveront leurs
marques, même face à des preuves qui contredisent certains de leurs principes.
243
CHAPITRE 17 : ‘’MAMAN, POURQUOI TUE-T-IL
CES GENS ?’’
Un peu timidement, la petite fille s'avança dans l'allée. Elle n'avait pas plus de six
ans. Ses cheveux blonds coupés court tressautèrent un peu, quand le prêtre lui
prit la main. Elle avait parlé à voix basse à sa mère, mais le prêtre avait entendu
sa remarque et il l'avait invitée à se joindre à lui. Alors, très légèrement, elle
toucha un adulte, un parfait inconnu, qui leur faisait face, et en un instant,
l'homme se retrouva allongé sur le sol, apparemment inconscient, comme frappé
par l'Esprit.
Je fus témoin de cet événement remarquable grâce à Ann Armstrong-Dailey, qui
est une femme extraordinaire. Nous nous rencontrâmes pour la première fois par
l’entremise de notre amie commune — présidente de mon comité de doctorat —
le docteur Elisabeth Kübler-Ross, peu après mon arrivée pour une mission au
Pentagone en ma qualité d'inspecteur général. Comme beaucoup le savent, c'est
à Kübler-Ross que l'on doit en grande partie l'introduction du concept d'hospice
aux Etats-Unis, depuis l'Europe. À l'époque, Ann travaillait pour la National
Hospice Organization (NHO) et elle tentait de sensibiliser le personnel à la
nécessité d'offrir des services aux patients pédiatriques.
Mais ses efforts furent infructueux auprès du NHO. Il est vrai que les patients
pédiatriques et leurs familles ont des besoins très différents de ceux des adultes
plus âgés. Il existe une différence qualitative dans l'implication émotionnelle des
travailleurs des services de soins palliatifs par rapport aux adultes et aux enfants.
C'est une chose d'accepter le fait que les personnes âgées meurent (et même
certains adultes plus jeunes), mais les enfants ne sont pas censés mourir.
Pourtant, chaque année aux États-Unis, on dénombre environ 8 000 décès
d'enfants âgés de 14 ans et moins. La principale cause de ces décès, c’est les
accidents, mais la réalité, c’est qu'il y a un nombre substantiel d'enfants en phase
terminale et qui ont désespérément besoin d’un soutien. Les besoins de leurs
parents et de leurs frères et sœurs sont tout aussi importants. Des études ont
démontré que de nombreux parents divorcent à la suite du décès d'un enfant. La
244
culpabilité et l'incrimination, bien que souvent injustifiées, ont tendance à
détruire les familles.
Sur la base de ce constat, Ann reconnut la nécessité d'une organisation qui serait
conçue spécifiquement pour soutenir les soins palliatifs pédiatriques. C'est ainsi
qu'est né Children's Hospice International (CHI), et Ann est sa directrice
fondatrice, une fonction qu'elle occupe encore aujourd'hui. Ce fut un privilège
pour moi de siéger au premier conseil d'administration aux côtés de mon mentor,
Mme Kübler-Ross, et d'autres grandes figures du mouvement des soins palliatifs.
De manière unique, CHI développa des programmes complets conçus pour traiter
la totalité de l'unité familiale, y compris le suivi au-delà de la vie de l'enfant.
La mise au point de CHI demanda un certain temps. Au cours de cette période, je
rencontrai Ann plusieurs fois, et elle prit conscience de mon intérêt pour les
expériences de mort imminente et d'autres phénomènes psychiques. Elle était
présente dans notre appartement pour la soirée de la séance de torsion des
métaux de Jack Houck, et expérimenta elle-même certains effets. Elle put aussi
observer l'épisode critique qui nous amena, le général Stubblebine et moi, à
prendre le processus très au sérieux.
Catholique fervente, Ann était une amie proche d'un prêtre local. À la suite d'un
accident de la route où sa voiture fut percutée par l'arrière, on lui diagnostiqua
une sclérose en plaques. Je n'entends pas suggérer une relation de cause à effet
entre les deux, mais cela fit ressortir un certain nombre de symptômes. Sous la
direction du prêtre, elle s'engagea aussi dans une démarche de guérison
spirituelle.
Un jour, Ann m'appela pour m'informer qu'un prêtre de la région de Boston allait
venir en Virginie du Nord, où nous habitions. Ce prêtre, le père Angelo Rizzo, était
bien connu comme guérisseur dans la communauté catholique. Dans ce contexte,
le diocèse distribuait des tickets pour éviter les débordements pendant l'office.
L'ami d'Ann, qui était prêtre, réussit à obtenir deux tickets, et elle me proposa de
l'accompagner. Ce que je ne sus pas avant des années plus tard, c'est qu'Ann
245
avait déjà participé à une autre cérémonie avec le père Rizzo, et qu'elle avait vu
sa vue s'améliorer de façon significative.
C'est un vendredi en milieu d'après-midi que nous arrivâmes à l'église SaintAntoine (pseudonyme) de Falls Church, en Virginie. Par l’entremise de contacts
d'Ann au sein de l'église, nous avions appris que l'évêque qui présidait le diocèse
ne se réjouissait guère de la présence de ce prêtre charismatique. La veille, il y
avait eu un service privé pour les prêtres locaux, et les tensions entre les factions
philosophiques étaient évidentes. De mon point de vue, la venue du père Rizzo
constituait une menace pour l’évêque, mais il fallait bien aller de l'avant, puisque
des centaines de tickets avaient été distribués et que l'intérêt et les attentes des
paroissiens étaient élevés.
Une fois entrés dans le sanctuaire de cette église traditionnelle romane, qui se
remplit rapidement, nous prîmes place dans la nef, à une dizaine de rangées
depuis l'arrière. Les bancs en bois de chêne clair étaient bien alignés pour
accueillir l'assemblée. Ann choisit de s'asseoir à gauche, tout près de l'allée, et je
m'installai à côté d'elle. Nous étions bien placés pour observer l'office qui allait se
dérouler. N'étant pas catholique moi-même, je ne savais pas trop à quoi
m'attendre, si ce n'est qu'il serait sans doute assez rigide et formel. Jamais, dans
mes rêves les plus fous, je n'aurais pu imaginer ce qui allait se passer.
L'église était comble, et même un peu plus. On entendait les notes d’une douce
musique d'orgue et les gens chuchotaient en se bousculant pour obtenir les
places restantes. La musique changea pour annoncer l'arrivée de l'évêque et de
son entourage, composé d'une douzaine de prêtres. Ils s’installèrent sur l'estrade
et le service commença. L'évêque fit d’abord quelques commentaires de
circonstance, puis présenta l'attraction principale, le père Rizzo.
Alors âgé d'une quarantaine d'années, le père Rizzo avait déjà passé plusieurs
décennies comme missionnaire au Brésil, ce que je ne savais pas à l'époque.
246
Pendant son séjour au Brésil, il apprit les arts charismatiques de la guérison
spirituelle et il écrivit un livre sur ses expériences.109
Sur l'estrade, il faisait beaucoup plus jeune que son âge, vêtu de la traditionnelle
soutane noire avec son col blanc caractéristique. Rasé de près et les cheveux
bruns coupés courts, il ressemblait au modèle télévisé du prêtre catholique local.
N’ignorant pas que son public était venu pour les guérisons, il fut très bref dans
ses commentaires préliminaires. J'ai oublié depuis longtemps les détails, mais il
souligna les rapports entre le corps et l'esprit. Le corps développe parfois des
symptômes, qui sont des métaphores physiques indiquant qu'une guérison est
nécessaire à un autre niveau, dit-il.
A la fin de son intervention, le père Rizzo demanda à tout le monde d'être patient.
Il allait bénir tout le monde ; il n'était pas nécessaire de se précipiter sur
l'estrade. Fidèle à sa parole, il descendit auprès des gens et il bénit toutes les
personnes qui le désiraient. Comme il y avait des centaines de personnes qui
réclamaient cette bénédiction, le service dura plus d'une heure.
Instantanément, après qu’il eut touché la première paroissienne, celle-ci tomba à
la renverse. En prévision de sa réaction, la dame fut rattrapée, puis allongée en
toute sécurité sur le sol, et elle demeura immobile pendant plusieurs minutes,
après avoir été “touchée par l'Esprit’'.
La formule ‘’touché par l'Esprit’ ’désigne un phénomène propre au pentecôtisme
et au mouvement charismatique, en vertu duquel une personne est gagnée par le
Saint-Esprit. L'expérience est une expérience temporaire, pendant laquelle
l'individu s'évanouit, bien que ses facultés de pensée et de volition restent
intactes. Le phénomène se produit, lorsqu'une personne charismatique, déjà
possédée par l'Esprit, impose ses mains sur la tête d'une autre personne. On
considère qu'il s'agit là du signe extérieur d'une manifestation spéciale de la
grâce divine.’’110
109
Fr. Angelo Rizzo, Fr. Angelo Rizzo Speaks: I Believe; Using Mind Power; We Are All Healers, Healing Arts
Press, 1980
110
Catholic Culture, https://www.catholicculture.org/culture/library/dictionary/index.cfm? id=36520
247
Le père Rizzo continua sur sa lancée, en bénissant et en touchant légèrement
chaque personne sur le front. Ceci eut le même effet sur les hommes et les
femmes. La plupart tombèrent, mais quelques-unes titubèrent jusqu'à leurs
bancs. Chaque contact ne dura que quelques secondes et, en quelques minutes,
des corps gisèrent partout sur le sol.
Alors que le père Rizzo remontait l'allée, nous pouvions clairement observer le
processus. Il se trouvait deux rangées devant nous, lorsque j'entendis la petite
fille se tourner vers sa mère et lui demander : ‘’Maman, pourquoi tue-t-il ces
gens ?’’ Quoiqu’elle n'ait pas parlé fort, le père Rizzo avait aussi entendu la
remarque. Il se tourna vers elle pour lui dire : ‘’Oh non, je ne les tue pas !’’ Il
demanda alors à la petite fille effarouchée de se joindre à lui, et elle s'avança
obligeamment dans l'allée. Une fois-là, il lui prit la main pour toucher la personne
suivante. Comme les autres avant elle, celle-ci fut touchée par l'Esprit, tomba à la
renverse et fut délicatement allongée sur le sol. La petite fille toucha ensuite une
autre personne, puis une autre, chacune d’elle réagissant de la même façon à son
contact.
D'une façon ou d'une autre, le père Rizzo avait transféré à cette petite fille sans
prétention le pouvoir de provoquer un changement significatif dans leur état de
conscience, et je l'entendis lui dire sagement : ‘’Écoute, on ne peut pas jouer avec
ça !’’ Alors qu'elle continuait à avancer, la formule ‘’tomber comme des mouches’’
me vint à l'esprit. La petite fille continua encore pendant de nombreuses minutes,
et chaque contact avait le même effet.
Ne sachant rien de cette petite fille, hormis mes observations du jour, il m’est
impossible de dire comment ceci l'a affectée ou si elle avait déjà vécu des
expériences quelconques. Ill serait plus intéressant de savoir si elle a continué à
avoir ces expériences, après avoir quitté l'église, ce jour-là.
Il convient de noter que ces expériences ne sont pas exclusivement catholiques,
mais qu'elles sont aussi assez courantes dans certaines confessions chrétiennes
évangéliques. On ne comprend pas exactement ce qui se passe, même si
beaucoup d’explications ont été avancées. Une hypothèse veut que les foules
248
sont hypnotisées et sensibilisées aux suggestions du pasteur. Dans le cadre
d'une certaine théâtralisation évangélique, on intègre ces éléments dans le
spectacle. De la musique répétitive, avec des thèmes comme la chanson ‘’He
touched me’’ bombarde l’assistance. Puis, il y a des manœuvres psychologiques ;
il faut considérer que les personnes présentes ont une prédisposition à être
influencées, autrement elles ne seraient pas présentes.
Il y a des divisions religieuses à propos de l'efficacité de l'invocation de cet
Esprit. Certains pensent que si les effets sont réels, ils n’émanent pas de Dieu,
mais plutôt d'une source maléfique, comme Satan. Ceux-là mettent en garde
contre la tentation de se livrer à ces activités, de crainte d'être possédé. Il y a
également débat sur la question de savoir si les écritures bibliques permettent ou
autorisent de tels événements.
Plusieurs décennies plus tard, nous invitâmes l’unique prêtre jésuite de Las
Vegas à déjeuner pour discuter de la position de l'Église sur l'impact du contact
par l'Esprit. Quand bien même il ne connaissait pas le père Rizzo, il nous informa
qu'au cours des années 1980, quand cet événement avait eu lieu, l'Église
catholique comptait quelques prêtres qui s’adonnaient à des activités de guérison
de cet ordre. Le père Rizzo, décédé en 2012, n'était pas le seul à démontrer de
telles capacités. Il y en avait d'autres, comme le père Ralph DiOrio, qui oeuvra
dans ce sens jusqu'à son départ à la retraite en janvier 2017.
Le ministère de l'évangéliste guérisseuse américaine, Kathryn Kuhlman fut à
l'origine d'un mouvement populaire au 20ème siècle. Sans formation théologique,
elle attirait un large public. Elle entreprit ses croisades de guérison en 1933 et,
avec l'arrivée de la télévision, elle créa la série I Believe in Miracles.111
Controversé et non corroboré par des preuves, le ministère prétendit avoir guéri
plus de deux millions de personnes. En revoyant les films de ces événements, on
s'aperçoit qu'à certains moments, elle semble aussi amener les gens à être
touchés par l'Esprit. Dans tous les cas que j'ai pu observer, elle s'adresse
directement au patient et généralement en appuyant sur son front.
111
Kathrine Kuhlman, I Believe in Miracles, Bridge-Logos Publishing, update 1992
249
L’un de ses disciples, Toufik Benedictus Hinn, plus connu sous le nom de Benny
Hinn, fit passer cette forme d'art à un autre niveau. Pendant les événements qu'il
organise, il arrive fréquemment que des personnes dans l'assistance tombent par
terre. Avec l'anticipation qui grandit, Hinn s'anime de plus en plus. On le voit
parfois enlever sa veste et l'agiter vers les spectateurs qui tombent alors à la
renverse. Plus impressionnant encore, on le voit sur scène balayer de la main le
public, et les gens tombent alors par dizaines, voire par centaines.112
Les sceptiques rejettent généralement la totalité du processus. Certains
évoqueront le risque que des patients gravement malades refusent une aide
médicale qualifiée en faveur d'une guérison par la foi. Il s'agit toujours d'un
danger qu'il convient d'éviter. D'autres assurent qu'il existe une explication
physique, que le guérisseur sait où se trouvent les nerfs crâniens et qu'il
provoque ainsi une réaction du corps par une pression directe.
Même s'il y a une part de vérité dans ces hypothèses, celles-ci n'expliquent pas
ce que j'ai pu observer à Falls Church, en Virginie, il y a trente ans. En admettant
même une prédisposition psychologique de la part de certains paroissiens, cela
n'explique pas ce qu'a fait cette petite fille. La manière dont le père Rizzo a pu lui
transmettre ses capacités est également mystifiante. Aucune consigne ni aucune
instruction n'a été donnée. Il a simplement pris les mains de la petite fille et, à
son contact, des personnes sont tombées en arrière, touchées par l'Esprit.
112
On peut trouver de nombreuses vidéos. Il suffit de chercher Benny Hinn dans la rubrique vidéos.
250
CHAPITRE 18 : ‘’ALLEZ EN ENFER !’’
De l'autre côté de la rivière Chattahoochee, entre Ft. Benning et Columbus, en
Géorgie, se trouve Phenix City, en Alabama. Il s'agit d'une petite ville pittoresque
du sud, où se serait déroulée la dernière bataille de la guerre de Sécession. Plus
tard, dans les années 1940 et 1950, la ville gagna la réputation d'être un havre
pour le crime organisé et la corruption. C'est peut-être ce qui provoqua
l'expérience anormale que je vécus là : ma rencontre physique avec un fantôme.
La manière dont cela se passa fut l'aboutissement d'un certain nombre de
circonstances improbables.
Pendant l'année académique 1971-1972, on m'envoya suivre le cours avancé
d'officier d'infanterie à Fort Benning, en Géorgie. Les instructeurs avaient du mal
à retenir l'attention des étudiants. Presqu’exclusivement, nous étions des
capitaines qui venaient de combattre au Viêt Nam, et nous allions sans doute
retourner en Asie du Sud-Est, au bout de ce cours de neuf mois. Il s'avéra que
notre classe fut la première depuis plusieurs années à pouvoir bénéficier d'un
éventail plus large d'affectations, mais nous nous disions : ‘’Que vont-ils faire,
nous renvoyer au Viêt Nam ?’’ Le programme n'était pas super intéressant sur le
plan académique et la majorité d'entre nous recherchaient d'autres activités.
Pour me distraire, je m'inscrivis à un cours du soir de parapsychologie sans crédit
donné par le professeur Charles Logue au Columbus College,113 et je me liai
d'amitié avec une femme de la région qui s'appelait Janet (un pseudonyme). Elle
et quelques amis formaient un petit groupe qui organisait des réunions
semblables à des séances de spiritisme, quoiqu'ils n'auraient sans doute pas
qualifié ainsi leurs efforts.
Il se trouve que Janet était un médium en devenir qui pouvait facilement entrer en
transe sous hypnose. Elle paraissait avoir accès à des vies antérieures et à
d'autres sources de données uniques. Le groupe utilisait un instrument qui attira
mon attention : une planchette, qui ressemblait à la pièce mobile d'une planche
113
Maintenant la Colombus State University
251
Ouija, sauf que le devant contenait un stylo qui écrivait les messages.114 C'était
nettement plus rapide que l'approche laborieuse du Ouija, qui consistait à épeler
chaque lettre une à une. La vitesse d'écriture des messages était donc
extrêmement rapide. La plupart des messages reçus étaient fort génériques et
semblables à d'autres écrits New Age. Avec Janet, il y avait souvent des
messages sur l'Égypte ancienne et Néfertiti. Au moins une fois, elle se mit
subitement à parler français, en évoquant des événements anciens survenus
dans le sud de la France. Ces séances étaient systématiquement enregistrées
pour la postérité.
En transe légère, Janet pouvait faire voler la planchette, et les messages étaient
transcrits sur du papier que l'un des autres participants mettait de côté. Quand je
l'ai rejoint, le groupe était actif depuis plusieurs années, et il s'était doté de ses
propres protocoles. Pour la plupart, les messages étaient de nature générique, et
suggéraient que les humains devraient être gentils, se préoccuper de
l'environnement et ne pas causer la fin de la civilisation. Bien que les messages
aient pu sembler intéressants sur le moment, il n'y avait rien de vérifiable dans le
texte. Cela dit, il m'arriva d'observer Janet remplir des pages qui semblaient n'être
que des gribouillages incohérents. Et puis, subitement, avec quelques derniers
traits habiles, une image entière apparaissait clairement. Il me semble toujours
fort improbable qu'elle ait eu une capacité artistique unique ou qu'elle ait feint
ces psychographies.
Les cours de Logue étaient modérément intéressants, mais très ordinaires pour
de la parapsychologie. L'art de psychiquement dissiper les nuages est l'une des
qualifications que j'eus l’opportunité d'acquérir grâce à lui. Il est illustré par
George Clooney, un mélange de plusieurs personnages de la vie réelle dans Les
chèvres du Pentagone. Le film s'inspirait d'un livre malheureux du même nom, qui
contenait un minimum de vérité et qui la dilua considérablement — et on en tira
un film.115 On peut trouver des noms réels dans ce livre, alors même que le
postulat de base, à savoir que des chèvres peuvent mourir à force d'être scrutées,
n'a aucun sens. Et pour ceux qui ont vu le film, le général qui était mon patron, le
114
Pour plus d’informations, voir http://www.mysteriousplanchette.com/History/history1.html
On peut trouver des détails sur l’histoire vraie qui se cache derrière Les chèvres du Pentagone sur mon site
web : http://www.johnbalexander.com/articles
115
252
major général Albert Stubblebine, n'essaya jamais dans la vraie vie de traverser
un mur solide en courant !116
En revanche, il y a du vrai en ce qui concerne la dissipation psychique des
nuages, même si c'est extrêmement difficile à prouver scientifiquement. Le
processus que Logue nous enseigna impliquait de sélectionner un nuage à
dissiper, puis d’ordonner mentalement au nuage de se désagréger. Je réalisai que
viser le nuage et souffler fonctionnait, du moins parfois ! Si cela semble imprécis,
c'est que ça l'est. Je n'ai jamais vraiment compris ce que je faisais. C'est un peu
comme faire du vélo : lorsque vous y parvenez, vous le savez, et cela se fait sans
effort.
Quelques mois après avoir rejoint le groupe de Columbus, nous apprîmes
l'existence d'une maison hantée à Phenix City. Le résident actuel avait des
problèmes avec des bruits, et il racontait qu'il voyait parfois des entités
désincarnées. Leur présence n'était pas agréable et le résident désirait qu'elle
cesse. Le résident se demandait si l'homme qui était mort dans la maison dans
des circonstances mystérieuses n’était pas impliqué dans la hantise actuelle.
Sans rien promettre, le groupe accepta de visiter la maison. C'est ainsi qu'un soir
convenu, trois d'entre nous s'aventurèrent de l'autre côté de la rivière et se
rendirent sur le site de cette maison présumée hantée. Cette maison était haute
de deux étages et sa construction remontait à plusieurs dizaines d’années. Le
bâtiment en bois brun, avec son porche ouvert à l'avant et son porche arrière
protégé par une moustiquaire, avait connu des jours meilleurs. L'architecture
intérieure était un peu étrange, car il y avait des pièces inaccessibles par des
fenêtres ou des portes extérieures.
116
Mon ami Bert Stubblebine est décédé le 6 février 2017, alors que j'écrivais ce livre. La scène où on le voit
courir et foncer dans un mur dans le film n'a aucun sens. Par contre, il était très allergique aux piqûres
d'abeilles. Il était donc soigné au Walter Reed Army Medical Center, où il recevait de nombreuses piqûres. Il se
préparait mentalement en reconnaissant que les atomes dans l'aiguille étaient essentiellement de l'espace vide
et qu’il en allait de même pour ses tissus. C'est ainsi qu'il visualisait les atomes de l'aiguille glissant entre les
atomes de son corps. Il ne devrait donc pas la sentir. Il s'agissait là d'un exercice purement mental.
253
Le propriétaire était là pour nous accueillir et nous pria d'entrer, et la première
réaction de Janet fut claire et troublante. Elle sentit tout de suite qu'une femme
était décédée dans le salon dans des circonstances pénibles et longues en raison
d'un cancer. Comme les chambres étaient toutes situées au deuxième étage, le
salon avait été provisoirement reconverti pour la femme. Nous n'avions pas été
informés de l'existence de cette femme, ni de sa maladie avant notre arrivée.
L'évaluation immédiate et correcte de la situation par Janet impressionna le
propriétaire.
Même si ce n'était pas ce qu'on nous avait demandé d'évaluer, Janet pensait que
certains des événements en cours étaient liés à la femme décédée. Des enfants
avaient rapporté avoir vu des têtes effrayantes flotter dans la pièce, le soir, à
l'occasion d'une visite. Ces apparitions avaient fait peur aux enfants, qui
refusaient d'encore rester là.
On nous conduisit ensuite à l'étage dans l'une des chambres du deuxième étage
où l'homme était décédé. On nous dit qu'il avait été violemment battu, alors qu'il
se trouvait sur le porche arrière du rez-de-chaussée. Depuis cet incident, la
maison avait été rénovée. Elément très particulier, l’une des anciennes chambres
était maintenant complètement condamnée. Comme il n'y avait pas de porte de
communication, l’unique moyen d'y accéder était de pénétrer dans le grenier par
un accès au plafond, puis de ramper à quatre pattes jusqu'à un accès du même
acabit situé au-dessus de cette chambre désormais condamnée, et se laisser
littéralement tomber à l'intérieur.
Le propriétaire nous dit qu'il ne l'avait fait qu'une seule fois. En se servant d'une
bougie pour s'éclairer, il s'était frayé un chemin dans le grenier et il avait rampé
en poussant la bougie. Mais avant qu'il ne puisse descendre dans la pièce, la
flamme augmenta brusquement, s'arqua vers le bas et brûla le dos de la main qui
tenait la base de la bougie. Il n'avait pas d’explication, en ce qui concerne le
comportement de la flamme. Malgré la brûlure, il continua à avancer et réussit à
pénétrer dans la pièce scellée. Il rapporta qu'à l'exception de quelques papiers
datant d'une vingtaine d'années, il n'y avait rien de remarquable dans la pièce,
hormis l'absence de porte ou de fenêtre.
254
D'autres parties du deuxième étage avaient également été transformées. Alors
que je me tenais le dos au mur, je sentis tout à coup comme une poussée dans le
dos. Janet me dit qu'elle pouvait voir une grande entité sombre qui se profilait
directement derrière moi. Le propriétaire précisa que je me tenais maintenant
exactement à l'endroit où se trouvait la porte de la pièce auparavant.
L'expérience fut fort déplaisante et Janet dit qu'elle était physiquement attaquée
par une entité invisible très contrariée par notre intrusion. Nous capitulâmes et
résolûmes de redescendre pour procéder à une brève séance de spiritisme. La
pièce choisie se trouvait au centre de la maison et n'avait ni porte, ni fenêtres
extérieures. Ce fait allait devenir très important, quelques minutes plus tard.
À l'aide de la planchette, Janet commença à recevoir des messages détaillés qui
provenaient de la victime masculine, selon elle. Depuis son état désincarné, celleci nous informa de ce qui s'était passé, en ce jour fatidique. Si tout le monde
savait que l'agression avait eu lieu sur le porche arrière, elle signala qu'il y avait
eu une seconde agression, avec un agresseur différent. C'est la seconde
agression qui fut fatale. L'agresseur n'avait jamais été arrêté, principalement
parce que personne ne savait qu'il y avait eu plusieurs agressions.
Si peu d'informations étaient vérifiables, ce qui arriva ensuite défie toute
explication, et nous en fûmes tous des témoins de première main. Tout à coup, la
porte intérieure de la pièce où nous nous trouvions s'ouvrit brusquement, et
l'écriture sur la planchette changea spectaculairement. En caractères gras et
abruptement, le message ‘’Allez en enfer !’’ apparut sur la page. L'écriture était
très différente de toutes les transmissions précédentes que j'avais vues. Puis la
porte claqua. Elle ne fut pas simplement refermée, mais très clairement claquée,
comme par une personne très en colère. Et pourtant, il n'y avait pas d’autre
personne physique présente.
Ayant travaillé avec Janet pendant plusieurs mois, je m'étais familiarisé avec
l'écriture automatique qu'elle produisait. Ceci ne ressemblait à rien de ce que
nous avions vu auparavant. Je suis personnellement convaincu que ce n'était pas
volontaire de sa part. En fait, elle paraissait effrayée par cette intrusion
255
spontanée intempestive. Le message fut pris comme une menace et comme une
indication que nous avions maintenant affaire à un autre genre d'entité.
Ce qui distinguait cet épisode des psychographes ou de l'écriture automatique
plus courante, c’était les interactions physiques avec la porte. Comme indiqué
précédemment, cette pièce n'avait ni sortie extérieure, ni fenêtres. On fouilla les
pièces adjacentes. Toutes les ouvertures étaient fermées. Ni le vent, ni la gravité
ne pouvaient expliquer les mouvements de la porte, et même si un courant d'air
avait ouvert la porte, cela n'expliquerait pas sa fermeture violente.
Indépendamment de la controverse légitime concernant l'existence d'entités
désincarnées, comment la science pouvait-elle expliquer les actions physiques de
la porte directement liées à l'écriture du message ? Le lendemain, Janet signala
que des ecchymoses étaient apparues sur son corps aux endroits où elle disait
avoir été frappée par l'entité. Elle ne consulta aucun médecin pour ces
ecchymoses.
Il s'agissait là d'une expérience de première main avec un esprit. Jamais
auparavant, je n’avais eu ‘’l’impression’’ d'avoir été physiquement bousculé par
un fantôme et je n’ai plus eu cette ‘’impression’’ depuis lors.
256
CHAPITRE 19 : ACCÉDER AU MONDE DES ESPRITS
La croyance relative aux esprits et aux mondes extradimensionnels est en réalité
très répandue. Malheureusement, la plupart des scientifiques formés dans les
universités occidentales nient l'existence physique de tout ce qui est non
matériel. Ils ignorent tout simplement les observations, et même les données
concrètes, qui prouvent que nous sommes plus que des corps physiques en
voyage singulier transitant par la réalité consensuelle.
Ce chapitre aborde plusieurs expériences personnelles qui soutiennent fortement
le concept d'un univers multidimensionnel. Tout comme les astronomes ne
cessent de découvrir de nouvelles étoiles, planètes et autres corps célestes, les
chercheurs trouvent de plus en plus d'éléments suggérant la réalité de
dimensions non découvertes. Avant l'arrivée du télescope spatial Hubble, la
majorité des nouvelles découvertes n'étaient pas visibles, car on ne disposait pas
de systèmes de capteurs capables de détecter leur existence.
En octobre 2018, une fusée Ariane 5 de l'Agence spatiale européenne devrait
mettre en orbite le télescope spatial James Webb. Quand cela sera le cas, il est
certain que nous découvrirons encore plus de choses sur les confins inconnus de
l'univers. Ce que nous découvrirons existe déjà ou, dans certains cas, au regard
des immenses distances, a déjà existé mais s'est éteint avant que nous n'en
fassions l'observation.
À l'autre extrémité du spectre physique, nous pouvons maintenant faire des
observations à l'échelle nanométrique, ce qui était impossible auparavant. Le
Laboratoire National Lawrence Berkeley du Département de l'Energie a
récemment mis en service un microscope électronique capable de produire des
images d'une résolution égale à la moitié de la largeur d'un atome d'hydrogène. Il
s'agit pour l'instant du microscope le plus puissant au monde, mais un autre sera
un jour disponible avec une résolution encore meilleure. Avec le grand
collisionneur de hadrons117, des recherches sont menées pour trouver la particule
117
Pour plus d'informations sur le grand collisionneur de hadrons, consulter le site web :
https://home.cern/topics/large-hadron-collider
257
de Dieu118. Nous pensions autrefois qu'il s'agissait du boson de Higgs, mais on
nous a rapidement informés que des pentaquarks encore plus petits avaient été
découverts. Oui, ces particules ont toujours existé, mais elles étaient simplement
invisibles, faute de disposer des instruments nécessaires pour les observer.
Je soutiendrai ici qu'il existe de solides indications par rapport à l'existence d'un
ou de plusieurs mondes spirituels. Ceux-ci sont généralement méconnus, parce
que le monde occidental a adopté un système de croyance matérialiste qui ne
permet pas d'envisager d'autres dimensions. Je vais fournir une petite partie des
preuves qui corroborent non seulement l'existence de mondes spirituels, mais
aussi des indications selon lesquelles ils peuvent interagir et interagissent parfois
avec notre version de la réalité consensuelle, celle dans laquelle nous vivons tous
les jours. Le problème est que la plupart des scientifiques refusent même
d'envisager cette possibilité ou de prendre en compte ces données.
LA DÉESSE MÈRE AYAHUASCA
Le soleil se couche vers 18 heures quotidiennement près de l'équateur. En 2000,
la sécurité était laxiste, et l'aéroport d'Iquitos, au Pérou, était particulièrement
chaotique, et le fait que nous ne sachions pas qui nous cherchions n'aidait pas.
Par bonheur, un gringo, qui mesurait plus d'un mètre quatre-vingt-dix, Howard
Lawler sortait du lot. Les indigènes vivant près du fleuve Amazone ont tendance à
être beaucoup plus petits et, bien sûr, plus foncés.
Cela serait notre toute première aventure dans la forêt amazonienne pour
explorer les visions légendaires associées à l'ayahuasca. Notre moyen de
transport, une camionnette Volkswagen bleue délabrée avec un pare-brise
gravement fissuré, n'inspirait guère confiance. À l'époque, il y avait peu de vols
entre Lima et Iquitos, et les huit participants aux cérémonies arrivèrent donc
simultanément. Les présentations furent brèves, puis nous nous mîmes en route
sur les routes cahoteuses qui mènent au fleuve. La circulation était dense, avec
surtout des tuk-tuks, ces engins à trois roues qui constituent le principal moyen
118
Leon Lederman, The God Particle: If the Universe Is the Answer, What Is the Question?, Bantam Press, 1993
258
de transport local dans beaucoup de pays en voie de développement. Moins d'une
heure plus tard, notre matériel était embarqué sur deux bateaux à faible tirant
d'eau, et peu de temps après, nous nous enfonçâmes dans l'obscurité qui
promettait une transformation quasi mystique. Les moteurs hors-bord
vrombissaient et un jeune assistant dirigeait le faisceau d’une lampe torche
pendant que nous manœuvrions dans le courant.
Près d'Iquitos, le puissant fleuve Amazone est plutôt trouble et encombré de
débris de toutes sortes qui flottent en direction de l'océan Atlantique, à près de
3 700 km en aval. Les embarcations doivent éviter de grosses branches d'arbres
et d'autres objets qui pourraient provoquer d’importants dommages. Bientôt, la
voie d'eau se rétrécit en entrant dans un affluent, le Rio Nanay. Là, le faisceau
lumineux fit ressortir des reflets d'yeux qui nous observaient, juste au-dessus de
la surface de l'eau. Nous ne savions pas exactement de quels animaux il
s'agissait, mais nous n’aspirions certainement pas à nous joindre à eux.
Une demi-heure plus tard, nous nous approchions d'une rive abrupte et boueuse,
et perchée à une dizaine de mètres au-dessus de nous, en retrait d'une trentaine
de mètres, se trouvait l'entrée du campement. Sans électricité, le bâtiment
principal sur pilotis était éclairé par de petites lampes à huile vacillantes. La
scène, décorée de sarbacanes et d'accessoires à plumes provenant de la jungle,
appelait à la transformation. Elle était plus exotique que n'importe quelle
production hollywoodienne et elle laissait présager les expériences numineuses à
venir. Même si l'ayahuasca est une expérience intérieure, cette introduction me
convainquit que le cadre fait bel et bien une différence.
Howard était un hôte attentif, mais il était le seul à avoir l'anglais pour langue
maternelle. Il parlait aussi couramment l'espagnol. Ayant la double nationalité, il
était marié à une Péruvienne et possédait une maison confortable en ville. En tant
qu'unique traducteur, il était constamment sollicité et il devait répondre à un
millier de questions. Cette expérience était tellement éloignée de notre réalité
occidentale que cela prendrait du temps pour qu'elle s'intègre pleinement dans
notre conscience.
259
Pas d'électricité signifiait pas de réfrigération. Il y avait parfois un peu de glace,
mais comme les températures dépassaient les 30°C, jour et nuit, elle fondait
vite. La cuisine se faisait à l'extérieur, sur le sol, à l'intérieur d'un cercle de pierres
qui rappelait davantage un feu de camp qu'une cuisine. La nourriture était très
simple, le régime de l'ayahuasca étant généralement observé. Victoria avait
commencé le régime, un mois avant notre arrivée, mais elle avait l’habitude d’un
régime très strict.119 Le régime prescrit excluait le sel, le sucre et quasiment tout
ce que nous pensons être bon au goût. Il y avait beaucoup de poisson, de
bananes et de papayes. Le riz était importé et constituait également un aliment
de base. L'alcool était interdit. En plus de ne pas être gastronome, la Mère
Ayahuasca demande aussi qu'il n'y ait pas de relations sexuelles pendant la
période de l'ayahuasca.
La première nuit fut magique. En arrivant dans l'obscurité, nous ne pouvions
qu'imaginer les alentours. En descendant du bateau, je fus surpris par l'absence
d'insectes. J'appris ultérieurement que les moustiques qui pullulent dans la région
sortent en masse vers le coucher du soleil, mais qu'ils disparaissent rapidement.
Le sommeil viendrait facilement, car nous avions voyagé sans interruption
pendant plus d'une journée, avec seulement une courte escale dans la capitale,
Lima. Nous étions maintenant immergés dans un monde de sons nouveaux. La
région était authentiquement vivante, et des aventures nous attendaient.
Par rapport à l'ayahuasca, Victoria était curieuse et prête à faire preuve d'une
grande foi et à passer à l'acte. De par mes habilitations de sécurité de haut
niveau, je choisis d'être un observateur, un rôle qui nous a bien servis au cours de
nos nombreux voyages, depuis lors. En de rares occasions, j'en ai ingéré juste
assez pour comprendre l'expérience. De nombreux films ont vainement tenté de
rendre compte des visions vivantes qui accompagnent l'ayahuasca. La
représentation la plus proche que j'ai vue est celle du film à succès, Avatar, de
James Cameron ; il y a beaucoup de spéculations sur le fait qu'il ait pu utiliser
l'ayahuasca à un moment ou à un autre.120
119
http://www.ayahuasca.com/science/what-foods-and-drugs-need-to-beavoided/
James Cameron, Avatar, produit par Lightstorm Entertainment, Dune Entertainment, Ingenious Film
Partners. Le film a rapporté plus de 2,8 milliards de dollars. De plus amples informations sont disponibles ici :
http://www.avatarmovie.com/index.html
120
260
L'ayahuasca est un remède qui existe depuis des millénaires. Il s'obtient à partir
du mélange de certaines plantes, mais il existe de nombreuses variantes. Comme
nous pûmes l'observer, l'ingrédient principal était la plante indigène
Banisteriopsis caapi — ‘’la vigne de l'âme’’. En fonction de leur formation et du
résultat escompté, les chamans ajoutent d'autres substances ; les feuilles de
Psychotria Viridis sont un ajout courant. Une fois mélangées, ces substances
produisent un psychotrope. Le processus peut nécessiter plus d'une journée.
Dans notre campement, nous pûmes observer nos chamans, Hermana Mari et
Don Romolo, qui remuaient consciencieusement le chaudron en ébullition.
Pendant que la marmite bouillait, ils y ajoutèrent un autre élément traditionnel :
ils chantaient leurs icaros, tout en opérant. Les icaros sont des chants sacrés qui
sont donnés à chaque chaman au fur et à mesure de sa formation. Ils peuvent se
ressembler, tout en étant généralement propres à chaque personne.
On sait que la substance psychoactive de l'ayahuasca est la diméthyltryptamine,
ou DMT comme on l'appelle communément. La plupart des scientifiques pensent
que les réactions sont le fruit d’interactions entre des substances qui stimulent le
cerveau. En ce qui me concerne, je ne crois pas que la psychopharmacologie
explique à elle seule les expériences dérivées de l'ayahuasca, car j'ai vu des
personnes ingérer de grandes quantités de ce breuvage avec peu ou pas d'effet,
alors que d'autres en ont consommé une dose très légère qui a entraîné des
expériences transformatrices.
Le dîner fut très léger le soir de notre première cérémonie, et avec raison,
puisque l'ayahuasca provoque un processus de purge intense. Quelques minutes
après avoir bu la coupe, votre estomac commence à se sentir mal à l'aise.
Rapidement, des crampes apparaissent, qui sont souvent suivies d'une
régurgitation. Bien que cela soit déjà désagréable, il n'est pas rare que le
participant se mette à se précipiter à la selle. La majorité des chamans
authentiques ont des assistants qui aident ceux qui en ont besoin à se rendre
jusqu’aux toilettes adjacentes. La purge est une partie importante du processus
de nettoyage et prépare à recevoir les visions. C'est également l'une des raisons
pour lesquelles je suis convaincu que l'ayahuasca ne deviendra jamais une
drogue récréative.
261
Notre cérémonie initiale commença bien après la tombée de la nuit. Bien qu'elle
se déroula à l'intérieur, la forêt avoisinante garantissait une forme d'obscurité
enveloppante, qui chassait tous les vestiges du monde extérieur. À la lueur des
lanternes, nous nous assîmes en demi-cercle face à Don Romolo et à Hermana
Mari. De gros cigares de tabac indigène furent allumés. Avec une invocation
rappelant celle d'un service catholique romain, les chamans récitèrent des
prières. En circulant dans toute la pièce, ils soufflèrent une quantité considérable
de fumée pour purifier l'endroit et conférer une protection spirituelle à ce qui
allait suivre. En tant que non-fumeur invétéré, ce fut pour moi la partie la plus
désagréable du programme.
Puis, chacun s'avança silencieusement et accepta le gobelet qui lui était
présenté. Don Romolo les remplissait à partir d'une bouteille de soda en plastique
de trois litres qui contenait maintenant l'infusion concentrée. La quantité fournie
variait en fonction de ce que le chaman estimait être la quantité appropriée pour
chaque personne. Puis, le destinataire faisait une prière silencieuse ou invoquait
son intention pour le trip qu'il allait entreprendre. L'ingestion de cette médication
au goût ignoble constituait un énorme défi. La plupart l'avalaient d'un trait pour
en finir le plus vite possible, et il était courant d'avoir des haut-le-coeur.
Aucune explication, aucune instruction ne peut vous préparer aux événements qui
allaient suivre. Une fois la dernière personne servie, on éteignit les lampes à
pétrole, puis nous nous assîmes en silence, en ne sachant pas à quoi s’attendre.
Peu de temps après, on entendit alors les bruits reconnaissables de participants
qui commençaient leur processus de purification en vomissant dans les bols en
plastique qui leur avaient été fournis. Les chamans entonnèrent leurs chants
mélodiques, les icaros. Ce processus allait se poursuivre de manière
ininterrompue pendant plusieurs heures.
Bien qu'assis dans l'obscurité totale, nous commençâmes à percevoir
psychiquement de brefs éclairs de lumières extraordinairement colorées, avec
des teintes qui n'avaient encore jamais été imaginées par des artistes.
L'expérience commençait et la Mère Ayahuasca était à la baguette. Elle se
poursuivit pendant les six à huit heures suivantes, puis diminua lentement. Même
262
si les visions étaient intenses, les participants gardaient le contrôle actif de leur
esprit et pouvaient se déplacer, si nécessaire. Certains jeunes membres de la
tribu étaient chargés d'aider ceux qui en avaient besoin à se rendre aux toilettes.
Je remarquai que plusieurs membres de la tribu locale des Boras avaient été
invités à participer à la cérémonie. Ayant déjà consommé de l'ayahuasca à
maintes reprises, ils restaient assis, même si certains se purgeaient comme le
reste des étrangers. De toute évidence, la répétition ne réduit pas
nécessairement le processus de purification.
Vers 3 heures du matin, tous les participants émergeaient de l'expérience et se
dirigèrent lentement vers leurs quartiers pour y dormir, et le lendemain matin, à 9
heures, tout le monde était debout et à pied d'œuvre. Il n'y avait absolument
aucun effet résiduel d'aucune sorte. La cérémonie comportait encore une autre
partie. Le chaman conduisit chaque personne dans un endroit isolé. Une fois làbas, Hermana Mari versait de l'eau florale sur le participant qui était assis et
dévêtu. Ici aussi, elle chantait ses icaros. La journée se passa ensuite en
introspection, chacun contemplant l'expérience unique qu'il avait vécue. Nous
vécûmes encore par la suite d'autres cérémonies ayahuasca, mais la première est
généralement la plus mémorable et la plus indescriptible.
En tant qu'adepte, Victoria a exploré l'ayahuasca dans plusieurs contextes et avec
différents chamans. Ses expériences s’avérèrent très intenses et souvent
ineffables. Il faut souvent du temps pour que celles-ci s'intègrent dans la
conscience de la réalité consensuelle, le monde dans lequel nous vivons tous. Ce
fut longtemps après ses premières cérémonies qu'elle me confia ce qui l'attirait à
répéter l'expérience de l'ayahuasca. Après mûre réflexion, elle finit par évoquer
un épisode au cours duquel elle avait rencontré une divinité suprême, ou ce que
l'on appelle Dieu, traditionnellement. Comme indiqué, il s'agissait d'une
expérience tellement forte que son sens est pratiquement incompréhensible pour
les mortels.
Généralement, il faut plusieurs séances pour apprendre à contrôler les
événements psychiques induits par l'ayahuasca. Tout d’abord subjugués, les
participants se laissent généralement porter par l'expérience. Curieusement, bien
263
que vous soyez susceptible d'avoir des visions éblouissantes, vous pouvez ouvrir
les yeux et vous pouvez vous déplacer librement. Il n'y a aucune raison de
craindre une perte de contrôle physique ou cognitif de vos sens. Par ailleurs, les
visions se prolongeront jusqu'à ce qu'elles s'estompent et se dissipent
totalement. Je n'ai jamais entendu dire que quelqu’un avait des séquelles ou des
flashbacks, comme cela peut arriver avec le LSD.
Bien que je n'ai que très rarement bu de nouveau de l'ayahuasca, j'ai assisté à de
nombreuses autres cérémonies et j'ai pris la parole au cours de plusieurs
conférences internationales de chamans amazoniens. Victoria et moi, nous avons
rencontré de nombreux chamans au Pérou, en Équateur et au Brésil. Elle croit,
comme beaucoup, que le moment venu, la déesse Ayahuasca nous appellera. Il
faut plusieurs séances pour apprendre à gérer la potion. Les premières
rencontres sont généralement tellement débridées qu'il est difficile de concentrer
son intention. Dans le cas de Victoria, elle voyage maintenant mentalement vers
une autre planète à laquelle elle pense pouvoir accéder, et à son arrivée, ses
habitants la reconnaissent, désormais.
Bien que cela puisse avoir l’air tiré par les cheveux, cela correspond aux
découvertes du docteur Richard Strassman, l’une des rares personnes à avoir
obtenu l'autorisation d'étudier la DMT dans un cadre clinique. Travaillant à l'école
de médecine de l'université du Nouveau-Mexique à Albuquerque, il a obtenu
l'autorisation légale d'administrer de la DMT à des sujets humains. Dans l'un des
passages les plus étonnants de son livre, DMT : la molécule de l’esprit 121, Rick
déclare : ‘’Nous avons accès à des royaumes invisibles, que nous ne pouvons
normalement pas percevoir, et dont nous pouvons à peine imaginer la présence.
Plus surprenant encore, ces royaumes paraissent être habités.’’
L'ayahuasca est un outil très puissant que l’on ne devrait pas utiliser sans un
guide expérimenté. Le participant aura tendance à recevoir ce dont il a besoin, ce
qui n'est pas forcément ce qu'il attend ni ce qu'il veut. J'ai vu plusieurs personnes
flipper, crier, hurler et parfois même courir dans tous les sens. Mais le lendemain
121
Richard Strassman, DMT: The Spirit Molecule: A Doctor’s Revolutionary Research into the Biology of NearDeath and Mystical Experiences, Park Street Press, 2000
264
matin, elles allaient parfaitement bien et elles étaient reconnaissantes du cadeau
reçu. Sous supervision, l'ayahuasca semble fonctionner efficacement et offre un
espoir pour le traitement du SSPT122, même si des études complémentaires
doivent être menées.
La drogue étant de plus en plus connue, de plus en plus de personnes la
recherchent. La DMT est normalement une substance réglementée aux ÉtatsUnis et dans la plupart des pays occidentaux. Au Pérou, elle est non seulement
légale, mais elle a été officiellement adoptée comme faisant partie de leur
héritage national. Pour autant, trouver le bon chaman et un produit de qualité
peut s'avérer difficile, et malheureusement, la popularité de l'ayahuasca ayant
augmenté, les dépenses aussi.
Pour les Américains qui voudraient essayer, je recommande Ron Wheelock, le
‘’Gringo Shaman’’.123 Ron a participé à des émissions télévisées comme la série
de Lisa Ling sur CNN, This is Life.124 Nous savons par expérience qu'il propose un
produit de qualité, au point où certains chamans indigènes s'approvisionnent
auprès de lui. En plus, ses tarifs sont restés raisonnables. Formé par l'un des
grands maîtres, Don Agustin Rivas Vasquez, Ron est chaman et curandero depuis
deux décennies. Américain de naissance, il jouit du statut de résident permanent
au Pérou. Ron a construit un centre relativement récent à quelques kilomètres de
la ville d'Iquitos. Le centre est isolé de l'agitation de la ville et constitue un
endroit idéal pour une retraite.
Etant donné que Victoria et moi-même nous travaillons avec Ron depuis quelques
années, je peux dire que nous avons confiance en lui pour fournir les services
requis. Son parcours n'est pas conventionnel, puisqu'il a fait un bref séjour en
prison. Il proposait de la marijuana à l'époque où elle n'était pas légale. Il élève
des coqs de combat et c'est un passionné de moto. Mais il ne fait aucun doute
que son cœur est au bon endroit et qu'il a aidé beaucoup de personnes qui sont
venues le voir avec de graves problèmes. Dans son rôle de curandero, nous
l'avons vu traiter des patients et obtenir des résultats positifs et spectaculaires.
122
http://reset.me/story/ayahuasca-promising-treatment-post-traumaticstress-disorder/
Voici l’adresse de son site web : http://elpurguero.com/
124
http://www.cnn.com/2014/10/22/health/ayahuasca-medicine-sixthings/
123
265
Un avantage non négligeable pour les anglophones est qu'en tant qu'Américain, il
peut comprendre vos questions et y répondre. Notez qu'il peut être assez franc
dans ses réponses, mais ce qu'il dit est ce qu'il veut dire.
Les œuvres d'art inspirées par les visions de l'ayahuasca sont extraordinaires et
méritent une remarque. Bien qu’il ne soit pas lui-même un artiste, Ron a bel et
bien suivi une formation avec Don Jose Coral Mori, qui a enseigné aux peintres de
renom, Pablo Amaringo et Eduardo Luna, les coauteurs d'Ayahuasca Visions125,
qui est sans doute le livre le plus illustre qui décrit l'iconographie associée au
breuvage. En juillet 2009, nous eûmes la chance de rencontrer Pablo Amaringo à
Iquitos. Il semblait alors en bonne santé et c'est avec tristesse que nous apprîmes
son décès, quelques mois plus tard. Au cours d'une autre conférence à Curitiba,
au Brésil, nous eûmes l’opportunité de rencontrer l’illustrateur légendaire,
Eduardo Luna. Luna est brésilien et il possède un studio bien connu à
Florianopolis, où il organise des cérémonies et où il donne cours.
Dans le cadre de la conférence internationale des chamans amazoniens de 2014,
nous croisâmes aussi Mauro Reategui Perez.126 Originaire de Pucallpa, au Pérou,
c’est l'un des étudiants du regretté Pablo Amaringo. Les peintures qu'il exposait
étaient extraordinaires. Les images paraissaient sortir de la toile. En utilisant des
lunettes 3-D, on pouvait réellement découvrir des jaguars et d'autres bêtes
émergeant de la jungle avec une profondeur perceptible. Pour obtenir un effet 3D,
on doit réaliser une double image. Généralement, des ordinateurs déterminent
comment précisément la superposition doit se faire. Quand je demandai à Mauro
comment il s'y prenait, il me répondit qu'il ignorait comment. D’après lui, il
pouvait sentir son mentor, Pablo, prendre le contrôle de ses mains et parachever
le tableau. Il pense que c'était Amaringo, qui savait déterminer exactement où les
huiles devaient être appliquées pour ajouter une dimension vivante aux images,
et qu’il agissait depuis le monde des esprits.
125
Pablo Amaringo and Eduardo Lune, Ayahuasca Visions: The Religious Iconography of a Peruvian Shaman,
North Atlantic Books, April, 1999
126
http://www.johnbalexander.com/yahoo_site_admin/assets/docs/Shamani
266
Ces œuvres d'art s'inspirent naturellement de l'esprit de l'ayahuasca, en
particulier de son lien avec la végétation. Je demandai un jour à Hermana Mari ce
qui avait poussé les premiers chamans indigènes à rassembler les éléments
essentiels et à les faire bouillir pour produire l'ayahuasca. Elle me donna une
réponse simple, mais difficile à comprendre pour la majorité des Occidentaux.
Elle répondit clairement : ‘‘Les plantes nous ont dit ce qu'il fallait faire.’’ Nous
discutâmes encore du concept de l'utilisation des plantes pour guérir. Elle pensait
que si nous pouvions simplement leur soumettre les problèmes de la maladie, les
plantes nous diraient ce qu'il fallait faire pour guérir.
Cette réponse était celle d'une guérisseuse autochtone, qui n'avait pas reçu
d'éducation au sens occidental du terme, mais ses propos étaient soutenus par
des déclarations du Dr Dennis McKenna, le frère de l'explorateur de la
conscience plus connu, Terence McKenna, un ethnobotaniste américain décédé
en 2000 d'un glioblastome multiforme, une forme très agressive de cancer du
cerveau. Alors que Terence s'inquiétait d'un éventuel rapport entre sa
consommation intensive de cannabis ou de drogues psychédéliques et son cancer
du cerveau, aucun lien n'a été établi.127 Dennis est un ethnopharmacologue, qui a
une grande expérience personnelle de ces plantes. Sa thèse de doctorat
s’intitulait ‘’Monoamine oxidase inhibitors in Amazonian hallucinogenic plants :
ethnobotanical, phytochemical, and pharmacological investigations“ (”Les
inhibiteurs de la monoamine oxydase dans les plantes hallucinogènes
amazoniennes : recherches ethnobotaniques, phytochimiques et
pharmacologiques’’). Il poursuivit son travail postdoctoral à l'Institut national de la
santé mentale et au département de neurologie de l'école de médecine de
Stanford.
Nous étions ensemble à Iquitos, quand je l'entendis faire une suggestion des plus
intéressantes : "Et si les plantes avaient une conscience ?’’ C'était précisément
la même idée que celle dont m'avait fait part Hermana Mari, quelques années
auparavant dans la forêt. La conscience des plantes est un thème récurrent dans
l'art de l'ayahuasca. C'est un leitmotiv commun dans les expériences de
127
Terence McKenna, The Archaic Revival: Speculations on Psychedelic Mushrooms, the Amazon, Virtual
Reality, UFOs, Evolution, Shamanism, the Rebirth of the Goddess, and the End of History, Harper San Francisco,
1992
267
beaucoup de personnes qui participent aux cérémonies. Le message paraît être :
‘’Les plantes nous parlent.’’ Dans un chapitre précédent, j'ai abordé les travaux
de Cleve Backster, l’expert en polygraphie qui a découvert que les plantes
réagissaient aux émotions humaines. Ces éléments disparates m'amènent à
penser qu'il existe des canaux de communication entre les plantes et les
humains. Si c’est vrai, il est dommage que nous n'écoutions pas très bien,
puisque le plus souvent, nous semblons être sourds comme un pot !
LE SANTO DAIME
Le Santo Daime est l'une des religions, dont la croissance est la plus rapide au
monde. Ses services sont plus formels que ceux des chamans, mais ils utilisent
également l'ayahuasca sous la forme d'un thé, même si celui-ci est très fort.128
Nous avons assisté à des services du Santo Daime à Maua et à Curitiba, au
Brésil. Visiter Maua, avec ses hippies et ses vêtements tie and dye, c'est un peu
comme remonter le temps jusqu'aux années 1960. Notre première rencontre se
déroula au cœur de la forêt et ne rassembla qu'une poignée de personnes. La
plupart des manifestations du Santo Daime durent plusieurs heures. Il y a
toujours de la musique, puisqu'il y a des hymnes prescrits à chanter. Le fait qu'ils
soient chantés en portugais n'aura que peu d'importance pour notre
compréhension de l'événement. Le thé à l'ayahuasca est nettement moins fort
que celui fourni par les chamans ; cependant, il faut pouvoir chanter et danser
pendant plusieurs heures. Mais il y a aussi des périodes de calme pendant
lesquelles le participant se plonge dans son expérience intérieure.
Notre interprète, Rinaldo (c’est un pseudonyme), un prêtre jésuite qui avait quitté
l'ordre quelques années auparavant, assista à la cérémonie avec nous à Maua.
Comme il fallait s'y attendre, Victoria trouva le breuvage très léger comparé à ses
expériences intenses du Pérou et de l'Équateur. Mais pour Rinaldo, l'expérience
se révéla transformatrice et clairement différente par rapport à tout ce qu'il avait
vécu auparavant. Cette observation est une autre raison pour laquelle je crois
qu'il y a plus qu'une réaction psychopharmacologique avec l'ayahuasca.
128
http://www2.fiu.edu/~mizrachs/daime.htm
268
Le service organisé à Curitiba était très différent, beaucoup plus formel que celui
du Pérou. Géographiquement, Curitiba est située beaucoup plus au sud du Brésil.
Si le grand public pense à l'Amazonie, à cheval sur l'équateur et aux températures
chaudes de Rio de Janeiro, le Brésil est un pays immense aux nombreux climats
différents. Près de Curitiba, en cette nuit de juin, le thermomètre affichait une
température proche de 0°. Il y avait un petit feu à l'extérieur, mais à l'intérieur du
temple, les couvertures étaient de mise. Les hommes et les femmes étaient assis
de part et d'autre de l'octogone. À côté de moi, sur des chaises pliantes en bois,
se trouvaient le vénérable Stanley Krippner et l'un de ses acolytes russes.
Ils nous dirent qu'il s'agirait de la version abrégée de la cérémonie. Pourtant, les
21 chants prescrits par le rituel du Santo Daime durèrent plus de trois heures. Là
encore, à cause des complications linguistiques, nous ne pûmes que fredonner.
La cérémonie alternait la position debout, la position assise et l'introspection
silencieuse. Quoiqu'il y ait eu des périodes d'obscurité, la plupart du temps, la
pièce était bien éclairée, ce qui me laissa l'opportunité d'observer attentivement
les participants.
La plupart des participants étaient des membres de l'église qui participaient à ces
services deux fois par mois. Il faut du courage, car le thé infect n'est jamais plus
facile à avaler ! Ce service coïncidant avec un séminaire, une quinzaine d'entre
nous, les gringos, fûmes transportés en bus jusqu'à cet endroit relativement isolé.
Au fur et à mesure que le service avançait, je découvris avec fascination quelques
femmes brésiliennes et leurs réactions au fil de la soirée. Il me sembla que
certaines d'entre elles étaient entrées dans un état d'extase. La plupart d'entre
elles avaient des visions et se trouvaient manifestement dans un état de
conscience différent, dont on pouvait toutefois être témoin de l'extérieur. Nous ne
pouvions pas deviner ce qu'elles expérimentaient, mais on pouvait dire qu'il se
passait quelque chose d'unique.
À un moment donné, Victoria estima nécessaire de sortir pour aller se purger. Sa
perception, en rentrant dans la salle était intéressante. Je remarquai qu'elle
restait près du mur plutôt que de retourner à sa place initiale. Plus tard, Victoria
expliqua qu'elle avait pris conscience d'un cercle d’une énergie très forte qui
269
englobait le groupe. Pour elle, ce cercle était impénétrable et il n'était accessible
que pour ceux qui l'avaient créé. Si l’on en sortait, pour quelque raison que ce
soit, le cercle invisible se resserrait et s'intensifiait.
Nos instruments scientifiques actuels ne permettraient pas de déterminer s'il
existait ou pas un circuit d'énergie physique qui circulait. Rares sont les
scientifiques qui considéreraient même une telle expérience. Cela dit, on spécule
depuis longtemps sur l'existence d'une énergie de groupe, et j'en ai fait
l'expérience dans des contextes plus terre à terre. Ainsi, à l'armée, on courait. On
courait beaucoup. Quand on courait en formation, on pouvait sentir les variations
d'énergie. Jeune instructeur à l'école de saut de la 101ème aéroportée, j'avais
souvent pour mission d'emmener les recrues courir quotidiennement jusqu'à huit
kilomètres, et avec un seul individu à contretemps, le groupe galérait
physiquement. Mais il y avait des moments où tout se mettait en place et où
l'équipe ou le peloton se déplaçait avec aisance et quasiment sans effort. Dans
ce cas de figure, le besoin d'énergie physique semblait décroître, et l'unité pouvait
parcourir des distances qui normalement auraient semblé impossibles. Cela
correspondait à l'analogie sportive d'être dans la zone.129 J'ai lu des articles
universitaires qui remettaient en question l'existence de la zone ou du flow, et
clairement, ils étaient écrits par des personnes qui n'en n'avaient aucune
expérience.
La question qui se pose ainsi à la science est celle-ci : une telle énergie existe-telle ? L'évidence expérimentale suggère que oui. Mais quelles en sont les
caractéristiques ? Dans la course à pied, la zone dans le sport, ou le flow, il y a
une activité physique qui la catalyse. Dans le Santo Daime, une activité chimique
et une activité mentale intentionnelle s’insinuent dans la combinaison. C'est une
chose pour un individu de participer au flow, mais c’en est une autre de le
percevoir comme un observateur extérieur. Comment c'est possible est une
question à laquelle on ne sait pas répondre actuellement.
Dans l'institution du Santo Daime, il est essentiel de se rapprocher du monde
végétal. Il ne s'agit pas seulement d'ingérer du thé d'ayahuasca, mais il s’agit à
129
https://breakingmuscle.com/learn/being-in-the-zone-the-flow-state-inathletic-endeavors
270
plus grande échelle, de protéger la forêt. Ce n'est pas pour rien qu'on appelle
l'Amazonie ‘’le poumon de la Terre’’. La déforestation est un énorme problème,
tant au Brésil qu'en Afrique centrale. Il existe un rapport entre le fait d'être un
adepte du Santo Daime et la protection de la forêt tropicale. Scientifiquement, il
serait difficile de prouver un lien causal, mais les données empiriques semblent
suggérer qu’Hermana Mari et Dennis McKenna avaient raison. Cela signifierait
que les plantes ont une conscience et qu'elles essaient peut-être de nous sauver
de nous-mêmes.
UN CÔTÉ OBSCUR
Le comportement des chamanes n'est pas toujours empreint d'amour et de
légèreté. Jusque-là, j'ai discuté des aspects positifs des ayahuasqueros. Mais il y
a aussi un côté obscur. Certains chamans opèrent des deux côtés de la barrière
du bien et du mal, en fonction des désirs de leurs clients. Il y a souvent des
intérêts économiques en jeu. Les chamans sont généralement rémunérés pour
leurs services. Les cultures indigènes adhèrent à la croyance dans le pouvoir des
malédictions. La jalousie est une caractéristique universelle. Un chaman peut
être sollicité pour infliger des dommages psychiques à un ennemi, et le même
chaman pourra être sollicité pour lever la malédiction, ce à quoi il consentira pour
de bons gages. Il s'agit là d'un modèle commercial intéressant. Après la guérison,
la demande la plus courante que l’on adresse aux chamans est le recours aux
sortilèges d'amour. Ces malédictions peuvent être utilisées à l’encontre d’un
amant volage ou d’un homme ou d’une femme qui aurait séduit le ou la partenaire
de l'intéressé(e). Cette activité est très florissante.
L'artiste, Pablo Amaringo était un chaman pratiquant, mais il abandonna la
profession en raison des querelles intestines endémiques entre eux. Organiser
des retraites d'ayahuasca est une activité concurrentielle, et le développement du
tourisme de l'ayahuasca s'est accompagné d'une rivalité entre les chamans
indigènes et les étrangers qui portent ce titre.
271
Même si la majorité des Occidentaux rejetteraient d'emblée l’idée d'une guerre
psychique, il serait peut-être prématuré de le faire. Le cas de Don Howard me
revient à l’esprit. De nombreux gringos qui veulent faire des affaires au Pérou ont
rencontré de gros problèmes avec des partenaires commerciaux locaux, puisque,
conformément à la loi péruvienne, les Occidentaux qui font des affaires au Pérou
sont tenus d'avoir des partenaires péruviens.
Howard fut plus d'une fois confronté à des partenaires mécontents qui voulurent
se venger au moyen de méthodes chamaniques. Il fut aussi victime du paludisme,
qui fait rage dans la région d'Iquitos en Amazonie.130 La malaria est une maladie
douloureuse qui tue de nombreuses personnes chaque année, en particulier des
enfants. Mais ici, il est question de malédictions. Howard raconta qu'après une
solide altercation avec un partenaire, on l’avait attaqué avec des fléchettes
psychiques. Appelées tsentsaks par les Shuars, ce sont des projectiles
pathogènes invisibles très efficaces, mais qui peuvent être extirpés par un autre
chaman. Il faut souligner que Don Howard put à la fois sentir et voir l'extraction
de ces fléchettes, et il estima que la douleur produite par l'attaque des fléchettes
psychiques était bien plus grande que celle infligée par la malaria ou toute autre
maladie tropicale qu'il avait endurée.
UN LIEN AVEC LES OVNIS
De passage à Las Vegas, notre ami John Mack, le médecin d’Harvard, célèbre
pour avoir entrepris d'étudier les cas d'enlèvements par des OVNI, évoqua ses
expériences avec l'ayahuasca. Nous eûmes également de nombreux entretiens
avec lui concernant la nature de ces phénomènes. Je suis sûr que la plupart des
lecteurs de ses ouvrages ne comprennent ni la complexité, ni les aspects
multidimensionnels qu'il associait à ses recherches. Le sujet de l'ayahuasca
apparut comme un moyen d'explorer ces rapports. John nous confia qu'il avait
participé à des cérémonies à plusieurs reprises. Comme beaucoup d'autres
personnes qui essayèrent le breuvage, il me dit qu'il n'était pas prêt à
recommencer, principalement parce qu'il travaillait toujours à l'intégration
130
https://wwwnc.cdc.gov/eid/article/5/2/99-0204_article
272
mentale de ses expériences antérieures. C'est un processus qui lui demandera
des années. Il considérait ces expériences comme extrêmement puissantes et
comme un moyen d'explorer la conscience.131
Tout au long de mes périples avec les chamans d'Amazonie, j'ai mené de
nombreux entretiens. Ils sont toujours intéressants, mais parfois difficiles à suivre
pour une raison essentielle : nos visions du monde divergent considérablement.
En fait, j'ai constaté qu'il s'agissait là d'une question cruciale, dont nous pouvons
tirer des enseignements. Dans la culture occidentale, nous pensons que le monde
des esprits est séparé et distinct du monde réel, ou de la réalité consensuelle. Si
tant est que l'on croit au monde des esprits. La plupart des scientifiques rejettent
cette notion comme étant non fondée, ce qui, à mon sens, est une grave erreur.
Beaucoup de chamans avec lesquels je me suis entretenu semblent pouvoir se
mouvoir avec aisance entre ces deux mondes, comme s'il n'y avait pas de barrière
clairement tranchée.
Par conséquent, pour ces entretiens, il devint nécessaire de demander au
chaman de définir quel monde ils évoquaient. Beaucoup d'entre eux parlaient
d'entités désincarnées, comme s'il s'agissait d'êtres humains dans leur forme
actuelle. Je les questionnais souvent sur les OVNI. Leurs réponses suggéraient
tantôt des engins physiques et tantôt des rencontres mystiques. Certains
chamans prétendaient pouvoir appeler des OVNI d'une autre dimension et les
avoir vus se matérialiser dans notre monde physique. Quelques-uns affirmèrent
aussi en avoir vu émerger de l'Amazone même, ce qui est cohérent avec les
nombreux rapports d'objets submergés non identifiés décrits comme issus des
profondeurs de l'océan. Les récits de tels engins ne sont pas rares et sont
représentés dans des œuvres d'art inspirées de l'ayahuasca. Naturellement, la
plupart des chamans disent pouvoir communiquer directement avec tous les
végétaux.
LE RÔLE DU SERPENT
131
Ceci se réfère à mes meilleurs souvenirs de ces entretiens auxquels Victoria a assisté.
273
Dans les visions comme dans le folklore, les serpents jouent un rôle important.
Après les cérémonies, les participants rapportent souvent avoir rencontré de
grands serpents qui les regardent parfois directement dans les yeux. Les
serpents sont les protecteurs de la forêt, et c’est considéré comme étant de très
bon augure. Les personnes souffrant d'ophiophobie, une peur anormale des
serpents, peuvent avoir des problèmes avec une telle imagerie, mais elles feraient
mieux de se préparer à ce genre de rencontres.
Au centre des mythes de la création apparaît Sachamama, ou la mère des forêts.
Des chamans me dirent que Sachamama était vraiment imposante et que la forêt
poussait sur sa tête. Selon certaines légendes, on pouvait savoir quand
Sachamama était dans les alentours, car on pouvait trouver les os des grands
animaux qu'elle avait dévorés. Ces légendes semblent provenir de l'expérience
des indigènes avec l'anaconda géant qui rôde dans les régions supérieures de
l'Amazonie. Des versions du mythe attestent que Sachamama est assez grande
pour être confondue avec un arbre et qu'elle peut écraser et consommer les
chasseurs imprudents.
Même si la forêt ne leur poussait pas dessus, on a capturé des anacondas d'une
longueur de près de 10 mètres et d'une circonférence de plus d'un mètre 10.132
Des rapports crédibles font état d'anacondas de deux à trois fois cette longueur.
Dans les archives, j'ai vu des films aériens non documentés qui appuieraient ces
témoignages. En de rares occasions, ils ont effectivement mangé des humains, et
il est donc facile d'imaginer l'origine de ces mythes.
Il faut savoir que certaines parties de cette région de l'Amazonie n'ont jamais été
explorées et qu'il y a encore des tribus non contactées dans la région. Il y a
plusieurs années, alors que nous participions à des cérémonies d'ayahuasca avec
Don Luis près de Tena, en Équateur, les membres d'une famille de missionnaires
blancs ont été retrouvés, à plusieurs kilomètres au nord, tués à coups de lance
par l'un de ces groupes. La région où nous nous trouvions était assez isolée et
proche des sources de l'Amazone. Apparemment, des membres de cette tribu non
identifiée étaient furieux contre l'industrie pétrolière qui avait détruit une partie
132
http://www.extremescience.com/biggest-snake.htm
274
de leur habitat. En plus de tuer presque tous les membres de la famille, ils
enlevèrent leur bébé, qui sera retrouvé par la suite. Cette région est peuplée par
les Shuars, dont nous avons rencontré quelques membres. Anciennement connu
sous le nom des Jivaros, ce groupe est réputé pour savoir rétrécir les têtes
humaines, une pratique qu'ils disent avoir abandonnée, il y a plusieurs décennies.
KAMBO : LE VENIN DE GRENOUILLE
Dans le cadre de la conférence des chamans de 2015 à Iquitos, l'occasion nous
fut donnée d'observer des administrations de kambo. Il s'agit de l'utilisation du
venin de la grenouille, Phyllomedusa bicolor pour initier des états modifiés de
conscience non hallucinogènes. Selon moi, sans contrôle, cette pratique peut
comporter des risques physiques considérables pour le participant. En
l'occurrence, la démonstration fut réalisée par Peter Gorman, un journaliste
américain bien connu, qui guide des expéditions dans la jungle dans le cadre
d'aventures ethnobiologiques. Plusieurs volontaires voulurent tester le kambo,
que l’on introduit par voie sous-cutanée par l'extrémité d'un bâton pointu. La
réaction fut très rapide et spectaculaire. Leur pouls s'accéléra, ils devinrent tout
rouges et vomirent abondamment. Il n'y avait aucun moyen de connaître leur
tension artérielle, mais je dirais qu'elle est montée en flèche, même si certains
déclarèrent qu'elle chuta spectaculairement. Personne ne prit des mesures au
cours de ces cérémonies plutôt dangereuses.
Une simple recherche sur Google concernant le ‘’venin de grenouille’’ aboutira à
de nombreux sites qui affichent des prétentions extravagantes, certains
annonçant littéralement qu'il est efficace pour traiter le cancer, le sida, la maladie
de Parkinson, la maladie d'Alzheimer, les problèmes de fertilité et presque tout ce
qu'on peut imaginer. Si le venin de grenouille était aussi efficace qu'on le prétend,
les grandes sociétés pharmaceutiques s'en seraient emparées depuis longtemps.
Il suffirait d'élever une quantité suffisante de ces amphibiens aux couleurs vives,
de la famille des dendrobates, et que l’on connaît également sous le nom de
grenouilles à fléchettes empoisonnées. Ces créatures sécrètent le poison comme
un mécanisme de protection naturel. Cette appellation est d'autant plus
275
appropriée que les tribus amazoniennes trempent depuis des siècles les
fléchettes de sarbacane dans l'exsudat pour paralyser leurs proies. Cela en dit
long sur la puissance de la substance utilisée dans les cérémonies kambo. Les
grenouilles ne sont pas blessées pendant le processus d'extraction et peuvent
alors être réutilisées, ou encore, comme le font les populations indigènes, être
relâchées dans la forêt.
Il y a en tout cas une histoire que me raconta Bill Bassett, Wild Bill comme on
l'appelait au Yellow Rose of Texas, un lieu de rencontre populaire pour les
gringos en visite à Iquitos. Bill a grandi en face de chez moi à La Crosse, dans le
Wisconsin, et je le connaissais très bien. En 2003, Victoria et moi avions prévu de
nous rendre au Pérou, mais à la place, on m'envoya en Afghanistan. Bill et
Victoria décidèrent de se rendre à une retraite près d'Iquitos. Au moment de leur
départ, Bill souffrait de la maladie de Parkinson et il avait des appareils
orthopédiques aux jambes. Au bout de deux semaines, il rentra aux États-Unis
sans plus avoir besoin de ses appareils orthopédiques. Sous le charme de la
région, il épousa la cuisinière de la retraite et il passa près de la moitié du reste
de sa vie au Pérou.
En explorant les profondeurs de la forêt, Bill expérimentait différentes drogues et
plantes médicinales. Un incident qu'il me décrivit est particulièrement
remarquable. C'est un phénomène qui ne pouvait pas se produire, mais qui
semble pourtant s'être produit. Une après-midi de mars, Bill se fit injecter du
venin de grenouille dans la peau, et le bâton de bambou avait à peine été retiré
qu'il s'effondra sur le sol de la forêt, à une courte distance de la hutte dans
laquelle il était installé. Au bout de quelques heures, il reprit connaissance. Ce
n'était pas pour rien que cette région était une forêt pluviale. Comme à peu près
tous les jours pendant la saison des pluies, une pluie diluvienne s'était abattue
sur la région. Bill constata que le sol à quelques pas de lui était trempé, alors
qu'une zone circulaire autour de lui n'avait pas été touchée. Il ne pouvait pas
expliquer comment c'était possible : bien qu'étant exposé à l'orage, il était resté
complètement sec. Impressionné par cette expérience, Bill continua à prendre du
kambo, chaque fois qu'il se trouvait au Pérou.
276
Les expériences de Bill avec l'ayahuasca apportent réellement plus que des
visions intéressantes. Elles méritent des recherches sérieuses. Non seulement
put-il se déplacer sans ses appareils orthopédiques après quelques cérémonies,
mais il découvrit aussi que l'ayahuasca contribuait à réduire les tremblements
dont souffrent souvent les patients atteints de la maladie de Parkinson. Il me
précisa que s'il buvait de l'ayahuasca au moins une fois tous les trois mois, les
tremblements étaient beaucoup plus faciles à gérer. Ce fut le cas pendant
plusieurs années avant qu'il ne succombe finalement à la maladie, en 2009. Pour
lui, l'ayahuasca ne fut pas synonyme de guérison, mais il rendit les symptômes
beaucoup plus gérables et la vie plus agréable.
CHAMP D’ÉNERGIE
Nos expériences avec l'ayahuasca indiquent clairement des interactions entre le
monde physique, tel que nous le connaissons et une ou plusieurs dimensions
alternatives, y compris des mondes spirituels que peu d'êtres humains perçoivent.
Plusieurs religions reconnaissent que tout est interconnecté. Les cérémonies
d'ayahuasca confortent cette idée.
Une autre observation que j'ai faite renforce l’idée d’une interaction entre ces
mondes, qui peut occasionnellement être perçue. Pour avoir pris part à de
nombreuses cérémonies, je suis généralement resté un observateur extérieur,
mais je subodore qu'il y a en fait un champ d'énergie produit par les participants.
Assis dans le noir dans les malocas, j'ai souvent ressenti des changements d'état,
même si je n'avais rien ingéré. Des visions se sont produites, même si elles
n'étaient pas aussi intenses que chez les personnes qui avaient ingéré la potion.
Il est clair que le chant des icaros était un stimulant perceptible, mais il semble y
avoir davantage que cela. Malheureusement, nous en sommes à un tel stade de
la recherche — ou de l'absence de recherche — que j’ignorerais par où
commencer.
Ce qui est certain, c'est qu'il est nécessaire de mener des recherches sérieuses
sur les effets de l'ayahuasca, et en particulier en lien avec le syndrome de stress
277
post-traumatique. L'ayahuasca n'est en aucun cas une panacée et ne devrait être
utilisé que par ceux qui sont prêts à en affronter les conséquences. L'épidémie de
SSPT, provoquée par les guerres incessantes, exige que nous explorions toutes
les alternatives qui offrent de l'espoir, et l'ayahuasca est l'une d'elles.
278
CHAPITRE 20 : LES ESPRITS DU BRÉSIL
Nos expériences avec le monde des esprits facilitées par nos hôtes brésiliens ont
été remarquables. Si les traditions occidentales prévalent dans les grandes villes,
il y a un courant mystique sous-jacent qui joue encore aujourd'hui un rôle
essentiel dans la société brésilienne. Nous avons eu le privilège de pouvoir nous
plonger au sein d’une petite partie de cette sous-culture.
Le Brésil est une nation émergente dotée de vastes ressources et d'une histoire
tourmentée liée à la traite des esclaves en provenance d'Afrique. La plupart des
Nord-Américains ignorent que les États-Unis ont à peu près la même superficie
que le Brésil ou que celui-ci s'étend sur plusieurs zones climatiques. La majeure
partie du bassin amazonien, mais non la totalité, se situe à l'intérieur de ses
frontières, mais il y a d'immenses zones de riches terres agricoles, de pampas et
même de montagnes, à l'est.
Voulant éviter la guerre, le pape Alexandre VI, auteur du traité de Tordesillas,
décréta en 1494 que les terres situées à 370 lieues à l'est du Cap-Vert seraient
cédées aux Espagnols. Le pape espagnol, Alexandre VI entendait protéger les
intérêts de son pays d'origine. Le dessein était d'établir une ligne de démarcation
entre les domaines portugais et espagnol. Le traité cédait l'Afrique aux Portugais,
qui la contrôlaient déjà. Et dans l'hémisphère occidental, il partageait le continent
sud-américain, mais en accordant aux Espagnols la primauté en matière
d'exploration. C’est ainsi que tous les pays de la région parlent l'espagnol comme
langue officielle, à part le Brésil qui utilise le portugais.
Bien que les États-Unis continuent de se heurter à l'histoire peu reluisante de
l'esclavage, il conviendrait de reconnaître que la majorité des esclaves africains
furent expédiés en Amérique du Sud. Comme en Amérique du Nord, les
populations indigènes d'Amérique du Sud furent aussi évincées par les
Européens. Leur nombre reste inconnu aujourd'hui. Des découvertes
archéologiques récentes suggèrent toutefois qu'il a pu y avoir des sociétés très
importantes et avancées. Si des rumeurs ont longtemps circulé sur l'existence de
sites tels que la cité perdue de Z dans le Matta Grosso, de plus en plus de
279
preuves viennent aujourd'hui étayer ces affirmations.133 Plus récemment, on a
découvert d'anciens mégalithes sculptés dans l'Amapá, un État du nord du Brésil
situé juste au-dessus de l'équateur. Comme pour Stonehenge en Angleterre, ceci
indique qu’on y prenait des mesures astronomiques, il y a plus de 1 000 ans.134 On
ignore toujours qui, mais on estime aujourd'hui que la population précolombienne
dans cette région s'élevait à plus de dix millions d'habitants. Il est clair que la
population indigène était très différente des groupes nomades isolés que les
anthropologues reconnaissaient auparavant comme vivant sur le continent sudaméricain.
Comme au Pérou et comme en Équateur, les régions amazoniennes occidentales
du Brésil abritent aussi un certain nombre de tribus non contactées.135 La
déforestation causée par l'industrie forestière a gagné du terrain sur leurs terres.
Des lois interdisent aux anthropologues, aux missionnaires et à d'autres groupes
d’essayer d'établir un contact. Quelles que soient les bonnes intentions de ces
groupes, les choses ne semblent jamais bien se terminer pour ces tribus.
Malheureusement, des mineurs illégaux et des bûcherons qui croisent ces
populations les déciment généralement en leur tirant dessus ou en introduisant
des maladies contre lesquelles elles ne sont pas immunisées.
Le Brésil a pris des mesures pour protéger les indigènes. Fondée il y a environ un
siècle, la Fondation nationale des peuples indigènes, ou FUNAI, est l'organisme
du gouvernement brésilien qui est chargé d'établir et de mettre en œuvre les
politiques relatives aux peuples autochtones.136 En 2014, j’ai été invité à Vitoria,
Espirito Santo, pour y donner un exposé sur les armes non létales. Connaissant
notre intérêt pour les cultures indigènes, notre sponsor organisa pour Victoria et
moi une visite de la Reserva Indígena de Aracruz. Il s'agit d'une région gérée par
la tribu des Guaranis, un groupe indigène dont le territoire s'étend sur plus de
1 500 km en direction du Paraguay et de l'Argentine. Au cours d'une discussion
avec le chef élu, il exprima un certain mécontentement à l'égard de la FUNAI. Il
133
David Gann, http://www.newyorker.com/magazine/2005/09/19/thelost-city-of-z
Simon Romero,
https://www.nytimes.com/2016/12/14/world/americas/brazil-amazonmegaliths-stonehenge.html
135
http://www.survivalinternational.org/articles/3106-uncontacted-tribesthe-threats
136
http://www.survivalinternational.org/about/funai
134
280
estimait que les Européens et les Nord-Américains étaient plus sensibles au sort
de leurs tribus indigènes que de nombreux Brésiliens.
Les arts martiaux jouèrent aussi un rôle dans le développement culturel du Brésil.
Comme tous les maîtres d'esclaves, les propriétaires avaient tendance à être
impitoyables et totalement concentrés sur la production. Les esclaves, quant à
eux, cherchaient toujours des moyens de s'échapper ou de renverser leurs
maîtres. Les propriétaires surveillaient de près toutes les activités de leurs
esclaves. Tout soupçon de rébellion entraînait une punition sévère.
Au Brésil, les esclaves inventèrent une méthode d'entraînement ingénieuse, qui
pouvait être pratiquée au grand jour sans éveiller les soupçons. Il s'agissait de la
capoeira. Même si les esclaves étaient plus nombreux que les propriétaires, les
armes traditionnelles restaient entre les mains des surveillants. Il fallait donc
trouver d'autres moyens de lutte. Il en résulta une forme de musique et de danse
que l’on pouvait pratiquer ouvertement. Ces mouvements pouvaient aussi être
utilisés pour se défendre sans armes.
Il y a aujourd'hui des écoles qui enseignent la capoeira, qui ressemble plus à une
danse de compétition qu'à un art martial. J'ai pu observer une forme de capoeira
à Brasilia, au Brésil. La chorégraphie surprend, les démonstrations étant souvent
spontanées dans la rue. Il faut savoir qu'après l'abolition de l'esclavage au Brésil,
certains pratiquants de la capoeira se reconvertirent en gardes du corps et en
tueurs à gages, ce qui provoqua l'interdiction de toute forme de capoeira pendant
plusieurs décennies. Aujourd'hui, la capoeira s'est développée dans le monde
entier. Comme d'autres arts martiaux, les formes avancées intègrent une
compréhension et une application de l'énergie chi ou ki. Alors que la science
débat de l'existence de ce type d'énergie, la capoeira l'utilise.
L'importation d'esclaves africains s'accompagna de leurs religions animistes et
spirites. Les missionnaires catholiques, et en particulier les Jésuites, s'efforcèrent
de convertir au christianisme le plus grand nombre de personnes possible. Pour
beaucoup d’Africains déplacés, le christianisme n'avait pas le même impact
viscéral que les cérémonies qu'ils pratiquaient jusque-là. De nos jours encore, on
281
peut constater l'intégration des différentes religions, notamment l'animisme
africain, l'islam et le christianisme.
L'umbanda et le candomblé sont des religions importées des croyances
traditionnelles africaines yoruba, fon et bantoues, qui ont pris racine au Brésil.
Initialement formées à Bahia, les religions spirites se sont répandues dans une
grande partie de l'Amérique du Sud, surtout dans les communautés constituées
de descendants de la traite des esclaves. Le candomblé est une tradition orale
qui n'a pas d'écritures. Les adeptes croient que chaque personne a un orisha ou
protecteur, qui la guide tout au long de sa vie. Ce concept est similaire à celui des
guides spirituels que l'on retrouve dans de nombreuses autres religions, y
compris dans certaines branches du christianisme. Contrairement au Santo
Daime, les rituels ne font appel à aucune drogue ou médication, le catalyseur de
leurs services étant la musique.
Quant à l'umbanda, il s'agit d'un amalgame de croyances, dont le catholicisme. La
croyance dans les esprits est très forte et leurs cérémonies intègrent la
possession, via laquelle certains pratiquants sont censés permettre à des entités
extérieures d'entrer dans leur corps et de l'utiliser temporairement. Il me serait
facile de rejeter ce concept, si je ne l'avais pas observé personnellement. En
outre, la personne possédée dans ce cas était Victoria.
CURITIBA
La 54ème Conférence Annuelle de la Parapsychological Association (PA) organisée
en 2011 avait un caractère très inhabituel. En amont se tenait le 7ème Meeting
Psi : Psi Research and Anomalistic Psychology, mis sur pied par Faculdades
Integradas Espírita, un groupe qui étudie le spiritisme. Il s'agissait cependant des
mêmes personnes sur place qui contribuèrent à organiser la conférence de la PA.
Par ailleurs, un troisième meeting fut organisé les jours précédant et suivant ces
conférences. D'un point de vue administratif, c'était là beaucoup de travail, mais
le cadre demeura le même. Cette troisième rencontre s’appelait le 6ème Voyage
vers des Etats de Conscience Modifiés et fut organisée par l'Integrated Centre of
282
Experimental Research. Cette expérience inclura la cérémonie du Santo Daime
(abordée dans le chapitre sur la Déesse Ayahuasca), une cérémonie umbanda et
une cérémonie aty guarani, chacune se déroulant la nuit dans différents sites.
Au cours d'une conférence sur la parapsychologie à Curitiba, au Brésil, un petit
groupe d'étrangers se vit offrir la possibilité d'assister à un service d'umbanda, un
samedi soir. Le cadre était assez solennel, et des centaines de paroissiens
étaient présents. Il faisait très froid, ce soir-là, presque glacial, et il nous fallut
d'abord porter des vêtements épais. Le temple umbanda était très éclairé et
assez décoré, avec de nombreuses statues de divinités d'environ 30 à 40 cm de
haut, alignées le long de murs en pierre et briques de verre étincelantes. Il y avait
pas mal d'épées, en général croisées. Il était clair qu'un ordre hiérarchique était
respecté entre les prêtres, les initiés et les curieux. La plupart des gens étaient
vêtus de blanc, et beaucoup portaient des écharpes rouges et bleues. Quelques
autres, vraisemblablement des officiels, arboraient des robes somptueuses. De
l'autre côté de la salle, il y avait un espace pour les musiciens. Au premier plan
trônaient six grands tambours atabaques et des congas, dont les côtés étaient
recouverts d'un tissu blanc et d’une étoffe rouge scintillante nouée par un nœud.
Tout au long de la cérémonie, ils allaient imprégner la salle de leurs rythmes
palpitants et hypnotiques, qui faisaient vibrer l'âme.
Le public se répartit bientôt en petits groupes, tandis que des membres avertis de
l'église prédisaient l'avenir ou répondaient à des demandes personnelles. De
toute évidence, ceux-ci firent quelques concessions pour les Occidentaux, qui
purent s'approcher de l’action au plus près. Les prédictions et les réponses
personnelles furent toutes communiquées ouvertement pour que tous ceux qui se
trouvaient à portée de voix puissent entendre. Choisie par le grand prêtre, Victoria
reçut quelques informations personnelles par l'intermédiaire d'un traducteur.
Alors qu'elle était bien couverte, le grand prêtre révéla que Victoria aimait bien les
bijoux. Sur son insistance, elle enleva son manteau, ce qui permit de découvrir
que ses bras étaient ornés de nombreux bracelets. Satisfait de son évaluation, il
demanda à Victoria de montrer ses bras à la foule en guise de confirmation.
283
Au fur et à mesure que la cérémonie se déroulait, la plupart des participants
allèrent s'asseoir sur des bancs surélevés qui formaient un demi-cercle face aux
autels et face aux musiciens. À nouveau sélectionnée, Victoria fut invitée à
choisir quelques fèves, qui furent alors habilement fendues pour révéler des
informations divinatoires concernant son parcours spirituel. Si cette lecture ne fut
que modérément intéressante, la suite fut, elle, époustouflante.
Une jeune femme, visiblement une prêtresse de niveau intermédiaire, de par sa
tenue et ses manières, demanda si quelqu'un voulait faire l'expérience d'une
guérison. Ainsi que l’on pouvait s'y attendre, Victoria fit partie de la douzaine de
personnes qui formèrent obligeamment une file d'attente. La prêtresse
guérisseuse se plaça devant chaque personne, prononça une prière, puis utilisa
ses mains dans un mouvement de cascade, depuis la tête jusqu'au sol. Victoria
se trouvait à la fin de la file, et je me tenais sur le côté pour prendre des photos.
La prêtresse devait avoir une trentaine d'années, elle était mince et toute de
blanc vêtue. Autour de son cou, elle portait des colliers de perles colorées, et sa
taille était ceinte d'une ceinture de soie cyan. Victoria se tenait devant elle, la tête
légèrement inclinée, une couverture drapée autour de ses épaules. Tandis que les
mains de la prêtresse descendirent devant la tête de Victoria, quelque chose de
tout à fait indescriptible se produisit. Brusquement, elle se retrouva dans un état
de conscience modifié. Un sourire mystique se dessina sur son visage. Ce n'était
plus la Victoria que je connaissais. D'habitude un peu réservée avec les
étrangers, elle devint le point de mire de l'attention. Après s'être rapidement
débarrassée de la couverture et de son manteau, elle virevolta en quelques
secondes jusqu'au centre de la salle, possédée par l'esprit d'une entité inconnue.
Elle était littéralement possédée, alors. Cette femme qui est normalement calme
et posée au cours des réunions publiques, sauf en de rares occasions, devint le
centre d'attention de 300 personnes qui s'immobilisèrent instantanément pour
assister au spectacle qui se déroulait devant elles. Le public brésilien avait
l’habitude de voir des cas de possession, qui font partie de la religion umbanda.
Mais il n'avait jamais vu auparavant une Américaine, les pieds nus et les bras
déployés, tournoyer intensément au milieu de la piste sur le rythme entraînant
284
des atabaques. Il s'agissait là d'un spectacle à couper le souffle, au sens le plus
littéral du terme.
Alors que je m'affairais à prendre des photos, un vigile s'approcha de moi pour
me demander sans ménagement si j'étais journaliste. Heureusement, il parlait
couramment l'anglais et je pus lui expliquer que je ne l'étais pas. En désignant
Victoria, je lui dis que j'étais son mari. Son ton changea du tout au tout et il se
donna beaucoup de mal pour m'assurer que tout irait bien. Après quelques
minutes, la musique ralentit et Victoria fut escortée sur le côté et placée en face
du grand prêtre. Alors que Victoria n'était toujours pas consciente de son
environnement, ni de sa performance, le prêtre effectua des mouvements
semblables à ceux que l'on peut observer dans le cadre de la guérison par
l'énergie. Au bout de quelques minutes, Victoria alla s'asseoir seule, le temps que
l'expérience de la possession se dissipe.
Au bout de 20 minutes, elle vint me rejoindre et nous discutâmes brièvement de
ce qui s'était passé. Elle n'était pas du tout consciente de l'esprit qui était entré
en elle. Victoria savait que lorsque la prêtresse se tenait en face d'elle, elle avait
senti que quelque chose était entré à l'intérieur de son corps. Cette entité savait
qu'elle était ouverte à l'expérience et qu'elle n'avait pas peur. L'identité de cet
esprit reste un mystère. Victoria est d'avis que l'entité accepta son invitation et
choisit de passer un certain temps à expérimenter la vie à travers ses sens.
Il s’agit de l'un de ces événements qui défient toute explication. Si je n'avais pas
été un témoin direct de la possession et si je n'avais pas si bien connu Victoria,
j'aurais probablement tout écarté ou suggéré qu'elle avait tout inventé et qu'elle
voulait attirer l'attention. Ce genre d'exhibition publique est tout à fait contraire à
la nature de Victoria. Nous avons un accord tacite concernant ces événements.
Elle peut être audacieuse, en sachant que je veille sur elle, et que moi je constate
objectivement et que j'aborde chaque situation d'un point de vue scientifique.
Ainsi, elle est toujours ouverte et prête pour toute expérience spirituelle et n'a
jamais peur. Elle se dit en plus protégée par un grand serpent, qui est venu à elle
à l'occasion d'une précédente cérémonie d'ayahuasca près d'Iquitos, au Pérou. Ce
qui se passa cette nuit-là à Curitiba défie toute explication conventionnelle.
285
La cérémonie umbanda continua pendant au moins une heure. Une partie du
service incluait une période pendant laquelle les participants qui ne faisaient
peut-être pas partie de la congrégation en temps normal, pouvaient demander
des informations par voie divinatoire. Pour cela, environ 30 ou 40 initiés, les
filhos-de-santo, disposèrent des espaces pour répondre aux questions, chacun
étant muni d'une planche, de bougies et de petits couteaux aiguisés. Pendant que
les questions étaient posées, la prêtresse lançait les couteaux sur la planche.
J'ignore à quoi cela servait, mais une conversation s'ensuivait. Sans traducteur
personnel, tout ce que je puis dire, c'est que c'était intéressant à observer.
Plus tard, il y eut encore des percussions et des guérisons. À ce moment-là, de
nombreux membres de la congrégation me donnèrent l'impression d'être
possédés. J'observai tout cela de très près, mais je ne vis rien qui s'approchât de
ce que Victoria avait fait. Les participants, avec leurs capes rouges flamboyantes,
se déplaçaient le plus souvent en tapant du pied, comme s'ils étaient possédés
par un esprit courroucé. Puis, ils se rapprochèrent, exécutèrent un salut croisé,
qui sembla reconnu par tous les membres, et ils mirent tous un point d'honneur à
saluer le grand prêtre et la prêtresse.
Pour conclure, on me conduisit au centre de la salle. Le grand prêtre saisit sa
cape bleu roi richement ornée, qu'il projeta sur moi. C'était là une salutation
intéressante, mais je ne constatai aucun impact qu'elle aurait pu avoir. Il paraît
que c'était là un moyen de guérison pouvant être utile à tout le monde, malade ou
pas.
L’ATY GUARANI
Les formulaires de décharge que nous dûmes signer pour pouvoir participer aux
cérémonies qui impliquaient l'ingestion de drogues étaient contraignants. Ils nous
prévenaient de choses terribles qui pourraient se produire, et si c'était le cas,
nous devions accepter de dégager les organisateurs de toute responsabilité.
286
L'aty guarani était une inconnue pour nous. Nous avions étudié l’umbanda et le
santo daime et nous en avions compris les principes de base. Nous savions que
l'aty guarani incluait l'utilisation de drogues très puissantes. Le chaman que nous
rencontrâmes, Awaju Poty, évoqua la conception de la spiritualité du peuple
guarani, qui englobe toute la nature avec un univers aux divers mondes spirituels.
Il y a une force vitale qui imprègne tout. Et il y a Ñemi'Guaxu, ou le grand mystère,
que l’on ne peut résoudre dans cette vie. Un peu comme dans la tradition
hindoue, ils voient la mort comme une transition et l’intégration finale dans la
compréhension ultime du cosmos.
Nous connaissions le peuple guarani et savions que leur culture indigène avait
lutté pour survivre. Ils dépassent les frontières internationales dans la partie
méridionale du continent, mais ils n'ont été bien traités par aucun des
gouvernements nationaux. Awaju Poty est un homme hors du commun.137
Chaman, c'est également un musicien accompli, titulaire de diplômes supérieurs.
Il joue de la harpe de façon exquise, même dans la forêt.
Le soir d’août où nous lui rendîmes visite, il faisait à peu près aussi froid que
possible dans l'État de Paraná. L’endroit isolé se trouve à une altitude supérieure
à celle de Curitiba, ce qui fait encore baisser la température. Nous voyageâmes à
bord d'un petit bus, mais la route finit par disparaître et il nous fallut parcourir à
pied un sentier boueux. Il faisait sombre et le sentier était escarpé, ce qui nous
valut plusieurs glissades. Au bout de quelques minutes, nous aperçûmes un
bâtiment circulaire construit à l'aide de poteaux en bois verticaux d'un diamètre
de 5 à 10 cm, et d'un toit de chaume. Sa conception me rappelait certains kraals
que nous avions vus en Afrique australe.
Nous entrâmes et vîmes un petit feu encerclé par des pierres au centre de la
pièce. Une marmite en métal était posée sur le feu pour y préparer quelque
chose. Suivant la tradition de l'aty guarani, tout s’effectue dans le sens inverse
des aiguilles d'une montre. Nous nous penchâmes donc pour franchir la petite
porte et nous nous dirigeâmes vers la gauche. Chaque personne s'installa près du
137
Awaju Poty : http://awajupoty.blogspot.com/p/tese.html
287
mur extérieur et s'aménagea un petit nid. Nous savions que nous serions là
pendant plusieurs heures et que nous devrions nous réchauffer le plus possible.
Bientôt, Poty et son assistante, une femme d'environ 40 ans aux cheveux très
courts et au léger sourire, éteignirent les lanternes, ne laissant que la faible lueur
du feu pour voir. Il recula contre le mur du fond et il commença à jouer de l'un des
nombreux instruments de musique qu'il utiliserait au cours de la cérémonie. Tout
en battant bruyamment du tambour, Poty fit plusieurs fois le tour du feu dans le
sens inverse des aiguilles d'une montre. Ensuite, son assistante lui tendit une
longue et fine pipe remplie de tabac. La pipe en main, tirant d'abondantes
bouffées, il continua à tourner autour du feu, avant de s'arrêter et de tendre la
pipe à la personne la plus proche de notre groupe. Alors, à tour de rôle, chacun de
nous fit trois fois le tour du feu, en le gardant toujours à sa gauche. Je détestais
la fumée, mais je m’aperçus vite qu'en soufflant dans la pipe, je donnais
l'impression de l'inhaler.
Après l’accomplissement du rituel du calumet, l'assistante se leva en se tournant
lentement vers la gauche et s'approcha de chaque personne avec un bol
métallique qui contenait une mixture liquide bouillonnante. On m'invita à en
aspirer avec une paille, mais je déclinai l'invitation. Les autres membres du
groupe en prirent tous une gorgée. Nous ignorions en quoi consistait la substance
liquide et comment elle était préparée. De toute évidence, le composant
psychoactif était un dérivé très puissant de la DMT.
Poty continua à jouer de ses instruments de musique et tournait périodiquement
autour du petit feu. Victoria suggéra que la musique aidait à rendre visibles les
esprits de la forêt. Ce que les participants décrivirent ne correspondait pas à ce
que je peux confirmer dans la réalité consensuelle. David, qui connaissait bien les
produits psychédéliques, dit avoir vu une vieille femme s'agenouiller tout près du
feu. Plusieurs personnes déclarèrent avoir vu des animaux bizarres en train de
s'ébattre dans la pièce. De toute évidence, chaque personne, tout en restant
relativement immobile dans son nid, embarqua dans son propre trip intérieur.
288
La cérémonie prit fin vers minuit. Un premier défi consista à redescendre le
sentier obscur et glissant. Ce fut plus difficile qu'avant, parce que la plupart des
membres du groupe étaient encore sous l'influence de la drogue. Contrairement à
l'ayahuasca, les effets ne se dissipèrent pas rapidement. Une fois arrivés à
l'hôtel, nous prîmes l'ascenseur et nous retournâmes dans notre chambre au
sixième étage. Après avoir mis Victoria au lit, je décidai de me rendre dans le hall
d'entrée pour observer ce qui se passait. En rentrant dans l'ascenseur, je fus tout
surpris d'y retrouver une jeune femme qui était initialement montée avec nous.
Incapable de localiser sa chambre, elle ne cessait de monter et descendre dans
l'ascenseur.
VITORIA
A une heure de vol au nord de Rio de Janeiro, dans l'État d'Espirito Santo, sur la
côte est, se trouve la ville trépidante de Vitoria. En prévision de la Coupe du
monde et des Jeux olympiques, la Policia Militar138 avait décidé d'organiser un
cours sur l'utilisation des armes non létales, et j'eus l'insigne honneur d'être invité
à ouvrir la session. Victoria fit son devoir et se mit à la recherche des
organisations locales umbanda, et grâce à Internet, elle repéra deux groupes
locaux et leurs adresses.
Nous demandâmes à nos hôtes si nous pouvions prolonger notre séjour d'un jour
ou deux, ce qu'ils acceptèrent. J’avais besoin d’un jour pour récupérer, car le
voyage allait durer plus de 24 heures, y compris le vol de nuit d'Atlanta à Rio.
Arrivés en milieu de matinée, nous fûmes accueillis par notre hôte, le major
Marsuel Riani, et par un chauffeur, le soldat Mario Magalhães, qui s'avérera être
également mon interprète pour mon exposé. Comme il avait vécu au Canada
pendant un certain temps, il parlait couramment l'anglais et possédait des
compétences linguistiques remarquables, ce qui lui permettait de traduire en
temps réel. Sa connaissance des affaires internationales était extraordinaire pour
138
La Policia Militar, ou police militaire, n'a rien à voir avec la police militaire américaine. Il s'agit plutôt d'une
force de police nationale qui a compétence sur le domaine civil.
289
un simple soldat. Nous apprîmes bientôt qu'en dépit de son grade, il était aussi
conseiller du gouverneur de l'Etat d'Espirito Santo.
Mario possédait une particularité supplémentaire : il avait une mémoire eidétique.
Il n'était pas né avec cette faculté, ce qui devrait intéresser les
neuroscientifiques. Il avait été impliqué dans un grave accident de voiture et,
après être sorti du coma, il pouvait se rappeler tout ce qu'il avait vu ou entendu,
ce qui se révélera utile plus tard pendant notre visite, car il fut en mesure
d'identifier une des personnes qui participaient aux services, lorsque nous la
retrouvâmes dans un cadre tout à fait différent.
Nous expliquâmes à nos hôtes que nous cherchions des cérémonies umbanda.
Nous avions l'intention de prendre un taxi depuis l'hôtel jusqu'aux sites. Il s'avéra
que c'était très naïf de notre part, car les endroits que Victoria avait identifiés se
trouvaient dans les favelas (bidonvilles) locales. ‘’Les taxis ne vous y conduiront
pas", me dit Riani. Les chauffeurs jugeaient ces zones trop dangereuses et les
considéraient comme interdites.
La majeure partie de Vitoria est catholique, mais il y a une petite minorité qui
pratique le spiritisme. Accompagnés maintenant par des gardes armés, nous nous
aventurâmes jusqu'à la première église, qui se trouvait dans une zone où Mario
avait déjà patrouillé en uniforme. ‘’Les fusillades quotidiennes n'étaient pas
rares’’, nous informa Mario, et effectivement, nous entendîmes quelques coups
de feu pendant que nous étions là-bas.
Le temple, le Spiritual Center of Grandpa Antonio Aruanda, était situé dans un
bâtiment de plusieurs étages, en retrait de la route. Aucun panneau n'indiquait
l'existence de l'église. Mario mentionna que les membres des gangs locaux
avaient peur de l'umbanda, croyant qu'il invoquait des esprits. L'office avait déjà
commencé, quand nous arrivâmes. Nous sortions clairement du lot. Bien que
Riani et Mario étaient en civil, les gens surent immédiatement qu'ils étaient de la
police, ce qui n'était pas toujours considéré comme une bonne chose. Et puis
ensuite, il y avait deux Américains.
290
Après avoir répondu à quelques questions sur la raison de notre présence, nous
suivîmes le protocole et nous allumâmes des bougies à l'extérieur de l'église.
Après quoi, on nous invita à participer à l'office. Riani étant catholique et Mario
bouddhiste, l'umbanda était une nouveauté pour nos deux amis brésiliens. Bien
qu'ils en avaient déjà entendu parler, ils n'avaient jamais assisté à un office
auparavant.
Le cadre du centre spirituel était très différent de celui que nous avions connu à
Curitiba. Le groupe était beaucoup plus petit, environ 40 participants, et l’endroit
ressemblait plus à un salon qu'à une église. Tout était beaucoup moins formel.
Nous apprîmes par la suite que l'umbanda était une religion générationnelle et
que beaucoup des participants provenaient de la même famille. Nos
accompagnateurs demeurèrent en retrait et les initiés nous firent avancer vers
l'avant de la pièce, en plaçant Victoria sur la gauche avec les femmes et en
m’installant à droite avec les hommes.
Il était courant que les femmes dirigent, et l'office était supervisé par une grande
prêtresse. La plupart des participants étaient vêtus de blanc. Les couleurs de la
maison étaient vives, mais le décor guère ornementé. Les murs étaient blancs,
hormis un mur bleu saphir qui faisait face à l'assemblée. Devant le mur se
trouvait un autel recouvert d'un drap rouge écarlate, et disposés avec soin sur
l'autel, il y avait des vases contenant des fleurs, des petites statues de leurs
orishas ou esprits, et des colliers de perles. Un tableau qui représentait un saint
umbanda était accroché entre les deux fenêtres étroites et ouvertes.
Sans se préoccuper de notre arrivée, la prêtresse continua d'officier. Des
symboles tracés à la craie, similaires à ceux que j'avais déjà vus au cours de
cérémonies vaudoues, étaient dessinés sur le sol. Le symbolisme est très
important dans ces religions. Des symboles comme ceux-ci, tracés à la craie, sont
temporaires et on les efface à la fin de l'office. Plusieurs initiés assistaient la
prêtresse. Pendant que les chants s'intensifiaient, les paroissiens se
rapprochèrent et ils se mirent à danser, généralement dans le sens inverse des
aiguilles d'une montre.
291
À mon insu, Victoria avait décidé de permettre à la possession d'avoir lieu, quand
nous étions entrés dans le temple. Bien que ne comprenant pas un mot de ce qui
se disait, Victoria se leva bientôt et se mit à danser avec le groupe. Elle me dit
avoir reçu intuitivement un message qui l’invitait à participer. Quoique différente
de son expérience de possession précédente, celle-ci fut toute aussi puissante et
convaincante. S’avisant que Victoria était en proie à quelques difficultés internes,
une femme la conduisit devant l'autel et lui demanda de s'incliner trois fois.
Trois heures s'écoulèrent rapidement. La nuit était tombée, et il était temps de
marquer une pause. On ne me dit rien, mais la grande prêtresse rejoignit nos
hôtes et insista sur le fait qu'ils avaient reconnu Victoria. Ils insistèrent pour
qu'elle ne parte pas. Une sorte de reconnaissance s’était produite entre ces
femmes, même si elles ne s'étaient jamais rencontrées auparavant. De mon point
de vue, cette rencontre semblait être plus qu'une simple coïncidence.
En raison d'un engagement préalable, nos accompagnateurs s'absentèrent en
promettant de revenir. Nous étions seuls dans la favela. Le groupe umbanda
sembla manifester sa protection à notre égard, et nous trouvâmes quelques
personnes qui parlaient modérément bien l'anglais. On nous invita à prendre des
rafraîchissements dans une petite cuisine adjacente. Les conversations amicales
étant le propre de nouvelles relations, elles nous fournirent l'opportunité de les
interroger sur leur implication dans l'umbanda. J'eus notamment une discussion
très intéressante avec un homme qui parlait très bien l'anglais. Cet homme me
confia qu'il avait été un marin américain dans une vie antérieure, ce qui l'avait
aidé à développer ses compétences linguistiques. Il est important de savoir que la
croyance en la réincarnation est un principe fondamental de l'umbanda.
L'office reprit dans la foulée. La grande prêtresse, maintenant accompagnée par
un homme et par de la musique, invoqua les dieux et les déesses pour qu'ils
viennent participer à la cérémonie avec les humains. Bientôt débuta une séance
de guérison avec Victoria et quelques autres personnes au centre, entourées par
les guérisseurs initiés. Ouverte au processus, Victoria se sentait la tête légère et
commençait à onduler. À un moment donné, une orisha pénétra dans le corps de
Victoria. Dans son esprit, elle entendra clairement l'orisha lui dire : ‘’Pourquoi es-
292
tu dans le cercle intérieur ?’’ L'orisha insista sur le fait que Victoria devrait faire
partie du cercle extérieur et aider les autres.
Durant l'office, les paroissiens eurent également l'occasion de demander aux
esprits des conseils personnels, même si c'était par l'intermédiaire des initiés.
Quelques initiées assumèrent différentes personnalités, dont beaucoup
semblaient transgenres et distinctement masculines. Par la suite, les participants
consommèrent de la bière et du vin. Le tabagisme était également très répandu.
Franchement, il était difficile pour moi de déterminer s'il y avait réellement eu
possession ou s'il s'agissait simplement d'un moyen pratique de rompre avec les
normes traditionnelles en matière de rôles.
D'autres faits furent plus convaincants. Vers la fin de la cérémonie, sans aucun
avertissement préalable, la grande prêtresse fut possédée par une personnalité
masculine assez violente. Il fallut plusieurs paroissiens pour apaiser cet esprit et
pour que la prêtresse puisse continuer de superviser la cérémonie. Elle retrouva
sa personnalité, apparemment sans aucun effet négatif.
Peu après 21 heures, Mario était de retour au moment où l'office se terminait.
Une femme, toujours possédée par un orisha, accosta Victoria avec l'aide d'un
initié qui parlait anglais et lui offrit un petit bouquet d'œillets blancs et rouges. On
lui dit qu'elle devrait revenir au moins deux fois. Après un échange d'amabilités
comprenant des adresses e-mail et des numéros de téléphone, nous prîmes
congé avec beaucoup de choses à considérer.
Mario et Riani rentrèrent chez eux et racontèrent les événements de la soirée à
leurs familles, qui ne connaissaient pas l'umbanda. Lorsqu'ils acceptèrent de
nous conduire dans une autre église umbanda, leurs femmes et leurs enfants
voulurent nous accompagner. Cette aventure commença trois jours plus tard, en
allant assister ensemble à une nouvelle cérémonie umbanda dans une autre
favela. L'aspect le plus marquant de ce rendez-vous fut le repérage du lieu de la
cérémonie. Notre escorte s'était organisée pour être en contact par téléphone
portable avec une personne qui était censée connaître la zone, mais malgré cela,
nous errâmes quelque peu. Avec pas mal de difficultés, Riani finit par repérer
293
l’endroit, et c’était d'autant plus complexe que nous étions accompagnés de
l'épouse de Mario, une thérapeute diplômée, de l'épouse de Riani, un brigadier de
police, et de leurs trois enfants, dont une adolescente. Aucun d'entre eux n'avait
jamais assisté à une cérémonie umbanda, et il s'agissait surtout pour eux d'une
curiosité bienvenue.
Il faisait nuit, quand nous garâmes les voitures dans un endroit dégagé et quand
nous nous résolûmes à marcher jusqu'au lieu de culte. Sans protection armée,
jamais je ne me serais aventuré dans la zone où devait avoir lieu l'office. Nous
longeâmes un énorme tas de détritus, puis nous remarquâmes un tunnel éclairé
par une seule ampoule. Aussi insensé que cela puisse paraître, nous
poursuivîmes notre chemin dans l'orifice de béton avant de déboucher sur la Casa
Do Senhor Ogom, un bâtiment en béton avec un toit en tôle et des barreaux en
guise de fenêtres. Il n'y avait qu'une seule pièce, scindée, avec des bancs pour les
spectateurs. Au premier plan se trouvait une autre grande prêtresse vêtue d'une
robe bleue et fumant le cigare. Elle se tenait devant un long autel, drapé d’un
tissu blanc, sur lequel il y avait des douzaines de petites statues d’orishas.
Quelques symboles chrétiens y figuraient également.
La présence de jeunes enfants compliquait les choses, et nous ne restâmes
qu'une heure environ. Là aussi, Victoria s'approcha pour une bénédiction, et elle
fut rejointe par Nilma, la femme de Mario. Cette fois encore, nous vîmes plusieurs
paroissiens qui semblaient être dans un état de possession légère. Les
caractéristiques comportementales générales semblent se retrouver d'un centre
spirituel à l'autre. Qu'il y ait là une anticipation et une programmation, ou une
réelle possession, est difficile à déterminer, mais cela mérite certainement des
recherches plus approfondies.
RIO DE JANEIRO
Au cours des deux dernières décennies, j'ai effectué plusieurs voyages à Rio,
principalement en relation avec des questions ayant trait aux armes non létales.
Par ailleurs, nos hôtes étaient bien conscients de notre intérêt pour certains
phénomènes et pour les religions indigènes, et ils organisèrent notre excursion du
294
Santo Daime à Maua. Ils se montrent un peu nerveux, lorsque mon implication
dans ces domaines attire trop l’attention. En tant qu'hommes d'affaires, ils se
soucient de l’image de leur société. Ce fut encore le cas avec une interview qui
portait à la fois sur les armes non létales et sur les OVNI, et qui parut dans O
Globo, le principal journal brésilien, en avril 2016. 139
Comme on pourrait s'y attendre aux États-Unis, les hommes d'affaires ont
souvent une position publique et privée par rapport à certains sujets
controversés. Pendant un séjour dans leur retraite de montagne près d'Itaipava, à
environ une heure de route au nord de Rio, nous évoquâmes des incidents d’ordre
personnel qu'il est difficile d'expliquer. Dans l'un d'eux, le président de la société,
Carlos, un homme à l'embonpoint considérable, s'appuya sur une rampe qui céda
brusquement, et il fit une chute de près de trois mètres jusqu'à la prochaine
rampe du sentier. Il me déclara alors que pendant sa chute totalement
incontrôlée, c'est comme si une grande main s'était glissée sous lui, avait
interrompu sa chute et l'avait doucement déposé sur le sol. J'ai emprunté ce
sentier à plusieurs reprises et je sais que le risque de blessure physique grave
résultant d'une telle chute est très élevé. Pour autant, la description de cet
incident défie les idées reçues sur les lois de la gravité. Il attribue ce phénomène
à une intervention divine et, pour honorer cette ‘’aide divine’’, Carlos érigea une
statue de la Vierge Marie au sommet du sentier. Quoique très discret sur cette
expérience personnelle, il nous montra, à Victoria et à moi, l'autel qu'il avait érigé.
Deux services religieux auxquels nous participâmes à Rio se distinguent, bien
qu'ils se déroulèrent à plusieurs années d'intervalle. Le premier était une visite à
Tempo Espirita Tuvara. C'était un vendredi en début d'après-midi et le grand
temple en béton était rempli avec des centaines de personnes. Je me demandai
sur le coup si ces personnes n'avaient pas un travail pendant la journée. Notre
guide était mon ami Edson Pereira, un colonel à la retraite de l'armée brésilienne.
Edson m'a servi d'interprète dans le cadre de plusieurs voyages au Brésil et il est
connu et respecté dans tout le pays. L'épouse d'Edson, Mary, qui est au cœur du
sujet, nous accompagnait aussi.
139
http://oglobo.globo.com/sociedade/conte-algo-que-nao-sei/johnalexander-militar-armas-nao-letais-naodevem-ser-usadas-comocastigo-19192107
295
Au Brésil, les religions spirites se basent généralement sur l'œuvre d'Allan
Kardec, un éducateur français qui vécut au milieu du 19ème siècle. En réalité, Allan
Kardec était le nom de plume d'Hippolyte Léon Denizard Rivai, qui écrivit
plusieurs ouvrages définissant le spiritisme. S'il y a bien aujourd'hui quelques
églises spirites en Amérique du Nord, cette religion est plus connue et plus
populaire en Amérique du Sud.
Il faut savoir que Kardec était fortement en faveur de la recherche scientifique
par rapport aux phénomènes qu'il postulait.140 La religion spirite a pour fondement
les écrits et la philosophie de Kardec qui détaillent l'instauration de contacts avec
des entités désincarnées. Les paroissiens adhèrent également au concept de la
réincarnation. Leurs pratiques vont à l'encontre des religions chrétiennes
conservatrices qui mettent souvent en garde leurs fidèles contre tout contact
avec des esprits inconnus qui pourraient chercher à les tromper. Ces groupes
sont très préoccupés par la possibilité de possession par des esprits malveillants
ou malicieux.
A Tempo Espirita Tuvara, il n'y avait pas de grand prêtre, mais il y avait beaucoup
d’initiés, répartis à peu près équitablement entre hommes et femmes. Pour le
service auquel nous participâmes, le côté gauche de la salle était réservé aux
femmes et le côté droit aux hommes. On nous indiqua toutefois qu'il y avait
d'autres offices où la mixité était la norme. En guise de préparation, nous nous
étions procuré des bouteilles en verre et nous les avions remplies d'eau. Nous les
plaçâmes à côté des dizaines d'autres bouteilles apportées par les membres de la
congrégation. L'hypothèse était que l'eau se chargerait d'énergie positive pendant
la cérémonie et qu'on pourrait l’utiliser par la suite à des fins de guérison. Le plus
compliqué pour nous serait de leur faire passer la sécurité à l'aéroport, mais nous
parvînmes tout de même à les ramener à Las Vegas.
Après avoir chanté pendant un moment, on en arriva aux actes curatifs de la
cérémonie. Les initiés, tout de blanc vêtus, formaient deux files à l'avant. Toutes
les personnes qui souhaitaient être bénies ou guéries s'avancèrent. La procédure
140
Alexander Moreira-Almeida,
https://www.academia.edu/1619158/Allan_Kardec_and_the_Development_o
296
fut longue mais bien ordonnée. Alors que chaque personne se tenait devant le
prêtre ou devant la prêtresse, ce dernier ou cette dernière utilisait ses mains pour
transmettre de l'énergie psychique en récitant des prières pour chaque personne.
La raison pour laquelle Marie se trouve au cœur de cette histoire, c’est qu'elle
représente un miracle médical et qu'elle a été guérie dans ce temple. Souffrant
de graves douleurs dorsales, elle avait consulté une kyrielle de médecins
traditionnels, qui tous l'avaient diagnostiquée incurable. Edson était resté à ses
côtés, en observant avec désespoir l'échec de la médecine conventionnelle. Mary
était clouée au lit et elle avait peu de chances de se rétablir. Mais après avoir pris
part à des séances de guérison spirite, elle regagna l'usage complet de son corps.
Il n'y a aucune explication médicale traditionnelle qui explique son rétablissement
total.
À l'heure où j'écris ces lignes, la dernière cérémonie d'umbanda à laquelle nous
avons assisté remonte à avril 2016. J'avais été invité à Rio de Janeiro pour
recevoir un prix récompensant mes travaux sur les armes non létales, et nous
profitâmes une fois de plus des avantages de l’endroit. Cette fois, c'est Edson
Pereira Jr, jeune et brillant étudiant diplômé, qui nous servira d'escorte.
Physiquement beaucoup plus grand que son père, Edson Jr. pouvait en imposer,
et sa connaissance des affaires mondiales était remarquable. Catholique
pratiquant, il n'avait jamais assisté à une cérémonie umbanda. Une fois encore,
nous initiâmes des amis brésiliens à l'une des religions indigènes de leur pays,
d'une importance vitale.
Nous arrivâmes au temple Caminheiros da Verdade (‘’Ceux qui empruntent le
chemin de la vérité’’) un peu avant 17 heures. Alors que nous nous attendions à
ce que l'office commence à cette heure-là, nous nous aperçûmes qu'il avait
débuté depuis un certain temps et que la porte était fermée à clé. Après avoir
sonné au portail extérieur métallique noir, je fus ‘’accueilli’’ par un homme qui ne
parut pas très content de me voir, car ce n'était pas un lieu fréquenté par des
étrangers. Avec l'aide d'Edson Jr, qui sait se montrer très persuasif, le préposé fut
convaincu de nous laisser entrer. Lorgnant l'appareil photo numérique Canon
297
PowerShot bleu que je tenais à la main, il nous informa qu'aucune photo ne serait
autorisée.
Nous entrâmes tranquillement et nous prîmes place sur le banc le long du mur du
fond. C'était un temple de taille modeste, aux murs bleu azur et aux statuettes
familières. Une séparation basse avec une porte battante en son centre séparait
la prêtresse et les initiés des observateurs. Après m’être renseigné, on me dit que
Victoria ne pouvait pas se joindre à ceux qui dansaient pendant cette partie de
l'office. Ceci dit, en peu de temps, elle réussit à s'approcher de l'avant, tandis
qu'Edson Jr. et moi nous continuions de veiller depuis l'arrière. Victoria m'avait
chuchoté que si les esprits le lui demandaient, elle ignorerait toute tentative de
l'empêcher de se joindre à la cérémonie.
La cérémonie était typique des autres rituels umbanda auxquels nous avions
assisté. Des hommes et des femmes quasiment exclusivement vêtus de blanc
évoluaient au rythme de la musique. Là encore, ils paraissaient être dans une
légère transe et se comportaient conformément à nos attentes. Une grande
prêtresse semblait aux commandes et diriger les activités. Une centaine de
personnes, qui attendaient pour la plupart la seconde partie de l’office,
observaient les activités depuis de vieux bancs en bois.
Bientôt, il y eut une pause, les initiés ayant besoin de se réhydrater après une
longue période d'activité. Certains participants nous considérèrent d'un air
interrogateur, nous, les deux seuls Américains, mais ils semblèrent accepter notre
présence. Au bout d'une demi-heure, les consultations commencèrent, et on nous
dit que nous pouvions maintenant y prendre part. Rapidement, Victoria reprit sa
place à l'avant, tandis qu'Edson Jr. et moi-même, nous continuions de cirer le
banc. Par chance, un jeune homme qui parlait anglais se plaça juste derrière
Victoria. Il lui confia qu'il s'agissait là de sa première rencontre avec l'umbanda et
qu'un ami proche l'avait encouragé à venir. Cela dit, il ne savait pas à quoi
s'attendre. La prêtresse et les initiés s'avancèrent en ayant, semble-t-il, assumé
l'identité de leur orisha ou de leur guide, et se positionnèrent autour de la salle,
de manière à pouvoir s'entretenir en privé avec ceux qui désiraient une
consultation. En périphérie, il y avait une femme austère, dont le travail consistait
298
à orienter la circulation. Quand Victoria s'approcha, elle lui indiqua qu'elle devrait
se rendre auprès de la grande prêtresse, et son nouvel ami l'accompagna pour lui
servir de traducteur.
La prêtresse demanda brusquement : ‘’Pourquoi êtes-vous ici ?’’ Victoria répondit
qu'elle recherchait une grâce. Tout ce que Victoria dit ou exprima sembla toucher
une corde sensible chez la grande prêtresse. Elle entreprit une longue séance de
guérison, qui comprenait un transfert d'énergie par les mains et une grande
quantité de fumée pour purifier l'esprit de Victoria. La séance devint tellement
émouvante que Victoria se mit à pleurer. En signe de reconnaissance, l'orisha
donna son nom à Victoria : Cabocla Jureminha da Cachoeira. Puis l'orisha lui dit :
‘’Si jamais tu as besoin de moi, il te suffit de m'appeler par mon nom’’. Il s'agissait
là d'un message personnel très fort.
Après la séance, Victoria s'approcha du banc où nous étions assis. Vu son
attitude, je savais qu'elle était clairement secouée. Edson Jr. ne s'en rendit pas
compte et suggéra que nous partions tout de suite. Je lui répondis que nous
devions attendre encore un peu, et je lui fis signe de la regarder : elle tremblait et
elle était au bord des larmes. Une dizaine de minutes plus tard, nous nous
enfoncions dans la nuit pour aller dîner dans l’une des fameuses churrascarias
brésiliennes.
Il est difficile de définir scientifiquement ce type d’implications émotionnelles.
Pour le participant, il est clair qu'il s'agit d'expériences significatives. Et du point
de vue spirite, il s’agit de transferts d'informations efficaces, qui permettent
parfois une guérison physique et mentale. Le principal point de divergence, c’est
que l'expérience doit s’évaluer à partir de deux visions du monde et de deux
systèmes de croyances différents.
Je tiens à rappeler qu'aucun des services religieux auxquels nous avons assisté
au Brésil ne fut accompagné d'une demande d'argent. On ne faisait pas circuler
un plateau ou une corbeille à offrandes, comme c'est si souvent le cas dans les
églises chrétiennes américaines. Il n'y avait même pas de boîte au mur, où les
paroissiens pouvaient laisser des dons. Au début, j'ai demandé à Edson Sr. ce
299
qu'il en était. Après tout, ces temples occasionnaient de sérieux frais généraux,
comme l'entretien et les charges. Il m'a répondu qu'il ne savait pas et qu'il s'était
demandé comment les organisations étaient soutenues. Chez moi, un signal
d'alarme se déclenche, si des guérisseurs psychiques sollicitent des dons
importants. Au Brésil, nous avons constaté tout l'inverse. Nous n'avons jamais vu
la moindre tentative de collecte de fonds.
ABADIÂNIA
À environ 100 km au sud-ouest de Brasilia, la campagne vallonnée près
d'Abadiânia rappelle aux visiteurs américains les terres agricoles du centre des
États-Unis. C'est là, au bout d'une route secondaire poussiéreuse partant de la
BR 060, que se trouve la Casa de Dom Inácio (la maison de Saint Ignace de
Loyola). C'est le quartier général opérationnel de João de Deus ou Jean de
Dieu.141 Né João Teixeira da Faria, c’est l'un des guérisseurs psychiques les plus
célèbres du monde. Après lui avoir rendu visite à deux reprises, je suis
personnellement convaincu qu'il est authentique.
Quand nous lui avons rendu visite pour la première fois en 2005, environ 300
personnes sollicitaient son aide. A notre retour en 2014, nous vîmes des milliers
de personnes rassemblées à la casa, dont beaucoup arrivées en cars touristiques.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette augmentation de fréquentation.
Précédemment, João de Deus exerçait ses activités sur de nombreux sites au
Brésil. Actuellement, il opère exclusivement à Abadiânia, à l’exception des rares
occasions où il voyage à l'étranger. La deuxième raison, c'est Oprah. La superstar
américaine, Oprah Winfrey a réalisé une série d'émissions depuis la casa,
permettant de faire connaître João de Deus à un public beaucoup plus large. Le
conférencier spécialisé dans le développement personnel, Wayne Dyer était non
seulement un admirateur, mais il fut également le bénéficiaire de l'une des
guérisons spirituelles les plus spectaculaires dont j'ai jamais entendu parler. Au
fur et à mesure que la renommée de João de Deus s’est répandue, des gens sont
141
http://johnofgod.com/
300
venus du monde entier. On y trouve pas mal d'Américains, de nombreux
Européens, sans oublier des Asiatiques et des Africains.
Au départ de Foz de Iguaçu, nous atterrîmes dans la soirée à Brasilia, la capitale.
C'était début mai 2005, et en raison du trafic de drogue dans la région, on nous
avait conseillé de ne pas emprunter les routes de campagne, la nuit. La voiture de
location que nous avions réservée arriva avec une heure de retard, le lendemain
matin, si bien que nous ne partîmes qu'à 7 heures pour un trajet d'une heure et
demie jusqu'à Abadiânia. Nous craignions d'être en retard, car le premier service
était prévu à 8 heures. Finalement, nous arrivâmes à destination avec un peu
d'avance. En discutant avec les habitants, nous apprîmes que les horaires de la
casa étaient fort approximatifs.
La casa, d'un bleu profond et d'un blanc éclatant, se trouvait au bout d'un
quartier récemment aménagé de la ville. Des dizaines de voitures étaient garées
dans le parking situé juste en face. Les grands portails métalliques bleus étaient
ouverts et des personnes vêtues de blanc s'affairaient. À notre arrivée, nous
fûmes accueillis par des assistants. Chacun reçut un ticket indiquant s'il
s'agissait d'une première visite, d'un retour ou d'une intervention chirurgicale
programmée. Tout était bien organisé.
Un auditorium ouvert occupait l'espace devant le sanctuaire. Des peintures
représentant des saints en ornaient les murs. Des écrans de télévision diffusaient
une vidéo qui montrait João de Deus en train d'opérer et plusieurs types
d'interventions. L'une d'elles impliquait l'utilisation d'un scalpel et la réalisation
d’une incision physique sur le patient. Chose étonnante, le saignement était
minime, bien moins important que ce à quoi je m'attendais. Il n'y avait aucun
doute par rapport à l'authenticité de l'incision. Aucun faux matériel n'avait été
utilisé. Une autre vidéo montrait João de Deus qui insérait de longues pinces au
fond du nez d'un patient. Dans une autre encore, il utilisait un couteau pour
gratter les globes oculaires du patient. Cette technique, nous dit-on, était
indirecte, car les yeux étaient considérés comme le miroir de l'âme. Tout au long
de ces interventions, aucun des patients ne sembla montrer des signe de douleur
301
ou d'inconfort. João de Deus paraissait plongé dans une transe profonde et ne
semblait même pas prêter attention aux gestes qu'il accomplissait.
Ensuite, le service débuta. João de Deus sortit du sanctuaire et se tint debout sur
la petite estrade basse devant l'auditoire. Il parla brièvement et un assistant
traduisit ses propos en anglais. Quelques minutes plus tard, il commença à
opérer devant le groupe et nous le vîmes utiliser la technique des forceps.
L'homme concerné se pencha légèrement en avant, tandis que les forceps étaient
insérés dans sa cavité nasale. Une petite goutte de sang apparut et la procédure
était terminée. Sans tambour ni trompette, l'entourage regagna le sanctuaire et
des files se constituèrent. Les personnes en fauteuil roulant, qui étaient
nombreuses, furent d’abord prises en charge. En tant que nouveaux venus, nous
serions dans le dernier groupe à être reçu, ce matin-là. Malgré la foule, tout le
monde était poli et patient, et je ne vis personne chercher à se faufiler devant les
autres. Les gens semblaient croire les assistants qui nous avaient dit que tout le
monde serait reçu.
Tout était calme lorsque nous entrâmes dans le sanctuaire. João de Deus était
assis au fond de la salle. À notre grande surprise, les deux côtés de la salle
étaient occupés par deux rangées de médiums assis qui l'assistaient dans la
prière. Ils étaient au moins soixante dans ce groupe. Plusieurs autres médiums,
apparemment considérés comme très puissants, étaient assis près de lui. De gros
cristaux de quartz étaient placés bien en évidence.
A l'occasion de notre première rencontre, nous bénéficiâmes de plusieurs
entrevues individuelles avec João de Deus. Chaque séance était fort brève,
quelques secondes seulement, mais personnelle. Il ne parle pas l’anglais, mais
deux assistants étaient là pour traduire. En état de transe, il répondait et il
remettait à chaque personne une ordonnance griffonnée qui pouvait être honorée
pour une somme modique (quelques dollars seulement). Il est important de noter
qu'il recevait toutes les personnes qui se présentaient, quelle que soit la longueur
de la file d'attente.
302
Après la bénédiction, on nous pria de prendre place dans une pièce adjacente,
directement à sa droite, où nous restâmes les yeux fermés en méditation pendant
une vingtaine de minutes. On nous expliqua que l’objectif était d'ajouter notre
énergie de guérison à celle de tous les médiums réunis. Les assistants
raccompagnaient ensuite calmement des groupes vers la sortie qui donnait sur
les jardins. La cuisine se trouvait à proximité. La casa nourrit tous ceux qui
viennent. On nous servit gratuitement une soupe de légumes faite maison.
A l’occasion de notre dernière visite à la casa en 2014, le déroulement de la
rencontre avait considérablement évolué. Même si l'ordre du jour était
globalement le même, il était pratiquement impossible de voir ce qui se passait à
cause de la foule. Au lieu de bénéficier d'une attention personnalisée comme
pour notre première visite, les participants étaient conduits en groupes dans le
sanctuaire, où nous nous prîmes place sur des bancs en bois, les yeux clos. Joao
de Deus entra ensuite dans la salle et il offrit une bénédiction générale, touchant
quelques personnes assises près de l'allée. Jetant des coups d'œil furtifs, je fus
surpris à plusieurs reprises par ses assistants qui me firent signe en silence de
fermer les yeux.
Cette fois, plutôt que de rester dans l'enceinte de la casa, on conseilla aux gens
de retourner à leur hôtel et de rester seuls dans leur chambre pendant 24 à 48
heures. Nous devions prendre nos repas seuls pendant cette période et nous
concentrer sur notre guérison ou tout autre besoin spirituel qui nous avait
amenés là. Victoria suivit ces instructions, tandis que je retournai plusieurs fois à
la casa, simplement pour observer le déroulement des opérations.
Différents types de guérisons sont pratiqués. Selon João de Deus, il est assisté
par des centaines d'esprits désincarnés, dont certains exerçaient la profession
médicale, lorsqu'ils étaient humains. On estime que le processus de guérison
commence dès votre arrivée et peut continuer longtemps après votre retour chez
vous. Il y a des restrictions qui sont basées sur l'âge et qui concernent les
personnes éligibles à une chirurgie physique ou à une guérison purement
psychique. On assure qu'il n'y a jamais eu de cas de septicémie à cause d'une
303
incision. Comme on n'utilise ni stérilisation ni antiseptique, c'est assez
incroyable !
En plus du sanctuaire, il y a des lieux bénis autour de la casa où on a placé des
triangles symboliques. Ces sites sont toujours remplis de photos de patients qui
demandent à être guéris. Pendant ce voyage, j'ai participé au processus de
guérison à distance. Certains lecteurs connaissent peut-être Whitley et Anne
Strieber. Whitley a écrit plusieurs livres, mais il est surtout connu pour
Communion. Nous sommes des amis de longue date, et à l’époque, Anne était
gravement malade, souffrant d'un cancer. Je leur avais suggéré de se rendre à
Abadiânia, mais ils étaient d’avis que son état physique rendait le voyage
impossible. Etant donné que nous y allions, ils me remirent une bonne photo
d'Anne. Je pris la photo et je la plaçai sur l'un des sites consacrés, et je priai pour
qu'elle reçoive de l'aide concernant son état de santé.
Le lendemain, j'envoyai un e-mail à Whitley pour lui raconter ce que j'avais fait et
à quel moment. Il me répondit qu'Anne avait démontré une amélioration
substantielle qui avait duré quelques jours. Il est important de noter, d'un point
de vue scientifique, qu'Anne ne connaissait ni la date ni l'heure auxquelles j'avais
commencé à prier pour son rétablissement. Or, c'est avant que je ne contacte
Whitley par e-mail qu'il avait remarqué une amélioration.142 Malheureusement, la
guérison fut temporaire et elle succomba un an plus tard.
Ainsi que je l'ai mentionné, Wayne Dyer, deux ans après avoir été diagnostiqué
comme atteint de leucémie, bénéficia d'une guérison remarquable et
documentée. Celle-ci s'effectua à distance, car d'après le blog de Dyer lui-même,
il se trouvait dans une chambre d'hôtel à Carlsbad, en Californie, pendant que
João était à la casa à Abadiânia. A cause de son emploi du temps chargé, Dyer
refusa l'opportunité de se rendre à la casa au Brésil. En lieu et place, des
dispositions furent prises pour qu'il puisse subir une opération chirurgicale
spirituelle à distance, le 21 avril 2011, à 22 heures. On lui donna comme
instructions de porter des vêtements blancs, de boire de l'eau bénite et de rester
142
Même si j'avais déjà évoqué son cas dans des exposés, je n'avais jamais révélé l'identité du bénéficiaire.
Cette information est incluse dans ce livre avec l'accord de Whitley Strieber.
304
alité pendant une journée entière. Le lendemain matin, il se réveilla et ne
constatant aucune différence, il partit faire sa promenade habituelle, mais au
bout de quelques centaines de mètres, il s'effondra — comme des suites d’une
opération chirurgicale physique pratiquée la veille au soir. On l'aida à regagner
son lit et il resta alité plusieurs jours, épuisé, passant par un processus de
détoxification. Une semaine après l'opération, les entités seraient revenues retirer
les sutures psychiques. Peu de temps après, on le déclara guéri du cancer. Dyer
fit remarquer que la chirurgie n'était pas un traitement traditionnel pour la
leucémie, et encore moins quand elle est pratiquée par des entités spirituelles.143
Wayne Dyer est décédé en 2015, quatre ans après avoir été soigné par João de
Deus. D’après l’avis de décès, la cause de sa mort était une crise cardiaque et
n'avait aucun lien avec son cancer antérieur.
Un autre cas remarquable fut relaté par Heather Cumming, une chamane
brésilienne qui devint une collaboratrice privilégiée de João de Deus. Dans son
livre intitulé Jean de Dieu : le guérisseur brésilien, qui a bouleversé la vie de
milliers de personnes, elle évoquait le cas d'un médecin relativement jeune qui
s'appelait Roger.144 Obèse, il fut victime d'une crise cardiaque à l'âge de 49 ans et
mourut aux urgences de l'hôpital où il travaillait à Brasilia. Son certificat de décès
indiquait qu'il était décédé à 10 h 15. C'était en milieu de matinée et le personnel
était fort occupé. Comme la présence de cadavres dans l'unité des soins intensifs
n’était pas bonne pour les affaires, ils voulaient transférer le corps du médecin à
la morgue le plus vite possible.
La femme du médecin prit contact avec João de Deus. Ensuite, elle demanda au
personnel hospitalier de ne pas déplacer le corps de son mari avant 15 heures,
cet après-midi-là, et qu'une infirmière reste auprès du corps, ce qui allait à
l'encontre du règlement et qui était peu pratique, mais puisque le Dr Roger était
l'un des leurs, le personnel accepta de respecter les souhaits de sa femme,
sachant qu'elle relayait les instructions de João de Deus. Et peu avant 15 heures,
le Dr Roger prit soudainement une profonde inspiration et reprit conscience avant
143
Wayne Dyer, http://www.drwaynedyer.com/blog/meeting-spiritualhealer
Heather Cumming, John of God: The Brazilian Healer Who’s Touched the Lives of Millions, Atria
Books/Beyond Words, 2007
144
305
de réclamer un verre d'eau. D’après le récit de Cumming, bien qu'il ait visité la
casa, le Dr Roger ne croyait pas aux esprits, et il avait précédemment refusé leur
aide. En fait, il avait ridiculisé les traitements dispensés là. Deux jours après
l'incident, on l’autorisa à quitter l'hôpital. Bien qu'il ait été cliniquement mort
pendant près de cinq heures, il ne présentait aucun signe de lésion cérébrale.
Selon Cumming, le Dr Roger était un homme transformé qui perdit du poids et qui
devint un supporter de la guérison spirituelle pratiquée à la casa.
Les sceptiques affirment que nul n'a été guéri après avoir rendu visite à Joao de
Deus. Ils ont tort ! Un prêtre jésuite local porta à mon attention un cas américain.
Il y a douze ans (en 2005), un garçon de neuf ans fut diagnostiqué avec un cancer
du cerveau en phase terminale. Son père, qui était médecin, accepta les
conséquences. Toutefois, un autre médecin suggéra d'aller voir Jean de Dieu.
Quelques mois plus tard, des membres de sa famille conduisirent le garçon à
Abadiânia. D’après la grand-mère que j'ai questionnée, des entités spirituelles
opérèrent sur lui et il montra des signes d'amélioration, mais la guérison ne fut
pas instantanée. Il n’était ni sous chimiothérapie ni sous radiothérapie. Des
membres de sa famille firent plusieurs voyages pour l'accompagner à la casa. Ils
croyaient aussi que des entités lui rendaient visite trois ou quatre fois par an pour
le soigner chez lui. Au moment où j’écris ces lignes, il est en vie et en bonne
santé et en dernière année de lycée. Il ressent néanmoins un poids
psychologique, car il se demande pourquoi il a été sauvé et dans quel but.
Plusieurs études médicales ont été menées au sujet du travail de guérison de
João de Deus. Rustum Roy, un scientifique renommé et respecté à l'échelle
internationale, contribua à coordonner ces efforts. Rusty et moi-même, nous
eûmes l'opportunité de discuter de ces recherches. Bien que solidement établi
dans les sciences physiques, il entretenait des intérêts très variés, parmi lesquels
l'interaction entre la conscience et la guérison. Il ne faisait aucun doute que, dans
certains cas, des guérisons à long terme avaient effectivement eu lieu.
Il y a une pléthore de témoignages qui attestent des pouvoirs de guérison de João
de Deus. Celui-ci prend bien soin de préciser qu'il ne guérit pas, mais qu'il est
plutôt un canal pour le Saint-Esprit, qui accomplit la guérison. Croyant en la
306
réincarnation et aux dettes karmiques, il lui arrive parfois de recommander
qu'aucune guérison ne soit effectuée. Il indique que pour certains patients, s'ils
sont guéris dans cette vie, ils devront endurer la même affliction dans une autre.
La question qui revient sans cesse est la suivante : pourquoi certaines personnes
sont-elles guéries et d'autres non ? Comment les choix s'opèrent-ils ? En
observant les autocars remplis de gens qui arrivaient pendant mon séjour en
2014, je remarquai que tous ceux qui débarquèrent en fauteuils roulants
repartirent en fauteuils roulants. D'un point de vue médical occidental
traditionnel, aucune de ces guérisons n'a de sens, à moins de supposer qu'une
partie d'entre elles sont strictement psychosomatiques, ce qui ne correspond
toutefois pas aux faits connus. Des personnes souffrant de maladies physiques
très réelles ont été guéries. Des cas tels que celui du Dr Dyer, opéré à distance,
ajoutent un autre degré de complexité.
Joao de Deus croit que des entités désincarnées interviennent dans le processus
de guérison. Il affirme qu'une entité désincarnée qui s'est récemment ajoutée
mérite une mention spéciale. Chico Xavier (voir le chapitre sur les médiums)
aurait apparemment rejoint l'équipe spirituelle. Relativement inconnu en
Amérique du Nord, c’est devenu une légende au Brésil. Chico et João ont vécu
une partie de leur vie à la même époque et se sont rencontrés. Selon certaines
sources, peu après sa mort en juin 2002, Chico aurait commencé à participer aux
guérisons spirituelles à la Casa de Dom Inácio.
TOUR D’HORIZON
Nos expériences spirituelles au Brésil se révélèrent à la fois réelles et contraires
à la logique médicale ou scientifique. Nous fîmes encore d'autres rencontres dans
des endroits comme Brasilia, Belo Horizonte, Recife et Salvador. Bien que la
plupart des chamans soient des descendants d'esclaves, ils comptent des
adeptes dans toutes les couches de la population. Comme aux États-Unis, il y a
pas mal de sceptiques au Brésil. Certains craignent également les rituels qui font
intervenir des entités désincarnées. Malgré tout, j'ai rencontré au Brésil des
307
personnes très instruites dans les traditions occidentales, mais néanmoins
disposées à explorer le monde des esprits.
Les défis directs pour la science et pour la médecine moderne consistent
notamment à expliquer comment des interventions d’ordre spirituel peuvent
déclencher une guérison physique. Ceci est particulièrement pertinent, lorsque la
guérison s'effectue à distance et sans contact direct entre le guérisseur et le
patient. Une question plus générique concerne les situations de possession
spirituelle, comme celle dont j'ai été témoin avec Victoria pendant la cérémonie
umbanda à Curitiba. Il serait difficile de prouver que des esprits prennent
possession des corps physiques pendant ces rituels, mais des indices probants
confirment un changement détectable, tant au niveau physiologique que
conscient. Certaines cérémonies incluaient l'ingestion de substances chimiques
psychotropes, dont le DMT est un ingrédient actif connu, mais ces substances
chimiques n'expliquent pas certains résultats, comme la précognition et la
clairvoyance.
308
CHAPITRE 21 : LE VAUDOU, OUI, LE VAUDOU
Si vous êtes un Américain typique, tout ce que vous savez sur le vaudou, comme
il est popularisé dans les films et les programmes télévisés, est tout simplement
faux. Très mal compris, le vaudou, que l’on appelle parfois vodoun, compte
aujourd'hui environ 30 millions d'adeptes dans le monde.
Ma fascination pour le vaudou remonte à plusieurs décennies, en grande partie
pour de mauvaises raisons. Tandis que j'étudiais l'anthropologie au Beloit
College, je rédigeai mon tout premier mémoire sur le vaudou. J'y soulignai que la
plupart des livres sur le sujet reposaient sur des concepts délirants imaginés par
des aventuriers du 19ème siècle dramatisant leurs contacts avec le vaudou depuis
des bars ou leurs bateaux. En entendant les tambours haïtiens résonner dans l'air
humide de la nuit, ils imaginaient des scènes grotesques et perverses. Et ces
récits de zombies et de sacrifices humains accompagnés de détails sordides
captivèrent l'imagination des lecteurs des pays développés.
Le vaudou n'est pas originaire d'Haïti, comme beaucoup le croient, mais il fut
importé depuis l'empire du Dahomey, en Afrique occidentale.145 Des hommes et
des femmes capturés dans différentes tribus et réduits en esclavage apportèrent
des variations issues de leurs religions animistes. Ces variations culturelles furent
intégrées, et de nouvelles cérémonies se développèrent au fil du temps. Des
tribus, grandes et petites, étaient opprimées par d'autres tribus, qui conclurent
des accords avec les marchands d'esclaves portugais. Cette région est
aujourd'hui connue pour abriter les pays du Bénin, du Togo, du Ghana et du
Burkina Faso. Ce sont certains des pays les plus pauvres du monde, qui ne sont
pas vraiment accueillants pour les touristes occidentaux.
Comme nous nous étions aventurés dans d'autres régions reculées, Victoria et
moi avons trouvé l'attrait de découvrir les fondements du vaudou presque
irrésistible, même si ce n'est pas pour les âmes sensibles. Il est important de
comprendre que dans certaines régions d'Afrique occidentale, le vaudou n'est pas
seulement une religion, mais encore aujourd'hui, un mode de vie. Les pratiquants
145
http://www.africanholocaust.net/news_ah/vodoo.htm
309
intègrent le vaudou dans chaque aspect de leur vie quotidienne. Pour eux, rien
n'arrive par hasard, tout dans l'univers est intimement lié et interdépendant. Pour
une religion que beaucoup considèrent comme primitive, les concepts
fondamentaux du vaudou concordent avec certaines de nos idées les plus
avancées. Par contre, la manière dont ses adeptes pratiquent leur religion
pourrait rebuter la majorité des Occidentaux.
En voyageant au Togo, au Bénin et au Ghana, nous observâmes de nos propres
yeux et remarquâmes des choses physiquement impossibles suivant les théories
scientifiques modernes. Pour commencer, le simple fait de s'y rendre peut être un
défi. Il était tard dans la soirée, lorsque nous arrivâmes à Lomé, la capitale du
Togo, et l'aéroport fermait pour la nuit. Le taxi que nous avions réservé pour nous
conduire à l'hôtel était introuvable. Comme dans de nombreux pays d'Afrique de
l'Ouest, peu de gens parlent anglais. Ce n'est pas sans raison que cette région
était autrefois connue sous le nom d'Afrique équatoriale française.
Après avoir surmonté cet obstacle, le lendemain, nous rencontrâmes notre guide,
Noah Katcha, fils de pasteurs adventistes du septième jour, mais néanmoins
versé dans les principes du vaudou. Il nous expliqua rapidement que les
personnes d'autres religions pratiquaient souvent des rites similaires, y compris
les chrétiens et les musulmans. Cela suggère que le choix de la religion relève
autant de la culture que de l'idéologie. Dans les pays d'Afrique de l'Ouest, les
régions du sud ont tendance à embrasser le christianisme, alors que celles du
nord sont majoritairement musulmanes. Cela s'explique par le fait que les
missionnaires chrétiens arrivèrent par bateau et débarquèrent sur les plages du
sud, puis ne s'aventurèrent que sur une courte distance à l'intérieur des terres.
L'islam dominait la majeure partie du Sahel et donc les régions nord de ces pays.
Mais la religion vaudoue, orientée vers l'animisme, brouille toutes les frontières.
Les amulettes et les talismans sont très répandus et les marchés fétichistes de
Lomé en regorgent. On y trouve une grande variété de parties d'animaux, en
particulier des cornes, mais pas d'ivoire. On y trouve des crânes d'hippopotames,
des poupées, des peaux de petits animaux et des statues sculptées dans le bois,
310
l'argile et le métal. Dans les marchés en plein air, l'odeur des parties d'animaux
en décomposition est très forte et attire des nuées de mouches.
Voyageant dans un car tout juste fonctionnel, nous partîmes vers le nord sur des
routes qui avaient grand besoin d'être réparées. Bien que signalée comme une
autoroute, le chauffeur devait partager la voie avec des piétons errants et des
troupeaux d'animaux. Les arbres de pratiquement toutes les maisons que nous
dépassions étaient entourés de rubans blancs, un signe que les habitants
pratiquaient le vaudou et invoquaient les esprits pour leur protection. Le niveau
de pauvreté que nous pûmes observer tout au long du voyage était extrême,
égalant celui des pires endroits où nous avions voyagé, ce qui en dit long. Nos
recherches portaient sur les cultures anciennes. Nous ne pratiquions pas ce que
certains appellent le « tourisme de la pauvreté », qui exploite les populations
locales.
L'événement le plus remarquable, en l’occurrence une danse du feu, fut organisé
dans un petit village à l'est de Sokodé. Le timing était parfait, puisqu’on
n’accomplit ces rituels qu'au début et à la fin de la saison des pluies. Il était
environ 20 heures, quand l’autocar se parqua sur ce qui faisait office de place
publique. Tout était en terre battue ici, les routes, les parkings et les vieux
bâtiments. L’électricité était rare ; quelques ampoules isolées éclairaient
faiblement certaines parties du village. Comme toujours, lorsque des voyageurs
caucasiens débarquent, les enfants se précipitent, fascinés et mendiant tout ce
qu'ils peuvent obtenir. Leur exubérance et leur énergie débordante étaient
palpables. Les Blancs sont rares la région, et leur peau fascine les enfants. Ainsi,
il n’est pas rare que les enfants d'âge préscolaire veulent leur tenir la main. Les
nez qui coulent et les plaies avec des croûtes visibles étaient la norme. Nous
nous pliâmes de bonne grâce à leurs demandes, tout en étant bien conscients du
taux très élevé de maladies infectieuses qui ravagent ces territoires. La plupart
d'entre nous avions sur nous des lingettes antiseptiques que nous utilisions
généreusement. Entourés par des hordes d'enfants, nous en avions souvent six
ou sept accrochés à nos basques.
311
Ce soir-là, nous assistâmes à une des démonstrations les plus extraordinaires
possibles en matière de maîtrise du feu. D'un point de vue scientifique, ces
événements défiaient les lois de la thermodynamique. Et d'un point de vue
culturel, ils sont indispensables et ils permettent de perpétuer les traditions.
Tandis que nous nous approchions de la zone réservée à la cérémonie, les
tambours battaient de plus en plus fort. De l'autre côté de la rue en terre battue,
un feu brûlait et les enfants sautaient en imitant la danse des adultes. Même
ceux qui savaient à peine marcher se laissaient emporter par les rythmes
enivrants et complexes des tambours vaudous.
Un aîné dirigeait clairement les opérations et il n'y avait aucune conversation. Il
commença simplement par prendre des bâtons enflammés et à les appliquer sur
différentes parties de son corps. Lentement, il plaça les flammes ardentes audessus et en dessous de son bras. Même s’il était conscient de notre présence, il
paraissait insensible aux effets physiques du feu, qui était assez chaud pour faire
reculer certains membres de notre groupe. Tandis que je filmais avec ma caméra
Sony Handycam et mon appareil photo Nikon, la chaleur était cuisante. L'homme
s'assit par terre, appliqua le feu sur la plante de ses pieds, puis posa le bâton
enflammé sur son bras et le laissa là pendant environ une demi-minute.
Dans une séquence que je filmai, il prit le bâton enflammé qu'il appliqua
fermement sur sa langue, et le garda là pendant plusieurs secondes. En
visionnant la vidéo, je remarquai que même si les flammes étaient suffisamment
hautes pour couvrir son visage, sa longue barbe était restée intacte et elle n'avait
pas été brûlée. C'est tout simplement impossible, mais je le filmai tel que cela
s'est produit. D'autres adultes se joignirent au rituel. Parfois, certains participants
se tenaient debout dans le feu, et l'un d'eux s'assit même dedans. Une autre
démonstration impressionnante impliquait un homme qui saisit un bâton
incandescent et en arracha un morceau brûlant avec ses dents. Restant immobile
et Impassible, le charbon incandescent brûlait vivement, alors qu'il inspirait et
expirait. En chronométrant la vidéo plus tard, je calculai qu'il avait gardé la braise
brûlante dans sa bouche pendant plus d'une minute sans broncher une seule fois,
avant de finalement mâcher le charbon et de l'avaler juste devant nous.
312
Désirant vérifier l'absence de toute supercherie, je pris ma vidéo pour la montrer
à Jeff McBride, magicien parmi les magiciens. Jeff enseigne son art à des
magiciens confirmés. Il est également consultant auprès de nombreux
prestidigitateurs de renom, comme David Copperfield et Criss Angel. Il fut
époustouflé par ce qu'il vit et reconnut que ce n'était pas truqué. Nous
discutâmes du contenu exact de mes observations en cours de tournage, et il me
montra ensuite certaines techniques utilisées par les magiciens pour manipuler le
feu sur scène, qui ne ressemblaient en rien à ce que nous avions pu voir.
Des sceptiques suggérèrent que les pratiquants vaudous utilisaient une forme
quelconque de protection chimique, ce qui est absurde. Primo, le produit
chimique imaginé par ces sceptiques n'existe pas. Secundo, ces gens sont si
pauvres qu'ils n'auraient jamais les moyens d'acheter des produits chimiques
coûteux.
Mais il y avait encore autre chose dans ce rituel qui m'intriguait. Après que
l'homme ait avalé les braises, deux jeunes garçons s'approchèrent, en tenant en
main de petits bâtons enflammés. Ils semblaient avoir environ 10 ans et
commençaient tout juste leur apprentissage. Alors qu'ils s'accroupissaient devant
nous, le prêtre se posta derrière eux, et avec ses coudes, il tapota doucement la
tête de chaque garçon. On nous expliqua que le prêtre leur « transmettait son
pouvoir » afin de les protéger contre les brûlures.
Comme le veut la tradition, les garçons commencèrent à manipuler le feu comme
les aînés. Ils placèrent les flammes au-dessus et en dessous de leurs bras
pendant quelques secondes. Pour être bien clair, il ne s'agit pas ici de pouvoir
supporter la douleur. Il n'y eut aucune douleur, ni aucune brûlure des tissus à
aucun moment de la cérémonie. Avec le temps, ces garçons seront pleinement
initiés aux traditions tribales.
La façon dont cette tribu en arriva à pratiquer la danse du feu est une histoire
fascinante, tragique et horrible. L'explication fait explicitement référence au
monde des esprits, quoiqu’autrement que dans les autres histoires dont j’ai parlé.
À l'époque de la traite des esclaves, les guerres intertribales étaient courantes et
313
extrêmement brutales. Ils affirment qu'après une bataille féroce, la plupart des
membres survivants de leur tribu furent encerclés par l'ennemi. On les entassa
alors dans de petites huttes, dont on barricada les issues, avant d'y mettre le feu
délibérément et d’immoler tout le monde. Une poignée d’entre eux seulement
échappèrent au carnage et se cachèrent dans la forêt, où ils assistèrent à la
scène dans un état de choc et d'angoisse totale. Les derniers survivants
conclurent un pacte avec les esprits du feu : les membres de la tribu s'engagèrent
à honorer les esprits du feu, en échange de quoi ils seraient pour toujours
immunisés contre les effets des flammes.
Bien que cette explication soit difficile à concilier avec les croyances
occidentales, les preuves empiriques suggèrent que quelque chose les protégea.
Par ailleurs, aucune théorie scientifique ne permet d'expliquer la violation
apparente des « lois de la thermodynamique » que j'ai documentée.146 C'est
particulièrement vrai pour la barbe du prêtre, qui brûle à une température bien
inférieure à celle de la chair, mais qui resta intacte.147
Nous vîmes partout l’influence du vaudou dans les zones rurales. Chaque maison
en terre avait des symboles et des talismans devant sa porte en guise de
protection. De petits autels étaient également courants, tout comme des bandes
de tissu blanc sur au moins un arbre pour signifier leur croyance.
Les rêves occupent une place importante dans cette tradition.148 Dans un petit
village, nous fîmes la connaissance de Tsohori, un grand prêtre dont le travail
consiste à rêver et à conseiller la communauté concernant les événements à
venir. Il recourait littéralement aux rêves pour décider s'il devait quitter sa hutte,
quel que soit le jour.
Il y avait de nombreux types de cérémonies, toutes rattachées aux esprits locaux.
Un matin, nous assistâmes à une représentation rituelle avec des masques
146
http://latimesblogs.latimes.com/world_now/2012/02/what-happensafter-someone-sets-themself-onfire.html
147
http://projects.nfstc.org/trace/docs/Trace%20Presentations%20CD-2/Pangerl.pdf
148
http://www.ezilikonnen.com/vodou/vodou-and-dreams/
314
Egun.149 Egun signifie en gros « pour les ancêtres », et cette cérémonie est dédiée
aux défunts. Avant même de les voir, nous entendîmes les tambours, alors que
les participants parés d’imposants costumes émergeaient de la forêt. Ils portaient
des costumes richement décorés, que l'on voit couramment dans les brochures
touristiques sur le Bénin. On nous expliqua que « suivant la tradition locale, les
gens accomplissent ces rituels, non seulement pour représenter les esprits des
ancêtres, mais aussi pour les incarner ». À tour de rôle, les acteurs spirites
tournoyaient frénétiquement autour de la clairière, encadrés avec précaution par
d'autres initiés munis de bâtons. Il fallait croire qu'il s'agissait d'une société
secrète et que l'identité de ceux qui portaient chaque costume était inconnue du
village. La croyance voulait que si l'un d'entre eux touchait une personne qui
n'était pas un initié, celle-ci s'évanouirait. Il était évident que le public local était
fort obligeant. Tout en étant coloré et énergique, ce rituel ne remettait pas en
question la science elle-même.
Plus tard, dans un village très proche de la frontière nigériane, nous eûmes
l'occasion d'assister à une cérémonie masquée gèlèdé. Le gèlèdé est un culte
consacré à la divinité de la Terre mère, Oudua.150 Extravagants et colorés, les
masques et les costumes qui couvraient tout le corps étaient très différents de
ceux que nous avions vus avant. Une partie de la cérémonie, qui se déroulait en
milieu d'après-midi, fut consacrée à la distribution de petits articles ménagers au
public ; des ustensiles de base, comme des assiettes et des couverts, apparurent
de sous le costume. Ils étaient ensuite lancés dans le public, suscitant une petite
bousculade pour s'emparer des cadeaux. Même si l'histoire racontait qu'il
s'agissait là d'événements mystiques, il n'y avait rien qui ne puisse être
facilement expliqué.
Les sacrifices sanglants font partie intégrante de certaines cérémonies vaudou,
et nous décidâmes de participer à l'une d'elles. En fonction de ce qui est
souhaité, les participants fournissent généralement des poulets, des chèvres ou
d'autres animaux.151 Plus la requête ou plus votre objectif est important, et plus le
sacrifice doit être conséquent. Cela se passa dans une zone située à proximité
149
https://sites.google.com/site/theyorubareligiousconcepts/egungun-theancestors
https://africa.uima.uiowa.edu/topic-essays/show/13
151
Dans le passé, il y avait des sacrifices humains, mais ils auraient pris fin il y a plus d'un siècle.
150
315
d'une route principale à deux voies, la seule de la région. En règle générale,
l'action est rétroactive. Si le résultat escompté est obtenu, le demandeur est alors
tenu de fournir le sacrifice approprié. Chaque requête était formulée par écrit sur
un piquet en bois. Le piquet était ensuite béni, puis le participant l'enfonçait dans
le sol relativement meuble.
J’enfonçai mon piquet dans le sol près du pied d'un vieil arbre enveloppé dans un
tissu blanc. La terre était étonnamment meuble et le piquet s'enfonça assez
facilement. Victoria décida que, comme il était peu probable qu'elle revienne dans
ce lieu sacré, elle rembourserait sa dette à l'avance. Ayant besoin d'un poulet, elle
paya un jeune du coin motorisé pour qu'il lui en achète un. Au bout d'une
vingtaine de minutes, il revint avec un poulet blanc affolé attaché au siège.
La suite ne fut pas belle à voir. De toute évidence, la conception africaine des
droits des animaux diffère considérablement de la nôtre. Le prêtre vaudou prit le
poulet, l’agita dans les airs et invoqua les esprits pour qu'ils exaucent le vœu
secret de Victoria. À l'aide d'une machette, il trancha habilement la gorge de
l'oiseau, mais pas mortellement. Il répandit ensuite le sang de l'animal qui se
débattait, lui arracha les plumes, qu’il jeta contre l'arbre. Tandis que le corps était
négligemment lâché par terre, il gigota de manière grotesque pendant quelques
secondes avant de finalement succomber. À noter qu'en dépit du sacrifice, nous
attendons toujours que le vœu soit exaucé.
Le hasard voulut que nous arrivâmes dans la région des lacs du Togo, le jour du
Nouvel An vaudou. Des centaines de prêtres et des milliers de personnes
s'étaient rassemblés pour la célébration principale. L'ambiance était festive et les
décorations ressemblaient beaucoup à celles d'un carnaval rural que l'on pourrait
trouver n'importe où dans le monde. Les vendeurs pullulaient et proposaient
toutes sortes d'accessoires vaudous, dont certains avaient été remis au goût du
jour avec du plastique grossier. L’aspect le plus marquant pour moi fut l'ampleur
du soutien dont bénéficiait le vaudou dans cette société, et qui était tout à fait
comparable aux festivités occidentales marquant la nouvelle année.
316
Ce jour-là, nous assistâmes à une autre cérémonie vaudou, où se produisirent
des choses difficiles à expliquer. À notre arrivée dans un petit village, plusieurs
femmes dansaient frénétiquement. Il était amusant de voir de très jeunes filles,
âgées d'à peine trois ans, essayer d'imiter les mouvements des adultes. Tout à
coup, une femme entra dans une transe profonde et se mit à danser encore plus
frénétiquement. Elle s'approcha très près de moi pendant que je filmais et je
voyais bien qu'elle ne faisait pas semblant. Cà et là, elle tombait par terre, puis
se relevait pour rendre hommage à l'une ou l'autre statue d'un Loa.
Le clou du spectacle se produisit quand un homme prit de la poudre à canon, la
déposa dans ses mains et l'alluma. Sans broncher, elle continua à danser. J'eus la
possibilité de voir ses deux mains de tout près. Aucune blessure n'était visible,
pas même une brûlure à l'endroit où les flammes avaient jailli, quelques minutes
plus tôt. Le même homme avait mis le feu à de la poudre à canon tout autour de
la zone, soit au sol, soit sur du béton. Dans tous les cas, on pouvait voir des
traces de brûlure évidentes, mais pas sur les paumes de la femme.
Le vaudou a aussi un côté positif. Dans les zones rurales qui constituent la
majeure partie du pays, la médecine moderne est plutôt rare. Pratiquement, les
gens doivent avoir recours à toute l'aide qu'ils peuvent trouver. Dans quasiment
tous les villages et même dans les petites villes, on peut voir des drapeaux blancs
qui flottent au vent, signifiant que « le docteur est là ». Leurs techniques diffèrent,
mais ils utilisent surtout la médecine traditionnelle et les remèdes à base de
plantes. Un fameux guérisseur vaudou, ou bocor, auquel nous rendîmes visite,
utilisait les rêves pour trouver le traitement approprié. Le patient venait lui
expliquer son mal, et il lui était conseillé de revenir, deux jours plus tard. Pendant
ce temps-là, le bocor faisait un rêve qui lui indiquait le traitement à prescrire.
Il arrive parfois que les traitements recommandés fonctionnent éventuellement
pour de mauvaises raisons et qu'on les utilise couramment, le mal dont souffre la
personne n'étant peut-être même pas une maladie physique classique. Les
membres de nombreuses sociétés d'Afrique de l'Ouest admettent que des
malédictions puissent être infligées pour diverses raisons. Et toutes sortes de
malheurs peuvent arriver à une personne maudite, y compris la mort.
317
La foi constitue un facteur important. Au cours de la récente épidémie d'Ebola en
Afrique de l'Ouest, je pris contact avec Noah, un ami chrétien, et je l’interrogeai
sur la situation là-bas. Il me répondit qu'Ebola ne toucherait ni le Togo ni le
Bénin, car ces pays étaient protégés par le vaudou. Il avait raison. Ebola ne se
propagea pas dans ces contrées. Je laisse au lecteur le soin de déterminer si c'est
grâce au vaudou ou à autre chose qu'aucun cas d'Ebola ne fut signalé dans ces
pays, alors qu'il frappa tous les pays voisins.
En conclusion, au cours des cérémonies vaudou, nous pûmes observer des
choses qui ne peuvent pas se produire, mais qui se produisirent quand même.
Les expériences avec le feu démontrent clairement que, dans des circonstances
normales, les participants auraient été gravement brûlés. Il n'existe aucune
théorie scientifique connue qui puisse expliquer comment la peau nue puisse être
exposée aussi longtemps à des flammes vives sans conséquences
dommageables.
318
CHAPITRE 22 : LES CHAMANS AUX RENNES DE
MONGOLIE
Les voyages dans des contrées lointaines ont toujours été l'un de nos principaux
centres d'intérêt. Partout où nous allons, Victoria a toujours réussi à dénicher des
chamans indigènes. Dans le nord de la Mongolie et dans toute la Sibérie vivent
des tribus nomades qui ont domestiqué les rennes d'une manière unique au
monde. Le climat dans ces régions peut être rude et il isole les nomades pendant
la majeure partie de l'année. Ainsi, presque totalement dépourvus d'assistance
médicale occidentale, ces peuples comptent sur leurs chamans pour les
conseiller dans de nombreux domaines, y compris celui de la santé. Ce que nous
vécûmes en présence de ces puissants guérisseurs fut tout aussi stupéfiant
qu'inexplicable au regard de la science traditionnelle.152
La Mongolie est le pays le moins densément peuplé au monde, et enclavé, c'est
le pays le plus éloigné de la mer sur Terre. Trois fois plus grand que la France, il
ne compte qu'environ trois millions d'habitants, dont la moitié vit dans la capitale,
Oulan-Bator, parfois écrit en un seul mot, Ulaanbataar. Nous traversâmes l'océan
Pacifique à bord d'un vol direct reliant Las Vegas à Incheon, en Corée. Puis,
quelques heures plus tard, nous prîmes un vol pour Oulan-Bator, où nous nous
posâmes à l'aéroport international Genghis Khan. Accueillis là-bas par notre
guide, nous rejoignîmes l'hôtel Genghis Khan. Force est de noter que Genghis
Khan est toujours vénéré comme le dirigeant le plus célèbre de Mongolie et que
de nombreux lieux portent son nom. Géniteur prodigieux, on estime qu'il compte
aujourd'hui environ 35 millions de descendants directs.
Notre guide, Melody, dont le vrai nom est pratiquement imprononçable pour les
Occidentaux, était une jeune étudiante diplômée ayant une excellente maîtrise de
l'anglais. Nous apprîmes que de nombreux étudiants diplômés mongols passent
quelques années comme guides et comme interprètes pour gagner de l'argent et
pour acquérir de l'expérience dans les relations avec le monde anglophone. Dans
une société fortement dominée par les hommes, ce genre de travail offre aux
152
On peut consulter les détails de cette aventure, accompagnés de nombreuses photos, à l'adresse suivante :
http://www.johnbalexander.com/yahoo_site_admin/assets/docs/Mongolia_
319
jeunes femmes une certaine indépendance dont elles ne bénéficient
généralement pas. Plus tard, au cours du voyage, nous constatâmes que même
des professionnelles hautement qualifiées étaient censées jouer des rôles
subordonnés conformes aux stéréotypes de genre, ce qui impliquait notamment
d'être la seule cuisinière et d'effectuer d'autres tâches considérées comme de
nature féminine. Il est intéressant de noter qu'elle-même fit une rencontre
inattendue qui mit à l'épreuve les limites de son éducation conventionnelle.
À demi-conscients après plus d'une journée de voyage, nous découvrîmes que
nos hôtes nous avaient concocté un programme chargé, qui commença
immédiatement par une visite guidée de la ville et du palais du gouvernement, un
édifice néoclassique orné de nombreuses statues géantes représentant le
vénérable chef, Gengis Khan. Vraiment somptueux ! Après le dîner, nous
assistâmes à un concert de l'Orchestre national et à un spectacle de chant
diphonique, pour lequel ils sont reconnus. Franchement, il s’agit là d’un goût
musical acquis, que je dois encore apprécier pleinement.
La vision des bâtiments ultramodernes d'Oulan-Bator nous surprit. La vue de ces
gratte-ciel à l'architecture unique, ornés de verre, contrastait fortement avec nos
attentes et les habitations plus primitives que nous allions rencontrer dans le
reste du pays. Doté de ressources naturelles abondantes, le pays, ou plutôt
certaines parties du pays, ont bénéficié d'un boom économique. Ce boom
financier s'est concentré sur la capitale, ce qui a attiré pas mal d’investisseurs
étrangers et créé un mix de logements délabrés et de bureaux flambant neufs, le
tout s’appuyant sur une infrastructure vétuste. Rappelons-nous que la Mongolie
faisait partie de l'ancienne Union soviétique et que ses blocs d'appartements
caractéristiques dominent toujours une grande partie du paysage dans les rares
zones urbaines. Les investissements de l'ère soviétique en matière de routes
furent minimalistes, et le pays accuse aujourd'hui un retard considérable par
rapport à d'autres pays, tels que ceux d’Asie du Sud-Est ou son voisin méridional,
la Chine.
Etant donné que beaucoup de personnes issues de la population rurale vinrent
s’installer à Oulan-Bator, quelques chamans firent de même. C'est ainsi qu’avant
320
de partir pour l'arrière-pays reculé, nous rendîmes visite à l'un d'eux. La chamane
Udval provenait d'une lignée de chamanes féminine. Contrairement à ce que nous
observerions en dehors de la capitale, son cabinet était situé dans un immeuble
anonyme en béton de quatre étages qui ne portait aucune inscription
mentionnant les activités exercées à l’intérieur. Au bout d'un couloir mal éclairé,
sur la gauche, se trouvait une porte avec une simple plaque indiquant son nom,
sans préciser la nature de son activité. À l'intérieur, il y avait un mélange
anachronique de robes de chamane et de tambours, ainsi qu'un vieil ordinateur
posé sur un simple bureau métallique.
La chamane Udval répondit gracieusement à nos questions, avec son parcours
pour être acceptée par la communauté. Née dans une région reculée, elle était
venue s’installer à Oulan-Bator, quelques années auparavant. Même dans la
capitale, beaucoup de gens continuent de faire appel aux chamans, malgré la
présence de certaines commodités occidentales. Il y a là-bas une croyance
fondamentale dans le monde spirituel, qui interagit avec ce qu’on appelle la
réalité consensuelle. Il s’agissait là d’une caractéristique commune à la plupart
des autres chamans que nous avons rencontrés. Pour elle, les esprits principaux
étaient ceux du ciel, des montagnes, des rivières, et relevant d'autres éléments
terrestres. Tout en les priant, elle pouvait obtenir des informations prémonitoires
pour ses clients et les aider dans leur vie quotidienne. Cela servait un objectif
global.
Elle accomplit alors une cérémonie dans son petit bureau. Vêtue de sa robe
richement décorée de plumes, la chamane Udval parut métamorphosée, tandis
qu'elle prenait son tambour et commençait à le frapper. Au début, le rythme était
lent, mais bientôt, son chant devint plus exalté, alors qu'elle semblait entrer en
transe. A cause de la barrière linguistique, nous ne fûmes pas en mesure de
suivre directement tout le contenu, et la plupart des paroles étaient prononcées
trop rapidement pour être traduites directement. Par la suite, avec l'aide de
Melody pour traduire, elle entama une conversation avec Victoria et répondit à
des questions sur sa vie et celle de son fils, Vladimir.
321
La cérémonie prit fin presque aussi brusquement qu'elle avait commencé. La
chamane Udval nous demanda si nous avions encore d'autres questions. En
apprenant que nous allions voyager dans des régions montagneuses très
reculées, elle nous mit en garde. Elle déclara que les chamans de la région où
nous nous rendions possédaient des pouvoirs spéciaux. Nous devions à tout prix
éviter de les regarder directement dans les yeux, parce qu’ils avaient la capacité
de jeter des sorts et de prendre le contrôle de personnes qui ne se doutaient de
rien. Plus tard, nous allions faire une expérience qui nous suggéra que ce n'était
peut-être pas aussi fou que cela pouvait paraître. A l’heure d’écrire ce chapitre, je
navigue dans le Pacifique loin au sud du continent australien et je me dirige vers
la Tasmanie, et encore maintenant, les commentaires de la chamane Udval
résonnent dans ma tête.
Le lendemain matin, guidés par Melody, nous embarquâmes à bord d'un
turbopropulseur bimoteur de la Mongolian Air pour un vol de deux heures vers la
ville de Murom, située dans le centre-nord du pays. Après l'atterrissage, nous
rencontrâmes notre chauffeur et notre guide local, Chembo. Nous déjeunâmes
dans un restaurant du coin, puis, après avoir fait quelques achats de dernière
minute, nous laissâmes derrière nous les dernières traces de la civilisation. Ce
voyage ne s'annonçait pas facile, car nous nous rendions dans la région la plus
septentrionale de la Mongolie, d'où l'on aperçoit la Sibérie russe. En fait, cette
région montagneuse très boisée est si isolée que personne ne sait vraiment où se
trouve la frontière. Les nomades indigènes trouvent que les frontières sont des
artifices sans importance dans leur vie quotidienne. En chemin, nous croiserions
plusieurs de ces fameux chamans des rennes.
Après avoir roulé pendant environ une heure sur une route goudronnée depuis
Murom, notre chauffeur bifurqua subitement à gauche à travers champs et nous
ne vîmes plus aucune piste en gravier pendant plus de dix jours. La plupart du
temps, cela ressemblait beaucoup à une traversée des Rocheuses sans aucune
route. Nous suivions les rivières et les vallées en nous orientant grâce au soleil, et
nous campions en chemin. Nous dormions sur des tapis de sol dans des petites
tentes pliables suspendues à des mâts tubulaires flexibles en aluminium. Chaque
322
matin, nous retournions les tentes très légères pour en secouer la poussière, un
détail qui prendrait toute son importance durant la septième nuit de camping.
Pour notre deuxième nuit de camping, nous nous installâmes près de la ger du
chaman Bold, un éleveur de yaks isolé. Nous montâmes nos tentes pendant que
Chembo prenait contact avec lui. Même s'ils se connaissaient déjà, il était
important que Bold accepte d'accueillir des étrangers dans sa ger et d'accomplir
une cérémonie pour nous.
Dans ces régions reculées, ces gers semi-permanents (qu’on appelle aussi
yourtes dans d'autres régions) servent de résidence principale. Construits à partir
d'une toile épaisse qui recouvre une armature en bois, ce sont des abris
relativement solides. Le point central de tous les gers est le poêle métallique rond
qui brûle en permanence, avec le lait de renne omniprésent, l’aliment de base de
leur régime. Toute la famille vit dans la yourte, où les lits et les autres meubles
sont solidement fixés aux murs. La plupart des yourtes que nous avons visitées
étaient recouvertes de tapis ou de grandes nattes. Le gouvernement aide
modestement ces populations tribales et leur a fourni des panneaux solaires qui
peuvent les alimenter en électricité pendant quelques heures, le soir. Il n'était pas
rare de trouver un petit téléviseur, même si nous n'en avons jamais vu un qui
fonctionnait.
Peu avant le coucher du soleil, nous fûmes invités à rejoindre la famille dans la
yourte de Bold. Il fallait marcher prudemment, car les yaks vagabondaient
librement et leurs excréments jonchaient le sol. Pour les habitants, il s'agit là
d'une bonne chose, puisqu’ils ramassent les bouses, les font sécher et les brûlent
comme combustible tout au long de l'hiver. Par ailleurs, comme nous l'avions
appris au Tibet, des années auparavant, la combustion des bouses dégage une
odeur caractéristique et peut s’avérer nocive pour la santé des occupants. Bien
que la température extérieure baissait rapidement, l'intérieur de la yourte était
très chaud, en fait plus chaud que la plupart des foyers américains en hiver.
Chembo fit les présentations d'usage et je fus autorisé à poser des questions à
Bold pour savoir comment il était devenu chaman. Si l'on assiste depuis peu à un
323
véritable engouement pour les « formations certifiées de chaman » dans certains
pays occidentaux, le processus est très différent pour les peuples autochtones et
se révèle généralement ardu. Plusieurs des chamans rencontrés traversèrent des
périodes que nous qualifierions de crises psychotiques. Leurs amis, leur famille et
leur communauté les prenaient souvent pour des fous et les rejetaient. Ces
expériences étaient émotionnellement douloureuses et ils finissaient parfois par
battre la campagne. Avec un peu de chance, ils rencontraient un chaman qui
reconnaissait leur situation et qui acceptait de les prendre comme apprentis et de
les former. Ce processus pouvait durer des mois, voire des années, avant qu'ils ne
puissent voler de leurs propres ailes. Pour chaque chaman qui y parvient, il y a
beaucoup plus d'individus en difficulté qui ne réussissent pas à mener à bien ce
processus.
Le chaman Bold nous raconta son parcours et réaffirma sa croyance en un monde
spirituel, avec lequel il pouvait entrer en contact, lorsqu'il était en transe. Tout
comme Udval, Bold portait également une lourde robe à plumes qui semblait le
transformer, lorsqu'il la revêtait. Courtoisement, on nous conduisit vers un lit
situé sur le côté gauche de la yourte. Quelques autochtones entrèrent dans la
yourte et s'assirent respectueusement de l'autre côté avec la famille de Bold. La
seule lumière à l'intérieur émanait maintenant du feu, mais elle était suffisante
pour permettre de voir ce qui se passait. Après quelques instants de prière
introspective, Bold se mit à jouer du tambour, chanter et danser. Dans la yourte,
un petit espace était recouvert par un grand panneau de bois. C'est là qu’il se
posta, tandis que la cérémonie s'intensifiait. Melody fit de son mieux pour
interpréter ce qui se passait, alors que les percussions et les chants gagnaient en
intensité.
Pendant que Bold dansait, apparemment inconscient de notre présence, nous
entendîmes soudain le bruit distinct d'un objet dur qui frappa le sol et qui se mit à
rouler. Il atterrit tout près de nous, et je ramassai une balle dure, peut-être en
plastique, de la taille d'une grosse bille. Légèrement irrégulière et d'une couleur
ambrée, elle semblait étrangère à cet environnement. En sortant de sa transe,
Bold déclara n'avoir aucune idée de ce qu'était cet objet, mais qu’il me faudrait le
conserver pendant au moins trois ans. Le plus significatif pour moi fut la réaction
324
des autochtones qui avaient assisté à de telles cérémonies à de nombreuses
reprises auparavant. Ils semblaient stupéfaits par cet incident et manifestèrent
un vif intérêt à l'égard de cet objet. Ils firent remarquer qu'il ne ressemblait à rien
de ce qu'ils avaient pu voir auparavant. Leurs réactions semblaient indiquer que
laisser tomber des objets ne faisait pas partie de la routine habituelle du chaman
Bold.
Etant donné les vêtements qu'il portait, il n'aurait pas été impossible qu'il ait
intentionnellement laissé tomber l'objet. Mais d'après les réactions et la surprise
manifeste des autochtones, je ne pense pas que ce fut le cas. Un autre facteur
interviendra plus d'un an plus tard en rendant visite au laboratoire d’Hal Puthoff à
Austin, au Texas. Jusqu'alors, nous ignorions de quoi était fait cet objet. Les
collaborateurs d’Hal purent confirmer qu'il s'agissait d'une tectite, un objet formé
par les éjectas d'une météorite qui a frappé la Terre. Ce sont des objets
relativement rares et donc relativement chers. Bold et les habitants de cette
région de Mongolie sont très pauvres. Il est fort improbable qu'ils puissent se
procurer des tectites et encore moins qu'ils se résolvent à en jeter une pour que
je la trouve. Après consultation d'autres experts, je suis d'avis que cet objet est
un véritable apport.
À environ 50 kilomètres de la frontière russe, nous nous arrêtâmes à un avantposte militaire reculé qui contrôle tous les voyageurs dans la région. Si les
nomades traversent librement la zone, il n'en va pas de même pour les autres. Le
commandant vérifia soigneusement nos passeports et les documents qui nous
autorisaient à nous trouver dans la région avant de nous laisser passer. Puis,
quand le Toyota Land Cruiser ne put aller plus loin, nous enfourchâmes des
chevaux pour une randonnée de quatre jours à travers les montagnes qui
s'élevaient au-dessus de nous à près de 3 500 mètres d'altitude.
Les chevaux mongols sont plus petits que leurs cousins d'autres régions du
monde, et les selles fournies par les éleveurs locaux étaient bien en dessous des
normes acceptables. À plusieurs reprises, les cordes fragiles reliant les étriers
cédèrent de manière inattendue, alors que je tentais d'enfourcher mon cheval,
provoquant ma chute. Pour y remédier, ils nouèrent ensemble les cordes
restantes, ce qui raccourcit leur longueur et me causa un inconfort considérable
325
au niveau des jambes. Malgré tout, il n'y avait pas d'autre choix que de continuer.
Bien avant d'en arriver là, nous avions laissé derrière nous toute possibilité
d'aide.
Pendant des heures, nous suivîmes des sentiers à peine perceptibles, en
franchissant de petits glaciers et des ruisselets formés par la fonte des glaces.
Bien que nous étions en août, il ne restait que quelques semaines avant le retour
des neiges hivernales et le gel de ces ruisselets. Malgré l'altitude, le sol était
souvent détrempé et certaines zones étaient des bourbiers traîtres. Le premier
après-midi, nous arrivâmes dans une zone où l'adhérence était particulièrement
précaire, même pour nos animaux rôdés. Sans crier gare, mon cheval perdit
brusquement pied, tomba au sol et se mit à rouler. Pour éviter d'être écrasé, je
m'éjectai volontairement de la selle et fis en sorte de rouler le plus loin possible
du cheval. Un cavalier plus expérimenté aurait peut-être pu arrêter la chute du
cheval, mais cela dépassait de loin mon aptitude. En outre, la corne des selles
mongoles ressemble davantage à une boucle en U inversée qu'aux montants
auxquels on est habitué dans l'Ouest. Une leçon douloureuse s'ensuivit, quand
mon pouce s'y coinça et limita mes efforts pour échapper au poids du cheval qui
roulait. En dépit de sérieuses contusions, je réussis à éviter toute blessure grave.
Mon pouce était écorché, sans être cassé. Nous réalisâmes alors à quel point
j'avais eu de la chance : les guides nous informèrent qu'il n'y avait qu'un seul
hôpital dans tout le pays autorisé à soigner les étrangers, et qu'il se trouvait à des
centaines de kilomètres, à Oulan-Bator. Le seul moyen pratique d'évacuation de
cette région aurait été de faire appel à un hélicoptère au coût exorbitant. Nous
souscrivons toujours une assurance voyage, tout en sachant pertinemment que
les évacuations médicales aériennes depuis des régions isolées peuvent coûter
les yeux de la tête.
En poursuivant notre périple, nous croisâmes par chance deux pèlerins européens
qui avaient rendu visite à la tribu que nous devions rencontrer. Ils nous
informèrent qu'en raison d'une météo plus chaude que d'habitude, les rennes
s'étaient déplacés vers des altitudes plus élevées pour se rafraîchir, et que les
éleveurs les avaient suivis dans une vallée différente de celle où nous nous
326
rendions. Les rennes ont besoin de températures très fraîches et se couchent
souvent sur les glaciers pendant la journée.
Après deux jours de cheval et avoir essuyé un orage glacial à environ 2 700
mètres d'altitude, nous atteignîmes enfin la vallée où les nomades gardaient leurs
troupeaux de ces animaux dociles. À notre arrivée, nous aperçûmes à peu près
huit tentes en forme de tipis éparpillées sur plusieurs centaines de mètres les
unes des autres. Quoique moins solides que les yourtes, elles offrent une plus
grande mobilité, ce qui est nécessaire, quand les troupeaux se déplacent. Il n'y
avait pas de centre communautaire évident, et aucun adulte ne manifesta
d'intérêt pour notre groupe. Quelques enfants vinrent nous observer pendant que
nous installions notre campement près d'un ruisseau au courant rapide. Des
rennes curieux s'approchèrent et nous reniflèrent en nous témoignant plus
d'intérêt que les habitants du village.
Pendant tout notre séjour, je ne vis aucune interaction entre les membres du
village, si ce n'est lorsque nos guides les contactaient. Ils ne semblaient pas être
dérangés par notre présence dans le coin et nous invitèrent poliment à entrer
dans leurs tentes, quand nous nous approchâmes. Étant donné leur isolement, je
m'attendais à voir davantage d'interactions sociales. Il ne faudrait pas longtemps
avant que ces personnes soient à nouveau complètement coupées du reste du
monde jusqu'à la fin du printemps suivant. Je trouvai bien une tente désignée
comme étant une classe, mais l'éducation dispensée-là était rudimentaire,
l'enseignante étant une locale, qui avait elle-même reçu peu d'éducation formelle.
Un feu brûlait dans chaque tente et le lait chauffait. Ici, la tribu dépendait du lait
de renne, beaucoup plus riche que le lait de yak ou que le lait de vache. Depuis
que les troupeaux de rennes diminuent, les populations locales ne les abattent
plus pour compléter leur régime alimentaire très strict. Elles recevaient une petite
quantité de riz, acheminé à cheval, comme toutes les provisions. Il est compliqué
pour nous d'imaginer comment ces tribus, qui vivent à des jours de marche de
tout point de commerce, doivent se préparer à un isolement total pendant la
majeure partie de l'année.
327
En passant devant une autre tente, j'entendis une femme qui parlait couramment
l’anglais. Intrigué, je jetai un coup d'œil à l'intérieur pour découvrir une jeune
femme qui discutait avec un étranger dans un américain familier. Interrogée sur
cette étrange coïncidence, elle m'expliqua qu'elle avait fait ses études
secondaires à Boulder, dans le Colorado. Ses parents avaient quitté Oulan-Bator
pour venir s'installer dans le Colorado, lorsqu'elle était adolescente. Quelque peu
désenchantée par la vie aux États-Unis, elle était revenue dans son pays natal,
avant de s'installer dans cette région reculée près de la frontière sibérienne.
Melody se comporta quelque peu bizarrement, lorsqu'elle vit Tsetseg (un
pseudonyme). Plus tard, nous comprîmes pourquoi : cela avait un rapport avec
l'avertissement d'Udval et notre première cérémonie dans la capitale. Il s'avéra
que Melody était allée à l'école avec Tsetseg. Elle avait entendu dire que Tsetseg
avait déménagé aux États-Unis avant de revenir en Mongolie. En tant que
citadine, Melody ne pouvait pas croire que Tsetseg ait volontairement choisi de
se marier et de venir s'installer dans cette zone reculée. Elle en avait conclu qu'un
chaman éleveur de rennes avait jeté un sort à Tsetseg pour la faire venir dans ce
campement. Pour Melody, il était impossible qu'une femme qui avait été exposée
à la civilisation urbaine et occidentale puisse choisir ce mode de vie extrêmement
austère.
Melody fit face à Tsetseg et lui dit : « Je te connais. » Tsetseg l'évita et prétendit
qu'elles ne s'étaient jamais rencontrées, ce qui était faux. Mélody était un peu
paniquée, car elle avait entendu des histoires sur ce qui était arrivé à cette
femme qui se tenait devant elle. Elle avait maintenant la preuve que ces histoires
étaient vraies. À la suite de cet incident, Melody ne se permit plus jamais de se
retrouver toute seule avec un membre de la tribu, ni de manger la nourriture qu'ils
avaient préparée. Udval l'avait également prévenue que des drogues pouvaient
être utilisées pour saper sa résistance. Elle veillait spécialement à ne pas les
regarder directement dans les yeux, car elle croyait que c'était ainsi qu'ils
pouvaient capturer et asservir quelqu'un qui ne se doutait de rien. Bien que
cultivée et imprégnée des traditions occidentales, Melody reconnaissait
néanmoins les croyances traditionnelles et leur pouvoir.
328
Avant de partir, nous assistâmes à une autre cérémonie, organisée par la
chamane de la tribu, une femme appelée Saintseese. Elle fut très similaire à celle
à laquelle nous avions assisté auparavant, intéressante mais sans plus. On
invoqua les esprits et on répandit dans l'air du lait de renne chaud pour les
nourrir. On nous transmit un message général de bonne santé et de bonheur.
Une fois remontés dans notre Land Cruiser, nous reprîmes la route à la recherche
d'autres chamans. C'est alors qu'un autre événement mystérieux se produisit.
C'était notre huitième jour de camping et nous avions choisi d'installer notre
campement tout près de la rivière Shishged. Nous passâmes la soirée à discuter
avec un membre d'une tribu locale, qui nous expliqua les injustices dont ils
faisaient l’objet de la part du gouvernement central. Ces régions recèlent
d'importantes ressources naturelles, et le gouvernement a conclu des accords
avec plusieurs industries pour les droits d'exploitation minière. Les tribus
indigènes ne furent aucunement consultées dans ce processus. En tant que
nomades, elles avaient besoin de liberté pour pouvoir se déplacer, mais avec le
temps, depuis la fin de l'ère soviétique, le capitalisme et la cupidité prirent le pas
sur leur besoin de terres. C'est une histoire que l'on entend souvent de la part de
nombreux peuples indigènes dépourvus de pouvoir au sein des gouvernements
nationaux.
La nuit sembla se dérouler sans incident, jusqu'au lendemain matin. À notre
réveil, nous trouvâmes une pièce australienne luisante de 50 pence délicatement
posée entre nos deux tapis de sol. Souvenez-vous que, chaque matin, nous
retournions nos tentes légères pour les secouer. Ce processus avait déjà été
répété au moins sept fois au cours du voyage. Chaque matin, nous évacuions la
saleté accumulée depuis la veille. Il semble pratiquement impossible que cette
pièce soit restée coincée dans quelque recoin de la tente avant de s’en déloger,
cette nuit-là, et d’atterrir directement entre nous deux.
Comment une pièce australienne de 50 pence a-t-elle atterri dans une tente dans
le nord de la Mongolie ? Cela reste un mystère. Tout comme l'objet précipité par
le chaman Bold, la réponse la plus prosaïque, c'est qu'elle s'y est matérialisée,
aussi étrange que cela puisse paraître.
329
Nous rendîmes visite à deux autres chamans qui accomplirent chacun une
cérémonie pour nous. L'un d'eux, le chaman Tunjee, nous était déjà familier, car il
joue un rôle important dans le film américain, L’enfant cheval, qui raconte
l'histoire d'un couple américain qui emmena leur fils autiste en Mongolie dans
l'espoir que des chamans puissent le guérir.153
Comme indiqué précédemment, Victoria est particulièrement sensible à son
environnement et à l'influence des guérisseurs spirituels. Nous remarquâmes que
le simple fait d'être en présence des chamans avait des effets visibles. Dans
plusieurs de mes vidéos tournées avec eux, on voit Victoria osciller sous
l'influence d'une force inexplicable. Soulignons que ce mouvement n'était pas
volontaire, ni destiné à plaire au chaman. J'admets qu'il existe des explications
psychologiques possibles à sa réaction, mais elles semblent peu probables.
Au cours de nos visites chez ces chamans, deux incidents se détachent et
constituent des défis directs pour la science. Il y a la matérialisation de la tectite
pendant la cérémonie avec le chaman Bold. En termes de probabilités, il est
raisonnable d'éliminer la possibilité que Bold ait pu acquérir la tectite, par
quelque moyen que ce soit, et qu'il l'ait intentionnellement laissée tomber pour
que nous la trouvions. Encore une fois, la réaction des autochtones qui ont
assisté à de nombreuses cérémonies avec lui indique clairement que la
matérialisation d'objets étrangers ne fait pas partie de sa routine.
Le deuxième mystère concerne l'apparition de cette pièce australienne à
l'intérieur de notre tente fermée. Étant donné que nous secouions
vigoureusement et vidions nos tentes chaque matin, nous pouvons affirmer sans
risque d'erreur que cette pièce n'avait pas été laissée là par un visiteur précédent,
qu'elle ne s'était pas coincée dans un coin pour ne réapparaître qu'à la fin de
notre voyage. Nous écartons aussi l'hypothèse suivant laquelle l’un de nos guides
mongols l'aurait glissée dans notre tente pendant la nuit. Toute matérialisation
spontanée d'un objet dont l'origine est inconnue défie toutes les théories
scientifiques actuelles. Mais en Mongolie, cela s'est produit.
153
http://www.pbs.org/independentlens/horse-boy/film.html
330
4ÈME PARTIE :
RÉFLEXIONS
331
CHAPITRE 23 : LES PAPILLONS DE NUIT VOIENT
LA LUMIÈRE
Certaines personnes sont attirées comme des papillons de nuit par la lumière,
dès qu'il est question de phénomènes paranormaux. Il y a donc de bonnes raisons
de faire preuve de prudence, si on se lance dans l'étude ou dans la mise en
application de ces domaines. Au cours de mes recherches sur divers
phénomènes, j'ai personnellement vu plusieurs personnes très compétentes
dérailler. Je fais ici référence à des individus très qualifiés et respectés dans leur
domaine professionnel, mais qui après avoir été fortement exposés à divers
phénomènes, ont commencé à avoir un comportement inexplicable et souvent
bizarre.
Pour des raisons évidentes, j'ai choisi de ne pas citer le nom de la plupart des
auteurs de ces agissements.154 Certains lecteurs devineront peut-être de qui je
parle, mais je leur laisse toute latitude d’établir un rapprochement. Ce qui importe
bien davantage, c’est de savoir que des menaces personnelles sont bien réelles,
et les risques peuvent se situer dans trois domaines : économique, mental et
spirituel. Le premier, le domaine économique, fait référence aux coûts financiers,
quand on s’engage avec ces phénomènes. Le fait d’être associé à ces
phénomènes peut nuire à vos perspectives d’emploi dans d’autres domaines.
Deuxièmement, votre équilibre mental peut être affecté, si vous ne procédez pas
avec prudence. Enfin, il peut y avoir des risques spirituels. Ces risques sont plus
hypothétiques et rarement démontrables, mais ils peuvent être tout autant réels.
Un homme averti en vaut deux.
Les sceptiques et les détracteurs autoproclamés prétendront que quiconque
s'aventure volontairement dans l'étude des phénomènes psychiques et autres
pourrait être considéré comme victime d'illusions. Mais je dirais plutôt que ce
sont les sceptiques, ceux qui refusent, ne serait-ce que d'examiner les données,
154
Mon ancien patron, le major-général Bert Stubblebine, est décédé pendant que j'écrivais ce livre. Il illustre
malheureusement parfaitement ce problème. S’il a su repoussé les limites avec brio pendant son service actif,
une fois à la retraite, il s’est rallié à des causes manifestement fausses, en devenant notamment un adepte de
la théorie du complot concernant les attentats du 11 septembre.
332
qui pratiquent le déni. Beaucoup d'entre nous ont les pieds sur terre et s'appuient
sur des preuves solides et des observations personnelles. Un sondage Gallup
révélait que pratiquement les trois quarts des Américains croient aux expériences
paranormales.155 Beaucoup ont vécu des expériences personnelles qu'ils ne
peuvent pas expliquer.
Pour les néophytes, sachez que le danger est bien réel, mais cela seul ne devrait
pas vous dissuader de poursuivre vos recherches. D’après mon expérience, le
meilleur moyen de garder un équilibre mental solide, c'est de veiller à rester actif
dans de nombreux domaines, surtout basés sur des activités concrètes ou la
réalité objective. Personnellement, je travaille principalement sur des questions
de sécurité nationale et internationale, et quiconque suit mes écrits sait que la
majorité de mes articles, qui paraissent dans des publications comme le
Huffington Post, n’ont rien à voir avec ces phénomènes.156 Ainsi que l’ont relevé
les Moody Blues dans l’un de leurs albums, A Question of Balance, il s’agit d’une
question d’équilibre.
PERSONNES INTELLIGENTES / CHOIX ABERRANTS
Malheureusement, aujourd'hui, les sociétés occidentales croulent sous les
théories du complot. Beaucoup de gens ne font pas confiance aux médias
traditionnels pour obtenir des informations fiables, et une multitude de sites qui
diffusent de fausses informations prolifèrent sur Internet. Par de « fausses
informations », j'entends des récits totalement inventés et qui ne se limitent pas
simplement à une divergence d'opinion sur les faits. La peur et les théories du
complot font vendre. Elles ont également envahi le domaine des phénomènes
paranormaux. Il est souvent difficile de déterminer si l’auteur croit réellement à ce
qu’il avance, ou s’il le fait juste pour des raisons économiques ou pour satisfaire
son ego. Les escroqueries ont toujours fait partie intégrante des phénomènes
paranormaux et ciblent souvent les victimes les plus vulnérables.
155
http://www.gallup.com/poll/16915/three-four-americans-believeparanormal.aspx
Par exemple : http://www.huffingtonpost.com/john-b-alexanderphd/the-day-americandemocrac_b_10073652.html
156
333
Les exemples d’informations manifestement fausses concernant ces
phénomènes abondent. Prenons par exemple l’affirmation d’après laquelle une
grande capsule spatiale était cachée derrière la comète Hale-Bopp et qu’elle
allait répandre des agents pathogènes pour détruire l’humanité. Il s’agissait là de
la prédiction d’un remote viewer de premier plan. Ou encore, considérons les
allégations d’après lesquelles le gouvernement américain aurait rétroconçu un
ovni et disposerait depuis des décennies de la capacité de voyager d’une planète
à l’autre. Là encore, cela nous vient d'un conférencier très connu spécialiste des
théories du complot sur les ovnis. Il y a aussi ceux qui soutiennent les théories du
complot autour du 11 septembre, et qui concluent que c'est un missile, et non un
avion, qui a frappé le Pentagone. C'est ce qu'affirma un ancien officier supérieur
du renseignement militaire. En privé, un chercheur me confia croire que des
agents des services secrets israéliens, le Mossad, s’étaient introduits à plusieurs
reprises dans son domicile en utilisant leur pouvoir d’invisibilité. Dans l’optique,
selon lui, de le mettre en garde concernant ses recherches sur les systèmes
d’énergie alternative. Sa preuve de ces intrusions chez lui ? Il pensait que ses
clés de voiture avaient été déplacées.
Plusieurs de ces personnes ont fait toute une série de déclarations publiques à la
télévision, à la radio ou dans d'autres médias, qui se sont avérées être totalement
et indéniablement fausses. Le plus déconcertant, c'est que leur base d'adeptes,
qui sont fermement convaincus ne semble pas s'en soucier. Ils continuent de
soutenir ces allégations maintes fois démenties, souvent financièrement, en
faisant des dons substantiels. Ces incohérences ont de vastes implications et
s'appliquent aux actions de la population en général, ce qui fut démontré de
manière concluante avec l'élection nationale de 2016, qui préfigura l'avènement
de l'ère de la post-vérité.
Quiconque participe à des conférences sur les ovnis sait qu’il n’y a aucune limite
à l’absurdité d’une idée et qu’il y aura toujours des gens pour la soutenir. Le plus
inquiétant, c’est que ce sont souvent de telles idées qui attirent le plus de monde.
Malheureusement, ces phénomènes drainent fréquemment des gens qui
souffrent déjà de graves troubles mentaux. Un problème majeur réside dans le
fait que des affabulations extravagantes masquent souvent des phénomènes bien
334
réels. Elles ont aussi pour effet de dissuader des scientifiques pourtant ouverts
d’esprit de s’intéresser aux véritables enjeux et de les étudier sérieusement.
Le thème des « personnes ciblées » constitue un exemple classique, que je ne
connais que trop bien. Ce sont des personnes qui pensent avoir été prises pour
cible, généralement par le gouvernement, et être soumises à des expériences de
manipulation mentale. Pour des raisons inexplicables, elles pensent qu’il existe
un processus de sélection via lequel elles ont été choisies. Elles déclarent
souvent que tout cela a commencé quand elles étaient encore de jeunes enfants
et qu'on les surveille en permanence depuis lors. Alors que beaucoup précisent
que c’est une source humaine qui les suit ou les contrôle, certaines personnes
croient prendre part à complot interstellaire et que leur dilemme est d’origine
extraterrestre.
Si mon point de vue sur les enlèvements anormaux a évolué avec le temps, je
pense maintenant qu’il y a souvent une composante d'ordre psychotique, et que
d’autres rapportent des informations aussi fidèlement qu’ils sont capables de les
percevoir. Toutefois, quand il s’agit d’agents ou d’agences gouvernementales
malveillantes qui mènent des opérations illégales et non documentées, cela
dépasse les bornes, en ce qui me concerne.
Une de ces théories du complot implique ce qu’on appelle les MILABS, ou des
enlèvements effectués par l’armée. On m’a faussement accusé d'avoir participé à
de telles opérations, ou même de les avoir dirigées. Au cours d'une conférence,
une femme d'âge mûr s'approcha de moi en affirmant m'avoir vu à bord d'un ovni,
alors qu'elle subissait un examen. D'autres récits me font diriger une attaque
nucléaire contre des extraterrestres retranchés dans une base souterraine près
de Dolce, au Nouveau-Mexique. Cette base, selon eux, ferait partie d'un
programme dans le cadre duquel le gouvernement américain échangerait de la
technologie extraterrestre contre des parties de corps humains.
Un des principaux promoteurs de la théorie du complot MILAB était en réalité un
astrophysicien titulaire d'un doctorat qui travaillait pour une organisation
européenne similaire à la NASA. Lorsque je répondis à ces allégations absurdes
335
en détaillant les besoins en main-d'œuvre requis pour mener des opérations de
cette envergure, il fut très contrarié, et la réalité n'a pas refroidi ses partisans.
Ma préférée était cette rumeur sur Internet annonçant ma mort en 2011. Dans
cette histoire inventée de toutes pièces, j’avais été pourchassé depuis un bunker
souterrain près de Fort Huachuca, en Arizona, par un groupe de Marines. Une fois
en fuite, ils m’avaient retrouvé dans le désert près de l’autoroute I-15, près de
Baker, en Californie, avant de m’abattre. Ce qui posa problème, la nuit suivante,
puisque mon ami, George Knapp m’interviewait sur Coast to Coast A.M. Cela ne
découragea pas l’auteur de cette affabulation, un thérapeute californien radié.
Son message suivant indiquait simplement que j’étais un imposteur nommé Will
Quinn. Le vrai John Alexander, « obèse morbide », et sa femme, avaient été
remplacés physiquement, plusieurs années auparavant, selon lui.157
Il expliqua ultérieurement que les photos de moi sur mon site web étaient celles
de Quinn, après avoir eu recours à la chirurgie plastique. Ayant surveillé mon
poids de près et entretenu une excellente condition physique, je n’appréciai guère
son commentaire sur l’« obésité morbide ». Le caractère fantaisiste de l’histoire
est évident pour les nombreuses personnes qui me connaissent depuis des
années. Il est intéressant de noter que cette personne est titulaire d’un doctorat
et qu’elle fut pendant un certain temps un thérapeute agréé, dont le travail
consistait à traiter des personnes mentalement instables. À titre d’avertissement,
force est de constater qu’intelligence et lubie ne s’excluent pas mutuellement.
Une personne dont je vais révéler l'identité et qui se comporta avec moi d'une
manière étrange et inexplicable est Jesse Ventura, l'ancien gouverneur du
Minnesota. Né sous le patronyme de James George Janos, il changea
officiellement de nom pour sa carrière de catcheur professionnel. Il servit bel et
bien dans la marine américaine et suivit jusqu'au bout, sous son nom de
naissance, la formation particulièrement éprouvante des Basic Underwater
Demolition/SEALs (BUDS). Par la suite, il servit dans une équipe de démolition
sous-marine (UDT 21), mais sans jamais participer à des combats.158
157
http://www.theoutpostforum.com/tof/showthread.php?311-Breaking-Dr-Boylan-s-Report-of-Co-Alexanders-Demise-is-Premature
158
http://www.military.com/veteran-jobs/career-advice/militarytransition/famous-veteran-jesse-ventura.html
336
On peut retrouver un petit aperçu de ma rencontre avec lui dans son émission de
télévision, Conspiracy Theory. L'épisode s'intitulait « Skinwalker Ranch »159, bien
que ce n'était pas le sujet pour lequel on m'avait sollicité. Son producteur, que
j'avais déjà rencontré au cours d'une autre série, m'avait demandé si Ventura
pouvait m'interroger sur la présence de civils dans l'espace. Puisque je
connaissais Burt Rutan et Bob Bigelow, cette demande se justifiait. Ce fut en fait
un grand honneur pour moi, quand Burt m'invita pour le décollage de Mike Melvill
à bord de SpaceShipOne, la première entreprise entièrement civile à réaliser un
tel vol.160 À mes côtés pendant l’événement figurait le capitaine James T. Kirk, de
l'USS Enterprise, alias William Shatner.
Après environ deux heures de discussion et l'enregistrement de l'interview pour
Jesse Ventura, je me levais pour retirer le micro, quand un assistant me lança
depuis le bord du plateau : « Et le Skinwalker Ranch ? » Les questions que
Ventura devait me poser m'avaient été envoyées par courriel auparavant et
portaient toutes sur la manière dont des particuliers se lançaient dans le secteur
des voyages spatiaux. Ceci s'avéra être une embuscade, pas une question
anodine. Aucun de mes propos sur les questions spatiales ne fut diffusé. En
revanche, ils diffusèrent ma réponse à cette question : « Je croyais qu’on avait
convenu de ne pas parler de ça. ». Cela visait à me faire passer pour quelqu’un
qui dissimulait quelque chose.
Ce qui est pertinent par rapport à ce chapitre, c'est la suite. Ventura me demanda
sur un ton apparemment sérieux, si je savais que Bob employait des aliens chez
Bigelow Aerospace, ici à Las Vegas. Il me parut évident qu'il ne parlait pas de
personnes originaires du sud de la frontière américaine et qu'il faisait allusion à
des extraterrestres. Très sérieusement. Ils utilisèrent également ma réponse :
« Faudrait faire vérifier ton filtre anti-conneries ! » Bien sûr, ils censurèrent
« conneries ».
En voyant l’émission pour la première fois, je fus surpris de voir Alex Jones,
d’Infowars, mettre en garde Ventura à mon sujet. Infowars est une émission
159
160
http://www.dailymotion.com/video/x18usv8_conspiracy-theory-withjesse-ventura-skinwalker_shortfilms
http://www.space.com/16769-spaceshipone-first-privatespacecraft.html
337
basée sur les théories du complot les plus farfelues, dont le public est prêt à
gober à peu près tout. Le plus inquiétant, c’est que le président Trump se réfère
parfois à Jones pour étayer ses opinions. Au passage, en recourant à Sean, le fils
d’Oliver Stone, cette émission tendit également un piège à Bob Bigelow, qui
donnait une conférence.
L'émission de Ventura consacra par la suite un épisode entier aux « personnes
ciblées », intitulé « Brain Wars ». Il était flagrant que les producteurs avaient
profité de personnes gravement perturbées. À mon sens, ces personnes auraient
dû bénéficier d'une aide psychiatrique et non être exploitées à des fins de
divertissement.
La question des « personnes ciblées » me suivit dans plusieurs contextes. D’après
une idée fausse, les armes non létales incluraient le contrôle mental. C'est
inexact, mais la rumeur persiste. Dans le cadre d'une conférence biannuelle sur
les armes non létales à Ettlingen, en Allemagne, juste au sud de Karlsruhe, je fus
pris à partie par des manifestants déclarant être victimes de nos expériences.
Affichant un degré élevé d’inquiétude et de détermination, ces prétendues
« personnes ciblées » avaient fait le déplacement depuis plusieurs pays pour
assister à la conférence. Même si la manifestation fut globalement pacifique, la
police fédérale allemande jugea nécessaire d’intervenir.
Ceci n'était pas une première, car cela s'était déjà produit lors de la toute
première conférence sur les armes non létales que j'avais organisée et présidée
au Laboratoire de physique appliquée de Johns Hopkins, à Laurel, dans le
Maryland. Là-bas, en 1993, le requérant m'avait demandé d'observer une minute
de silence en mémoire des 50 000 personnes que nous aurions tuées au cours
d'expériences impliquant des armes non létales. Naturellement, il n’y avait pas eu
50 000 victimes. En réalité, il n’y avait eu aucun décès, mais cela n’empêcha pas
les protestations. Les histoires prirent une tournure encore plus rocambolesque.
Un jour, on m’accusa d’avoir fait irruption chez une ancienne officier du
renseignement militaire et d’avoir exécuté sa souris de compagnie en la mettant
dans son mixeur. Il importe peu que ces histoires soient dénuées de fondement.
Elles ont la peau dure.
338
Le nombre de personnes qui présentent des troubles mentaux aux États-Unis est
atterrant. Des études indiquent que près de la moitié de la population américaine
sera touchée par une maladie mentale au cours de sa vie.161 Il faut savoir qu'entre
2,3 et 4,4 % de la population américaine présentent des traits paranoïaques.162
D’après les estimations les plus prudentes, cela représente six millions de
personnes qui souffrent de troubles mentaux importants liés à la méfiance et à la
suspicion envers les autres, rien qu'aux États-Unis. Nous devrions donc nous
inquiéter, mais ne pas être surpris, face aux élucubrations avancées par les
théoriciens du complot.
Il est important de noter que, dans les exemples que j'ai fournis ici, toutes ces
fausses informations furent diffusées par des personnes aux références très
respectables. De même, les meneurs des manifestations de protestation contre
les armes non léthales étaient des personnes que l'on considérerait comme
compétentes dans la plupart des circonstances. Toutes les personnes dont il est
question dans cette section étaient bien éduquées et avaient occupé auparavant
des postes à responsabilités, que ce soit au sein du gouvernement ou dans le
secteur civil.
OÙ EST PASSÉ L’ARGENT ?
Des dangers guettent également les personnes qui développent une fascination
pour les phénomènes paranormaux et qui entreprennent de suivre des
« prophètes » autoproclamés dénués de scrupules et qui pratiquent en réalité des
arnaques vieilles comme le monde. Les charlatans s'attaquent aux plus
vulnérables. Les personnes en deuil constituent une cible facile et opportune. Il
en va de même pour les patients atteints de maladies en phase terminale, et pour
lesquels la médecine traditionnelle n'a plus rien à offrir.
Un problème subtil réside dans le fait que certains médiums ont la capacité
d’intercéder via des communications post-mortem, sans toujours obtenir des
161
162
http://www.thekimfoundation.org/html/about_mental_ill/statistics.html
http://psychcentral.com/disorders/paranoid-personality-disordersymptoms/
339
résultats pertinents. Il s’agit là d’un mode d’échange d’informations peu compris.
Il arrive parfois que des médiums semblent obtenir des informations fiables, mais
ce n’est pas toujours le cas. Ce n’est pas parce que les informations transmises
ne sont pas exactes que le médium est un imposteur, ni qu’il agit d’une manière
intentionnellement malhonnête. Le revers de la médaille, c’est qu’il y a des
escrocs qui trompent délibérément leurs victimes, et savoir faire la différence
peut s’avérer ardu. La meilleure approche consiste à se renseigner auprès
d’autres personnes qui ont déjà eu recours au médium, à obtenir des
témoignages directs de leur part. On ne peut pas se fier aux commentaires
publiés sur le site web d’un médium ou sur les réseaux sociaux.
Il convient également de rester attentif à ses propres émotions. Ce n’est pas un
hasard si les escrocs ciblent des personnes en deuil. Trop souvent, les
personnes ciblées ne sont pas en mesure d’évaluer objectivement les
informations qui leur sont présentées. Le désir de croire et d’obtenir des
nouvelles d’un être cher disparu peut brouiller le jugement. Un signal d’alarme à
prendre en compte, c’est l’implication de sommes d’argent importantes. Il y a
toute une série d'astuces bien connues qu'ils utilisent pour piéger les victimes
naïves. Certaines sont très élaborées. Si vous entendez que votre argent ou des
biens personnels sont maudits et que vous devriez les leur confier pour les faire
bénir, alors foncez, ne marchez pas, précipitez-vous vers la sortie la plus proche.
Un scepticisme sain est recommandable. Trop fréquemment, les sceptiques et les
détracteurs professionnels utilisent la moindre erreur dans le contenu comme
une preuve de fraude. Même si ce n’est pas le cas, c’est une réalité avec laquelle
il faut composer. Les sceptiques ont pourtant raison par rapport à la lecture à
froid (cold reading). La lecture à froid est une technique qui est pratiquée par des
escrocs sans scrupules, et les informations qu’elle produit peuvent être perçues
comme exactes. Mais elle consiste à fournir des informations si générales
qu’elles peuvent s’appliquer à n’importe qui ou à presque n’importe quelle
situation. Elle intègre également les réactions de l'individu via des indices
verbaux ou visuels. Avec le recours à des techniques avancées, telles que celles
enseignées en programmation neurolinguistique (PNL), ces indices peuvent être
très subtils et physiquement incontrôlables. Ils sont bien connus dans le monde
340
des jeux de hasard, où on parle de « tell », de changement de comportement ou
d’attitude qui signale inconsciemment l’intention du joueur. Beaucoup de clients
de médiums transmettent eux aussi ce genre d’informations sans le vouloir.
Il y a également des lectures à chaud, pour lesquelles le « voyant » dispose déjà
d’informations sur la victime. Aujourd’hui, les lectures à chaud sont bien plus
faciles à réaliser qu’il y a une vingtaine d’années. Il y a une quantité incroyable
d’informations personnelles qui vous concernent accessibles sur Internet. Il y a
des sites web qui se consacrent à la collecte de vos données, y compris vos
relations, et à leur vente à celui qui est prêt à payer le prix demandé. Avec juste
votre nom, le « voyant » peut obtenir beaucoup d’informations sur vous. Avec un
complice, cela peut se faire en temps réel. Pendant que vous êtes assis avec le
« voyant », un assistant peut vérifier vos antécédents et transmettre les
informations obtenues via une oreillette dissimulée.
Au bout du compte, votre bon sens est sans doute votre meilleur baromètre et
votre meilleure protection. Chacun possède de l'intuition, bien qu’à des degrés
divers. Plus vous l'utiliserez et prendrez conscience de vos capacités, plus elle
vous servira. Deux règles sont à respecter. Premièrement, si quelque chose vous
semble mal, ne le faites pas. Deuxièmement, lorsque vous avez subi une grande
perte, ne prenez pas de décisions importantes pendant quelque temps. Si vous
souhaitez entrer en contact avec un défunt, attendez résolument. Le défunt sera
toujours là, et vous serez mieux à même d'évaluer et d'apprécier ce contact.
Ces règles devraient aussi s'appliquer aux personnes qui sont confrontées à de
graves problèmes de santé. Les difficultés sont tout autant émotionnelles et
complexes que celles d'une personne qui vit le deuil d'un être cher. Là encore, un
dilemme se pose : qu'est-ce qui vaut la peine d'être tenté, et qu'est-ce qui n'est
qu'un faux espoir suscité par la promesse d'une guérison qui ne se concrétisera
pas ? Et pour compliquer encore davantage les choses, avec ou sans intervention,
il arrive que des miracles se produisent. Le cas d'Anita Moorjani (voir le chapitre
341
sur les expériences de mort imminente) est un exemple.163 Celui d'Eben Alexander
est un autre exemple défiant tous les pronostics de survie.164
La recherche médicale sur l'efficacité des nouveaux médicaments s'appuie
souvent sur l'utilisation d'un placebo. Comme la plupart des gens le savent
aujourd'hui, un placebo chimique est un composé considéré comme inerte et qui,
par conséquent, ne devrait avoir aucun effet dans le traitement du patient.
Pourtant, certains patients guérissent également grâce aux placebos. On ne
comprend pas encore très bien comment cela se produit.
Le philosophe Michael Grosso cite une étude de cas datant de 1947 dans laquelle
un patient à qui l'on avait diagnostiqué une maladie en phase terminale se vit
administrer un médicament expérimental.165 Quoique souffrant d'un
lymphosarcome, il réagit favorablement au traitement et ses tumeurs disparurent.
Mais une fois que l’AMA déclara le médicament inopérant, les tumeurs
réapparurent. Après avoir reçu un deuxième médicament, le patient sembla à
nouveau se rétablir. Mais quand ce médicament fut lui aussi déclaré inefficace, le
patient fit une rechute et mourut. C'était apparemment la foi du patient dans les
médicaments expérimentaux qui l'avait maintenu en vie. Lorsqu’il perdit la foi, il
perdit la vie.
L'attitude des médecins à l'égard des placebos évolue. Un rapport de la Harvard
Medical School indique que les placebos pourraient effectivement modifier la
chimie du cerveau.166 Il semble que les effets ne se limitaient pas juste aux
attentes du patient. L'article suggère aussi que la bienveillance du personnel
soignant contribuait à la guérison. Enfin, ils constatèrent une évidence : les
professionnels de la santé sont encore loin de comprendre comment fonctionnent
les placebos.
163
Anita Moorjani, Diagnostic incurable mais revenue guérie à la suite d'une NDE
Eben Alexander, La preuve du paradis
165
Michael Grosso,
https://consciousnessunbound.blogspot.com/2017/01/whereimpossible-becomes-possible.html
166
http://www.health.harvard.edu/mind-and-mood/putting-the-placeboeffect-to-work
164
342
Un placebo peut être bien autre chose qu'une simple pilule de sucre. Ils peuvent
prendre la forme de procédures médicales, voire de séances de soutien
psychologique. La question éthique du recours à la chirurgie comme placebo, qui
s'avère parfois efficace, a fait l'objet de débats.167 Une étude indique par ailleurs
qu'une chirurgie fictive a donné des résultats aussi bons qu'une véritable
intervention chirurgicale. La perception qu'a le patient du coût du médicament
pourrait également jouer un rôle. S’il était perçu comme coûteux, le médicament
était jugé plus efficace.168 Tous les facteurs étudiés concernant les placebos
suggèrent que ce sont la confiance et la croyance du patient qui font la plus
grande différence.
Cela conduit au problème délicat de déterminer l’efficacité d’un traitement. D’un
côté, il y a les escroqueries coûteuses, où les gens paient pour des traitements
qui, d’après les données chimiques ou biologiques, ne devraient avoir aucun
résultat positif. De l’autre côté de l’équation, on a le pouvoir de l’attente et de la
foi. Les sceptiques s’insurgent contre tous les traitements factices. Ils affirment
souvent que dénoncer la fraude est un bienfait majeur qu’ils apportent à la
société. Ils nous sauveraient de nous-mêmes. Ils ont tendance à considérer
l’humanité comme des sauvages ignorants réclamant une intervention extérieure
qui leur dispense leur version de la vérité. Le problème avec cette approche, c'est
que, parfois, les thérapies alternatives fonctionnent, et que des miracles se
produisent bel et bien.
Si ces escroqueries peuvent se comparer au pouvoir d'attraction d'une flamme
vacillante, vous devez savoir qu’il existe également des foyers ardents. Toutes les
opérations ne sont pas d’envergure modeste. La Scientologie est la mère de tous
les jeux (la matrice de toutes les manipulations) et elle a attiré des milliers de
participants qui ont payé un prix exorbitant, tant sur le plan financier que
personnel. Il existe de nombreux livres, articles, programmes télévisés169 et même
des films170 crédibles dénonçant les dangers associés à cette organisation. Je ne
167
http://jamanetwork.com/journals/jama/article-abstract/331345
http://articles.mercola.com/sites/articles/archive/2015/03/05/placeboeffect-healing-recovery.aspx
169
Regardez le documentaire de HBO intitulé « Going Clear ». C'est le documentaire qui a enregistré les
meilleures audiences de la chaîne.
170
Le film *The Master* (2012) était une représentation à peine voilée du fondateur, L. Ron Hubbard.
168
343
vais donc pas entrer dans les détails, et je me contenterai de faire référence à
certaines de ces sources. Parmi les anciens scientologues les plus virulents
figurent Leah Remini171 et Mike Rinder, qui réalisèrent la série télévisée
Scientology and the Aftermath diffusée sur la chaîne A&E. Ils furent tous deux
membres de l’organisation pendant des décennies, et Rinder, qui faisait autrefois
partie du noyau dur, reconnaît s’être activement livré à des actes sans scrupules
contre des personnes qui tentaient de dénoncer l’organisation. Une multitude
d’anciens scientologues soutiennent leurs efforts, dont Ron Miscavige, le père du
« pape » de la scientologie, David Miscavige.172 Le problème d’ordre international
a été relayé par des journalistes étrangers, comme l’Australien Steve Cannane173
et John Sweeney, de la BBC.174 Contrairement à un simple escroc qui prend votre
argent et s’enfuit, on raconte que ceux qui se brouillent avec la Scientologie
peuvent être soumis à une pression psychologique énorme et une dégradation
sociale de la part de l’organisation. D'après le réalisateur hollywoodien, Paul
Haggis, un ancien scientologue, l'intimidation et les insinuations malveillantes
sont des tactiques approuvées.175
Il y a trois raisons pour lesquelles je mentionne la scientologie dans ce livre.
Premièrement, comme je l’ai souligné, c’est un signal d’alarme, quand on réclame
beaucoup d’argent aux adeptes. D’après la plupart des dissidents de la
scientologie, chacun d’entre eux a dépensé des dizaines, si ce n'est des centaines
de milliers de dollars pour y adhérer. Il faut savoir que la Scientologie, une
entreprise mondiale, pèse plus d’un milliard de dollars.176 La deuxième raison qui
me poussa à inclure ce sujet, c'est que certaines des personnalités mentionnées
furent d'anciens membres de haut rang de la Scientologie. Parmi eux figuraient
Ingo Swann et Hal Puthoff. Hal me raconta que, bien qu’ayant suivi une formation
d’auditeur, on lui avait demandé de partir à cause de ses liens avec le
gouvernement américain, ce qui le rendait indigne de confiance. Il prit alors
conscience de la nature sectaire de la Scientologie. Il constata également que,
171
Voir le livre de Leah Remini : Troublemaker : Surviving Hollywood and Scientology
Voir le livre de Ron Miscavige : Ruthless : Scientology, My Son David Miscavige, and Me
173
Voir l'ouvrage de Steve Cannane : Fair Game : The incredible untold story of Scientology in Australia
174
http://www.dailymotion.com/video/x12cdw1_bbc-panorama-thesecrets-of-scientology-with-johnsweeney_people
175
http://www.inquisitr.com/1310907/paul-haggis-scientology-defectors-are-terrified-of-the-churchs-bullying/
176
Dans son formulaire IRS 990T de 2011, la Scientologie a déclaré un patrimoine d'un peu plus de 1,2 milliard
de dollars.
172
344
bien que son engagement ait pris fin, il y a plus de trente ans, cette association
lointaine le tourmente encore. Ingo fut officiellement déclaré « personne
suppressive », ce qui revient à annoncer officiellement qu’il est devenu un ennemi
de l’Église. Et troisièmement, la position hostile de la Scientologie envers toute
forme de psychiatrie. Compte tenu du lien entre de nombreux phénomènes et les
troubles de santé mentale, le rejet de la psychologie et de la psychiatrie est très
dangereux pour des personnes confrontées à des événements étranges.
N'oublions pas que tout le monde a le droit d'être stupide. Il est quasiment
impossible d'empêcher la stupidité, même quand on voit un ami commettre une
telle erreur. Ma citation favorite d'Albert Einstein est : « Il y a deux choses
infinies, l'univers et la stupidité humaine, et je ne suis pas sûr quant à la
première. » Quoique souvent attribuée à tort à P.T. Barnum, l'idée suivant laquelle
« il naît un pigeon toutes les minutes » est le principe qui a permis aux charlatans
de s'en tirer à bon compte pendant si longtemps.
PRÉOCCUPATIONS D’ORDRE SPIRITUEL
Beaucoup de gens croient que le monde spirituel opère en parallèle avec le
monde physique. J'ai examiné certaines des preuves qui viennent étayer la réalité
de ce concept, notamment les expériences de mort imminente, les
communications post-mortem et les chamans qui circulent entre deux mondes.
Dans les pratiques religieuses, il existe des prescriptions concernant ce qui peut
et ne peut pas être fait en matière d'interactions avec des entités désincarnées.
Plusieurs sectes mettent en garde contre toute interaction de cette nature, tandis
que d'autres expriment une certaine inquiétude, mais fixent des limites. Dans
l'ensemble, notre société laïque fait fi des sanctions et des mesures de
protection, mais elle le fait à ses risques et périls.
Dans beaucoup de régions du monde, l'exorcisme est une pratique courante. La
vénérable Église catholique romaine possède des prêtres spécialement formés
pour pratiquer les exorcismes, et des conditions très strictes doivent être
remplies avant qu'un exorcisme ne soit autorisé. A juste titre, on s’attache à
345
déterminer avec soin si la victime souffre simplement de troubles psychologiques
ou si elle est réellement possédée par un démon. On estime que le nombre
d'exorcismes autorisés est en augmentation, même si leur médiatisation est
réduite au minimum.
Naturellement, la plupart des scientifiques occidentaux rejetteraient d’emblée les
notions de démons et de possession, sans même y réfléchir davantage. Si les
démons n’existent pas, alors tout le reste n’est que divagations absurdes. Ceci ne
cadre pas avec les faits. Mais il faut dire que, dans les pays occidentaux, rares
sont les scientifiques qui ont rencontré des esprits ou des démons. Une raison
possible fut suggérée par un prêtre catholique que j’entendis un jour aborder le
sujet. Lorsqu'on lui demanda pourquoi on ne voyait pas davantage de démons
aux États-Unis, il répondit qu’au vu de notre comportement, le Diable était déjà
en train de gagner et qu’il n'avait pas besoin d'attirer plus l'attention. Il s'agit là
d'une déclaration péjorative supposant la croyance en l'existence d'une entité
baptisée « Diable ». Elle impose également un jugement personnel sur la nature
de notre société. Ce n'est pas mon intention, mais ayant moi-même fait
l'expérience de rencontres avec des entités non humaines animées d'intentions
malveillantes, je trouve que ce concept mérite d'être pris en considération.
Il y a plusieurs dizaines d'années, j’ai rencontré le père John Nicola, qui avait été
conseiller technique pour le film d’horreur L’Exorciste, sorti en 1973.177 Le récit
qu’il fit des événements réels était hallucinant et incitait assurément à la plus
grande prudence pour quiconque souhaiterait s’essayer aux arts occultes ou
penserait que de telles activités pourraient être un simple jeu.
D'après le père Nicola, les événements du film étaient un mélange de plusieurs
cas, mais tous étaient vrais — à une exception flagrante près. Tous ceux qui ont
vu le film se souviennent de Linda Blair avec sa tête qui tournait à 360 degrés.
C'était là une invention hollywoodienne. En fait, la tête se retourna vers le prêtre
qui dégringola dans les escaliers, mais cela eut lieu près d’un siècle auparavant.
La victime réelle était un garçon qui s'appelait Robbie Mannheim, mais dans le
177
Le film s'inspire du roman *L'Exorciste*, publié en 1971 par William Peter Blatty, mais bon nombre des
événements décrits sont réels.
346
film, son nom fut changé pour celui d’une fille, Regan, à des fins dramatiques.178
En outre, l’exorcisme pratiqué à l’hôpital Alexian Brothers de Saint-Louis, dans le
Missouri, dura des semaines, pas le court laps de temps représenté dans le film.
Une des raisons pour lesquelles l'exorcisme fut réalisé à l'hôpital, c'était que le
patient souffrait chaque jour de crises équivalentes à de multiples crises de
grand mal, et à l'âge de 14 ans, on n'était pas sûr que son cœur puisse supporter
la violence physique à laquelle il était soumis.
La majorité des scientifiques ignoreraient ce cas, dans la mesure où ils
considéreraient les démons comme de simples fruits de l'imagination. Ce qui
constitue un défi pour eux, ce sont la lévitation, les secousses violentes du lit et
les objets projetés à travers la pièce par l'énergie psychokinétique. La victime fit
aussi preuve d'une force surhumaine, dépassant de loin les capacités et les
limites de son physique. En outre, on observa parfois des mots gravés à l'intérieur
de sa peau.
Le père Nicola ne faisait pas partie des exorcistes directement impliqués dans
l’affaire de Mannheim, mais il étudia la procédure. De mémoire, alors qu’il
étudiait pour devenir jésuite, il demanda la permission d’explorer l’exorcisme.
Cette demande fut acceptée à une condition : si des incidents inhabituels ou
démoniaques se produisaient, il serait renvoyé. Tout se déroula sans encombre
jusqu’aux derniers jours précédant son ordination. Des événements inexplicables
se produisirent, qu'il signala consciencieusement, et comme convenu, il ne fut
pas autorisé à rejoindre les jésuites.
D'après le père Nicola, l'exorciste court un danger personnel considérable,
puisque le démon peut quitter la victime et posséder l'exorciste. Il précisa que
cela se produisait dans près d’un cinquième des cas. Pour préparer des
exorcismes complexes, une seconde équipe doit être prête à intervenir, au cas où
un transfert de la victime vers l'exorciste se produirait.
178
Le nom, Robbie Mannheim a été inventé par l'historien Thomas B. Allen afin de préserver l'anonymat de la
famille lorsqu'il a écrit sur cette affaire.
347
Le but de cette explication n’est pas de ressasser un cas relativement bien
connu. Il s’agit plutôt de reconnaître les risques pour ceux qui s’engagent sur ces
voies sans guide ni protection adéquate. Dans l’affaire de Mannheim, la tante de
la victime lui fit découvrir une planche Ouija. Initialement, il y eut une activité
mineure anodine sous couvert de divertissement. Mais avec le temps, les
événements prirent une tournure carrément diabolique. Le danger semble résider
dans le fait d’inviter des forces désincarnées à pénétrer dans ce domaine.
Pour un cas plus récent, je recommande l’article de William Friedkin, « The Devil
and Father Amorth: Witnessing ‘the Vatican Exorcist’ at Work », paru dans le
numéro d’octobre 2016 de Vanity Fair.179 Le Vatican organise chaque année un
cours pour former des exorcistes. Ils prennent cette question très au sérieux, et
chaque session réunirait environ 170 participants. Selon Breitbart, « le cours
consiste en une série de réunions ayant pour but de donner aux prêtres,
médecins, psychologues, éducateurs et travailleurs pastoraux les outils
nécessaires pour reconnaître et traiter les cas de possession démoniaque, et les
distinguer des troubles de nature psychologique ou médicale. »180
Des avertissements similaires s'adressent aux personnes pratiquant la guérison
psychique. La majorité des guérisseurs prennent soin de se « purifier », lorsqu'ils
exercent leur activité. Par « purification », j'entends qu'ils se protègent
mentalement et spirituellement pour que l'affliction ne se transmette pas au
guérisseur. Cela s'apparente beaucoup aux mesures préventives prises pour le
traitement des maladies contagieuses, mais à un autre niveau. De nombreux
praticiens ont recours à la prière avant et après avoir aidé un patient.
Être bien ancré est un aspect important de la guérison spirituelle. Si le guérisseur
est dissipé ou distrait, les chances de réussite diminuent. Alors que la plupart des
scientifiques et des sceptiques s'offusqueront de ce concept, la plupart des
personnes qui pratiquent la guérison spirituelle acceptent l'idée qu'il existe des
formes positives et négatives d'énergie psychique. Par conséquent, elles ont
179
William Friedkin,
http://www.vanityfair.com/hollywood/2016/10/father-amorth-thevatican-exorcist
180
Thomas D. Williams, Ph.D., http://www.breitbart.com/nationalsecurity/2015/04/16/vatican-exorcismcourse-draws-170-students-tostudy-demonic-activity/ , 16 avril 2015
348
recours à des mesures de protection pour se prémunir contre les forces
négatives. Certaines de ces procédures mettent l'accent sur les pensées
positives. De même que la foi est importante pour le patient, elle devrait l'être
tout autant pour le guérisseur.
Il y a aussi diverses formes de protection physique. La fumigation ou la
purification par la fumée est courante dans plusieurs sociétés autochtones.
Quasiment tous les chamans que nous avons rencontrés dans le monde incluent
la fumée dans leurs rituels. Ils croient que la fumée chasse les forces négatives et
qu’elle contribue à créer un environnement sûr dans lequel ils peuvent exercer
leur art.
L’éventail des dispositifs de protection est assez large. Les cristaux de guérison
sont très populaires dans de nombreuses cultures. En rendant visite à Jean de
Dieu au Brésil, nous trouvâmes des cristaux partout. Dans les cérémonies
vaudou, les symboles prennent une grande importance. À Hawaï, j’ai vu des
kahunas jeter du sel autour d’un bâtiment ou devant portes et fenêtres pour
empêcher les mauvais esprits d’entrer. Certains guérisseurs utilisent des sons et
des odeurs spécifiques.
On peut arguer de l'absence de toute théorie scientifique susceptible d'étayer ces
mesures de sécurité personnelle. Les praticiens, notamment les guérisseurs
alternatifs, les prêtres et les chamans officiant dans le domaine spirituel, opèrent
à partir de systèmes de croyances et de visions du monde qui sont totalement
différents de la science matérialiste des sociétés occidentales. Tout au long du
livre, j'ai présenté des exemples étayant les concepts de la réalité de systèmes
énergétiques non reconnus, d'entités invisibles et de mondes spirituels. C'est
pourquoi je maintiens mon avertissement : si vous choisissez de prendre part à
une pratique en lien avec des entités désincarnées ou des systèmes énergétiques
de guérison alternative, comprenez les risques et prenez les mesures de
protection adéquates. Certaines des forces que vous pourriez rencontrer sont
bien plus puissantes que vous ne pouvez l'imaginer.
349
CELA VAUT LA PEINE DE LE RÉPÉTER
Ce chapitre a clarifié trois domaines de préoccupation pour ceux qui s’aventurent
pour la première fois dans l’étude de ces phénomènes. La prudence, mais non le
rejet, est de mise. La première partie a montré que des gens très compétents
sont tombés sous l’emprise de certains aspects de ces phénomènes et en ont fait
les frais. La perte de crédibilité est une conséquence indésirable qu’il convient
d’éviter autant que possible.
La deuxième partie a traité du danger qui guette les personnes vulnérables en
tombant sous le charme de charlatans sans scrupules qui profiteront d’elles. Ces
victimes sont particulièrement vulnérables en période de deuil ou si elles
souffrent d’une maladie mortelle.
Et la dernière partie a abordé les questions associées à l'implication avec des
entités désincarnées ou le monde des esprits. Quoique hautement spéculatif du
point de vue de la réalité consensuelle, les chapitres précédents ont démontré
notre conviction qu'ils existent bel et bien et peuvent interagir avec les humains
dans la vie quotidienne.
Dans toutes ces situations, la vigilance et la prudence sont de mise. Fiez-vous à
votre propre intuition, tout en gardant une conscience claire de votre état
émotionnel du moment. Si quelque chose vous paraît suspect, ne le faites pas.
Vous devriez préserver un certain équilibre, ce qui est plus facile à faire en
diversifiant ses activités, dont celles avec des applications concrètes. Il est plus
facile de tomber dans le terrier d’Alice au Pays des Merveilles que d’en sortir. J’ai
mentionné quelques exemples de personnes qui se sont fourvoyées.
Dans toutes les formations d'opérations spéciales, qu’il s’agisse des Rangers, des
SEALs ou des Forces Spéciales, les membres se voient attribuer un "binôme" —
quelqu'un avec qui ils font tout et à qui ils apprennent à faire confiance pour leur
vie. C'est aussi un conseil judicieux pour ceux qui sont confrontés à ces
phénomènes. Par conséquent, une dernière suggestion est de recourir à un
confident en qui vous avez une confiance absolue. De préférence, cette personne
350
ne devrait pas être en proie aux mêmes troubles émotionnels que vous. Les
"garde-fous" sont essentiels. Si vous faites le bon choix, un pote spécialisé dans
les phénomènes peut vous rendre des services inestimables. Tout est finalement
une question d’équilibre.
351
CHAPITRE 24 : CONSIDÉRATIONS FINALES
« Je préfère avoir des questions auxquelles on ne peut répondre plutôt que des
réponses qu’on ne peut remettre en question. » Cette citation de Richard
Feynman résume bien ce que ce livre cherche à transmettre. Malheureusement,
la plupart des sceptiques envisagent les choses d'une manière diamétralement
opposée. J’ai présenté une série d’expériences personnelles, dont beaucoup
soulèvent des questions auxquelles on ne peut répondre, du moins avec les
théories conventionnelles actuelles.
THÉORIES
Pour être acceptées, les théories doivent prendre en compte la totalité des
données. Trop souvent, les scientifiques et les sceptiques ne sélectionnent que
les informations et les événements qui correspondent à leurs concepts
préconçus. Les observations qui s’écartent des normes prévues, ou les données
aberrantes sont ignorées. L’hypothèse généralement admise est que l’erreur
proviendrait de l’observation ou du rapport, et non de la théorie. Pas mal
d’anomalies ont été présentées, et il ne fait aucun doute que beaucoup parmi
vous ont vécu leurs propres expériences défiant toute explication. Il est du devoir
des scientifiques de prendre en compte l’ensemble des données, puis d’élaborer
des théories qui les intègrent toutes, et pas seulement les faits qui leur
conviennent.
En étudiant avec Richard Bandler, le cofondateur de la PNL, j’appris qu’il existe
deux approches différentes pour mener des recherches et comprendre les
observations. La plus courante s’applique, quand des données s’inscrivent dans
un « cadre » prédéterminé, ce qui est très confortable pour la majorité des gens et
les rassure de savoir que ce « cadre » existe et que leur raisonnement est correct.
Mais ce type de raisonnement rassurant n’apporte pas grand-chose à l’ensemble
des connaissances universelles. L’autre approche consiste à rechercher des
données qui ne correspondent à aucun concept prédéfini et à essayer de trouver
pourquoi. Une grande partie de ce qui a été présenté ici consiste en des
352
observations qui ne cadrent pas avec les paradigmes conventionnels existants.
En tant que lecteur de ce livre, vous faites sans doute partie de ces personnes qui
préfèrent explorer et remettre en question les principes mêmes de la réalité
consensuelle.
RISQUES PERSONNELS
Si vous bousculez les paramètres établis par les bastions des dieux de la science,
peu importent votre sérieux ou votre rigueur, vos réalisations passées, voire la
qualité de vos preuves. Si vous vous écartez des limites acceptées, vous en
subirez les conséquences. Mais il peut aussi y avoir des récompenses. Il est bien
dommage que, trop souvent, cette reconnaissance n’arrive qu’à titre posthume.
Tout dépend du pouvoir des systèmes de croyances. Le monde qui est
technologiquement développé a élevé la science à un rang suprême, qui éclipse
tous les autres. La domination de la science étant incontestée et incontestable,
des avancées qui repoussent légèrement les limites sont encouragées. Mais tout
concept qui remet en cause le paradigme matérialiste établi est considéré comme
une hérésie et proscrit. C'est ainsi que ceux qui défendent des idées hérétiques
furent mis au ban de la société, quoi qu'aient pu être leurs contributions
antérieures à la science et à la médecine traditionnelles. Un des pires exemples
de cette cruauté dont fit preuve l’establishment fut l’enquête menée par la
Harvard Medical School à l’encontre du Dr John Mack. John était un psychiatre de
renom, lauréat du prix Pulitzer. Sur base de ses publications controversées,
Harvard mit en place un comité chargé de déterminer « si le Dr Mack menait ses
recherches conformément aux normes de la recherche scientifique de Harvard et
s’il exploitait ses sujets ou les exposait au danger ». C'était la première fois
qu'une telle procédure était engagée à l’encontre d’un professeur titulaire de
Harvard.181 John, un de mes amis personnels, n'était pas soupçonné d'une
violation de l'éthique ou d'une faute professionnelle. Il était coupable d'avoir
mené des recherches sur des personnes qui affirmaient avoir eu des rencontres
avec des extraterrestres et d'avoir publié les résultats de son étude.
181
http://www.nytimes.com/1995/05/04/us/harvard-investigates-aprofessor-who-wrote-of-space-aliens.html
353
D'autres personnes qui s'étaient aventurées dans des domaines jugés
inappropriés ont tout autant été décriées. Le Dr Robert Jahn, ancien doyen de la
faculté d'ingénierie de Princeton, illustre bien le problème. Malgré un CV brillant
et des décennies de contributions conventionnelles, le New York Times fit le
choix de publier un article négatif sur la fermeture du laboratoire PEAR :
« Durant près de trois décennies, un petit laboratoire de l'université de Princeton
est parvenu à mettre dans l'embarras les administrateurs de l'université et à
susciter l’indignation de lauréats du prix Nobel… »182
La Food and Drug Administration (FDA) alla plus loin encore dans le cas de
Wilhelm Reich. Tout d'abord, elle interdit le transport interétatique de ses
appareils, avant d’engager des poursuites pénales à son encontre pour outrage
au tribunal. Il fut condamné à purger sa peine au pénitencier fédéral de
Lewisburg, en Pennsylvanie, où il mourut en 1957. Reich était un personnage très
controversé. Originaire d'Autriche-Hongrie, Reich était un psychiatre qui avait
travaillé sous la direction de Sigmund Freud. Il développa le concept de l'énergie
orgone, ce qui lui valut des critiques écrites et qui entraîna l'intervention de la
FDA.
Après la Seconde Guerre mondiale, on s'inquiéta beaucoup de la façon dont les
officiers d'Hitler avaient organisé des autodafés avant la guerre dans l’optique
d’éliminer les concepts qui le dérangeaient. Au lendemain de la guerre, la notion
d’après laquelle des idées pouvaient être proscrites était généralement
considérée comme inadmissible et sûrement antidémocratique. Il fut donc
surprenant qu’en 1956, les tribunaux américains ordonnent effectivement la
destruction des dossiers de Reich et l’autodafé de ses livres. En effet, plus de six
tonnes de ses livres furent brûlées, cette année-là. Il s’agit sans aucun doute de
l’un des actes de censure les plus flagrants de l’histoire des États-Unis.
Le rejet des idées neuves ou alternatives ne constitue pas un problème nouveau.
Près de 400 ans avant notre ère, l'éminent maître Socrate fut jugé, puis
condamné pour corruption de la jeunesse athénienne et la remise en cause des
dieux d’État d'Athènes. Pour ses transgressions, Socrate fut condamné à mort en
182
http://www.nytimes.com/2007/02/10/science/10princeton.html
354
buvant de la ciguë. Considérons ensuite la réaction de l'Église catholique,
lorsqu’au 17ème siècle, Galilée apporta la preuve de l'héliocentrisme, ce qui fut
considéré comme une attaque contre le pape Urbain VIII. Galilée fut jugé par
l'Inquisition, déclaré « fortement soupçonné d'hérésie » et contraint de se
rétracter. Il passa ensuite le restant de sa vie en résidence surveillée. Les
détracteurs de Galilée refusèrent de regarder dans ses télescopes pour valider
ses observations. Il est vrai que l'autoritarisme ne voit jamais d'un bon œil les
découvertes non conventionnelles.
LE FINANCEMENT DE LA RECHERCHE
Historiquement, la majeure partie du financement de la recherche
parapsychologique provient de quelques riches amateurs, dont beaucoup ont
tendance à être attirés par tout ce qui brille. Pour toutes sortes de raisons, ils se
passionnent pour certains aspects d’un phénomène ou l’autre. Plusieurs
donateurs qui soutiennent la recherche sur les ovnis ont vu des ovnis et se sont
interrogés sur leur origine. D’autres donateurs qui soutiennent la recherche
parapsychologique ont perdu des êtres chers et souhaitaient communiquer avec
eux. D'autres encore ont vécu des événements inexplicables, et ils ont choisi de
soutenir la recherche afin de comprendre comment et pourquoi ces événements
se sont produits. Ces facteurs de motivation jouent souvent un rôle déterminant
par rapport à ce qui est financé et ce qui ne l’est pas. De par la rareté des fonds
disponibles, les chercheurs sont peu enclins à partager des informations sur leurs
bienfaiteurs. Même si une telle prudence est raisonnable, elle limite la
coordination des efforts en matière de recherche.
Sur le plan financier, le problème fondamental de la recherche réside dans le fait
que ces phénomènes sont intrinsèquement au moins aussi complexes que le
cancer ou le sida. Or, le financement total consacré à la recherche sur ces
phénomènes est dérisoire en comparaison. Le budget 2017 de l’Institut national
de la santé (NIH) s’élève à plus de 33 milliards de dollars.183 Par rapport à ce
montant, ce sont plus de cinq milliards de dollars qui sont alloués au seul Institut
183
https://officeofbudget.od.nih.gov/pdfs/FY17/OverviewExecutive%20Summary.pdf
355
national du cancer. Et ces chiffres n'incluent pas le financement massif de la
recherche médicale associée dans le secteur privé. En 2015, le total mondial
estimé des dépenses consacrées, cette année-là, à la recherche sur le cancer
s'élevait à 107 milliards de dollars.184 Je soulève cette question uniquement pour
souligner ce que cela pourrait coûter si la recherche sur les phénomènes
psychiques était prise autant au sérieux que la recherche sur le cancer.
Pour une autre comparaison des coûts, prenons l'exemple du plus grand
instrument scientifique jamais construit, soit le grand collisionneur de hadrons
du CERN, en Suisse. Cet appareil, dont les capacités sont limitées, a coûté plus
de six milliards de dollars à construire, auxquels s'ajoutent un milliard de dollars
par an pour son fonctionnement. S'agissant d'un projet international, les coûts
sont partagés, mais dans quel but ? On estime que la découverte du boson de
Higgs, une minuscule particule dont la durée de vie ne dépasse pas une fraction
de seconde, a coûté plus de 13 milliards de dollars.185 Certes, la physique des
particules mérite d'être étudiée, mais son véritable intérêt ne profite qu'à une
poignée de physiciens théoriciens. Puis, après avoir repéré et confirmé le boson
de Higgs, autrefois considéré comme la « particule de Dieu », les scientifiques ont
découvert l’existence des pentaquarks, qui sont encore plus petits. Et les
recherches se poursuivent.
La raison pour laquelle on dépense des fortunes dans ces projets de sciences
physiques tient aux systèmes de croyances matérialistes qui suggèrent qu’il doit
exister une particule fondamentale constituant la base de toute chose. Ce que
l’on a réellement appris, c’est que les champs quantiques existent. Quoiqu’il
existe quelques théories quant à leur nature, nul ne sait réellement avec certitude
de quoi il s’agit. Pour citer de nouveau Richard Feynman : « Si vous croyez
comprendre la mécanique quantique, c’est que vous ne la comprenez pas. »
Il n'existe pas de données objectives concernant le financement de la recherche
consacrée aux phénomènes, mais je dirais qu'à l'échelle mondiale, il est inférieur
184
http://www.cnbc.com/2016/06/02/the-worlds-2015-cancer-drug-bill-107-billion-dollars.html
185
https://www.forbes.com/forbes/welcome/?toURL=https://www.forbes.com/sites/alexknapp/2012/07/05/how
much-does-it-cost-to-find-a-higgsboson/&refURL=https://www.google.com/&referrer=https://www.google.co
356
à dix millions de dollars par an. Considérons, par exemple, la question de la
continuation de la conscience au-delà de la mort physique. C’est un sujet qui
devrait préoccuper tout le monde au plus haut point. La fin de la vie physique est
une situation à laquelle 100 % de la population sera confrontée. Or, le
financement d’études sérieuses sur ce sujet est quasiment inexistant. En
supposant que le cancer et que les phénomènes de survie post-mortem soient
des questions d’une complexité à peu près équivalente, la recherche sur la survie
représente moins de 0,01 % du financement consacré au cancer.
La prédominance de notre système de croyances matérialiste est le facteur
déterminant dans la répartition des fonds. Si, comme le prétend la vision athée du
monde, la conscience ne peut pas perdurer au-delà de la mort physique, il n’y a
aucune raison de gaspiller de l’argent dans de telles recherches. De plus, les
religions organisées ont également joué un rôle inhibiteur. De leur point de vue, il
vaut mieux que le mystère demeure pour que les prêtres conservent leur rôle
d’arbitres en la matière, ce qui leur confère du pouvoir et leur permet de
manipuler leurs ouailles. Voilà pourquoi les responsables religieux dénigrent
souvent tout moyen d’expérience directe entre une personne et une puissance
suprême ou surnaturelle. En bref, quand seule une institution peut fournir les
réponses, ces réponses peuvent être utilisées comme un mécanisme de contrôle.
INTERRELATIONS ET PROPOSITIONS
Comme tout le monde, j’ai des idées préconçues. J’ai souvent reconnu être
convaincu que la Conscience est le facteur transversal unificateur qui relie une
multitude de phénomènes inexpliqués, parmi lesquels la conscience non locale, la
perception extrasensorielle, la psychokinésie, la vision à distance, les expériences
de mort imminente, la guérison spontanée, les communications post-mortem, les
ovnis et certaines rencontres cryptozoologiques. Il s’agit là d’une liste indicative,
et non exhaustive.
Dans UFOs: Myths, Conspiracies and Realities, j’ai proposé deux concepts qu’il
convient de rappeler ici sous forme abrégée. Le premier concerne la nature
357
contrôlante de ces phénomènes. J’ai créé à cet effet la formule « phénomènes
sentients précognitifs » (PSP). Ce concept s’appuyait sur nos expériences au
Skinwalker Ranch, comme on l’a surnommé. Cela voulait dire que la source
contrôlante était dotée d'un aspect précognitif. Le PSP savait comment les gens
réagiraient, avant même d’être confrontés à l’événement. Il était doué de
conscience, en ce sens qu’il était très intelligent. À l’instar de personnages
mythologiques comme Pan, Kokopelli et Loki, le PSP semble être une force
contrôlante qui traverse ces incidents. Quelquefois qualifié de « trickster », ce
PSP semble dominer la situation et décider de ce qui sera observé et sous
quelles conditions opérantes. Le PSP semble toujours avoir au moins une
longueur d’avance, et peu importe la minutie ou la ruse avec laquelle les
chercheurs se préparent, le résultat final reste élusif. Nous avons observé que
beaucoup de phénomènes ne cessent de se métamorphoser, compliquant ainsi
les tentatives d’identifier des relations de cause à effet, ou d’isoler des variables
dépendantes ou indépendantes pour les étudier.
Prenons l’exemple des observations d’ovnis, qui ont évolué au fil du temps, en
restant toujours juste en avance sur les capacités humaines, mais jamais au-delà
de l’imagination. Les dirigeables du 19ème se sont transformés en vaisseaux
spatiaux, à mesure que la vitesse et la manœuvrabilité de ces objets
augmentaient. Des interactions entre des humains et des êtres non humains
doués de conscience sont rapportées depuis des millénaires, mais une
caractéristique relativement nouvelle de ces interactions consiste en la
téléportation d’humains à bord de vaisseaux spatiaux. Lorsque des appareils
d’enregistrement vidéo, audio ou autres sont utilisés, la fréquence de ces
incidents diminue souvent, ou ceux-ci se produisent juste en dehors de la portée
de ces instruments. Au Skinwalker Ranch, certains événements physiques se sont
produits, mais sans pouvoir être capturés par des caméras pointées directement
sur eux.
L’existence d’un PSP complique toute tentative des scientifiques traditionnels de
comprendre ce qui est expérimenté. Ceci peut sembler contre-intuitif, car tout au
long de ce livre, j’ai plaidé pour la nécessité d’enquêter sur ces événements.
Selon moi, le problème, c’est que tout le monde veut des réponses claires et
358
concises à des questions simplistes. Néanmoins, je pense que nous n’avons pas
encore atteint le stade où nous nous posons les bonnes questions. Il existe un
processus qui, je crois, peut aider, ce qui m’amène au second concept du recul
stratégique.
Le concept du recul stratégique part du principe que l’on devrait mettre fin à
l’approche cloisonnée actuelle de la résolution des problèmes, où chaque
phénomène est étudié isolément. L’heure est plutôt venue de réunir des
scientifiques compétents qui mènent des recherches sur ces divers phénomènes
depuis des années, voire des décennies. La première fonction du recul
stratégique serait de décrire en détail ce qui a pu être observé, sans porter de
jugement de valeur, ni nommer chaque événement. Des quantités massives de
données seraient ainsi produites, qu’il faudrait présenter de manière à permettre
le passage à la phase suivante.
La deuxième étape consisterait aussi à mener une analyse des macro-tendances
pour identifier les schémas qui dépassent le cadre des événements individuels.
On a déjà commencé à mettre en évidence certains de ces schémas, comme des
similitudes entre les expériences de mort imminente et les témoignages
d’enlèvements extraterrestres. On a remarqué que les signalements d’ovnis
surviennent souvent par vagues à des endroits précis, ce qui démontre l’existence
de relations temporelles et/ou géographiques. Les historiens ont par ailleurs
relevé des points communs entre des observations véridiques d’événements et le
folklore. À titre d'exemple, on trouve dans quasiment toutes les cultures, depuis
la nuit des temps, des récits d'interactions entre les humains et des êtres doués
de conscience, dont des abductions.
S'il est encore bien trop tôt pour annoncer les facteurs communs, il est essentiel
qu’un tel processus d'identification exhaustif commence. Ce n'est qu'en
accomplissant des efforts substantiels que nous serons prêts pour la phase
suivante de l'analyse : soit isoler les enjeux sous-jacents et formuler les bonnes
questions. Depuis des années, le public spécule sur les aspects apparents. D'où
viennent les ovnis ? Pouvons-nous communiquer avec les morts ? Où vit le
359
Bigfoot ? Mais ces questions mêmes s'appuient sur des hypothèses fort
douteuses par rapport à la validité des phénomènes.
Il ne fait aucun doute que la science moderne a donné naissance à un grand
nombre d'applications pratiques, dont beaucoup ont amélioré nos vies. Le
problème se pose au niveau théorique avec des cas atypiques qui ne se
conforment pas à la thèse. D'un point de vue pratique, tant que les choses
fonctionnent, et ce de manière continue, cela suffit du point de vue de
l'ingénierie. Autrement dit, si on actionne un interrupteur, la lumière s'allume ou
le moteur démarre. Le problème survient, en extrapolant d'une capacité partielle
pratique à une universalité totale. Malheureusement, les serviteurs des dieux de
la science l'ont fait : ils ont créé les lois de la physique, considérées comme
inviolables.
Il y a pourtant une différence entre des lignes directrices utiles, qui fonctionnent
la plupart du temps, et des lois immuables qui devraient englober toutes les
observations. Encore une fois, pour être validées, les théories doivent prendre en
compte toutes les données, et pas seulement celles qui s’adaptent
commodément au modèle. Concernant les phénomènes évoqués dans ce livre, la
science reste confrontée à un défi et présente de sérieuses lacunes.
Tout au long des chapitres précédents, vous avez pris connaissance de nombreux
événements qui paraissent contredire certaines lois scientifiques établies. Les
sceptiques suggéreront sans doute que ce sont les observations qui sont
inexactes, en partant du principe que si un événement est réfuté par la science
établie, l’erreur doit alors provenir de la mesure ou de l’observateur humain, ce
qui, en toute honnêteté, s’avéra être le cas dans plusieurs situations. Comme Hal
Puthoff et d'autres scientifiques l'apprirent, des erreurs peuvent être commises
en toute bonne foi, si on ne comprend pas parfaitement les limites de la
mesure.186 Même des personnes intelligentes peuvent être induites en erreur ou
186
Le laboratoire d’Hal, EarthTech International, teste des dispositifs qui prétendent offrir un rendement
énergétique extraordinaire. Dans le cas d’un système que je lui avais indiqué, l’inventeur n’avait pas pris en
compte la totalité de l’énergie fournie, commettant ainsi des erreurs flagrantes dans l’estimation du
rendement.
360
mal interpréter des données. Mais il y eut trop de merles blancs pour accepter
l'adage : « Cela ne peut être, donc cela n'est pas. »
Les preuves rassemblées dans ce livre qui étayent l'affirmation d'après laquelle
les lois scientifiques établies sont inexactes ou incomplètes incluent :
❖ Des objets métalliques qui se déforment sans l’exercice d’aucune force
physique (torsion du métal par psychokinésie à l'échelle macroscopique),
en contradiction avec le principe de conservation de l'énergie.
❖ L'exposition d'êtres humains à des flammes sans qu'ils n’encourent de
blessures, en violation des lois de la thermodynamique.
❖ Une table et un lit qui lévitent sans l'exercice d'aucune force physique, en
défiant la gravité.
❖ Des objets d’une composition variée lévitant ou étant repoussés et qui
semblent défier la gravité.
❖ Des objets métalliques qui changent en partie de composition et
ramollissent, tandis que d'autres parties conservent leur structure
originelle.
❖ L'existence de phénomènes aériens non identifiés qui défient toutes les
capacités de vol connues.
❖ L'obtention d'informations précises sur des événements futurs
(précognition).
❖ L'obtention d'informations précises concernant des événements actuels,
quoique à partir d'un point de vue non local ou à distance (expérience hors
du corps).
❖ Des guérisons spontanées ne s’expliquant pas par des pratiques médicales
traditionnelles.
❖ Une rétro-causalité apparente influençant le dénouement d'événements
médicaux antérieurs.
❖ La guérison documentée d'animaux de laboratoire par la pensée et/ou une
énergie humaine inconnue.
❖ Des preuves solides qui étayent les communications télépathiques
interespèces.
361
❖ Des connexions à distance observées entre les globules blancs, les plantes
et les humains, sans fondement dans la théorie scientifique traditionnelle.
❖ La perturbation de la météo au moyen d’un système énergétique non
reconnu.
En contradiction avec le paradigme matérialiste occidental, des preuves solides
ont été présentées pour étayer l'existence d'autres dimensions et l'acceptation
d'un ou plusieurs mondes spirituels. Ces preuves comprenaient :
❖ La communication avec des entités désincarnées.
❖ L’interaction physique avec des entités désincarnées.
❖ La possession d'êtres humains par des entités désincarnées.
❖ La validation d'expériences de mort imminente, incluant des situations où
la survie aurait dû être impossible.
❖ De nombreux épisodes qui ont eu un impact physique au Skinwalker
Ranch, suggérant fortement des interactions avec des entités invisibles.
❖ Des guérisons spontanées à distance par des praticiens médicaux
désincarnés.
❖ Le transfert de capacités extraordinaires d'une personne à une autre.
La réalité de n’importe lequel de ces phénomènes est conséquente. Plus
important encore, lorsqu’on les considère collectivement, les preuves qui
attestent de l’existence de phénomènes multiples interagissant physiquement
avec les humains dans la réalité consensuelle sont accablantes. En outre,
certains de ces phénomènes semblent défier les lois scientifiques connues. En
règle générale, les scientifiques se contentent d’ignorer ces phénomènes. Ils
partent du principe qu’ils ne sont pas valables et comprennent que mener des
recherches à leur sujet mettrait en péril leur gagne-pain.
LE RÔLE DE LA SCIENCE ET LE VÔTRE
Je me suis montré assez dur envers la science et les scientifiques dans ce livre.
De peur de laisser une fausse impression au lecteur, je me dois de préciser que
362
je soutiens fermement la science, quand on la pratique correctement. Un adage
dit que les scientifiques suivront les données où qu'elles les mènent. C'est
exactement ce qu'ils devraient faire. La science doit être prête à faire toutes les
observations et à les respecter. Elle est suffisamment solide pour résister aux
secousses provoquées par des données anormales. Ce contre quoi certains
d’entre nous s’insurgent, ce sont les déclarations dogmatiques qui émanent
souvent de scientifiques réputés et qui sont contredites par des faits avérés.
En 1980, alors que je fréquentais l’U.S. Army Command and General Staff
College, un camarade de classe qui avait auparavant été affecté comme
astronaute m’a dit : « Nous savons déjà 99 % de tout ce qu’il y a à savoir (sur la
science) et maintenant, nous ne faisons plus que peaufiner les détails. »
Manifestement faux, ce commentaire illustre l’arrogance sidérante avec laquelle
certaines personnes abordent la science. Et elles manifestent souvent un niveau
de certitude tout aussi grand concernant les lois de la science.
La majorité des scientifiques se montrent généralement sceptiques, voire
hostiles, face aux phénomènes abordés dans cet ouvrage, souvent sans même
avoir examiné les données. Il convient de noter que les scientifiques des
disciplines physiques sont bien plus enclins à rejeter ces phénomènes que ceux
des sciences comportementales ou sociales. Ce rejet a priori de la réalité de ces
phénomènes contredit les expériences personnelles véridiques rapportées par un
très grand nombre de personnes. Le déni de ce que les gens savent être vrai
influencera leur acceptation de l'opinion scientifique dans d'autres domaines et
suscitera des doutes à son sujet. Cela va au détriment de la société, qui a un
besoin urgent d'expertise scientifique, particulièrement dans l'environnement
international instable actuel.
La politique s'est malheureusement mêlée à la science. Au nom de la promotion
d'objectifs politiques et économiques, c'est toute la science qui est remise en
question. Celle du changement climatique est l'exemple le plus flagrant à l'heure
actuelle. Même si les scientifiques s'accordent presque unanimement à dire que
le changement climatique est une réalité – et que l'activité humaine en est une
cause majeure –, de nombreux politiciens conservateurs ne cessent de répéter
363
aux médias que la question n'est « pas tranchée ». La plus grande préoccupation
concernant le changement climatique est que les conséquences d’une erreur
seraient catastrophiques. Pour ces politiciens, les intérêts locaux à court terme
sont jugés plus importants que la survie de la planète.
A l’instar du changement climatique, les phénomènes abordés ici ont également
des implications spectaculaires et universelles pour l’humanité. Beaucoup avant
moi ont noté que l’univers paraît totalement interconnecté. Toutes les recherches
sur la conscience non locale en déduisent que c’est vrai. La complexité du
concept est pratiquement impossible à comprendre, voire même à imaginer, mais
les implications pour le monde de la réalité consensuelle, c’est-à-dire le monde
dans lequel nous vivons, ne peuvent être sous-estimées. Les philosophes les ont
relevées tout au long des siècles, mais vues à travers le prisme du séparatisme,
ces vérités fondamentales deviennent obscures.
Il y a un rôle à jouer, tant pour les scientifiques que pour tout un chacun. Ceux
d’entre vous qui ont une expérience directe de ces phénomènes peuvent partager
leurs observations avec les autres. Vous serez surpris du nombre de gens qui
vous diront : « Oh, cela m’est arrivé à moi aussi ! » Le fait d’en parler en
encouragera d’autres à s’exprimer. Ce n’est qu’alors que nous pourrons peut-être
comprendre l’ampleur réelle de ces phénomènes et la manière dont ils renvoient
à une compréhension bien plus large de notre existence ici sur Terre. Par ailleurs,
les scientifiques devraient être encouragés à mener des recherches sérieuses sur
ces phénomènes, et ils devraient pouvoir le faire sans mettre en péril leur
réputation ou leurs moyens d’existence.
Depuis nos interactions individuelles jusqu’aux relations internationales, nous
avons une tendance écrasante à définir ces intérêts en des termes séparatifs. Les
gens considèrent généralement leur peau comme la limite de leur identité en tant
qu’individus, et les organisations, et surtout les nations, évoquent leurs intérêts,
généralement en excluant ceux des autres. Nous vivons dans un monde qui est
caractérisé par une consommation inégale des ressources naturellement limitées.
D'un côté, la concurrence stimule l'innovation et le progrès, mais lorsqu'elle
364
dépasse des limites raisonnables, elle aboutit à des conflits et à la guerre, dans
des cas extrêmes.
La compréhension et l'acceptation de la Conscience universelle pourraient nous
conduire à la prochaine étape de notre évolution, mais le paradoxe inhérent à
l’existence dans un monde physique semble tous nous subjuguer. Dans le
feuilleton télévisé, Kung Fu, Maître Po prononça ces paroles de sagesse : « On ne
peut vaincre le mal dans cette vie, on ne peut que lui résister en soi-même. »
Ainsi, il nous faut résister à la tendance innée de renforcer notre sentiment de
séparation et, au contraire, intégrer l'interconnexion.
Il ne s’agit pas d’une proposition « tout ou rien », et tout effort visant à
encourager un tel comportement est bénéfique sur le long terme. Le choix vous
appartient. Avec ou sans votre consentement, vous jouez un rôle dans le drame
qui se déroule sous nos yeux. Entrer consciemment dans la mêlée présente des
avantages visibles et invisibles. Les implications des événements que nous avons
tous pu observer sont impressionnantes. Oui, vous êtes le gardien de votre frère,
en tant qu’être spirituel vivant une expérience humaine.
365
REMERCIEMENTS
Ce parcours a été long et semé d’embûches. Toute tentative visant à remercier
personnellement toutes les personnes qui ont contribué à nos expériences et à
notre évolution ne permettrait certainement pas de rendre un hommage approprié
à chacune d’entre elles. Le lecteur a pu découvrir la multitude de scientifiques, de
médiums et d’explorateurs spirituels que j’ai pu rencontrer et avec lesquels j’ai
interagi durant plusieurs décennies. Je suis allé à la rencontre de certains d’entre
eux. Plusieurs ont croisé ma route à plusieurs reprises, de diverses manières.
D'autres rencontres encore furent le fruit d'un heureux hasard et comme dictées
par une puissance cosmique supérieure. Au fur et à mesure de notre parcours,
des événements non prévus, en tout cas pas consciemment, se sont
constamment produits, eux aussi jouant un rôle significatif. À tous ceux qui ont
contribué et quelles que soient les modalités, j'adresse mes sincères
remerciements. Cela inclut toutes les personnes mentionnées dans le texte et
celles qui ont apporté leur soutien matériel.
Une constatation qui donne à réfléchir concerne le nombre de personnes
mentionnées dans ce livre qui sont déjà entrées dans une autre dimension
d'évolution spirituelle. Quoique je ne peux pas expliquer avec précision, ou
comment elles poursuivent exactement leur chemin, je crois fermement que c'est
le cas, car la voie est éternelle, et nos consciences sont intimement liées.
Je tiens à remercier tout spécialement Victoria, une aventurière psychique
intrépide, qui nous a entrainés sur des sentiers que la plupart des gens
n'oseraient légitimement pas emprunter. Sans son zèle et sa curiosité, bon
nombre de ces aventures n'auraient pas eu lieu.
Enfin, je remercie mes amis Joe et Cindy Buchman pour leur aide précieuse dans
la réalisation de ce livre, ainsi que Patrick Huyghe, éditeur et directeur de
publication de Reality Denied, pour avoir permis à ce projet de voir le jour.
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