DÉNI DE RÉALITÉ EXPÉRIENCES VÉCUES DE CHOSES QUI NE PEUVENT PAS SE PRODUIRE, MAIS QUI SE SONT PRODUITES… COLONEL JOHN B. ALEXANDER Titre anglais : Reality denied : Firsthand experiences that can’t happen – but did ‘’Le colonel John Alexander a récolté toute une collection fascinante de mystères défiant les normes conventionnelles de la recherche rationnelle. John est un individu stoïque, doté d’un esprit militaire aiguisé qui a servi notre pays pendant plusieurs décennies. Il est rafraîchissant et intriguant de lire son point de vue d’initié sur des énigmes qui intriguent des millions de personnes dans le monde entier.’’ - Dr Raymond Moody, auteur de ‘’La Vie après la vie’’ *** ‘’J'ai rencontré John Alexander, il y a plusieurs décennies, et il est excessivement intelligent et véridique, alors quand il parle, j'écoute. Ma carrière m'a conduit vers ce que d'autres pourraient trouver difficile à croire. Par conséquent, je sais ce à quoi John Alexander est confronté dans ce livre. Lisez-le et sachez que je n'ai que 2 du respect pour cet homme. Écoutez ce qu'il dit, et votre notion de la réalité pourrait très bien s'élargir." - Richard Bandler, PH.D., Co-développeur de la PNL (Programmation neurolinguistique) *** "Personne ne peut se considérer comme un citoyen du monde averti sans se confronter aux phénomènes décrits par John Alexander dans ce livre. Alexander apporte ses compétences de scientifique critique et de stratège militaire respecté à tout un éventail spectaculaire de phénomènes inexpliqués. En filigrane de cette étude captivante, il y a le principe d'une forme de conscience unitaire, interconnectée, non locale et infinie dans l'espace et le temps. Ce livre extraordinairement courageux s'inscrit dans la meilleure tradition de la science, dont le fondement est la provocation de l'émerveillement et la recherche avec un esprit ouvert." - Dr Larry Dossey, auteur de ‘’One mind : how our individual mind is part of a greater Consciousness and why it matters’’ *** ‘’Dans ce livre, John Alexander détaille des rencontres directes qui recouvrent les OVNI, la vision à distance, la guérison spirituelle, les EMI et des expériences post-mortem qui défient toutes la sagesse conventionnelle. Il a rencontré des chamanes du monde entier et vu des choses qui sont physiquement impossibles. Elles se sont pourtant produites et il les a documentées. Dans ‘’Déni de réalité’’, il met explicitement au défi les scientifiques traditionnels qui rejettent de tels phénomènes sans même jamais examiner les données concrètes qui existent dans de nombreux cas.’’ - George Noory, animateur de Coast to coast AM 3 *** "Le colonel John Alexander, retraité de l'armée américaine, est un conteur hors pair. Sa pléthore de distinctions va de chef de la meilleure équipe des forces spéciales à directeur du programme du laboratoire national de Los Alamos et ufologue. Avec ‘’Déni de réalité’’, Alexander propose aux lecteurs sa vision remplie d'action et sidérante sur une vie vécue à la pointe de la recherche non conventionnelle. Depuis son travail avec les chamanes de Mongolie jusqu’à ses rapports avec les maîtres vaudous du Togo, du Ghana et du Bénin, le livre de John Alexander vous tiendra certainement éveillé pendant toute la nuit. Un plaisir rare". - Annie Jacobsen, autrice de ‘’Area 51 : an uncensored history of America’s top secret military base’’ et finaliste du Prix Pulitzer d’histoire en 2016 *** ‘’Dans ‘’Déni de réalité’’, le colonel John Alexander, témoin et enquêteur hautement qualifié ayant des dizaines d’années d’expérience, fait le récit de ses expériences directes d’événements et de phénomènes jugés impossibles par le paradigme scientifique actuel. Des chamanes, au fin fond de la jungle, à la macropsychokinèse en passant par les communications post-mortem et bien d’autres choses encore, Alexander explore le sens et la voie à suivre pour appréhender des choses qui ne sont pas censées se produire, mais qui se produisent quand même. En tant qu’autre voyageuse qui a également fait l’expérience de certains des mêmes phénomènes, je recommande vivement ce livre accessible, honnête et provocant qui constituera un formidable défi pour ceux qui s’obstinent à nier des données convaincantes – des données qui nous offrent à tous une nouvelle compréhension de la conscience et de sa relation avec le monde physique.’’ - Leslie Kean, autrice de ‘’Survivre à la mort’’ *** 4 ‘’John Alexander a écrit un roman d’aventure et un vaudeville planétaire dans des sphères éludées par les plus conventionnels. Suivez le fascinant périple d’un esprit inlassablement curieux de tout et ne craignant pas de remettre en question les idées reçues, ni de faire l’expérience d’un profond mystère. Préparez-vous à faire basculer votre monde !’’ - William Bengston, PH.D., Président de la Society for Scientific Exploration *** ‘’Remuant ciel et terre et ne négligeant aucun détail, John Alexander, docteur en éducation, nous propose tout un assortiment de sujets stimulants allant du plus extravagant au plus tabou. Ce qui distingue ce livre, c’est son implication personnelle directe et même son immersion dans les événements et les sujets couverts au cours de ses recherches de globe-trotter. Avec un niveau de discernement sans égal, Alexander nous emmène dans un voyage fascinant à travers des territoires exotiques qui se trouvent juste au-delà du rideau de l'existence quotidienne." - Dr Harold E. Puthoff, Directeur de l’Institute for Advanced Studies, Austin *** "De temps en temps paraît un livre qui marque un moment décisif dans l'évolution de la science et de la société. Le livre de John Alexander présente et intègre un vaste éventail de phénomènes extraordinaires et apparemment anormaux de la vie réelle qui exigent collectivement que nous élargissions notre compréhension de l'esprit humain, du monde physique et de l'existence d'une plus grande réalité. John est un écrivain merveilleux, et la série d'histoires personnelles qu'il raconte justifie amplement l'achat et la lecture de ce livre. De plus, ses analyses, ses préoccupations, ses sages recommandations et ses visions de l'avenir sont inestimables. J'ai le privilège de connaître John professionnellement et personnellement depuis plus de deux décennies, et je puis attester du fait que c’est un observateur aussi compétent que sceptique. 5 John ne déforme ou ne fabrique aucune information ; il dit les choses telles qu'elles sont, avec précision et clarté, mais aussi avec humour et grâce. Le livre de John présente une convergence historique de preuves inspirantes. Il est temps que la science et la société s'éveillent à cette opportunité de compréhension et de transformation." - Dr Gary E. Schwartz, professeur de psychologie, médecine, neurologie, psychiatrie et chirurgie, directeur du Laboratoire de la Conscience et de la Santé de l’Université d’Arizona, auteur de ‘’Extraordinaires contacts avec l’au-delà – Les découvertes scientifiques irréfutables sur la vie après la mort’’ *** "Il existe une blague, que nous avons tous entendue à un moment ou à un autre, d’après laquelle la formule ‘’intelligence militaire’’ est un oxymore. L'exemple de John Alexander (un colonel de l’armée américaine à la retraite) réfute une telle suggestion de la manière la plus catégorique. J'ai terminé ma lecture de ce livre en souhaitant que mes collègues des départements scientifiques du monde occidental soient à moitié aussi bien informés et disposent d’une fraction de l’ouverture d’esprit d’Alexander concernant les nombreux phénomènes inexplorés qui sont étudiés dans ce livre. Ces phénomènes devraient intéresser les psychologues qui tentent de comprendre nos processus mentaux, les physiciens qui essayent de comprendre la composition et le fonctionnement du monde dans lequel nous vivons, et tous ceux qui se demandent si la mort est une fin ou une transition. À l'ère actuelle de la grande science, où l'importance d'un projet se mesure à sa sophistication technique, à la taille de l'équipe et à la grosseur du budget, il est rafraîchissant de rencontrer des personnes comme Alexander qui cherchent - et cherchent à comprendre - des mystères inexpliqués par la science actuelle, et qui sont en fait soigneusement évités par la communauté scientifique." 6 - Peter Sturrock, PH.D., professeur émérite de physique appliquée et directeur émérite du ‘’Center for Space Science and Astrophysics’’ de l’Université de Stanford *** "Quand il s'agit de phénomènes inhabituels, John Alexander les a tous vus. Dans ce livre remarquable, ses lecteurs s’intéresseront à ses observations directes concernant la marche sur le feu, la vision à distance, la médiumnité, la psychokinésie, les dauphins télépathes, les méthodes de guérison non conventionnelles, le vaudou et l'évitement de la mort durant les combats en temps de guerre. Ils s’instruiront sur l'ayahuasca, la radiesthésie, les expériences en dehors du corps et de mort imminente, les OVNI, les esprits frappeurs et le "crâne de cristal". Ils recevront même des instructions sur la manière d'organiser une petite fête où l’on s’amuse à plier des cuillères. Cependant, ils découvriront également que certains prétendus "médiums" utilisent des tours de passe-passe et que beaucoup d’événements étranges peuvent s’expliquer par des attentes personnelles, l'effet placebo et d'autres processus naturels. Les références d'Alexander sont solides, son écriture est directe et ses histoires sont fascinantes. Les lecteurs peuvent accepter ou rejeter les conclusions qu'il tire dans son dernier chapitre, mais ils auront au moins apprécié le voyage et, peut-être, vu leur compréhension des gens et de l'univers confrontée, si pas transformée." - Stanley Krippner, PH.D., professeur de psychologie à l’Université Saybrook et coéditeur de ‘’Varieties of Anomalous experience’’ *** "John Alexander a mené de nombreuses enquêtes fascinantes concernant des événements que la science moderne nierait comme étant impossibles, car ils défient nos modèles théoriques. En fait, c'est la poursuite de telles anomalies qui aboutit à de véritables progrès dans la compréhension scientifique de l'univers. ‘’Déni de réalité’’ offre un trésor de ses expériences personnelles 7 avec leur analyse pour offrir une vision beaucoup plus large de la nature de la réalité et simultanément propose au lecteur un sidérant voyage vers une plus grande ouverture d'esprit. Hautement recommandé !" - Dr Eben Alexander, neurochirurgien et auteur de ‘’Voyage d’un neurochirurgien au cœur de la conscience’’ et de ‘’La preuve du Paradis’’ *** 8 SOMMAIRE Avant-propos d’Uri Geller 10 Introduction : Tout ce qui se produit peut se produire 13 1ère partie : Expériences personnelles 18 Chapitre 1 : L’expérience du NIDS (National Institute for Discovery Science)19 Chapitre 2 : ‘’Je crois qu’ils sont ici’’ (Ovnis) 37 Chapitre 3 : Parler aux dauphins 48 Chapitre 4 : Guérison et guérisseurs 58 Chapitre 5 : Radiesthésie, charbons ardents et compagnie 70 Chapitre 6 : Le crâne de cristal 87 Chapitre 7 : Le poltergeist bourlingueur 94 Chapitre 8 : Le fil piège 103 Chapitre 9 : Les facultés psi et les arts martiaux 111 2 ème partie : Expériences militaires 128 Chapitre 10 : Petites réceptions et profusion de torsions 129 Chapitre 11 : Les déplacements en dehors du corps 145 Chapitre 12 : L’espionnage psychique 158 Chapitre 13 : Impertinents globules blancs 178 Chapitre 14 : L’effet Hutchison 189 3ème partie : Expériences spirituelles 198 Chapitre 15 : Concernant la mort 199 Chapitre 16 : Les médiums 226 Chapitre 17 : ‘’Maman, pourquoi tue-t-il ces gens ?’’ 244 Chapitre 18 : ‘’Allez en enfer !’’ 251 Chapitre 19 : Accéder au monde des esprits 257 Chapitre 20 : Les esprits du Brésil 279 Chapitre 21 : Le vaudou, oui, le vaudou. 309 Chapitre 22 : Les chamans aux rennes de Mongolie 319 4ème partie : Réflexions 331 Chapitre 23 : Les papillons de nuit voient la lumière 332 Chapitre 24 : Considérations finales 352 Remerciements 366 9 AVANT-PROPOS ‘’ Déni de réalité’’ peut paraître autobiographique, mais il s’agit réellement de vous aussi. Au cours de mes voyages dans le monde entier, j’ai rencontré des milliers de personnes. Ce que j'ai trouvé constant, c'est que beaucoup d'entre elles ont partagé avec moi leurs expériences personnelles d'événements inexpliqués ou anormaux. Tout le monde en a, même ceux qui nient que de telles choses se produisent. En fait, trois Américains sur quatre croient au paranormal ; CBS News a même rapporté que la majorité croient aux phénomènes psychiques. Connaissant John Alexander depuis de nombreuses années, je sais que nous partageons plusieurs expériences communes. Nous avons tous deux été des parachutistes qui ont servi au combat pour défendre notre pays. Dans ma jeunesse, j’ai servi dans une unité des commandos d’élite et je crois que nous étions tous deux fascinés par des choses qui défient les explications conventionnelles. Tous deux, nous avons vu des choses qui ne peuvent apparemment pas se produire, mais qui se sont quand même produites. Tous deux, nous sommes parvenus à la compréhension que nous faisons partie intégrante d’un Tout plus vaste, que nous ne faisons qu’Un avec l’univers. Dans mes représentations publiques, je manifeste des capacités étonnantes, qui ont à la fois inspiré les gens et suscité des critiques substantielles de la part des sceptiques. Plusieurs laboratoires scientifiques ont rigoureusement testé mes performances et les ont jugées probantes. Malheureusement, de nombreux scientifiques traditionnels rejettent ces résultats, le plus fréquemment sans même examiner les données. C'est ce rejet sans fondement des faits et de la réalité que John dénonce à juste titre dans ce livre. Beaucoup des choses que John, moi et d'autres avons vues ne sont pas faciles à expliquer. De telles observations nous mènent simplement à des vérités plus grandes et suggèrent que notre science traditionnelle est incomplète. Pour les vrais scientifiques, cela devrait être stimulant, puisque cela offre des possibilités inconnues qui n'attendent que d'être découvertes. John s'attaque régulièrement 10 aux limites de nos systèmes de croyance. Il est temps de décoincer nos esprits et de remettre en question les fondements mêmes de la réalité que nous percevons. Plier des cuillères a été clairement désigné comme étant ma marque de fabrique et a attiré l'attention du monde entier. Toutefois, les principes sous-jacents sont beaucoup plus importants, dans la mesure où ils illustrent l'amour et l'énergie illimités qui imprègnent l'univers. Cette énergie est accessible pour tous. Il est nécessaire de s'ouvrir aux merveilleuses possibilités qui sont offertes et de les intégrer dans sa vie quotidienne. Ainsi qu’il est indiqué dans Déni de réalité, ces phénomènes représentent des questions extrêmement complexes, et il n'y aura pas de réponses simples et générales. La recherche scientifique sur ces sujets a été au mieux modeste, mais elle est certainement suffisante pour confirmer la réalité physique d’un grand nombre de ces phénomènes. Mais il nous faut penser au-delà du physique et accepter qu'une dimension spirituelle est également en jeu. Il est possible que toutes les observations ne soient pas matériellement quantifiables, ce qui ne les rend pas moins réelles. Dans un monde apparemment en pleine tourmente, il est important que nous apprenions à intégrer le concept d'inclusion et à comprendre que c'est le sentiment de séparation avec autrui qui est une illusion. Les événements décrits ici constituent des indices de l'interconnexion de toutes choses. C'est la Conscience éternelle qui apporte la plénitude à nos vies et nous guide sur le chemin de la tranquillité spirituelle avec une patience, une sagesse et une compassion parfaites, car c'est l'essence de toutes les entités sensibles. Sachez que vous êtes à la fois des êtres physiques et spirituels et agissez en conséquence. C'est l'amour universel qui imprègne tout. À tous les lecteurs, je souhaite beaucoup de santé, de bonheur et de tranquillité d'esprit. Soyez positifs, optimistes et croyez en vous. Uri Geller Tel Aviv 11 www.urigeller.com 12 INTRODUCTION : TOUT CE QUI SE PRODUIT PEUT SE PRODUIRE Ce livre se base en grande partie sur des expériences vécues. Ces événements remettent en cause ce que l'on suppose être un grand nombre des "lois de la science" les plus précieuses et les plus fondamentales. Elles sont remises en cause, parce que beaucoup de nos théories scientifiques sont inexactes. Trop souvent, elles ne sont pas remises en cause par les scientifiques traditionnels, parce que les observations et les données qui ne se conforment pas à leurs principes sont tout simplement ignorées. Je pars du principe que "tout ce qui se produit, peut se produire". Prétendre que de tels événements ne se produisent pas est spécieux. Malheureusement, les données qui se situent en dehors des normes prescrites sont supposées être erronées, même si l'existence de l'erreur n'est pas prouvée. Avant d'aller trop loin, je commencerai par préciser que la science a été très utile dans notre vie quotidienne. Il n'y a aucune intention de dénigrer ce que la science a apporté ; je veux seulement élargir les paramètres, lorsque les données ne cadrent pas. Depuis de nombreuses années, je suis déterminé à faire en sorte que les scientifiques les plus jeunes, les meilleurs et les plus brillants puissent explorer certains phénomènes sans risquer leur réputation ou leurs moyens de subsistance. Il n'y a pas besoin de chercher bien loin pour trouver des exemples montrant à quel point les scientifiques conformistes peuvent être vicieux, lorsqu'ils voient leur système de croyances remis en cause. Considérez l'expérience singulière de John Mack, professeur titulaire à Harvard, lauréat du prix Pulitzer et psychiatre de talent. Lorsqu'il s'aventura dans une étude sérieuse portant sur les enlèvements par des extraterrestres, ses pairs exprimèrent leur inquiétude. Lorsqu’il publia Abduction, son premier livre sur le sujet, il fut sanctionné par l'université, ce qui ne devrait pas arriver pour un professeur confirmé. 13 Robert Jahn, le doyen de l'école d'ingénierie de Princeton, entreprit des recherches sur les phénomènes psi et il fonda le laboratoire Princeton Engineering Anomalies Research (PEAR). Pour ça, nombre de ses collègues le considérèrent comme un paria. En dépit du fait que Jahn était un physicien de renom avec un CV inégalé par la plupart des scientifiques, son association avec l'étude de tels phénomènes fut suffisante pour générer de sévères critiques même si ses recherches étaient impeccables. Mon expérience a été similaire, bien que les critiques dont j'ai fait l'objet n'aient pas été aussi sévères. Pour m'être exprimé sur des sujets peu orthodoxes, j'ai été attaqué dans des publications scientifiques traditionnelles. En avril 1994, Scientific American estimait que, comme je soutenais des recherches dans des domaines à propos desquels "la majorité des scientifiques sont très sceptiques, son discernement devait être remis en cause". Cette année-là, le Bulletin of Atomic Scientists déclara que je "pourrais faire un personnage haut en couleur dans un roman de science-fiction", mais que je "ne devrais peut-être pas dépenser l'argent du contribuable sans la supervision d'un adulte." Dans les deux cas, le sujet qui les préoccupait était mon engagement en faveur du développement d'armes non létales. Néanmoins, ils utilisèrent mon intérêt marqué pour l'étude des phénomènes inexpliqués pour leurs attaques personnelles. Pour une longue analyse de ces questions, je recommande l'ouvrage de Peter Sturrock, A Tale of Two Sciences.1 Dans cet ouvrage, Peter, qui est un astrophysicien éminent de l'université de Stanford, explique en détail la différence de réception dont a fait l'objet son travail, lorsqu'il faisait état de recherches sur l'énergie des micro-ondes et lorsqu'il publiaThe UFO Enigma, une étude sérieuse sur le phénomène des ovnis.2 Même si sa rigueur scientifique était la même dans les deux domaines, l'un était acceptable, l'autre pas. 1 2 Peter A. Sturrock, A Tale of Two Sciences: Memoirs of a Dissident Scientist, Exoscience, 2009 Peter A. Sturrock, The UFO Enigma: A New Review of the Physical Evidence, Aspect, 2000 Evidence, Aspect, 2000 14 Il est injuste de supposer que je suis antiscience, parce que je dis que de nombreux scientifiques n'ont pas l'esprit large. Tout d'abord, nous devons reconnaître que la science traditionnelle a fait beaucoup de bien. La vie quotidienne de la plupart des humains a grandement bénéficié de ses efforts. Un excellent exemple serait de comparer l'espérance de vie, il y a un siècle, à ce qu'elle est aujourd'hui. Au cours de ce siècle, on a appris à voler, développé l'industrie aéronautique, envoyé des hommes sur la Lune et on les a ramenés sur la Terre. Les technologies énergétiques ont fait des bonds en avant de plusieurs ordres de grandeur. L'électricité est omniprésente. Pensez à l'amélioration de la technologie des batteries au cours de votre vie. L'utilisation terrestre des cellules solaires n'existait pas, il y a trente ans, et aujourd'hui, elles apportent de l'énergie à des régions du monde qui vivaient dans l'obscurité. La technologie s'est améliorée, les prix ont baissé, et aujourd'hui, ces modes d'énergie alternatifs transforment les sociétés. Il y a un demi-siècle, les technologies de l'information n'existaient même pas, à tout le moins pour le grand public. Aujourd'hui, elles dominent la vie quotidienne de nombreuses personnes. Elles ont révolutionné la communication et elles ont rapproché les gens comme jamais auparavant. Depuis nos vêtements jusqu'à la plupart des objets que nous utilisons sans y penser, les sciences matérielles ont transformé notre mode de vie. Aujourd'hui, la science moderne a ouvert des perspectives que l'on n'aurait pas pu imaginer il y a quelques décennies et, avec elles, ont surgi des dilemmes moraux. Le génie génétique a donné naissance à des possibilités qui étaient impensables, depuis la sélection du genre et de traits physiques à l'élimination de certains gènes qui laissent présager une propension à développer certaines maladies héréditaires. Les avancées portent également sur la modification des cultures pour les rendre imperméables aux maladies et résistantes aux parasites, ainsi que sur le clonage, avec même la possibilité de créer la vie humaine. L'ingénierie à l'échelle nanométrique est apparue, permettant la fabrication de machines qu’on peut construire atome par atome. La télécommande est devenue très sophistiquée, avec des engins qui volent, nagent ou rampent. Des systèmes de capteurs surveillent à présent des domaines qui étaient auparavant hors de portée. Ces capteurs peuvent enregistrer dans toutes les zones du spectre électromagnétique, pénétrer des murs solides ou le sol, et même accueillir un 15 "labo sur une puce" capable de détecter toute une série d'agents chimiques ou biologiques. Tous les progrès scientifiques ne profitent pas à l'humanité. En général, la technologie est neutre ; c'est son utilisation par l'homme qui en détermine les aspects positifs ou négatifs. Considérons l'exemple du génie nucléaire, qui a produit des quantités massives d'énergie, mais avec un pouvoir destructeur sans équivoque, et qui a conduit le monde au bord de la catastrophe à plusieurs reprises. Pensez aussi aux conséquences malencontreuses, lorsque ces systèmes énergétiques sont devenus incontrôlables, et au casse-tête que représente le traitement des déchets qu'ils génèrent. De même, la biotechnologie peut être utilisée pour guérir ou tuer. Le recours à grande échelle aux manipulations génétiques a suscité de vives inquiétudes en touchant notre approvisionnement alimentaire. La technologie de l'information diffuse indistinctement les connaissances et les contrevérités. Naïvement, on pensait autrefois que la science était pure, et que nous suivrions les données où qu'elles mènent le chercheur, quelles qu'en soient les conséquences. Si cela a jamais été vrai, les scientifiques se sont bien éloignés du chemin de la lumière. Trop souvent aujourd'hui, les résultats scientifiques sont déterminés par des facteurs comme cui bono (qui en profite) et le politiquement correct actuel. Pendant plusieurs décennies, j'ai eu le privilège de travailler avec certains des plus brillants esprits scientifiques, tout en explorant des phénomènes, comme les expériences de mort imminente, la psychokinésie, la vision à distance, les communications inter-espèces, les objets volants non identifiés et bien d'autres sujets étranges. Ma femme, Victoria, et moi nous avons voyagé sur les huit continents, rencontré des chamanes et observé des choses qui auraient été considérées comme physiquement impossibles. Ce que je retiens de toutes mes observations, c'est que tous ces domaines sont interconnectés et que la Conscience en est l'élément essentiel. 16 Les lecteurs constateront aussi que, dans de nombreux cas, des personnes présentées dans des chapitres antérieurs réapparaissent dans d'autres contextes. Une constante de ma vie est qu'en raison de la similitude de nos intérêts généraux, le destin a souvent fait en sorte que nous soyons réunis. Ce livre a été subdivisé en quatre parties. Cette répartition est certes quelque peu arbitraire, mais elle vise à ce que le lecteur puisse passer d'un domaine à un autre, et pas forcément dans l'ordre. La première partie comporte de nombreuses anecdotes personnelles sur des événements inhabituels. La deuxième partie traite de sujets sur lesquels j'ai travaillé, quand j'étais à l'armée. La troisième partie concerne des expériences qui ont spécifiquement une dimension spirituelle. Enfin, dans la quatrième partie, j'essaie d’établir un lien et de parler des pièges potentiels auxquels les enquêteurs sont confrontés. Elle regroupe aussi les défis que nombre de ces événements posent à la science conventionnelle. Ce livre s'aventurera régulièrement dans le domaine spirituel. Il ne s'agit pas seulement de savoir si les esprits et les mondes spirituels peuvent exister ou non, mais d'aborder des considérations téléologiques qui explorent la notion d'interconnexion totale ou de Conscience non locale et les implications pour ceux qui croient que nous ne vivons que dans un monde matériel. Pour citer mon ami, le regretté Bob Monroe, "Nous sommes des êtres spirituels vivant une expérience humaine". 17 1ÈRE PARTIE : EXPÉRIENCES PERSONNELLES 18 CHAPITRE 1 : L’EXPÉRIENCE DU NIDS Le téléphone sonna de façon inattendue un dimanche matin. Un groupe de scientifiques se trouvait dans la cuisine de notre maison à Santa Fe. Pendant la majeure partie du week-end, nous avions discuté de la recherche sur l'énergie du point zéro et de la meilleure manière de procéder. Il était alors temps de ramener ces personnes à Albuquerque afin qu'elles puissent attraper leurs vols. Je n'aurais jamais pu savoir que cet appel apparemment anodin allait conduire à certaines de mes rencontres les plus étonnantes avec des phénomènes inexplicables. Les événements qui suivraient seraient réels, mais bien au-delà de la compréhension scientifique actuelle. Mon interlocuteur déclara s'appeler Bob Bigelow. Il avait entendu parler de moi et il demandait s'il y avait des projets qui nécessitaient un financement. Coïncidence ? Peut-être, mais comment se fait-il qu'un parfait inconnu appelle pour s'enquérir de projets à financer au moment même où certains parmi les plus éminents scientifiques du monde venaient de terminer une discussion sur le sujet ? En fait, j'avais déjà rencontré Bob une fois auparavant. Il avait assisté à la conférence du MIT sur les abductions, qui était organisée par John Mack de Harvard et Dave Pritchard, un extraordinaire physicien optique du MIT. J'avais fait un exposé juste après John Mack. Il était difficile de suivre ce dernier. Le sujet de mon exposé portait sur la relation possible entre les enlèvements par OVNI et les expériences de mort imminente (EMI). Comme j’avais récemment pris ma retraite du Los Alamos National Laboratory, je cherchais de nouvelles perspectives et je proposai à Bob de nous rencontrer. Peu de temps après, il prit l'avion pour Santa Fe et, à la suite de cette rencontre, il finança le projet de l'un de mes amis, Pharis Williams. "Willie", comme on l'appelait, travaillait depuis longtemps sur sa Théorie Dynamique et il cherchait à la finaliser.3 Bob manifesta également son intérêt pour la fondation d'une organisation qui étudierait les OVNIs et la continuation de la conscience au-delà de la mort. Je lui parlai du Santa Fe Institute et de son approche innovante de la 3 Le livre de Williams fut publié en 2011 sous le titre, The Dynamic Theory : A New View of Space-Time-Matter. Il décédera d'un mésothéliome en 2014. 19 recherche. Ils se concentraient sur la théorie du chaos et ils attiraient certains des plus brillants esprits du monde. Curieux, Bob se dit prêt à acheter l'Institut. Bien que leurs recherches soient admirables et que les processus de fertilisation croisée des idées soient stimulants, leur chef de file et cofondateur était Murray Gell-Mann, physicien théoricien et lauréat du prix Nobel en 1969 pour ses travaux sur les particules élémentaires. Son livre, Le quark et le jaguar : voyage au cœur du simple et du complexe avait été publié récemment et il avait attiré l'attention du public.4 GellMann, cependant, était notoirement indépendant et professeur émérite au California Institute of Technology. En raison du penchant de Bob pour un contrôle strict, cela ne pouvait pas être une bonne solution. Un mois plus tard, j'acceptais de m'associer à la création d'une nouvelle organisation : le NIDS (National Institute for Discovery Science). Elle était localisée dans la ville natale de Bob, Las Vegas, à proximité de ses autres bureaux. Le NIDS n'était pas sa première initiative de soutien à la recherche psi. Pendant un certain temps, Angela Thompson avait travaillé à la Fondation Bigelow, et Dean Radin avait été financé à l'Université du Nevada, à Las Vegas, pendant plusieurs années.5 Mais le NIDS était la première organisation autonome à plein temps, qui se focaliserait principalement sur ses deux pôles spécifiques. Après deux retraites officielles, je m'engageai à temps partiel, et bientôt, un biochimiste expérimenté, Colm Kelleher, fut désigné comme administrateur adjoint pour gérer les opérations au jour le jour. L’une de mes premières tâches fut de contribuer à la création d'un conseil consultatif scientifique (CCS) de classe mondiale. Bob connaissait quelques-uns des choix évidents, comme Jacques Vallée, Hal Puthoff et l'astronaute qui a marché sur la lune, Edgar Mitchell. Mais parce que je venais du Los Alamos National Laboratory (LANL), j'avais d'autres contacts dans la communauté scientifique, des personnes qui 4 Murray Gell-Mann, The Quark and the Jaguar: Adventures in the Simple and the Complex, St. Martin’s Press, 1994 5 Il faut savoir que Robert Bigelow est l'un des principaux bailleurs de fonds de l'Université du Nevada. à Las Vegas. Dans le domaine scientifique conventionnel, il a fait don du Robert L. Bigelow Physics Building et du Rod Lee Bigelow Health Science Building. 20 n'étaient pas connues pour leur intérêt pour ces phénomènes. Il en résulta un groupe vraiment exceptionnel, qui pouvait soutenir toutes les comparaisons. Parmi eux figuraient Gian-Carlo Rota, du MIT, considéré comme le père des mathématiques combinatoires, et O'Dean Judd, un physicien qui avait été directeur technique de l'Initiative de défense stratégique (IDS, alias la Guerre des étoiles), avant de devenir responsable national de la recherche et du développement au sein du Conseil national du renseignement. Johndale Solem, un brillant physicien théoricien du LANL, titulaire de la chaire Enrico Fermi, qui a publié des centaines d'articles évalués par des pairs dans une cinquantaine de domaines différents, faisait également partie du conseil. C'est Johndale qui a été le premier à proposer l'utilisation d'armes nucléaires pour la défense planétaire contre l'impact d'astéroïdes. Pour cela, il a été violemment attaqué dans le New York Times sous prétexte qu’il voulait simplement défendre le budget des armes nucléaires.6 Parmi les premiers membres du conseil consultatif scientifique du NIDS figurait encore un autre astronaute ayant marché sur la lune, même s’il était plus sceptique, le sénateur Harrison "Jack" Schmitt. Plus tard, nous fûmes rejoints par Al Harrison, professeur de psychologie à l'université de Californie, à Davis, qui étudiait l'impact que le contact avec des extraterrestres pourrait avoir sur la société. Il y avait encore d’autres scientifiques, dont la plupart s’étaient ouvertement impliqués dans l'étude scientifique de phénomènes anormaux. Si de nombreux domaines scientifiques étaient représentés, le point commun était l'ouverture d'esprit et la volonté d'examiner des données qui ne correspondaient pas à des paramètres préconçus. Le premier président du Conseil Consultatif Scientifique du NIDS fut Christopher (Kit) Green, MD, Ph.D., ancien chercheur chevronné de la CIA, puis cadre supérieur chez General Motors. Par la suite, Kit dirigera la recherche en IRMf au Wayne State Medical Center, mais il était déjà connu pour son intérêt pour les phénomènes psi. Avec son expérience multidisciplinaire et son esprit critique, Kit était le choix idéal pour diriger ce groupe. 6 Le concept de Johndale Solem est devenu plus tard une idée courante, quand de nombreux objets non détectés auparavant frôlèrent la Terre. 21 Pendant les six années où je collaborai avec le NIDS, j'eus l’opportunité de participer à certaines des études les plus fascinantes qui soient. Bien sûr, il y en a une qui se démarque de toutes les autres, avec les péripéties survenues dans ce que l'on a appelé le Skinwalker Ranch. Bob et moi nous rendîmes à Vernal, dans l'Utah, le jour où il conclut l'accord avec Terry Sherman pour l'achat du ranch.7 Ce fut la première nuit que je passai seul sur la mesa surplombant les pâturages en contrebas. Mais à part une attaque de moustiques voraces, il n'y eut rien de remarquable à signaler. Par la suite, ce ne fut plus le cas - plusieurs incidents se produisirent, qui mettraient au défi les modèles de la science moderne. (Pour des informations plus complètes sur cette enquête, je recommande vivement le livre Hunt for the Skinwalker, de Colm Kelleher et George Knapp.8) Le nom du Skinwalker Ranch a été imaginé par des personnes qui n'étaient pas associées au projet. ‘’Skinwalker’’ vient de la tradition Navajo et fait référence à une entité qui peut changer de forme, d'un homme en n'importe quel animal, comme un loup, un coyote, un renard ou même un oiseau. Ils sont associés aux sorcières et au mal, par opposition aux hommes-médecine qui prodiguent des bénédictions et accomplissent des guérisons. Le terme skinwalker était approprié, puisqu’il y avait des rapports crédibles de créatures étranges vues au ranch. On nous signala que les Indiens locaux étaient bien au courant des événements inhabituels qui se produisaient dans la région, bien avant que le ranch ne devienne une exploitation agricole. Par tradition, il s’agissait d’une zone à éviter, surtout la nuit. Sur la base de ces récits, il semblait que l'acquisition du ranch avait du sens, puisqu’il offrait une opportunité presque unique de servir de laboratoire où des phénomènes se produisaient fréquemment. Cela dépasserait nos attentes les plus folles, mais il faut souligner que ces événements spectaculaires s'étalèrent 7 Dans des écrits précédents, moi et d'autres, nous avions utiilsé le nom Gorman comme pseudonyme pour les Sherman. Depuis lors, il a été publiquement identifié. Nous croyons toujours que les informations qu'il nous a fournies étaient véridiques et aussi précises que l'on pouvait s'y attendre, compte tenu des circonstances difficiles qui régnaient. 8 Colm Kelleher and George Knapp, Hunt for the Skinwalker: Science Confronts the Unexplained at a Remote Ranch in Utah, Paraview Pocket Books, 2005 22 sur une période de plusieurs années. Ce n'était pas comme si quelque chose d'inhabituel se produisait chaque nuit. Le Conseil consultatif scientifique entendit les histoires remarquables et souvent fantastiques que Terry Sherman raconta. Pour le coup, nous trouvâmes qu'il était très crédible et que c’était un citoyen solide et très perplexe face aux événements qui lui étaient arrivés, à lui et à sa famille. L'histoire du ranch semblait confirmer ses dires. Lorsque Terry et sa famille emménagèrent, ils trouvèrent de lourds anneaux métalliques encastrés dans les murs près des portes avant et arrière de la petite maison. L'ancien propriétaire déclara qu'il gardait des chiens vicieux enchaînés près des portes pour empêcher quiconque ou quoi que ce soit d'approcher de la maison. Nous apprîmes plus tard qu'il avait aussi connu un certain nombre d'incidents qui l'avaient poussé à utiliser cette mesure de sécurité primitive, mais efficace. L'une des histoires inexplicables qui donne du crédit aux phénomènes du Skinwalker Ranch se produisit peu de temps après que la famille ait emménagé. Alors qu'il faisait une pause dans son travail tout près de la maison, Terry remarqua un chien qui s'approchait depuis l'ouest. L'animal marchait droit sur lui et Terry réalisa qu'il s'agissait d'un loup et non d'un chien, comme il l'avait d'abord pensé. Le loup était très grand, sa tête arrivant au milieu du torse de Terry. Il trouva étrange qu'un loup ait été domestiqué et qu'il se montre amical avec les humains. Après avoir caressé l'animal, Terry retourna travailler. Au bout de quelques minutes, il entendit de l'agitation dans l'enclos du bétail, qui se trouvait à proximité. Là, il constata que le loup était passé sous la barre inférieure, qu'il avait attrapé un veau de 300 kg par le museau et qu'il essayait de le tirer à l'extérieur. Ramassant un lourd poteau de bois, Terry frappa le loup dans les côtes aussi fort qu'il le put. Cela n'eut aucun effet. Dans son camion, Terry récupéra rapidement son 44 Magnum, et à bout portant, il tira six balles dans la poitrine du loup, ce qui aurait dû contenir la bête. Une telle action aurait tué n'importe quel animal, mais perturba à peine celui-ci. 23 Sur le coup, le loup lâcha le veau et commença à s'éloigner, mais sans se presser. Saisissant un fusil chargé qu'il utilisait pour la chasse à l'élan, Terry tira sur l'animal qui s'éloignait et vit des morceaux de chair être arrachés du corps de l'animal. Finalement, le loup disparut hors de vue. Terry se rapprocha alors de l'endroit où il avait vu des bouts de chair tomber sur le sol. Des lambeaux de l'animal gisaient là. La chose la plus surprenante, releva Terry, c'est que même s’'ils venaient d'être arrachés du corps en mouvement, ce qu'il ramassa sentait la putréfaction. Or, dans la plupart des cas, la putréfaction ne se produit que plusieurs jours après la mort. La créature sur laquelle Terry avait tiré ne se comportait pas comme un animal connu. Il est impossible de dire s’ll s’agissait d’un skinwalker ou non. On peut cependant affirmer que six balles de 44 mm tirées à bout portant auraient dû abattre l’intrus, même si les projectiles avaient manqué des organes vitaux. Mais ce ne fut pas le cas. C'est un autre événement qui incita Terry à vendre le ranch à Bob. A plusieurs reprises, Terry et le reste de la famille rapportèrent avoir vu des boules de lumière, parfois appelées orbes, danser à quelques mètres au-dessus du sol. Comme la plupart des éleveurs, les Sherman gardaient des chiens, qui étaient à la fois leurs animaux de compagnie et de labeur. Une nuit, Terry vit ses chiens bondir et s'en prendre aux orbes. Il semble qu'il y ait eu des interactions ou des provocations entre les chiens et les orbes qui se déplacèrent vers l'est de sa propriété. Contrairement à toutes les nuits passées, les chiens ne rentrèrent pas à la maison. Le lendemain, Terry partit à leur recherche. Au-delà de la clôture, il découvrit ce qu'il crut être les restes des chiens. Sur le sol, il retrouva trois taches gluantes. C'était tout ce qui restait de ses compagnons. Cela lui fit peur, car il craignait que ses fils adolescents ne tentent également de s'en prendre aux orbes. Ils décidèrent de quitter le ranch avant qu'un mal quelconque ne soit fait à la famille. D'un point de vue scientifique, l'un des événements les plus intéressants qui se produisit fut la mutilation d'un veau. Cet incident était important, car il apporta de nombreuses preuves physiques inexplicables. C'était la saison des vêlages au 24 ranch. Par un beau matin ensoleillé, Terry sortit pour examiner le troupeau et il aperçut un nouveau-né à côté de sa mère. Comme le veut l'usage, le veau reçut une étiquette pour l'identifier, en même temps que sa mère. Il pesa également le veau et il nota son poids. En traversant le champ plat et dégagé, il repéra un second nouveau-né qu'il marqua et pesa également. L'opération prit environ 45 minutes. Retournant à l'endroit où il avait trouvé le premier veau, à une distance d'environ 300 mètres, il fut choqué de voir la mère affolée. Là, par terre, se trouvait le cadavre du veau qu'il avait marqué et pesé, à peine quelques minutes plus tôt. Le veau présentait des signes de mutilations importantes. L'oreille marquée avait été coupée avec une précision chirurgicale et manquait. Le veau avait été éviscéré et vidé de son sang. Les os étaient intacts, à l’exception d’un fémur qui avait été enlevé et qui se trouvait non loin du reste du corps. Ce qui restait du veau pesait maintenant 10 kg de moins. Le corps fut immédiatement recouvert et le vétérinaire attitré du NIDS, George Onet, se rendit sur place quelques heures plus tard. Il effectua des tests approfondis. La coupure au niveau de l'oreille manquante indiquait un instrument très aiguisé. Pareil pour les marques étranges trouvées sur le fémur. Les membres du CCS furent consultés dans ce dossier, mais ils ne purent fournir aucune explication rationnelle sur ce qui s'était passé. Le sang manquant était problématique. S’était-il infiltré dans le sol ? Cette possibilité fut rejetée grâce à un test au cours duquel du sang fut prélevé dans un abattoir local, puis répandu intentionnellement sur le sol à un endroit proche. Même des semaines plus tard, le lieu où le sang avait été intentionnellement répandu était clairement identifiable. Les prédateurs potentiels furent également pris en compte. Il y a quelques couguars dans la région, au nord, mais ce n'est pas ainsi qu'ils tuent. Les ours, les loups et d'autres grands animaux étaient complètement exclus, tout comme la possibilité d'une intervention humaine. Le champ était bien dégagé et dans la ligne de mire de Terry à tout moment. La probabilité que quelqu'un se risque à 25 une telle attaque incluant une opération chirurgicale importante, en plein jour, était tellement nulle que nous devons l'exclure. Aussi improbable que cela puisse paraître, la conclusion de l'enquête approuvée par le CCS est que l'éviscération et l'exsanguination eurent lieu à un autre endroit et que le corps fut ramené là où il fut trouvé. Ce qui défie toutes les théories scientifiques connues et qui implique quelque chose disposant d'un moyen de transport interdimensionnel et d'interaction avec notre monde physique. Cela peut paraître bizarre, mais lorsque tous les faits sont pris en compte, cela devient l'explication la plus plausible. Notre équipe de spécialistes passa de nombreuses heures à faire des observations. La plupart des nuits, rien de notable ne se produisit, mais en plusieurs occasions, des événements totalement inexplicables se produisirent bel et bien. Un autre exemple qui suggère une interaction interdimensionnelle remonte à août 1997. Deux de nos chercheurs chevronnés étaient postés sur l'escarpement qui longe le côté nord du ranch. Cette zone offre une vue sur la majeure partie du ranch et elle se trouve près de l'endroit où je passai ma première nuit. Vers 2 h 30 du matin, tandis qu'ils s'apprêtaient à se coucher, ils aperçurent une faible lumière près du chemin de terre situé en contrebas. Rapidement, son intensité augmenta, révélant un cercle de lumière jaune toujours plus large. Il semblait stationner à environ un mètre au-dessus du sol. Lorsqu'il atteignit un diamètre d'environ 1,5 mètre et qu’il ressembla à un tunnel, un objet sombre apparut. En utilisant l'équipement de vision nocturne de troisième génération que le NIDS s'était procuré, ils virent une créature d'apparence humanoïde sortir du tunnel éclairé. Ils estimèrent que l'entité mesurait environ 1,80 m et pesait probablement autour de 200 kg. Elle sortit du tunnel de lumière et débarqua sur la route, du moins le crurent-ils. Peu de temps après, la créature se dirigea vers l'est en suivant la route dans l'obscurité. Le tunnel de lumière se replia alors sur lui-même et disparut. Considérant les dimensions de l'entité qu'ils avaient vue, les chercheurs attendirent prudemment avant de descendre sur la route. Comme dans les rapports de nombreuses observations du Bigfoot ou du Sasquatch, ils détectèrent 26 une odeur forte dans la zone, mais ne trouvèrent aucune autre trace de la créature. Les recherches en plein jour se révélèrent encore plus déroutantes. Le chemin de terre est poussiéreux et tout ce qui l'emprunte laisse des empreintes. Forcément, tout animal de la taille de celui qu'ils indiquèrent aurait dû laisser des empreintes derrière lui. Or, on n'en trouva aucune. Ce phénomène est aussi typique d’un Skinwalker, bien que d'origine inconnue/extradimensionnelle. Si ce rapport s'appuie sur des témoignages oculaires, d'autres incidents fournirent des preuves physiques substantielles et furent tout autant déconcertants. Durant plusieurs années, le ranch fut équipé d'instruments, et des enregistrements vidéo du site furent réalisés 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Des caméras furent installées dans certaines zones, qui prenaient une photo toutes les secondes et un tiers, soit environ 45 images par minute. Les caméras étaient placées environ 6 mètres au-dessus du sol sur de grands poteaux. Elles étaient orientées vers l'ouest et elles permettaient d'observer la plus grande partie de la propriété. Les caméras vidéo étaient positionnées de façon à ce que deux d'entre elles surveillent deux autres caméras. Des câbles descendaient le long des poteaux, sous terre et arrivaient dans un mobil-home qui contenait l'équipement d'enregistrement. Les fils étaient solidement fixés aux poteaux avec une grande quantité de ruban adhésif. Plus près du sol, ils étaient protégés par des tubes en PVC fixés aux poteaux. À l'intérieur du mobil-home, les enregistrements étaient toujours marqués de la date et de l'heure. Ce système fonctionna sans problème pendant de nombreux mois sans interruption. Un jour, on retrouva les fils arrachés de la caméra n°2 fixée au sommet d'un poteau. D’importants dommages avaient été causés. Tout le ruban adhésif, soit à peu près la moitié d'un rouleau, avait été arraché et avait disparu. Quiconque a déjà travaillé avec du ruban adhésif sait à quel point il est difficile à enlever. En outre, une longueur de fil d'un mètre de long avait aussi disparu. La gaine de protection en PVC avait été arrachée du poteau et les fixations manquaient. Il fut assez simple de déterminer l'heure exacte de l'incident. En examinant la séquence vidéo de la caméra n°2, les images s'interrompaient abruptement. L'étape suivante consista à examiner l'enregistrement vidéo de la caméra n°1, 27 qui permettait de voir la caméra n°2. Ce qu'il ne montrait pas était surprenant. Quoiqu’ayant enregistré en continu, il ne révéla aucune des perturbations de la caméra n°2. Plus étrange encore, au moment où la caméra n°2 cessa de retransmettre des images, le bétail paissait paisiblement autour du poteau. C'est très significatif, parce que si quelqu'un s'approchait du troupeau, le bétail avait tendance à se disperser et s'éloigner. Des chiens et des prédateurs susciteraient la même réaction. Nous écartâmes aussi la possibilité qu'une personne se soit approchée par derrière le poteau, d'une manière telle que la caméra n°1 ne l'aurait pas repérée. Premièrement, le bétail se serait dispersé. Deuxièmement, il n'y avait aucune image d'une personne grimpant sur le poteau et causant tous les autres dommages. Il aurait été impossible de causer autant de dégâts dans la seconde et demie qui sépare les images. Après que les extrémités coupées des fils furent envoyées pour analyse, il fut conclu que l'instrument utilisé était probablement rouillé, mais il ne fut pas spécifiquement identifié. Là encore, les preuves furent présentées au CCS. Compte tenu de l'ensemble des circonstances, il n'y a aucune explication scientifique crédible qui puisse être compatible avec les données. Il convient de noter qu'un membre de notre équipe parut plus ‘’sensible’’ à ces événements. Un astrophysicien, Eric Davis, signala qu'à certains moments il avait eu des contacts mentaux avec une source inconnue. Au cours de l'un de ces incidents, il perçut quelque chose qui se déplaçait dans les branches des arbres près de l'endroit où se trouvait l'ancien ranch. La description correspond bien à l'extraterrestre invisible du film Predator. Comme les lecteurs s'en souviennent peut-être, tout ce que l'on pouvait distinguer, c'était une perturbation dans le champ visuel, mais aucun objet distinct. Eric, qui a publié quelques articles remarquables sur la propulsion par annihilation d'antiprotons, nous signala que l'entité lui avait dit : "Nous vous observons." On ignore pourquoi il a expérimenté ces interactions, alors que d’autres n’en ont pas eu. Cette question fait partie de l'énigme du Skinwalker Ranch. Il y eut plusieurs tentatives pour collecter des données sur ces phénomènes. Toutes furent déjouées, comme si une intelligence quelconque avait la capacité de déterminer ce qui se produirait. Avant cela, j'avais déjà attribué un nom à ces 28 phénomènes ; je les désigne sous le nom de ‘’phénomènes sensitifs précognitifs’’ (PSP).9 Les PSP ne se limitent pas au Skinwalker Ranch, mais ils s'y produisirent, de toute évidence. La formulation est précise. ‘’Précognitif’’ signifie que la force qui contrôle l'événement sait exactement, avant que celui-ci ne se produise, comment les observateurs réagiront. S'il y aura des recherches de preuves solides, elle peut prédire ce qui sera fait et faire intervenir des paramètres qui défient la logique. ‘’Sensitif’’ signifie que ce qui contrôle l'interaction est intelligent. Par ailleurs, cette intelligence détermine résolument la manière dont l'événement est observé et la réponse qui sera donnée. ‘’Phénomène’’ signifie que l'événement sera généralement inexplicable. Le sujet du ‘’Trickster’’ est bien connu de la recherche paranormale. Ce qui génère ces incidents le fait d'une manière qui ne reste pas cohérente dans le temps. D'un point de vue scientifique, cela rend l'étude de tout aspect du phénomène quasiment impossible. En vain tente-t-on d'isoler les caractéristiques des phénomènes afin de les étudier efficacement. Mais ce qui arrive, c'est que ces phénomènes évoluent constamment au fil du temps. Parmi d'autres tentatives pour engranger des informations utiles sur les phénomènes, on installa des biocapteurs, à savoir des chiens. De nombreuses anecdotes furent rapportées concernant des interactions entre les chiens et les phénomènes, qui toutes ne finirent pas de manière aussi horrible que ce qui arriva aux animaux de compagnie de Terry. On sait pertinemment que les chiens peuvent sentir des choses qui dépassent largement les facultés humaines. Afin de pouvoir contrôler la situation, on construisit des enclos dans une zone où des activités avaient été signalées. On érigea des tours au-dessus des enclos, dans lesquels on disposa des jouets. À l'occasion, ces objets furent déplacés, mais, comme toujours, rien ne put être filmé. Le Skinwalker Ranch n'était pas le seul centre d'intérêt du NIDS. Une enquête que je qualifierais d'intéressante est celle que Colm et moi, nous avions menée auprès de la famille Lee, qui avait signalé de nombreux événements étranges 9 Voir UFOs : Myths, Conspiracies, and Realities, page 227. C'est là que cette dénomination fut proposée pour la première fois. 29 dans leur maison de Black Forest, dans le Colorado. Là encore, il s'agissait d'un mix d'événements inhabituels associés à des épisodes qui étaient hautement improbables. Des émissions de télévision avaient fait connaître leur maison, et cette notoriété engendra des conflits considérables dans le voisinage, si bien que les forces de l'ordre étaient fréquemment appelées. D’ailleurs, cela se produisit un soir où nous étions en visite. C'était malencontreux, car il était difficile de déterminer si ces événements mettaient en cause le voisinage immédiat ou la famille. Les Lee possédaient des preuves vidéo et photographiques assez solides pour étayer certaines de leurs affirmations. Les ombres brumeuses qui apparaissaient à l'intérieur de leur maison n'avaient qu'un intérêt scientifique limité, mais elles préoccupaient beaucoup la famille. Les enregistrements des caméras de surveillance extérieures, qui étaient déclenchées par des détecteurs de mouvement, étaient plus intéressants pour moi. Comme on se trouve dans une zone forestière, il n'était pas rare que des animaux sauvages traversent la cour et soient photographiés. Mais il y avait d'autres incidents capturés sur la vidéo qui étaient plus difficiles à expliquer. Plus précisément, il y avait de nombreux cas où l'on voyait clairement des orbes de lumière se déplacer. La question scientifique qui nous intéresse ici n'est pas de savoir si les orbes étaient une sorte d'illusion visuelle, mais de savoir en quoi l'événement avait une forme suffisamment physique pour déclencher les caméras vidéo. Ils signalèrent parfois des incidents violents inexpliqués à l’intérieur de la maison, apparemment causés par des entités non humaines et invisibles. Je me rappelle que Steve Lee présentait des éraflures sur son corps. Par ailleurs, des membres d'équipes de télévision filmant sur place évoquèrent aussi des rencontres physiques avec une force invisible, et notamment le renversement d'une caméra montée sur un trépied. Les membres de la famille signalèrent également des incidents malodorants en plusieurs occasions. Au NIDS, je pris également part à plusieurs études sur les ovnis. Au moins deux d'entre elles concernaient des cas et des personnalités de très haut vol. L'enquête sur Phillip Corso constitua un temps fort, mais elle s'avéra être un défi 30 extrême. Dans mon livre, UFOs : Myths, Conspiracies and Realities, je lui ai consacré tout un chapitre. Grâce à George Knapp, nous connaissions l'existence de Phil bien avant la sortie de son livre, Au lendemain de Roswell.10 George Knapp devait être le co-auteur, mais il n'avait pas pu participer à la signature du contrat. Toujours est-il que George, Hal Puthoff et moi-même nous nous rendîmes à Ft. Pierce, en Floride, où Corso vivait avec son fils. Ensuite, nous le conduisîmes à Las Vegas, où nous l'interrogeâmes pendant plusieurs jours. Jacques Vallée nous rejoignit, alors. Le plus impressionnant, c’était la cohérence absolue dans ses entretiens. Après ces discussions, je me rendis au Pentagone à Washington, puis à l'Army War College, à Carlisle Barracks, en Pennsylvanie, où je passai une semaine à vérifier ses antécédents. Les résultats furent mitigés. Dans les grandes lignes, il était bien affecté, comme il nous l'avait dit. Il y avait cependant quelques problèmes importants, qui n'ont jamais été expliqués. Phil nous déclara que le général Trudeau avait créé un poste pour lui, qu’il avait appelé Foreign Technology Division (FTD). C'est à partir de ce bureau qu'il prétend avoir maintenu le contact avec le matériel de Roswell et en avoir fourni des morceaux à l'industrie civile, quand on jugea qu'elle pouvait en tirer profit. Les bénéficiaires, selon Phil, ne connaissaient pas l'origine du matériel et supposaient qu'il était soviétique. Nous établîmes que la FTD avait été constituée à l'époque où Trudeau, un général trois étoiles, était le chef d'état-major adjoint de l'armée américaine pour la recherche, le développement et l'acquisition. Corso était affecté à cette organisation et il prétendait en être le directeur. Le problème était que l'annuaire du Pentagone, comme l'organigramme de l'armée indiquaient tous les deux que le Colonel T. H. Spengler en était le directeur. Quand j’interrogeai Phil sur cette divergence, il me répondit qu'il ne connaissait pas Spengler, qui était colonel, alors que Phil n'était que lieutenant-colonel. Nous savons par contre que Phil entretenait une relation privilégiée avec le lieutenant-général Arthur Trudeau, qui avait une réputation légendaire dans l'armée. Penseur futuriste et commandant 10 Philip J. Corso, The Day After Roswell, Simon and Schuster, 1997 31 sur le champ de bataille en Corée, Trudeau avait dirigé les combats à Pork Chop Hill. Citons, parmi les choses dont Phil nous parla à bon escient, le projet Horizon, un plan élaboré sous Trudeau pour combattre à partir de la Lune. Comme je pus le confirmer auprès d'Edgar Mitchell, c'était l'armée qui, avec l'aide de scientifiques allemands, avait joué un rôle prépondérant pour nous envoyer sur la Lune. Concernant les allégations technologiques de Phil, les choses dérapèrent assez rapidement. D’après l'histoire qu'il nous raconta et qui est reprise dans son livre, plusieurs technologies clés provenaient du matériel ET trouvé à Roswell. Il s'agissait notamment des circuits intégrés, de la vision nocturne et de la fibre optique. Le problème était que l'histoire de l'évolution de chacune de ces technologies était bien connue. À aucun moment, il n'y avait eu d’avancée importante indiquant une aide ou une intervention extérieure. Le sujet de la vision nocturne m'intéressait particulièrement, puisque Lou Cameron était un ami personnel et le directeur qui avait littéralement construit le laboratoire de vision nocturne de l'armée américaine (NVL), comme on l'appelait à l'époque. Lou avait l’esprit très ouvert, et il avait même participé à plusieurs soirées où l'on tordait des cuillères. Il avait pris sa retraite, mais je pus le contacter et confirmer ce que je soupçonnais. A savoir, il n'y avait pas de cerveaux extraterrestres impliqués dans le développement de la technologie de la vision nocturne. Plusieurs des allégations contenues dans le livre sont spécifiquement réfutées dans l'histoire établie du NVL. D'autres allégations de Corso étaient encore plus aberrantes, et mes commentaires à ce sujet engendrèrent des conflits avec de nombreux partisans de Corso. Paul Hellyer, l'ancien ministre canadien de la défense nationale, était l'un d'entre eux, et nous croisâmes métaphoriquement le fer en la matière. En tête de liste figure la notion spécieuse d’après laquelle la guerre froide était une couverture pour nous préparer à combattre des ET. Les erreurs de Corso allaient du minime à l'énorme, et j'envoyai à Phil une lettre de sept pages (incluse comme addendum à mon livre sur les OVNIs) détaillant celles que j'avais trouvées. Même 32 si je considérais Phil comme un ami, je ne pus jamais rectifier l'incongruité de ses déclarations, ni le raisonnement qui les justifiait. Une autre affaire d'OVNI célèbre où le NIDS joua un rôle est celle de la forêt de Rendlesham, ou l'affaire de la base aérienne de Bentwaters. Cette affaire reste l'une des meilleures, et même aujourd'hui, de plus en plus d'informations sont révélées sur cet incident. La plus grande erreur, à mon avis, c'est de considérer ce cas comme un incident unique survenu deux fois. Certes, il y eut deux nuits durant lesquelles des événements extrêmement spectaculaires se produisirent, mais il ne s’agit que d’une partie de l'histoire. Au fil des ans, j’eus la possibilité d'interroger plusieurs des protagonistes et j'estime que la plupart d'entre eux sont tout à fait crédibles. Bien qu'il y eut plus de 60 témoins avec différents degrés d'implication, l'affaire ne se limite pas à des comptes-rendus personnels. Ce qui était frappant dès les premiers rapports, c'était la quantité des preuves matérielles qui attestaient de la validité de l'affaire. Bien que les sceptiques aient tenté de les démolir, leurs explications ne cadraient jamais avec les données, et ils avaient tendance à écarter des éléments cruciaux, tels que les niveaux de radiation enregistrés. Du point de vue du NIDS, mon implication débuta lorsque nous fûmes contactés par une femme qui avait vécu à la base à l'époque de ces premiers rapports. C'était l'épouse de l'un des officiers d'état-major de la base. Sur un plan pratique, ils disposaient d'une radio qui était branchée sur les fréquences de la police de sécurité pour être au courant de tous les incidents importants survenus à la base. D'après elle, ces incidents étranges perdurèrent longtemps après ceux que l‘on a rendus publics. Alors que l'intérêt officiel avait disparu, des membres de la famille reprirent apparemment le flambeau pour suivre l'évolution de la situation, si quelque chose d'inhabituel était rapporté. Elle me remit un film qu'elle avait réalisé plusieurs semaines après les rencontres de la fin décembre 1980. Elle signala qu'il y avait eu plusieurs autres observations, mais rien d'aussi spectaculaire que ce que le colonel Chuck Halt et Jim Penniston avaient déclaré. Malheureusement, il n'y avait aucun point de référence dans les images vidéo qui aurait pu permettre une analyse plus poussée. Néanmoins, ceci soulève ce que je 33 pense être une question importante, d'un point de vue scientifique. C’est-à-dire qu’à l'instar des événements survenus au Skinwalker Ranch, ce qui s'est passé dans la forêt de Rendlesham a duré longtemps et a tendance à présenter des caractéristiques très diverses. Un autre cas dont je m'occupai au NIDS démontra le potentiel d’une analyse photographique de haute qualité. En 2000, Peter Gersten me contacta au sujet d'une photo postée sur le site web du CAUS (Citizens Against UFO Secrecy). Celle-ci montrait un homme en uniforme assis sur un cheval, et derrière lui, a une certaine distance, il semblait y avoir un OVNI. Je retrouvai rapidement Jack LeMonde à Santa Monica. Deux fois blessé en combattant avec les Marines américains dans le Pacifique Sud, en 1945, il récupérait chez lui à Burbank, en Californie. Cette photo de lui avait été prise un matin du mois de juin de cette année-là, tout près d'un manège. À cette époque, Burbank était une zone relativement rurale, et les activités équestres y étaient assez courantes. La topographie des lieux n'est plus du tout la même aujourd'hui. La famille LeMonde s'intéressait beaucoup à la photographie et elle avait investi dans du très bon matériel. L'appareil photo était un Voightlander allemand, équipé d'un objectif Carl Zeiss f3.5 (peut-être f4.5), d'une longueur focale d'environ 10 centimètres. C'est l'excellente qualité de l'optique qui permit de prendre cette photo remarquable. Après le développement du film, on remarqua un objet inhabituel au-dessus de l'encolure du cheval. On pensa qu'il s'agissait soit d'un avion lointain, soit d'un grain de poussière qui s'était déposé sur le négatif. Pour rappel, en 1945, l'expression "soucoupe volante" n'existait pas encore, et la photo fut ensuite rangée avec les autres photos de famille.11 Cinquante ans plus tard, la famille décida de faire des copies de ses vieilles photos pour la postérité. Le NIDS fit appel à une personne qui avait été analyste photo pour l'armée de l'air et qui exerça ensuite dans le secteur privé. Elle numérisa et analysa le cliché que 11 La popularité des OVNI ou des soucoupes volantes ne remonte pas avant l'observation faite par Ken Arnold, en juin 1947. 34 je lui avais remis. L’original était un tirage contact de 2¼ pouces sur 3¼ pouces. Tous les aspects des angles et de l'intensité de l'éclairage semblaient concorder. Au microscope, il n'y avait aucune indication d'une quelconque structure de soutien. La netteté de l'objet suggérait qu'il ne s'agissait pas d'un objet lancé en l'air. À la vitesse d'obturation indiquée, un objet lancé serait légèrement flou. Une structure assez importante est visible sur l'objet. Tout porte à croire que la photographie fut initialement développée à la date indiquée (1945). Bien que nous pensions que la photo était authentique, plusieurs personnes suggérèrent au NIDS que l'objet de la photo de LeMonde était en réalité un genre de luminaire. Cette réponse apparemment simple fut rejetée pour diverses raisons, chaque réponse précisant que le luminaire était suspendu à un fil. Comme je l'ai signalé dans l'article que j'ai rédigé pour le NIDS, l'examen microscopique de la photo au niveau du grain ne révélait aucun mécanisme de suspension ou de support. En outre, derrière l'encolure du cheval, près de la selle, on peut distinguer la courbure d'une enseigne au-dessus d'un cinéma de type "drive-in", ce qui fournit un point de référence pour la hauteur. L'objet en question se trouve bien à l'arrière-plan. La distance suggère que l'objet est beaucoup plus grand qu'un luminaire et beaucoup plus haut. S'il était petit et au premier plan, la structure de soutien serait visible, ce qui n'est pas le cas. En vérifiant l'éclairage des rues de Burbank en 1945, on put établir que les luminaires décrits par ceux qui avaient "instantanément reconnu" l'objet sur la photo n'étaient pas en usage dans cette localité. Les lampes existantes étaient plutôt placées sur des poteaux en béton granité. Aucun poteau de ce type n'est visible. De plus, la lampe elle-même était d'une variété totalement différente. En fait, lorsque LeMonde me remit la photo initialement, il déclara qu'il estimait que la hauteur de l'objet se situait entre 250 et 300 mètres au-dessus du sol. Cette estimation était basée sur l'angle de la prise de vue, car il pensait au début que l'objet se trouvait à plus de trois kilomètres de distance. Je n'étais pas aussi persuadé que l'objet se trouvait à une telle distance ou qu'il se trouvait à plus de 200 mètres de hauteur. Toutefois, la hauteur de l'objet était bien supérieure à la hauteur normale des luminaires de rue. LeMonde estima ultérieurement que 35 l’objet se situait à une distance d’environ 1,5 km. Il s'agit d'un objet solide, et pas d'un luminaire de rue. C’est un autre exemple de cas avec une preuve tangible qui a été ignoré par la science traditionnelle. Bien qu'il s'agisse d'une petite pièce d'un puzzle beaucoup plus grand, elle souligne la nécessité d'un meilleur système de collecte et d'analyse. La photo de LeMonde est également révélatrice de notre absence de reconnaissance des phénomènes jusqu'à ce qu'un événement déclencheur capte l'imagination du public et que nous reconnaissions ce qui a toujours été présent. Pendant quelques années, le NIDS a fourni une plate-forme pour ce type de recherche, mais il reste beaucoup à faire. 36 CHAPITRE 2 : ‘’JE CROIS QU’ILS SONT ICI’’ Alors que le soir tombait, le 11 octobre 2015, Chris Bledsoe et moi-même, nous nous trouvions dans un champ de la Caroline du Nord, à l'extérieur de ma voiture de location Hertz, et nous discutions des événements qui lui étaient prétendument arrivés plusieurs années auparavant. Le premier événement s'était produit en janvier 2007. L'histoire qu'il me raconta au sujet de son interaction avec des extraterrestres, du temps écoulé et de la poursuite d'événements anormaux dans sa vie me paraissait, au mieux, fantaisiste. Mais un aspect particulièrement intéressant de cette rencontre était qu'il y avait de nombreux témoins qui pouvaient corroborer l'événement. En fait, Chris m'avait raconté toute l'histoire des mois plus tôt chez un ami en Pennsylvanie. Il s'agissait d'un entretien que j'avais filmé et que j'avais récemment revu. Pour être honnête, il s'agissait d'un de ces récits tortueux qu'il était difficile d'avaler. Il y avait trop de détails fantastiques, et cependant, il y avait un accent de vérité. Il y avait aussi des preuves physiques qu'il était difficile de nier. C'est pourquoi Victoria et moi, nous acceptâmes de rendre visite à la famille, d'explorer le site et d'enquêter sur les circonstances actuelles. Bien qu'ouvert aux possibilités d’une multitude de phénomènes, je ne pouvais pas être moins préparé à ce qui allait se produire quelques minutes plus tard. La famille Bledsoe est installée dans cette région de la Caroline du Nord depuis plusieurs centaines d'années. Juste au nord de leur maison se trouve Bledsoe Road, qui tire son nom d'un ancêtre décédé depuis longtemps. Bien que je ne connaisse pas leur histoire avant que ces événements étranges ne surviennent, la famille de Chris est aujourd'hui très unie, ce qui s'explique en partie par les méchantes attaques qu'ils ont subies de la part de membres de la communauté ufologique. Avant de détailler mon expérience, un bref historique des faits s'impose. Le samedi 8 janvier 2007, Chris, son fils Chris Jr. et trois autres hommes décidèrent d'aller pêcher au bord de la rivière Cape Fear, située à proximité. À l'approche du crépuscule, les hommes allumèrent un grand feu pour se réchauffer un peu. Chris s'absenta pour ce qu'il croyait être un temps relativement court et remonta le 37 chemin sinueux et boueux jusqu'à l'endroit où il avait garé son pick-up. La région est très boisée et la visibilité n'est que de quelques mètres au mieux aux abords de la route. Le sol s'élève assez rapidement, dès que l'on s'éloigne de la rive. À environ 400 mètres de leur site de pêche, l'espace s'ouvre sur des champs agricoles avec une petite maison à proximité au nord-ouest. De l'autre côté des champs, il y a d'autres arbres, puis une route asphaltée. Chris raconte qu'en marchant, il se rendit compte qu'il était suivi par quelque chose dans les bois. Connaissant bien la région et les créatures qui l'habitent normalement, cela lui flanqua les boules. La créature s'arrêtait chaque fois qu'il s'arrêtait, comme si elle était plus humaine qu'animale. Alors qu'il s'approchait de l'espace ouvert, mais avant qu'il ne l'atteigne, Chris remarqua une lumière vive qu'il prit d'abord pour le soleil déclinant, à l'ouest. Mais il repéra ensuite deux très grands objets de couleur orange qui planaient légèrement au-dessus de la zone labourée. Il estima qu'ils se trouvaient à moins d'un 1,5 km de distance, à ce moment-là. Il décrivit ces ovnis comme des boules très brillantes, comme si elles étaient faites d’un "feu liquide". La scène lui fit peur et il commença à reculer sur le chemin pour aller rejoindre ses amis. Soudain, il y eut une lumière ou une ouverture au-dessus de lui, et il comprit qu'il était impossible de s'échapper. Ce qui se passa ensuite n'est pas clair dans ses souvenirs conscients, et des régressions sous hypnose ont été pratiquées pour aider à reconstituer ces souvenirs. Ce dont Chris se souvient clairement, c'est qu'il faisait maintenant complètement nuit et qu'il courait pour retrouver ses amis. À sa grande surprise, le grand feu de camp qu'ils avaient allumé vers 17 heures n'était plus que braises fumantes et les hommes étaient très inquiets. Son pick-up, qui était garé tout près du champ, avait été déplacé et se trouvait maintenant près de la berge de la rivière. Plus étonnant encore, il apprit plus tard que plus de quatre heures s'étaient écoulées, alors qu'il pensait qu'il ne s'agissait que de quelques minutes. C'est du moins ce qu’il lui avait semblé. Comme il n'était pas revenu plus tôt dans la soirée, ses amis avaient entrepris des recherches dans une zone relativement circonscrite, mais sans réussir à le localiser. La plupart d'entre eux n'avaient rien vu d'extraordinaire, du moins jusque-là. Maintenant, en présence des deux Bledsoe, 38 le groupe put observer huit ou neuf lumières brillantes qui manœuvraient aisément dans le ciel noir au-dessus d'eux. Ces objets inconnus furent décrits comme étant plus brillants que n'importe quelle étoile ou planète normalement visible. Peu de temps après, il semblerait que les lumières soient descendues dans les bois qui se trouvent de l'autre côté de la rivière. Il n'en fallut pas plus pour que tout le groupe quitte les lieux, le plus rapidement possible. En un éclair, les glacières, les cannes à pêche et le reste du matériel de pêche furent balancés dans le coffre du pick-up et ils partirent précipitamment. Chris dit que lorsqu'il atteignit le sommet de la colline, le pick-up décolla sans doute du sol dans leur effort pour se sauver, et à leur grande surprise, les deux ovnis orange se trouvaient devant eux. Il estime qu'ils se trouvaient à 150 mètres d'eux, et l'un d'eux n'était plus qu'à un mètre cinquante du sol et se dirigeait vers eux, avec des lumières blanches clignotantes à l'intérieur de l'engin. Rapidement, les ovnis glissèrent vers la rivière à basse altitude, puis s'éloignèrent vers le nord en un éclair. Si cette rencontre a pu sembler assez étrange, il s'avéra que les événements inhabituels ne faisaient que commencer pour lui et pour toute sa famille. Les phénomènes inexpliqués les ont poursuivis depuis cette nuit fatidique et continuent encore aujourd'hui. Mon implication reprend au même endroit, bien que des années plus tard. Chris nous avait gracieusement accompagnés dans la zone. Nous nous parquâmes au bout d'un chemin de terre, pas loin de la maison mentionnée précédemment. Curieux, nous nous glissâmes sous une clôture métallique vétuste qui empêchait les véhicules indésirables de s'aventurer plus près du terrain en contrebas. Prudemment, et avec une lumière faiblissante, nous descendîmes le même chemin détrempé par la pluie jusqu'à la rivière en tentant d'éviter l'eau qui s'était accumulée dans les vieilles traces de pneus. Sur la berge, Chris nous indiqua avec précision l'endroit où le groupe avait pêché et où le feu avait été allumé. Comme à l’occasion de l'événement initial, la nuit tombait. Les photos que j'ai prises de la zone manquaient de clarté à cause de la baisse de lumière. En nous 39 efforçant d'éviter les flaques d'eau stagnante, nous retournâmes lentement jusqu'à la voiture. Ce faisant, j'examinai attentivement les bois environnants et je constatai que, même en plein jour, la visibilité était très limitée. N'importe qui ou n'importe quoi pouvait facilement se cacher à proximité et éviter d'être détecté. Après être passés sous la clôture ou l'avoir enjambée, nous nous dirigeâmes vers la voiture. Chris indiqua de nouveau l'endroit où il avait vu les ovnis orange planer en cette nuit fatidique. Victoria et Emily Bledsoe, la fille adolescente de Chris qui nous avait accompagnés, s'installèrent sur le siège arrière de la Honda et continuèrent de discuter, et Chris et moi, nous nous appuyâmes contre l'aile avant gauche et il commença à se remémorer les détails de l'événement initial, qu'il décrivit comme un enlèvement. Je constatai que ce qu'il décrivit alors ne différait pas de la description qu'il avait faite au cours de notre entretien, quelques semaines plus tôt. La discussion me permit de comprendre au moins les aspects géographiques de la première rencontre. C'est alors que cela arriva. Soudain, Chris dit : "Oh, je crois qu'ils sont là !" La zone était très obscure et le ciel sans lune. Au cours de notre conversation, nous avions aperçu plusieurs avions et nous avions pu suivre leurs déplacements. Dans les 10 à 15 secondes qui suivirent l'annonce de Chris, une lumière brillante apparut brusquement et presque directement au-dessus de nous. Elle fila immédiatement vers le sud, puis disparut aussi vite qu'elle était arrivée. Bien que ce fut de courte durée, l'objet était beaucoup plus luminescent que tout ce qui se trouvait dans le ciel à ce moment-là, et il se déplaçait beaucoup plus vite que tout ce que nous avons pu observer cette nuit-là. En tant que pilote professionnel confirmé, Chris connaît bien les objets et la météorologie que l'on observe habituellement dans le ciel. Ce que nous vîmes ce soir-là ne ressemblait à aucun objet ou événement normal. En matière d'observation d'ovnis, la description de l'objet n’est guère digne d'intérêt. Pour moi, il s'agissait simplement d'une lumière blanche et brillante qui apparut instantanément avant de disparaître en un éclair. Cela ne dura qu'une ou deux secondes, et pas assez longtemps pour changer de direction. Je poussai un 40 cri pour alerter Victoria, mais l'incident était déjà terminé bien avant qu'elle ne puisse sortir de la voiture. Si ma description de l’ovni est insignifiante, les événements préalables eux ne le sont pas. L'avertissement de Chris juste avant son observation est particulièrement significatif. Rappelez-vous qu'il ne s'était écoulé que quelques secondes entre son annonce et l'apparition de l'objet. Ce lien temporel était pour moi déterminant. Pour les sceptiques, je devrais préciser ce qui ne s'est pas passé. Comme indiqué, nous avions vu de nombreux avions traverser la zone. Il ne s'agissait pas d'un avion ordinaire. Le phénomène apparut instantanément au milieu du ciel, audessus de nous, sans passer de l'horizon à la verticale. A partir de là, je puis exclure toute possibilité qu'il s'agissait d'une comète. Un sceptique émit l'hypothèse que notre observation aurait pu être un flash Iridium. Ils sont prévisibles et on peut les éliminer dans ce cas-ci. Mais il y a plus, beaucoup plus dans cette histoire. Après que Chris fut rentré chez lui après l'incident de pêche initial, un autre événement se produisit, cette nuit-là. Des hurlements poussés par ses nombreux chiens de chasse lui signalèrent qu'il se passait quelque chose dans sa grande cour arrière. Il crut d'abord que quelqu'un essayait de s'introduire dans la remise située près du chenil. Après vérification, il ne trouva rien d'anormal, mais les aboiements continuaient. Cherchant à découvrir l'intrus, Chris se mit à courir. Il se rendit vite compte qu'il n'était pas seul et que quelque chose le poursuivait. Il courut à peu près 100 mètres jusqu'à l'extrémité ouest de sa propriété. Puis essoufflé, il s'arrêta et se retourna pour reconnaître qu'il avait été rattrapé. En fait, il dit qu'il pensait qu'il allait mourir. À environ un mètre cinquante derrière lui se tenait une petite créature extraterrestre avec une grosse tête et des bras et des jambes filiformes. ''OK, vous m'avez eu'', dit Chris. Par télépathie, l'être répondit : "Vous ne comprenez pas, nous sommes là pour vous aider." Puis, alors que Chris Jr. commençait à se diriger vers l'endroit où il se trouvait, l'extraterrestre disparut sans plus attendre. Le père et le fils rentrèrent alors à la maison pour réfléchir à ce qui s'était passé, le fils encore traumatisé par l'échange précédent, et Chris se rendit dans son 41 bureau, déboussolé par les événements de la soirée. Peu de temps après, Chris releva les stores de la pièce située au rez-de-chaussée, et là, à une trentaine de mètres dans la cour, se tenait un autre extraterrestre. Celui-ci mesurait environ 1,80 m et n'établit aucun contact direct. En janvier 2007, Chris Bledsoe souffrait de la maladie de Crohn depuis 12 ans. Suivi par son médecin, il parvenait à contrôler les symptômes sévères de cette maladie débilitante. Pour ceux qui ne la connaissent pas, la maladie de Crohn affecte le système gastro-intestinal et touche environ 700 000 personnes aux États-Unis. Les symptômes comportent des douleurs abdominales, de la fièvre et le besoin urgent de déféquer fréquemment. Elle peut dès lors gêner les interactions sociales de la personne concernée. Il est important de noter que les patients signalent des périodes de rémission. Néanmoins, pour ces patients, les symptômes réapparaissent presque toujours au bout de cinq ans. Une telle information est nécessaire pour comprendre la portée de cette situation. Pour contrôler les symptômes de sa maladie de Crohn, en janvier, Chris devait prendre deux pilules par jour à des heures précises. C'était sa routine depuis des années et c'était tout à fait nécessaire pour qu'il puisse fonctionner à peu près normalement. Vers 10 heures, le lendemain matin du 9 janvier 2007, Chris se rendit compte qu'il n'avait pas pris sa dose matinale de médicament. C'était extrêmement inhabituel, car ne pas le faire entraînait normalement l'apparition rapide des symptômes, en particulier des nausées. Souffrant d'une forme sévère de la maladie de Crohn, Chris avait des nausées, jusqu'à 25 fois par jour. Lorsqu'il ne ressentait les symptômes que huit ou neuf fois, il considérait que c'était une bonne journée. Mais ce jour-là, aucun symptôme ne fut à déplorer. Depuis ce jour et au moment où nous écrivons ces lignes, Chris n'a plus jamais eu aucun besoin de prendre une nouvelle dose de ce médicament. Il semble qu'au cours de ses rencontres, il ait été guéri de la maladie de Crohn. Cela fait bien plus longtemps que la norme de cinq ans, et il n'a jamais connu de récidive. Comme indiqué précédemment, Chris fit appel à l'hypnose pour l'aider à se souvenir de ce qui s'était passé pendant l’expérience de sa disparition. Au cours 42 d'une régression, il se souvint avoir été poursuivi par des créatures extraterrestres, ce qui l'effraya beaucoup. Il avait vainement essayé de s'enfuir, mais il avait été poursuivi et avait fini par être rattrapé. Toutefois, les extraterrestres lui expliquèrent que leur but était bienveillant. De la conversation qui eut lieu au cours de cette rencontre, il apprit qu'ils étaient là spécifiquement pour l'aider. Chris attribue la guérison de la maladie de Crohn à leur intervention. Pendant la période de l’absence de Chris, son fils vécut lui aussi une expérience bouleversante. Comme les autres hommes, il était parti à la recherche de son père. Contrairement à eux, il tomba sur des créatures très inhabituelles qui le poursuivirent plus profondément dans les bois. Il indiqua notamment que ces créatures étaient relativement petites, paraissaient mécaniques et qu'elles se déplaçaient parfois à quatre pattes. Elles s'étaient approchées de lui à une distance de quatre ou cinq mètres, mais apparemment elles ne l'avaient pas vu. Selon le récit du fils, ces entités avaient des yeux rouges clignotants qui se fermaient alternativement à gauche et à droite. Il signala également que les créatures pouvaient devenir invisibles, si elles le souhaitaient. Spécifiquement, il les vit devenir invisibles, quand elles entendirent le véhicule approcher. Tétanisé, il avait évité d'être capturé et il était resté caché dans la forêt épaisse. Le traumatisme avait été suffisant pour qu'il répugne à sortir de sa cachette. En fait, ce n'est qu'après le retour de son père qu'ils le trouvèrent toujours paralysé par la peur dans son refuge improvisé. Encore sous le choc et tremblant, il demanda pourquoi son père l'avait abandonné. Contrairement à son père, Chris Jr. se souvient consciemment des événements de cette soirée-là et de leur aspect terrifiant. Il serait impossible d'évoquer tous les autres événements paranormaux qui se produisirent au cours des années écoulées. L'un des plus intrigants est l'arbre embrasé du jardin. Cela rappelle Moïse et le buisson ardent sur le mont Sinaï, sauf qu'aucune voix ne se fit entendre. Mais ce qui est plus inhabituel, c'est que cet arbre brûlait de l'intérieur. Cet arbre a une ouverture creuse près de la base qui s'étend sur plusieurs mètres le long du tronc. Lorsque des arbres sont frappés par la foudre et prennent feu, ce qui entraîne parfois des incendies de forêt, ils 43 brûlent généralement de l'extérieur vers l'intérieur. Mais il s'agissait ici d'une combustion spontanée et la foudre n'était pas l'agent causal. Pour avoir personnellement examiné l'arbre, même des années après l'incendie, on peut facilement déterminer les aspects pyrogénétiques de l'incident. Ceux-ci correspondent à la description de Chris, qui parle d'étincelles jaillissant du tronc sans source extérieure. Les caractéristiques visuelles à elles seules sont à la fois intéressantes et inhabituelles, mais il y a d'autres caractéristiques uniques associées à l’arbre. Il semble en effet qu'il émane de lui des vertus curatives. Dès qu’elles furent découvertes, les gens commencèrent à envoyer à la famille des articles vestimentaires à placer à proximité immédiate de la zone creuse de cet arbre. Nous expérimentâmes nous aussi une activité inhabituelle dans les environs immédiats de l'arbre. Victoria semble être ultra-sensible à ces formes d'énergie inconnues, et certaines de ses expériences sont détaillées dans d'autres chapitres. Il faisait nuit et c'était le début de la soirée, lorsque Chris et Victoria s'approchèrent de l'arbre. Je marchais derrière eux pour pouvoir observer leur comportement et photographier tout ce qui pourrait se produire. Ils s'arrêtèrent à quelques mètres de l'arbre et je remarquai que Victoria commençait à faire des mouvements caractéristiques, lorsqu'elle est touchée par des énergies ou des forces extérieures, quel que soit le nom qu'on leur donne. Rien ne convient tout à fait. Ce que je vis, c'est que son corps commença à osciller très légèrement et que ses pieds se déplaçaient d'une manière particulière, mais reconnaissable. Ce n’était pas tout à fait une danse, mais ses mouvements n'étaient certainement plus ceux de sa marche ordinaire. Victoria est consciente des énergies, mais affirme qu'il lui est impossible de contrôler ses mouvements. La description la plus proche que je puis faire de ce que j'ai observé, c’est la similitude avec la manière dont les Amérindiens commencent leurs danses spirituelles lors d'un pow-wow. Toutefois, elle s'arrête généralement bien avant la danse exubérante qui caractérise ces cérémonies. D'après mon observation de ces situations, Victoria ne semble pas consciente du fait qu'un genre de transformation de son comportement est en train de se produire et que ce n'est pas volontaire de sa 44 part. Victoria déclare qu'elle peut sentir la présence de forces extérieures, mais qu'elle est incapable d'arrêter ses mouvements. Le processus de guérison rapporté ressemble à ce que j'ai observé dans d'autres lieux considérés comme sacrés, avec des témoignages de guérisons spontanées. En font partie des lieux tels que la grotte de Lourdes en France ou la rivière Godavari à Nashik, en Inde, où nous nous plongeâmes lors des cérémonies de la Kumbha Mela, en 2015. Si elle est peu connue en Occident, la Kumbha Mela, une ancienne cérémonie hindoue qui réunit des sadhus ("saints hommes"), constitue la plus grande assemblée d'adorateurs au monde. Lors de notre visite, 40 millions de personnes participèrent aux activités religieuses qui durèrent un mois, et on estime que quatre millions d'entre elles entrèrent dans la rivière le jour où nous étions là. Beaucoup d’anecdotes de guérisons inexpliquées accompagnent Chris depuis sa rencontre initiale, en 2007. Il attribue à ces agents extérieurs le mérite d'avoir sauvé la vie de son père et d'avoir ajouté au moins un an et demi à sa longévité. Atteint d'un cancer et d'une septicémie grave, le père de Chris fut hospitalisé pour ce que la famille avait appris, et donc cru être une maladie en phase terminale. La famille se réunit à l'hôpital pour faire face à l'inévitable. Soudain, les cliniciens entrèrent pour annoncer que les nouveaux tests révélaient que le cancer était parti. Chris déclare qu'il prit alors conscience d'une présence lumineuse au-dessus d'eux et pense que c'est son intervention qui permit de prolonger la vie de son père. Il semble aussi que beaucoup d’autres personnes aient bénéficié de la même source de guérison grâce à leur association avec Chris. D'un point de vue scientifique et médical, ces affirmations sont difficiles à vérifier. Les médecins savent qu'il arrive que des personnes connaissent une rémission spontanée sans explication. Cependant, la plupart de ces professionnels de la santé sont très réticents à accepter un concept, tel que les miracles ou l'intervention d'entités invisibles. Comme nous le démontrons ailleurs dans ce livre, ces phénomènes existent bel et bien et défient les théories conventionnelles de la médecine. 45 Un autre phénomène courant rencontré était l'observation d'orbes de lumière flottants. Ces objets lumineux ont souvent une intensité suffisante pour être captés par des appareils d'enregistrement numérique. Dans le jardin de Chris, et en particulier auprès de l'arbre, ces boules apparaissent fréquemment. Elles varient en couleur, en taille et en intensité. Il pense que ces objets sont liés à la source des phénomènes et qu'ils peuvent agir comme des conduits pour des entités spirituelles. Je ne sais pas si c'est ce lieu ou une relation avec Chris qui génère les phénomènes. Il pense que les phénomènes l'accompagnent. Pendant plus d'un an après nos expériences dans son jardin, Chris m'envoya souvent, à moi et à beaucoup d'autres, des photos qu'il avait prises. L'une d'entre elles, que je trouvai très intéressante, provenait d'une vidéo tournée lors d'une fête en intérieur. Une boule de lumière apparaît soudain sur la vidéo et se déplace ensuite dans la pièce. De toute évidence, il ne s'agissait pas d'un artefact ou d'un reflet photographique. Cette courte vidéo fut prise à l'aide d'un smartphone sans capacités particulières. L'image était claire et aucune imagination n'était nécessaire pour voir la boule de lumière faire le tour d'une jeune femme avant de s'éloigner. Il n'y avait aucune source d'énergie à proximité de l'endroit où le phénomène apparut, ni de l'endroit où il disparut. Des orbes qui ne sont pas visibles apparaissent fréquemment sur les photos de Chris. Je vécus une expérience analogue, lorsqu'il accompagna des amis communs et qu'il visita Las Vegas. À l'ouest de la ville se trouve le mont Charleston, qui culmine à plus de 3 500 m. Certains amateurs d'ovnis affirment qu'ils ont également rencontré des extraterrestres, en altitude, sur le versant de la montagne. C'est ainsi que tard, un soir de novembre 2015, nous nous rendîmes en voiture dans un lieu reculé, à environ 2800 mètres d'altitude, pour tenter d'établir un contact. Avec des températures voisines du zéro, nous nous lançâmes dans des activités qui, selon certains, attirent ces visiteurs. Bien qu'il ne se produisit rien d'extraordinaire à cette occasion, je pris quand même un certain nombre de photos au flash. La plupart d'entre elles s’avérèrent conformes à ce à quoi l'on pouvait s’attendre, c'est-à-dire tout à fait banales. Cependant, sur l'une d'entre elles en particulier, on peut clairement voir un certain nombre d'objets 46 ronds. Il est difficile de dire s'il s'agit ou pas d'un effet d'optique. Cependant, il semble étrange qu'ils n'apparaissent que sur ce cliché et non sur ceux pris quelques secondes avant et après. Plusieurs chercheurs ont rendu visite à Chris chez lui. Ceux à qui j'ai parlé croient que quelque chose de mystique se produit réellement là-bas. L'un d'entre eux a tenté de communiquer à l'aide d'un appareil connu sous le nom de boîte à esprits. Les boîtes à esprits sont des appareils en vente dans le commerce, qui sont souvent utilisés par les chasseurs de fantômes. Elles sont censées opérer en balayant rapidement les fréquences électromagnétiques AM et FM à la recherche de réponses d'entités désincarnées. Je ne me prononce pas sur la fiabilité de tels appareils, mais Chris pense avoir entendu des messages audibles et intelligibles qui en provenaient. L'un des messages les plus importants qu'il entendit fut – ‘’Il nous aidera’’ - par rapport à son implication dans ces activités paranormales. Il ne comprend toujours pas le sens de cette transmission et cherche encore luimême des réponses. Je m'en voudrais de ne pas parler davantage de la famille Bledsoe. Je l'ai décrite comme étant très soudée, partiellement à cause de la façon dont elle a fait face aux attaques ad hominem des sceptiques et de certains membres de la communauté ufologique. Les ayant côtoyés à plusieurs reprises, ayant visité leur maison et m'étant entretenu avec eux, je peux affirmer que les informations qu'ils fournissent sont tout à fait cohérentes. Les membres de la famille reconnaissent pleinement l'étrangeté de ces rencontres, mais ils en font un récit honnête et sincère. Lorsque l'on parle avec chacun d'entre eux indépendamment, ils sont ouverts, chaleureux et factuels. Plus important encore, leurs descriptions des événements concordent, chacun ayant sa propre appréciation de ces événements, puisqu’ils ont tous été affectés, quoique de manière différente. Ce qui est clair, c'est que ce qu'ils disent, ils le croient, et qu'il n'y a aucune indication de collusion ni de manœuvre destinée à tromper les autres. Il est impossible de rencontrer une famille plus sympathique, dont chacun des membres a vécu des événements qui défient l'entendement. 47 CHAPITRE 3 : PARLER AUX DAUPHINS "Je pense qu'ils sont très loin pour l'instant", indiqua Jan Northup. Elle essayait de communiquer mentalement avec un groupe de dauphins sauvages. C'était le milieu d'après-midi d'une journée idyllique de juillet 1987, et nous dérivions tranquillement sur un petit bateau de pêche à environ 20 milles au nord de West End, sur l'île de Grand Bahama. Ce secteur des Bahamas était réputé pour les contacts avec les dauphins, et notre groupe avait entrepris de tester les limites de ces rencontres. Des membres de notre groupe avaient déjà mené d'autres expériences avec des dauphins en captivité. Cette expérience était différente, puisque ces animaux très intelligents n'étaient soumis à aucune contrainte ; c'était à eux de décider s'ils voulaient participer ou non. Ce jour-là, ils le firent, et les résultats furent à la fois remarquables et inexplicables par la théorie scientifique traditionnelle. Les groupes varient en taille, mais il y en a généralement moins de 20. En fonction de la disponibilité de la nourriture, lorsqu'ils chassent, ils se séparent en unités plus petites pour se réunir à nouveau plus tard dans la journée. En moyenne, chaque dauphin parcourt environ 200 miles carrés en une seule journée. On ne savait donc pas où ils se trouvaient à un moment donné. Mon intérêt pour les communications inter-espèces remontait à plusieurs années, alors que je suivais un cours à Fort Ord, en Californie. Comme on le verra par la suite dans le chapitre "Voyages hors du corps", l'Institut Esalen, situé pas très loin à Big Sur, était la Mecque des grands penseurs du Nouvel Âge. À Esalen, j'eus l'opportunité de rencontrer un pionnier de l'étude de la conscience, le légendaire John Lilly, et ce fut une expérience assez stupéfiante. Médecin, Lilly était l'un des rares chercheurs de l'époque à avoir accès au diéthylamide de l'acide lysergique, mieux connu sous le nom de LSD. Ce chercheur expérimenté croyait en une certaine implication personnelle dans ses expériences. Il dirigeait également les efforts de recherche sur les communications avec les grands mammifères cérébraux et il était l’auteur du premier livre incontournable 48 sur le sujet, Lilly on Dolphins.12 Ses expériences initiales indiquaient que les dauphins disposaient d'un système de communication très développé. Lilly pensait que la communication entre les dauphins et les humains était tout à fait possible, au-delà de la réponse aux signaux de la main pour obtenir une récompense. À partir des découvertes de Lilly, nous essayâmes d'élever la communication à un nouveau niveau, d'esprit à esprit. Grâce à la générosité de Ted Rockwell, nous pûmes programmer un voyage d'une semaine à bord du Dream Too, dans les eaux bleu céruléen des Bahamas. Le groupe comprenait Ted et Mary Rockwell, Scott et Johnnie Jones, Jan Northup, qui était ma femme à l'époque, et mon fils Mark, un plongeur très expérimenté. Ted et Mary étaient accompagnés de leur sémillante petite-fille adolescente, Angie, qui avec son maillot de bain qui ne laissait pas beaucoup de place à l'imagination, réussissait à distraire continuellement les jeunes membres de l'équipage du capitaine, Scott Smith. Sur la base de nos expériences psychiques antérieures, nous avions des raisons de croire que Jan avait une capacité innée à interagir télépathiquement avec les dauphins. Ce voyage allait permettre de tester ce concept en pleine mer. Le bateau, lent et large, mesurait environ 20 mètres de long, et il avait été aménagé pour accueillir des groupes de pêcheurs qui y passaient la nuit. Avec une vitesse de croisière de 8,5 nœuds, il nous fallut toute une nuit pour naviguer d'un port près de Palm Beach, en Floride, jusqu'à l'endroit où nous devions passer la douane des Grandes Bahamas. Les eaux étant relativement calmes, la traversée du Gulf Stream fut agréable et nous dormîmes presque tout au long du trajet. Une fois les formalités douanières accomplies, le capitaine mit le cap au nord, vers un secteur où les rencontres avec les dauphins sont fréquentes. Dans des eaux dont la profondeur dépasse rarement 10 mètres, nous jetâmes l'ancre et nous descendîmes le Zodiac gonflable à l'arrière, où il resta attaché pendant toute la durée du séjour. 12 John C. Lilly, Lilly on Dolphins: Humans of the Sea, Anchor Press. 1975. ISBN 0-385-01037-0. 49 Nous avions des protocoles stricts, et notamment l'interdiction de toucher les dauphins sauvages. Tout contact physique était laissé à leur discrétion. Même en 1987, nous savions que certains dauphins étaient susceptibles de contracter des maladies et des infections humaines, et nous ne voulions pas être responsables d'un tel transfert.13 Le capitaine Smith me confia récemment que pour les plongées actuelles, les toucher était permis. Cependant, la majorité des dauphins n'aiment pas cela, et il recommande aux nageurs de laisser les dauphins venir à eux, en douceur. La plupart de nos rencontres impliqua d'entrer dans l'eau avec ces magnifiques animaux, mais à quelques occasions, nous essayâmes de communiquer mentalement, tout en restant à bord de notre embarcation flottante. Ce que nous apprîmes vite, c'est que les dauphins, même s’ils étaient curieux, poursuivraient leur chemin, à moins de les attirer très rapidement. C'est pourquoi nous gardions nos masques et nos palmes à un endroit où nous pouvions les attraper en sautant par-dessus bord. Une fois dans l'eau, nous enfilions l'équipement ; cette activité suffisait généralement à attirer les dauphins tout près de nous. Quoique nous avions emporté notre équipement de plongée, il était hors de question de prendre le temps de mettre des bouteilles, car les dauphins s'éloignaient très rapidement, si on ne les attirait pas. La réaction des dauphins à notre présence physique était spectaculaire. Souvent, ils tournaient autour des nageurs en décrivant des mouvements en spirale vers le haut ou vers le bas. Certains s'approchaient très près, à quelques centimètres. Il ne faut pas oublier que ces animaux mesurent entre deux et trois mètres de long et qu'ils pèsent plusieurs centaines de kilos.14 Renommés pour leur capacité d'écholocalisation, ils surgissaient des eaux plus profondes pour glisser jusqu'à nous avec une précision exquise, virevolter et plonger à nouveau, et cela durait jusqu'à ce qu'ils se lassent de ces pitreries pour reprendre leur chasse aux poissons journalière. Si un tel spectacle était absolument grisant, le mieux que nous pûmes en déduire, ce fut que les dauphins étaient disposés à jouer avec 13 14 https://www.scientificamerican.com/article/dolphin-die-off-tied-tovirus-related-to-human-measles/ http://www.dolphins-world.com/atlantic-spotted-dolphin/ 50 nous pendant de courtes périodes de temps, ce qui ne nous dit rien sur l'existence ou non d'une communication. Nous décidâmes tous que l'après-midi suivant, lorsque les dauphins s'approcheraient, nous resterions sur le bateau pour procéder à une expérience contrôlée. Jan sentit d'abord qu'une partie du groupe se trouvait à une distance considérable. C'est vers 16 heures qu'elle sentit que les dauphins s'approchaient par le nord-est. Ainsi alertés, nous entreprîmes de balayer visuellement l'horizon. En l'espace de quelques minutes, un groupe d'environ six dauphins tachetés de l'Atlantique fut repéré juste à droite de la proue. En arrivant dans notre direction générale, leur trajectoire projetée les ferait passer devant la proue. Lorsqu'ils s'approchèrent, Jan envoya un message mental afin qu'ils changent de direction et qu'ils se dirigent vers le Zodiac à l'arrière. Subitement et à l'unisson, le groupe opéra un virage à gauche d'environ 60 degrés pour se diriger vers le sud en direction du canot pneumatique. Voilà qui était intéressant, mais certainement pas concluant. Les dauphins passèrent sous le canot pneumatique et commençaient à s'éloigner. Ils se trouvaient à une centaine de mètres, quand un autre message fut mentalement transmis. Par télépathie, Jan leur demanda de faire demi-tour et de revenir vers le Zodiac. Cela exigeait des dauphins qu'ils effectuent un virage à 180 degrés, ce à quoi l’on ne s'attendrait pas s'ils suivaient normalement leur routine de chasse habituelle. Le fait est que dans la minute qui suivit, tout le groupe vira pour revenir vers l'embarcation. Une fois-là, on leur demanda mentalement d'effectuer un nouveau virage à 180 degrés. Le groupe obtempéra, avant de poursuivre son voyage temporairement interrompu vers le sud-ouest. Il y eut un consensus au sein de notre groupe pour dire que les actions des dauphins indiquaient clairement qu'ils répondaient à la communication télépathique envoyée par Jan Northup, sur la base de l'exécution de trois instructions distinctes qui avaient été transmises mentalement. Deux des virages effectués nécessitaient qu'ils se détournent totalement de la direction qu'ils suivaient. Nous en conclûmes aussi que ce groupe avait volontairement choisi de coopérer à l'expérience. Même si déduire un motif des actions d'une autre espèce 51 peut naturellement prêter à controverse, cela semblait raisonnable dans ce cas, puisqu'il n'y avait eu aucun moyen de persuasion physique pour obtenir leur coopération. Dans le prolongement de notre aventure en haute mer, nous poursuivîmes des expériences de communication télépathique avec des dauphins en captivité dans le cadre d’un spectacle avec des dauphins sur l'île de Galveston, au Texas, près du golfe du Mexique. Toujours en collaboration avec Jan Northup, Scott Jones conçut une série de tests qui confirmèrent l'existence d'une communication interespèces n'utilisant que des transmissions mentales. Les résultats indiquèrent en outre une capacité de précognition. Des panneaux indiquant les directions cardinales (nord, sud, est et ouest) furent placés sur un réservoir circulaire. Ces panneaux en carton, avec une grande lettre pour indiquer la direction, furent placés face à l'intérieur du bassin. Dans chaque cas, un seul dauphin se trouvait dans le bassin et deux observateurs étaient disposés de manière à pouvoir enregistrer les actions du dauphin. Mais si les observateurs savaient reconnaître les réponses des dauphins, ils ignoraient totalement le contenu des instructions. Avant d'arriver, Scott avait élaboré six séries d'instructions relativement complexes. Par exemple, l'une d'entre elles pouvait être : se diriger vers l'ouest, effectuer deux fois le tour du bassin dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, et finir vers le nord. Puis, les six séries d'instructions furent placées dans des enveloppes opaques et scellées. Ces enveloppes furent mélangées et finalement numérotées de 1 à 6. Jan n'avait aucune connaissance des instructions écrites et Scott ignorait quelle série d'instructions se trouvait dans une enveloppe donnée. Pour commencer l'expérience, Scott lança un dé. Le numéro obtenu permit de sélectionner l'enveloppe. Jan seule ouvrit l'enveloppe, lut les instructions, puis les transmit télépathiquement au dauphin. Incroyablement, les dauphins exécutèrent correctement cinq des six séries d'instructions, même si l'une d'entre elles dut être modifiée, car Scott avait supposé que le réservoir se situerait dans une zone 52 ouverte. Or, il s'avéra qu'il y avait un plafond métallique à quelques mètres audessus du réservoir. On procéda à la modification, puisque les instructions prévoyaient de sauter deux fois à un certain endroit. Jan indiqua que le dauphin lui avait envoyé un message précisant qu'il était hors de question d'effectuer de tels sauts en raison des contraintes physiques imprévues. En réalité, elle me dit que le dauphin lui avait demandé de "regarder en l'air". Constatant le problème, ils convinrent mentalement qu'un mouvement de danse à l'endroit spécifié suffirait. L'aspect précognitif se manifesta avec la dernière enveloppe. Avant même que Jan ne puisse ouvrir l'enveloppe, le dauphin se lança dans son numéro, et une fois terminé, il fut constaté que les actions entreprises par le dauphin correspondaient à celles contenues dans l'enveloppe scellée. Les dauphins n'étaient pas la seule espèce avec laquelle je vécus une forme d'interaction contrôlée. En 2015, Victoria et moi, nous nous rendîmes au Royaume de Tonga, dont la superficie est à peu près équivalente à celle du Texas, bien que seulement deux pour cent, environ, de l'île-nation soit constituée de terre ferme, ce qui représente environ un tiers de la taille du minuscule Luxembourg. Ces îles isolées se situent à l'est des îles Fidji et à environ 1800 km au nord-est de la Nouvelle-Zélande. Après avoir décollé de Nadi (aux îles Fidji), nous passâmes la nuit tout près de la capitale, Nuku'alofa. Le lendemain matin, nous embarquâmes à bord d'un avion de tourisme bimoteur de fabrication chinoise pour un autre vol de deux heures au-dessus de l'océan jusqu'au groupe d'îles septentrionales de Vava'u. C’est là que nous découvrîmes les plus grands mammifères, les baleines à bosse, dans leur habitat aquatique naturel. Cette formidable aventure consista à plonger avec les baleines, la plupart du temps en eau libre très profonde. Cette région du Pacifique Sud est une zone de mise bas naturelle pour les baleines à bosse qui migrent chaque année vers le nord pendant le rude hiver antarctique. Les îles Tonga sont l'une des rares régions du monde où l'homme peut nager avec les baleines à bosse, une expérience ineffable. À titre indicatif, les baleines à bosse adultes mesurent en 53 moyenne de 12 à 18 mètres de long et elles pèsent jusqu'à 44 tonnes. Il est évident que la moindre erreur de calcul, de la part du nageur ou de la baleine, pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour l'homme. Nous eûmes le privilège de voir notre expédition guidée par Darren Jew, un photographe professionnel et l'un des rares Canon Masters, qui a rassemblé une extraordinaire collection de photos sous-marines de ces magnifiques créatures et qui nous a guidés de manière experte pour que nous puissions prendre des photos incroyables.15 Une jeune Britannique pleine d'entrain, Sonia Bungaroo Valdez, qui a malheureusement choisi de se réfugier sur la terre ferme à Londres, nous accompagna au cours de nos plongées. Grâce à son aide, Victoria, qui ne sait pas nager, put s'aventurer dans des eaux apparemment sans fond avec un équipement de flottaison adapté et voir les baleines en action. Ce que nous ne pûmes faire que six jours sur les sept que nous passâmes là-bas. Les habitants de ce royaume sont très religieux. C'est ainsi que le dimanche, selon la loi tongienne, aucune activité sportive n'est autorisée. Des précautions sont également prises afin d’éviter toute opération qui pourrait être considérée comme un harcèlement des baleines, et en particulier des baleineaux. Les protocoles de plongée furent strictement respectés. Seul un nombre limité de nageurs était autorisé dans l'eau à un moment donné. La plupart du temps, nous repérions les baleines dans des eaux bleues, c'est-à-dire très profondes, et comme dans les films sur la chasse à la baleine, tous les jours, nous scrutions l'océan à la recherche du jet d'eau révélateur de la remontée des baleines pour respirer. Une fois localisées, nous nous précipitions vers la zone et nous essayions de déterminer si le groupe se déplaçait ou s'il était stationnaire. En général, nous trouvions que les baleines voyageaient par trois : soit, une mère, son baleineau et l'escorte mâle. Dans la mesure du possible, nous nous mettions à l'eau en précédant les baleines et nous les filmions pendant qu'elles venaient vers nous. Il était clair et évident qu'elles étaient conscientes de notre présence, car elles viraient de quelques degrés sur le côté ou plongeaient plus profondément en dessous de nous. Nous constations parfois qu'elles s'attardaient un peu, mais à des profondeurs qui dépassaient largement les 15 https://darrenjew.com/ 54 possibilités de la plongée libre, à une bonne trentaine de mètres de profondeur. Nous flottions juste au-dessus d'elles, nous observions leurs actions et nous écoutions leurs chants, lorsqu'elles communiquaient. Les baleineaux avaient besoin de respirer plus fréquemment que les adultes. Il était fascinant de les voir s'approcher de la surface, puis de nous contourner pour atteindre un endroit dégagé. Le baleineau soufflait et respirait, puis replongeait aux côtés de sa mère. Au cours de la semaine, nous utilisâmes plusieurs embarcations différentes. Il faut souligner un incident survenu, alors que nous utilisions le Monkey Man, un bateau pneumatique rigide de 10 mètres équipé de deux moteurs hors-bord. Nous avions plongé périodiquement durant la majeure partie de la journée, et nous nous apprêtions à regagner les quais de Neiafu, la deuxième ville du royaume, et à l'entrée des îles extérieures depuis le large, nous nous retrouvâmes subitement encerclés par un groupe de sept baleines à bosse, chacune étant plus longue que notre embarcation. L'action prit une tournure frénétique, avec les baleines qui faisaient des cabrioles à côté de nous. Je décidai de rester à bord et de photographier les événements en cours. Utilisant à la fois ma Sony Handicam et l'appareil photo Nikon, je suivis l'action du mieux possible. Plusieurs autres plongeurs se jetèrent à l'eau et furent engloutis dans la mêlée. Ce fut là une expérience absolument formidable. Alors que les baleines nageaient et plongeaient souvent directement sous notre canot pneumatique, il était évident qu'elles savaient précisément où nous nous trouvions, et en fait, à certains moments, leurs nageoires frôlèrent les platsbords. Il paraissait évident qu'elles avaient décidé d'interagir avec nous, ou à tout le moins de nous permettre de participer à ce qui semblait être une fête exubérante. Étant plus grosses que notre embarcation, elles auraient pu facilement nous renverser, mais elles semblaient agir avec beaucoup de circonspection. Plongeant et se retournant à côté de nos nageurs, elles évitèrent tout contact physique qui aurait pu provoquer de graves blessures. Notre guide, Darren Jew, souligna qu'il s'agissait là d'un comportement tout à fait inhabituel et qu’il n'avait jamais vu ce genre d’interactions. 55 Reconnaissons que les guides de certaines croisières d'observation des baleines ont noté que les jeunes baleines paraissent souvent s'intéresser à leur clientèle. Parfois, elles s'approchent suffisamment près pour que les passagers puissent les toucher. Toutefois, il n'y a que peu d'endroits dans le monde où les nageurs sont autorisés à entrer dans l'eau avec elles. Et par ailleurs, les choses ne se passent pas toujours bien. En mars 2015, au large de Cabo San Lucas, au Mexique, une baleine grise sauta en dehors de l'eau et atterrit sur un bateau en tuant une Canadienne.16 À Tonga, nous avions observé des tas de sauts, mais aucun à proximité immédiate. Nous avons conçu des expériences pour tester l'intention des baleines et pour tenter de déterminer si on peut faire la preuve d’une véritable communication télépathique. Malheureusement, nous n'avons pas été en mesure de trouver un sponsor prêt à soutenir cette recherche. Les baleines et les dauphins sont des mammifères aquatiques dotés d’un gros cerveau. En septembre 2016, j’effectuai une plongée en compagnie de grands requins blancs au large de l'île de Guadalupe, au Mexique, mais malgré toutes mes tentatives pour influencer leurs actions, il n'y eut pas la moindre preuve qu'ils réagissaient. Parfois curieux, ils nageaient tout près de la cage que j'avais judicieusement choisie d'utiliser. La seule chose à laquelle ils s'intéressaient activement, c'était l'appât. Deux semaines plus tard, un grand requin blanc parvint à entrer dans une cage similaire dans la même zone.17 La vidéo est devenue virale. Par miracle, la personne qui se trouvait à l’intérieur de la cage ne fut pas blessée. Il semble qu'il existe un lien spécial entre les humains et les dauphins, attesté tout au long de l'histoire. De nombreux sauvetages ont été recensés, de même que des histoires de dauphins protégeant des humains d'une attaque de requin. L'un de ces sauvetages eut lieu au large du nord de la Nouvelle-Zélande en 2004, http://www.usatoday.com/story/news/world/2015/03/11/whale-killstourist/70184294/ http://www.independent.co.uk/news/great-white-shark-thrashes-intocage-with-diver-inside-attackwatch-video-a7364391.html 16 17 56 lorsqu’un groupe de dauphins empêcha un grand requin blanc de dévorer un groupe de nageurs.18 Nous ne sommes pas sans savoir que les interactions entre l'homme et la baleine ont été dévastatrices pour les baleines, certaines espèces ayant été poussées au bord de l'extinction. D'après mes observations personnelles, c'est une bonne chose qu'elles ne semblent pas être rancunières. 18 https://www.theguardian.com/world/2004/nov/23/1 57 CHAPITRE 4 : GUÉRISON ET GUÉRISSEURS "Le cœur de votre femme bat peut-être encore, mais elle n'est plus réellement là. Il est trop tard pour la sauver". Ces paroles s'adressaient au mari d'Anita Moorjani, qui était allongée sur un lit d'hôpital dans une chambre au fond d’un couloir.19 Moorjani, comme tant d'autres, s'était vue infliger une condamnation à mort suivant le modèle médical traditionnel matérialiste, qui ne tient pas compte du rôle que la conscience humaine peut jouer dans le processus de la guérison. Moorjani survécut, en fait. Il en va de même pour des millions d'autres personnes, guéries à la fois par des interventions physiques et par des interventions spirituelles. Depuis des millénaires, des malades se tournent vers la prière et des mesures alternatives pour guérir. Parfois, elles fonctionnent. Fortement liées au système de croyances du patient, ces méthodes alternatives complètent souvent les pratiques médicales traditionnelles, mais elles ne devraient pas les remplacer. Il ne fait aucun doute que la médecine moderne accomplit des merveilles. Des avancées sont annoncées pratiquement chaque semaine. La médecine moderne a globalement augmenté l'espérance de vie au cours du siècle dernier. Les systèmes de soins de santé sont une autre affaire, et dans ce secteur, les ÉtatsUnis sont à la traîne par rapport au reste du monde développé.20 En tant qu'ancien combattant, j'ai vu notre capacité à sauver la vie des soldats blessés s’accroître de manière spectaculaire. De même que des progrès ont été réalisés pour sauver des vies, le traitement des survivants a fait l'objet d'efforts phénoménaux, notamment en ce qui concerne les prothèses et les brûlures. Si la guerre n'apporte pas grand-chose de bon, les améliorations apportées au traitement des lésions traumatiques sont un domaine qui a produit des résultats positifs. Ces progrès se répercutent ultérieurement sur le traitement des lésions traumatiques dans le secteur civil. Les soins de santé constituent l'un des plus épineux problèmes auxquels l'Amérique est maintenant confrontée. Cela ne changera pas dans un avenir 19 Anita Moorjani, Dying to be Me, My Journey from Cancer, to Near Death, to True Healing, Hay House, Inc., 2012 20 https://www.washingtonpost.com/national/health-science/us-lifeexpectancy-declines-for-the-first-timesince- 1993/2016/12/07/7dcdc7b4-bc93-11e6-91ee-1adddfe36cbe_story.html 58 prévisible, puisque c'est devenu l'ultime enjeu politique. Les merveilles technologiques de la médecine s'accompagnent de coûts de plus en plus élevés. Les débats abondent sur la question de savoir qui doit avoir accès aux soins de santé, quelles sont les limites à appliquer et pour quels patients. La liste des problèmes s'allonge à l'infini. Les attentes en matière de soins médicaux dans d'autres parties du monde varient énormément. C'est particulièrement vrai, comparativement à celles que l’on rencontre aux États-Unis ou dans le reste du monde technologiquement développé. En Amérique, il y a un médecin pour 434 personnes.21 Il est important de noter que les médecins ne sont pas uniformément répartis dans tout le pays. Ce ratio n'est pas le plus élevé, et Cuba, un pays qui a fortement mis l'accent sur la médecine, compte environ six médecins pour 1 000 habitants. À l'inverse, dans une grande partie de l'Afrique en voie de développement, il y a moins d'un praticien de santé (pas nécessairement un médecin) pour 1000 personnes. Mais il ne s’agit pas d’un livre sur les problèmes des soins de santé ou sur le fiasco des soins de santé aux États-Unis en particulier. Il traite des phénomènes psi et de mes observations directes. Il suffit de gratter la surface pour trouver un rapport entre les capacités psychiques et la guérison. Cela fait partie intégrante de notre expérience. Au fil des ans, j'ai eu le privilège de rencontrer de nombreux guérisseurs qui utilisaient des méthodes non conventionnelles. Certains, comme mon mentor, Elisabeth Kübler-Ross, étaient diplômés en médecine. D'autres, qui pratiquaient des méthodes alternatives, n'avaient aucun diplôme. La plupart des chamans que nous avons rencontrés n'avaient aucun diplôme universitaire, mais ils obtenaient souvent des résultats étonnants. Par nécessité, les populations des pays sous-développés et en voie de développement se sont tournées vers des pratiques alternatives pour trouver des solutions en matière de soins de santé. Même si la plupart des Américains les considéraient comme des primitifs, il s'avéra qu'il y avait beaucoup à apprendre des guérisseurs traditionnels. Malheureusement, les grandes sociétés pharmaceutiques ont trop souvent exploité les peuples indigènes et leurs 21 http://www.nationmaster.com/countryinfo/stats/Health/Physicians/Per-1,000-people 59 connaissances naturelles en pharmacologie. La biopiraterie, comme on la connaît aujourd'hui, débuta lorsque des anthropologues qui étudiaient des tribus lointaines découvrirent qu’elles utilisaient des plantes et des herbes locales pour soigner leurs patients. Des échantillons de ces plantes et de ces herbes furent alors transportés dans des laboratoires américains afin que des chimistes puissent déterminer les ingrédients actifs, les incorporer dans des pilules et acquérir des brevets. L'entreprise pharmaceutique gagnait ainsi un pactole, alors que les tribus n'en ont retiré qu'un bénéfice marginal.22 Les méthodes de guérison alternatives se déclinent en une variété pratiquement infinie. Il y a des interventions physiques, comme l'imposition des mains, les régimes alimentaires, l'utilisation de cristaux et d'autres minéraux, ainsi que des vitamines et des préparations spéciales. Les prédispositions psychologiques du patient sont reconnues comme un élément important de la guérison. Il existe des pratiques conscientes, comme la visualisation des résultats souhaités. Cette visualisation peut être effectuée soit par le patient, soit par un guérisseur. Par ailleurs, la prière intercessionnelle est parfois efficace. Enfin, la chirurgie psychique peut être employée, soit par un guérisseur humain, soit par un guérisseur désincarné. Si certaines des méthodes alternatives sembleront incroyables pour certains lecteurs, c'est ici qu'il est important de comprendre la question de la diversité des systèmes de croyance. Il faut aussi reconnaître qu'il existe des charlatans qui s'attaquent aux personnes les plus vulnérables et qu’il est parfois malaisé de faire le tri entre les charlatans et les guérisseurs bien intentionnés. J'ai rencontré les deux cas de figure, et voici quelques-unes des méthodes de guérison alternative auxquelles j'ai été confronté. LA MÉTHODE DE GUÉRISON ÉNERGÉTIQUE BENGSTON Il s'agit d'un processus mental en vertu duquel le guérisseur fait donc défiler mentalement toute une série d'images qu'il a lui-même choisies et qui n'ont rien 22 http://theconversation.com/biopiracy-when-indigenous-knowledge-ispatented-for-profit-55589 60 à voir avec le sujet ou le patient. Scientifiquement, cela n'a aucun sens, mais les résultats sont pourtant indéniables. Bill Bengston fait partie des guérisseurs très intéressants avec lesquels j'ai suivi une formation. La méthode de guérison énergétique de Bengston est l'une des méthodes de guérison alternatives les plus étudiées.23 Cela ne veut pas dire qu'elle est comprise — et encore moins acceptée — par la communauté médicale ou scientifique conventionnelle. Elle devrait l'être. Bill, qui est professeur au St. Joseph's College de New York, a effectué des expériences détaillées sur la guérison énergétique pendant plusieurs décennies. En sa qualité d'actuel président de la Society for Scientific Exploration, il présente souvent au public des images explicites de souris en proie à divers états d'affliction, avec des tumeurs cancéreuses qui sont finalement guéries. Le processus que Bill emploie est purement mental, avec parfois l'aide d'une énergie de guérison par imposition des mains ou l'application de certaines substances. Ceci inclut l'utilisation d'un coton spirituellement chargé qui semble, d'une certaine manière, influencer le processus de guérison. Aucune de ses méthodes n’a recours à des produits pharmaceutiques supplémentaires, mais pour des raisons juridiques, il recommande vivement aux gens de suivre ou de poursuivre des traitements médicaux traditionnels appropriés, même s'ils optent aussi pour la voie alternative. Des recherches approfondies ont démontré l'efficacité de la méthode de Bill. Elle a été testée à de nombreuses reprises et elle a permis de guérir des souris atteintes d'un cancer mammaire et d'un sarcome induit par le méthylcholanthrène. Ces animaux ont souvent vécu plus longtemps qu’attendu dans des circonstances normales, et aucune des souris traitées n'a développé de cancer par la suite. L'expérimentation animale est très significative par rapport aux résultats obtenus chez l'homme, qui sont souvent qualitatifs plutôt que quantitatifs. Pour faire simple, les souris ignorent qu'elles font l'objet d'une expérience. Pour autant que nous le sachions, elles n'ont pas la capacité cognitive de former l'intention de plaire au chercheur. Nous ne pensons pas non plus qu'elles aient la capacité de modifier intentionnellement leur état. 23 Le site web de Bill Bengston : http://www.bengstonresearch.com/ 61 Contrairement aux humains, les souris ne sont que des bénéficiaires de la guérison, sans interaction consciente avec le guérisseur. Ceci élimine les contestations de l'attribution des résultats à un effet placebo. L'un des moyens les plus inhabituels qui complète le travail de guérison de Bill est l'utilisation de coton chargé psychiquement. Celui-ci s’applique directement sur la partie du corps concernée pour soulager la douleur ou faciliter la guérison. Les instructions suggèrent de se débarrasser du coton utilisé, comme on le ferait pour tout produit médical contaminé. Il y a plein d'anecdotes concernant l'efficacité de l'utilisation du coton chargé. L'une d'entre elles nous vient de mon frère, qui devait subir une intervention chirurgicale dans une zone très sensible. Après avoir reçu le coton, il le plaça tout près de la zone concernée. Peu de temps après, il déclara que la douleur et la sensibilité avaient diminué significativement. Un autre exemple est celui d'un ami atteint d'un grave cancer de la gorge. Bien qu'il ait finalement succombé à la maladie, il utilisa le coton chargé pendant plusieurs mois, persuadé qu'il rendait l'expérience beaucoup moins douloureuse. LE DR LARRY DOSSEY "Pourquoi ? J'étais étudiant en médecine au Parkland Memorial Hospital ce jourlà", répondit Larry.24 Au cours de notre premier dîner ensemble, Victoria lui avait posé sa sempiternelle question : "Où étiez-vous, lorsque Kennedy a été abattu ?" Quelque peu interloquée par sa réponse, Victoria dit : "Je parie qu'on vous a questionné là-dessus de nombreuses fois." "Non", répondit Larry, "personne ne m'a jamais interrogé là-dessus". Résidant de l'autre côté de la ville de Santa Fe, au Nouveau-Mexique, et ayant de nombreux intérêts et amis en commun, nous étions devenus amis avec Larry et sa femme, Barbara. En réponse à la question de Victoria, Larry nous confiera que son travail, 24 Pour ceux qui sont trop jeunes pour s'en souvenir, le Parkland Memorial Hospital est l'endroit où le président Kennedy fut transporté après son assassinat, le 22 novembre 1963. 62 ce jour-là, se résumera à tenir le téléphone pour un correspondant de presse qui avait réussi à appeler son réseau à New York et qui craignait d'interrompre la connexion. Observateur de la confusion cacophonique qui régnait à l'hôpital et contrairement aux théoriciens du complot, Larry était persuadé que LBJ, ou toute autre personne de la hiérarchie immédiate, n'avait pas été prévenu de l'assassinat de JFK. Quelques années plus tard, Larry deviendra un chirurgien de bataillon affecté à la 173ème brigade aéroportée au Viêt Nam. La guerre était une autre expérience commune que nous partagions. Mais c'est son travail dans le domaine de la médecine alternative qui nous a rapprochés. Barbara est une infirmière qui partage beaucoup de nos intérêts communs et qui s'adresse souvent aux infirmières dans la communauté médicale. Les médecins n’ignorent pas que les infirmières ont un contact plus personnel avec les patients. Ainsi, les infirmières entendent souvent parler de détails qui échappent aux brèves interactions avec les médecins, notamment les expériences de mort imminente, les visitations ou visions avant la mort, et d'autres phénomènes similaires. Dans son livre de 1989, Recovering the Soul, Larry inventa l'expression "esprit non local" pour se référer à une conscience qui transcende le cerveau. L'esprit non local ''est un aspect spatialement et temporellement infini de notre conscience", écrivit-il. D’après lui, il est analogue à ce que l’on a décrit comme l'âme, un concept souvent rejeté par les scientifiques traditionnels. Il y a un conflit inhérent entre la vision matérialiste du monde et le concept d'une interconnexion infinie basée sur la Conscience, et les implications ne sauraient être plus profondes. Il développe ce concept dans son livre le plus récent, One Mind.25 Il a aussi contribué à la recherche sur le pouvoir de la prière, comme partie intégrante du processus de guérison. Si la plupart des guérisseurs se concentrent sur les aspects positifs de la prière et de l'intention, il a remarqué qu'il pouvait aussi y avoir des influences négatives. L’idée d’utiliser des pensées négatives est 25 Larry Dossey M.D., One Mind: How Our Individual Mind Is Part of A Greater Consciousness And Why it Matters, Hay House, Inc., 2016. J’en ai réalisé une traduction que vous pouvez consulter ou télécharger ici : https://studylibfr.com/doc/10172078, NDT. 63 à la base des malédictions, un sujet qui est considéré comme un canular par la plupart des scientifiques. (Je reviendrai sur ce sujet dans un chapitre ultérieur consacré aux chamans). Après avoir conclu que les pensées, qu’elles soient positives ou négatives, peuvent influencer la guérison, Larry cosigna un article qui soutenait que la prière intercessionnelle pouvait aussi avoir un impact rétroactif sur un patient. Cet article se basait sur une étude remarquable de Leonard Leibovici publiée dans le British Medical Journal.26 Selon le résumé : "Leibovici a publié une étude intrigante qui remet en question les notions conventionnelles du temps, de l'espace, de la prière, de la conscience et de la causalité. L'étude randomisée contrôlée en double aveugle et en groupes parallèles (avec et sans prière) portait sur 3393 patients septiques et considérait l'hypothèse d’après laquelle la prière "rétroactive" effectuée 4 à 10 ans plus tard influençait les résultats. Pour les résultats présélectionnés, la mortalité était similaire dans les deux groupes, mais la durée du séjour à l'hôpital et la durée de la fièvre étaient plus courtes avec la prière. Avec son humour caractéristique, Leibovici en conclut que la prière d'intercession rétroactive à distance devrait être considérée dans la pratique clinique."27 L'importance faramineuse de cette découverte est que la rétrocausalité, confirmée dans des expériences de physique plus récentes28, est réelle. Si c'est le cas, cela signifie que le passé peut être modifié. Dans le cas étudié par Larry, cela signifie que, pour des raisons inexplicables par la médecine moderne, une prière effectuée des années après que le patient soit tombé malade et se soit rétabli, a amélioré le processus de guérison. LA MÉTHODE SILVA DE MAÎTRISE MENTALE 26 Stephan A. Schwartz m'a signalé cet article important. La citation est de Leonard Leibovici, "Effects of remote, retroactive intercessory prayer on outcomes in patients with bloodstream infection : randomised controlled trial", BMJ, 2001;323;1450-1451 27 Brian Olshansky, Larry Dossey, BMJ, 2003;327:1465 28 https://www.academia.edu/12847939/Australian_Experiment_shows_Re 64 "Puis-je avoir accès aux données brutes ?", demandai-je. Alors que je préparais ma maîtrise à l'université Pepperdine, je devais rédiger un mémoire pour mes cours d'éducation. Encore affecté à la 25ème division d'infanterie à Schofield Barracks, à Hawaï, je consacrais tous mes week-ends à l'étude. Ayant déjà suivi les cours de base et les cours avancés, j'étais convaincu que le matériel Silva pouvait faciliter le processus éducatif. Ma demande fut adressée au siège social de José Silva à Laredo, au Texas, et la réponse dépassa toutes mes espérances. Non seulement je pouvais obtenir leurs données brutes, mais ils me demandèrent si j'accepterais d'être leur représentant pour l'État d'Hawaï. A l'évidence, ce n'était qu'un travail à temps partiel. Il consistait principalement à organiser des cours dispensés par des instructeurs qualifiés qui venaient du continent par avion. Dans ce cadre, j'en appris beaucoup sur José et les liens directs de sa méthode avec la guérison. José était très jeune, quand il quitta l'école pour aider à subvenir aux besoins de sa famille. Il travaillait comme employé dans un salon de coiffure, et il demanda au propriétaire de s'inscrire pour lui à des cours à distance. Le propriétaire en reçut le crédit, mais José devint très calé en électronique. Appelé sous les drapeaux pendant la Seconde Guerre mondiale, il obtint d'excellents résultats en électronique et il intégra le corps des transmissions. Bien que simple soldat, on l'envoya dans une école de communication où la plupart des autres étudiants étaient des officiers diplômés de l'université. Il comprenait l'électronique, mais il lui manquait des qualifications en mathématiques. Cela étant, José avait trouvé un moyen de détecter les faiblesses des circuits électroniques par le toucher. Aujourd'hui, on appellerait cette compétence psychique de la psychométrie. Fort de cette découverte, il conclut un accord avec les lieutenants. Ils lui apprendraient les mathématiques, et lui leur apprendrait à détecter et à réparer les problèmes électroniques en utilisant leurs doigts pour sentir la localisation du problème. Le passage de la réparation des appareils électriques au diagnostic des problèmes médicaux ne fut pas si difficile à mettre en application. Ce qui en résulta fut un processus qu'il appela la méthode Silva de maîtrise mentale. Ce choix terminologique s'avéra malheureux. Pour José, qui était plutôt altruiste, il s'agissait simplement d'apprendre à maîtriser son propre esprit. Cependant, les 65 théoriciens de la conspiration donnèrent à ces termes un sens beaucoup plus sinistre. En outre, en raison du népotisme prévalant dans la structure de l'entreprise et de l'insistance à maintenir le siège dans la ville frontalière poussiéreuse de Laredo, au Texas, la promotion de la méthode Silva de maîtrise mentale fut limitée, tout au moins aux États-Unis. Cette méthode de maîtrise mentale Silva consiste à apprendre à l'étudiant à induire un état prédominant d'ondes cérébrales alpha. Cela repose sur une découverte médicale qui associait la créativité aux fréquences alpha de 7 à 14 hertz, en vogue à l'époque.29 Ils entraînaient également les personnes à utiliser les ondes cérébrales thêta, qui sont encore plus basses et qui sont associées au sommeil profond. La méthode Silva utilise principalement l'autohypnose pour accéder à des états de méditation et parvenir à la maîtrise de sa conscience. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles on pourrait choisir d'explorer la méthode Silva. La guérison n'est que l'une d'entre elles, et de nombreux étudiants l'ont trouvée bénéfique à la fois dans leur vie personnelle et dans des emplois qui récompensent l'intuition et la créativité. À l'époque où je travaillais avec eux, je n'avais jamais imaginé que j'écrirais un jour des livres, et encore moins un livre sur mes expériences en matière de spiritualité et de guérison. Je regrette de ne pas avoir documenté les guérisons dont j'ai été témoin et les nombreux diagnostics exacts que les étudiants posaient. Ce que je peux attester, c'est que cette approche fut couronnée de succès dans de nombreux domaines, y compris celui de la médecine alternative. D’AUTRES GUÉRISSEURS Au fil des années, j'ai eu le privilège de côtoyer plusieurs autres guérisseurs alternatifs. Dans certains cas, je fus personnellement témoin de leurs résultats. Par exemple, dans le cadre d'une conférence à Honolulu, une femme visiblement 29 Les états d'ondes cérébrales alpha font encore l'objet d'études pour une exploitation similaire. exploitation https://www.psychologytoday.com/blog/the-athletesway/201504/alpha-brain-waves-boost-creativity-andreduce-depression 66 atteinte de troubles mentaux, et par ailleurs épouse d'un orateur, n'arrêtait pas d'interrompre les présentations en parlant fort, mais pas dans le contexte du sujet traité. Le fondateur de 3HO, Yogi Bhajan, qui a maintenant changé son nom en Harbhajan Singh Khalsa Yogiji, était aussi présent. Assis à quelques mètres de là, je vis Yogiji, vêtu de sa robe blanche flottante, se diriger tranquillement derrière la femme. Sans rien dire, le gourou barbu plaça simplement sa main droite à une courte distance derrière son cou. Instantanément, la femme se tut et demeura silencieuse jusqu'à la fin de la séance. Au cours de cette même conférence, Sivaya Subramuniyaswami, un adepte hindou, fit inopinément son entrée pendant le banquet. Son aura spirituelle subjugua l'assemblée, qui comprenait quelques-uns des plus grands noms du milieu, comme Richard Bach, l'auteur de Jonathan Livingston le Goéland, qui venait de sortir. Je n'ai plus jamais senti l'atmosphère d'une salle changer comme cela s'est produit lorsque Subramuniyaswami monta sur l'estrade, ce soir-là. Des années plus tard, je fus choqué d'apprendre qu'il était né sous le nom de Robert Hansen à Oakland, en Californie. Sa prestance impressionnante suggérait certainement qu'il s'agissait là d'un yogi indien et que la possibilité d'une réincarnation était bien réelle. Au cours d'un autre événement, la célèbre guérisseuse, Olga Worrall capta mon attention. Elle était assez frêle, et son mari, Ambrose, avait alors quitté le plan terrestre. Le couple avait soigné des milliers de personnes, et leurs succès furent évoqués dans de nombreux livres. En tant que scientifique, je trouvais très intrigantes les expériences de laboratoire via lesquelles elle avait démontré ses prodigieuses capacités de guérison sur des bactéries placées dans des boîtes de Petri. Comme pour les souris de Bengston, il était impossible que ces organismes unicellulaires expérimentent un effet placebo. Puis il y eut aussi Hiroshi Motoyama, qui n'est pas très connu en Amérique, bien qu'il ait fondé l'Institut Californien des Sciences Humaines (CIHS). Située dans la ville côtière désertique d'Encinitas, son école attire un petit nombre d'étudiants qui souhaitent étudier la conscience humaine. En tant que prêtre shintoïste, 67 Motoyama intègre avec grâce la spiritualité à la méthode scientifique. Ayant moimême bénéficié de traitements d'acupuncture, je fus attiré par ses recherches. Après avoir été blessé au Vietnam, mon dos et mon cou ne furent plus jamais les mêmes. Périodiquement, mon cou se raidissait et limitait fortement ma capacité à effectuer des mouvements de droite à gauche. Contre toute attente, c'est un chirurgien de l'armée de l'air unique en son genre qui eut recours à des méthodes alternatives chinoises et me remit d'aplomb. L'acupuncture était l'une de ces méthodes. Je n'aurais pas pu contester le succès, mais je me demandais comment le processus fonctionnait, en particulier quand les acupuncteurs se réfèrent à des organes comme le triple brûleur, sans liens physiques. Hiroshi Motoyama mit au point un appareil mécanique capable de mesurer le flux du ki/chi, la force vitale qui circule dans tous les êtres vivants. Ce qu'il découvrit, c'est qu'il était possible de mesurer les réseaux de flux. Par ailleurs, ils découvrirent que des points d'énergie existaient physiquement sur douze méridiens invisibles. C'était précisément ce que les médecins chinois avaient indiqué pendant plus de mille ans, et Motoyama en apporta la preuve. Correctement placées, les aiguilles d'acupuncture pouvaient manipuler le flux du ki. Alors que la médecine occidentale reste sceptique par rapport à l'efficacité de l'acupuncture, les médecins chinois pratiquent depuis déjà des décennies des opérations à cœur ouvert, en utilisant des aiguilles à la place de l'anesthésie chimique ou en réduisant fortement ses doses.30 D’après le modèle médical dominant, le corps humain est pareil à une machine. Aussi longtemps que chacune des pièces fonctionne bien, la santé est préservée. Même si l’on tient compte dans une certaine mesure des prédispositions psychologiques du patient, l'importance des interventions non physiques est généralement sous-estimée. La prévalence d’un tel système de croyance n'est pas accidentelle. Le financement des écoles de médecine est au cœur du système. La plupart des études révèlent l'impact de l'industrie pharmaceutique qui subventionne les écoles de médecine.31 Ces subventions s'accompagnent d'un 30 Chirurgie à cœur ouvert en Chine,n China, https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21570137 31 https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3778453/ 68 message implicite suivant lequel la réponse aux problèmes médicaux consiste à utiliser toujours plus de produits de l'industrie pharmaceutique. Parallèlement, de nombreuses études démontrent que la conscience joue un rôle important dans le processus de guérison. Malheureusement, ces résultats ont tendance à être ignorés et représentent un sacré défi pour la science. 69 CHAPITRE 5 : RADIESTHÉSIE, CHARBONS ARDENTS ET COMPAGNIE Certaines des choses étranges que je vécus au fil des ans furent des événements isolés, qui se produisirent souvent sans avertissement. Pour autant, ils semblent défier les explications simples. Voici quelques exemples. LÉVITATION APPARENTE Je rejoignis l'armée américaine en tant que simple soldat en 1956 et, après ma formation de base, je fus affecté à la 101ème division aéroportée, qui venait d'être réactivée. Cette division était celle des fameux Screaming Eagles qui avaient sauté en France, le jour J de la Seconde Guerre mondiale. Après avoir terminé l'école de saut, je fus sélectionné sur base de mes résultats aux tests pour être affecté à la 326ème compagnie médicale. Il s'agissait d'une organisation inhabituelle, dans la mesure où le commandant de compagnie était un lieutenantcolonel et que tous les médecins de la division lui faisaient rapport. Dans les années cinquante, la vie dans les casernes était très différente de celle des soldats actuels. En tant que simples soldats, nous disposions de lits superposés à deux étages par section. Cela signifiait qu'une trentaine d'hommes étaient logés dans la même pièce. Les lumières s'allumaient et s'éteignaient à des heures précises, et tout était très réglementé et orchestré par le sergentchef, qui occupait un rang confinant à celui de Dieu. Les repas étaient également fort différents. Aujourd'hui, ceux qui utilisent les services de restauration de l'armée se rendent dans l'équivalent d'un restaurant qui est géré par des prestataires civils. Dans notre cas, les cuisiniers étaient affectés à la compagnie et ils vivaient avec nous. Il y avait un "mess" pour chaque compagnie et, si le menu de base était déterminé en haut lieu, tout était cuisiné dans la cuisine de la compagnie, et la variété à chaque repas était très mince. Nous pouvions choisir de manger ce qui nous était servi, ou de ne pas manger du 70 tout. Les vétérans de l'armée les plus âgés se souviennent peut-être avec émotion de leurs rotations dans la ‘’police des cuisines’’. Il s'agissait d'un groupe d'environ cinq hommes, sélectionnés quotidiennement à partir d'une liste et chargés d'assister les cuisiniers. Tout le monde détestait la corvée, qui impliquait de se lever tôt et de préparer le petit-déjeuner de tous les autres. Bien que notre mess se trouvait dans le bâtiment où nous dormions, pour y accéder, il fallait sortir et entrer par la porte extérieure indiquée. La file des repas s’ouvrait à une heure précise et se refermait à l'heure indiquée. Les hommes s'alignaient le long du trottoir et les attroupements n'étaient pas autorisés. En tant qu'unité aéroportée, la condition physique était une priorité absolue. Tous les matins, nous suivions un entraînement physique qui commençait souvent bien avant le lever du jour. Par ailleurs, il y avait une barre de traction située devant la porte du mess. Normalement, un sergent était posté devant la porte pour maintenir l'ordre. Chaque homme devait faire des tractions avant de pouvoir entrer dans le mess. Cette routine avait lieu trois fois par jour, y compris le weekend. Même si j'étais en très bonne forme physique et si je pouvais courir de nombreux kilomètres, le travail du haut du corps m'a toujours posé un défi. Six tractions étaient le minimum requis, et je pouvais y arriver. À huit ou à dix répétitions, j'avais généralement du mal, même après des années de pratique. Les unités aéroportées exigeaient des tractions complètes, paumes vers l'extérieur et bras tendus après chaque traction. Il n'y avait pas de demi-mesure. Comme je voulais manger, je prenais le taureau par les cornes et je faisais mes tractions trois fois par jour. Cela faisait plusieurs mois que cela durait et je connaissais bien la routine. Et puis un soir, il se passa quelque chose d'étrange. En sautant à la barre, j'eus l'impression que mon corps avait perdu tout son poids. À l'époque, je devais peser à peu près 65 kilos, mais ce soir-là, je me sentis léger comme une plume. Sans effort, je fis une vingtaine de tractions en succession rapide et ne m'arrêtai que parce que d'autres attendaient pour entrer dans le réfectoire. On aurait pu croire à une transformation de mon état physique, mais je n'ai aucune idée de ce qui la généra. Ce fut un incident tout à fait unique 71 et qui ne s'est jamais reproduit depuis lors. La sensation d'apesanteur fut tellement spectaculaire que je m'en souviens clairement depuis un demi-siècle. J'avais l'impression d'être en lévitation, mais cela n'aurait pas été remarqué par des témoins. Il n'y a pas d'explication scientifique pour expliquer pourquoi ou comment mon état physique a pu changer de manière aussi inattendue et aussi brève, et cela ne s'est jamais reproduit depuis lors. LA MARCHE SUR LE FEU Le projet Jedi de l'U.S. Army Intelligence and Security Command (INSCOM) était destiné à apprendre comment des experts accomplissaient leurs tâches et à déterminer comment ces compétences pouvaient être transférées à d'autres personnes.32 Grâce à un processus de sélection rigoureux, l'INSCOM disposait de très bons éléments dont le QI était généralement nettement supérieur à la norme de l'armée. Notre mission consistait à déterminer comment améliorer ces bons éléments. Pour ce faire, nous utilisions la Programmation Neurolinguistique (PNL), qui fait l'objet d'un autre chapitre.33 L'une des personnes qui était sous contrat avec nous était Tony Robbins, qui deviendrait ultérieurement un méga-gourou du développement personnel et du renforcement de l'autonomie. À l'époque, Robbins organisait des marches sur le feu, où ceux qui participaient à ses ateliers avaient l'occasion de marcher sur des charbons ardents. Comme nous travaillions déjà avec lui et John Grinder, cofondateur de la PNL, nous nous résolûmes à faire nous-mêmes l'expérience de la marche sur le feu. Avec le recul, je doute qu'une commission chargée de l'évaluation de la condition humaine approuverait cette activité aujourd'hui. C'était avant que le politiquement correct ne devienne pandémique, et bien que nous ayons reconnu le risque de blessures graves, nous décidâmes d'organiser ce stage. 32 33 Pour plus de détails, voir mon livre, The Warrior's Edge, William Morrow and Company, 1990. La PNL est également abordée dans The Warrior's Edge. 72 Historiquement, l'épreuve du feu a été utilisée pour symboliser un rite de passage, et souvent pour être reconnu en tant que guerrier tribal. Dans de nombreuses situations, comme les cérémonies religieuses, il existe des conditions préalables, telles que le jeûne, la méditation, la prière et même le célibat temporaire. Ce que nous étions sur le point d'entreprendre n'impliquait aucune des restrictions prescrites. Et comme nous étions pressés, nous nous arrêtâmes dans un McDonald local et nous avalâmes un Big Mac en cours de route. Certes, ce n'était point très esthétique, mais cela remettrait en question la nécessité des protocoles établis que des adeptes religieux suivent souvent. Un site fut choisi tout près d'Annapolis, dans le Maryland, bien au-delà du périphérique, où un feu assez important n'attirerait pas trop l'attention, ni la brigade de pompiers locale. Il s'agissait d'une petite ferme, au domicile de l'un des participants qui vivait dans une zone semi-rurale et qui avait prévenu les voisins que le grand feu se prolongerait pendant plusieurs heures. La journée avait été assez unique pour ce groupe d'environ 20 personnes. Le matin, en utilisant des techniques de karaté, nous avions appris à des novices à briser des planches à mains nues, et l'après-midi, nous effectuâmes un exercice de torsion de métal par psychokinésie, un processus que j'aborde en détail dans un chapitre ultérieur. Et pour clôturer le tout, ce fut au tour de ce groupe de faire l'expérience concrète de la marche sur le feu. Après avoir rassemblé une grande quantité de bois, nous commençâmes par allumer un grand feu. Vu la quantité de braises nécessaires, il faudra plusieurs heures pour que le feu se consume. Après avoir allumé le feu, nous rentrâmes à l'intérieur pour un processus de préparation mentale au cours duquel on aborda les questions liées à la peur. Pour ceux qui croient que la marche sur le feu s'accomplit au moyen d’un état mental, il convient de se préparer de manière adéquate avant de procéder à la tentative. Nous avions compris le processus et nous étions prêts à effectuer la tentative. Puisque les humains ont naturellement peur du feu et que la peur était un facteur que nous voulions mieux comprendre et mieux contrôler, la peur est ce dont on discuta. La démarche consistait à identifier le changement d'état mental, et puis, à l'aide d'une technique d'ancrage 73 de la PNL, à le fixer dans la conscience. Pour réussir, les participants devaient mettre toutes les pensées liées aux risques de brûlure sous l’éteignoir. Il est important de noter que la marche sur le feu peut avoir de graves conséquences physiques, si cette activité n'est pas effectuée correctement. En juin 2016, CNN annonçait que plus de 30 personnes avaient été blessées, dont certaines grièvement, au cours d’un séminaire de marche sur le feu organisé au Texas par le même guide que nous avions eu cette nuit-là en 1983, Tony Robbins.34 Avant la marche, le feu de bois dur fut ratissé sur une largeur d'un mètre et sur une longueur de quatre mètres. Une telle longueur permettait de s'assurer que tous les participants à la marche feraient plus qu'un seul pas sur les braises. La chaleur qui émanait des braises incandescentes nous avertissait clairement et sans aucune ambiguïté de la réalité de l'expérience. Au cours de tests ultérieurs, on employa des pyromètres et on constata que la température atteignait les 700°. Chaque participant décida s'il voulait ou pas entrer dans l'arène. L'un des principaux malentendus concerne la gestion de la douleur. C'est une erreur. La douleur n'est pas un problème. Si la marche sur le feu était liée au contrôle de la douleur, il y aurait eu des blessures physiques, qui auraient été bloquées mentalement. Tous les membres de notre groupe décidèrent finalement de marcher sur les braises, ce soir-là. Personne n'encourut la moindre brûlure, et plusieurs d'entre nous choisirent d’effectuer plusieurs passages. La marche sur le feu a fait l'objet de pas mal de controverses. Selon une réaction populaire, il n'y a pas d'effets de brûlure en raison de ce que l'on appelle l'effet Leidenfrost. Il vous est familier, si vous avez déjà vu de l'eau heurter une casserole très chaude. L'eau rebondit aussitôt qu'elle touche la zone chauffée. L'hypothèse des sceptiques est que la sueur du corps produit de l'eau et qu’elle sert alors d'isolant entre le pied et les braises. Jack Houck vérifia cela en plaçant des thermocouples sur les pieds de marcheurs du feu. Il en conclut que la zone humide restait en dessous de 150°pendant moins d'un quart de seconde avant 34 http://www.cnn.com/2016/06/24/us/tony-robbins-hot-coal-walkersburned/ 74 de remonter rapidement, ce qui indique qu'il n'y aurait plus d'eau pour isoler le pied pendant les pas restants sur les braises. Comme je l'ai écrit dans The Warrior's Edge, "des températures supérieures et inférieures aux maxima et aux minima de l'effet Leidenfrost ont été enregistrées pendant des marches sur le feu sans qu'aucun marcheur ne soit blessé". Il y a d'autres explications sceptiques. L'une d'entre elles est que la brièveté de l'expérience signifie que le contact avec la surface brûlante est trop minime pour provoquer une brûlure. Or, des personnes pour lesquelles le contact fut très bref ont été brûlées. Par ailleurs, certaines personnes qui avaient déjà réussi une fois leur parcours furent ultérieurement brûlées au cours d'une autre séance. Comme nous le verrons plus loin dans le chapitre sur le vaudou, certains individus parviennent à maintenir un contact direct avec le feu ou les pierres chauffées pendant plusieurs secondes, voire plusieurs minutes, sans subir d'effets physiques dommageables. Ma perception personnelle, c'est qu'un changement d'état mental distinct se produit, ineffable, et donc impossible à décrire. C’est comme pour le vélo ou comme pour la natation : on le sait, quand on y arrive. En guise d'avertissement final, n'essayez pas la marche sur le feu sans les instructions d'un guide expérimenté et digne de confiance. Les conséquences d'une erreur pourraient entraîner des blessures graves, voire la mort. LA RADIESTHÉSIE L'efficacité de la radiesthésie est très controversée. Il n'y a pas de théorie scientifique fiable qui explique comment se produisent les effets observés. C’est particulièrement vrai pour les applications à distance, comme la radiesthésie cartographique. Pour être franc, les expériences contrôlées en laboratoire n'ont pas donné des résultats positifs. Il y a toutefois de nombreux exemples d'utilisation réussie de radiesthésie sur le terrain, avec de grands bénéfices pour le radiesthésiste ou la communauté. 75 Au cours des siècles, d'innombrables récits ont fait état de l'utilisation de baguettes de saule ou d'autres accessoires de radiesthésie pour localiser des sources d'eau souterraines. Le Service géologique des États-Unis déclare qu'il est difficile de ne pas trouver de l'eau à peu près n'importe où à une certaine profondeur.35 Bien qu'elle soit généralement associée à la recherche de puits, on utilise la radiesthésie pour trouver beaucoup d'autres choses. Notre ami Uri Geller, qui est très connu pour son art de tordre les cuillères, a fait de la prospection minière une activité lucrative en utilisant des techniques de radiesthésie. "Sur les 11 clients qui ont fait appel à mes services jusqu'à présent", écrit-il, "quatre ont touché le gros lot, quatre autres ont obtenu des résultats très respectables et trois seulement ont eu des résultats décevants".36 J'ai appris ses succès pour le compte de la compagnie pétrolière nationale mexicaine PEMEX auprès d'une source inhabituelle, un agent des douanes américaines (Uri confirma l'histoire ultérieurement). Porteur d'un passeport mexicain et d'un magnifique pistolet, Uri fut arrêté à l'aéroport JFK de New York, lors de son passage aux États-Unis. Un agent des douanes américaines, qui vit à présent dans ma région, me confirma l'incident et m'indiqua qu'il avait aidé Uri à récupérer son arme. Par ailleurs, il reconnaît à Uri le mérite d'avoir aidé à résoudre ce que l'on a appelé les meurtres en série du "fils de Sam", à New York. Le tireur, David Berkowitz, fut arrêté et condamné pour six homicides. Cette arrestation intervint après qu'Uri ait correctement identifié sa position en utilisant une variante de la radiesthésie cartographique. Un exemple personnel concerne mon frère Don, ancien lieutenant du service de secours des pompiers du comté de Metro-Dade en Floride. Les pompiers travaillent souvent 24 heures sur 24. Ceci leur permet d'avoir des jours de congé consécutifs et ainsi d'avoir un deuxième emploi pour beaucoup d’entre eux. Don se mit à son compte et se lança dans la construction de maisons. Cette activité exige de l’entrepreneur qu'il sache où se trouvent les tuyaux et les câbles enfouis. Il est fréquent de travailler en aveugle et il n'est pas toujours possible d'obtenir des informations fiables. La solution de Don était simple : elle consistait en des 35 36 USGS, https://water.usgs.gov/edu/dowsing.html Uri Geller, http://www.urigeller.com/uri-gellers-hidden-agendaprospecting/ 76 cintres métalliques. Il avait régulièrement recours à des cintres métalliques qu'il pliait en forme de L. Il plaçait ensuite les tiges dans des bouteilles de Coca-Cola vides, qu'il tenait en lieu et place des tiges.37 Cette procédure garantissait que personne ne pourrait prétendre que c'étaient les muscles de ses mains qui entraînaient réellement le mouvement des tiges. Avec une bouteille dans chaque main, il parcourait le terrain à l'affût d'une réaction. Lorsqu'il passait au-dessus des éléments qu'il cherchait, les tiges métalliques des cintres se croisaient spontanément, et une fois l’endroit marqué, il creusait prudemment dans la zone pour confirmer l'emplacement. Zaboj Harvalik était un physicien qui s'intéressa de très près à la radiesthésie. J'eus la chance de le rencontrer chez lui, en Virginie septentrionale, et de discuter de son travail pour l'armée américaine. Pendant la guerre du Viêt Nam, trouver les armes cachées des Viêt-congs était un problème préoccupant. Il était bien connu que de nombreuses personnes étaient des fermiers traditionnels pendant la journée et des Viêt-congs pendant la nuit. Ils planquaient leurs armes légères et leurs munitions dans toutes sortes d'endroits, souvent dans des lieux très fréquentés, comme les meules de foin ou sous le sol en terre de leurs maisons. En collaboration avec des ingénieurs de l'armée américaine, Harvalik aida à construire à Ft. Belvoir, en Virginie, un village ressemblant à un village vietnamien, qui fut utilisé pour l'entraînement préalable au déploiement. Harvalik formait de jeunes soldats à l'art de la radiesthésie, puis les envoyait dans ce village pour y retrouver les armes dispersées dans plusieurs endroits cachés. Des témoignages anecdotiques signalent qu'ils étaient très performants, aussi bien en Virginie qu'au Viêt Nam. Malheureusement, je n'ai pas pu trouver des documents officiels appuyant ses affirmations, mais je peux affirmer que les vétérans du Viêt Nam, qui connaissaient la radiesthésie, croyaient en son efficacité. Chez Harvalik, il y avait un champ qu'il utilisait pour former les civils intéressés par la radiesthésie. Il me dit un jour que s'il protégeait certaines régions du corps 37 Une des explications populaires des sceptiques pour expliquer le mouvement des instruments de radiesthésie, qu'il s'agisse de tiges en L, de pendentifs ou d’autre chose, est que la personne provoque consciemment ou inconsciemment le mouvement via des muscles de la main. L'utilisation des bouteilles signifiait sans équivoque que ce n'était pas le cas. 77 des rayonnements électromagnétiques, les possibilités de radiesthésie disparaissaient. Il pensait qu'il existait un mécanisme interne de triangulation facilitant le phénomène. Cela suggère que la radiesthésie est régie par le rayonnement électromagnétique d'une manière inconnue. Bien qu'il ait réalisé des expériences pour étayer cette thèse, ses affirmations semblent être contredites par ceux qui revendiquent l'efficacité de la radiesthésie cartographique à distance. Ces questions sont importantes, mais sont ignorées par les scientifiques traditionnels. À LA RECHERCHE DU YÉTI En juillet 2015, j'eus l'opportunité de me joindre à une petite expédition autour du yéti. Dirigée par James Collier, l'expédition avait pour but de réaliser un filmesquisse pour un projet de série télévisée. Si l'on a déjà observé des créatures poilues du genre hominidés dans le monde entier, il existe une bande de terre qui va de l'est de l'Oklahoma jusqu'aux bayous de la Louisiane, en passant par l'est du Texas, et qui recueille plus que sa part de témoignages. Nous nous rendîmes d'abord à Honobia, dans l'Oklahoma, où se tient chaque année un rassemblement dédié au yéti. Cet événement attire des centaines, voire des milliers de personnes, soit plusieurs fois la taille normale de ce village non incorporé. En arrivant sur l'Indian Highway, dans les monts Kiamichi, un panneau "Home of Bigfoot" nous salua. Cette région ne ressemble à aucune autre partie de l'Oklahoma que j'aie jamais traversée. À la place des grandes exploitations céréalières, on y trouve des forêts luxuriantes qui couvrent des centaines de kilomètres carrés. En m’y déplaçant à pied, je ne doutai pas que de grandes bêtes pouvaient se trouver à proximité sans jamais être aperçues. Notre hôte s’appelait Troy Hudson, un descendant des Choctaw avec une expérience militaire et dans le domaine du maintien de l'ordre. Extrêmement compétent, il connaissait très bien les bois et il avait entendu de nombreux récits de rencontres avec de grands hominidés qui vivraient dans la région. Pour se rendre dans les zones les plus reculées, Troy avait pris des dispositions pour que 78 nous nous déplacions en véhicules tout-terrain. Nous passerions nos nuits à suivre des pistes forestières et à observer les bois. Nous enregistrâmes certains sons inexpliqués, mais là se limita notre interaction personnelle avec ce qui se trouvait là. Ce qui m'impressionna, ce fut les informations fournies par le conducteur de notre 4x4, qui venait de Dallas, au Texas, où il exerçait son activité professionnelle. Il avait fait une rencontre tellement étonnante qu’il revenait à Honobia, dès qu'il en avait l'occasion. Sur un ton posé, il nous raconta l'incident qui avait changé sa vie. Un soir, quelques années auparavant, il avait conduit son 4x4 jusqu'à une cabane abandonnée au fond des bois. Malgré le crépuscule, il pouvait encore distinguer les objets assez clairement. Devant la cabane se trouvait un champ herbeux qui avait été déboisé. En arrêtant son 4x4, il aperçut une silhouette accroupie près du coin de la cabane, à quelques mètres seulement. Tout à coup, la créature se dressa en poussant un cri. Debout sur ses jambes, elle mesurait plus d'un mètre quatre-vingt-dix, selon ses estimations. Il prit cette créature pour un hominidé mâle, couvert de poils sombres. Ce n'était certainement pas un ours dressé sur ses pattes arrière. L'alerte lancée par la créature trouva un écho auprès d'une autre créature qu'il pensa se trouver à une centaine de mètres de là, près de l’orée du bois. De l'autre côté du champ, le conducteur du 4x4 repéra un autre hominidé adulte, sans doute une femelle, accompagnée d'un animal plus petit qu'il prit pour leur progéniture. L'observation ne dura qu'une courte période, probablement moins d'une minute, mais elle marqua profondément cet avocat. Même si elle nous semble extraordinaire, l'histoire qu'il nous raconta est confirmée par de nombreuses personnes de la région. Plus tard dans la soirée, alors que je me promenais seul, je tombai sur des adolescents du coin qui viennent souvent en groupe voir ce qui se passe. Convaincus de la réalité du yéti, ils semblaient choqués que je m'aventure seul dans cette zone sans lampe de poche. Si notre expérience en Oklahoma fut intéressante, elle fut loin d'être aussi convaincante que la rencontre que nous fîmes au nord de Shreveport, en 79 Louisiane. Notre guide s'appelait Webb Sentell, un neuropsychologue du pays, que j'avais présenté dans le cadre d’une conférence de la Society for Scientific Exploration qui s'était tenue en mai, cette année-là à Rockville, dans le Maryland. Le titre de son exposé était "Pourquoi des arbres traverseraient-ils la route ?" Provocateur, il portait sur des anomalies qu'il avait découvertes dans les zones forestières des environs : des petits arbres avaient apparemment été manipulés physiquement par quelque force sensible. Webb avait également des preuves de l'interaction de quelque chose avec des substances qu'il avait placées dans des endroits discrets. Les pots de beurre de cacahuète qui avaient été ouverts étaient particulièrement intéressants. C'était révélateur, sachant qu'il aurait fallu un pouce opposé pour en dévisser le couvercle, il n'y avait pas d'autre solution. Son hypothèse était que c'était un yéti de la région qui l'avait fait. En accompagnant Webb, nous rencontrâmes plusieurs personnes de la région qui avaient croisé Bigfoot. Mais c'est notre expérience personnelle qui fut la plus révélatrice. Nous nous installâmes sur un terrain privé pour camper tout près d'un bayou. L'une des tentes était située à moins d'un mètre cinquante de l'eau, et celle dans laquelle je logeais avec le producteur de cinéma, Chuck Parker se trouvait à une vingtaine de mètres à l'intérieur des terres. La nuit tomba et nous entendîmes les sons enchanteurs du chœur des habitants des marais profonds. Quelques heures après nous être glissés à l'intérieur de nos sacs de couchage, je fus réveillé vers 2h30 du matin par des lumières qui clignotaient tout près de l'autre tente. James et son partenaire de recherche, Kman Miller, fouillaient frénétiquement les alentours. Peu de temps auparavant, quelque chose avait poussé un formidable grondement à quelques pas de leur tente. Bien que séparés par le tissu de la tente, ils estimèrent qu'il émanait d'une distance inférieure à un mètre. James déclara qu'il était si fort qu'il les avait physiquement secoués dans leurs sacs de couchage et sur leurs matelas pneumatiques. Étant plutôt dur d'oreille, je n'avais pas entendu le bruit, car pendant la nuit, j'enlève toujours mes appareils auditifs. Cependant, les lumières attirèrent mon attention et je m'approchai pour voir quelle était la nature de l'agitation. C'est alors que la situation devint encore plus étrange. Le terrain boisé, touffu et humide était rempli d'araignées. Chasseuses nocturnes, leurs toiles proliféraient 80 partout, mais curieusement, la plupart des toiles situées dans les alentours immédiats ne semblaient pas avoir été touchées. Compte tenu de la proximité et du volume du signal acoustique, James en conclut logiquement que, quelle que soit la source, elle devait être assez imposante. L'énigme réside dans l'absence de traces physiques d'un hominidé de grande taille, qui auraient dû être présentes là, s'il s'agissait d'une créature physique. Pourtant, l'incident s'est bel et bien produit et a certainement attiré notre attention. LE ROI DE LA TORTURE Tim Cridland gagne sa vie en faisant la démonstration de sa résistance à la douleur. Il est surnommé "Zamora, le roi de la torture" et se transperce pratiquement quotidiennement avec des objets pointus.38 Nous nous rencontrâmes à la faveur d'une série de coïncidences. Je vis Tim se produire au cours de l'un des rendez-vous mensuels Wonderground de Jeff McBride, où des magiciens du monde entier viennent se produire devant leurs pairs. Intrigué par ce que j'avais vu, je pris contact avec Jeff pour obtenir les coordonnées de Tim. Avant d'avoir pu prendre contact avec lui, il était prévu que je fasse un exposé au National Atomic Testing Museum. Dans le public, Tim chercha à me contacter, mais il ignorait que je le cherchais. Partageant de nombreux centres d'intérêt, nous sommes devenus amis et nous restons en contact, même quand il est à l'étranger. Dans son rôle de Zamora, Tim perce diverses parties de son corps avec de longues aiguilles, un peu comme des brochettes de viande. J'avais aussi regardé David Blaine dans une émission télévisée spéciale, Real or Magic, où il s'était enfoncé une longue aiguille dans le bras, pendant que Ricky Gervais était assis à quelques centimètres de lui et grimaçait.39 Sachant qu'il ne s'agissait pas d'un tour, je voulais savoir comment il était réalisé. 38 39 Tim Cridland, son site web est http://www.astoundingshow.com/ David Blaine, la séquence peut être visionnée ici : http://www.davidblaine.com/magic 81 A la faveur d'une longue conversation chez nous, je demandai à Tim s'il était de ceux qui ne ressentent pas la douleur. De telles personnes existent ; cette condition héréditaire est connue sous l'appellation d'insensibilité congénitale à la douleur. Cela peut être très dangereux, car certaines personnes atteintes d'insensibilité congénitale à la douleur ont subi de graves blessures, y compris des fractures, sans s'en rendre compte. Tim répondit qu'il ressentait bien la douleur, mais que sa façon de l'appréhender était différente par rapport à la plupart des gens. Après avoir participé à l'émission de télévision Superhumans de Stan Lee, Tim passa des tests au centre médical de Los Angeles. Une IRMf révéla que le processus mental spécifique de son cerveau lui permettait d'accomplir son numéro. Tim possède également des connaissances approfondies en anatomie et en physiologie, ce qui est important, car il sait où il est possible de pénétrer en toute sécurité dans le corps, en évitant les principaux vaisseaux sanguins et les organes vitaux. Ce qu'il fait comporte une composante religieuse, à laquelle il fait allusion dans sa biographie. Celle-ci repose sur la façon dont il a acquis ces capacités rares. Tim accomplit une petite cérémonie privée qui n'est pas montrée au public. En plus de s'embrocher, Tim a encore réalisé d'autres tours de force dangereux. Par exemple, il a appris à manger du feu et à contrôler ses réflexes, lorsqu’il se tient sur des surfaces extrêmement chaudes. On ne saurait trop insister sur l'importance d'une meilleure compréhension des mécanismes de la douleur. D'une manière ou d'une autre, Tim et quelques autres détournent mentalement la douleur et se permettent de s'engager dans des activités qui semblent contre nature. En raison de protocoles inadéquats de gestion de la douleur, les Américains deviennent dépendants des opioïdes dans des proportions stupéfiantes. Si, comme Tim me l'a suggéré, ces compétences peuvent être apprises, elles constitueraient des alternatives essentielles aux modalités de traitement pharmaceutique actuelles. Bien que les réponses aient jusqu'à présent échappé aux chercheurs médicaux, il ne fait aucun doute que ce domaine mérite d'être étudié. 82 L’ÉNERGIE ORGONE Trevor James Constable était un iconoclaste par excellence. Quand nous nous rencontrâmes chez lui à Long Beach, en Californie, il était officier de communication dans la marine marchande américaine et servait sur des navires qui naviguaient entre ce port et Hawaï. Constable proposa un point de vue unique sur les ovnis, qu'il considérait comme des entités vivantes. Mais ce qui m'amena à le rencontrer, ce ne fut pas les ovnis, mais son travail avec des dispositifs d'énergie orgone. Wilhelm Reich émit l'hypothèse de l'existence de l'énergie orgone dans les années 1930. Psychanalyste autrichien, il était réputé pour ses travaux sur la sexualité humaine. Reich soutenait que ce système énergétique est en libre circulation autour de la Terre et qu'il peut être exploité et utilisé pour des bienfaits sanitaires, le changement des conditions météo et d'autres applications. Reich inventa les accumulateurs d'orgone et vanta leurs capacités thérapeutiques. La réponse de la science et de la médecine conventionnelles fut virulente et conduisit à son arrestation et à une condamnation à une peine de prison ferme. Reich mourut en prison en 1957. Aujourd'hui, peu d'Américains se rappellent de lui ou de ses recherches. Même les personnes qui vivaient dans les années cinquante ignorent que, non seulement on le reconnut coupable d'un crime, mais que les tribunaux ordonnèrent la destruction de son matériel et l'incinération de ses livres ! Un tel incident est d'autant plus significatif que nous venions de sortir de la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle les autodafés nazis furent vivement condamnés pour avoir porté atteinte à la liberté de pensée. Pourtant, cela se passait aux États-Unis. Ayant entendu parler des recherches de Constable, j'étais surtout intéressé par ses expériences sur les changements météorologiques. Selon la théorie de Reich, l'énergie orgone possède des caractéristiques uniques. Alors que la recherche de l'homéostasie est une norme dans la plupart des systèmes énergétiques, il soutenait que l'orgone passait d'un potentiel faible à un potentiel plus élevé. Il y 83 avait également une affinité avec les sources d'eau. Les systèmes de changement météorologique par l'orgone comprenaient une série de longs tubes souvent ancrés dans l'eau. Constable me montra le système qu'il avait chez lui, mais les expériences qu'il réalisa en naviguant sont plus intéressantes. Les vidéos qu'il me remit étaient très convaincantes. En tant qu'officier des communications, il avait beaucoup de temps libre, et le capitaine du navire appuyait ses efforts. Ce qu'il démontra à plusieurs reprises, c'était sa capacité à faire pleuvoir — et de le faire dans des zones précises. Par exemple, alors que ses caméras balayaient un horizon sans nuages, Constable disait qu'il allait provoquer des averses à l'avant du bateau. Le navire essuierait alors une série de petites tempêtes de pluie au fur et à mesure qu'il progressait. Une autre séquence montrait le panoramique d'un ciel sans nuage, suivi d'une intention déclarée de faire tomber la pluie sur le côté tribord. Quelques minutes plus tard, des nuages apparurent - et seulement à tribord suivis de pluie, exactement comme il l'avait prédit. Il affirma également que les canons à orgone pouvaient être utilisés pour bloquer des systèmes météorologiques dominants. Il le démontra de façon plutôt convaincante avec un système installé sur la terre ferme. Pour cette démonstration, il filma des nuages qui se déplaçaient suivant le schéma normal de flux d'ouest en est pour la région. Après avoir déterminé ces paramètres, Constable activa le système d'énergie orgone. Quasiment immédiatement, les nuages qui se dirigeaient vers les caméras stoppèrent leur progression vers l'est. Heureusement, dans le champ de la vidéo il y avait un poteau qui permettait d'orienter l'action. Les nuages qui se trouvaient directement devant les canons interrompirent leur mouvement pour se diriger vers le nord. Mais une fois que ces nuages quittèrent la trajectoire de l'énergie orgone, ils reprirent leur mouvement vers l'est. Il était clair que le système de Constable était à l'origine de ces perturbations météorologiques. Même si l'on croit que ces systèmes permettent de modifier le temps, leur utilisation soulève des questions éthiques majeures. La majorité de ceux d'entre nous qui ont observé le processus pensent que les systèmes météorologiques ne 84 sont pas réellement créés, mais qu'ils sont manipulés ou artificiels. Par conséquent, si la pluie est déplacée vers une région pour irriguer des cultures, celle-ci est enlevée à une autre région. Il y a également des moyens conventionnels pour changer la météo, tels que l'ensemencement des nuages existants avec des cristaux d'iodure d'argent ou de la glace carbonique afin d'augmenter les précipitations. Cette technologie a été utilisée pour provoquer des précipitations précoces afin qu'un pays puisse gérer l'arrivée des pluies et éviter de graves inondations à une date ultérieure. Compte tenu des implications de changements majeurs de la météo, il existe des traités internationaux réglementant la manière de procéder. Conscient de telles obligations, Constable remplissait effectivement des documents se rapportant aux changements de la météo et particulièrement avant d’entreprendre de grands projets. Il me transmit la documentation d'une expérience de ce type avec des systèmes situés dans la mer de Salton, dans le sud de la Californie, où les modèles météorologiques existants sont bien connus. En principe, l'humidité remonte du golfe de Californie vers le nord, puis balaie le nord et l'est en apportant les moussons annuelles en Arizona et au Nouveau-Mexique. Sur commande, Constable bloqua ce schéma météorologique et dirigea une tempête inattendue sur Los Angeles qui, statistiquement, reçoit 0 mm de pluie au cours de ce mois de l'année. Les bulletins météo des journaux télévisés se dirent choqués par ces précipitations et soulignèrent qu'ils ne les avaient pas prévues. En ce qui me concerne, le problème du traité se posa avec acuité en 1983, quand Constable m'informa qu'il allait mener une autre expérience de cette ampleur. Prévenu en tant que lieutenant-colonel de l'INSCOM, je demandai aux responsables de surveiller de plus près les données des satellites météorologiques avant, pendant et après son expérience. La demande fut rejetée, de peur que l'on puisse croire que l'armée était impliquée dans ce projet. Le sujet du changement des conditions météo figurait dans un document de l'armée de l'air américaine présentant des projections technologiques pour 2025.40 Certains L'étude de l'armée de l'air américaine sur la technologie permettant de modifier les conditions météorologiques : “The Ultimate Weapon of Mass Destruction: Owning the Weather for Military Use,” http://www.globalresearch.ca/theultimate-weapon-of-mass-destruction-owning-the-weather-for-militaryuse2/5306386 85 chercheurs conclurent que ‘’contrôler les conditions météo“ pourrait être ”l'arme ultime de destruction massive’’. Les preuves que j'ai vues de l'utilisation de l'énergie orgone comme moyen de changer la météo suggèrent qu'il est impératif de poursuivre les recherches en ce sens. Malheureusement, cela va à l'encontre de la sagesse scientifique conventionnelle. Trevor James Constable a rendu son dernier soupir en 2016. James DeMeo, qui réside à Ashland, dans l'Oregon, est l'un des chefs de file de la recherche contemporaine sur l'énergie orgone.41 41 Son site web est : http://www.orgonelab.org/ 86 CHAPITRE 6 : LE CRÂNE DE CRISTAL Alors que des émanations psychiques rayonnaient de l'objet unique qui se trouvait devant nous, nous n'étions absolument pas préparés à ce qui allait suivre. Ces événements, à ce jour, restent sans explication rationnelle. Je pourrais facilement rejeter l'histoire de ces événements, s’ils ne m'étaient pas arrivés. C'était au début de l'année 1983 et Andrija Puharich était fidèle à lui-même. Sans cérémonie, Andrija m'informa que le fameux crâne de cristal m'avait appelé. Il ajouta qu'on ne demandait pas à voir le crâne, mais qu'il faisait signe à ceux qu'il voulait rencontrer. Je ne suis pas sûr de croire la partie concernant l'appel du crâne, mais il s’agissait là d’une péripétie intéressante dans ce qui s'avéra être une rencontre des plus intrigantes. L'objet en cristal dont il était question était le mythique crâne de MitchellHedges, le plus célèbre du lot. Andrija m'indiqua que si je voulais en savoir plus sur ce mystérieux artefact, je devrais me rendre ce week-end-là dans un hôtel spécifique de Toronto, au Canada, et attendre que l'on me contacte. C'était à la fois intéressant et opportun, puisque nous venions tout juste d'être mis au courant de certaines expériences filmées qui semblaient montrer que l'antigravité était en train d'être démontrée, là-bas. L’un des principaux chercheurs impliqués dans ce projet était l'ingénieur électricien, George Hathaway, qui travaillait avec John Hutchison. L'application deviendrait connue comme étant "l'effet Hutchison", qui fera l'objet d'un chapitre ultérieur. Alors que le laboratoire d’Hutchison se trouvait à Vancouver, en Colombie Britannique, Hathaway résidait à Toronto, si bien que je pouvais tout à fait justifier le voyage. Ce crâne de cristal légendaire aurait été trouvé par Anna Mitchell-Hedges, alors qu'elle n'était encore qu'une jeune adolescente. D’après cette histoire, Anna accompagnait son père adoptif, Frederick Albert (F.A.) Mitchell-Hedges, dans le cadre d’une expédition dans ce qui était alors le Honduras britannique (aujourd'hui le Belize). F.A. Mitchell-Hedges était un aventurier britannique de la période coloniale. Ses explorations n'étaient pas toujours couronnées de succès et alors qu'il cherchait des vestiges de l'Atlantide, il fut capturé par le grand 87 révolutionnaire mexicain, Pancho Villa. Il a été suggéré qu'il fut, au moins en partie, le modèle du personnage du film d'aventures, Indiana Jones. Les origines du crâne de cristal sont pour le moins obscures. Même ceux qui acceptent la version écrite de la provenance du crâne pensaient généralement que c’était F.A. Mitchell-Hedges qui avait trouvé l'artefact et qu’il l'avait mis là où Anna le trouverait. L'histoire entourant la découverte est vague et très controversée. Il affirma que la découverte avait eu lieu dans le cadre d'expéditions tout près des ruines mayas de Lubaantun, dans les années 1920. Mais il n'existe aucune archive concernant ce crâne avant les années 1940. Dans ses écrits, F.A. Mitchell-Hedges qualifia l’objet de ‘’crâne de la fatalité’’. Selon lui, les prêtres s'en servaient pour punir leurs victimes de mort, et il suggéra que ce crâne était l'incarnation du mal. Pour ajouter à la confusion, des enquêtes suggèrent que Mitchell-Hedges aurait acheté l'objet aux enchères chez Sotheby's et qu'il n'aurait aucun lien avec une origine maya. Des chercheurs notent que cet objet ne ressemble à aucun autre artefact trouvé dans tout le vaste périmètre des ruines mayas de l'Amérique centrale. Les caractéristiques physiques du crâne soulèvent certainement de sérieuses questions quant à son authenticité. Les experts relèvent que la hiérarchie maya typique avait la tête allongée et inclinée vers l'arrière. Ce crâne présente un front bombé, une caractéristique qui n'est pas associée à la région. Tous ces éléments et ces faits douteux suffirent pour que Zig Zag Productions réalise une expérience sophistiquée pour l'émission de télévision The Truth Behind Crystal Skulls & Crop Circles (La vérité derrière les crânes de cristal et les cercles de culture) de National Geographic.42 Pour cet épisode, ils firent appel à un artiste médico-légal pour recréer le visage réel qui aurait appartenu à cette personne. Cette technique est fréquemment utilisée pour aider à identifier les victimes de meurtres et pour ajouter des détails aux découvertes archéologiques. Zig Zag constata que la reconstitution faciale semblait être celle d'une Européenne et clairement pas d'une Maya. 42 http://channel.nationalgeographic.com/the-truth-behind/galleries/thetruth-behind-the-crystal-skullspictures/at/barry-lui-crystal-skull- 42166/ 88 Mais, les légendes sont tenaces et au mystère du crâne s'ajoutent les histoires sur les habitants de la région. À ce jour, les limites de la civilisation maya, qui pourrait remonter à 11 000 ans avant notre ère, restent inconnues. Lorsqu’on voyage dans la région mésoaméricaine, on remarque toujours la présence de monticules, dont la plupart étaient en fait des édifices d'un ordre ou d’un autre. Comme j'ai pu le constater, il y en a des milliers et la plupart d'entre eux sont encore inexplorés. Ce que l'on sait, c'est que les Mayas étaient très avancés en matière d'éducation et qu'ils étaient bien connus pour les hiéroglyphes complexes qui ornaient leurs monuments. Sur le plan institutionnel, ils avaient développé un certain nombre de cités-états, pratiquaient le commerce et étaient périodiquement impliqués dans des conflits. La dernière grande ville maya, Nojpetén, continua de prospérer jusqu'à sa conquête par les envahisseurs espagnols en 1697. Le mysticisme général associé aux Mayas s'est accompagné d'une fascination pour leur célèbre calendrier. Dans les années 1970 et 1980, des prophéties populaires du New Age proclamèrent que les Mayas voyaient la fin des temps en décembre 2012. On croyait également que les Mayas avaient mystérieusement ‘’disparu’’ en ne laissant derrière eux que des traces énigmatiques. En réalité, la population diminua certainement après l'arrivée des Espagnols, mais ils n'ont jamais cessé d'exister. Comme nous le répéta souvent notre guide, ‘’nous sommes toujours là, il suffit de nous interroger’’. C'est dans cette ambiance mystique que nous démarrons notre aventure. Il existe plusieurs crânes de cristal, mais celui-ci est unique par sa complexité. De toute beauté, il mesure approximativement 13 cm de haut, 18 cm de profondeur et 13 cm de diamètre. Il est assez lourd, avec un poids d'environ 5 kg. Les arcades zygomatiques sont clairement dessinées et les orbites des yeux suggèrent une connexion avec le nerf optique plutôt que les trous ronds que l'on trouve dans la plupart des crânes de ce type. En outre, la version de Mitchell-Hedges possède une mandibule (mâchoire inférieure) détachable, ce qui la distingue de tous les autres crânes sculptés qui ont été présentés. 89 Il convient de noter que des analyses scientifiques ultérieures indiquent que le crâne n'est pas d'origine maya et qu'il a été poli par des professionnels. Ceci dit, au fil du temps, des légendes se mirent à circuler sur les pouvoirs psychiques et les événements mystiques associés à ce crâne de plus en plus célèbre. La provenance de cet objet n'est pas liée aux événements qui surviendront par la suite. Il faisait frais en cette fin d'après-midi du samedi 26 février, lorsque nous embarquâmes à l'aéroport international de Baltimore-Washington. Mon exépouse, le Dr Jan Northup, m'accompagnait, alors que nous faisions diligemment route vers le nord, en nous demandant ce qui nous attendait. À ce moment-là, nous étions loin de nous douter qu'une expérience mystique se préparait au Canada. Le dimanche matin, le ciel nuageux se dégagea et le soleil pointa le bout de son nez. Vers 10 heures, le téléphone sonna et on nous invita à nous présenter dans le hall de l'hôtel à 13 heures, où l'on viendrait nous chercher pour nous emmener dans un autre endroit, qui n'avait pas encore été dévoilé. Pour ajouter au mystère, nous ignorions qui nous accompagnerait. Notre guide s'avéra être Alan Neuman, un producteur de télévision bien connu de Los Angeles.43 Son émission la plus populaire fut probablement Person to Person, où il interviewa des personnalités, telles qu'Edward R. Murrow, Marilyn Monroe, Frank Sinatra, Elizabeth Taylor et John F. Kennedy. On sait moins qu'Alan avait réalisé une émission appelée Inner Sanctum et qu'il s'intéressait personnellement à l'exploration des phénomènes psychiques. J'avais déjà rencontré Alan dans le cadre d'une émission spéciale qu'il réalisa pour la chaîne NBC et qui avait pour objectif de filmer la torsion des métaux. (Les détails de cet épisode sont relatés dans le chapitre sur les séances de torsion de cuillères). Alan était accompagné par un assistant et nous informa que nous devions nous rendre dans la ville de Kitchener, à environ 120 km. C'est donc dans sa voiture avec chauffeur que nous empruntâmes l'autoroute canadienne 401. Le voyage dura environ 90 minutes et nous discutâmes de diverses expériences 43 http://www.emmytvlegends.org/interviews/people/alan-neuman 90 psychiques. Nous ne savions pas encore grand-chose de la destination, ni de ce qui allait se produire. La maison blanche d'Anna Mitchell-Hedges était située dans un quartier de la classe moyenne de Kitchener. Vive pour ses 70 ans, elle invita courtoisement notre petit groupe à entrer chez elle. L'impact initial fut saisissant. Alors que nous nous attendions à voir le crâne de cristal, nous fûmes ébahis par la diversité d'objets de qualité muséale qui ornaient les pièces. Je me demandai franchement comment une telle collection pouvait être conservée en toute sécurité dans ce quartier de la ville, sans aucun dispositif de sécurité apparent. Je soupçonne que ses voisins n'avaient aucune idée de la valeur de sa collection d'objets. Une femme modeste, d'âge moyen, était aussi présente. C'était une médium qui travaillait avec Anna et le crâne. Je n’ai malheureusement pas retenu son nom. À voix basse, la médium commença tranquillement par évoquer de longs messages provenant apparemment d'une entité spirituelle associée à ce crâne. Le ton était conspiratoire, mettant en garde contre des événements désastreux qui risquaient de se produire. Il convient de noter qu'à l’époque, de nombreux messages de ce type étaient diffusés et popularisés via la littérature New-Age. Nous avions déjà entendu toute une série d'avertissements psychiques concernant de graves catastrophes environnementales qui allaient bientôt se produire. Ces messages alertaient aussi sur des changements de gouvernement qui n'allaient pas dans le sens du progrès de l'humanité. Par ailleurs, ils mettaient en garde contre l'introduction de technologies de contrôle de l'esprit qui auraient un impact négatif sur la société. D'après la médium, la mission du crâne était d'assurer la protection et le salut de l'humanité. Il s'agirait d'un des crânes de cristal qui, une fois réunis, révèleraient les secrets des grands crânes de l'Atlantide. Des informations spécifiques concernant les actions requises viendraient ultérieurement, relaya la médium. Puis elle nous demanda si nous voulions bénéficier d'une séance de guérison. Jan voulut commencer. Debout devant le crâne de cristal, qui se trouvait sur une petite table basse dans le modeste salon d'Anna, la médium plaça sa main 91 gauche sur le sommet de l'objet, puis approcha lentement sa main droite de la tête de Jan. Presque immédiatement, Jan perdit connaissance. Debout à côté d'elle, Alan et moi, nous la rattrapâmes et la déposâmes délicatement sur le canapé qui se trouvait juste derrière elle. Après un court laps de temps, peut-être une minute, Jan rouvrit les yeux. Elle déclara avoir senti des mains qui pratiquèrent une sorte d'intervention médicale sur sa partie médiane. Quelques minutes plus tard, ayant retrouvé tous ses esprits, elle se redressa, tout à fait consciente de la situation et décrivit l'intervention comme une chirurgie psychique avec suture. Naturellement, il n'y a aucun moyen de confirmer une telle expérience, puisqu’elle était presque entièrement subjective, hormis sa défaillance physique apparente. D'après mes observations à long terme, je puis dire qu'il n'y eut aucun changement notable dans son état de santé. Mais l'épisode le plus marquant était encore à venir. Alors que je ne suis généralement qu'un observateur plutôt qu'un participant aux expériences, j'acceptai de coopérer avec la médium. Même si je n’étais pas conscient d'avoir des problèmes physiques à corriger, je pensais simplement me prêter à l'expérience. Au fil des ans, j'ai assisté à de nombreuses guérisons psychiques sans en être spécialement affecté. Ayant vu Jan s’évanouir, par précaution, Alan se plaça juste derrière moi, avec ses mains à environ cinq centimètres de mon dos. Quiconque a participé à des exercices de confiance sait à quel point il est facile, lorsqu'on est préparé, de rattraper une personne qui tombe à la renverse. Ces activités sont couramment utilisées dans les séances de team building dirigées par des coachs en développement organisationnel et visant à renforcer la confiance au sein du groupe. D'un point de vue physique, même si la personne qui tombe est très lourde, en plaçant vos mains près du sujet, le momentum est minime, ce qui facilite et sécurise le transfert. Alan était de corpulence moyenne et un peu plus lourd que moi, de sorte qu'il lui aurait été facile de me rattraper. 92 Alors que je me tenais devant le crâne, la médium effectua de nouveau un léger mouvement ondulatoire avec ses mains devant ma tête. Presque immédiatement, en réaction à ses gestes délicats, je remarquai un infime déséquilibre, mais rien de significatif. Consciemment, je résolus de ne pas reculer et de m'accrocher. Quand je repris mes esprits, j'étais couché sur Alan et nous étions tous les deux sur le canapé. Contre toute attente et en un clin d'œil, j'étais inconsciemment tombé à la renverse. Même s'il s'était préparé à une telle éventualité, Alan fut dans l'incapacité d'arrêter ma chute, et nous basculâmes tous les deux d'une telle manière et avec une telle force que nous atterrîmes sur le canapé. ‘’Alexandre, lâche-moi donc !’’, s'exclama vivement Alan. ‘’Je ne savais pas que tu pesais autant !’’ En fait, je n'en avais aucune idée. À l'époque, je pesais sans doute ±75 kg. D'après le modèle scientifique standard actuel de l'univers physique, ce qui se produisit ce jour-là était impossible, fondamentalement. La médium n'avait employé aucune force physique d'aucune sorte. Physiquement, elle ne m'avait ni touché, ni poussé. Dans des circonstances normales, Alan aurait dû bloquer sans effort mon mouvement de recul, tout en précisant qu'il avait essayé de me rattraper. C'était comme s'il n'était même pas là. Une force inconnue nous avait soudainement projetés tous les deux en arrière. Je n'ai aucun souvenir de ce qui se passa entre le moment où je perçus l'infime déséquilibre et celui où Alan me repoussa de dessus lui sur le canapé. Je n'avais pas été psychologiquement amené à tomber, et cette théorie n'expliquerait pas que nous ayons tous les deux été physiquement affectés. Comme indiqué, dans des circonstances normales, cet événement n'aurait pas dû se produire. De toute évidence, il ne s'agissait pas de circonstances normales. Peu de temps après, nous reprenions la route et repartîmes à Toronto. Nous discutâmes de ce que nous avions vécu, mais nous n'avions pas d'explication rationnelle. Ce qui se produisit semble être en contradiction avec la conclusion de l'émission télévisée Zig Zag, en vertu de laquelle le crâne ‘’n'a pas de pouvoir particulier, si ce n'est celui de nous captiver’’. Pour notre part, nous ignorons si une guérison physique s'était produite à la suite de cet épisode. 93 CHAPITRE 7 : LE POLTERGEIST BOURLINGUEUR Les histoires de poltergeists ou de fantômes bruyants existent depuis l'Antiquité. Ils sont souvent considérés comme malveillants, bien que parfois bénins, et sont soit perdus, soit piégés, soit liés à des événements émotionnels de leur vie sous forme humaine. Bien entendu, les scientifiques traditionnels ont tendance à rejeter la possibilité que des entités extérieures invisibles créent des événements physiques dans notre monde. Cependant, une fois que vous avez personnellement vécu ces événements, leur réalité devient plutôt évidente. En 1974, je fus affecté à la division Tropic Lightning (25e Div. d'Inf.). à Schofield Barracks, Hawaï, et j'épousai ma deuxième femme, Diana. Elle était accompagnée par trois charmants enfants, Lena, Mary et Connor (tous des pseudonymes), âgés de 4 à 12 ans. Alors que Mary et Connor furent les témoins de certains événements qui se produisirent au cours des années suivantes, ceuxci semblaient graviter autour de Lena, l'aînée des trois. Ceux qui ont étudié les phénomènes de poltergeists affirment que ces interactions se concentrent souvent autour d'un individu spécifique, souvent un individu qui a des problèmes d'instabilité mentale ou un adolescent qui entre dans la puberté. Lena rentrerait dans cette dernière catégorie. Les enfants subirent de nombreux traumatismes et bouleversements émotionnels. Leur mère avait divorcé de leur père, avant de m’épouser et de déménager à Hawaï. Pour aggraver les choses, leur père fut tué dans un accident de voiture peu de temps après, causé par un conducteur ivre. C'est après avoir vécu à Hawaï pendant environ un an que Lena commença à signaler des expériences inhabituelles. À cette l'époque, nous résidions tous dans les logements de la base. Schofield Barracks possède une longue histoire, notamment depuis la Seconde Guerre mondiale. Le quartier principal d'hébergement des troupes était composé de grands quadrilatères en briques rouges. Chaque quadrilatère était affecté à un bataillon, et je venais de quitter mon poste de commandant de la compagnie Alpha du 1er bataillon du 21ème régiment d'infanterie (Gimlets). Les Gimlets étaient stationnés à Schofield depuis 94 1921, où ils avaient été réaffectés après avoir combattu pendant l'insurrection philippine. Lors du tristement célèbre raid sur Pearl Harbor, Schofield Barracks avait également été attaqué, et jusqu'à notre époque, dans les années 1970, on pouvait encore voir sur les bâtiments les traces de balles laissées par les mitrailleuses japonaises. Rapidement, Lena commença à ressentir une présence inexpliquée dans sa chambre. Le logement de la base dans lequel nous vivions était relativement récent et il n'y avait pas de raison de croire que des esprits désincarnés pouvaient y demeurer. A priori, la réponse la plus probable était que Lena avait une imagination débordante, ce qui était vrai. Mais, Lena ne cessait de suggérer que quelque chose de généralement invisible la suivait et s'asseyait parfois sur son lit, la nuit. Puisque rien de physique ou de sérieux ne semblait se produire, Diana et moi avons considéré qu'il s'agissait d'une phase passagère. En 1977, je fus réaffecté sur le continent, après avoir passé près de cinq ans à Hawaï. Le poste était à Fort McPherson, près d'Atlanta, en Géorgie, mais, en cours de route, nous devrions passer plusieurs mois au cours d'efficacité organisationnelle à Fort Ord, en Californie. Avec l'océan Pacifique comme frontière occidentale, Fort Ord occupait alors un des plus beaux terrains de la Californie centrale. Même si le brouillard était présent quasiment tous les jours et si on savait que l'on aurait besoin d'une veste à un moment ou l’autre de la journée, Fort Ord était considéré comme faisant partie du ‘’Triangle d'Or’’ de l'armée pour les détachements. Pendant que je fréquentais l'école, nous louâmes un appartement de trois chambres à coucher dans la ville de Seaside, située juste au sud de la base militaire très étendue. Techniquement, nous jouissions d'une vue sur l'océan, ce qui signifie que d'une petite fenêtre, nous pouvions voir les vagues du Pacifique se briser continuellement sur le rivage sablonneux. Il ne fallut guère longtemps pour que Lena se plaigne à nouveau de visiteurs invisibles. Partageant sa chambre avec Mary, Lena nous raconta que, de temps à autre, pendant la nuit, elle avait l'impression que quelqu'un s'asseyait sur son lit. 95 Comme il y avait une veilleuse dans la chambre, elle était certaine que ce n'était pas Mary. Lena nous confia que, quelle que soit l'entité, elle était certaine que celle-ci nous avait suivis depuis Oahu, à Hawaï. Même si Lena ne se réjouissait pas d'avoir ce visiteur, elle n'était pas effrayée pour le moment. Cela viendrait par la suite. Pour l'instant, tout ce dont nous disposions, c'était la description par Lena de ce qu'elle vivait. Quoi qu'il en soit, Diana et moi, nous avions tendance à la croire et nous pensions qu'il ne s'agissait pas là seulement d'un problème psychologique d'adolescente. Ni Mary ni Connor ne signalèrent de rencontres étranges à cette époque. Ayant obtenu mon diplôme, je pris un congé de plusieurs semaines. De retour sur le continent, j'avais acheté un van GM, qui correspondait le mieux à nos besoins en matière de transport. Ce grand véhicule bleu était idéal. Il offrait beaucoup de place pour les enfants, des sièges capitaines pivotants à l'avant et un espace suffisant pour tout le matériel de camping et nos bagages. En juin 1977, nous quittâmes Fort Ord pour nous diriger vers le nord et camper dans l'Oregon et dans l'État de Washington avant de bifurquer vers l'est. Pendant plus d'un mois, nous serpentâmes d'un parc national ou d'un camping à l’autre, en dormant tous dans deux tentes. Parmi les moments forts, on peut citer les étapes du Mont Shasta, de Crater Lake (où il y avait encore de la neige au sol) et du Grand Lac Salé. À Yellowstone, nous pûmes observer des geysers et des bisons, puis nous traversâmes les Badlands du Dakota du Sud et nous descendîmes jusqu'à Mammoth Cave avant de nous retrouver à Atlanta. Aucun événement psychique ne se produisit durant le voyage. Mais ce n'était que partie remise. En juillet, je pris mes fonctions à Fort McPherson, à East Point, en Géorgie, dans le sud-ouest d'Atlanta et à proximité de l'aéroport international d’Hartsfield. Comme il y avait très peu de logements sur le site et que la base abritait un commandement quatre étoiles de l'U.S. Army Forces Command (FORSCOM), le logement était très convoité. Nous fûmes chanceux de trouver une maison à louer à Huntsman Bend, dans la banlieue est d'Atlanta, à proximité de l'autoroute I-285 et au sud de l'autoroute I-20 qui traverse la zone métropolitaine. 96 La maison comportait trois niveaux, c'est-à-dire qu'il y avait une partie plus basse que le rez-de-chaussée et des chambres au-dessus. À part mon long trajet quotidien, l'endroit était parfait. Le jardin couvert d'arbres offrait beaucoup d'espace de jeu et préservait l'intimité. La spacieuse maison en briques, qui avait probablement une vingtaine d'années à l'époque, était bien entretenue. En entrant par la porte d'entrée, il y avait un grand living room immédiatement sur la droite. Directement devant la porte principale se trouvaient une cuisine modeste et une petite salle à manger attenante. Près de l'entrée de la cuisine se trouvaient les escaliers qui menaient aux chambres situées à l'étage ou à une grande salle de détente et de divertissement au sous-sol. Bien que séparé par une rampe en bois, l'espace de la salle de détente était clairement visible depuis la cuisine, un point qui aura son importance dans la suite de l'histoire. Peu après notre arrivée, les phénomènes de poltergeist reprirent de plus belle. Lena nous dit que quelque chose se trouvait dans la chambre à coucher avec elle, qu'elle décrivit comme un grand être brumeux, vaporeux qui restait généralement de l'autre côté de la pièce. Au fil des semaines, l'entité se rapprocha d'elle et elle se sentit de plus en plus nerveuse. L'apparition qui nous avait suivis depuis Hawaï jusqu'à la Californie semblait maintenant s'être déplacée jusqu'en Géorgie. Quoi qu'il en soit, à ce stade, nous n'avions que sa description de cette présence, aucun autre membre de la famille n'ayant vu l'entité dont Lena parlait. Mais cela changea. Un soir, Lena, Mary et moi, nous étions dans la cuisine, Connor était dans le living et Diana était à l'étage. Tout à coup, nous entendîmes un bruit sourd et assez fort dans la salle à manger, à côté. Les lumières étaient allumées et nous nous précipitâmes dans la pièce pour déterminer la cause du bruit. Là, nous trouvâmes un paquet de biscuits aux pépites de chocolat par terre, près du mur. Le paquet se trouvait au milieu de la table quelques instants auparavant et il n'y avait personne à proximité au moment de l'incident. Manifestement, quelque chose de non humain et d'invisible avait pris le paquet de biscuits et l'avait projeté contre le mur. D'un point de vue scientifique, l’incident n’aurait pas pu se produire. Pour qu'un objet se déplace, une énergie doit être fournie. Dans le cas présent, cette énergie 97 devait être suffisante pour faire léviter le sac de biscuits et l’accélérer vers le mur avec une force suffisante pour couvrir la distance entre la table et le mur (1,20 m environ), sans que la gravité n'attire d'abord l'objet vers le sol. Ceci ne fut pas la seule fois où un objet fut lancé sans qu'une force physique humaine ne soit exercée. Notre espace de détente comprenait les équipements habituels - des canapés, un téléviseur et des fauteuils en forme de poire qui étaient très en vogue à l'époque. Il y avait encore une chaîne stéréo dans la pièce. Le tourne-disque était le modèle standard (pour l'époque), avec des 33 tours. Comme pour beaucoup de chaînes stéréo de cette époque, il y avait un couvercle en plastique amovible qui pouvait recouvrir toute la surface de lecture et qui devait mesurer environ 45 cm de côté, 4 cm de haut et être un peu plus lourd que le paquet de biscuits mentionné plus haut. De nouveau, alors que nous nous trouvions dans la cuisine et que personne ne se trouvait dans l’espace de détente, nous entendîmes un autre crash assez fort. À ce moment-là, l’espace de détente était plongé dans l'obscurité. Une fois éclairé, nous constatâmes que le couvercle de la chaîne stéréo avait été projeté de l'autre côté de la pièce, soit sur une distance d'environ deux mètres cinquante. Comme pour les biscuits, la lévitation et la projection du couvercle de la chaîne stéréo sans l'application d'une force physique sont littéralement impossibles et pourtant, c'est exactement ce qui se produisit, même si personne ne se trouvait dans la pièce au moment de l'incident. Lena rapporta beaucoup d’autres incidents, mais leur validité ne reposait que sur son témoignage. Elle disait souvent qu'il y avait une forme obscure et amorphe qui paraissait l'observer de l'autre côté de sa chambre à coucher. Elle s'inquiétait, parce que celle-ci semblait se rapprocher d'elle. Un autre incident physique se produisit peu de temps après. Il fait chaud et lourd à Atlanta en été et Lena avait un grand ventilateur dans sa chambre, qui mesurait à peu près 90 cm de diamètre et qui était bien posé sur le sol, face à elle. Un soir, elle annonça que l'apparition avait renversé le ventilateur, qui fonctionnait alors. Il n'y eut aucun autre témoin de cet incident, mais sur la base de nos observations 98 précédentes de l'activité physique des poltergeists, nous la crûmes. Il est à noter que ce ventilateur avait fonctionné pendant des mois sans jamais se renverser spontanément. Si Lena avait raison et si quelque chose avait renversé le ventilateur intentionnellement, il n'y avait pas de source d'énergie qui pouvait l’expliquer. Dans un chapitre ultérieur, j'aborderai l'exorcisme de manière un peu plus détaillée. Dans cette situation, j'étais globalement familier avec le processus, ayant même une copie des rites catholiques de l'exorcisme dans mon portedocuments. Ce serait certes une grossière erreur de me prêter des qualités sacerdotales, mais il m'arriva à plusieurs reprises d'utiliser quelques principes de base. L’important, c'est qu'ils semblaient fonctionner. Dans le cas de Lena, cette entité n'était pas partie, mais elle garda une plus grande distance physique. Ces événements se déroulèrent sur plusieurs années et dans plusieurs endroits. Le facteur commun était Lena. Plus tard, elle se maria sans constater la poursuite des phénomènes psychiques. Il n'en demeure pas moins que des événements physiques se produisirent bel et bien et qu'aucune explication scientifique conventionnelle ne peut expliquer l'énergie nécessaire pour les déclencher. Ce que je viens tout juste de décrire interpelle à la fois la science et la religion chrétienne. Assurément, la plupart des scientifiques ne croient pas aux poltergeists ni aux démons, et ils auraient tendance à rejeter nos observations catégoriquement. D'autre part, l'Église catholique, qui croit aux forces du mal, déclare expressément que les rites d'exorcisme ne peuvent être conduits que par un prêtre ordonné. Je n'étais donc pas qualifié, selon leurs critères, mais l'application des rites nous permit d'obtenir le résultat voulu. Il n'est pas recommandé de s'essayer à l'exorcisme sans une formation ou un soutien adéquat. Notez par ailleurs que dans ce cas, ce n'est pas contre des grosses huiles ou des gros pontes que j'avais l'impression de devoir m'élever, mais plutôt contre une entité qui représentait une nuisance. 99 Si les rencontres de Lena étaient très étranges, il y avait eu un précédent historique dans ma famille. Très jeunes, nous déménageâmes du New Jersey à La Crosse, dans le Wisconsin, pour nous installer chez notre grand-mère maternelle, Mary Bradfield. Son mari décédé, mon grand-père, John A.L. Bradfield, était un médecin très prospère, qui avait pu acheter une maison de trois étages plus que suffisante selon les standards de l'époque. Ceci dit, la maison avait toujours eu un petit air sinistre, surtout dans le grenier partiellement aménagé, et c'est là que nous, les trois garçons, nous avions nos chambres. En raison de l'angle aigu du toit, ces pièces avaient des plafonds en pente. La nuit, les grincements et les gémissements incessants pouvaient facilement embraser l'imagination. En outre, chaque soir, il y avait des cris et des disputes à répétition entre notre mère et notre père alcoolique et violent. À l'époque, il était extrêmement difficile de pouvoir obtenir le divorce dans l'État du Wisconsin, et il fallait donc s’en accommoder. Constamment importunés, la solution pour minimiser les contacts avec notre père consistait à nous coucher avant qu'il ne rentre et que les inévitables disputes ne commencent. C'est là, dans le grenier, que mon frère Don vécut une expérience qui se situe en dehors des limites de la réalité conventionnelle. Ce qui arriva était comparable à ce qu'Hollywood représente dans les maisons hantées par des démons maléfiques. Une nuit, alors que Don s'endormait, il sentit que son lit commençait à bouger. Il s'agissait d'un vieux lit en bois très lourd, de sorte que tout mouvement nécessitait une force considérable. Le lit commença bientôt à s'élever, sans aucun moyen physique connu, un peu comme dans une scène de L'Exorciste, mais en plus extrême. Le lit continua de léviter vers le haut jusqu'à s’approcher du plafond et être sur le point de l'écraser, mais Don résista en plaçant ses mains sur les lattes peintes et lisses, et cela nécessita une telle force qu'il laissa ses empreintes sur le plafond, ce que nous pûmes constater. Puis, tout comme cela avait commencé, le lit redescendit lentement vers le sol. Tremblant de frayeur, Don bondit hors de son lit, s'enfuit de la chambre et descendit en trombe les escaliers très raides jusqu'au deuxième étage. Il fallut 100 plus d'une semaine pour le convaincre de retourner dans sa chambre. Cet incident soulève des questions auxquelles il est impossible de répondre. Pourquoi cela est-il arrivé ? Pourquoi uniquement à ce moment-là ? Pourquoi à lui, et pas à moi ou à notre jeune frère ? Y avait-il une raison à cela (puisqu'il ne subit aucun dommage physique, pas plus que le lit ou la chambre) ? Ce cas de lévitation défie tous les modèles physiques existants. Comme toujours, notre père ne crut pas l'histoire de Don, quant à la manière dont ses empreintes palmaires s'étaient retrouvées sur le plafond. Mais il y eut un second incident de type poltergeist qui faillit valoir à Don une punition injustifiée. Il s'agissait là encore d'un objet volant, un flacon d'encre. C'était bien avant que les stylos à bille ne soient couramment utilisés. Pour remplir les stylos plumes, on plongeait soigneusement la pointe dans le flacon, puis on soulevait lentement un levier qui aspirait l'encre dans le stylo. Il s'agissait toujours d'une opération potentiellement salissante. Le Dr Bradfield nous avait laissé plusieurs bureaux, dont un secrétariat en bois sculpté qui se trouvait dans un petit couloir entre la cuisine et le salon. Le bureau contenait tous les accessoires d'écriture habituels de l'époque, y compris un flacon d'encre. Même si la maison était dotée d'un parquet brillant, il avait aussi ramené de grands tapis persans qui recouvraient chacune des pièces de la maison. Aujourd'hui, ces tapis auraient une valeur inestimable, mais ils furent malheureusement totalement détruits, quand l'ouragan de catégorie 4 Donna frappa Islamorada en septembre 1960. Les tapis nous intéressent, compte tenu de ce qui se produisit, quand Don passa devant le bureau. Abruptement et sans aucune raison apparente, le flacon d'encre vola spontanément sur une distance de près de 7 m à travers la pièce avant de se fracasser contre le mur, en projetant l’encre bleu nuit sur le mur et le tapis en dessous, occasionnant par là des dommages irréparables à un chef-d'œuvre persan. Ce qui nous rappelle l'expérience des cookies à Atlanta. Il n'y a pas d'explication scientifique fiable pour de tels événements, et on peut se demander combien d'enfants ont déjà été accusés à tort pour avoir balancé brusquement des objets volants, alors qu'ils n'étaient pas responsables. 101 Des chercheurs spécialisés dans le domaine psychique ont suggéré l'existence d'un rapport entre le stress émotionnel et les activités de type poltergeist. Notre environnement familial répondait aux critères, étant chargé de la peur inspirée par notre père. Le stress que nous subissions devait être évacué et expulsé d'une façon ou d'une autre. Le phénomène du poltergeist pourrait être un outil unique et puissant pour évacuer une angoisse récurrente. Ainsi, il pourrait s'agir d'un mécanisme de défense puissant, mais mal compris. 102 CHAPITRE 8 : LE FIL PIÈGE BOUGEZ ! MAINTENANT ! ‘’Avez-vous déjà su qu'il vous fallait bouger ? Tout simplement quitter l'endroit où vous étiez, avant de voir exploser l'endroit où vous étiez ?’’ Ces questions furent soulevées par le lieutenant général Robert — ‘’Bob Barbelé’’ — Kingston, au cours d’un exposé au QG du commandement opérationnel de la base aérienne de MacDill, à Tampa, en Floride. Héros bardé de décorations, il avait servi au combat en Corée et au Viêt Nam et s'était vu décerner la deuxième plus haute distinction de la nation, la Distinguished Service Cross et deux Silver Stars. Durant ses multiples missions sur les deux fronts, il avait connu des situations extrêmement intenses où la survie n'était pas assurée, mais il avait survécu et il était bien conscient que la perception du danger et les prémonitions y étaient pour quelque chose. L'année suivante, il reçut ses quatre étoiles et devint le premier général du Commandement central des États-Unis, responsable de toutes nos actions militaires au Moyen-Orient. Jusqu'à mon exposé, la réunion ne s'était pas bien passée. La personne qui l'avait organisée avait mal évalué les intérêts du général, et nous pûmes alors constater par nous-mêmes pourquoi il avait acquis le surnom ‘’Bob Barbelé’’. Alors que je mentionnais innocemment avoir des copies papier des briefings, il me coupa et me demanda hargneusement si je voulais aussi prendre ses notes, puis quitta la pièce pour répondre au téléphone et s'absenta pendant environ un quart d'heure. J'avais de sérieuses appréhensions par rapport à la suite des événements, puisque j’étais l'intervenant suivant. Les sujets que j'avais préparés portaient sur la vision à distance et nos expériences de torsion des métaux à l'U.S. Army Intelligence and Security Command (INSCOM). À mon grand soulagement, son humeur changea radicalement et pour le mieux. Fort de ses expériences personnelles au combat, ces phénomènes et d'autres encore l'intéressaient. Tout en généralisant quelque peu, il raconta comment, à plusieurs reprises, il avait senti le danger et comment il avait eu la chance de réagir à temps. Si je me souviens bien, j'abordai 103 également le sujet des expériences de mort imminente, comme point d'intérêt commun. Au moment de partir, le général Kingston me demanda si je disposais d'un laboratoire pour pouvoir poursuivre mes expériences et encouragea vivement la poursuite des travaux visant à explorer les sens intangibles et salutaires dont il avait fait l'expérience. Grâce à mon expérience personnelle dans le delta du Mékong, au Viêt Nam, je comprenais ce que Kingston entendait par sa question sur le sentiment de devoir bouger, puisque je l'avais souvent échappé belle. À titre d'exemple, je puis vous dire qu'il y a une différence significative entre une balle qui siffle et une balle qui claque. Ce claquement caractéristique signifie que la balle est passée à quelques millimètres, et non à quelques centimètres, de votre oreille. L'explication scientifique est que l'onde acoustique à proximité immédiate produit un claquement, quand la balle devient supersonique. Dans mon cas, je suis reconnaissant au sniper vietnamien d'avoir essayé de me décapiter au lieu de viser mon corps, qu'il n'aurait pas loupé. Invisible dans la jungle et plus proche que prévu, il prit la décision qui me sauva la vie. Une vieille tranchée de l'époque française se trouvait à un mètre de moi dans la forêt. Instinctivement, je plongeai dans cette tranchée. Le deuxième tir du sniper était parfaitement ciblé et pulvérisa de la terre juste au-dessus de moi. Bien que j'étais isolé dans la tranchée, avec un peu d'aide de mes amis artilleurs, nous réussîmes à persuader le sniper de quitter la zone immédiate et de nous permettre à tous les deux de combattre un autre jour. Il y a des tas d'histoires sur des éclaireurs qui sentent le danger mieux que les autres. En patrouille, au combat, l'homme de tête est l'éclaireur. Son rôle est de partir le premier et d'alerter le reste des troupes en cas de danger imminent. Normalement, les soldats se répartissent cette tâche, car c'est potentiellement l'endroit le plus dangereux où se trouver, quand les tirs commencent. Malgré cela, il n'est pas rare qu'une unité apprenne à connaître ceux qui possèdent la capacité innée de sentir le danger et d'éviter de tomber dans une embuscade. Il est vrai que les techniques d'observation et la connaissance de la situation locale peuvent aussi s'apprendre. Mais malgré tout, la plupart des anciens combattants 104 pensent que certains soldats ont une capacité intuitive qui dépasse les sens physiques de la vision, de l'audition, du toucher et de l'odorat. Dans les films, on voit parfois une représentation du temps qui ralentit afin que les détails de l'action soient clairement visibles. On peut penser, par exemple, à Keanu Reeves, qui se penche en arrière, alors que les balles passent lentement devant lui dans La Matrice. Depuis lors, d’autres films ont recouru à des images de synthèse similaires. Mais au combat, il y a des cas où cette distorsion temporelle devient réelle. Un ami proche et camarade explorateur de la conscience, le Dr Cecil B. ‘’Scott’’ Jones, vécut justement une expérience de cet ordre. Scott était un pilote de porte-avions de la marine américaine, qui pilota des F9F Panthers pendant la guerre de Corée. Alors que l'armée de l'air (USAF) faisait face à des chasseurs MIG de pointe dans le secteur nord-ouest, la marine effectuait des missions sur le côté oriental de la péninsule. À l'époque, l'armée de l'air perdait fréquemment des appareils dans ce qui fut baptisé MIG Alley.44 On oublie presque aujourd'hui que, pendant la guerre de Corée, 224 chasseurs F-86 de l'USAF et de nombreux autres appareils américains furent abattus dans cette zone, principalement par des pilotes soviétiques. On était bien loin des engagements ultérieurs, où la supériorité aérienne américaine était devenue la norme. Il convient de noter que la guerre de Corée fut le premier conflit au cours duquel des avions à réaction participèrent à des combats aériens. Les pilotes de la marine se félicitaient de ne pas devoir affronter les jets soviétiques, plus performants. Mais les Nord-Coréens disposaient également d'excellents canons antiaériens, au sol. Récemment apparus dans les combats aériens, leurs canons de 37 mm contrôlés par radar pouvaient prédire la trajectoire de vol des avions américains avec des résultats dévastateurs. Pour attaquer les cibles, les Panthers Grumman, avec leurs canons de 20 mm, effectuaient des missions afin de neutraliser les tirs d'artillerie juste avant l'arrivée des Corsairs moins agiles et qui étaient chargés de lourdes bombes pour frapper les objectifs principaux. Inutile de dire que ces missions étaient éprouvantes. 44 Pour plus de détails, voir https://www.youtube.com/watch? v=MZJsMLcCRV8 105 Le phénomène décrit par Scott se produisit au cours de l'une de ces missions. En lançant son attaque à une altitude d'environ 3 000 mètres, il aperçut les traînées de fumée noire provoquées par l'explosion des obus de 37 mm. Subitement, il sentit que sa conscience se trouvait comme posée sur son épaule gauche, une expérience extracorporelle, comme il la qualifie maintenant. Le temps sembla ralentir significativement. Les tirs étaient intenses, ce jour-là, et pourtant, il vola habilement à travers les nuages sombres provoqués par les explosions. Les images et les sons subirent comme une distorsion temporelle, ce qui lui permit de mieux répondre à tout danger imminent. Scott et les autres pilotes effectuèrent de nombreuses missions dangereuses de ce type. Il leur fallait apprendre rapidement. Des innovations spectaculaires se produisirent dans les tactiques de combat aérien. Elles étaient basées sur les progrès technologiques réalisés depuis la Seconde Guerre mondiale, mais n'avaient jamais été testées auparavant. Dans cet environnement, Scott et ses camarades pilotes accomplissaient souvent deux missions par jour contre ces cibles lourdement défendues. Il reconnaît maintenant que c'est son ‘’Soi supérieur’’ qui le guida en toute sécurité durant son expérience du combat. Scott dit qu'il ne parla jamais de son expérience extracorporelle à qui que ce soit, jusqu'à ce qu'il prenne sa retraite de l'U.S. Navy, bien des années plus tard. On peut penser que c'était une sage décision. Il démissionna après que ses supérieurs aient refusé d'accepter son explication sur la façon dont il avait pu obtenir des informations spécifiques au sujet d’une cible sensible des services de renseignement dans une autre région du monde. (Cette partie de l'histoire sera traitée dans un chapitre ultérieur.) Quand d'autres vétérans de l'armée apprirent que je m'intéressais à ces phénomènes, beaucoup d'entre eux vinrent me raconter des histoires personnelles sur des choses étranges qu'ils avaient vécues pendant le stress du combat. Dans plusieurs cas, ils décrivirent des expériences extracorporelles similaires à celle que Scott évoqua. Alors qu'ils étaient engagés dans des combats intenses, ils dirent avoir quitté leur corps physique et plané au-dessus de la scène. Si l'on accepte la réalité de ces propos, il y a deux possibilités pour 106 appuyer le bien-fondé de cette notion. D'une part, cela offre une perspective à partir de laquelle on peut mieux appréhender la situation. D'autre part, l'expérience extracorporelle peut être un mécanisme de sécurité ou de survie. Le sentiment d'être hors de son corps physique élimine le sentiment de danger physique auquel on est confronté. Pendant mon déploiement au Viêt Nam, j'avais la responsabilité opérationnelle d'une zone du delta du Mékong tout près de la frontière cambodgienne, connue sous le nom des Sept Montagnes. L'ennemi dans cette région était alors composé de Viêt-congs, par opposition aux Nord-Vietnamiens concentrés plus au nord. Si nous nous engagions assez régulièrement dans des échanges de tirs, nous n'avions généralement pas de batailles rangées. Une exception majeure fut la tristement célèbre offensive du Têt en 1968.45 Cette fois-là, mon intuition me fit défaut. Il devait y avoir une trêve. Auparavant, les trêves avaient été respectées par tous les combattants. Ainsi pensai-je que le moment était opportun pour me rendre à Can Tho, où se trouvait mon quartier général principal, pour y régler quelques formalités administratives. Oui, nous avions de la paperasse, même au combat. Ce jour-là, un hélicoptère de combat Cobra avait coulé un grand sampan dans le Mékong, à quelques encablures au nord de la capitale régionale. On soupçonnait qu'il s'agissait d'une cargaison d'armes et on voulait vérifier le contenu de la cargaison. Comme j'étais qualifié pour les opérations sous-marines, on me demanda de plonger pour déterminer ce qu'il y avait à bord. Mais comme il se faisait tard, nous nous résolûmes à reporter la plongée au lendemain. Mais la nuit du 30 janvier 1968 ne devait pas être une bonne nuit en Asie du SudEst. Cette nuit-là, dans tout le pays, la plus grande offensive de la guerre débuta. Contrairement aux grandes unités américaines conventionnelles qui se trouvaient au nord, nous ne reçûmes aucun avertissement de Saigon. Brusquement réveillé dans un lit d'emprunt, je vis des balles traçantes vertes passer devant la fenêtre. Les balles traçantes américaines sont rouges. Le fait qu'elles soient vertes ne 45 L'offensive du Têt lancée par les Viêt-congs et par les Nord-Vietnamiens changea la donne. Quoiqu'il s'agisse d'une défaite militaire pour eux, elle signifia le début de la fin du soutien du peuple américain à la guerre. 107 signifiait qu'une seule chose : les Viêt-congs se trouvaient déjà à l'intérieur du périmètre de l'aérodrome. Un combat acharné s’ensuivit. Si c'est ainsi que les Vietnamiens voulaient célébrer le Têt, j'aurais préféré qu'ils le fassent sans moi. Dans le delta du Mékong, à l’inverse d'autres régions du pays, tout se termina assez vite, et plutôt mal pour les Viêt-congs. En dépit des lourdes pertes infligées à l'ennemi, nous fûmes surpris par sa capacité à engager des batailles soutenues dans les zones urbaines. C'est quelque chose que nous n'avions jamais vu avant. Auparavant, la plupart de leurs attaques débutaient la nuit et se terminaient généralement avant l'aube. Normalement, dans notre secteur, les Viêt-congs se battaient durant quelques heures, puis coupaient le contact et rentraient chez eux. Beaucoup d'entre eux étaient des Viêt-congs pendant la nuit et des fermiers pendant la journée. L'offensive du Têt fut un tournant majeur dans la guerre, puisque nous affrontâmes des unités de Viêt-congs d'une taille et avec des capacités sans précédent. Le lendemain, je pris un hélicoptère pour rentrer à Ba Xaoi, le camp que je commandais. Alors que presque toutes les villes et villages du pays avaient été attaqués, mon camp situé sur une colline et non à proximité d'une ville, avait été épargné. Notre camp, à l’inverse de nombreux camps des forces spéciales n’était pas associé à des QG politiques. L'objectif des Nord-Vietnamiens et des Viêtcongs était de déstabiliser le gouvernement sud-vietnamien ; ainsi, tous ces autres camps devinrent des cibles. Alors que nous n'avions que 15 à 18 Américains dans nos rangs, je disposais de plus de deux bataillons de mercenaires indigènes, le Civilian Irregular Defense Group (CIDG), ce qui faisait de mon camp la force de combat la plus puissante de la région. Pour les lecteurs qui ne connaissent pas la guerre du Viêt Nam, il est important de noter que les circonstances du conflit différaient grandement en fonction de l'époque et du lieu. Les unités auxquelles nous fûmes confrontés dans le Delta étaient très différentes de nos ennemis dans les hauts plateaux du centre, ou encore durant l'intensité de la bataille de Hue. Cela n'est signalé que pour avertir les personnes qui pensent que la version cinématographique de la guerre 108 correspond à ce que tout le monde rencontra sur le terrain. Ce contexte est utile pour donner un sens à la situation que je vais maintenant décrire. Les Viêt-congs auxquels nous étions confrontés se battaient de façon non conventionnelle. Pour ce faire, ils avaient largement recours aux mines et aux pièges — des précurseurs des engins explosifs improvisés (EEI), dont on entendit parler dans le cadre des guerres d'Irak et d'Afghanistan. Les Viêt-congs utilisaient tout ce qu'ils pouvaient trouver pour fabriquer leurs engins. Un grand nombre de ceux que nous avons découverts étaient en fait des munitions américaines non explosées, surtout des restes d'unités de bombes à fragmentation.46 C'étaient des sous-munitions contenant des billes de métal rondes, qui avaient un effet dévastateur sur le corps humain. Elles étaient dispersées à partir de bombes plus grosses (CBU-75) et éparpillées dans la zone ciblée. Elles étaient conçues comme des systèmes antipersonnel destinés à cibler les Viêt-congs dans les zones où ils n'étaient pas bien protégés. Pendant la guerre, l'USAF largua aveuglément des millions de ces bombes. Le problème, c’était qu'un nombre important des CBU n'explosaient pas au contact du sol. Les Viêt-congs récupéraient alors les CBU non explosées et les reconfiguraient avec un nouveau mécanisme de mise à feu. Ils étaient aussi très doués pour dissimuler ces pièges, parfois à quelques mètres du camp principal. Les Viêt-congs utilisaient également leurs engins dans les secteurs où ils soupçonnaient que nous patrouillerions. Au cours d'une seule opération, trois de mes sergents furent blessés par ces engins. Tous survécurent, mais l'un d'entre eux perdit une jambe ; il se tenait juste à côté d’une grenade maintenue par un bâton à peu près à hauteur de son mollet. Mon expérience intuitive marquante eut lieu plusieurs mois plus tard. Nous patrouillions dans la zone de transition très boisée, qui s'élevait au-dessus des rizières omniprésentes. Elle conduisait à Nui Gia, une montagne qui était l'un des sites les plus disputés de la région. Le terrain rocheux dominant offrait aux Viêtcongs des zones où ils pouvaient se planquer et opérer en toute sécurité. C'était 46 Chaque bombe CBU-75 contenait 1 800 projectiles d'une livre, dont beaucoup n'explosaient pas. Les Viêtcongs récupéraient les munitions non explosées et les recyclaient en pièges. 109 grosso modo au même endroit où l'incident du sniper, décrit plus haut, s'était produit. La prudence était de rigueur, quand on traversait ce territoire, car les Viêt-congs y avaient toujours accès, ce qui n'était pas le cas pour nous. Préoccupé par ce qui se passait devant moi, j’étais en train de reculer et restai instinctivement figé. Un lieutenant des forces spéciales vietnamiennes, qui se trouvait tout près de moi se mit à hurler. Nous étions entrés dans une zone minée. Dans mon cas, le fil déclencheur d'une mine était en contact avec l'arrière de ma bottine gauche. Pire, j'avais déjà exercé une tension sur le fil et commencé à tirer sur le mécanisme de déclenchement. Si j'avais continué, ne serait-ce que quelques millimètres de plus, la mine aurait explosé. Aujourd'hui encore, je ne saurais expliquer pourquoi je cessai de bouger à cet instant précis. C'est ce qui arriva, voilà tout. Cette intuition me sauva les jambes, voire peut-être même la vie. Mais le plus important, c'est qu'il ne s'agit pas d'une histoire unique. Si vous interrogez quasiment tous ceux qui ont combattu directement, vous entendrez parler d'événements similaires. Le défi pour la science est d'expliquer les mécanismes qui sont impliqués dans ces expériences salutaires. Les militaires ont encore un défi à relever : ils doivent reconnaître l'authenticité de l'intuition et trouver un moyen de l'enseigner à tous ceux qu'ils mettront en danger. 110 CHAPITRE 9 : LES FACULTÉS PSI ET LES ARTS MARTIAUX J'ai pratiqué des arts martiaux d'un style ou l’autre pendant plus de six décennies. La plupart d’entre eux se focalisaient sur la condition physique et sur les techniques de combat proprement dites. Ce n'est pas le propos de ce chapitre. Les arts martiaux qui nous intéressent ici sont ceux dont certains éléments paraissent défier autant la sagesse conventionnelle que la science. L’AIKIDO Le vieux Japonais sourit lorsque je me retrouvai instantanément au sol. Il avait exécuté son geste d'un habile mouvement du poignet vers le bas, ses petits doigts frappant tout près de mon cou, derrière la clavicule. Ce n'était pas sa force physique qui m'avait fait tomber, mais je voulais assurément savoir de quoi il en retournait. La scène se déroula dans un auditoire du centre-ville d'Honolulu, à Hawaï. La majorité des personnes présentes étaient d'origine asiatique, et beaucoup d'entre elles étaient japonaises. L'attraction était la venue de Koichi Tohei, 10ème Dan47, à l'époque héritier présomptif du Professeur Morihei Ueshiba48, le fondateur de l'aïkido. Il s'agissait de l'une des rares excursions de Sensei Tohei en dehors du Japon, et l'attente de sa démonstration d'arts martiaux était palpable. Il était déjà évident qu'une divergence de philosophie allait diviser l'école, mais ce maître allait dominer l'avenir, et les adeptes de l'aïkido voulaient avoir une expérience de première main avec lui, et ils ne seraient pas déçus. Comme son nom l'indique, l'aïkido utilise le ki, ou chi, comme on l'appelle dans d'autres langues. Cette énergie est considérée comme l'essence de la vie et elle circule dans tous les êtres vivants. C'est le principe sur lequel l'acupuncture 47 48 On peut trouver ici l’histoire de Koichi Tohei : http://shinshintoitsuaikido.org/english/about/koichi.html Et ici celle du Professeur Morihei Ueshiba : http://www.torontoaikikai.com/m_ueshiba.htm 111 repose. Fait important pour les arts martiaux, elle peut se projeter au-delà du corps physique. Tout aussi important est le concept de concentration sur le ‘’point unique’’, consistant à placer mentalement son centre de gravité à un endroit situé à environ un poing sous le nombril. Avec tous les mouvements découlant de là, le pratiquant d'aïkido accompli peut faire des choses étonnantes. Mon commandant en second, le lieutenant Rich Haake, m'avait initié à cette discipline d'arts martiaux adoptée par certains services de police hawaïens. Rich était aussi un soldat des forces spéciales, et il possédait une force intérieure que je voyais rarement chez mes collègues officiers. Lui et son père, qui était capitaine dans la police de Maui, étaient des Hawaïens de souche. Si les Hawaïens de souche ont tendance à être physiquement grands, les Samoans sont énormes. Avec une taille de 1,73 m et un poids d'environ 113 kg, un sergent samoan qui travaillait pour moi était considéré comme un avorton dans son pays d'origine. Alors que j'étais en poste à Hawaï, un concours international de tir à la corde fut organisé sur la Grande île. Chaque équipe pouvait compter six personnes, mais leur poids total ne devait pas dépasser 800 kg. Les participants samoans peinèrent à aligner cinq personnes et à rester en deçà de la limite de poids. Pourquoi l'aïkido était-il important dans ce contexte ? Quand elle buvait, ce qui était très fréquent, la communauté samoane avait tendance à devenir plutôt turbulente et bagarreuse, ce qui entraînait souvent l'intervention de la police. À la recherche d'un moyen efficace et sûr de gérer ces individus imposants et récalcitrants, le service de police tomba sur l'aïkido. La particularité de cet art martial est qu'il ne comporte pas de mouvements agressifs, mais qu'il exploite les mouvements agressifs de l'agresseur. Il s'appuie également sur des clés de poignet, qui, bien qu'efficaces, sont plutôt bénignes et constituent un excellent outil de contrôle par la douleur. Rich m'avait enseigné quelques rudiments, comme le bras inflexible et la concentration sur le point unique. Pour autant, je voulais en apprendre plus du maître, et l’occasion était unique. Au cours de la première partie de la démonstration, je vis Tohei faire des choses que l'on pourrait considérer comme physiquement impossibles. C'était loin d'être 112 un homme de grande taille, mais il invita quelques hommes plus grands à le rejoindre sur la scène. En se concentrant mentalement sur le point unique, il abaissa son centre de gravité et il demanda à ces hommes de le pousser en arrière. Ceux-ci eurent beau essayer de toutes leurs forces, il ne bougea pas d'un centimètre. Ce n'était pas comme s'il résistait activement ; il se tenait simplement là, calme et inébranlable. Ensuite, il s'assit sur une chaise pliante métallique, comme on en trouve souvent pour les événements en plein air. Il releva les pieds et s'assit en tailleur sur la chaise, et encore une fois, il demanda à ces hommes de le pousser, mais ils n'y arrivèrent pas. Cette démonstration m'intéressait particulièrement, d'un point de vue scientifique. Abaisser mentalement le point unique alors que ses pieds étaient posés sur le sol était une chose. Mais, dans cette démonstration, il n'était plus en contact avec le sol et, d'un point de vue physique, il ne contrôlait donc pas le centre de gravité. Si l'on prend un objet vertical et si l'on pousse dessus en hauteur, il est plus facile de le déplacer. C'est de la mécanique simple. Néanmoins, Tohei ne bougea pas. Ensuite, il invita plusieurs ceintures noires d'aïkido à l'attaquer sur la scène. Et comme dans les scènes de combat au cinéma, il réussit à les contrer tous. Mais contrairement à ce que l'on voit dans les films, Tohei projeta les gens sans aucun contact physique avec eux. Le processus consistait à élever leur centre de gravité et à utiliser leur énergie contre eux. Il fit également la démonstration de l'utilisation d'un jo, un bâton en bois. Tohei était capable de projeter le ki par l'entremise du jo et d'affecter la personne qui l'attaquait. Ses mouvements très impressionnants défiaient la gravité et l'inertie. D'un point de vue scientifique, et si l'on admet que le ki existe, comment une force physique peut-elle être transmise à travers le jo ? Plus tard, au cours du séminaire, il plaça un membre de l'auditoire sur le dos, le visage tourné vers le haut, entre deux hommes à quatre pattes. Puis, Tohei effectua un mouvement rapide qui, d'après lui, alignerait le ki de manière à ce qu'il circule linéairement dans tout le corps de la personne. Il demanda ensuite à trois hommes, qui pesait chacun plus de 90 kilos, de s'asseoir ensemble à 113 califourchon sur la partie exposée du ventre de l'homme allongé. La personne ne bougea pas, en dépit du poids reposant sur elle. Ce qui m'impressionna le plus dans cette démonstration, c'est que j'étais cette personne avec près de 300 kg sur moi. C'était comme si les hommes assis sur mon ventre semblaient en apesanteur. Après cette démonstration, nous commençâmes les exercices dans la salle. Le mouvement décrit au début du chapitre fut réalisé par un vieux Japonais bienveillant qui pratiquait l'aïkido depuis plusieurs décennies. Il faisait moins d'1,70 m et il ne devait pas peser plus de 55 kg. Il ne faisait aucun mouvement rapide et il n'utilisait pas non plus la force physique, comme des coups de poing. Patiemment, il me montra des clés de poignet, comme Rich l'avait fait. Comme j’avais déjà eu des fractures en pratiquant des arts martiaux durs, dont le taekwondo, je trouvais les mouvements fluides de l'aïkido très attirants. Au fil du temps, Rich me parla de quelques techniques d'aïkido très avancées, dont certaines défiaient les principes scientifiques acceptés. L'une d'entre elles impliquait d’utiliser un bokken rond en bambou, comme s'il s'agissait d'une épée tranchante. Avec ce bokken, le maître pouvait couper du papier de riz comme un rasoir, sans le déchiqueter. Le plus surprenant concernait l’utilisation de l'esprit pour interrompre l'écoulement d’une chute d'eau. Rich dit que, lorsque l'eau tombait par paquets, plutôt qu’en continu, le maître passait rapidement son épée entre les paquets d'eau, de manière à ce que celle-ci ressorte sèche. Bien que tout le monde sache que l'eau s'écoule en filet et que la pensée ne peut pas l'interrompre, c'est exactement ce qui semble se produire. Il signala encore que l'on entendait parler dans les cercles supérieurs du dim mak, encore connu sous les termes de ‘’toucher de la mort’’. Il pensait que c’était bien réel, mais qu’on n'en discutait jamais publiquement. Puis, j'appris à connaître les vertus curatives du ki. Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, Tohei avait été envoyé en Chine comme chef de l'infanterie. Il constata que son unité ne disposait pas d'une assistance médicale adéquate. Ayant déjà commencé à s'entraîner au judo et à l'aïkido, Tohei commença à explorer l'utilisation du ki pour soigner les soldats blessés. À partir de cette 114 expérience de guerre, Tohei créa le Kiatsu, un art de guérison, en utilisant la même source d'énergie que celle utilisée pendant les combats. La technique consiste à projeter mentalement le ki à travers les doigts et dans la zone blessée. Elle repose sur l'idée que la blessure a interrompu le flux d'énergie et qu'on peut le rééquilibrer grâce à cette méthode. Personnellement, j’ai trouvé cette méthode utile à maintes reprises, en particulier pour traiter les maux de tête d'autres personnes. LE QI GONG Une autre démonstration extrêmement intéressante à laquelle j'assistai eut lieu dans le cadre de la réunion de 2001 de la Society for Scientific Exploration, tout près de l'université de Californie, à San Diego. Cette expérience complexe fit appel à des maîtres de qi gong dans l’optique de démontrer que des réponses physiques à l'application à distance du ki/chi étaient possibles et vérifiables.49 Dans ce cas, le maître de qi gong qui devait appliquer la force se trouvait au quatrième étage de l'immeuble, et le destinataire se trouvait au rez-de-chaussée, à l'autre extrémité du bâtiment. L'instrumentation transita par un bureau intermédiaire pour enregistrer et synchroniser à la fois l'application du chi par un maître et la réponse physique de l’autre maître. Le dispositif était tel qu'il n'y eut aucune communication possible entre les deux maîtres au moment de l'expérience. La démonstration fut faite d'une réponse biophysique détectable transmise sur une distance de plusieurs dizaines de mètres et à travers plusieurs couches de matériaux de construction. Les deux maîtres de qi gong étaient équipés d'instruments pendant l'expérience, et les résultats semblèrent instantanés, ou au moins étroitement corrélés en moins d'une seconde. Il y eut d'autres démonstrations impliquant des étudiants interagissant avec leurs maîtres, connus sous le nom de sensei. Plusieurs d'entre elles furent assez peu convaincantes, mais elles offrirent des exemples utiles de ce à quoi il faut faire 49 Mami Kido, Professor, Tohoku Gakuin University, Japan, “Measurements of Remote Qi-Gong Effects” 115 attention. Par exemple, un maître projetant ostensiblement du ki et influençant ses élèves. Se trouvant à proximité visuelle, il semblait évident que les élèves ne faisaient que réagir aux mouvements du maître, anticipativement. Faites plaisir à votre sensei et vous réussirez. D'autres démonstrations de qi gong méritaient plus d'attention. Elles se déroulaient dans un gymnase et elles consistaient pour le sensei à projeter son ki à travers un objet opaque et à produire des effets physiques significatifs sur le destinataire. J’entends par là les faire reculer physiquement et, dans certains cas, tomber par terre. Alors que l'expérience mentionnée précédemment impliquait des réponses biophysiques détectables par des instruments électroniques sensibles, celle-ci impliquait des effets clairement visibles à une macro-échelle. En plaçant des caméras dans une position où le sensei et la cible pouvaient être vus - bien qu'ils ne pouvaient pas se voir l'un l'autre - la relation de cause à effet entre l'action et l'impact était évidente. Les arts martiaux supérieurs prennent en compte l'utilisation de systèmes énergétiques qui ne sont généralement pas acceptés par la médecine allopathique moderne ou par les scientifiques traditionnels. Les origines asiatiques du qi gong remontent à plus de quatre millénaires et reposent sur le concept de l'existence d'une énergie vitale qui circule dans tout le corps. Même si cette idée n'est pas unique, elle n'a pas été approfondie par les scientifiques occidentaux. La pratique du qi gong implique souvent la respiration et la méditation, et reconnaît la relation entre la matière, l'énergie et l'esprit. En réalité, le qi gong est bien plus qu'un art martial ou qu’une méthode de guérison. C'est également une philosophie que l'on peut intégrer à son mode de vie. De nombreuses variétés de qi gong ont évolué au fil du temps et elles ont été incorporées dans plusieurs religions, telles que le bouddhisme, le taoïsme et le confucianisme. La popularité du qi gong en Occident peut être attribuée, en grande partie, à l'industrie du divertissement. Le personnage de David Carradine, Kwai Chang Caine, dans la série télévisée à succès Kung Fu, a fortement attiré l’attention et suscité l'intérêt pour ces arts. Depuis lors, beaucoup de films ont été tournés avec des arts dérivés du qi gong. Malheureusement, ils ont tendance 116 à mettre l'accent sur les applications violentes des arts martiaux et ils passent complètement à côté de la base philosophique essentielle du qi gong. Il y a eu des périodes de l'histoire au cours desquelles les gouvernements ont cherché à réprimer la pratique du qi gong et du tai chi. Ils craignaient, semble-t-il, que les pratiquants, qui apprennent à connaître le flux d'énergie universel, soient plus difficiles à contrôler. C'est ce qui est arrivé en Chine continentale depuis l'époque de la révolution culturelle jusqu'à récemment. Malgré tout, ces formes d'art parviennent toujours à survivre et ces pratiques se répandent dans le monde entier. J'ai eu l'occasion à plusieurs reprises d'assister à des démonstrations de qi gong très sophistiquées. Les performances incluent souvent des acrobaties extrêmes, qui nécessitent une grande habileté. Ce qui m'a le plus intéressé, c'était les numéros qui semblent défier ce que nous savons de la physiologie ou des lois de la physique. L'un d'entre eux attira mon attention : une troupe itinérante de Taïwan qui soulevait des objets lourds d'une manière très exigeante. Avec de grandes mains, certains joueurs de basket-ball peuvent tenir un ballon par le haut sans le laisser tomber, ce qui requiert à la fois de longs doigts et une force suffisante pour le saisir. La démonstration de qi gong chinois à laquelle je fais référence dépassait largement cette maîtrise. L'artiste saisit deux grands récipients de plusieurs gallons et réussit à les soulever avec ses mains placées uniquement sur le dessus des contenants. Peu importe le contenu - peut-être des petites boules en plastique de couleur vive - ils étaient sans doute légers, mais c'est la capacité à soulever des objets qui auraient dû être affectés par la gravité qui était impressionnante. Également impressionnantes étaient les prouesses réalisées avec des lances et des épées en métal. Une des épreuves présentées à la télévision consistait à placer la pointe d'une lance contre la gorge et à pousser de manière à ce que la lance plie sans percer la gorge. J'ai vu plusieurs fois cette démonstration. Lors d'une visite à la branche pékinoise du monastère Shao Lin, j'assistai à une telle démonstration et j'eus l'occasion d'essayer moi-même. Même si la pointe de la lance n'était pas très aiguisée, elle était tout de même capable de perforer le 117 corps. Avec un minimum d'entraînement, je réussis à plier la lance sans me blesser. Ceci n'est pas recommandé aux novices qui n'ont pas pratiqué des formes d'arts martiaux générant du ki. HAMMERING HANK Mon premier instructeur d'arts martiaux provenait d'un environnement militaire unique. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la peine de mort était administrée par pendaison, une technique qui nécessitait un savoir-faire spécifique. Le sergent-major Henry Slomanski était l'un de ceux qui avaient été chargés d'exécuter les Japonais reconnus coupables de crimes de guerre. Quand nous nous rencontrâmes pour la première fois, "Hammering Hank", comme on le surnommait, était le sous-officier le plus ancien de l'école de saut de la 101e division aéroportée. En 1958, tout fraîchement diplômé de la Ranger School, promu sergent et âgé de seulement 20 ans, je fus sélectionné pour rejoindre le cadre de l'Airborne School et porter la redoutable veste noire. Évidemment, la seule chose que je pouvais dire à Slomanski, c'était ‘’Oui, sergent-major’’ ou ‘’Non, sergent-major’’. Même avant mon affectation à l'école, j'avais entendu parler de la légende du karaté, comme tout le monde sur la base. Il avait été stationné au Japon pendant plusieurs années et il avait appris le style de karaté chito-ryu. Il avait gravi les échelons jusqu'à devenir le Caucasien du niveau le plus élevé à remporter le Golden Fist, à l'époque, et à être autorisé à tester et à faire passer des ceintures noires. Il avait acquis sa notoriété à l'occasion d'un fameux tournoi au cours duquel des élèves de karaté s'affrontèrent, en full-contact, dans un tournoi éliminatoire où seul le vainqueur était retenu. En tant qu'étranger, les autres combattants ne lui témoignèrent pas beaucoup de respect, au début. La compétition dura deux jours, et Slomanski ne cessait de gagner. Finalement, après avoir battu plus de 110 adversaires, il remporta le tournoi. Ses incroyables capacités de combattant furent alors saluées. En 1956, il fut nommé commissaire international pour le karaté par ses homologues japonais. 118 Plus tard, en 1960, c'est le sergent-major Slomanski qui fera passer à Elvis Presley sa ceinture noire de 1er dan. Pour la petite histoire, Elvis avait une excellente réputation, tant dans l'armée que dans le milieu du karaté. C'est sous la direction de Slomanski que je commençai à m'entraîner et à récolter pas mal de bleus. C'est en discutant à l'école aéroportée que je découvris son entraînement, après qu’il ait progressé dans ses niveaux de ceinture noire. Il consacra une année à étudier l'anatomie et la physiologie, simplement pour comprendre les effets des coups. Son maître lui demanda également de s'initier à la peinture et à l'art floral pour mieux comprendre la philosophie derrière l'art. Je n'ai jamais entendu parler de cela dans aucune école d'arts martiaux américaine. Dès le début de ma formation, on me fit comprendre que les aspects mentaux des arts martiaux étaient plus importants que les aspects physiques. Par un concours de circonstances des plus intéressants, après sa retraite de l'armée américaine, Slomanski entra au séminaire biblique orthodoxe oriental Maranatha, devint ensuite pasteur ordonné de l'Église orthodoxe orientale et décrocha un diplôme de docteur en théologie. Pendant sept ans, jusqu'à sa mort, en 2000, il resta au service des patients et du personnel de la New Hanover Memorial Church, à Wilmington, en Caroline du Nord, et aumônier de l'Henrico Doctors' Hospital à Richmond, en Virginie. Je mentionne tout cela pour illustrer la nature spirituelle qui est à la base de nombreux arts martiaux. GUY SAVELLI Dans le cadre du projet Jedi de l'INSCOM, le groupe s'intéressa à plusieurs domaines d'excellence, dont les arts martiaux. A côté de la marche sur le feu et de la torsion de cuillères, nous avions déjà prouvé qu'il était possible de casser facilement des planches de bois avec peu d'entraînement et rien d'autre qu'à mains nues. Il n'y avait aucun intérêt scientifique à percuter des planches, puisqu’il s'agissait simplement de concentrer de l'énergie sur une petite surface. C'était l'aspect mental de persuader les novices qu'ils pouvaient le faire qui était important. 119 Par ailleurs, nous connaissions l'existence de techniques d'arts martiaux plus avancées plus difficiles à exécuter et à maîtriser. Des membres des forces spéciales de Ft. Bragg, en Caroline du Nord, nous renseignèrent sur l'existence d'une ceinture noire qui enseignait des techniques remarquables ; il s'agissait de Guy Savelli. Basé près de Cleveland, dans l'Ohio, Savelli pratiquait surtout le karaté Kun Tao, mais il était également formé au Shotokan, au Tai Chi et au Goshin Jitsu Kyo Jujo. De plus, le concept de la psychokinèse (PK) lui était familier et il pensait que la PK était impliquée dans beaucoup d’effets d'arts martiaux avancés. C'est ce que nous avions considéré comme étant important et qu'il fallait étudier. Nous fûmes en mesure de nous entraîner avec Savelli pendant quelques jours, et ce que nous pûmes observer fut convaincant. Il ne faisait aucun doute qu'il était un véritable expert, et pas l'un de ces artistes martiaux vendus, qui font de l'esbroufe, sans produire les résultats escomptés. Savelli avait été testé dans plusieurs laboratoires universitaires, et des témoignages anecdotiques appuyaient ses conjectures sur l'utilisation de la PK comme source d'énergie primordiale. Nous apprîmes plusieurs techniques qui laissèrent entrevoir qu'il y avait bien une composante mentale pour frapper une cible désignée — dépassant le simple fait de convaincre l'élève qu'il pouvait le faire. En générant du ki, la vitesse d'attaque était d'une importance vitale. L'un de nos premiers exercices visa à produire un mouvement sec capable de porter un coup d'une puissance fulgurante. Pour ce faire, Savelli mit en place des pièges à rats à ressorts (pas des pièges à souris !) Nous devions déclencher le piège et écarter nos doigts de sa trajectoire. En cas d'échec, les conséquences pouvaient être très douloureuses. Par la suite, nous recourûmes à la même technique pour briser des planches de bois. Le contact réel n'était initié qu'avec un ou deux doigts, et pas avec le poing, ni avec le tranchant de la main. La thèse était que l'énergie PK était transférée et provoquait en fait la rupture. Dans la plupart des coups de karaté sur des planches, la main ou le pied continue de traverser l'objet, mais dans ce cas-ci, la main était en fait retirée, tandis que la force PK continuait de traverser et briser la planche. Il est encore plus dur de 120 briser une planche qui n'est pas fixée. D’habitude, les planches de pin sont tenues fermement par une autre personne ou coincées contre des objets durs, quand la démonstration a lieu. La technique de la planche non fixée repose sur une concentration d'énergie en un seul point. Si elle est mal exécutée, la planche volera simplement à travers la pièce. Savelli soulignait qu'il faut projeter l'énergie PK pour réussir cette opération. Une des leçons mises en pratique consista à transpercer une orange, en utilisant seulement un ou deux doigts. Vous pouvez essayer cela sans danger, mais vous verrez que c'est beaucoup plus difficile que prévu. Le caractère souple de l'orange lui confère une certaine force, une certaine résistance à la pénétration. Notre travail consista à projeter le ki ou la PK au-delà des doigts, pour faciliter la pénétration un peu avant qu'un contact physique n'ait lieu. Une partie importante de notre entraînement consistait à être capable d'anticiper une attaque. L'idée était d'intercepter mentalement l'intention de l'assaillant, avant qu'il n'y ait le moindre indice physique, comme un plissement des yeux ou une contraction de l'épaule. Nous apprîmes rapidement qu'au moment où les indices physiques sont détectés, il est trop tard pour esquiver le coup. Naturellement, cela suggère qu'il y a un aspect télépathique ou précognitif dans cette technique. Comme je le soulignais dans The Warrior's Edge, les guerriers samouraïs avaient adapté cette aptitude. Leur survie même dépendait de leur capacité à savoir ce que ferait un ennemi, même s'ils se tournaient le dos. Nous nous entrainâmes aussi à utiliser la projection du ki pour protéger notre corps. Dans cet exercice, nous devions concentrer notre attention et déplacer le ki dans tout le corps, en le rendant mentalement aussi rigide qu'un tronc d'arbre. Une fois prêts, on nous frappait avec une lourde barre de métal, qui était creuse, mais qui conservait toute sa solidité. Si l'exercice était correctement effectué, le résultat était une barre de métal pliée, sans abimer le corps. Une autre technique avancée que Savelli nous montra était le blocage de l'esprit. Elle était conçue pour des situations spécifiques, comme lorsque vous êtes confronté à un voyou qui pointe une arme vers vous. L'idée est de bloquer 121 mentalement l'esprit adverse dans l’idée qu'il ne soit plus conscient de vos mouvements. Savelli nous fit visionner une vidéo de cette technique. Dans la vidéo, l'agresseur restait focalisé sur l'endroit où se tenait Savelli, pendant qu'il parvenait à contourner la cible et à l'attaquer par derrière. Bien qu'il ne s'agissait que d'une démonstration, il apparaissait que l'agresseur n'avait aucune perception des mouvements de Savelli. Cela fait songer au tour de passe-passe du Jedi, popularisé dans La Guerre des étoiles. (‘’Ce ne sont pas les droïdes que vous recherchez’’ !) Les techniques de blocage de l'esprit ne sont ni nouvelles, ni uniques. Il existe beaucoup d’histoires concernant leur application. L'une d'entre elles concerne Joseph Staline, qui se serait intéressé aux phénomènes psychiques. Il avait invité un célèbre médium russe, Wolf Messing, à lui rendre visite dans sa maison de campagne très surveillée. Mais Messing devait entrer dans la maison sans se faire prendre par les gardes. Messing aurait utilisé une technique de projection mentale capable de brouiller l'esprit des observateurs, créant ainsi une véritable cape d'invisibilité, comme celle utilisée dans les films d'Harry Potter. Messing aurait convaincu les gardes qu'il était en réalité le maréchal de l'Union soviétique, Lavrenti Beria, le chef de la police secrète. Bien que méconnues en Amérique, les capacités de Messing à lire dans les pensées et à faire des prédictions inquiétèrent Hitler, comme Staline. C'est encore une autre aptitude qui nous captiva le plus. Nous avions entendu dire que Maître Savelli savait comment exécuter le dim mak ou contact mortel. C'est la même technique dont Rich Haake m'avait parlé, des années auparavant. L'intérêt du dim mak, d'un point de vue militaire est évident, mais il n'a pas fait l'objet de recherches approfondies. Pendant notre formation avec Savelli, nous fûmes rejoints par deux sous-officiers supérieurs des forces spéciales, qui avaient travaillé avec lui à Ft. Bragg. C'était des médecins des forces spéciales, de par leur formation, ce qui signifie qu'ils en savaient beaucoup sur l'anatomie et la physiologie. Lorsque l'armée mit sur pied son programme SERE de survie, d'évasion, de résistance et de fuite, elle opta pour le colonel Nick Roe pour le diriger. Roe était un choix évident, puisqu'il avait 122 été capturé par les Viêt-congs dans le delta du Mékong, en 1963. Fin 1968, il réussit à s'échapper au cours d'une attaque contre un campement des Viêt-congs proche de la forêt d’U-Minh, presque impénétrable. Cette histoire me touchait personnellement, car mon camp, Ba Xaoi, était situé dans la région des Sept Montagnes, dans le delta du Mékong. Nous entendions occasionnellement parler d'un prisonnier détenu par les Viêt-congs. Chaque fois que nous pensions avoir une chance, nous lancions une opération de sauvetage. Elles échouèrent toutes, jusqu'en décembre 1968. Le sauvetage de Roe fut accidentel et presque fatal. Après un bombardement, des hélicoptères de combat arrivèrent sur les lieux et les Viêt-congs s'éparpillèrent. Cependant, l'un d'entre eux, vêtu d'un pyjama noir, se dirigea vers les hélicoptères en boitillant. Comme il arborait une barbe noire bien fournie, ce qui n'était pas courant pour un Asiatique, les hélicoptères de combat arrêtèrent de tirer. En se rapprochant, ils constatèrent qu'il s'agissait d'un Américain. Ils amorcèrent une descente rapide et le recueillirent juste à temps pour le mettre en sécurité. Les Viêt-congs s'étaient lassés de sa résistance et ils avaient fixé la date de son exécution, quelques jours plus tard. Il avait été capturé près de Le Cœur, dans la province d'An Xuyen, en même temps que le capitaine Rocky Versace, qu'ils avaient rapidement exécuté.50 Roe, qui était en réalité un lieutenant des forces spéciales, avait su persuader ses geôliers qu'il était ingénieur civil et non un officier de l'armée. Ce n'est que plusieurs années plus tard, lorsqu'une liste de prisonniers de guerre américains fut communiquée au Vietnam du nord par un groupe de défense de la paix, que les Viêt-congs apprirent qui il était. Entre-temps, il n'avait plus aucune valeur de renseignement pour eux. Mais revenons-en au programme SERE. Qui de mieux que quelqu'un avec cinq ans d'expérience personnelle en tant que prisonnier de guerre pour diriger le programme ? Pendant sa captivité, Roe avait tenté de s'évader à plusieurs reprises, et il avait payé le prix de chacune de ses tentatives. Il apprit beaucoup de ses expériences, notamment à utiliser son esprit pour influencer ses geôliers. Ainsi, quand il prit en main le programme SERE, il assigna à ces sous-officiers la 50 Le capitaine Rocky Versace reçut la médaille d'honneur à titre posthume pour sa résistance. Il fut rapporté qu'il chantait God Bless America alors qu'on le conduisait à son exécution. 123 tâche d’explorer des méthodes alternatives en général, et le dim mak en particulier. Ce sont eux qui découvrirent Guy Savelli et qui l'amenèrent à Ft. Bragg pour donner des cours d'arts martiaux. Les médecins des forces spéciales suivent un entraînement très poussé, et l'un des exercices consiste à soigner une chèvre blessée par balle. Il n'était pas désirable que le premier blessé par balle soigné par un médecin soit un Américain sur le champ de bataille. Sans tambours, ni trompettes, et pour appuyer cette activité d'entraînement médical, il y avait un laboratoire de chèvres sur la base. Les médecins prirent des dispositions pour que Savelli utilise le dim mak sur deux chèvres. Placées devant des caméras de surveillance pour documenter les résultats, les chèvres étaient visiblement entravées. Le dim mak n'est pas un coup violent, comme on pourrait s'y attendre. Il ne s'agit pas d'un coup fatal, qui comprime la poitrine et stoppe le cœur, ni d'un coup de marteau sur le côté du crâne. Le contact vise plutôt à interrompre la circulation du ki dans le corps. En outre, la mort ne survient pas au moment de la frappe. Elle survient généralement des heures plus tard et elle est quasiment instantanée, lorsque la mort arrive enfin. Dans cette expérience, la première chèvre succomba environ douze heures après que le coup de dim mak ait été administré. La seconde chèvre succomba douze heures plus tard. Les caméras vidéo révélèrent que les chèvres s'étaient soudainement écroulées. Les résultats de l'autopsie que je découvris étaient encore plus intrigants. Les ventricules des chèvres étaient remplis de sang. Cela semblait indiquer que la mort avait été si rapide que le cœur n'avait pas eu le temps de se contracter. Une autre anomalie fut encore observée. En interne, à travers la région thoracique du corps, une ligne d'énergie était clairement visible. Elle ressemblait beaucoup à ce qui se produit, lorsqu'une balle traverse un corps et dépose une trace d'énergie radiale. Dans ce cas-ci, la différence était qu'il n'y avait ni blessure d'entrée, ni blessure de sortie. Il ne fait aucun doute qu'un tel dépôt d'énergie représente un défi pour la science conventionnelle. 124 Certaines expériences furent encore menées en matière d'observation, et les résultats furent loin d'être concluants, mais ils étaient quand même intéressants. En tant que prisonnier de guerre, Roe avait utilisé ces techniques sur les Viêtcongs.51 Il était convaincu qu'il pouvait influencer les gardes pour qu'ils marchent plus loin ou pour qu'ils regardent plus longtemps dans une certaine direction. Tout ce qu'il voulait, c'était un peu plus de temps sans être observé pour accomplir sa tâche. Si vous avez vu le film de George Clooney, Les chèvres du Pentagone, tout cela vous semblera peut-être familier. Aucune chèvre ne mourut jamais d'avoir été regardée, mais elles succombèrent sous l’impact du dim mak. Malheureusement, Jon Ronson, qui signe le livre, prit une petite part de vérité pour y ajouter environ 90 % de fiction. Et ensuite, ils tournèrent le film. SHIHAN GARY ALEXANDER Toutes les surprises des arts martiaux ne proviennent pas de phénomènes psychiques. Mon cousin, le grand maître Gary Alexander, illustre une autre facette des arts martiaux. Gary est shihan, 10ème dan, en isshin-ryu, un style de karaté d'Okinawa. À 25 ans, en 1962, il devint champion d'Amérique du Nord en battant tous ses adversaires dans des tournois open. Il ne comprend pas, ni ne peut compter sur les facultés psychiques. Ainsi que je l'ai appris par expérience, il se contente de frapper vraiment très, très fort ! Il a gravi tous les échelons en combattant sans protections et en pratiquant le full contact. On est loin des combats actuels, où des trophées sont décernés à des combattants entièrement protégés, et simplement pour avoir fait acte de présence. Au cours des décennies de sa carrière de combattant, Gary compta plus de 1 000 combats et resta invaincu. Des photos le montrent aux côtés de Bruce Lee, de Chuck Norris et d'autres grands maîtres du karaté. 51 En 1989, le colonel Nick Roe fut assassiné à Quezon City, au cours de son affectation en tant qu’attaché militaire aux Philippines. 125 Mais la véritable histoire est celle de son parcours. Petits, lui et son frère Ed restèrent alités ou invalides pendant plus de 12 ans. La fièvre rhumatismale a pratiquement disparu en Amérique aujourd'hui, mais comme la polio dans les années 1940, c'était une maladie relativement courante et fortement invalidante. Il s'agit d'une maladie aiguë qui provoque de la fièvre, une inflammation des articulations et des lésions des valvules cardiaques. Pendant toute la durée de leur infirmité, ni Gary ni Ed ne purent pratiquer le moindre sport. Il était hors de question de courir et de sauter, comme le font la plupart des enfants. Les professeurs venaient chez eux, et leur père les portait jusqu'à la voiture, chaque fois qu'ils devaient se rendre quelque part. Il est important de noter que leur développement musculaire fut très inhibé durant toutes ces années. En repoussant mentalement la douleur, Gary exerça ses articulations et il put enfin retrouver la mobilité. Tous ceux qui le connaissaient étaient stupéfaits et, après avoir obtenu son diplôme de fin d'études secondaires, il intégra le corps des Marines et devint un fantassin chevronné. Pendant son affectation à Okinawa, il commença à s'entraîner à l'Isshin-ryu. C'est alors que la tolérance qu'il avait développée face à la douleur porta ses fruits. En 1962, il réussit à mettre son adversaire KO au Madison Square Garden en un temps record de cinq secondes. Son combat suivant dura environ 60 secondes. Au bout de quelques années, ses instructeurs lui demandèrent de s'abstenir de toute compétition formelle pour donner une chance aux autres combattants. Gary est un exemple de ce que l'on peut faire, quand on est déterminé et quand on choisit de persévérer contre vents et marées. C'est le genre d'histoire qui mérite d'être racontée, car il y a des preuves à l’appui. Aujourd'hui, Gary est désenchanté par la plupart des écoles de karaté qu'il a vues. Celles-ci sont trop souvent orientées vers le commerce et certaines garantissent même que l'élève obtiendra sa ceinture noire dans un délai déterminé. Il n'accorde guère d'importance au battage médiatique. Intronisé au Black Belt Magazine Hall of Fame, son approche pour mériter le respect est simple. Comme il l’a toujours déclaré, le tatami ne ment pas. 126 CONCLUSION Comme c'est le cas dans beaucoup de sports, si l’on examine de près les performances extrêmes, il semble y avoir des éléments qui défient la sagesse conventionnelle. De tels exemples dépassent l'excellence et l'entraînement et relèvent du domaine de l'impossible. Par exemple, certains chercheurs étaient d'avis que le célèbre danseur de ballet russe, Vaslav Nijinsky, lévitait vraiment, vu qu'il pouvait rester en l'air si longtemps. Lorsqu’il se produisait, Nijinsky entrait parfois dans un état de conscience altéré où, selon lui, ‘’il y avait des moments où la gravité disparaissait". Selon mon expérience, il y a bien des aspects de certains arts martiaux avancés qui soutiennent l'idée que les phénomènes psychiques jouent un rôle important. Des pratiquants d'aïkido et de qi gong font la démonstration de l'utilisation du ki, qui s'étend parfois bien au-delà du corps physique du pratiquant. Et si le dim mak était réel, comme les nécropsies des chèvres semblent le suggérer ? Tous ces éléments de preuve soulèvent la question du lien entre le ki et la psychokinèse. Sont-ils en relation ou constituent-ils une seule et même chose ? D'après les recherches menées en laboratoire sur la PK, je pense qu'il y a certaines différences, mais cette question mérite d'être étudiée sérieusement. Premièrement, la science doit accepter l'existence d'un système énergétique invisible, qui régule le corps humain et qui peut se manipuler. Ensuite, elle doit accepter l'existence de la PK. Ce n'est qu'alors que l’on pourra résoudre des questions plus complexes. Certains artistes martiaux doués ont également appris à recourir à la précognition pour savoir ce qu’un adversaire va ensuite faire. Ils semblent par ailleurs avoir la capacité d'influencer l'esprit d'une autre personne pour permettre à des actions de se produire. Bien qu’étant rarement étudiés par les chercheurs en phénomènes psychiques, les arts martiaux offrent un terrain d'exploration complexe et intriguant. 127 2ÈME PARTIE : EXPÉRIENCES MILITAIRES 128 CHAPITRE 10 : PETITES RÉCEPTIONS ET PROFUSION DE TORSIONS Un enfant est coincé sous une voiture. Sa mère se précipite et soulève la voiture et sauve ainsi la vie de l'enfant. Qu'il s'agisse d'une légende urbaine ou d'un événement réel, cette histoire a toujours frappé l'imagination des gens. Assurément, des exploits impliquant une grande force ont été recensés tout au long de l'histoire. Il y a deux réponses classiques. La première, bien sûr, c'est que cela ne s'est pas produit. Et la seconde, c'est qu'une fois libérée par un épisode critique, l'adrénaline se met à pomper et fournit le surcroît d'énergie nécessaire pour mener à bien le sauvetage. Si la sécrétion d'adrénaline ou d’épinéphrine joue un rôle essentiel dans la préparation de l'organisme au combat ou à la fuite en cas de menace, elle ne peut pas expliquer l'augmentation spectaculaire de la force musculaire nécessaire pour soulever des objets pesant une tonne ou plus. À titre d'exemple, ABC News rapporta l'histoire d'une jeune femme de 22 ans, originaire de Virginie, qui aurait soulevé une BMW tombée sur son père, après que la voiture sous laquelle il travaillait ait glissé d'un cric. Autre exemple, Fox News évoqua l'histoire de deux adolescentes de l'Oregon qui soulevèrent un tracteur de près d'une tonne et demie de la poitrine de leur père, après que celui-ci se soit retourné et l'ait cloué au sol. Scientific American décrivit le cas d'un cycliste de Tucson, en Arizona, qui fut renversé, puis traîné sous une Chevrolet Camaro. Pour sauver le cycliste grièvement blessé, un homme souleva la voiture, qu’il maintint en l'air durant près de 45 secondes, le temps que le conducteur dégage la victime. Ce genre d’anecdotes ne manquent pas. Ces événements, bien qu’ils soient rares, se produisent bel et bien et défient les explications simples. La base scientifique expliquant la production d’énergie nécessaire au déplacement de ces objets lourds fait défaut. Mais on peut observer des prouesses similaires à une moindre échelle. Employer son esprit pour dominer la matière est l'un des fantasmes dont on parle depuis des siècles. Les preuves de la réalité de la psychokinèse (PK) 129 représentent l’un des défis à relever pour la science. Aucune théorie scientifique conventionnelle ne peut rendre compte de l'énergie nécessaire pour déplacer des objets par la seule force de l'esprit. Et pourtant, la psychokinèse existe ! Mes rencontres personnelles avec la PK débutèrent, quand je fis la connaissance de Jack Houck, un ingénieur de l'aérospatiale qui travaillait à l'époque chez McDonnell Douglas à Huntington Beach. Houck avait entendu parler des exploits d'Uri Geller en matière de torsion de cuillères et avait conçu un modèle permettant de produire la PK à une échelle observable. On baptisa ces activités ‘’séances de torsion de cuillères’’, même s’il appelait le processus ”torsion mentale psychokinétique’’. Bien entendu, nous étions très sceptiques au départ. Dans le cadre de son travail quotidien, un projet hautement confidentiel pour la CIA, Houck avait des raisons de se rendre assez fréquemment dans la région de Washington. Bob Klaus, un ami avec lequel je travaillais sur la programmation neurolinguistique, mieux connue sous l'acronyme PNL, organisa un soir une séance de torsion de cuillères à son domicile. Ce que nous pûmes alors observer était suffisamment intriguant pour mériter un examen plus approfondi. Après la séance, je signalai à mon patron, le major général Albert N. ‘’Bert’’ Stubblebine52, que nous avions vu des objets métalliques assez lourds tordus d'une manière inexplicable. Stubblebine voulait vivre une expérience ‘’de première main’’, aussi organisai-je une autre séance en soirée, cette fois-ci dans mon appartement d'Alexandria Knolls West, à Alexandria, en Virginie. Le groupe éclectique comprenait Andrija Puharich, un médecin qui étudiait les phénomènes étranges depuis des décennies et qui avait contribué à faire venir Geller aux États-Unis, quelques années auparavant. Une médium impressionnante, Anne Gehman, était également de la partie. Ce soir-là, elle allait jouer un rôle clé dans notre implication avec la torsion mentale psychokinétique. Il y avait encore le capitaine de la marine américaine, Joe Dick, qui explorait d'autres approches pour localiser les prisonniers de guerre non rapatriés du conflit vietnamien. Ann Armstrong 52 Bert Stubblebine a joué un rôle clé dans nos projets de recherche. Il est décédé le 6 février 2017, alors que j'écrivais ce livre. 130 Dailey, qui travaillait pour la National Hospice Organization, était également présente, ainsi que quelques autres personnes. Houck présenta le procédé de torsion mentale psychokinétique, qu’il continua d'utiliser jusqu'à sa mort, en 2013. Il commença par jeter par terre une boîte de fourchettes et de cuillères déjà tordues, qui firent un bruit de ferraille en heurtant le sol. Puis, il nous donna un aperçu de son expérience antérieure et il expliqua comment il avait découvert que presque tout le monde pouvait expérimenter la torsion mentale psychokinétique. Houck constata ainsi que la torsion mentale psychokinétique ne nécessitait pas de compétences particulières, à l'instar d'un Uri Geller, mais seulement la volonté de participer avec un esprit ouvert. S'amuser était aussi un élément clé du processus. Pour des raisons qui ne sont pas encore totalement comprises, il semble que la torsion mentale psychokinétique possède une composante émotionnelle. D'une certaine manière, c'est similaire aux situations dans lesquelles une force extraordinaire est déployée. Bien sûr, les séances de torsion mentale psychokinétique ne génèrent qu'une infime partie du stimulus émotionnel que représente le fait de sauver la vie d'un être cher, mais cela joue quand même un rôle non négligeable. Ce soir-là, à Alexandria Knolls, un incident critique se produisit. Les membres du groupe étaient pour la plupart assis sur le sol, dans une configuration à peu près elliptique. Le hasard voulut que Stubblebine soit assis juste en face d'Anne Gehman. La séance de PK progressa d'un niveau que Houck qualifia de maternelle, où les participants étaient autorisés, et même encouragés, à utiliser leurs mains pour accompagner la torsion, jusqu'à la séance du niveau supérieur. Ici, dans la phase finale, les participants tenaient une paire de fourchettes assorties et ils ne touchaient rien d'autre que la base des couverts, aucune force physique n'étant autorisée, à ce stade. Tout à coup, la fourchette que Gehman tenait dans sa main droite se plia à 90 degrés. Tout à fait, sans qu'aucune force physique n'ait été exercée, sa fourchette avait tout bonnement fléchi. Stubblebine et moi-même, nous fûmes tous les deux témoins de cet incroyable incident, sous nos yeux. Il ne faisait aucun doute que 131 c'était bien réel. Un phénomène psychokinétique majeur s'était produit, dont plusieurs personnes avaient été témoins. Gehman elle-même fut extrêmement surprise. Même si c'est une médium professionnelle ayant vu beaucoup d'événements inhabituels, elle n'avait jamais participé à une séance de PK auparavant. Stubblebine et moi, nous nous retrouvâmes rapidement près de la porte de l'appartement pour discuter de ce que nous venions tout juste d'observer. De toute évidence, il s'agissait d'un événement important. Si la PK était réelle, et ce que nous venions d'observer le laissait supposer, cela pourrait avoir d'énormes implications pour l'armée. Il faudrait donc approfondir la question. Mais nous savions également que convaincre les autres de cette réalité serait une tout autre paire de manches. D'autres surprises allaient suivre. Le lendemain de cette séance de PK, je me rendis en voiture à une réunion du conseil d'administration de l'Association internationale pour l’étude des états proches de la mort (IANDS) à Storrs, dans le Connecticut. Alors que nous roulions sur l'autoroute I-95 dans le New Jersey, Jan Northup, qui était ma femme à l'époque, me dit que ses mains étaient très chaudes, comme c'était le cas pendant la soirée de la veille. Saisissant deux cuillères dans la voiture, elles se tordirent prestement en formant des nœuds. Arrivés à l'université du Connecticut, où l'IANDS fut fondée, nous décrivîmes la séance de PK devant l’assemblée des membres du conseil d'administration, et tous étaient intéressés par les détails. La prochaine étape consista naturellement à procéder à quelques démonstrations, et au grand dam de notre hôte, Ken Ring, un certain nombre de ses ustensiles domestiques devinrent rapidement inutilisables. Bien que Jan se servît de ses mains dans ce processus, elle réussit à tordre les têtes de plusieurs cuillères de service très lourdes. Elles étaient si épaisses qu'il aurait été extrêmement difficile pour une personne lambda de provoquer ce type de dégâts à mains nues. Or, cela se produisit à plusieurs reprises, et avec une extrême facilité. Nous restâmes en contact avec Houck et nous apprîmes à reproduire les conditions d'une séance de PK. Stubblebine était très enthousiaste par rapport aux perspectives des séances de PK, et nous organisâmes plusieurs activités de 132 ce type dans l’idée de démontrer aux dirigeants les implications de la psychokinèse pour l'armée et pour les services de renseignement. Ces activités se poursuivirent pendant plusieurs années, période au cours de laquelle nous achetâmes une maison et déménageâmes à Springfield, en Virginie. Nous y organisâmes de nombreuses séances de PK. Parfois, les dignitaires présents voulaient que leur identité soit protégée. Certains étaient peu disposés à admettre qu'ils avaient participé à quelque chose d'aussi farfelu qu'une séance de torsion de cuillères. Pour assurer leur protection, Stubblebine envoya même une équipe du contre-espionnage passer la maison au crible à la recherche de mouchards électroniques. Aujourd'hui encore, je ne suis pas certain de comprendre leur rapport. Ils me dirent qu'il n'y avait ‘’rien qui n'était pas censé être là.’’ Je me suis toujours demandé s'ils n'avaient pas installé quelque chose de leur cru. L'U.S. Army Intelligence and Security Command (INSCOM) disposait d'unités disséminées dans le monde entier, et ciblant principalement l'Union soviétique. Chaque trimestre, Stubblebine convoquait ses commandants en chef subalternes. Pendant environ trois jours, ils se retrouvaient chaque fois dans un lieu sécurisé pour discuter des opérations en cours et à venir. Au cours de plusieurs de ces réunions, Stubblebine me demanda de faire un exposé sur les sujets plus inhabituels que j'explorais. Il m'avait laissé une grande liberté d'action. Lorsqu’on me demandait quel était mon travail, je répondais souvent en plaisantant que j'étais un colonel freelance. Certains de mes collègues ne rigolaient pas, mais tant que Stubblebine me couvrait, ils ne pouvaient pas faire grand-chose. Parmi les remarques désobligeantes que j'entendais souvent, il y avait celle-ci : ‘’Qu'allez-vous donc faire, tordre les canons des chars d'assaut ?’’ Ma réponse était la suivante : non, la cible, ce sera les électrons. Au début des années 1980, les ordinateurs commençaient tout juste à se généraliser dans l'armée. Et je remarquai qu'au fur et à mesure que nous dépendions de plus en plus des ordinateurs pour prendre des décisions, il y avait une vulnérabilité que nous n'avions encore jamais connue auparavant. Aujourd'hui, la majorité des gens ont entendu parler de la cyberguerre comme étant une menace sérieuse, mais à l'époque, l'idée de se battre avec des ordinateurs était presque incompréhensible. 133 Comme je le fis remarquer à mes détracteurs, l'ennemi n'avait pas besoin de détruire un ordinateur. Tout ce qu'il devait faire, c'était les rendre inutilisables. De toute évidence, déplacer des électrons nécessiterait beaucoup moins d'énergie que tordre des objets physiques. À l'occasion d'une convocation, Stubblebine ordonna l'organisation d'une séance de PK, que Jan et moi devions animer. La participation n'était pas facultative. Le scepticisme était généralisé. Une poignée d'individus étaient ouvertement mécontents, voire hostiles. J'étais très loin de me douter que l'un des événements psychokinétiques les plus spectaculaires auxquels j'assisterais jamais se produirait au sein de ce groupe cloîtré de généraux et de colonels. La scène avait pour cadre une salle de réunion en forme de fer à cheval au centre de conférence de Xerox à Lansdowne, en Virginie. La salle comprenait deux niveaux de bureaux. Une trentaine de personnes étaient présentes, lorsque je laissai tomber par terre, sans tambour ni trompette, les cuillères et les fourchettes préalablement tordues. Le vacarme du crash était intentionnel et réussit à capter l'attention de tout le monde. Pendant environ une heure, nous procédâmes à une séance typique de PK, au cours de laquelle on encourage les gens à s'amuser et à utiliser leurs mains pour prendre le pli. On sait qu’un changement de la perception tactile se produit souvent, quand un objet est sur le point de se tordre. Des termes, tels que chaleur, ou même fraîcheur ou plastique furent prononcés, lorsque ces participants ingénus remarquèrent un changement dans la consistance de leur fourchette ou de leur cuillère. Quand le changement se produisit, ils le sentirent et constatèrent que l'objet devint extrêmement malléable. Durant quelques secondes, il fut possible de tordre ou de replier l'ustensile avec un minimum de force. Nous arrivâmes finalement à la séance du niveau supérieur, celle qui ne permet pas l'utilisation de la force physique. Chaque individu reçut une paire de fourchettes assorties. Cela signifiait que nous les appariâmes pour que toute perturbation soit détectable. À plusieurs reprises dans le passé (en dehors du cas Gehman), nous avions vu des dents de fourchettes manifestement changer de forme. C'était assez étonnant en soi, mais cela n'avait rien à voir avec ce qui était sur le point de se produire. 134 La configuration de la salle m'empêchait de voir tout ce qui se passait. Il y avait des petits groupes d'officiers avec différents niveaux d'intérêt et d'implication dans le processus de la séance de PK. Alors que je me tournais vers ma droite pour observer un groupe bruyant, quelqu'un cria derrière moi. C'était un colonel assis à côté d'un officier de liaison avec nos unités européennes. Un lieutenantcolonel, un des rares participants moins gradés, tenait une fourchette dans sa main droite, pliée à 90 degrés. Il déclara regarder ailleurs, lorsque la fourchette se tordit et fut surpris par le phénomène. Je n'avais pas vu l’action et, franchement, j'étais un peu sceptique et je pensais que l'un des officiers les moins bien disposés pourrait bien tenter de me manipuler. C'est pourquoi ma réaction initiale fut plutôt réservée. Mais cela allait rapidement changer, parce que ce qui suivit défia toute explication scientifique. Sans aucune force physique et sous le regard de nombreuses personnes, la fourchette reprit sa position initiale. Puis, elle se plia une nouvelle fois. Et spontanément, depuis la position à angle droit, elle se redressa jusqu'à un angle d'environ 45 degrés avant de s’arrêter. Manifestement frappé de stupeur, le lieutenant-colonel laissa tomber la fourchette sur le bureau et déclara : ‘’J'aurais préféré que cela ne se produise pas.’’ Puisque nous étions tous cloîtrés, la présence du psychologue de l'étatmajor s'avéra utile. Avant de le renvoyer chez lui, cet officier avait besoin de conseils et d'aide pour se remettre de son expérience. En général, après les séances de PK, les participants reprennent chez eux leurs objets tordus. Cet individu ne voulait rien avoir à faire avec eux, et ceux-ci sont toujours exposés chez moi. Je les ai montrés plusieurs fois au cours d'interviews télévisées. Stubblebine rendit visite à ce lieutenant-colonel, quelques mois plus tard. L'officier lui dit qu'il était parvenu à refaire l’expérience, en guise de vérification. Mais comme ceci allait à l'encontre de ses croyances religieuses personnelles, il ne retenta plus jamais une expérience de PK. Parmi les témoins clés de ce soir-là, il y avait Ed Speakman, le conseiller scientifique de l'INSCOM, qui était lui-même un éminent scientifique, à part 135 entière. Auréolé par son invention de l'antenne de voiture dans les années 1930, Speakman était réputé pour son aide dans le cadre de divers projets spéciaux. Il avait participé à plusieurs de mes soirées PK et cette fois-ci, il était assis juste derrière l'officier, quand cela arriva. Ce soir-là, il ne manqua pas une miette de l'événement. Bien qu'il s'agissait de la torsion la plus spectaculaire de la soirée, ce ne fut pas un cas isolé. De l'autre côté de la salle, un autre colonel constata que la cuillère qu'il tenait en main s'était fortement tordue. Il s'agissait d'une torsion d'environ 30 degrés, près du col de la cuillère. Dans le cadre de n'importe quelle autre séance de PK, une telle torsion aurait été considérée comme le phénomène vraiment remarquable qu'elle était, mais ce soir-là, elle fut éclipsée par la torsion la plus impressionnante qu'il m'ait été donné de pouvoir observer personnellement. Les lecteurs devraient savoir que je considère Uri Geller comme un ami personnel. Nous nous connaissons depuis plusieurs décennies et j'apparais dans un film consacré à sa vie intitulé The Secret Life of Uri Geller.53 J'ai aussi écrit un article sur son impact sur l'armée américaine, qui figure sur son site web. Depuis que nous sommes amis, je l'ai vu tordre de nombreux objets. Il y eut pourtant un incident qui me parut plus critique que tous les autres. En effet, celui-ci se produisit dans le bâtiment du Capitole, et j'étais assis à moins d’un mètre cinquante de là, quand il arriva. Scott Jones, qui travaillait pour un autre ami, le sénateur Claiborne Pell, m'avait appris qu'Uri y prendrait la parole. J'invitai également le général Stan Hyman, alors commandant de l’INSCOM, à m'accompagner. Hyman avait l’esprit ouvert et il avait approuvé les programmes psychiques, lorsque j'étais encore à l'INSCOM. Bien que du temps se soit écoulé depuis la fin de ces programmes, Hyman s'intéressait aux promesses des expériences parapsychiques. Nous savions tous les deux qu'il serait politiquement impossible de ressusciter de tels efforts au sein de l'INSCOM, mais les menaces psychiques potentielles existaient toujours. 53 Vous pouvez visionner le film ici : http://www.urigeller.com/oscar-winningvikram-jayantis-the-secret-life-ofuri-geller-bbc-documentary-uncut/ 136 Le bâtiment du Capitole abrite une installation sécurisée pour les informations sensibles, où fut organisée la réunion. Dans les années 1980, alors que la guerre froide battait son plein, Geller, un Israélien, s'inquiétait du sort des juifs d’Union soviétique. Quelques membres du Congrès et des dizaines de collaborateurs, qui avaient entendu parler des exploits d'Uri assistèrent à son exposé. Même s'il était là pour évoquer les relations internationales, des membres de l'auditoire insistèrent pour qu'il plie quelque chose. Comme il n'y avait pas de couverts dans la salle, quelqu'un sortit et se procura la cuillère de la tasse à café d'un garde. Ce détail est important, car il prouve qu'Uri n'avait aucun moyen de préparer l'objet à l'avance. Geller s'exécuta en saisissant la cuillère par le bol avec deux doigts de sa main gauche. Avec son index droit, il effleura délicatement le col de la cuillère à partir du dessus. En m'attendant à ce que la cuillère se torde, j'observais très attentivement et je notai qu'à aucun moment, il n'avait touché les deux côtés du col de la cuillère, comme le font certains magiciens, lorsqu'ils simulent le processus. Alors qu'Uri continuait, le manche de la cuillère se tordit visiblement vers le haut. Manifestement, aucune force n'était appliquée pouvant expliquer ce mouvement. Uri plaça la cuillère sur le haut du dossier d'une chaise à côté de lui. Il continua ensuite son discours sur les relations entre Israël et l'Union soviétique. Pendant ce temps-là, avec une vue dégagée, je pouvais voir que la cuillère continuait de se tordre, quand bien même Uri n'avait plus aucun contact physique avec elle. En fait, il ne faisait même plus attention à elle. À un moment donné, la cuillère tomba par terre. Discrètement, elle se retrouva dans ma poche. Cette cuillère est toujours exposée dans mon bureau, avec les fourchettes de l'INSCOM. Il existe, bien sûr, un certain nombre de méthodes différentes pour simuler la torsion d'une cuillère. C'est d'ailleurs devenu l'un des numéros phares de mon ami, le mentaliste Alain Nu, ‘’The Man Who Knows’’ (l'homme qui sait). Dès le début de nos recherches, nous savions qu'il serait important de consulter des magiciens. Les sceptiques de la torsion mentale psychokinétique ont souvent critiqué le fait que des magiciens ne participaient pas au projet. Ce n'est tout simplement pas vrai. Au départ, Doug Henning, un illusionniste de classe 137 mondiale, m'a aidé. À l'époque, Henning était au sommet de son art et sur un pied d'égalité avec David Copperfield. Henning avait tenu le haut de l'affiche à Las Vegas et il avait des émissions de télévision spéciales à son actif. En vertu de son association avec Maharishi Mahesh Yogi et avec la méditation transcendantale, il s'intéressait personnellement à ces phénomènes et il avait une philosophie qui pouvait inclure les événements mystiques. Nous avions fait connaissance à l'occasion d'un de ses spectacles sur le Strip, et j'invitai Henning à venir chez nous, à Springfield, pour participer à une séance de PK. Il accepta et débarqua avec son manager, tout en admettant son scepticisme concernant de tels événements. À cette occasion, deux choses le sidérèrent : la première personne à faire l'expérience d'une torsion spontanée fut son propre manager. Il savait pertinemment bien que nous n'aurions jamais pu organiser cela. Et la seconde fut la torsion provoquée par une petite fille d’onze ans qui, comme Henning, n'avait jamais participé à une séance de PK auparavant. Après qu'il ait fait une démonstration de quelques tours de cartes intéressants, nous discutâmes des possibilités de créer une illusion de torsion, et une fois que l'on sait ce à quoi il faut faire attention, il est assez simple de comprendre le tour. Il y aura d'autres fameuses séances de PK en cours de route. En 1982, je participai à la célébration du centenaire de la fondation de la Society for Psychical Research, au Royaume-Uni. Elle se tint dans le berceau de la SPR, le Trinity College, à l'Université de Cambridge. Parallèlement, c'était aussi le 25ème anniversaire de l'American Society for Psychical Research, et les deux sociétés organisèrent ainsi conjointement leur assemblée. Le Trinity College est révéré par les scientifiques, car Sir Isaac Newton y résida autrefois. C'est là que je rencontrai John Hasted, physicien expérimental au Birkbeck College de Londres, et son assistant, Julian Issacs. Ils avaient entendu parler des séances de PK organisées de notre côté de l'Atlantique et étaient curieux d’obtenir des détails à ce sujet. Hasted avait déjà travaillé avec Uri Geller, et il avait déclaré publiquement qu'il était authentique. Hasted avait aussi examiné plusieurs enfants britanniques, 138 dont il pensait qu'ils avaient des aptitudes psychiques. Après avoir discuté des expériences de PK en général, Hasted et Isaacs me montrèrent une lourde barre de métal tordue en rond. Si je me souviens bien, la barre mesurait à peu près un mètre de long et deux centimètres de diamètre. Avec toute ma force, je pus fléchir légèrement la barre, mais sans pouvoir la tordre durablement. Selon eux, la barre avait été tordue en leur présence par un jeune garçon. Cette barre est l'objet le plus lourd que j'aie jamais vu supposément déformé par des moyens psychiques. Hasted demanda si nous pouvions organiser une séance de PK pour quelques participants soigneusement sélectionnés dans le cadre de la conférence. J'acceptai, à condition que le nombre de participants ne dépasse pas 20 personnes, mais le bruit se répandit et il fallut littéralement bloquer la porte, une fois qu'une cinquantaine de personnes furent entrées dans la salle. Le nombre de couverts disponibles pour cette séance était très limité, et il semble qu'il y ait eu quelques torsions légères, mais rien d'extraordinaire. Le professeur Hasted se montra très enthousiaste face aux résultats. Le lendemain, il annonça ouvertement qu'une nouvelle séance aurait lieu le soir même et que tout le monde était invité. Avec une réserve importante : chaque participant devrait apporter ses propres ustensiles en métal. À l'époque, les magasins britanniques fermaient généralement vers 17 heures, et les sessions de la conférence se prolongeaient bien plus tard. Le hasard voulut qu'un dîner officiel soit prévu, ce soir-là. Vous devinez peut-être où les participants se procurèrent leurs fourchettes et leurs cuillères. Le problème, c'est qu'elles étaient toutes estampillées TCK (Trinity College Kit). Oui, c'était de l'argenterie véritable, pas les objets bon marché que nous utilisions habituellement. Beaucoup de couverts seraient tordus, mais je dois avouer que j'ai aussi vu beaucoup de jointures blanches, ce qui veut dire l'application de la force physique. Je ne peux pas garantir que quelque chose ait été authentiquement tordu ce soir-là, mais je peux vous assurer que le collège n'était pas content de la tournure des événements ! 139 Sur la base de ses recherches sur les jeunes médiums, John Hasted écrivit The Metal Benders.54 L'ouvrage ne fut pas bien accueilli par la communauté scientifique, et ses pairs ne prirent pas son travail au sérieux. Si les séances de PK illustrent l'intérêt populaire et l'efficacité de la PK, il existe toute une littérature sur la recherche scientifique concernant la micro-PK, le mouvement psychokinétique de très petits objets. Les travaux de Bob Jahn et de Brenda Dunne, de l'université de Princeton, sont pionniers dans ce domaine. Jahn était le doyen de l'école d'ingénieurs, et il avait un CV impressionnant et impeccable. Il fut mis au défi par deux étudiants de troisième cycle d'être leur conseiller pédagogique et de superviser le projet d'une expérience psi, car aucun autre professeur n'acceptait de le faire. Bien qu'extrêmement sceptiques quant au résultat, les étudiants avaient créé un excellent protocole. Tenant sa promesse, Jahn supervisa le projet de recherche, et à sa grande surprise, les résultats se révélèrent concluants. De nombreux professeurs auraient laissé tomber les étudiants et détruit tout document ou toute référence aux résultats positifs. Mais à son grand mérite, et en dépit des critiques ultérieures de la communauté scientifique, Jahn recrutera Brenda Dunne et il fondera le laboratoire PEAR (Princeton Engineering Anomalies Research)55. Même si leurs travaux sont beaucoup trop volumineux pour être résumés ici (ils ont publié de nombreux articles et livres sur les expériences de micro-PK), l'essentiel est qu'ils ont abondamment démontré et de manière concluante que des effets psi, légers mais détectables, sont bien réels. Comme pour Houck, la plupart de leurs participants étaient des sujets naïfs, généralement des étudiants ayant besoin de crédits à titre expérimental. En visitant leur laboratoire à Princeton, j'eus l'occasion d'essayer d'influer sur une de leurs expériences classiques. Il s'agissait d'un dispositif mural équipé d'un grand nombre de chevilles. Chaque cheville était un point de décision, une boule pouvant aller soit à droite, soit à gauche lors de sa descente en cascade. Une fois l'expérience commencée, des centaines de boules étaient lâchées depuis le haut du dispositif. L'objectif était d'influencer les boules pour qu'elles se déplacent 54 John Hasted, The Metal Benders, Routledge, 5 March 1981 Robert Jahn and Brenda Dunne, Margins of Reality, The Role of Consciousness in the Physical World, Harcourt, Brace, Jovanovich, 1987 55 140 dans une direction prédéfinie. Pour déterminer si une influence psychique réelle était générée, Jahn et Dunne mirent au point un protocole trinomial. En d'autres termes, le sujet avait pour instruction aléatoire de tenter de déplacer les objets vers la droite, vers la gauche ou de n'avoir aucune influence pour chaque parcours spécifique. De mémoire, je ne fis pas mieux que le hasard en essayant d'influencer les boules qui tombaient rapidement. Il convient de noter que ma tentative ne fut pas incluse dans leur collecte de données, puisque PEAR interdisait formellement à n'importe quel individu d'être répertorié, en dehors de leurs sujets candides. Il s'agissait d'empêcher que des médiums éventuels se présentent, fassent quelques essais avec l'appareil, et puis ajoutent la mention ‘’Testé à Princeton’’ sur leur carte de visite. Comme dans mon cas, les médiums de passage occasionnels recevaient un accueil amical, peut-être même une tasse de thé, mais aucune sanction officielle de la part du laboratoire. À l'insu de Bob et Brenda, ma visite au PEAR n'était pas ma première rencontre avec le dispositif de micro-PK appelé cascade mécanique aléatoire. Des années auparavant, j'avais déjà effectué une tentative analogue, mais dans un lieu préservé des médias qui critiquent la plupart des efforts de recherche en matière de psi. L’arsenal de Redstone est contigu à Huntsville, dans le nord de l'Alabama. Il abrite certains des projets de recherche et d'ingénierie les plus passionnants du pays, et pourtant il n'attire guère l'attention du public. Redstone est une installation gigantesque qui s'étend sur plus de 15 000 hectares. C'est là que se trouve le Space Camp du Marshall Space Flight Center de la NASA. Il a également abrité les commandements de développement et d'essai des missiles de l'armée américaine, qui ont existé sous plusieurs appellations différentes. C'est l'un des principaux sites où Werner von Braun et son équipe de spécialistes allemands des fusées furent amenés à développer le programme spatial américain à la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre de la fameuse opération Paperclip. Après avoir quitté l'INSCOM, en ma qualité de chef du bureau d'intégration technologique au sein du commandement du matériel de l'armée, je visitai l'arsenal de Redstone à plusieurs reprises, en m'occupant surtout du secteur 141 émergent des munitions intelligentes. Par ailleurs, j'appris qu'il existait un tout petit programme secret d'exploration de la PK. Il s'agissait d'un travail très fondamental, ce que l'on appelle de la science de base. La science de base consiste à travailler à un niveau théorique, bien avant qu'une technologie ne puisse être intégrée pour être développée dans un système d'armement. Les recherches étaient menées dans un petit bâtiment périphérique situé à plusieurs kilomètres du QG. C'était très éloigné, et je crus m'être égaré en essayant de le trouver. L'expérience qu'ils menaient ressemblait à celle de PEAR. Les hommes qui supervisaient les expériences étaient très accueillants et ils m'autorisèrent à essayer. Assis en face de l'appareil, je tentai alors de déplacer les boules vers la droite ou vers la gauche, au fur et à mesure qu'elles tombaient depuis le haut de l'appareil. Je constatai à quel point ces expériences étaient physiquement épuisantes, ce qui peut paraître étrange, puisque tout ce que je faisais, c'était rester assis et essayer mentalement d'interagir avec des boules en train de tomber. Les scientifiques m'informèrent que mon sentiment d'effort physique n'était pas inhabituel. Le problème proviendrait du fait que les gens ne savaient pas réellement comment manœuvrer les boules. Il en résulte que les sujets éprouvent une tension corporelle au cours de l'expérience. Une analogie serait la façon dont beaucoup de joueurs de bowling recourent à toute une gestuelle après avoir lancé leur boule pour tenter d'influencer la trajectoire de la boule avant qu'elle ne percute les quilles. Ce n’est qu’une vingtaine d'années plus tard que je rencontrai l'instigateur du projet. Dans le cadre du programme d'été 2006 de l'Army Science Board au Beckman Center à Irving, en Californie, je croisai Randy Clinton, l'ancien directeur du Missile and Space Intelligence Center situé à Redstone. Comme Stubblebine, Clinton s'était intéressé aux phénomènes psi et disposa d'un budget suffisamment important pour lancer ce petit programme sans provoquer de remous. Et comme beaucoup de projets militaires en lien avec le psi, celui-ci dépendait d’une personnalité et périclita, quand Clinton fut muté et quand les 142 budgets devinrent plus serrés. Clinton connaissait et appréciait aussi le travail de Jack Houck. L'armée américaine n'était pas la seule à s'intéresser aux phénomènes psychiques et à la PK en particulier. Citons le directeur d'un projet de vision à distance, Dale Graff, qui travailla au laboratoire de recherche de l'armée de l'air américaine, à la base aérienne de Wright-Patterson, près de Dayton (Ohio), puis à la Defense Intelligence Agency, à la base aérienne de Bolling, à Anacostia, dans le Maryland. J'aurai encore des contacts fréquents avec plusieurs officiers de la marine américaine intéressés par la recherche psychique. Pour la plupart, leur participation semblait motivée par un intérêt personnel, mais le Naval Research Laboratory (NRL) manifesta également de l'intérêt. J'assistai à une réunion importante qui fut organisée dans leur QG, à Anacostia, dans le Maryland. Plusieurs des personnes mentionnées dans ce chapitre étaient présentes. Il y avait également un certain nombre de scientifiques de premier plan du NRL, qui n'auraient normalement pas participé à une telle réunion. Cette réunion était axée sur des préoccupations pertinentes pour les militaires, en supposant que la PK soit réelle. À l'époque, la menace la plus importante pour moi était le risque de dysfonctionnement des ordinateurs. Les discussions se prolongèrent des heures durant et, comme à l'accoutumée, Bob Jahn, qui était également présent, se contenta de s'asseoir et d'écouter. Son degré de patience était exemplaire, car tous les novices en la matière reprenaient les principes de base, comme s'ils venaient de découvrir là quelque chose d'extraordinaire. En guise de conclusion, il formula ce que je considérerai comme étant le commentaire le plus pertinent de la journée. Beaucoup d'entre nous, qui étions concernés par la recherche sur la PK, avaient remarqué qu'il y avait un rapport entre ces événements et les émotions. Bob releva que les systèmes électroniques des avions de chasse fonctionnaient souvent à la limite de leurs capacités. Les combats aériens étant extrêmement stressants, cette composante émotionnelle additionnelle pourrait pousser la capacité opérationnelle de ces systèmes au-delà de leurs limites. Les pilotes étant aux commandes d'avions très coûteux, Jahn 143 suggéra qu'il serait judicieux d'inclure des tests psi supplémentaires pour s'assurer qu'ils pourraient opérer en toute sécurité dans un environnement très stressant. J’ignore si la marine suivit cette suggestion. Quand bien même il prend rarement la parole, quand Bob Jahn le fait, il vaut mieux l'écouter. 144 CHAPITRE 11 : LES DÉPLACEMENTS EN DEHORS DU CORPS Au moment de m’engager sur la route régionale 634, j'éprouvai un sentiment surréaliste, bien différent de celui que j'avais ressenti en l'empruntant, une semaine auparavant. Les collines verdoyantes qui mènent aux montagnes de Shenandoah avaient un éclat unique que je n'avais pas remarqué en arrivant. Mais dans l'intervalle, j’avais changé, pas le terrain. L’INSTITUT MONROE Une semaine dans des chambres environnementales holistiques contrôlées et une alimentation végétarienne à l'Institut Monroe, à Faber, en Virginie, avaient fait la différence. Dans ces unités, nous avions suivi des séances d'Hemi-Sync, plusieurs fois par jour, et les effets cumulés étaient remarquables. Le processus comprenait une série de cassettes progressives dans le cadre d'un programme aujourd'hui appelé Gateway. Le créateur du programme s'appelait Robert A. Monroe, un ingénieur électricien qui deviendra vice-président et membre du conseil d'administration de Mutual Broadcasting System (MBS). Aujourd'hui disparu, MBS était à l'époque sur un pied d'égalité avec les réseaux radiophoniques NBC, CBS et ABC. À l'époque, en juin 1982, Bob était surtout connu pour son mode de déplacement unique décrit dans son livre, Le Voyage Hors du Corps.56 En étudiant divers aspects de la conscience humaine, Bob s'intéressa à l'apprentissage pendant le sommeil, processus durant lequel l'individu pouvait acquérir des connaissances tout en dormant profondément. Mais dans son exploration, il se retrouva subitement pleinement éveillé, tout en étant situé en dehors de son corps physique. Dans un premier temps, il se rendait simplement là où le phénomène le dictait. Il lui fallut beaucoup d'entraînement pour parvenir à 56 Robert A. Monroe, Journeys Out of the Body, Doubleday & Company, 1971 145 contrôler ce qui lui arrivait. Il était bien conscient que de tels événements extracorporels avaient été rapportés depuis très longtemps, au moins des siècles. Toutefois, il s'agissait généralement d'expériences ponctuelles, souvent précipitées par un événement traumatisant, semblables à celles décrites dans les expériences de mort imminente. Mais les expériences de Bob étaient différentes, puisqu’elles survenaient de manière répétée. Ses accomplissements attirèrent l'attention de Charles Tart, psychologue à l'université de Californie, à Davis, qui avait inventé l'expression ‘’expériences extracorporelles’’ et publié un livre, Altered States of Consciousness.57 Sous le regard attentif de Charley Tart, Bob participa à une série d'expériences visant à déterminer s'il s'agissait d'un état réel ou d'une simple hallucination. Dans certains cas, Bob fut monitoré à l'aide d'un électroencéphalographe (EEG) pour que Charley puisse examiner l'activité cérébrale de Bob, lorsqu'il prétendait vivre une expérience extracorporelle. Les graphiques de l'EEG semblaient indiquer que Bob rêvait, mais il y avait une différence inattendue : Bob rapportait des expériences extracorporelles, peu de temps après être entré dans un état de sommeil. Les états de sommeil ont des cycles bien connus et, normalement, on n'entre pas dans une période de rêve avant d'avoir dormi pendant environ 90 minutes. Charley chercha à prouver que Bob était réellement hors de son corps, qu'il se déplaçait et n'imaginait pas simplement ces événements. Une approche consista à placer des objets en des lieux spécifiques, puis à demander à Bob de les identifier. Mais lorsque Charley demanda à Bob de lire des nombres dissimulés dans un endroit caché, celui-ci échoua. À ce moment-là, Bob indiqua ne pas pouvoir contrôler l'endroit où il se rendait au cours d'une expérience extracorporelle. Sa maîtrise des déplacements en dehors du corps viendrait plus tard. Au fil du temps, Bob et moi nous développâmes des liens d'amitié et je visitai l'institut à plusieurs reprises. En fait, nous étions suffisamment proches pour que mon ancienne épouse, Jan Northup, devienne l'une des ‘’facilitatrices’’ de Bob, 57 Charles Tart, Altered States of Consciousness, John Wiley & Sons, 1969 146 comme on appelait le personnel du programme Gateway. Bob avait réuni une équipe épatante. Lorsque je participai pour la première fois au programme Gateway, Melissa Jaeger et Bill Shull nous guidèrent tout au long des sessions et nous aidèrent à intégrer nos expériences dans le monde réel. Melissa était une participante de la première heure qui expérimentait volontiers avec Bob, à la recherche de diverses technologies permettant de modifier les états de conscience. Hemi-Sync n'était pas sa seule méthode, mais celle qu'il adopta pour le programme commercial. Bill était un psychothérapeute diplômé, prêt à repousser les limites de l'exploration de la conscience. La description privée de Bob de son implication avec les expériences extracorporelles différait un tantinet de la version publiée. Il me raconta qu'à sa naissance, ''on n'avait pas bien fixé tous les boulons''. Du coup, ‘’il quittait plus facilement son corps que la plupart des gens’’. Ayant pratiqué diverses formes de méditation et ayant une orientation technique, j'étais captivé par son approche ingénieuse des états de conscience modifiés. Le développement d’Hemi-Sync impliquait la stimulation auditive du cerveau. Via des écouteurs, le système envoie un signal audible dans l'oreille droite et un signal légèrement différent dans l'oreille gauche. Les fréquences varient parfois d'environ dix hertz. Le cerveau s'accorde alors sur la fréquence de battement, c'est-à-dire sur la différence entre les deux. Au début des années 1980, on entreprit des recherches considérables sur les ondes cérébrales alpha et thêta. La gamme alpha oscille entre 8 et 14 hertz, et la gamme thêta entre 4 et 8 hertz.58 C'était intéressant, parce qu’on avait découvert que durant les rêves et les mouvements oculaires rapides (REM), l'électroencéphalogramme (EEG) indiquait que le cerveau fonctionnait en alpha. Le mode thêta se retrouve dans des niveaux de sommeil plus profonds. Le signal de 10 hertz se situe en plein milieu du stade alpha, un stade dans lequel Bob pensait que les participants pouvaient opérer. En apprenant la méditation, je découvris qu’il fallait passer beaucoup de temps à faire des essais et des erreurs, en essayant de trouver la bonne fréquence, même 58 Certains graphiques indiquent des plages légèrement différentes pour les fréquences d'ondes cérébrales alpha et thêta. 147 quand il s'agissait simplement de faire le vide dans son esprit. Je me disais que la méditation était comme syntoniser la radio, quand on ignorait sur quelle fréquence se trouvait la station désirée. Il fallait donc avancer et reculer jusqu'à ce que l’on trouve le signal désiré. Ensuite, il fallait trouver le moyen de retourner sur cette station, à la demande. Les stations de radio ont des fréquences désignées que l’on peut enregistrer. C'est un peu plus délicat avec les processus mentaux des états de conscience modifiés. L'approche de Bob était différente : avec Hemi-Sync, il pouvait vous conduire directement à la fréquence souhaitée. Pas besoin de chercher le bon endroit. Il est intéressant de noter que ses premières recherches intéressèrent davantage les hommes que les femmes, même si de nombreuses femmes suivirent le programme avec succès. Bob insistait sur le fait qu'obtenir une expérience extracorporelle ne devait pas être un critère de réussite. Il pensait plutôt que le participant devait explorer les états modifiés de conscience et accepter les informations ou les expériences qui se présentaient à lui. Certains participants vécurent des expériences extracorporelles, mais d'autres non. Cela n'enlevait rien à l'expérience. Frank Burns, un de mes amis vécut une expérience de kundalini intense pendant une séance d'Hemi-Sync. À l'époque, Frank était lieutenant-colonel au Pentagone. Officier chargé de l'efficacité organisationnelle, il rendait compte aux plus hauts niveaux de l'armée. Frank était le créateur de la Task Force Delta, un groupe de réflexion de l'armée très, très en avance sur son temps, qui explorait toute une série de domaines alternatifs pour créer des unités très performantes. C'est Frank qui fit véritablement entrer la programmation neurolinguistique (PNL) dans l'armée. Cette visite représentait une exploration pour nous deux. Un jeudi, en début d'après-midi, nous trouvâmes Frank assis dans son unité CHEC (chambre environnementale holistique contrôlée), dans un état de conscience très altéré. Il nous dit avoir vu une lumière très brillante, alors même qu'il se trouvait dans une chambre obscure. D'après lui, il avait senti de l'énergie s'élever depuis la base de 148 sa colonne vertébrale, remonter, passer par ses chakras et sortir par le sommet du crâne. Ici, je devrais faire une digression et parler brièvement de ce qu'est la kundalini. Celle-ci ne sera pas facilement acceptée dans la société occidentale, mais elle est bien connue des religions orientales. La kundalini est décrite comme l'énergie primaire qui repose à la base de la colonne vertébrale. On la représente parfois comme un serpent enroulé ; elle est sans danger, si on la laisse tranquille, mais une fois activée, elle peut produire des expériences spectaculaires, bien qu'il puisse être difficile de la contrôler. Certaines pratiques yogiques sont spécifiquement conçues pour libérer cette forme d'énergie. Grâce à des techniques de méditation, la kundalini peut commencer à remonter le long de la colonne vertébrale. Totalement libérée, on dit qu'elle conduit à l'Illumination. L'expérience de la kundalini peut être incontrôlable et irrépressible et provoquer de graves troubles mentaux. Gopi Krishna déclara avoir été frappé d'incapacité pendant un mois, la première fois que cela lui arriva. J'ai rencontré d'autres personnes qui vécurent ce genre d’expériences. Malheureusement, la plupart des professionnels de la santé supposent que la personne fait une crise psychotique et la traitent avec des médicaments. Même si la science occidentale a du mal à accepter le concept d'une source d'énergie invisible et indétectable présente à l'intérieur du corps de chacun, ce concept existe depuis des millénaires. Il est mentionné dans les anciennes Upanishads hindoues, qui datent de bien avant notre ère. Si la kundalini peut se manifester spontanément, toute tentative visant à éveiller délibérément le serpent devrait être supervisée par un maître yogi expérimenté. Pour faciliter la formation, chaque participant disposait d'une unité CHEC. Celleci comprenait un matelas moelleux placé dans une chambre isolée, qui empêchait tout contact visuel avec qui que ce soit pendant les exercices enregistrés. Il ne s'agissait pas d'une privation sensorielle totale, mais d'une privation aussi proche que possible dans ce contexte. 149 Comme beaucoup d'Américains et en particulier les militaires, j'étais toujours en manque de sommeil. Il en résulta que mes premières séances dans les unités CHEC me permirent de dormir d'un sommeil assez profond. Et en l'espace d'une journée, je fus à même de concentrer ma conscience, en écoutant les cassettes Hemi-Sync. La conscience du temps disparut. Quand on commence une séance d'écoute, on ignore combien de temps elle va durer, et la durée des séances varie. Chaque séance commençait par une affirmation, avec laquelle je suis totalement d'accord : ‘’Je suis plus que mon corps physique’’. Depuis que j'ai vécu l'expérience Gateway, d'autres éléments furent ajoutés, mais la notion d’être des êtres spirituels qui vivent une expérience physique reste fondamentale. L'INSCOM avait des contrats avec l'Institut Monroe, mais beaucoup parmi nous s'intéressaient plus spécialement à Bob. Plusieurs remote viewers participèrent aux programmes pour voir si cela pouvait améliorer leurs capacités. L'un d'entre eux prit même un congé pour suivre le cours. Ce gars-là, et celui qui profita le plus de ces expériences, c’était le fameux remote viewer, Joe McMoneagle.59 Il épousera la fille adoptive de Bob, Nancy, mieux connue de nous sous le sobriquet de ‘’Scooter’’. Après plus de trois décennies, ils vivent toujours ensemble sur la montagne, juste en bas de la colline où Bob et sa femme, Nancy Penn Honeycutt, étaient installés. Bert Stubblebine recourut aussi au programme de base de l'Institut Monroe pour élargir l'horizon de certains membres de son personnel. Comme pour nos efforts en matière de torsion de cuillères, la principale raison de suivre ces cours était de convaincre les gens de penser plus globalement dans leur travail d'analyste. Une des applications les plus intéressantes eut lieu au cours d'une réunion, la veille du retour à Arlington Hall Station, où se trouvait le quartier général de l'INSCOM. La plupart des membres du groupe venaient tout juste de sortir d'une séance d'Hemi-Sync qui les avait amenés à un niveau très profond. Stubblebine avait réuni le groupe, mais plutôt que d'avoir recours aux facilitateurs de l'Institut Monroe, il dirigea lui-même la réunion. La mission de l'INSCOM était de collecter et d’évaluer de vastes catégories de données à partir desquelles les 59 Joe McMoneagle, Mind Trek, Hampton Roads, 1993 150 analystes tenteraient de prédire les actions de l'Union soviétique et d'autres menaces dans le monde. Tirant avantage du fait que les participants venaient tout juste de sortir d'un état de conscience modifié, Bert demanda à chacun de nous de prédire ce qui serait l'événement majeur de l'année prochaine, un événement qui n'était pas encore prévisible. J’assistai à cette réunion en tant qu'observateur ou superviseur. La communauté du renseignement est très sensible à l'état mental de ses membres. Étant donné que nous modifiions intentionnellement leur état de conscience normal, mon travail en tant qu'observateur consistait à veiller à ce que rien de secret ne soit révélé, car les facilitateurs de l'Institut Monroe n'étaient pas tous certifiés, et certainement pas aux niveaux auxquels l'INSCOM opérait. Alors même que je n'avais pas utilisé les cassettes, l'environnement était tel qu'il semblait avoir eu un certain impact sur moi. Pour cette réunion, les facilitateurs furent délibérément exclus, car Stubblebine n'avait aucune idée de ce qui pourrait en ressortir. Même si c'était hautement spéculatif, nous ne voulions pas prendre de risques. Les participants suggérèrent une large gamme de réponses. Je décidai de participer et je me souviens encore aujourd'hui de mes projections. Après coup, cela peut paraître comme une évidence aveuglante, mais en 1982, ce n'était pas le cas. Ma réponse fut qu'il y aurait une famine massive en Afrique de l'Est, à une échelle jamais connue auparavant. Certes, il y avait des pénuries alimentaires périodiques dans la région, mais en 1983-1985, l'Éthiopie connut une sécheresse épique qui entraîna la mort de plus de 400 000 personnes. Peut-être était-ce là un coup de bol heureux ou malheureux de ma part, mais une famine liée aux conditions météorologiques en Afrique de l'Est n'était guère envisageable à l'époque. Exacerbée par la guerre civile qui sévissait, cette famine éthiopienne est reconnue comme l'une des grandes tragédies du 20ème siècle. Il convient de noter que toutes nos tentatives ne furent pas fructueuses et que Bob repoussa parfois les limites de la crédulité. On peut citer comme exemple un contrat initié par Bob Klaus, un agent civil chargé de l'efficacité organisationnelle au sein de l'Army Materiel Command. Klaus collabora avec nous sur de nombreux 151 projets et comme Frank Burns, il était fort impliqué dans la programmation neurolinguistique. Klaus et Bob Monroe concoctèrent un plan pour essayer d'utiliser Hemi-Sync pour perdre du poids. Pour ceux qui ne connaissent pas l'armée, la gestion du poids est une préoccupation majeure. Avoir un rapport de masse corporelle supérieur à une certaine limite peut parfois vous faire renvoyer du service. L'idée générale était de "décaloriser" la nourriture en utilisant les cassettes. En fait, ils voulaient supprimer les calories de la nourriture ingérée via un simple traitement mental. Comme on pouvait s'y attendre, le projet fut un échec cuisant. Il n'est pas possible de s'imaginer mincir, tout en continuant à manger copieusement. Si cela avait marché, l'utilisation d’Hemi-Sync se serait développée sur un mode exponentiel, mais franchement, je ne suis toujours pas convaincu que cela valait la peine d'essayer, et je l'ai dit à l'époque. Nous apprîmes au prix fort que la participation au programme Gateway n'était pas sans danger. Pour participer au programme de l'INSCOM, il fallait avoir été examiné par le psychologue de l'état-major. Chacun devait recevoir le feu vert avant de se rendre à l'Institut Monroe. Or, pour l'un de ces programmes, un membre d'un commandement éloigné ne put arriver à temps à Arlington Hall Station pour prendre le car. Dans les couloirs se trouvait un lieutenant qui voulait participer, mais qui n'avait pas été examiné, ni autorisé. Le général Stubblebine se laissa fléchir et le laissa monter dans le car pour se rendre à Faber. C'était une grave erreur, qui coûterait cher à Stubblebine quelques mois plus tard. Pendant le programme, le lieutenant fit une crise psychotique. Bill Shull, qui encadrait le programme posa un diagnostic informel : ''Il était un peu trop serré au départ.'' Ce n'était pas un diagnostic clinique, mais ceci décrivait assez bien le lieutenant. Je ne m'étais pas rendu à l'institut à cette occasion, mais je me trouvais au quartier général, quand on le renvoya chez nous. Sans être dangereux, il tenait des propos incohérents. On l'envoya au Walter Reed Army Medical Center, où il fut placé dans l'unité psychiatrique. Quelques jours plus tard, il était libéré et semblait tout à fait normal. 152 En dépit du fait que Stubblebine ait diligenté une enquête en bonne et due forme, cet incident le hantera par la suite. Les membres de l'armée américaine sont malheureusement victimes d'accidents mortels, plusieurs fois par an. Il arrive que des soldats se fassent écraser par des chars d'assaut et il y a parfois des morts, quand on saute d'un avion. Bien que le lieutenant ne resta hospitalisé que quelques jours, les répercussions furent plus importantes que n'importe quel accident mortel. Peu de temps après l’incident, il y aura un bain de sang pour décider qui serait le premier général trois étoiles à devenir le deputy chief of staff for Intelligence de l’armée. Stubblebine était l'un des deux candidats, mais ses opposants se servirent de cet épisode pour l'empêcher d'accéder au poste. Il convient de noter que l'Institut Monroe filtre soigneusement les participants. Nous savons également que ces types de programmes attirent souvent des personnes qui ne sont pas mentalement stables au départ. Une bonne compréhension de la réalité consensuelle devrait être une condition préalable à la participation. Les recherches sur le processus Hemi-Sync se poursuivirent et l'Institut Monroe publie régulièrement des rapports. Il y a quelques années, je découvris une autre source qui procédait à un travail similaire. L'expérience de mort imminente d'Eben Alexander60 sera abordée dans un autre chapitre. Il s'agit, à mon sens, de l'une des EMI les plus significatives jamais répertoriées. Le travail de son associée, Karen Newell, est important à ce stade. Elle a produit une série de CD qui utilisent le concept des battements binauraux. Eben s'y intéressa, car il affirme que c'est ce qui se rapproche le plus des sons et des états qu'il vécut pendant son coma d'une semaine. RECHERCHE SUR LES ÉTATS EN DEHORS DU CORPS D'un point de vue scientifique, il est difficile de prouver qu'une personne se trouve réellement hors de son corps et qu'elle ne fait pas preuve d'imagination. En général, les scientifiques considèrent cette notion comme impossible et ne lui 60 Eben Alexander, Proof of Heaven, Simon and Schuster, 2012 153 accordent pas plus d'attention, ce qui va certainement à l'encontre d'un grand nombre de preuves anecdotiques basées sur des milliers de rapports personnels, une autre possibilité étant que la personne utilise la vision à distance, ou la clairvoyance, pour recueillir des informations. Même si cela est vrai, cela remettrait en question le paradigme scientifique actuel, qui n'accepterait pas non plus cette méthode comme un moyen valable de collecter des informations. Un homme que je rencontrai et qui semblait avoir des talents uniques dans ce domaine, c'était Alex Tanous. Tanous participa à des expériences très novatrices de l'American Society for Psychical Research à New York. À la fin des années 1970, Tanous réalisa une série d'expériences extracorporelles recourant à ce qu'il appelait le voyage astral. Le concept existe depuis très longtemps, suggérant que, conjointe au corps physique se trouve une seconde forme, le corps astral. On croit que le corps astral se détache et qu’il peut voyager, sensiblement comme Bob Monroe l'a décrit. La plupart des expériences de Tanous impliquait l'accès à des données provenant d'un site éloigné et pouvant être vérifiées par la suite de manière indépendante. Tanous prétendait pouvoir fournir ces informations par le biais du voyage astral. Bien entendu, cette explication ne permettait pas d'exclure des techniques de vision à distance, via lesquelles la personne ne se détache pas réellement de son corps. Le Dr Karlis Osis mit au point une expérience complexe visant à mesurer si oui ou non une partie de Tanous (son corps astral) se trouvait réellement sur le site de l'observation. L'expérience comportait deux aspects. L'un d'eux comprit la création de la cible sur un site éloigné dans ce qu'ils appelaient un dispositif d'imagerie optique. Cela permettait de s'assurer que le seul endroit où l'image composite pourrait être vue serait un site spécifique connu. Le dispositif d'imagerie optique comprenait trois éléments de l'image de la cible : la forme, la position et la couleur. Ce n'est que s’ils étaient vus depuis le site désigné que les éléments fusionnaient pour produire la cible réelle. Le deuxième aspect consistait à placer des capteurs sur le site désigné, dans la perspective d'une perturbation physique minimale du site. Un chercheur observait également physiquement le site pour tenter de percevoir le corps astral pendant l'expérience. Les résultats furent impressionnants, mais loin d'être exacts à 100 %. Pour autant, comparé au 154 hasard, Tanous fit preuve d'une efficacité surprenante. En 197 tentatives, Tanous identifia correctement la cible visuelle 114 fois. Par ailleurs, les capteurs enregistrèrent des mouvements, indiquant une présence physique à ce momentlà. L’ISOLATION SENSORIELLE ET JOHN LILLY L'Institut Monroe ne fut pas mon unique rencontre avec les expériences extracorporelles ou avec des chercheurs qui exploraient les états de conscience modifiés. Tout en suivant les cours de l'école d'efficacité organisationnelle à Fort Ord, en Californie, je pus profiter des offres proposées par des organisations New Age situées à proximité. Je me rendis notamment à Big Sur, où d'immenses forêts de pins se confondent avec des falaises qui se jettent dans l'océan Pacifique, et je visitai un centre de conférence idyllique, l'Institut Esalen. Sur ce site ancien, les sources d'eau chaude interrompent leur course vers la mer pour alimenter les légendaires bains collectifs de l'institut et offrir la guérison à tous ceux qui s’y plongent. À l'époque, Esalen attirait aussi des scientifiques de renommée internationale et des explorateurs de la conscience. L'un des ateliers auxquels je choisis de participer était celui de John Lilly. Lilly était déjà célèbre dans le monde entier, et il avait écrit plusieurs livres portant sur l'étude de la conscience, dont l'un des plus connus était The Center of the Cyclone.61 Lilly était un pionnier dans le domaine des communications interespèces (mentionné précédemment dans le chapitre ‘’Parler aux dauphins’’). La rencontre à Esalen me fit découvrir l’un des hommes les plus brillants que j'aie jamais connus, et j'ai eu le privilège d'en rencontrer beaucoup. La femme de John, Toni, était là comme assistante, et Heinz von Foerster, considéré comme l'un des architectes de la cybernétique, était également présent. Ils eurent des entretiens étonnants, explorant ouvertement la relation entre les domaines émergents de la cybernétique et de la conscience humaine. 61 John C. Lilly, The Center of the Cyclone, HarperCollins, 1973 155 Lilly était un explorateur pragmatique — ce qui pouvait déboucher sur des circonstances désagréables. En tant que médecin travaillant pour le National Institute of Health (NIH), Lilly était l'une des rares personnes à avoir un accès légal au LSD. Par ailleurs, il était aussi le co-inventeur du caisson d'isolation sensorielle. Le sujet de l'isolation sensorielle me captivait. Quelques années plus tard, alors affecté à l'INSCOM, j'achèterais mon propre caisson et j'explorerais des heures durant les états de conscience modifiés. Le caisson d'isolation sensorielle supprime le plus grand nombre possible de stimuli sensoriels physiques, laissant l'esprit libre d'explorer. Le caisson est entièrement fermé, une porte coulissante permettant d’y pénétrer. On utilise du sel d'Epsom pour augmenter la salinité, ce qui permet au corps de flotter et de répartir le poids de la personne uniformément pour que la tension en un point donné soit minimale. La température de l'eau est minutieusement contrôlée pour correspondre à la température extérieure de la peau. Le caisson exclut la vue, le son et un maximum de contacts, dans la mesure du possible. Je puis attester que l'on peut facilement perdre la notion du temps dans un tel environnement. Lilly recommandait d'aller plus loin, tout en soulevant des questions d'hygiène ; il disait que dans cet état de détente totale, la vessie aurait tendance à se vider, et suggérait au participant de s'y habituer et de l'ignorer. Même dans mon caisson privé, je ne suivis pas cet avis. Au cours de mes pérégrinations mentales dans le caisson, je fis l'expérience de plusieurs phénomènes mystiques, y compris ce que je perçus comme une décorporation partielle. Plutôt que d'être en autoscopie ou de me regarder, il me sembla y avoir une séparation entre une partie de mon corps et sa contrepartie physique. Ceci comportait la sensation distincte que mes bras étaient à l'extérieur du corps, sans être en contact avec l'eau portante qui soutenait mon moi physique. L'occurrence la plus étrange fut sans doute lorsque je perdis tout sens de l'orientation. Je n'arrivais plus à distinguer le haut du bas ou la droite de la gauche. C'était un peu flippant, même s'il suffisait de tirer la porte pour sortir du caisson. Le problème était que dans cet état mental, je n'avais aucune idée de 156 l'emplacement de la poignée. Curieusement, même si je pouvais penser très clairement, tous les indices physiques qui sont normalement présents étaient absents. Nous situons notre position relative dans l'espace, par exemple debout ou couché, en nous basant sur la gravité, la vision et les organes de l'équilibre, comme les canaux semi-circulaires de l'oreille interne. À ce moment-là, tous ces éléments faisaient défaut, ou ne transmettaient pas leurs données à mon cerveau. Il me vint enfin à l'esprit que si je pouvais sentir derrière mon dos, cela me permettrait de savoir où se trouvait le bas. A partir de là, ma main était suffisamment proche du fond du caisson pour pouvoir le toucher. Avec ce point de référence, je réussis à localiser la poignée et à ouvrir la porte coulissante. Aussitôt après, il y eut suffisamment de lumière pour pouvoir voir et mes autres sens se rétablirent immédiatement. Je reconnais que l'absence totale de réaction des sens, qui sont à la base de tout mouvement physique, est une sensation des plus étranges. Cette expérience me conduisit à remettre en question notre approche de certains types de maladies mentales. Nous faisons des déductions basiques, quant à la façon dont les autres perçoivent leur environnement. Cet épisode me prouva que ces suppositions pouvaient être inexactes. 157 CHAPITRE 12 : L’ESPIONNAGE PSYCHIQUE Connaître les intentions de l'ennemi est l'objectif des agents de renseignement et des chefs militaires depuis le début des conflits, il y a quelque vingt millénaires. Pour acquérir cette connaissance, on a recours à un large éventail d'instruments, y compris des espions humains et des moyens techniques tels que l'interception de signaux et la photographie. Aujourd'hui, grâce aux systèmes satellitaires, un observateur peut avoir une vision de presque n'importe quel endroit du monde avec une précision étonnante. Des algorithmes informatiques sophistiqués, associés à des métadonnées, permettent de localiser et d'identifier des cibles avec un degré élevé de certitude. Mais quelle que soit la qualité de ces systèmes techniques, il existe toujours des objets cachés intéressants auxquels les systèmes satellitaires ne peuvent pas accéder. À l'époque de la guerre froide, les États-Unis et l'Union soviétique s'intéressèrent tous deux à l'utilisation de la conscience humaine comme moyen de collecter des données à distance. Aux États-Unis, un programme, bien connu sous le nom de Star Gate, mettra au point un processus connu sous le nom de remote viewing (vision à distance). De nombreux livres ont été écrits sur le sujet. Je n'en donnerai donc qu'un bref aperçu. Mon intention est de démontrer que, non seulement une telle capacité est possible, mais qu'elle offre un terrain fertile pour l'exploration scientifique. En 1987, je participai à une étude de l'Académie Nationale des Sciences chargée d'évaluer la recherche par rapport à tout un ensemble de technologies humaines employées par l'armée américaine. La vision à distance était l'un des sujets abordés, bien que le panel ne lui accordait pas beaucoup de crédit. D'une part, des scientifiques du panel déclaraient qu'elle était impossible, alors que par ailleurs, l'armée américaine l'avait déjà utilisée. L'International Remote Viewer's Association (IRVA) définit la vision à distance comme "une faculté mentale qui permet à celui qui perçoit (un "visionneur") de décrire ou de donner des détails concernant une cible qui est inaccessible aux sens normaux en raison de la distance, du temps ou d'un moyen de protection". 158 C'est une discipline qui permet l'acquisition de données à distance et qui inclut ce que les médiums appelaient jadis la clairvoyance, avec des aspects de précognition et de rétrocognition. Cela se fait depuis des siècles. La formalisation du processus et, plus récemment, sa promotion furent les nouveaux apports de Star Gate. Voici un peu d'histoire concernant l'application militaire de la vision à distance.62 Connu sous différents noms et auprès de différents organismes, ce programme fut d'abord nommé Gondola Wish, puis Grill Flame, Center Lane, Sun Streak, et enfin Star Gate. L'intérêt de la communauté du renseignement pour un programme de vision à distance remonte à 1972, lorsque le physicien théoricien, Hal Puthoff, du Stanford Research Institute (SRI), et ancien analyste de la National Security Agency, rédigea un article sur la manière dont un visionneur à distance avait influencé un magnétomètre soigneusement protégé. À cette époque, certains scientifiques de la CIA s'inquiétaient déjà des efforts considérables déployés par les Soviétiques dans le domaine de l'espionnage psychique. Le bon sens ordinaire suggérait que les Soviétiques ne continueraient pas de dépenser d'importantes sommes d'argent, s'ils n'obtenaient pas des résultats. Cette année-là, la CIA finança un programme de recherche très modeste au SRI. Dans un premier temps, Puthoff et son co-chercheur Russell Targ, menèrent une série d'expériences de base en recourant à des personnes aux capacités psychiques connues. Parmi les personnes choisies, les plus notoires étaient l'artiste, Ingo Swann, la photographe, Hella Hammid et un ancien commissaire de police appelé Pat Price. Les premières recherches furent couronnées de succès et les résultats des premières expériences étaient suffisamment prometteurs pour qu'elles continuent pendant plusieurs décennies. Les sujets des expériences ignoraient toujours totalement la nature et l'emplacement des cibles qui étaient choisies pour eux. Dans le cadre d'une expérience unique menée le 27 avril 1973, il fut demandé à Swann de quitter 62 Pour une histoire complète du programme militaire de vision à distance, je recommande le livre du Dr Paul Smith intitulé Reading the Enemy's Mind. Paul était l'historien de l'unité et il disposait des meilleures archives. 159 mentalement l'environnement contrôlé du SRI pour explorer une cible qui s'avéra être la planète Jupiter. Il n'avait reçu qu'un seul d'une série de nombres, qui faisaient tous référence à des cibles situées sur la Terre, sauf un ; il ne savait pas que son objectif était extraterrestre. Au cours de la séance, il put ''voir'' une série d'anneaux qui encerclaient une planète. Tout le monde savait que Saturne avait des anneaux, mais pas Jupiter, ce qui explique que la validité de sa séance de vision à distance fut remise en cause. L'iconoclaste qu'il était resta inflexible, lorsqu'il apprit que la cible était Jupiter : il y avait bien des anneaux autour de Jupiter, insista-t-il. Ce n'est qu'après mars 1979, quand Voyager I s’approcha de Jupiter et renvoya des photos d'un anneau, que l'observation faite par Swann, six ans auparavant, fut validée. Plus important encore, cette connaissance n'aurait aucunement pu être obtenue d'une manière conventionnelle et allait à l'encontre des connaissances scientifiques classiques. L'adjudant-chef, Joe McMoneagle, connu plus tard sous le nom de Remote Viewer 001, démontra tout le potentiel des applications stratégiques de la vision à distance, il y a près de trois décennies. Les premières images satellite d'une installation située à proximité du port de Severodvinsk, sur la mer Blanche, près du cercle polaire, avaient attiré l'attention de la communauté du renseignement. Le bâtiment visé était très grand, mais son contenu était protégé contre toute observation par des satellites de reconnaissance. Il était évident qu'il abritait un chantier de construction, mais les services de renseignement conventionnels étaient incapables de fournir des réponses sur ce qui se passait à l'intérieur de l'énorme bâtiment. McMoneagle et les autres visionneurs à distance ignoraient toujours complètement la nature et l'emplacement des cibles qui leur étaient assignées. À cette époque, le capitaine de corvette, Jake Stewart, était affecté au Conseil national de sécurité et il soutenait le programme de vision à distance. Il décida de solliciter le détachement de Fort Meade, où travaillait McMoneagle, afin qu’ils voient ce qu’ils pourraient trouver. Pendant plusieurs jours, McMoneagle et un autre visionneur à distance furent chargés d'examiner l'installation en utilisant uniquement leurs facultés mentales de vision à distance. Ne disposant que des coordonnées géographiques comme moyen de ciblage, McMoneagle décrivit 160 d'abord avec précision une énorme structure artificielle. Puis, après qu'on lui ait montré une photo satellite du toit, on lui demanda de décrire le contenu du bâtiment. McMoneagle signala la présence de plusieurs sous-marins. L'un d'entre eux, qui était en cours de développement, fut décrit comme étant extrêmement grand et présentant des caractéristiques jusqu'alors inconnues dans la marine soviétique. Il décrivit un vaisseau lance-missiles, avec une double rangée de 20 tubes de lancement, et un nouveau mécanisme de propulsion. Les tubes, précisat-il, étaient disposés à l'avant du kiosque, un positionnement qui n’avait encore jamais été observé auparavant sur des sous-marins lanceurs d'engins. McMoneagle décrivit encore une double coque inhabituelle et l'utilisation de techniques de soudage spéciales. Aucune de ces informations n'avait de sens pour les experts en sous-marins, et les analystes professionnels du renseignement se gaussèrent de ce rapport. Les analystes soulignèrent qu'ils auraient pris connaissance de rapports des services de renseignements concernant un changement aussi radical dans l'architecture des sous-marins. En outre, les constructeurs de navires américains avaient conclu qu'un sous-marin de cette taille se briserait en plongeant. En plusieurs séances, McMoneagle fournira 12 croquis. Non seulement, il décrivit avec précision l'extérieur et l'intérieur du bâtiment en question, mais il prédit aussi le timing du lancement du sous-marin. Une fois encore, ses prédictions furent rejetées, car les experts pensaient que les Soviétiques étaient en train de construire leur premier porte-avions de grande envergure. Le dynamitage et l'excavation démarrèrent exactement comme McMoneagle l'avait prévu. Un canal artificiel avait été créé et le sous-marin fut mis à flot, puis conduit jusqu'à la mer. Quand les satellites repassèrent au-dessus de la zone, un énorme vaisseau apparut sur les images, à côté d'un sous-marin d'attaque de classe Oscar ; ce vaisseau deviendrait connu comme le bâtiment phare de la classe Typhoon. McMoneagle avait vu juste. Le nouveau bateau en titane à double coque dépassait les attentes de tout le monde, et il ne se briserait pas en plongeant, comme l'avaient prédit les experts. https://www.youtube.com/watch?v=bNV71UZSQJU 161 Swann, pour sa part, avait été engagé par l'INSCOM afin de former un groupe restreint de militaires qui ne possédaient pas ses capacités innées. Il contribua largement en développant un processus mental qui permit à ses élèves d'acquérir les capacités souhaitées. Pendant les deux décennies suivantes, les membres du détachement effectuèrent des missions d'entraînement et des missions opérationnelles en faisant usage de leurs compétences basées sur le modèle de Swann. Au nombre de leurs missions réussies figurent le ciblage de narcoterroristes et la localisation de personnes disparues. Bien que le programme ait été officiellement déclassifié en 1995, un nombre important de documents relatifs à la vision à distance restent classifiés. Et même si de nombreux visionneurs à distance de l'armée sont désormais connus du public, d'autres souhaitent rester dans l'ombre. Certains d'entre eux s'inquiètent toujours de représailles de la part de ceux qu'ils ont découverts. Malheureusement, la plupart des commanditaires de la communauté du renseignement considéraient la vision à distance comme une solution de dernier recours. Ils n'utilisaient ces techniques que lorsqu'il n'existait aucun autre moyen d'obtenir des informations sur la cible. Bien que certains projets de vision à distance réussis aient donné lieu à des évaluations positives de la part des utilisateurs de la communauté du renseignement, de nombreux autres projets ne purent être validés. En raison de l'emplacement ou de la nature de certaines des cibles, il était compliqué, voire impossible, d'obtenir une vérité de terrain. La validation était alors exclue. Néanmoins, le fait que des commanditaires revenaient sans cesse à la charge avec de nouvelles cibles à explorer atteste du succès du détachement. La vision à distance est associée à une impasse. Personne ne peut fournir une théorie adéquate, scientifiquement acceptable, pour expliquer comment les données peuvent s'acquérir à distance. On a tenté de formuler des modèles électromagnétiques, qui impliquent généralement des ondes radio de très basse fréquence, comme vectrices des données entre la cible et le visionneur à distance, mais des expériences contrôlées ont exclu de façon concluante l'électromagnétisme comme mécanisme possible pour expliquer la vision à distance. Par ailleurs, dans certaines conditions, les visionneurs à distance ont 162 démontré leur capacité à performer avec précision lors de sessions précognitives et rétrocognitives. Même si l'on accepte que certaines ondes puissent transmettre des informations sur de grandes distances, la perturbation temporelle est une autre histoire. Les défenseurs de la vision à distance au sein de l'armée comprennent l'importance de cette aptitude et ils pensent qu'elle pourrait avoir des implications stratégiques. La plupart ont un intérêt personnel en la matière et apprécient d'être tenus informés. Parfois, ils acceptent la contribution de pratiquants à la retraite pour résoudre des problèmes compliqués. Ces responsables font rarement des commentaires publics par crainte du ridicule, mais quelques-uns ne s’en privent pas. Après avoir pris sa retraite, l'ancien chef du projet Star Gate de l'Agence de renseignement de la défense (DIA), Dale Graff, a écrit un livre sur ses expériences, et il donne des conférences publiques sur le sujet.63 En 2001, dans le cadre de ses études au Marine War College, le commandant Rick Bremseth, un SEAL de la marine américaine, qui a fait une longue et brillante carrière, rédigea sa thèse sur la vision à distance.64 Au terme d’une étude approfondie et d’entretiens avec de nombreux anciens participants du projet Star Gate, il en a conclu que les preuves justifiaient la poursuite des recherches et le recours à la vision à distance. Aujourd'hui à la retraite, Bremseth continue de plaider en faveur de la poursuite des recherches et des applications militaires de la vision à distance. Il estime que cette précieuse capacité stratégique a été négligée au détriment de la communauté du renseignement. Même si la vision à distance est loin d'être parfaite, son importance réside dans le fait qu'elle offre des options, lorsque rien d'autre ne peut accomplir la mission. Au moyen des techniques appropriées, elle peut fournir des informations sur des forteresses et sur des avancées technologiques inaccessibles. Plus important encore, une fois le processus mieux compris, ceux qui ont soigneusement développé ces compétences devraient être en mesure de déterminer l'intention d'un adversaire et de prévoir les événements futurs. 63 Dale Graff, Tracks in the Psychic Wilderness: An Exploration of Remote Viewing, ESP, Precognitive Dreaming, and Synchronicity, Element Books, 1998 64 Commander L.R. Rick Bremseth, “Unconventional Human Intelligence Support: Transcendent and Asymmetric Warfare Implications of Remote Viewing,” U.S. Marine Corps War College, 28 April, 2001. 163 Depuis la déclassification officielle du programme Star Gate, la vision à distance a gagné en popularité dans le secteur civil pour devenir l'objet d'allégations insoutenables de la part de partisans trop enthousiastes. Pourtant, les principes de base sont solides et un grand nombre d'ouvrages scientifiques et militaires crédibles sont disponibles dans le domaine public. Certaines des sessions opérationnelles restent classifiées et ne sont accessibles que via la CIA. Le programme a cependant toujours eu ses détracteurs. Des objections d'ordre religieux émanaient d'individus très haut placés, qui croyaient que ces aptitudes étaient possibles, mais qui les considéraient "comme étant l'œuvre du diable". Une tactique favorite des détracteurs était le ridicule et les attaques personnelles contre ses partisans. Certains scientifiques qui restaient des observateurs superficiels se plaignaient de l'absence de théorie scientifique pertinente, mais d'autres étaient disposés à s'engager intimement dans les projets et cherchèrent à comprendre comment le processus fonctionnait. Pour citer l'un de ces chercheurs, "Tout ce qui se produit, peut se produire", comme nous l'avons noté dans l'introduction. Dans de nombreux cas, quand le projet Star Gate était opérationnel, les responsables des agences qui utilisaient les renseignements obtenus par la vision à distance étaient plutôt favorables. Toutefois, ce suivi était limité en raison d'un cloisonnement excessif des informations. En définitive, le projet n'a pas réussi à être largement accepté par les hauts fonctionnaires. La plupart d'entre eux n'avaient pas eu accès au programme et ils n'avaient donc aucune idée du concept ou de ses réussites. Il a aussi été rejeté par d'autres officiers dont la vision du monde était bousculée par le programme. Lorsque d'importantes coupes budgétaires furent effectuées, Star Gate passa à la trappe. La fin est arrivée en 1995, avec la publication du rapport AIR.65 L'histoire du programme de vision à distance est typique de nombreuses entreprises créatives. Elle procède d'une curiosité personnelle soutenue par un besoin. Les premiers résultats se révélèrent dignes de recherches et 65 Michael Mumford, et al, “An evaluation of Remote Viewing: Research and Applications,” American Institutes for Research, 29 Sept, 1995 164 d'applications plus poussées. Certains hauts responsables, aussi bien militaires qu'au Congrès, manifestèrent de l'intérêt et ils fournirent des ressources et une protection. Dans le même temps, la résistance augmenta à plusieurs niveaux. Tant que le programme restait modeste et paraissait avoir peu d'importance, les détracteurs ne prêtaient guère attention. Cependant, lorsque certaines platesbandes ou orthodoxies conventionnelles furent menacées, les opposants réagirent vigoureusement. C'est exactement ce qui se produisit dans le cas du système américain de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) MX, basé sur un concept de traçage élaboré à la fin des années 1970. La proposition consistait à monter ces missiles sur des plates-formes mobiles, puis à les déplacer d'un abri à l'autre de façon aléatoire pour qu'un ennemi ne puisse pas prédire quel abri abritait effectivement les missiles à un moment donné. Mais, alors que ce projet coûteux était en cours de développement, une expérience rondement menée démontra que la visualisation à distance était en mesure de réduire considérablement la marge d'erreur dans le choix de l'abri correct où les missiles étaient cachés. La possibilité que des visionneurs à distance soviétiques puissent accroître la vulnérabilité du système ICBM de cette façon souleva de grandes inquiétudes. Les partisans des MX n'étaient pas vraiment heureux d'entendre parler d'une technique qui pourrait réduire l'efficacité de leur programme. Finalement, le programme MX devint le programme Peacekeeper, d'une valeur de 20 milliards de dollars, raboté du concept d'implantation en circuit. La leçon tirée de la vision à distance, pour ceux qui s’impliquent dans des projets créatifs, c'est que des résultats démontrables ne suffisent pas pour pérenniser un projet. Même les urgences les plus pressantes ne permettent pas de surmonter les préjugés personnels d'observateurs peu avertis et qui sont toujours prêts à faire des commentaires négatifs. Trop souvent, les superviseurs recourent à des critiques non fondées pour justifier l'abandon de projets qu'ils n'aiment pas ou qu’ils ne comprennent pas. Trop de scientifiques partent du principe que "si les données ne sont pas conformes, on doit les ignorer". Ce qui était le cas de la vision à distance. 165 Il ne fait aucun doute que la vision à distance remet en question notre paradigme scientifique du temps et de la distance, comme le montrent clairement les travaux de Bob Jahn et de Brenda Dunne, à Princeton. En tant que doyen de l'école d'ingénierie, le Dr Robert Jahn s'était laissé entraîner avec une certaine réticence dans le monde de la recherche psi. Il mérite des félicitations pour avoir suivi des données expérimentales qui allaient à l'encontre de son système de croyances. Si le laboratoire PEAR est surtout connu pour ses travaux sur la psychokinésie, il a également réalisé des recherches de premier plan sur la vision à distance. Dans un cas, ils ont démontré qu'un visionneur à distance pouvait non seulement obtenir des données à plus de mille kilomètres de distance, mais également d’une manière précognitive, c'est-à-dire avant qu'elles ne se produisent. La cible choisie était le pont de Bratislava, situé dans ce qui était alors la Tchécoslovaquie et qui est aujourd'hui la capitale de la Slovaquie. Le visionneur à distance se trouvait dans le Wisconsin et il n'avait aucune connaissance de l'emplacement de la cible. En fait, au moment de la séance de visionnage à distance, le site n'avait pas encore été choisi. À une distance de 9000 km, le visionneur indiqua : "J'ai l'impression que (l'observateur sur place) est près de l'eau. Il pourrait y avoir des bateaux. Plusieurs lignes verticales, un peu comme des poteaux. Elles sont étroites, pas épaisses. Peut-être des lampadaires ou des mâts de drapeau. Un genre de forme circulaire. Presque comme un manège ou un chapiteau. Une grande chose ronde. Elle est ronde sur le côté, comme un disque, plate, mais elle a aussi une certaine hauteur. Peutêtre avec des poteaux. Je sens encore des lignes verticales. Aucune idée de ce qu'elles peuvent être... La sensation nette d'être à l'extérieur plutôt qu'à l'intérieur. Encore de 166 l'eau... Sur le côté où se trouve (l'observateur), j'ai l'impression qu'il y a un petit bâtiment. Cela pourrait être un hangar... Les couleurs qui prédominent sont le bleu et le vert... Encore de l'eau... Une impression très fugace d'une barrière, d'une barrière basse... Des marches. Je ne sais pas où elles conduisent. Les marches conduisent à une sorte de passage ou de passerelle. Comme une promenade. Et il y a une balustrade le long de celle-ci. Il y a des gens qui l'empruntent, et il y a des lignes verticales le long de cette passerelle."66 Au cours de cette session, la personne qui allait devenir l'observateur sur place était encore en route pour la Tchécoslovaquie. La visualisation avait eu lieu environ 24 heures avant son arrivée. Ce que le visionneur à distance décrivait, c’était un événement futur, ce que l'observateur verrait à son arrivée. Il existe aussi des cas d'intuitions spontanées qui présentent de nombreuses caractéristiques de la vision à distance classique. Dans ce livre, j'ai déjà parlé d’une expérience extracorporelle salvatrice en rapport avec le combat vécue par le pilote de porte-avions de la marine américaine, Scott Jones, mais il a vécu 66 La description de cette vision à distance est empruntée à Margins of Reality: The Role of Consciousness in the Physical World, de Robert Jahn et Brenda Dunne. 167 d'autres expériences presque aussi incroyables, et qui ont finalement conduit à la fin de sa carrière.67 En sa qualité d'officier de renseignement, Scott fut affecté en Inde pendant deux ans et demi pendant la guerre du Vietnam. Si nous entretenions des relations cordiales avec l'Inde, elle était également proche de l'Union soviétique et lui achetait souvent du matériel. Comme les observateurs des affaires internationales le savent, l'Inde est presque paranoïaque en ce qui concerne ses relations avec le Pakistan et vice versa. Non sans raison, car elle s’est engagée dans quatre guerres violentes, et il y a encore de fréquentes escarmouches à la frontière, au Cachemire. Alors que Scott était en poste à l'ambassade américaine de Delhi, le ministère indien de la Défense entreprit d'acheter des missiles anti-aériens SA-2 fournis par les Soviétiques. Bien qu'étant un allié, les États-Unis avaient malgré tout un très fort intérêt national à surveiller cette évolution notable du gouvernement indien. Si les attachés militaires pouvaient survoler l'Inde, ils étaient tenus de faire approuver leurs plans de vol avant tout déplacement. Le ministère indien de la Défense veillait à ce que ces itinéraires ne passent pas à proximité de ses sites sensibles, y compris ceux des SA-2. Mais un jour, quelque chose d'étrange se produisit, quand Scott décolla en suivant la trajectoire de vol qui lui avait été assignée. Cela débuta par un malaise au niveau de l'estomac, au point qu'il se demanda s'il serait en mesure de poursuivre son vol. Ce malaise physique céda rapidement la place à des pensées très claires à partir desquelles il décida d'agir. Malgré quelques protestations de la part du copilote, Scott s'écarta délibérément de la route prévue, en contrevenant ainsi aux restrictions imposées par le gouvernement indien, et à leur grand étonnement, ils repérèrent un site SA-2. Sur la base de son intuition psychique et en y répondant, Scott apporta la première confirmation tangible, photographiée depuis le ciel, de la présence de SA-2 en Inde. Ce qui prouva à la 67 Scott Jones est un ami personnel depuis des décennies. Ces péripéties m'ont été rapportées au cours de nombreuses conversations personnelles avec lui. 168 communauté du renseignement que l'Inde installait alors ces sites de missiles anti-aériens. Scott put par la suite localiser tous les sites de défense antimissile. Mais au prix fort. Ses photos étaient tellement réussies qu'il fut convoqué par ses supérieurs pour expliquer comment il avait obtenu ces informations. Veuillez noter que tout cela s'est produit bien avant que nous ayons une couverture satellite étendue du monde, et que les espions risquaient souvent leur vie pour obtenir de telles informations. Ses supérieurs lui ordonnèrent de révéler la source qui lui avait fourni les informations sur l'emplacement des sites, et il déclara catégoriquement qu'aucun agent secret indien ne travaillait pour lui. En réalité, lorsqu'il volait, il pressentait où se trouvait le site et il s'y rendait. Il est intéressant de noter que ce pressentiment ne se manifestait qu'une fois qu'il était en vol. Ses explications ne plurent guère à son officier supérieur. Peu convaincu, et malgré la qualité de son travail, son évaluateur le sanctionna par des éloges mitigés, ce qui signifiait qu'il était peu probable qu'il obtienne une nouvelle promotion. Face à un tel constat, Jones préféra prendre sa retraite. Ceci n'est qu'un exemple parmi tant d'autres de la façon dont le fait d'admettre l'existence d'un sens psychique pouvait avoir des effets négatifs. USAGE CIVIL Des civils effectuaient aussi des recherches sur la vision à distance. Stephan Schwartz créa le groupe Mobius et se lança dans des expériences très convaincantes. Il est intéressant de noter qu'il employait certains des visionneurs à distance qui étaient recrutés par l'armée. L'une des premières hypothèses émises pour déterminer comment la vision à distance pouvait fonctionner supposait une forme d'ondes électromagnétiques encore inconnues. Bien que la perturbation temporelle ait exclu cette possibilité, il s’agissait d’un point de départ raisonnable. On apprit ultérieurement que les chercheurs soviétiques avaient fait le même raisonnement. En raison de sa nomination antérieure en tant que conseiller spécial au bureau du directeur des opérations navales, Schwartz avait accès à des ressources dont ne 169 disposaient pas la plupart des chercheurs. Pour tester la théorie, il monta le projet Deep Quest, qui nécessitait l'utilisation d'un submersible qui transporterait les visionneurs à distance. L'eau de mer protège efficacement contre toutes les émanations électromagnétiques. C'est l'une des raisons pour lesquelles les communications avec les sous-marins immergés sont si difficiles. La première phase de l'expérience consista à faire descendre des visionneurs à distance dans un submersible pour qu’ils accèdent mentalement à des cibles inconnues en surface. Mais pendant qu'il préparait l'expérience, il perdit ses médiums habituels à la dernière minute. Averti des travaux du SRI, Schwartz les contacta et il sollicita l'aide de leurs visionneurs à distance. L'un d'entre eux était Ingo Swann, qui devait acquérir un statut légendaire dans la communauté des visionneurs à distance. Hella Hammid, la seconde collaboratrice, identifia précisément la cible sélectionnée par l'équipe de surface du SRI, située à environ 600 km. Les résultats répondirent à deux questions. La projection mentale traversait bien l'eau de mer, éliminant par-là la théorie de la transmission électromagnétique. L'autre était que l'effet pouvait se produire sur de longues distances, au moins des centaines de km. Schwartz s'attela alors à une tâche encore plus ardue : localiser une épave quelque part au large de l'île Catalina, en Californie. Il est vrai qu'il existe de nombreuses épaves dans cette région et que beaucoup ont été cartographiées, mais la tâche confiée à Ingo et Hella Hammid était de localiser une épave inconnue jusqu'alors. C'est ce que Schwartz appelle une étude en triple aveugle ; il ne pouvait y avoir de fuite intentionnelle d'informations, car nul ne savait où une telle embarcation pourrait se trouver au fond de la mer. Cette fois encore, en descendant sous la surface de l'océan Pacifique, Ingo guida pratiquement le pilote vers une zone où son impression psychique lui indiquait que l'objet se trouvait. Avec Schwartz, ils réussirent à trouver le bateau coulé, lourdement recouvert d'incrustations et perdu depuis longtemps. 170 Schwartz poursuivit ses recherches et développa le secteur de l'archéologie psychique, qu'il décrit dans son livre, Le Projet Alexandrie.68 Le titre du livre fait référence à une expédition en Égypte, où il avait emmené des médiums à la recherche de plusieurs sites. L'une des cibles était le légendaire phare de Pharos à Alexandrie, la ville aujourd'hui submergée où résidaient Marc-Antoine et Cléopâtre. En 1979, l'expédition réussit à localiser la cité perdue, ce qui fut documenté dans un programme télévisé réalisé à l'époque. Il fut malaisé d'obtenir la documentation nécessaire, puisque les eaux étaient tellement polluées qu'il était interdit aux plongeurs de rester dans l'eau pendant de longues périodes, mais ils réussirent à filmer suffisamment pour prouver l'exactitude de l'emplacement. Incroyablement, plus de trois décennies plus tard, en 2013, une autre équipe de plongeurs s'attribua le mérite de la découverte en grande pompe. Avant l'arrivée de ses plongeurs, les eaux avaient été considérablement assainies, ce qui permettait de rester plus longtemps sous l'eau en toute sécurité. Ils n'accordèrent aucun crédit à Schwartz, ni à son équipe, même si ceux-ci les avaient devancés de plusieurs décennies. Ce ne fut pas la seule fois où les efforts de Schwartz rencontrèrent la résistance des scientifiques et des égyptologues. Il entreprit d'explorer une autre cible, cette fois sur terre. Comme pour le bateau coulé, il voulait localiser un site dont l'emplacement avait été perdu. Là encore, son équipe releva des impressions psychiques d'un tel site. Pour documenter le projet, Schwartz fit estampiller et valider tous les documents par des fonctionnaires égyptiens, et pour garantir ses recherches, un égyptologue qui travaillait pour le gouvernement les accompagna, lorsqu’ils commencèrent à fouiller la cible. Schwartz et son équipe se rendirent dans le désert en un lieu qui correspondait à leurs critères. En arpentant la zone, ses médiums délimitèrent les contours du site et plantèrent des piquets dans le sol pour indiquer l'emplacement des fouilles. La tâche achevée en fin d'après-midi, il fut convenu que tout le monde se retrouverait sur place le lendemain matin à 10 h. Intuitivement, Stephan emmena 68 Stephan Schwartz, The Alexandria Project, Delacorte Press, 1983 https://www.youtube.com/watch?v=BEC-GBTTLBg Project Deep Quest https://www.youtube.com/watch?v=klCzHhYYQjQ The Alexandria Project 171 l'équipe sur le site avant l'heure prévue. A leur arrivée, ils surprirent l'égyptologue qui était en train de déplacer les piquets méticuleusement disposés l'après-midi précédent. Voilà qui est révélateur de l'opposition à laquelle les chercheurs psychiques peuvent s'attendre. Des données archéologiques qui contredisent les chronologies établies, ou l'histoire publiée, ne sont officiellement pas les bienvenues. Beaucoup plus tard, Schwartz dirigea une expérience encore plus étonnante, mais cette fois-ci, au lieu de s'appuyer sur des personnes ayant des compétences particulières, il utilisa des personnes qui avaient participé à ses ateliers de vision à distance. Le concept était brillant. Alors que l'invasion de l'Irak se poursuivait, la recherche de Saddam Hussein devint une priorité absolue. Les forces de la coalition n'avaient clairement aucune idée de l'endroit où le trouver. Il fut donc demandé aux participants du séminaire d'identifier l'endroit et de recueillir d'autres informations en lien avec la capture de Saddam. Les participants à l'atelier avaient divers degrés d'expertise en matière de vision à distance, certains étant même totalement novices. Leurs croquis et leurs observations furent collectés et marqués avec l'heure et la date, afin que personne ne puisse prétendre qu'ils ont été faits a posteriori. Quand Saddam fut capturé le 13 décembre 2003, les résultats de la vision à distance furent examinés. L'exactitude de certaines observations était tout simplement remarquable. Les participants avaient dessiné un bâtiment qui décrivait précisément cet endroit. C’était si détaillé qu'il ne pouvait pas correspondre à n'importe quelle immeuble de la région. Certains des résultats corrects étaient contre-intuitifs. Par exemple, les agents de renseignement avaient toujours supposé qu'il serait bien protégé par des membres de sa garde rapprochée. Le rapport de vision à distance indiquait qu'une ou deux personnes seulement seraient présentes à ses côtés. Ils décrivirent avec précision le lieu souterrain où il se cachait, le fait qu'il était armé, mais qu'il ne résisterait pas, et qu'il avait de l'argent sur lui. Ce qui rendait cette expérience si particulière, c'était sa composante émotionnelle. Les chercheurs supposent depuis longtemps que les qualités 172 numineuses sont importantes, surtout en présence de cibles précognitives. Il était prévu que l'arrestation de Saddam s'accompagnerait d'une réaction mondiale. C'était vrai. Pareil pour le souvenir de l'endroit où je me trouvais au moment de l'assassinat de Kennedy. Je peux dire que je me trouvais dans la salle à manger du complexe militaire de Kaboul, en Afghanistan, lorsque la nouvelle tomba à la télévision. Ce degré d'émotion étant difficile à prévoir, il s'est avéré très difficile de créer un test similaire. LA COMPÉTITION MILITAIRE Pendant la guerre froide, il y avait une compétition considérable autour du contrôle et de I‘exploitation des capacités psychiques. Un livre intitulé, Fantastiques recherches parapsychiques en U.R.S.S., de Sheila Ostrander et Lynn Schroeder contribua largement à sensibiliser le public à cette question.69 Mon article, "Le nouveau champ de bataille mental", parut dans le numéro de décembre 1980 de la Military Review, une publication grand public du ministère de la Défense.70 C'était le premier article militaire à mentionner ouvertement la vision à distance et d'autres phénomènes psychiques. Cet article nous attira l’ire du chroniqueur, Jack Anderson, qui écrivit dans le Washington Post que nous étions "les guerriers vaudous du Pentagone". Récemment, un livre unique intitulé ESP Wars : East and West 71 a été publié, dans lequel des participants des deux côtés de la guerre froide partageaient leurs points de vue. En se penchant sur les racines des guerres du type "perception extrasensorielle", les auteurs notent à juste titre que le recours aux médiums est presque aussi ancien que les conflits eux-mêmes. Les mystiques, les oracles et d’autres chefs religieux étaient souvent consultés avant les batailles pour tenter d'en prédire l'issue et obtenir des conseils de sources extérieures quant à l'opportunité de s'engager dans la guerre. Il est question de l'Oracle de Delphes 69 Sheila Ostander and Lynn Schroeder, Psychic Discoveries Behind the Iron Curtain, Prentice-Hall, 1970 John B. Alexander, “The New Mental Battlefield,” Military Review, December, 1980. Une copie est accessible sur mon site web, www.johnbalexander.com, 71 Edwin C. May, et al, ESP Wars: East and West: An Account of the Military Use of Psychic Espionage as Narrated by the Key Russian and American Players, Crossroads Press, 2016 70 173 demandant à Apollon de le guider, des efforts du roi Cyrus, fondateur de l'Empire perse, et même de citations bibliques détaillant le recours à des médiums avant le combat. Les traditions russes racontent qu'on employait des chamanes pour soutenir les opérations, une pratique qui se poursuit encore aujourd'hui chez les peuples indigènes. Le tour d'horizon historique du livre, qui n'est généralement pas connu en dehors des mythologues et de quelques théoriciens complotistes, mentionne même la fascination des nazis pour l'occulte. En 1992, mon ancien patron, le major général à la retraite Bert Stubblebine, et moi-même sommes allés dîner dans la région de Washington avec le chef d'une organisation russe baptisée "Institute for Theoretical Problems". Celui-ci nous dit qu'il avait dirigé les recherches sur la vision à distance pendant de nombreuses années. À cette époque, la Russie était dans une situation économique très difficile, et il était autorisé à vendre n'importe quoi pour que son organisation reste fiscalement viable. Bert et moi, nous étions tous deux des retraités de l'armée guère en mesure de l'aider à résoudre ses problèmes de financement. Pourtant, ce soir-là, pendant le dîner, nous discutâmes de questions qui, une décennie plus tôt, auraient été inimaginables. Les temps ont décidément changé. TOUT N’EST PAS ROSE Les adeptes de la vision à distance aiment mettre en avant leurs succès, mais ils admettent rarement leurs échecs, et c'est une grave lacune. Lorsque j'ai été interrogé par des journalistes, mon commentaire a toujours été : "Parfois, ça marche." D'un point de vue scientifique, les aspects de réussite et d'échec sont déroutants. En réalité, beaucoup de résultats sont loin d'être aussi bons que les protagonistes le prétendent souvent. Deux exemples frappants nous viennent de Courtney Brown et de son Institut Farsight. Brown, qui est professeur à l'université Emory, a fait plusieurs présentations dans le cadre des conférences annuelles de la Society for Scientific Exploration (SSE). Au cours de la réunion de juin 2008 à l'Université du Colorado, Brown annonça que, selon ses visionneurs à distance, l'aéroport de Los Angeles 174 (LAX) serait physiquement détruit en décembre de la même année. Pourtant, neuf ans plus tard, l'aéroport de Los Angeles est toujours opérationnel. Pour expliquer cet échec évident de la vision à distance, Brown nous informa au cours d'une présentation l'année suivante que l'aéroport de Los Angeles avait en réalité été détruit ; cela s'était simplement produit dans un univers parallèle… En juin 2010, au cours d'une autre conférence de la SSE, Brown déclara avoir des preuves que l'armée américaine avait une base souterraine sur Mars. Selon un visionneur à distance, il s'agissait d'une installation opérationnelle, et des preuves photographiques montraient que des émanations étaient émises à partir de cet endroit. Au cours de son exposé, il déclara : "Il y a des vols non répertoriés qui décollent tout le temps de Cap Canaveral et qui ne sont jamais comptabilisés." C'est totalement absurde. Quand il y a un lancement depuis Cap Kennedy, la moitié de la Floride est au courant. Manifestement, ses collaborateurs n'ont aucune idée des exigences logistiques nécessaires pour maintenir une base extraterrestre. Même si je m’insurge contre les scientifiques qui n'acceptent pas les données concrètes, ces exemples constituent quelquesunes des raisons pour lesquelles ils ne le font pas. J'admets avoir été l'un des collègues critiques ayant bloqué l’article sur ce sujet soumis par Brown au Journal of Scientific Exploration de la SSE. Je m'en voudrais de ne pas mentionner que le domaine de la vision à distance a été envahi par des personnes qui font des déclarations non fondées sur leurs antécédents. À Las Vegas, j'ai rencontré l'un de ces individus qui prétendait être chirurgien cardiaque, pilote de SR-71 de l'armée de l'air américaine et visionneur à distance dans le cadre du programme Star Gate. L'un des problèmes du secret entourant le programme de vision à distance du ministère de la Défense est que les gens croient qu'ils peuvent faire des déclarations que personne ne peut vérifier. En interne, la liste des participants était plutôt restreinte, et la plupart se connaissaient entre eux. Le meilleur conseil que je puisse donner à toute personne qui souhaiterait suivre une formation est le suivant : caveat emptor. Une grande visibilité n'est pas synonyme de compétences. L’IRVA ET LA FORMATION 175 En mars 1999, lors d'une réunion au domicile de Lyn Buchanan à Alamogordo, au Nouveau-Mexique, nous avons fondé l'International Remote Viewer's Association (IRVA). En tant que membre fondateur du conseil d'administration, j'avais bon espoir que l'association évoluerait et établirait des normes et une éthique pour ce domaine en pleine émergence. Malheureusement, elle est devenue une organisation commerciale, dont l'objectif principal est la publicité et le marketing. Il y a encore des gens bien dans cette association, mais l'imprimatur de l'IRVA ne doit pas être confondu avec compétence ou qualité. De nombreuses discussions ont eu lieu sur la nature de la vision à distance et sur le fait de savoir s'il s'agit ou non d'une compétence qui peut être enseignée. Sur le plan commercial, il existe un certain nombre d'instructeurs qui dépendent de la réponse "oui, on peut l’enseigner". Le débat est similaire à la controverse sur l'inné et l'acquis. Certains pensent que ces capacités psychiques sont innées, que l'on naît avec ou sans. En faveur de cette thèse, il y a les rares individus qui démontrent des capacités extraordinaires. Ingo Swann serait d'un autre avis. L'une de ses principales contributions à la vision à distance impliquait son concept de la matrice. Tout comme dans le film de Keanu Reeves du même nom, la matrice était un concept mental permettant au pratiquant de circuler indépendamment du temps et de l'espace consensuels. La plupart des visionneurs à distance militaires qui ont été spécifiquement formés pour cette tâche ont appris à utiliser le concept d'Ingo. Par conséquent, la plupart des visionneurs à distance de deuxième ou troisième génération qui ont été formés par d'anciens membres du personnel de Star Gate utilisent le concept de la matrice, qu'ils le sachent ou non. Cette méthode rigoureuse exige beaucoup de temps et de travail. Ce n'est pas un truc que l'on apprend en un après-midi. S'engager réellement dans la vision à distance réclame beaucoup d'efforts. Il y a également débat sur la question de savoir s'il est préférable de se fier à un seul visionneur à distance fort ou de rechercher un consensus entre plusieurs visionneurs à distance. Joe McMoneagle plaide en faveur d'un unique visionneur à distance. Il affirme que lorsque plusieurs visionneurs à distance sont impliqués, 176 il peut se produire un fort attachement à la mauvaise cible, et il pense que les autres suivront un mauvais signal plutôt que d'agir indépendamment en fonction du vrai signal. Stephan Schwartz, quant à lui, préfère l'approche qui repose sur plusieurs visionneurs à distance, par laquelle l'analyste recherche un consensus dans les rapports, et suggère qu'elle est plus fiable que la méthode avec une seule personne. À mon sens, les capacités psychiques sont comme les autres activités humaines : chacun est doté d'un certain niveau de compétence, et avec de l'entraînement et de la pratique, on peut s'améliorer. Ma propre expérience m'a démontré que certaines données peuvent être acquises. Je n’ignore pas que je n'ai pas le sens artistique nécessaire pour transférer des observations mentales sous une forme reconnaissable sur papier, car j'ai du mal à dessiner de simples lignes, et je n’arrive pas à faire mieux que des personnages en bâtonnets. La plupart des gens peuvent marcher ou courir. Grâce à l'éducation physique à l'école, les élèves courent plus vite, sautent plus haut, plus loin, etc. Néanmoins, la plupart d'entre eux ne pourront jamais réaliser des performances olympiques, quel que soit leur niveau d'entraînement. En matière de vision à distance, la plupart des pratiquants n'atteindront jamais le niveau de compétence d'Ingo Swann ou de Joe McMoneagle. Ce qui ne veut pas dire que l'on ne devrait pas s'y essayer... 177 CHAPITRE 13 : IMPERTINENTS GLOBULES BLANCS Vous n'avez sans doute jamais entendu le nom Kangchenjunga, à moins d'être un alpiniste averti. Situé à la frontière entre l'Inde et le Népal, il s'agit de la troisième plus haute montagne du monde, derrière le Chomolungma/Sagarmartha ou, pour les Occidentaux, le mont Everest et le K2. Je le mentionne ici en référence à des géants dont beaucoup sont inconnus. Au même titre que le Kangchenjunga pour l'Himalaya, mon ami Cleve Backster l'était pour le monde de la recherche psychique. Très peu de gens sont conscients de ses nombreuses contributions dans ce domaine et de la manière dont il inspira beaucoup d’autres projets, dont le moindre n'était pas le programme de vision à distance connu sous le nom de Star Gate. Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, Cleve, alors enseigne de vaisseau dans la marine américaine, se trouvait dans le Pacifique Sud en attendant de participer à l'invasion imminente du Japon.72 L'intervention de la seule utilisation au combat d'armes atomiques à ce jour supprima cette obligation. Quelques mois après sa démobilisation, en 1946, Cleve entra comme sergent-chef dans le corps de contre-espionnage de l'armée américaine. Très intéressé par le comportement humain, il entreprit d'étudier l'utilisation de l'hypnose du point de vue de la sécurité nationale. Un an plus tard, lorsque la CIA fut créée, Cleve rejoignit la nouvelle structure en tant que spécialiste des interrogatoires. Là, il mit au point sa technique de comparaison des zones pour analyser les réponses au détecteur de mensonges.73 Ce système constitue encore aujourd'hui la base de ces interrogatoires. Après avoir quitté l'Agence, Cleve créa sa propre école de détection des mensonges, qui est toujours en activité aujourd'hui, quatre ans après sa mort, en 2013. Toujours curieux, Cleve se livra à de nombreuses expériences non traditionnelles avec son équipement sophistiqué. Il est resté célibataire et un peu reclus, mais il aimait jouer avec ses instruments sensibles. Dans son appartement new-yorkais 72 Cleve Backster, Primary Perception: Biocommunication with Plants, Living Foods, and Human Cells, White Rose Millennium Press, 2003 73 http://www.polygraph.org/assets/docs/APAJournal.Articles/2013/backster_techniques.pdf 178 se trouvait un grand dragonnier. Cleve se demanda combien de temps il faudrait pour que de l'eau versée sur les racines atteigne les feuilles. La réaction galvanique de la peau est l'une des mesures du polygraphe. Le capteur mesure la quantité d'humidité sur la peau et peut détecter quand la personne commence à transpirer. Par curiosité, Cleve fixa un détecteur sur une des feuilles, puis arrosa la base. Il reçut sa réponse, et bien même beaucoup plus qu'il n'avait rêvé. Cleve oublia le dispositif et le laissa simplement connecté à la plante. Le capteur était relié à un graphique, qui mesurait les fluctuations de l'humidité sur les feuilles de la plante. Cela prit un certain temps, mais Cleve commença à remarquer des enregistrements étranges sur le graphique, qui n'étaient pas associés à l'arrosage périodique de la plante, et il n'y avait rien d'apparent dans l'environnement, qui aurait pu causer ces variations. À sa grande surprise, Cleve remarqua que le graphique semblait être en rapport avec des événements émotionnels survenus à proximité du dragonnier. À l'époque, il n'y avait pas d'explication rationnelle au fait qu'une plante puisse montrer une réaction physique mesurable aux événements qui se produisaient dans son voisinage. Subodorant que la plante pouvait réagir à des menaces directes, Cleve coupa une feuille. Le graphique indiqua que la plante était consciente de la coupure. Était-ce de la douleur ? C'était là une inconnue. Mais l'agression contre la plante était physique. Il qualifia de malaise la réaction qu'il observa sur les graphiques. Il se demanda s'il s'agissait de la réaction de la plante face au danger. Pour tester cette hypothèse, Cleve prit un briquet et brûla une feuille. La plante réagit. Poussant plus loin ses recherches, il tenta une série d'expériences. Ce qu'il découvrit était sidérant. Cleve apprit par la suite également que lorsqu'il s'approchait de la plante, en ne pensant simplement qu’à brûler une feuille, la plante réagissait. En effet, la simple pensée de lui nuire, bien qu'aucune action physique n'ait été entreprise, suffisait à provoquer une réaction mesurable sur les graphiques du polygraphe. Il apprit rapidement que le dragonnier réagissait aux menaces qui pesaient sur d'autres formes de vie dans son voisinage immédiat. Après avoir fait bouillir de 179 l'eau tout près de la plante, Cleve y laissa tomber quelques crevettes vivantes, en provoquant leur mort immédiate. De nouveau, la plante réagit. Sachant qu'il touchait là à quelque chose d'important, Cleve rendit publique ses découvertes. Il n'était qu'un polygraphiste, après tout, et pas un chercheur scientifique attitré. Il pensait naïvement que d'autres scientifiques allaient certainement s'intéresser à ses résultats embryonnaires, mais remarquables, et poursuivre des recherches plus rigoureuses. Au lieu de cela, il fit l'objet du mépris et de railleries de la part de la majorité des scientifiques occidentaux. Notre perte profita à l'Est, puisque des scientifiques de l'Europe de l'Est, sous l'égide de l'Union soviétique, prirent ses travaux au sérieux. Quelques Américains le suivirent, cependant. Hal Puthoff reconnut les potentialités du phénomène, et les travaux de Cleve contribuèrent à faire avancer ses recherches sur la vision à distance, qui débutèrent à l'Institut de recherche de Stanford (appelé plus tard SRI).74 Ce fut Ted Rockwell, un ingénieur nucléaire, qui me présenta pour la première fois à Cleve. À l'époque, j'étais affecté à l'INSCOM et j'explorais toute une palette de sujets uniques, détaillés dans d'autres parties du livre. Ted m'assistait dans plusieurs domaines, notamment en matière de présentations déterminantes.75 Le travail que Cleve effectuait alors allait bien au-delà de l'exploration des réactions des plantes, qui avait été portée à la connaissance du public grâce à un livre de Peter Tompkins et Christopher Bird intitulé ‘’La vie secrète des plantes.’’76 Le nouveau travail de Cleve impliquait de contrôler des leucocytes buccaux, c'est-àdire les globules blancs qui imprègnent la bouche. Il existe trois types de cellules sanguines. : les plaquettes contribuent à la coagulation du sang ; les globules rouges transportent l'oxygène dans le corps et sont essentiels à la vie ; et les globules blancs sont connus pour leur capacité à combattre les maladies, mais il arrive qu'ils dérapent. Quand ils se multiplient de manière excessive, cela provoque une maladie, la leucémie, qui est souvent 74 Ceci ressort de conversations privées avec Hal Puthoff. Ted participa à des séances de torsion métallique et c'est lui qui me présenta à Anne Gehman. 76 Peter Thompkins and Chris Bird, The Secret Life of Plants, Harper, 1973 75 180 mortelle. Les globules blancs qui sont présents dans la bouche sont les leucocytes buccaux. L’étude des leucocytes mise au point par Cleve était relativement simple. La première étape consistait à prélever et concentrer les leucocytes buccaux de la personne. Pour ce faire, il suffisait de cracher dans une éprouvette. Cette éprouvette était ensuite placée dans une centrifugeuse pendant quelques secondes, puis dans une cage de Faraday pour la protéger des radiations électromagnétiques externes. Des électrodes d'argent étaient insérées dans le tube, leurs fils étant reliés à un dispositif qui amplifiait le signal, lequel était ensuite envoyé à un polygraphe. Les résultats du polygraphe étaient enregistrés sur vidéo avec la date et l'heure. Une deuxième caméra était utilisée pour enregistrer les événements en cours, et un générateur d'images composites sauvegardait les événements et le graphique sur une seule bande en temps réel. Les globules blancs pourraient-ils réagir à l'état émotionnel du donneur, malgré la distance qui les sépare ? Pour tester la théorie, on exposa le donneur à des menaces potentielles, ou à des situations évoquant une menace personnelle. Dans cette optique, on invitait les sujets testés à regarder des programmes télévisés spécifiques. C’était souvent des programmes portant sur des affaires criminelles et dans lesquels on pouvait s'attendre à voir un quelconque événement menaçant, mais ni le donneur, ni les chercheurs ne savaient à l'avance à quel moment précis une telle scène surviendrait dans le programme. Cleve apprit qu'il y avait souvent une corrélation immédiate et directe entre les événements décrits à la télévision et les écarts constatés dans les enregistrements, et il évoqua l'exemple frappant d'une jeune volontaire. Après avoir donné ses globules blancs, elle rejoignit son domicile situé à proximité. La scène télévisée spécifique à laquelle elle réagit impliquait une femme agrippée dans la rue et puis jetée dans le coffre d'une voiture. Quand cette scène fut diffusée, le graphique s’affola et lorsque Cleve lui demanda ce qui s'était passé, elle lui confia qu'il lui était arrivé quelque chose de très semblable, mais qu'elle était parvenue à repousser son agresseur et à courir chercher de l'aide. Même si elle avait survécu à la tentative d'enlèvement, il s'agissait toujours d'un épisode 181 émotionnel marquant dans sa vie. Et c'est exactement ce que le graphique mit en relief. D'un point de vue purement scientifique, c'était fascinant, puisque les données impliquaient une capacité à communiquer d'une manière jamais soupçonnée auparavant. Cela soulevait pas mal de questions importantes : quel était le mode de transmission, quelles étaient les contraintes de distance et quelle était la fiabilité de l'information ? Du point de vue du renseignement, nous étions confrontés à des questions très pragmatiques. Dans les années 1980, il y avait eu un certain nombre d'enlèvements retentissants. Parmi eux, le général de brigade, James Dozier avait été enlevé à son domicile de Vérone, en Italie, par des membres des Brigades Rouges italiennes. Plus marquante encore fut la prise de contrôle de l'ambassade américaine à Téhéran, l'année précédente. La question à laquelle je voulais une réponse était la suivante : les leucocytes buccaux permettraient-ils de communiquer, même à un niveau élémentaire ? L'idée d'insérer des dispositifs de repérage dans le personnel à haut risque fut examinée. Le problème était que si un ennemi soupçonnait l'existence d'un tel dispositif, il découperait sans doute sa victime jusqu'à ce qu'il découvre le dispositif de repérage. Je voulais d'abord savoir si la personne était bel et bien vivante ou morte. La deuxième étape aurait été d'essayer d'envoyer de simples transmissions de code binaire, mais malheureusement, nous n'avons jamais été aussi loin dans la recherche. Après avoir visité le laboratoire de Cleve, je pus l'engager comme consultant avec l'approbation du major général Bert Stubblebine. Le contrat m'autorisait à reproduire son dispositif dans mon laboratoire de Fort Belvoir, en Virginie. Cependant, la reproduction impliquait la conception d'un équipement qui dépassait mes compétences techniques. C'est pourquoi un expert scientifique du Night Vision Laboratory (NVL) de l'armée américaine fut chargé de m'assister dans la création de l'appareil. Le directeur du NVL, Lou Cameron, était très ouvert aux sujets de recherche que je menais et il avait assisté à plusieurs de mes séances de torsion de métaux. 182 Le représentant du NVL et moi-même rendîmes visite à Cleve à San Diego pour obtenir tous les paramètres et voir le système fonctionner. Quand je demandai à l'ingénieur s'il pouvait construire l'appareil, il me répondit positivement, que les aspects mécaniques étaient assez simples. Mais il nota à juste titre qu'il ‘’manquait une pièce’’. Il faisait bien sûr allusion à la façon dont le signal passait du donneur à l'éprouvette. Je lui dis qu'il m'incomberait de régler ce problème. Manifestement, nous avions poussé trop loin le bouchon de son système de croyances. Avec ses pouces et ses doigts, il forma un symbole en forme de cœur devant sa poitrine et il dit : ‘’Écoutez, j'ai délimité pour moi une certaine partie de l'univers, et on peut s’y déplacer et y faire bouger les choses. Mais ne me dites pas qu’il me faut réapprendre la physique, parce que ça, je ne veux pas en entendre parler.’’ Je dois souligner son mérite. En dépit de sérieux doutes sur l'intention de mes expériences, il fabriqua une réplique exacte de l'appareil de Cleve. Il aurait pu facilement m'induire en erreur. Une mauvaise connexion ou un fil mal branché aurait suffi à bloquer totalement ce que je faisais, et il m'aurait été pratiquement impossible de trouver la cause de la panne. Je salue son intégrité, car il m'a fait part de ses préoccupations, tout en accomplissant sa tâche de manière professionnelle. Dans nos expériences, nous utilisâmes d'autres substances que les leucocytes pour capter les émotions. Cleve utilisait du yaourt, car il était facile à obtenir et il durait longtemps. Le yaourt est produit à partir d'une culture de bactéries Lactobacillus delbrueckii subsp. bulgaricus et Streptococcus thermophilus. C'est un aliment vivant, dont la forme était facile à manipuler pour les expériences. Comme les plantes, le yaourt semblait sensible aux états émotionnels de l'environnement immédiat. Je suivis donc son exemple, l'année suivante. Tout le monde n'était pas enthousiasmé par ces recherches. Régulièrement, Stubblebine me demandait de présenter les résultats à son conseil de colonels, qui se réunissait tous les trimestres. La plupart étaient des commandants d'unités subordonnées dispersées dans le monde entier. Ils avaient déjà enduré mes séances de torsion de métaux. Malgré la réussite avérée de la torsion des 183 métaux, beaucoup d'entre eux demeuraient sceptiques. Et maintenant, je leur disais que nous pouvions enregistrer des états émotionnels humains tout en surveillant un yaourt. Une des grosses préoccupations de l'armée américaine au début des années 80 était le concept baptisé AirLand Battle.77 Il s'agissait de combattre dans une multitude de dimensions, et cela concernait la défense de l'Europe centrale. Les militaires adorent utiliser des acronymes. Après mon briefing, les commandants subordonnés en inventèrent un nouveau, TY-ISALB, soit Talking Yogurt in Support of AirLand Battle (yaourt loquace à l'appui de l'AirLand Battle). C'était malicieux, mais je compris le message. Ils ne voyaient pas l'intérêt des expériences que Bert et moi faisions, mais c'était prévisible. L'objectif du briefing n'était pas d'obtenir un soutien. Il s'agissait plutôt de leur rappeler qu'ils ne devaient pas ignorer une information, simplement parce que celle-ci ne correspondait pas à ce qu'ils croyaient déjà. Travailler avec Cleve fut un réel plaisir. Pas seulement parce que cela impliquait des escapades à San Diego, mais aussi parce que nous repoussions réellement les limites de la science. Dans le cadre de plusieurs expériences, je servis de cobaye en étant connecté à l'un des polygraphes de Cleve. Pour ce travail, nous imaginâmes un système qui utilisait trois caméras en même temps. Une caméra enregistrait le graphique des leucocytes buccaux, tandis qu'une autre enregistrait le graphique du polygraphe. La troisième surveillait l'environnement dans lequel j'étais assis. Cette méthode permettrait la synchronisation de ma réponse avec les graphiques. Dans certaines séances, je tentai de déjouer le polygraphe. En travaillant avec le Dr Richard Bandler, l'un des co-développeurs de la PNL, nous avions exploré des techniques de contre-polygraphie. Certaines fonctionnaient étonnamment bien, notamment la capacité à modifier les souvenirs du passé. Ce n'était pas simple, mais c'était possible. Pour ces expériences, j'autorisai Cleve et Steve White, son assistant de laboratoire, à me poser des questions sur des sujets très personnels. Résultat : je pouvais piéger le polygraphe, mais pas l'appareil qui lisait mon état émotionnel à partir des leucocytes buccaux. Les implications étaient énormes, 77 http://www.dtic.mil/dtic/tr/fulltext/u2/a202888.pdf 184 mais elles n'étaient étayées par aucune théorie scientifique. Pour autant que je sache, personne ne donna suite à ce travail. En 1986, l'armée demanda au National Research Council (NRC) d'entreprendre une étude sur les nouvelles techniques d'amélioration des performances humaines testées par plusieurs unités, notamment la vision à distance (Star Gate), la programmation neurolinguistique et l'apprentissage en cours de sommeil. À ma suggestion, le groupe visita également le laboratoire de Cleve Backster. Bien qu'un événement marquant se produisit pendant la démonstration, le rapport fut presque entièrement négatif.78 La composition du comité du NRC était un élément clé pour la compréhension du rapport. La grande majorité étaient des scientifiques behavioristes, qui n'avaient jamais été exposés à aucun de ces sujets. La seule exception était le psychologue, Ray Hyman, de l'Université d’Oregon. Hyman était l’un des directeurs fondateurs du Committee for the Scientific Investigation of Claims of the Paranormal (CSICOP), qui est maintenant devenu le Committee for Skeptical Inquiry (CSI). Malgré son titre, le CSICOP était un organisme de discrédit. La composition biaisée du panel était intentionnelle. Le contractant technique de l'Institut de recherche de l'armée, George Lawrence, était très négativement disposé par rapport à tous les sujets à l'ordre du jour. Il s'était déjà précédemment illustré de la même façon dans le cadre de l'évaluation d'autres projets.79 Nous avions déjà identifié ce problème avec le comité du NRC avant la réunion du groupe d'experts. Avec une aide du Congrès, plusieurs d'entre nous tentèrent de faire inclure Robert Jahn, alors doyen de l'école d'ingénierie de l'université de Princeton, dans le comité. Mais comme le comité était bien décidé à biaiser le rapport, notre demande fut rejetée. Au cours de ma première présentation au comité, je mentionnai le manque de physiciens et soulignai que des travaux novateurs dans ce domaine étaient réalisés par des physiciens, tels que Bob Jahn et Hal Puthoff. 78 https://www.nap.edu/catalog/1025/enhancing-human-performanceissues-theories-and-techniques Lawrence travaillait auparavant pour le DARPA et il avait commandité une étude sur le projet du SRI qui avait abouti à un rapport négatif. 79 185 Convaincu que les expériences de Cleve pouvaient résister à un examen approfondi, je proposai au groupe d'experts de visiter son laboratoire, ce qui tombait à pic, puisqu'ils avaient une réunion prévue à l'Institut Salk à La Jolla, en Californie, à quelques kilomètres de là. Cleve et moi, nous organisâmes les modalités de la visite. Lui ferait une brève présentation dans sa salle de classe, et je le suivrais avec un très court synopsis abordant ma réplication indépendante de son travail. Ces exposés seraient suivis par une démonstration dans son laboratoire, localisé à une soixantaine de mètres de la salle de classe, mais séparé par quatre murs. Lorsqu'on effectue une démonstration devant les membres de la National Academy of Science (NAS), il convient de s'assurer que tout fonctionne correctement, cela va sans dire. Le fait que ‘’le système fonctionnait hier’’ ne leur suffira pas, il faut qu'il fonctionne en temps réel. Dès lors, j'arrivai au laboratoire de bonne heure pour faire don de mes leucocytes buccaux et procéder à un test. Tout l'équipement fonctionnait parfaitement. Le graphique qui traduisait la réponse de mes cellules était relativement plat, avec des déviations mineures. Le groupe arriva à 15 heures, pile à l'heure prévue. Deux de ses membres suivirent Steve White pour donner leurs cellules en vue de la démonstration. Après les présentations et quelques plaisanteries, le reste du groupe nous accompagna, Cleve et moi, dans la salle de classe. Comme prévu, Cleve commença son exposé. Malheureusement, Cleve avait tendance à prendre la tangente. Dans un tel contexte, si vous lui demandiez l'heure, il pouvait vous répondre par l'histoire du chronomètre. Ici, alors qu'il débitait beaucoup trop d'informations, je pouvais voir que les membres du panel commençaient à s'impatienter et voulaient passer à autre chose. Finalement, ce fut mon tour de parler. Je voulais simplement dire que j'avais confirmé les résultats de Cleve par ma réplication indépendante et les emmener au laboratoire. Plus ou moins une minute et demie après le début de mon exposé, la porte s'ouvrit brusquement et Steve fit irruption, tout essoufflé, et demanda : ‘’Que s'est-il passé il y a environ 90 secondes ?’’ On n’avait pas débranché l'appareil avec mes leucocytes buccaux et le graphique était enregistré depuis 186 plus de deux heures. Juste au moment où je commençai à parler, le graphique s'était comme envolé. Comme il y avait des limites à l'enregistreur, il était impossible de déterminer la déviation totale qui s'était produite. C'était très spectaculaire. Les signaux électriques des cellules reflétaient certainement l'état émotionnel du donneur. Par rapport à cette situation, je puis attester que le fait de dire aux membres de l'Académie nationale des sciences que l'univers n'est pas construit de la façon dont ils pensent avait été un événement stimulant sur le plan émotionnel. Des photos montrent des extraits des tracés provenant du graphique établi ce jour-là. Le graphique d'origine est toujours en ma possession. Il n'est pas nécessaire d'être un expert pour déterminer que les fluctuations mineures des deux heures précédentes sont significativement différentes de la période pendant laquelle j'ai parlé devant le groupe. À la fin de mon intervention, la ligne retourna à la normale et elle resta pratiquement plane jusqu'à ce que je franchisse la porte du laboratoire et qu’elle remonte en flèche. Le reste disparaîtra après que Ray Hyman ait arraché les graphiques de l'enregistreur. Le rapport officiel ne mentionne pas cet incident. Il décrit la visite du laboratoire Backster et le manque de conviction par rapport à la valeur scientifique de l'expérience. Nous la poursuivîmes en utilisant les leucocytes buccaux de l'un des membres de la commission, qui s'était porté volontaire pour en faire don pendant que le reste du groupe se trouvait dans la salle de classe. Il n'y eut aucun changement notable dans les graphiques au cours de la démonstration, mais il faut savoir que le donneur n'avait subi aucun stress émotionnel. Il y eut toutefois une suite intéressante à la démonstration. Alors que le groupe était assis et discutait de l'expérience avec Cleve, le volontaire fixait intensément la cage de Faraday contenant l'éprouvette avec ses leucocytes. Finalement, il déclara avoir essayé de faire mentalement sursauter l'aiguille et qu'il n'y était pas parvenu, mais dès qu'il renonça à ses efforts, l'aiguille traça alors une marque conséquente. Le donneur en conclut lui que c'était bien la preuve que le système ne fonctionnait pas. Néanmoins, toute personne qui a étudié les phénomènes psi sait qu'une partie du processus consistant à tenter d'agir sur un dispositif 187 physique requiert de lâcher prise par rapport à l'intention. Les membres de la commission n'auraient jamais pu savoir que ce qui s'était passé était tout à fait prévisible et conforme à ce que l’on sait sur le fonctionnement de l'intention et des facultés psi. Ce jour-là, un étrange corbeau blanc apparut devant une auguste assemblée de scientifiques et fut superbement ignoré. Le seul rapport relatif à cet incident est un article que j'ai rédigé pour New Realities, intitulé ‘’A Challenge to the Report’’).80 80 On peut trouver une copie de cet article sur mon site web à l'adresse suivante : www.johnbalexander.com 188 CHAPITRE 14 : L’EFFET HUTCHISON Le film était impressionnant. Certains objets paraissaient léviter, tandis que d'autres s'élevaient dans les airs en accélérant. La gamme des effets était spectaculaire, et c’était peut-être trop beau pour y croire, d'autant plus que certains des objets n'étaient pas métalliques, ce qui excluait une explication électromagnétique classique des phénomènes que nous observions. Nous contactâmes les propriétaires du film, Alex Pezarro et George Hathaway, Canadiens tous les deux, et nous leur demandâmes de nous rejoindre au siège du Commandement des services de renseignement et de sécurité (INSCOM), à Arlington Hall Station. Alex était pratiquement l'homme d'affaires qui était en contact avec le créateur des effets étranges que nous avions pu observer dans ce film, et George lui était un ingénieur électricien expérimenté, et il avait réussi à faire des schémas de l'appareil de l'inventeur qui avait produit ces effets. L'inventeur s'avéra être John Hutchison, un iconoclaste et notre pire cauchemar en matière de références. Il n'en avait aucune. John n'avait pas terminé ses études secondaires et il était autodidacte. Il prétendait avoir étudié des photos du plan de travail de Nikola Tesla, puis il avait essayé de comprendre ce que faisait Tesla. La façon dont nous pourrions justifier des dépenses pour reproduire les effets que nous avions vus dans le film allait être pour le moins délicate. Par ailleurs, en 1983, les budgets de la défense étaient relativement souples et nous explorions un certain nombre de technologies mystérieuses. Nous passâmes donc un contrat pour reproduire les expériences antérieures de Hutchison et je fus chargé du suivi du contrat. Ce que l'on désigna dans un premier temps comme un système ascensionnel et de rupture et qui est maintenant connu sous le nom d'effet Hutchison, est particulièrement difficile à définir. L’un des problèmes est qu'il semble y avoir plusieurs effets différents et qu'ils sont généralement incontrôlables. Dans son livre, Mindbending81, George Hathaway déclare : ‘’Il s'agissait là d'un ensemble de 81 George Hathaway, Mindbending: The Hutchison Files: 1981 to 1995, Integrity Research Institute Publishers https://www.youtube.com/watch?v=-d2yCMS4m0w&t=0s https://www.youtube.com/watch?v=yQhFqiTUcKw 189 phénomènes se situant bien au-delà de notre expérience et de notre compréhension normales, ses principales manifestations étant les suivantes : amener ou permettre à des objets de n'importe quel matériau de s'élever dans les airs en suivant une trajectoire verticale ou en boucle, ou de planer ; perturber gravement les liaisons intermoléculaires de n'importe quel matériau, ce qui entraîne une rupture catastrophique ; produire une déformation plastique des métaux ; créer des effets lumineux inhabituels pareils à des aurores en plein air ; et induire des changements dans l'état magnétique et dans la composition chimique des métaux.’’ Il était question de toute une batterie sophistiquée d'appareils électroniques, dont aucun ne pouvait expliquer les observations documentées. Par ailleurs, nos tentatives pour reproduire ces phénomènes s’avérèrent infructueuses, mais cela ne signifie pas qu'ils ne se produisirent pas dans d'autres circonstances. Les premières expériences d’Hutchison furent menées à bien dans le sous-sol d'une maison de Vancouver, en Colombie Britannique. Hutchison n'avait aucunement l’intention de réaliser une grande percée scientifique. En fait, il aimait simplement les étincelles. Il avait acheté du matériel électronique mis au rebut, lors de diverses ventes et dans des magasins de bric-à-brac, et s'intéressait particulièrement aux bobines de Tesla et aux échelles de Jacob, des dispositifs produisant pas mal d’effets électriques visibles. L'histoire raconte qu’Hutchison était assis dans l'obscurité, comme souvent la nuit, et qu'il regardait les étincelles jaillir de l'appareil devant lui, quand quelque chose fusa et le frappa. Sans trop réfléchir, il ramassa alors l'objet pour le renvoyer vers le centre du dispositif. À sa grande surprise, il fusa et le frappa à nouveau. En dehors des champs électriques générés, il n'existait aucune source connue capable de propulser un objet, comme il l’avait expérimenté. Hathaway affirme qu’Hutchison a plusieurs versions de la façon dont il a découvert l'effet, mais c'est celle qu'il m'a racontée. Toujours curieux, Hutchison poursuivit ses expériences. Il organisa un réseau impressionnant d'appareils électroniques. En se basant uniquement sur son 190 intuition, il conçut des bobines spéciales qu'il plaça un peu partout dans la pièce. L'ancien sous-sol contenait de nombreux tuyaux métalliques apparents, contribuant sans doute aux champs générés. En jouant avec ses différents dispositifs, Hutchison obtenait des effets étranges. Alex Pezarro, qui ne connaissait rien du tout à ce domaine scientifique, eut vent de ses expériences, et il pensa pouvoir en tirer un avantage commercial. Pour mieux comprendre ce qui se passait, il prit contact avec un ingénieur électricien chevronné, George Hathaway, qui habitait à Toronto. Hathaway entreprit judicieusement de prendre des mesures et de documenter la conception des expériences d’Hutchison. Certains éléments étaient évidents ; d'autres ne l'étaient pas, comme l'impact de l'environnement immédiat dans lequel ils opéraient. Les expériences d’Hutchison eurent également des conséquences inattendues. En effet, son penchant à générer de très hautes tensions avait tendance à perturber les téléviseurs des environs. C'était bien avant que les systèmes de câblodistribution n'amènent le signal directement dans les foyers. En conséquence, les habitants du quartier en eurent assez et Hutchison fut contraint de démonter ses appareils et de déménager. Il fallut stocker l'équipement pendant qu'Alex et George cherchaient des méthodes pour reproduire les expériences. Les circonstances exactes qui expliquent qu'Alex et George aient pu capter mon attention ne sont pas claires. Je crois que leur film avait attiré celle de l’un de mes amis, Ted Rockwell, qui était un ingénieur extraordinaire. Savant atomiste ayant participé au projet Manhattan, Ted avait travaillé à la création des premiers matériaux nucléaires du Laboratoire d'Oak Ridge dans le Tennessee (qui deviendra le Laboratoire National d'Oak Ridge). Après la Seconde Guerre mondiale, Ted deviendra le directeur technique de l'amiral Rickover, qui est bien connu pour avoir créé les navires et les sous-marins à propulsion nucléaire de la marine américaine. Ted était très ouvert d'esprit et nous avons collaboré sur plusieurs projets au fil des ans. 191 À l'INSCOM, nous scrutâmes attentivement le film, puis nous interrogeâmes soigneusement George et Alex. En plus du film, George apporta une mallette remplie de nombreux échantillons témoignant de l'effet Hutchison. Il y avait des petites barres d'aluminium, avec une extrémité solide et l'autre qui s’était effilochée, comme des cheveux abîmés. Il y avait des barres en forme de L, tordues d'une manière difficilement explicable. Plus intéressant encore, certaines barres tordues en L contenaient des objets incrustés, comme des bâtonnets en bois et des vis en acier trempé. Nous nous interrogeâmes : pourquoi certains métaux se tordaient-ils, alors que d'autres, immédiatement adjacents, ne se tordaient-ils pas ? Il y avait aussi un tuyau en PVC qui présentait sa structure d'origine à une extrémité, alors que l'autre était molle et effilochée. D'après des témoins qui avaient vu ce qui s'était passé, une partie de l'extrémité effilochée du tuyau en PVC s'était carrément vaporisée. Dans une séquence, le film montre une lime à queue de rat maintenue entre deux planches de bois. Exposée au champ produit par l'effet Hutchison, la lime s'illumina comme le ferait le filament d'une ampoule à incandescence. Pendant un court instant, la lime brilla intensément, puis se brisa en deux près du milieu, alors que les planches de bois qui la maintenaient ne présentaient aucun signe de brûlure, comme on aurait pu s'y attendre. D'après un témoin de cette expérience, aussitôt après la cassure de la lime, les participants purent la ramasser à mains nues. Ce seul fait est incompatible avec la quantité de chaleur qui devrait normalement être générée pour provoquer la désintégration structurelle de la lime. Alex me montra un arbre de transmission, qui avait été exposé au champ pour une expérience. Cet objet fut par la suite remis à British Colombia Hydro pour y subir une analyse métallurgique. Les résultats furent sidérants. L'une des extrémités était en acier cémenté, comme on pourrait s'y attendre pour un arbre de transmission. Mais l'autre extrémité de cette pièce singulière avait la consistance du plomb (c'est-à-dire qu'elle était relativement tendre). Par l'intermédiaire de l'INSCOM, je leur ai fourni les fonds nécessaires (environ 25 000 $) pour qu'ils puissent tenter de reconstruire le dispositif. Au chômage à 192 l'époque, Hutchison travailla à moindre coût, ce qui était rentable pour moi. Naturellement, ils ne pouvaient pas garantir que la reconfiguration fonctionnerait, car il y avait trop d'inconnues. En quête d'un lieu d'expérimentation, Alex put disposer d'un entrepôt vacant à Vancouver. Le bâtiment resta quasiment vide, à l'exception d'une pièce cloisonnée au centre du bâtiment. Ils utilisèrent la moitié de cette pièce, l'autre moitié revenant à quelqu'un d'autre. La pièce en question avait un toit plat en bois sur lequel on pouvait marcher. Plus tard, cela nous permit de schématiser la zone où se produisirent les effets. L'équipe d'Alex remonta le dispositif du mieux qu'elle put, en se basant sur les souvenirs d’Hutchison et les schémas de George. Je visitai le projet à plusieurs reprises pendant la reconstruction. À l'INSCOM, on était très intéressé par les effets qui avaient été produits avec différents matériaux. En collaboration avec un contact du laboratoire de vision nocturne de Ft. Belvoir, en Virginie, on envisagea comment tester les matériaux, et plusieurs types de métaux furent sélectionnés pour servir d'échantillons à tester. On les découpa ensuite en deux parties, l'une étant conservée dans un coffre-fort à Fort Belvoir, en Virginie, et je livrai l'autre en main propre à Hutchison et à Pezarro, à Vancouver. Ce processus garantissait que si des changements étaient observés dans les échantillons testés, nous disposions d'une base de référence solide avec laquelle les comparer. En plus de cela, j'avais quelques tiges de molybdène que Jack Houck m'avait données. On les utilisait comme des éléments du test au cours de ses séances de torsion de métaux. Extrêmement résistantes, aucune de ces tiges n'avait jamais été pliée au cours de l'une de nos séances de torsion mentale psychokinétique. Je pensais qu'elles constitueraient un excellent test pour cette expérience. Une fois qu'Alex et John Hutchison signalèrent avoir obtenu des résultats positifs, nous fixâmes une date pour que l'équipe des examinateurs s'envole pour Vancouver pour procéder à l'évaluation. J'arrivai un jour avant les autres scientifiques. Alex m'accueillit à l'aéroport et il était très enthousiaste. Il affirma que plus tôt dans la journée, ils avaient vu des objets léviter dans le champ créé par leur dispositif. Pour s'assurer de pouvoir reproduire les effets, ils avaient coupé le courant et ils n'avaient touché à aucun des cadrans des différents 193 appareils. Ils pensaient qu'il suffirait de remettre le courant pour que les effets se reproduisent. Le protocole prévoyait que je constituerais une équipe de scientifiques pour évaluer les résultats. Je fis appel à trois autres membres du personnel de l'INSCOM. Par ailleurs, nous pûmes compter sur les services de deux scientifiques chevronnés du Laboratoire National de Los Alamos. Si je connaissais l'un d'entre eux, John Rink, l'autre, Bob Freyman, m'était inconnu. Cela s'avéra être une énorme erreur. Il arriva avec l'idée que ce que nous avions rapporté ne pouvait pas être réel, et il était déterminé à le prouver. Freyman travaillait à Los Alamos depuis l'époque du projet Manhattan, pendant la Seconde Guerre mondiale, et son CV était très convaincant. Ce ne fut pas avant le dîner du premier soir que je reconnus qui il était, d'après des histoires que j'avais entendues à propos d'un scientifique qui avait l'habitude de discréditer toute expérience touchant à l'énergie libre ou à l'énergie alternative. Et voilà qu'il se retrouvait soudainement dans mon équipe, ce qui n'était pas bon signe. Vous avez sans doute entendu les admonitions liées aux présomptions. Elles sont vraies. Ce qui arriva ensuite fut un véritable désastre. Un facteur essentiel de l'expérience était la quantité d'énergie utilisée pour produire l'effet. Pour contrôler l'apport en énergie, tout était relié à deux rallonges électriques branchées sur des prises murales de 115 volts, exactement comme celles que vous utilisez chez vous. Cela signifie qu'il n'y avait pas de source d'énergie cachée qui alimentait l'appareil en haute énergie. Une rallonge était branchée sur un transformateur qui contrôlait l'alimentation de tous les instruments. Presque aussitôt après la mise sous tension, de la fumée sortit du transformateur, qui brûla littéralement sur place. Cette expérience ayant été réalisée à très bas coût, il n'y avait pas de système de secours. Hathaway releva que ce type de problème avait affecté la totalité de l'installation d’Hutchison, avec des pièces d'équipement qui s'enflammaient spontanément, qui grillaient (en provoquant la rupture d'un fil) ou qui court-circuitaient (en provoquant la fusion de deux fils adjacents). Tandis que Pezarro ratissait Vancouver à la recherche d'un autre transformateur à haute tension, l'équipe d'évaluation prit un jour de congé et profita des sites 194 touristiques, y compris une excursion au sommet de la montagne qui surplombe la ville. Le lendemain, après qu’Hathaway soit parvenu à réparer le transformateur d'origine, nous pûmes reprendre la démonstration, mais malheureusement, rien ne se produisit sous les yeux des scientifiques, ce qui renforça sans doute la conviction du sceptique de service. L'histoire de l'expérience aurait pu s'arrêter là, la réponse simple étant : nous sommes venus, nous avons vu, et il ne s'est rien passé. Mais l'histoire ne s'arrêta pas là. Le sceptique confirmé du LANL repartit et rédigea un rapport très critique via lequel il accusait un autre scientifique américain controversé de s'être rendu au Canada et d'avoir organisé l'événement. Je connaissais cette personne et elle n'avait absolument rien à voir avec ce que nous faisions. Je m’interrogeai sur le fait que des problèmes complètement étrangers avaient été soulevés. Pire, ils décidèrent de classer le rapport ‘’confidentiel’’. Cette classification officielle, même injustifiée, empêchait nos collègues canadiens d'en obtenir des copies. En fait, Hutchison, qui se trouve maintenant aux États-Unis, introduisit plusieurs requêtes en vertu de la loi sur la liberté de l'information (Freedom of Information Act), mais sans jamais recevoir le rapport. Je soupçonne qu'il fut simplement détruit de manière routinière, ce qui n'a pas empêché les théoriciens du complot de suggérer que cela avait été fait pour enterrer la technologie. Il existe des anecdotes divergentes relatives à l'origine de ces effets. Sur base de mon expérience de torsion des métaux et d'autres expériences de psychokinèse, je me demandai si ce qu’Hutchison avait inventé ne pourrait pas être une sorte d'appareil d'amplification psi. J'envisageai sérieusement la possibilité, tout en cherchant une explication. Ainsi, je demandai à Hutchison s'il faisait partie du dispositif. Il me répondit qu'il le pensait, puisqu’il pouvait pressentir quand des phénomènes allaient se produire. Il prétendit ressentir de l'excitation avant ces événements. George et Alex, en revanche, n'étaient pas d'accord. Ils déclarèrent qu'Hutchison s'excitait après que ces incidents uniques se soient produits. La question n'a jamais été résolue, mais cela expliquerait leur incohérence et leur imprévisibilité. 195 Pourquoi les phénomènes se produirent-ils parfois, mais pas quand les scientifiques les observaient ? Il fallait faire confiance aux résultats. Alex m'avait montré plusieurs nouveaux objets qui semblaient avoir été brisés ou déformés. Le plus marquant était une tige de molybdène que je lui avais donnée. Il me montra une tige qui présentait désormais une courbe en S peu prononcée caractéristique. Compte tenu de notre expérience antérieure avec ces tiges, nous n'avions pas d'explication plausible. Le grand sceptique, par excellence, du LANL, Freyman, décréta que l'objet avait été chauffé à haute température et plié dans un étau. Cependant, l'examen de la tige ne démontra aucun signe d'exposition à la chaleur. Plus important encore, l'examen microscopique des deux extrémités indiqua qu'elles n'avaient pas été saisies par des moyens mécaniques. Une telle contrainte physique aurait été détectée au cours de notre examen, ce qui ne fut pas le cas. Compte tenu du fait que les expérimentateurs n'avaient pas satisfait aux normes prédéterminées, la participation de l'INSCOM prit fin. De manière indépendante, j'interrogeai chacun des membres de l'équipe d'évaluation. Moi-même et quatre autres personnes avons déclaré que nous pensions que des événements réels et inexplicables s'étaient produits, mais le grade du scientifique le plus haut placé du LANL entraîna la fin du projet. Ce qui me sidéra le plus dans le rapport du LANL concernant le projet Hutchison, c'était à quel point il était scabreux. Un compte rendu exact aurait signalé qu'il ne s'était rien passé. A la place, le rapport dénonçait une fraude avérée, associait des personnes qui n'étaient pas impliquées et liait injustement le projet à d'autres travaux similaires. Ce que je pensais du rapport du LANL, c'est qu'il était beaucoup trop véhément, et ce sans aucune raison apparente. D'autres groupes réalisèrent leurs propres expériences sur l'effet Hutchison, notamment McDonnell Douglas, par l'intermédiaire de Jack Houck, et il aboutit à des résultats similaires aux nôtres, c'est-à-dire que des événements inhabituels se produisirent, mais jamais lorsqu’ils pouvaient être observés par des témoins indépendants, ni lorsqu’ils étaient contrôlés par des instruments. Aujourd'hui encore, Hutchison poursuit ses expériences avec diverses technologies et il a participé à de nombreuses émissions de télévision. Alex Pezarro est mort d'une 196 crise cardiaque, mais George Hathaway conserve une impressionnante collection d'objets qui défient les explications de la science conventionnelle. Pour ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'effet Hutchison, je recommande le livre d’Hathaway, Mindbending, qui raconte les essais et les tribulations liées à ce travail. Il y a quelques différences mineures dans nos souvenirs de mon implication, mais il présente l'histoire de John Hutchison et de ses expériences de manière beaucoup plus indépendante que quiconque. 197 3ÈME PARTIE : EXPÉRIENCES SPIRITUELLES 198 CHAPITRE 15 : CONCERNANT LA MORT La mort est-elle la dernière frontière ? La peur de la mort est innée, viscérale. Elle joue un rôle crucial dans la vie de nombreuses personnes, mais il n'est pas nécessaire qu'il en soit ainsi. Depuis des millénaires, on raconte que des personnes ont frôlé la mort, mais qu'elles sont revenues et qu'elles ont relayé des informations qui suggèrent que la conscience peut se poursuivre au-delà de la disparition du corps physique. Les implications pour l'ensemble de l'humanité sont à la fois énormes et le plus souvent ignorées. Bien que j'avais déjà entendu plusieurs histoires de ce genre, ce ne fut pas avant d'avoir rencontré le Dr Elisabeth Kübler-Ross82 que je pris conscience de l'omniprésence de ces phénomènes. Elisabeth et un autre médecin, Raymond Moody, furent des pionniers dans le domaine des études sur la mort imminente. Les expériences de mort imminente ou EMI sont maintenant vulgarisées, mais dans les années 70, elles n'étaient pas encore universellement reconnues. À l'époque, beaucoup de gens qui avaient vécu une EMI pensaient que la publicité était le dernier de leurs souhaits. Ils craignaient, non sans raison, d'être ridiculisés ou de passer pour fous. Certains croyaient même l’être, parce que les événements qu'ils avaient vécus n’étaient pas compatibles avec le modèle scientifique ou religieux. En finalisant ma thèse, je fus confronté à plusieurs cas extraordinaires de NDE, qui ne pouvaient pas facilement être expliqués. Après avoir obtenu mon doctorat, je parcourus Sur la frontière de la vie 83 et En route vers Omega 84, tous les deux écrits par Kenneth Ring, professeur de psychologie à l'Université du Connecticut. Tandis que le livre de Raymond Moody, La vie après la vie,85 était devenu un bestseller, les livres de Ring contenaient davantage de recherches scientifiques sur le sujet. J'appris par la suite qu'il avait créé avec des personnes partageant ses 82 Elisabeth Kübler-Ross, On Death and Dying: What the Dying Have to Teach Doctors, Nurses, Clergy and Their Own Families, The Macmillan Company, 1969 83 Kenneth Ring, Life at Death: A Scientific Investigation of the NearDeath Experience, Wm. Morrow & Company, 1980 84 Kenneth Ring, Heading Toward Omega: In Search of the Meaning of the Near-Death Experience, Wm. Morrow & Company, 1984 85 Raymond Moody, Life After Life, Bantam Doubleday Dell, 1975 199 idées, une nouvelle organisation, l'International Association for Near-Death Studies (IANDS).86 Très vite, je fis partie du conseil d'administration de l'IANDS et m'impliquai de plus en plus dans les études sur la mort imminente. Personnellement, deux types particuliers de NDE m'intéressaient, tous deux fournissant des données concrètes. Le premier concernait des cas où des informations véridiques étaient transmises à l'expérienceur. Ces informations portaient souvent sur des événements qui surviendraient dans le futur. L'autre type de NDE comportait des cas de guérison spontanée. Ces deux types de cas posent des défis majeurs à la science traditionnelle. Comme nous l'avons mentionné, les récits de NDE existent depuis longtemps. L'une des premières NDE que l’on a pu décrire apparaît dans La République de Platon, quand un soldat, Er, se réveilla sur son bûcher funéraire. Platon rapporta le récit d’un guerrier vaillant, Er, fils d'Arménios, originaire de Pamphylie. Il était mort au cours d’une bataille. Dix jours après, comme on enlevait les cadavres déjà putréfiés, le sien fut retrouvé intact. On le porta chez lui pour l'ensevelir, mais le douzième jour, alors même qu'il était étendu sur le bûcher, il revint à la vie. Lorsqu’il eut repris ses sens, il raconta ce qu'il avait vu dans l’au-delà. Aussitôt, dit-il, que son âme était sortie de son corps, elle avait cheminé avec beaucoup d'autres, et elles étaient arrivées dans une région mystérieuse, où il y avait dans la terre deux ouvertures situées côte à côte, et dans le ciel, en haut, deux autres qui leur faisaient face. Au centre siégeaient des juges qui, après avoir rendu leur verdict, ordonnaient aux justes de prendre à droite la route qui montait au ciel, après leur avoir attaché par devant un écriteau indiquant l’issue du jugement, et aux impies de prendre à gauche la route descendante, en portant également, mais sur le dos, un écriteau où était repris tout ce qui leur échoirait. Comme il s'approchait à son tour, les juges lui dirent qu'il devrait être pour les hommes le messager de l'au-delà, et ils le chargèrent d'écouter et d'observer tout ce qui se passait en ce lieu. 86 Le site web de l'IANDS, https://iands.org/home.html contient une grande quantité d'informations sur le sujet des NDE. 200 De nombreux lecteurs auront déjà lu une partie de la littérature de plus en plus abondante sur les NDE. Comme ce livre est autobiographique, il est opportun de présenter des cas que j'ai pu rencontrer et qui n'ont pas encore été abordés. DON On ne s'étonnera pas que des cas de NDE liés au combat m'aient été signalés, lorsque j'étais à l'armée. L'un d'entre eux est très marquant dans mon esprit, parce qu’il comportait des éléments uniques. Don, un pseudonyme, était pilote d'hélicoptère Apache au Viêt Nam. Fin, effilé, l'Apache est un appareil biplace dans lequel les deux pilotes s'assoient en tandem. Don était assis à l'avant, cet après-midi-là, alors qu'ils survolaient des kilomètres de forêt luxuriante. Normalement, les hélicoptères de combat étaient déployés en binôme, mais cette fois-là, Don et son copilote volaient seuls au-dessus d'un territoire très disputé. Tout à coup, ils furent pris sous le feu nourri d'une mitrailleuse lourde ennemie de calibre 51. L'Apache fut touché à plusieurs reprises et les commandes situées entre le siège avant et le siège arrière furent endommagées. En dépit du blindage qui protégeait le bas de son corps, l'impact des balles fut suffisant pour lui briser la jambe gauche au-dessus du genou. L'hélicoptère prit immédiatement feu, ce qui occasionna de graves brûlures au visage de Don. D'après le pilote qui était assis derrière lui, Don s'affaissa sur les commandes, lorsqu’ils furent touchés, et il ne bougea plus. Mais le point de vue de Don était tout autre. Il se rappelle être sorti de son corps et avoir plané juste au-dessus pendant un moment. Et il repéra une petite clairière dans la jungle densément boisée, mais qui n'était malheureusement pas assez grande pour permettre l'atterrissage de l'Apache en flammes. Bien qu’il était sorti de son corps, Don pense avoir fait atterrir leur appareil en catastrophe, car les commandes du siège arrière étaient détruites. Comme il n'y avait pas assez de place pour poser l'Apache, Don se rappelle avoir relevé le nez de l'appareil pour qu'il touche d’abord le sol avec la queue. Quoique cette manœuvre détruisit l'hélicoptère, elle permit d'atténuer l'impact du crash. 201 Avec les pales qui tournaient encore, l'Apache se fracassa sur les arbres alentour. C'est un élément important de l'histoire, car cela signifie que jusqu'à ce que les turbulences cessent, l'orientation finale de l'appareil n'aurait pas pu être connue. Don raconta par la suite qu'il s’était éloigné de son corps jusqu'à une position suffisamment élevée pour pouvoir voir l'épave et le territoire alentour. Depuis cette position avantageuse, il repéra une base d'appui-feu amie, située à plus ou moins un kilomètre et demi de là, et il nota que le nez de l'Apache était pointé dans la direction de la base. Cette information n'aurait pas pu être obtenue pendant qu'ils volaient. Ce n'est qu'après l'immobilisation de l'hélicoptère qu'il fut possible de connaître la direction entre l'Apache et la base. Don indique qu'il rencontra alors une silhouette encapuchonnée avec une lumière brillante derrière lui. Il croit qu'il s'agissait d'un personnage masculin qui lui demanda : ‘’Que faites-vous ici ?’’ Don répondit qu'il désirait ‘’obtenir de l'aide pour eux’’. Il est intéressant de noter qu'il n'identifia pas le corps qui se trouvait dans la carlingue en feu comme étant le sien. La silhouette aurait dit alors : ‘’Vous ne savez pas ?’’ ‘’Savoir quoi ?’’, répondit Don. Le personnage encapuchonné lui dit : ‘’Vous n'êtes pas encore mort.’’ Sur ce, Don se retrouva instantanément dans son corps physique. Il se redressa et s'assit. Le pilote qui fuyait l'hélicoptère en flammes détecta le mouvement, revint sur ses pas et dégagea Don de la carcasse de l'appareil. Il indiqua qu'il pensait que Don était mort, puisqu’il n'avait plus bougé depuis qu'ils avaient été mitraillés et que Don s'était effondré. Don essaya bien de courir, mais sa jambe cassée l'en empêcha. Il se dissimula alors derrière les fourmilières géantes qui occupaient le terrain. Son compagnon lui signala qu'il y avait une base d'appui-feu amie tout près et qu'il allait chercher de l'aide. Don lui signala que la base se trouvait dans la direction du nez de l'Apache abattu, mais le copilote insista sur le fait que la base était dans une autre direction, à peu près à angle droit par rapport à l'emplacement réel de la base. Avec son visage brûlé et sa jambe cassée, Don souffrait et il n'était plus guère en état de débattre de la question. Malheureusement, le copilote choisit de se diriger dans la mauvaise direction et la jungle inexplorée. 202 Peu après le départ de son copilote, les Viêt-congs arrivèrent sur les lieux du crash et ils balayèrent la zone à la recherche d'Américains à faire prisonniers. Faire des prisonniers était pour eux une priorité absolue. Hô Chi Minh savait que la guerre se terminerait par des négociations et connaissant notre système de valeurs, il avait compris que les prisonniers américains feraient d'excellentes monnaies d'échange. Mais les soldats ennemis ne trouvèrent pas Don, qui avait réussi à se camoufler. Peu de temps après, une patrouille amie se rendit sur les lieux du crash et Don fut sauvé. C'est à ce moment-là que l'histoire de la NDE de Don devient unique. Un hélicoptère d'évacuation fut envoyé sur les lieux. Dans l'impossibilité d'atterrir, on fit descendre un brancard, puis on hissa Don dans l'appareil en vol stationnaire. Alors qu'on le remontait, Don avait le même point de vue avantageux que lorsqu'il était sorti de son corps, peu de temps auparavant. En regardant vers le bas, il put voir que la base d'appui-feu était effectivement alignée sur le nez de l'Apache endommagé. Ce qui signifiait que l'autre pilote était parti dans la mauvaise direction. Avant de s'évanouir, Don put dire à l'équipage où son camarade était parti. Grâce à cette observation et à cette information, l'autre pilote put être secouru, peu de temps après. De nombreuses personnes qui ont vécu une expérience de mort imminente (EMI) déclarent avoir eu l'impression de sortir de leur corps physique. Ce qui rend ce cas unique, c'est que c'est le seul que je connaisse où la personne reproduisit physiquement la scène immédiatement après la NDE. Il existe quelques cas où l’on put obtenir des données confirmant l'observation externe rapportée dans la NDE, mais je n'ai jamais entendu parler d'une situation où la NDE fut reproduite physiquement. Par la suite, Don et moi nous collaborâmes durant un certain temps. Un jour, nous nous rendîmes à une réunion au Walter Reed Army Medical Center, situé à Bethesda, dans le Maryland. La discussion porta sur ces événements inhabituels. Parmi les officiers présents se trouvait un psychologue qui servait de conseiller médical pour le programme de vision à distance de l'armée. Sceptique et n'acceptant pas l'idée que l'on puisse être hors du corps, il tenta de convaincre 203 Don que ce qu'il avait vécu n'était qu'un état dissociatif, un état impliquant des troubles de mémoire, de la conscience, de l'identité ou de la perception. Suivant la définition médicale, les personnes atteintes de troubles dissociatifs utilisent la dissociation, un mécanisme de défense, de manière pathologique et involontaire. On pense que les troubles dissociatifs sont principalement causés par des traumatismes psychologiques. Don se contenta de le regarder et lui dit : ‘’Vous pouvez bien croire tout ce que vous voulez, j'étais mort !'' Mentionnons que Don bénéficia de l'une des meilleures chirurgies reconstructives disponibles dans le monde. S'il y a un côté positif au combat, c'est celui des progrès médicaux réalisés. L'armée américaine est à l'avant-garde du traitement des brûlures, et l'Institut de recherche chirurgicale de l'armée du Brook Army Medical Center, au Texas, se distingue par son excellence. Outre les victimes militaires, l'institut apporte aussi son soutien dans les situations de catastrophes qui affectent la population civile. TOM Le sergent-major des forces spéciales, Tom Holloway (un pseudonyme) illustre un autre cas intéressant de NDE. Grièvement blessé par l'explosion d'une mine au Viêt Nam, Holloway fut stabilisé, puis évacué vers les États-Unis pour y être soigné. Naturellement, il consulta ses médecins pour déterminer les meilleures options de traitement, et il fut décidé qu'il subirait une intervention chirurgicale pour tenter de rétablir la fonction de sa jambe gravement endommagée. Le jour de l'opération prévue, on anesthésia Holloway et on le conduisit dans la salle d'opération, et c'est là que les choses prirent une tournure étrange. Soudainement et sans crier gare, il se retrouva hors de son corps. Observant la scène depuis le plafond, il vit les médecins et les infirmières qui s'apprêtaient à opérer sa jambe, puis, curieusement, les médecins quittèrent précipitamment la salle d'opération et se retirèrent dans une autre pièce sans connexion directe avec la salle d'opération. Il s'ensuivit alors une discussion entre les chirurgiens pour savoir s'ils devraient ou non amputer la jambe, plutôt que d'essayer de la 204 sauver. À l'insu des médecins, dans cet état extracorporel, Holloway les avait suivis dans cette pièce isolée et il avait entendu toute la conversation. Il raconta s'être mis dans tous ses états, puisqu'il n'avait jamais été question d'une éventuelle amputation. Holloway n'aurait jamais consenti à une amputation, à moins qu'il n'y ait pas d'autre solution viable. La décision fut prise de procéder à l'opération qui devait sauver sa jambe. Cela étant, après avoir repris conscience, Holloway interpella le chirurgien à propos de la conversation qu'il avait entendue dans la seconde pièce. Les médecins nièrent d'abord l'incident en soulignant qu'il aurait été impossible pour Holloway, qui était sous anesthésie dans l'autre pièce, d'entendre la conversation. En réponse, il donna assez de détails sur l'incident pour que le médecin soit bien obligé d'admettre qu'il s'était produit. Dire que le chirurgien était perplexe était un euphémisme. Il était impossible qu’Holloway ait entendu la discussion, mais c'est pourtant ce qui est arrivé. GEORGE Baptisée la Claymore chinoise, la mine directionnelle Dh10 des communistes chinois à détonation commandée peut s'avérer une arme redoutable. Au Viêt Nam, elles étaient utilisées dans les zones où les Viêt-congs ou l'ANV pensaient que les hélicoptères pourraient tenter d'atterrir. Le capitaine George Weinstein (un pseudonyme) était un pilote de combat expérimenté, qui pilotait des hélicoptères CH-47 Chinook. Affecté à la 1ère Division de Cavalerie, le Chinook bimoteur était une véritable bête de somme pour le transport de troupes et l'acheminement de matériel lourd vers des sites d'atterrissage dangereux. Sur les 750 CH-47 utilisés au Viêt Nam, 200 furent abattus ou s'écrasèrent, dont celui du capitaine Weinstein. Les opérations menées sur les hauts plateaux montagneux du Viêt Nam étaient particulièrement dangereuses. Pour soutenir les troupes au sol, ces gros hélicoptères restaient souvent en vol stationnaire à quelques mètres au-dessus du terrain pendant que les troupes sautaient ou que le ravitaillement était livré. 205 Le jour fatidique, le capitaine Weinstein participait à une opération de réapprovisionnement d'un petit camp situé au sommet d'une montagne. Comme il n'y avait pas de place pour atterrir, il se mit en vol stationnaire, la rampe à l'extrémité arrière de l'hélicoptère faisant face au camp. Tout à coup, une terrible explosion se produisit juste en dessous du Chinook et l'appareil s'écrasa. Du fait de la différence d'altitude relative entre l'arrière et l'avant de l'hélicoptère, où les pilotes étaient assis, la chute fut plus longue avant l'impact. Le moteur avant, qui était directement au-dessus des pilotes, finit sa course en écrasant les deux membres d'équipage. Weinstein survécut miraculeusement et fut par la suite retiré inconscient de l'épave déchiquetée. A son réveil à l'hôpital d'évacuation médicale, il avait encore une anecdote à raconter, mais les informations qu'il avait reçues au cours de sa NDE le rendaient perplexe. George raconta qu'on lui avait laissé le choix de rester de l'autre côté, ou de retourner dans son corps gravement blessé et de continuer sa vie. Mais cette offre ne se limitait pas à cela. On l'informa que s'il revenait à la vie, il deviendrait un parent célibataire et qu'on aurait besoin de lui pour élever ses garçons, lorsqu'ils atteindraient l'âge de l'adolescence. À l'époque, cette information n'avait aucun sens. Il était alors heureux en ménage depuis quelques années, et c'est donc tout naturellement qu'il choisit de rentrer chez lui. Mais trois ans plus tard, et sans crier gare, sa femme demanda le divorce et le laissa seul pour élever ses enfants. La prophétie de sa NDE se révéla exacte, bien que George n'ait eu aucun moyen de connaître ces événements futurs au moment du crash. MARILYN Le cas suivant est un exemple de guérison spontanée liée à une NDE. Marilyn Hoffa (un pseudonyme) était un cas désespéré sur le plan médical. Quoiqu’elle n'avait qu'une trentaine d'années, elle souffrait déjà de multiples maladies et afflictions. Dès lors, lorsqu'elle mourut dans un hôpital de New York, les infirmières et les médecins concernés ne furent pas surpris. Comme cela se fait de manière routinière lorsque des patients meurent dans la plupart des hôpitaux, 206 ils déposèrent son corps sur un brancard et l'envoyèrent à la morgue en attendant l'autopsie et le sort qui lui serait réservé. A la différence de nombreux cas de NDE, Marilyn ne déclara pas s'être retrouvée hors de son corps dans une position autoscopique, dans un tunnel, ou baignant dans la lumière. En fait, elle se réveilla tout simplement. Ayant repris spontanément connaissance, elle se retrouva seule dans la morgue réfrigérée. Sa réaction fut tout à fait unique, et probablement pas celle à laquelle on s'attendrait dans ces conditions. Elle descendit simplement du brancard et elle entreprit d’effectuer quelques pas de danse classique, comme elle le faisait quand elle était jeune fille. Ce qui rend ce cas si particulier, c'est qu'avant sa mort, elle était paraplégique. Depuis plusieurs années, elle était paralysée en dessous de la ceinture. Pourtant, sans aucune intervention médicale, Marilyn retrouva presque instantanément l'usage de ses jambes. Lorsque je la rencontrai, Marilyn était complètement mobile et en assez bonne santé. AUTRES CAS INCROYABLES Si le cas de Marilyn peut laisser libre cours à l'imagination, d'autres cas du même acabit ont été rapportés avec des résultats encore plus étonnants. Prenons le cas de Mary Neal, une chirurgienne orthopédique, victime d'un accident de kayak dans le nord du Chili. Son histoire est relatée dans son livre, To Heaven and Back.87 Les nombreux miracles qui accompagnèrent sa survie défient toute explication scientifique. Elle resta coincée dans son kayak, la tête en bas, sous l'eau, pendant au moins 15 minutes, et sans doute pendant plus d'une demiheure. Il est impossible qu'elle ait pu retenir sa respiration pendant aussi longtemps. De par la manière dont le kayak était coincé sous les rochers, le courant impétueux força ses genoux à se plier vers l'arrière. Elle était consciente que ses ligaments se déchiraient et que ses jambes se brisaient. Bien que physiquement destructeur, cela lui permit tout de même de s'extraire de l'eau. Un 87 Mary C. Neal, To Heaven and Back: A Doctor’s Extraordinary Account of Her Death, Heaven, Angels, and Life Again: A True Story, Random House LLC, May 2012 207 autre miracle fut l'arrivée d'une assistance dans cette région isolée où il n'y en avait aucune. Ce qu'il advint pendant qu'elle était immobilisée est aussi révélateur. Elle décrit une interaction avec un être spirituel. Comme George, Neal reçut des informations sur un événement futur. Dans son cas, il s'agissait du genre de nouvelles qu'aucune mère ne voudrait jamais entendre. On l'avertit que son fils mourrait, lorsqu'il atteindrait l'âge de 18 ans. Elle dit qu'elle ne parla à personne de cette information bouleversante pendant sa longue convalescence. Puis, alors que son fils approchait de sa dix-huitième année, elle en parla à son mari, et, conformément à la prédiction, son fils fut heurté et tué par une voiture, alors qu'il faisait du skateboard. Il y a pas mal d'autres cas crédibles de NDE, qui remettent en question la notion scientifique ou médicale fondamentale de ce qui constitue la mort. Il est communément admis que la plupart des rapports de NDE ne sont que des anecdotes personnelles de la perception du patient au cours d’un moment de stress ou de traumatisme grave. Beaucoup proviennent de scènes d'accidents, d'autres de maladies, alors qu'il n'y a pas de moyens indépendants de vérification. Cela ne nie pas leur réalité, ni leur portée, en particulier pour la personne concernée. (Par ailleurs, il y a d'autres circonstances qui ressemblent à la NDE, mais où la personne n'est pas proche de la mort. En ma qualité de président de l'IANDS, j'ai répondu à des lettres dans lesquelles l'auteur déclarait avoir vécu une expérience extracorporelle, avoir éventuellement reçu des informations concernant des événements futurs, alors qu'il était en bonne santé lors de l'incident. Bien qu'ils ne soient pas catalogués comme des NDE, de tels cas représentent également un défi pour la science). Des études ont été menées sur l’impact des NDE. L'intensité du souvenir est une caractéristique qui ressort des rapports de NDE. En général, il s'agit d'un événement émotionnel marquant, dont le souvenir ne s'estompe pas. Un exemple typique pour les lecteurs plus âgés pourrait être ce qu'ils faisaient, au moment d’apprendre que le président John F. Kennedy avait été abattu, ou peut-être les événements liés à l'attentat du 11 septembre. Contrairement aux souvenirs 208 ordinaires qui s'estompent en général avec le temps, ceux-ci perdurent et les détails qui s'estompent en temps normal restent nets. Pour la plupart des personnes qui ont vécu cela, voilà à quoi ressemble une NDE. Au fil des décennies, j'ai eu le privilège de rencontrer de nombreuses personnes, qui ont partagé leurs expériences de mort imminente et de nombreux chercheurs dans ce domaine, et je considère beaucoup d'entre eux comme des amis personnels. Bien que nous soyons loin d'avoir toutes les réponses, ces cas extrêmes témoignent de la complexité du sujet. L'un d'eux concerne Anita Moorjani, qui vécut une NDE assortie d'une guérison certainement miraculeuse, comme nous l'avons mentionné auparavant. En février 2006, Anita Moorjani était en phase terminale d'un cancer, un lymphome d’Hodgkin, et on lui avait donné moins de 36 heures à vivre. Plusieurs de ses organes internes avaient cessé de fonctionner et elle était en train de s'éteindre. Alors qu'elle était physiquement inconsciente et dans un état extracorporel, comme Tom, elle observa et capta une conversation entre les médecins et son mari, à une certaine distance. Comme George, on lui laissa le choix de revenir à la vie ou de rester. De toute évidence, elle choisit de revenir pour subvenir aux besoins de sa famille et témoigner auprès de millions de personnes. La guérison physique, qui aurait dû prendre des mois s'opéra en quelques jours. On peut retrouver l'histoire complète d'Anita Moorjani dans son livre, Revenue guérie de l’au-delà 88, sur son site web (anitamoorjani.com), et dans plusieurs interviews télévisées disponibles sur Internet. Le cas du neurochirurgien, Eben Alexander, est lui aussi extraordinaire. En novembre 2008, Eben contracta brusquement une forme très rare de méningite spontanée à E. coli, une maladie dont le taux de mortalité est de 90 %, et en l'espace de quatre heures, il sombra dans le coma, puis il resta hospitalisé dans le coma durant sept jours. Son cas extraordinaire présente plusieurs aspects uniques. En sa qualité de neurochirurgien ayant près de 30 ans d'expérience et ayant notamment enseigné à la Harvard Medical School, il se rendit compte que l'état de son cerveau au cours de cette période était tel qu'il ne pouvait y avoir 88 Anita Moorjani, Dying to Be Me: My Journey from Cancer, to Near Death, to True Healing, Hay House, 2014 209 aucun traitement cognitif de l'information. Pourtant, Eben déclara avoir été en contact avec des esprits désincarnés et avoir eu accès à une compréhension globale de ce qui sous-tend notre réalité, d’une nature infinie. On retrouvera son histoire dans ses livres, La preuve du Paradis89 et La carte du Paradis.90 Ce qui rend la NDE d'Eben si remarquable, c'est qu'il est l'une des rares personnes à avoir une connaissance approfondie du fonctionnement du cerveau et à avoir vécu une expérience qui défie ce qu'il savait être possible. Comme on pouvait s'y attendre, ses livres furent l'objet de critiques cinglantes de la part de personnalités aussi éminentes que le professeur de neurologie, Oliver Sachs, leur argument de base étant que ce n'est pas possible et qu'il est donc dans l'erreur. Ces sceptiques refusent tout simplement d'examiner les données et ils ne tiennent pas compte non plus du fait qu'Eben, comme beaucoup d'autres personnes ayant vécu une NDE, a aussi reçu des informations qu'il ne connaissait pas auparavant et qui se sont avérées exactes, par la suite. Eben est un enfant adopté, et même si nous portons le même nom de famille, il n'y a pas de lien de parenté entre nous, si ce n'est une amitié personnelle. PAM Un argument qui s'oppose à l'hypothèse de la NDE est que, dans aucun des cas susmentionnés, il ne put être prouvé que la personne était cliniquement morte au moment de l'incident. Mais le cas de Pam Reynolds est différent, parce qu’elle se trouvait dans une salle d'opération et qu’elle était complètement instrumentée au moment de son expérience. Jeune mère de famille, Pam souffrait d'un anévrisme profond dans le cerveau, tellement profond qu'une opération traditionnelle était impossible. Même si elle était extrêmement risquée - à la fois en raison de son âge et du fait qu'elle avait de jeunes enfants - on autorisa une procédure chirurgicale rarement pratiquée, connue sous le nom d'arrêt cardiaque 89 Eben Alexander, Proof of Heaven: A Neurosurgeon’s Journey into the Afterlife, Simon and Schuster, 2012 Eben Alexander, Map of Heaven: How Science, Religion, and Ordinary People Are Proving the Afterlife, Simon and Schuster, 2014 90 210 hypothermique. Sans cela, il n'y avait aucune chance de survie en cas de rupture d’anévrisme. Pour pouvoir opérer, toutes les fonctions corporelles involontaires furent interrompues. Ceci comprenait la procédure dangereuse consistant à drainer et à refroidir le sang de son cerveau. Sous anesthésie, sa respiration, son cœur et même l'activité corticale de son cerveau cessèrent, ce qui fut contrôlé par un électrocardiogramme (ECG) et un électroencéphalogramme (EEG). Suivant la définition médicale, l'absence de respiration, du fonctionnement du cœur et d’activité cérébrale signifie la mort. Dans sa NDE, Reynolds décrira une vue autoscopique plongeante et l'activité de la salle d'opération. Elle se souvenait précisément de la situation des membres du personnel et de leurs activités. À son retour dans son corps, elle se souviendra même de la chanson ‘’Hotel California’’, qui passait et qu'elle jugea plutôt déplacée, les paroles du dernier refrain indiquant : ‘’Vous pouvez payer la note quand vous voulez, mais sans pouvoir jamais partir !’’ Un détail intéressant par rapport à cette observation est que Reynolds avait alors des bouchons moulés dans les oreilles, qui auraient dû l'empêcher d'entendre des bruits extérieurs, comme la scie, les conversations ou la musique de fond. Reynolds décrira sa NDE à Michael Sabom, un cardiologue qui s'intéressa au sujet et qui entreprit de mener ses propres recherches. Alors que la majorité des NDE sont rapportées après coup, Michael Sabom, en tant que cardiologue, était souvent présent durant la réanimation des patients. À sa grande surprise, les témoignages qu'il recueillit confirmèrent les études initiales. Ainsi, lorsque Reynolds lui parla de l'opération, il y donna suite. Reynolds avait mentionné qu’on avait ouvert son crâne à l’aide d’un outil qui ressemblait à une brosse à dents électrique et qui produisait un horrible bruit strident (comme des ongles sur un vieux tableau noir). Sabom apprit qu'elle avait raison, mais que l'instrument était une scie circulaire, qui pouvait être confondue avec une brosse à dents électrique. En outre, il nota que toute personne qui a pratiqué une opération du cerveau est consciente du bruit qui fait dresser les cheveux sur la tête au 211 moment de l'ouverture de la boîte crânienne. Le rapport initial qui traitait du cas de Pam Reynolds se trouve dans le livre de Michael Sabom, Light and Death.91 Bien qu'il s'agisse d'un cas de NDE aussi valable que possible, il n'est pas sans provoquer la controverse. Un anesthésiste, Gerald Woerlee a vivement affirmé que les souvenirs de Reynolds se rapportaient à des événements survenus pendant qu'elle était sous anesthésie générale, et non en état d'apoplexie, et que son cerveau était donc toujours fonctionnel. Même si c'est vrai, ceci n'explique pas de nombreux aspects du cas. Elle fut cliniquement morte pendant un certain temps et elle décrivit précisément des activités qui se déroulèrent, alors qu'elle n'avait aucun accès à l'information par le biais des sens physiques. Comme d'autres personnes, on lui laissa le choix de rester ou de revenir, mais elle dit aux entités désincarnées qu'elle devait revenir à la vie pour s'occuper de ses enfants. Des années plus tard, en 2010, elle fit sa transition définitive. Durant des années, le cas de Pam Reynolds fut considéré comme la référence absolue en matière de NDE. On pressentait l'existence de cas similaires, mais aucun patient ni aucun médecin n’en rapportait. En 2016, un anesthésiste très expérimenté, Ravi Parti mentionna un autre cas de NDE impliquant un ‘’pontage cardio-pulmonaire sous hypothermie et un arrêt circulatoire’’. Là encore, le patient n'avait plus de battements cardiaques, de respiration, ni de fonctions cérébrales, comme l’indiqua l'EEG. Le Dr Parti parla d’un état d'animation suspendue, avec toutes les fonctions corporelles à l’arrêt et la température interne descendue jusqu'à environ 10°C. Après avoir été réanimé et après avoir repris conscience, l'homme expliqua sans ambages qu'il avait observé l'opération d'un point de vue extracorporel, mais le Dr Parti ne fit rien. En vertu de sa vision matérialiste du monde, M. Parti savait que cela ne pouvait pas être vrai, mais c'est pourtant ce qui se produisit. Plutôt que de procéder à des recherches ou d'en discuter avec d'autres personnes, il choisit tout simplement d'ignorer l'incident. Au cours de sa formation, il avait appris que les cas impliquant de telles ‘’hallucinations’’ devraient être orientés vers des psychiatres. Bien entendu, c'est l'une des choses que les personnes qui ont vécu 91 Michael Sabom, Light and Death, Zondervan, 1998 212 une NDE redoutent le plus. Ce n'est qu'en décembre 2010, quand Parti vécut sa propre NDE très marquante, qu'il repensa à celui qu'il voyait givré.92 Quoique les cas de NDE où la personne est totalement instrumentée sont très rares, ils existent. Il est important de noter qu'ils confirment les rapports plus anecdotiques d'incidents où l’on se base uniquement sur les informations fournies par le patient. LES AVEUGLES ONT ÉGALEMENT DES NDE Une étude unique menée par Ken Ring et Sharon Cooper concernait des NDE chez des personnes atteintes de cécité congénitale. Cela signifie qu'elles étaient aveugles de naissance et qu’elles n'avaient jamais connu la vue, à l'inverse de personnes voyantes qui deviennent aveugles à la suite d'un accident ou d'une maladie. Bien qu'ils aient étudié des personnes qui avaient perdu la vue, c'est l'étude du groupe des aveugles congénitaux qui laisse le plus perplexe, d'un point de vue scientifique. Il s'avère que ces patients aveugles congénitaux décrivirent les mêmes caractéristiques des NDE que les personnes voyantes, même sans avoir eu précédemment de cadre de référence pour la vision. Plusieurs patients rapportèrent s’être retrouvés dans un état hors du corps, avoir vécu une expérience similaire à celle d'un tunnel, avoir vu clairement leur environnement physique, avoir entendu de la musique et avoir vécu des expériences transcendantes dans d'autres royaumes non physiques. Au-delà des questions relatives aux NDE, ces cas soulèvent aussi le concept d'états extracorporels. Comme l'indiquait un article de Ring et Cooper dans le Journal of Near-Death Studies, "ils s'inscrivent dans la controverse de longue date en parapsychologie sur la question de savoir si l'OBE représente un type de 92 Parti, Dr. Rajiv with Paul Perry, Dying to Wake Up: A Doctor’s Voyage into the Afterlife and the Wisdom He Brought Back, Hay House, 2016 213 véritable état extrasomatique, ou juste une reconstruction rétrospective reposant sur des indices sensoriels et sur des processus imaginaires". Au moins de façon anecdotique, il y a des preuves que certaines des personnes aveugles qui rapportent avoir eu une vision intense au cours d’une NDE peuvent être dans le vrai. Si tel est le cas, cela remet en question le postulat traditionnel sur la façon dont la vision est créée. Il ne fait aucun doute que nos yeux jouent un rôle très important dans la vision, mais il y a également un processus dans le cerveau qui est moins bien compris, notamment si des aveugles peuvent voir, même si c'est dans des circonstances très limitées. Un point quelque peu déroutant est que beaucoup de ceux qui expérimentent une NDE évoquent des interactions avec d'autres formes de réalités, y compris des êtres spirituels, et d'autres aspects dimensionnels qui ne se conforment pas à la réalité consensuelle. Il n'en reste pas moins que la confirmation de la vision d'objets de notre réalité par des sujets aveugles au cours d'une NDE est très significative. LES ENFANTS ET LES NDE Mon ami Melvin Morse a étudié le sujet et il a écrit quelques-uns des livres les plus importants sur les NDE. Je considère que son premier livre, La Divine Connexion93, est l'un des plus remarquables, car il contredit certaines affirmations sceptiques concernant les histoires de survie. En sa qualité de pédiatre naviguant avec des avions d'évacuation sanitaire dans le Nord-Ouest, le Dr Morse ne s'intéressait pas particulièrement aux NDE, initialement. Du moins jusqu'à ce qu'une jeune patiente lui décrive son expérience remarquable, qui se révéla tout à fait exacte. Crystal avait été retrouvée flottant sans vie dans une piscine. Elle était restée sous l'eau pendant une période de temps indéterminée. Melvin était l'un des médecins des urgences, et c'est lui qui l'avait réanimée. Bien que Crystal souffrait d'autres problèmes 93 Melvin Morse, Closer to the Light: Learning From the Near-Death Experiences of Children, Villard, 1990 214 médicaux graves et qu'on lui avait donné moins de dix pour cent de chances de survie, elle se rétablit exceptionnellement vite. Sa famille attribua cela à ses prières au chevet de la malade, même après que les médecins en charge aient recommandé de débrancher le système de maintien des fonctions vitales. Après avoir passé trois jours dans le coma, elle fut autorisée à quitter l'hôpital pour enfants de Salt Lake City et on la ramena par avion à Pocatello, où Melvin vint lui rendre visite. Quand on le lui présenta, Crystal identifia bien Melvin comme étant le médecin qui l'avait réanimée. Elle n'ignorait pas qu'un autre médecin, grand et rasé de près, était présent, mais elle savait que c'était Melvin, le barbu, qui l'avait ramenée à la vie. Lorsqu’on lui demanda si elle le connaissait, elle répondit : ‘’Oh, oui. Vous êtes le médecin qui m'a mis un tube dans le nez !’’ Selon Melvin, elle était dans un état de coma profond, quand cela s'est produit. Il y a beaucoup plus à dire sur l'histoire de Crystal, mais ce qui est important, c'est que c'est ce cas qui convainquit Melvin de procéder à des recherches plus approfondies sur les NDE. (‘’Katie’’, dans le livre de Melvin, s'est identifiée comme étant Crystal Merzlock, et elle est passée à la télévision. Je ne trahis pas de secret médical en révélant cela.) S'il est vrai qu'il y a maintenant beaucoup de films et d’émissions de télévision qui décrivent des NDE, cela n'a pas toujours été le cas. L'argument selon lequel ces enfants ont été influencés par la culture populaire ne tient pas dans les cas les plus anciens. Par ailleurs, Melvin a trouvé des cas de NDE chez de très jeunes enfants. Certains n'avaient que quelques mois et ne parlaient pas encore. Ce n'est qu'en acquérant les compétences linguistiques appropriées qu'ils furent en mesure de raconter leurs expériences profondes. Ils n'avaient certainement pas été abusivement influencés par les médias. En étudiant de plus en plus de cas de NDE pédiatriques, Melvin répertoria les mêmes caractéristiques dans leurs expériences que celles vécues par les adultes. Comme Crystal, certains rapportèrent une observation autoscopique de leur expérience, d'autres un passage dans un tunnel et la vision de lumières vives, et plusieurs, des rencontres avec des entités désincarnées ou des êtres spirituels. 215 LES NDE PARTAGÉES Si les observations d'enfants constituent un défi scientifique pour la corroboration des expériences de mort imminente, un autre domaine est encore plus problématique : celui des expériences de mort imminente partagées. Il s'agit d'événements au cours desquels d'autres personnes que le patient observent la NDE. De telles expériences sont traitées en détail dans le livre de Raymond Moody, Témoins de la vie après la vie. Une Enquête sur les Expériences de Mort Partagée.94 Dans ce livre, Raymond décrit de nombreux cas véridiques où au moins une partie du processus de transition fut observée par une ou plusieurs autres personnes. Un exemple convaincant est celui de l'expérience vécue par Raymond lors du décès de sa mère. Je connaissais Raymond depuis de nombreuses années, et cela advint, alors que nous travaillions tous les deux pour le même sponsor à Las Vegas, dans le Nevada. Raymond était titulaire de la chaire Bigelow d'études sur la conscience à l'université du Nevada-Las Vegas (UNLV), et je travaillais au National Institute for Discovery Science pour Bob Bigelow. A la faveur de nos rencontres périodiques, j'eus l'occasion de connaître son expérience, de première main. Quand Raymond apprit que sa mère était en phase terminale d'un lymphome non hodgkinien et qu'elle allait bientôt mourir, il se rendit immédiatement à son chevet à Macon, en Géorgie. La famille se réunit et tout le monde se tint par la main à l'approche du moment fatidique. Il écrivit par la suite que quatre des six personnes présentes se sentirent comme soulevées du sol, alors que la pièce changeait de forme. La perception de l'éclairage de la pièce changea aussi. Il parut se tamiser pour évoquer davantage une piscine en soirée. Raymond parle d'autres personnes qui ont partagé une expérience de transition. Certaines connurent leur propre expérience extracorporelle et purent observer la transition dans cette perspective. Quelques-unes déclarèrent avoir vu un 94 Raymond Moody, Glimpses of Eternity: Sharing A Loved One’s Passage From This Life to the Next, Guidepost, 2010 216 brouillard ou une brume s'élever du corps, ce qui est décrit dans le folklore depuis longtemps. D'autres observateurs encore signalèrent la présence d'esprits désincarnés, parfois d'un parent décédé revenant aider au processus de transition. Connus comme étant des visions sur le lit de mort, ces incidents sont beaucoup plus fréquents qu'on ne le croit généralement. Avant que la mort ne soit reléguée dans des environnements hospitaliers stériles, il était courant que les gens meurent chez eux dans un cadre plus paisible. Le nombre de rapports de visions sur le lit de mort a peut-être diminué en raison des traitements héroïques que l’on utilise dans les hôpitaux pour prolonger la vie à tout prix. Par ailleurs, il convient de noter que de nombreuses infirmières de soins palliatifs ont constaté que des patients parlaient à des parents décédés ou à d'autres entités invisibles. Naturellement, il est facile de faire passer de telles expériences pour des hallucinations, et certaines pourraient bien en être. Néanmoins, il y a une cohérence dans ces rapports qui les rend crédibles. Il y a aussi des récits où le patient reçoit des informations auxquelles il n'avait pas eu accès auparavant. Elisabeth Kübler-Ross évoqua une rencontre où un homme traversait le désert en voiture et tomba sur un grave accident. Le conducteur trouva un homme mourant. La victime lui demanda d'informer sa famille que même s'il était décédé, il allait bien et qu’il se trouvait avec un parent. Le conducteur fut tellement impressionné qu'il parcourut plusieurs centaines de kilomètres pour informer la famille. Mais le plus choquant dans cette histoire, c'est que le parent que la victime avait décrit comme étant avec elle venait également de mourir. Ce parent était décédé à une distance considérable, et la victime trouvée dans le désert n'avait pas été informée des faits. LES CONSÉQUENCES Lorsque nous entreprîmes d’analyser les NDE à l'IANDS, nous pensions qu’il s’agissait d’événements brefs qui se produisaient pendant un laps de temps limité. Dans la majorité des cas, elles duraient de quelques secondes à quelques minutes, bien qu'il y ait eu des cas où la durée était plus longue. Ce que nous 217 découvrîmes rapidement, c'est que les effets des NDE pouvaient perdurer sans discontinuité après l'expérience de la NDE proprement dite. Beaucoup de personnes ayant vécu une telle expérience signalèrent des épisodes psychiques, fréquemment hors de leur contrôle, dont des capacités précognitives accrues. Certaines personnes indiquèrent avoir des problèmes avec les montres électriques après leur NDE, mais pas avec les montres mécaniques. C'est un élément important, puisqu’il s'agit d'une manifestation physique d'un événement que la plupart des gens considèrent comme une expérience purement cognitive ou comme une aberration psychologique. Beaucoup de ces personnes ont rapporté de profonds changements dans leur vision du monde qui eurent parfois des répercussions négatives sur leur famille. Comme me le racontait une femme, ses enfants ne comprirent pas ce qui s'était passé et pourquoi elle se comportait différemment. De son point de vue, elle avait rencontré Dieu, mais ils voulaient juste que leur maman revienne. Au-delà des anecdotes, on procéda à des recherches sur la manière dont les NDE transformaient les perceptions et le comportement des personnes touchées. On élabora un questionnaire relatif aux changements dans leur vie, que l'on fit remplir aux personnes ayant déclaré avoir vécu une expérience de mort imminente. En résumé, les résultats indiquèrent qu’elles avaient une nouvelle appréciation de la vie et de sa valeur, une plus grande préoccupation pour les autres et une plus grande capacité à les aimer, une vision du monde moins matérialiste et une tendance à être plus orienté vers la spiritualité, par opposition à une religion particulière. Toutes les personnes qui ont vécu une NDE ne réagissent pas de la même façon, et nous devons veiller à ne pas extrapoler ces tendances générales à quelqu’un en particulier. Pour plus de détails, je recommande le livre de Ken Ring, En route vers Omega, où ces études furent présentées pour la première fois. SPIRITUEL PAR RAPPORT À RELIGIEUX 218 Le concept d'orientation spirituelle ou religieuse m'intéressait particulièrement, car il correspondait directement au travail que j'avais effectué dans le cadre de ma thèse de doctorat. J'avais évalué les changements survenus chez les personnes participant à l'atelier d'Elisabeth Kübler-Ross intitulé ‘’Vie, mort et transition’’. Pour ma thèse, elle insista pour que je change un mot, de remplacer changements en termes de religiosité par changements en termes de spiritualité. Cette simple modification faisait une différence énorme dans les résultats. Au cours de l'atelier, Elisabeth fit découvrir le concept des NDE à beaucoup de personnes qui n'en avaient jamais entendu parler auparavant. L'atelier ‘’Vie, mort et transition’’ avait une forte résonance, un quart des participants étant en phase terminale et la moitié d'entre eux travaillant dans le secteur médical. On questionna les participants sur l'évolution de leurs croyances religieuses. Beaucoup parmi les personnes interrogées rayèrent spécifiquement le terme "religieux". On remarqua une évolution très significative vers des changements spirituels, les répondants écrivant des choses comme : ‘’Je rejette les dogmes de l`Église, mais je suis plus spirituel maintenant.’’ On procéda à des évaluations avant l'atelier et à la fin de l'atelier. Les résultats indiquèrent un changement anticipé, reconnu comme étant de nature euphorique. Cela signifie juste que les gens se sentent généralement bien après un atelier, sans que ceci n'indique un réel changement. Le plus impressionnant, c'est que lorsque j’effectuai une enquête de suivi, le changement n'avait pas disparu et, dans de nombreux cas, celui-ci était plus marqué dans leurs déclarations d'être plus orientés vers la spiritualité. L'évaluation ultérieure implique qu'elle fut réalisée à la fin de l'atelier et jusqu'à 18 mois après la participation à cet atelier. Les résultats confirmèrent que l'exposition à une ambiance intense, combinée à l'écoute de récits de première main sur les NDE, avait eu un impact profond sur les participants. MARY SCHARTZ Un incident qui semble survenu avec Elisabeth Kübler-Ross va bien au-delà de ce qui est rapporté dans la littérature sur les NDE. C'est un événement qu'elle me raconta personnellement. J'en ai également entendu des versions publiques. Les 219 détails sont restés les mêmes au fil du temps. L'événement eut lieu, alors qu'elle enseignait à la Pritzker School of Medicine de l'Université de Chicago. On ne parlait pas souvent de la mort et de l'agonie à l'époque. Elisabeth fut la première à évoquer le concept d'hospice en Amérique, même s'il était déjà en train d'émerger en Europe. Elle et un aumônier d'hôpital, Renford Gains (connu sous le nom de ‘’Renny’’ et qui prendra plus tard le nom de Mwalimu Imara), entreprirent de faire venir des patients en phase terminale dans les salles de classe, puis de permettre aux étudiants en médecine de les interroger. Une telle approche du sujet était novatrice. Elle partait du principe que si l'on voulait savoir ce que ces patients pensaient ou ce qui les préoccupait, il valait mieux simplement le leur demander. Pour de nombreux praticiens de la communauté médicale, la mort était et est encore trop souvent considérée comme l'ennemie. Les docteurs, plus que les infirmières, semblent avoir une plus grande peur des discussions avec les patients sur leur mortalité. Ses cours attirèrent fortement l'attention sur le sujet, et le livre d'Elisabeth intitulé ‘’Les derniers instants de la vie’’ fit œuvre de pionnier pour devenir un classique dans ce domaine. Après plusieurs mois de cours, Elisabeth considéra qu'il était temps de passer à autre chose. Elle prévoyait que d'autres formateurs reprendraient le cours là où elle l'avait laissé et continueraient à examiner l'évolution de la communauté médicale dans son traitement du sujet. Elle décida d'arrêter d'enseigner ce cours, mais voulut en parler à Renny. Après ce qu'elle croyait être son dernier cours, elle alla l'annoncer à Renny. Celui-ci était occupé et parlait d'autres choses. Elisabeth était un petit bout de femme, l'avorton d'une portée de triplés, comme elle se décrivait elle-même, et elle ne réussit pas à capter son attention. Elle décida alors de tendre la main et de l'attraper par le collet, lorsqu’un événement extraordinaire se produisit. Au bout du couloir, une femme lui faisait signe. Elisabeth ne parvenait pas à mettre le doigt sur qui elle était, mais elle croyait la reconnaître. La femme l'accompagna alors jusqu'à son bureau et elle ouvrit la porte. Élisabeth trouva ce comportement très étrange de la part d'une visiteuse et elle commença à se 220 poser des questions. Une fois dans le bureau, la femme annonça qu'elle était là pour dire à Elisabeth qu'il n'était pas encore temps pour elle d'abandonner les cours et lui dit qu'elle devrait poursuivre ses efforts de pionnière dans le domaine de la mort et des mourants. Elisabeth finit par comprendre comment elle connaissait cette personne. Cette femme était une patiente de l'hospice et elle était morte dix mois plus tôt, après avoir participé à l'un de ses séminaires. Pensant avoir besoin d'une preuve qu'il ne s'agissait pas d'une hallucination, elle demanda à la femme une note avec sa signature pour la transmettre à Renny. Elle lui dit que ce serait nécessaire pour persuader Renny de continuer le cours. En réalité, il s'agissait pour elle de vérifier si elle était saine d'esprit. La femme sourit en connaissance de cause et elle rédigea une note qu'elle signa obligeamment ‘’Mary Schwartz’’. Ce nom était effectivement celui de son ancienne patiente de l'hospice. Après avoir remercié Elisabeth, Mary se leva et quitta la pièce. Quelques secondes plus tard, Elisabeth retrouva ses esprits et elle courut jusqu'à la porte et, en l'ouvrant, elle constata que le long couloir était complètement désert. Marie n'aurait pas eu le temps de s'éloigner, elle s'était tout simplement volatilisée. En guise de vérification complémentaire, Elisabeth fit analyser la note par un graphologue, qui la compara avec une copie de la signature de Mary Schwartz figurant dans un dossier. Les deux correspondaient. Cet incident et d'autres récits similaires, bien que très rares, constituent des défis extrêmes pour la plupart des scientifiques, ainsi que pour de nombreux fonctionnaires religieux. L'histoire d'Elisabeth ayant reçu la visite d'un esprit, ou d'une personne connue pour être morte, est loin d'être unique et s'inscrit dans une lignée de récits similaires qui transcendent l'Histoire. Bien sûr, le christianisme se fonde sur ce postulat, bien qu'avec quelques variantes, et d'autres religions acceptent des avatars et des entités immortelles. Son récit se distingue par le fait qu'elle put obtenir des preuves physiques de la part de l'entité. Cela dit, de nombreux amis m'ont fait part de rencontres similaires. On estime qu'environ un tiers des conjoints survivants, ou de personnes entretenant des relations personnelles privilégiées, pensent avoir eu une forme de communication avec leurs proches 221 décédés. Cela va de la simple perception de leur présence à une interaction physique, comme celle d’Elisabeth avec Mary Schwartz. Évidemment, on est enclin à penser que ces rencontres ne sont que des aberrations psychologiques ou des hallucinations de la part de la personne vivante. Et c'est peut-être le cas pour beaucoup d'entre elles. Mais il y a également beaucoup de cas où la personne a reçu des informations ou des avertissements concernant un danger imminent et qui ne peuvent pas s’expliquer par des moyens traditionnels. Mon ami Tom Clancy me raconta une histoire intrigante concernant les visites de l'au-delà. Tom et moi, nous avions discuté de ces phénomènes à maintes reprises. La première fois que nous avons eu ce genre de discussions dans son appartement, sur le port de Baltimore, il m'a dit : ‘’Alexander, si tu n'étais pas de Los Alamos, je te virerais d'ici !’’ Au fil des ans, sa position s'est considérablement assouplie. Peu de gens savaient que Tom était en fait un Beefeater, l’un des rares étrangers à avoir été officiellement acceptés comme garde d’apparat à la Tour de Londres. Il me raconta qu’un soir, un garde avait apporté un bouquet à la Tour. C'était le jour de l'anniversaire d'Anne Boleyn, qui y fut décapitée, le 19 mai 1536. Après y avoir déposé des fleurs, une femme apparut et lui dit : ‘’C'est vraiment gentil de votre part de vous en souvenir.’’ La femme disparut alors abruptement. L’anecdote est intéressante, car la Tour de Londres avait depuis longtemps la réputation d'être hantée. Pendant les quelques années qui précédèrent sa mort prématurée, Tom me surprit à l'occasion en me demandant : ‘’Parle-moi un peu de...’’ Il aborda quelques-uns de ces sujets dans des romans qui ne furent jamais publiés. Sa femme, Alex, me dit plus tard que l'éditeur avait exigé qu'il se cantonne à son genre. Raymond Moody réunit de nombreux témoignages concernant les interactions humaines avec des personnes décédées. Son livre intitulé Rencontres : l'histoire fantastique des contacts avec les disparus, de l'Antiquité aux plus récentes 222 expériences95, aborde ce sujet de manière approfondie. Après avoir effectué des recherches poussées sur le scrying96, il élabora un moyen de favoriser des interactions par l’entremise d’une chambre appelée "psychomanteum". Lorsqu’elles s'accompagnent de preuves matérielles ou quand elles transmettent des informations qui ne sont pas accessibles via les canaux de communication traditionnels, ces rencontres posent un sérieux défi au paradigme matérialiste. LES ARGUMENTS SCEPTIQUES PAR RAPPORT AUX NDE Les sceptiques avancent plusieurs arguments pour tenter de discréditer les expériences de mort imminente (NDE). Mais à mon sens, ils échouent, car ils ignorent souvent des données et n'abordent qu'une partie de l'expérience. En tête de liste de leurs arguments, ils prétendent que les NDE sont des hallucinations. En partant du principe que tout ce que l’on ne voit pas ne doit pas être réel, il est facile de rejeter les observations rapportées, et souvent avec un haut degré de cohérence. En raison des variations dans les récits, les sceptiques soulignent souvent les différences comme étant des indices de mensonge ou de fabulation. Selon toute vraisemblance, certains de ces cas sont bien des hallucinations. Mais cela n'élimine pas la réalité de toutes les NDE, car il y a trop de situations où la personne a pu obtenir des informations véridiques et qui n'étaient pas accessibles par le biais de ses sens physiques. Si ces informations peuvent se vérifier de manière indépendante, il ne s'agit pas d'une hallucination, par définition. Une autre explication sceptique favorite fait valoir que ce qui est rapporté est le résultat de l'usage de drogues. Dans d'autres parties du livre, je traite de l'utilisation de la diméthyltryptamine (DMT) et du fait que la psychopharmacologie n'explique pas les effets observés. En ce qui concerne les patients en phase terminale, il est vrai que les soins palliatifs incluent souvent 95 Raymond Moody, Reunions: Visionary Encounters With Departed Loved Ones, Villard, 1993 Le scrying (‘’scrutation’’) est une méthode de divination par la contemplation d’une surface réfléchissante (comme un miroir, une boule de cristal ou même de l'eau lisse). 96 223 l'utilisation d'analgésiques, en particulier d'opioïdes. On sait également qu'ils sont prescrits de manière excessive, ce qui a conduit à une épidémie d'abus. Pour ces patients, il peut être raisonnable de conclure que les médicaments ont quelque chose à voir avec leur état. Mais le problème avec l'argument de la drogue est qu'il y a beaucoup d'autres incidents où le patient n'est pas sous l'influence de drogues, de quelque sorte que ce soit. C'est certainement le cas des NDE qui surviennent à la suite d'accidents dont la victime n'est pas responsable. L'anoxie, ou le manque d'oxygène, est également considérée comme un facteur favorisant les cas de NDE. Cet argument suggère qu'il y a une réaction innée au manque d'oxygène dans le cerveau et qu'elle déclenche une réponse, comme la libération d'endorphines, l’argument étant que la NDE est un mécanisme qui a évolué et qui est conçu pour nous aider à quitter l'existence physique avec un minimum de douleur. Certes, la plupart des personnes ayant vécu une expérience de mort imminente indiquent qu'elles sont entrées dans un lieu d'une grande paix et d'une grande tranquillité, mais c’est également vrai pour des patients qui ne souffrent pas d'anoxie. Par conséquent, la relation de cause à effet de cet argument ne tient pas. La stimulation électromagnétique du cerveau a produit des effets observés dans les NDE. Les travaux de Michael Persinger, de l'Université Laurentienne, montrent que le cerveau peut être stimulé intentionnellement par des champs électromagnétiques très faibles. L'effet produit des visions qui se rapprochent des expériences hors du corps et d'autres expériences mystiques. Persinger collabora même avec Ingo Swann pour créer un dispositif qu'il appela le Casque de Dieu. Bien que les travaux de Persinger soient absolument fascinants, l'idée qu'un patient ou qu’une victime se souvenant d'une NDE ait été d'une manière ou d'une autre exposé à une stimulation électromagnétique est spécieuse, et Persinger ne prétend d'ailleurs pas qu'ils l'aient été. Evidemment, l'argument définitif des sceptiques est que le cerveau ne fonctionne pas comme indiqué dans certains cas extrêmes de NDE. Les sceptiques attribuent généralement les observations à une autre période durant laquelle le cerveau pouvait fonctionner. Dans le cas de Reynolds, ils suggèrent que ses 224 souvenirs remontaient à une période précédant l'arrêt cardiaque, alors qu'elle avait encore une conscience limitée, hypothèse contredite par le fait qu'elle identifia correctement la musique qui passait, lorsqu’elle déclare être revenue dans son corps, alors que le tracé de l'électroencéphalogramme était plat. La question fondamentale qui se pose ici, c’est de savoir si le cerveau et l'esprit sont identiques ou distincts. S'ils sont identiques et si l'esprit est un produit du cerveau, on suppose que l'esprit meurt avec la disparition du corps physique. En revanche, si l'esprit fonctionne en dehors du cerveau, comme le pensent pas mal de chercheurs dans le domaine de la conscience, il se distingue alors du cerveau. Dans cette hypothèse, le cerveau reste important, car il module la perception. On utilise souvent l'analogie du téléviseur. Si vous le démontez, vous ne trouverez pas les images, car le téléviseur ne fait que recevoir des signaux émis de l'extérieur et les projeter sur un écran. Si vous considérez comme moi que l'esprit et le cerveau sont séparés et distincts, les NDE peuvent constituer une fenêtre donnant sur des domaines complexes que l’on ne peut pas encore comprendre. Même après avoir examiné tous les arguments potentiels en faveur du contraire, je n'en trouve aucun qui ne présente pas des lacunes. Il est rare que les sceptiques incluent toutes les données, et ils ne peuvent pas non plus fournir des théories qui soient suffisamment cohérentes pour expliquer comment, par exemple, Don ait vu un scénario complet qui ne se concevait pas avant le crash de son hélicoptère Apache. Ils n'expliquent pas que Tom ait pu écouter une conversation qui se déroulait dans une autre pièce. Ils n'expliquent pas que Marilyn soit descendue d'un brancard pour se mettre à danser. Il y a des milliers d'incidents authentiques similaires qui mettent au défi la science dominante. Il est important pour toute personne ayant vécu une NDE de savoir qu'elle n'est pas seule. Aujourd'hui encore, de nombreuses personnes qui ont vécu cette expérience croient qu'elles sont uniques. Les estimations du nombre de personnes qui ont vécu une NDE varient énormément. Mais si on prend le chiffre le plus modeste, à savoir 5 % selon Gallup, il y en a plus de 13 millions, rien qu'aux États-Unis, et le phénomène est mondial. Sur la base de ces statistiques, environ 774 NDE se produisent quotidiennement en Amérique. 225 CHAPITRE 16 : LES MÉDIUMS Tout au long de l'histoire de l'humanité, il a été question de récits de rencontres entre des êtres humains vivants et des entités censées être décédées. Dans la plupart des sociétés, on trouve des personnes qui revendiquent des compétences particulières en matière de communication avec les esprits désincarnés. Ces personnes douées portent des titres différents, comme chamans, curanderos, sangomas, babalawo, budian et médiums, comme on les appelle dans les pays occidentaux. La science n'est pas bien disposée à leur égard, et pratiquement tous les scientifiques traditionnels rejettent d'emblée leurs informations. Si la conscience cesse avec la mort du corps, et en particulier celle du cerveau, alors toute communication est impossible. Fin de la discussion. Cependant, ces mêmes scientifiques refusent d'examiner les preuves qui étayent ces affirmations. Les sociétés qui acceptent généralement la communication des esprits avec les ancêtres sont considérées par eux comme primitives et incultes. Il se peut que ce soit ces scientifiques qui sont incultes. Avant de décrire mes rencontres personnelles avec des médiums légitimes que j'ai pu rencontrer et connaître, il me faut reconnaître qu'il y a aussi de nombreuses fraudes. Les charlatans sans scrupules pratiquent leur fonds de commerce depuis des siècles, en ciblant souvent les plus vulnérables, en particulier les personnes endeuillées. Il y a une technique bien connue, la lecture à froid, qui peut paraître valable, mais qui est tellement générale qu'elle est sans intérêt. Un de leurs trucs consiste à obtenir une connaissance préalable de la victime, ce qui est beaucoup plus facile que par le passé avec Internet. Ils soutirent également des informations de la part du visiteur en cherchant des réactions instantanées à des questions, ou des indices non verbaux que la personne aura du mal à dissimuler. ‘’Tel prénom vous dit-il quelque chose ?’’ - pourrait-on vous demander. Ce prénom est particulièrement répandu et, aux États-Unis, presque tout le monde en connaît un ou une. Comme les sceptiques le soulignent à juste 226 titre, le faux voyant peut être très habile, si prétendre parler avec les morts est sa source de revenus. Pour ma part, je pense que le signal d'alarme le plus fort doit retentir, lorsque l'intermédiaire réclame de grosses sommes d'argent ou des cadeaux onéreux. Si la personne cherche à suggérer que vous êtes, ou qu'un objet qui vous appartient est maudit et que vous devez à tout prix vous en séparer, prenez vos jambes à votre cou ou la poudre d'escampette ! Si les médiums légitimes ont droit à une rémunération équitable pour leur travail, il convient d'être vigilant, si les sollicitations paraissent excessives ou extravagantes. Quand j'étais basé à Hawaï, je fus le témoin direct de ce phénomène et sidéré de voir à quel point des médiums malhonnêtes parvenaient à escroquer le public. Ainsi, un individu affirma être en contact avec St. Germain, qui communiquait des messages par son intermédiaire. Utilisant la lecture de billets pour captiver le public, sa technique de base était le "one ahead" (un coup d’avance). C'est une astuce par laquelle il répondait à des demandes qui semblaient scellées. Il semblait pouvoir accéder à des documents écrits en privé par le demandeur et donner des informations précises, y compris son nom, avant l’ouverture de l'enveloppe. En réalité, il lisait des informations relatives à ce que les gens croyaient être la prochaine enveloppe scellée. Johnny Carson faisait souvent un numéro entier pendant lequel Carnac répondait à des questions issues d'une enveloppe scellée. Le public d'Honolulu semblait captivé, et l’escroc faisait passer plusieurs fois un plateau de collecte pendant le service qui durait plusieurs heures, généralement pour des causes différentes. Par ailleurs, il vendait des cristaux spéciaux et des objets qu'il prétendait dotés de pouvoirs magiques (ces aides étant des matérialisations provenant d'une source inconnue). Achetées pour une somme coquette, elles se produiraient le soir même, à minuit. Mais ces artifices faisaient pâle figure face à ce que je le vis accomplir dans le domaine de l'immobilier. Honolulu comptait certaines des propriétés les plus cotées du pays. Ce personnage déclara souhaiter qu'on lui achète un appartement afin de pouvoir passer plus de temps à nos côtés. Que je sois damné s'il n'eut pas gain de cause. 227 Bien que James Randi et moi-même, nous eûmes des désaccords, je pense que son travail qui visait à démasquer le télévangéliste Peter Popoff était louable. Dans les années 1980, Popoff, d'origine allemande, réalisa d'énormes profits en utilisant des techniques comparables pour ses services. Devant d'immenses assemblées, il appelait des personnes par leur nom et fournissait des informations très précises à leur sujet, parfois même sur leurs afflictions. Il attribuait cette connaissance à Dieu et il leur disait ce qu'elles devraient faire, ce qui incluait, bien entendu, de verser d'importantes contributions à Popoff luimême en guise de récompense pour avoir servi d'intermédiaire direct entre eux et le pouvoir suprême. Là encore, la réalité était bien différente. À leur arrivée au service, les membres de l'assemblée remplissaient des cartes avec des informations personnelles et la raison particulière de leur présence. Ces cartes étaient regroupées, puis emportées en coulisses, où l'épouse de Peter Popoff, Elizabeth, les dépouillait et choisissait celles qui lui semblaient les plus intéressantes. Popoff lui-même avait un minuscule récepteur placé dans une oreille, de manière à ce que sa femme puisse lui communiquer des informations en temps réel. L’ayant alors suspecté, en 1986, Randi fit appel à un analyste de scène de crime et expert en électronique, Alexander Jason, pour balayer les fréquences jusqu'à ce qu'il localise celle sur laquelle opéraient les Popoff. Il enregistra leurs communications, qui comportaient des commentaires personnels de bon ton, tout comme des remarques plutôt désobligeantes de la part d’Elisabeth sur leurs victimes.97 L'histoire ne s'arrêta pas là. Une fois démasqués, les Popoff déposèrent leur bilan en 1987, ce qui ne les découragea pour autant. Ils réapparurent, et on peut encore les voir à la télévision aujourd'hui. Afin d’en avoir le cœur net, j'ai envoyé une demande de prière, l'année passée. La réponse consista en une petite fiole d'eau bénite, suivie par de nombreuses demandes d'offrandes d'amour. Ils ont recours à un concept baptisé ‘’semence de la foi’’, et ils promettent que si vous leur envoyez un montant spécifique, qui peut souvent se chiffrer à des centaines 97 James Randi, The Faith Healers, Prometheus Books, 1989 228 de dollars, vous recevrez dix fois cette somme grâce à une intervention divine, prétendent-ils. Les gogos paient et les Popoffs récoltent des millions de dollars par an. ABC News consacra une émission spéciale aux faux guérisseurs, en 2007. Ils estimèrent que Popoff avait empoché plus de 23 millions de dollars, en 2005. Il faut souligner que ce type de fraude peut être bien plus dommageable qu'un simple détournement de fonds.98 À leur détriment, certaines personnes croient réellement au processus et renoncent à un traitement médical traditionnel. Bien sûr, au fil des ans, beaucoup de ces charlatans finissent par être démasqués, mais malheureusement, les médias ont tendance à insister davantage sur la dénonciation des fraudes que sur la reconnaissance des médiums légitimes. L'autre problème des programmes télévisés est l'accent mis sur le divertissement, souvent au détriment de la réalité. La télévision est régie par l'audimat. Mais si les chercheurs ont raison au sujet de la médiumnité, et je le crois, alors on a affaire à un monde spirituel, qui transcende le monde physique et qui n'a certainement pas besoin de faire de l'audimat. Les gens ont tendance à vouloir la perfection, mais même les meilleurs médiums peuvent se tromper. Gary Schwartz, de l'université d'Arizona à Tucson, propose une analogie avec le basket-ball, une bonne manière d'aborder le sujet. Gary dirige l'un des rares centres de recherche financés, situé dans un cadre universitaire traditionnel, qui étudie les médiums et les phénomènes connexes. Gary, un psychologue formé à Harvard, a été professeur de psychiatrie et de psychologie à Yale pendant de nombreuses années avant d'occuper ses fonctions actuelles en Arizona. Il est maintenant directeur du Laboratory for Advances in Consciousness and Health (LACH, anciennement Human Energy Systems Laboratory) au sein du département de psychologie. Le centre est spécialisé dans l'étude des médiums et des thérapies énergétiques alternatives. Grâce à sa place unique, Gary put réunir sa ‘’Dream Team’’ de médiums et les tester en laboratoire dans des conditions contrôlées. Bien que ses protocoles de 98 James Avila, “Selling Salvation,” 20/20 ABC News, 11 May, 2007 available at: http://abcnews.go.com/2020/story?id=3164858&page= 229 recherche aient suscité une certaine controverse, il a pu obtenir des résultats spectaculaires. L'une des questions clés, c’est celle de la précision. Gary utilise une analogie qu'il définit comme le modèle Michael Jordan. Il fait remarquer que Michael Jordan est vénéré dans le monde du basket-ball en raison de ses prouesses pour marquer. À son top, Jordan réussissait environ 45 % de ses tirs. On l’acclamait non pas parce qu'il réussissait tous ses tirs, mais parce qu'il était bien meilleur que tous les autres joueurs de la NBA. De même, les membres de la Dream Team de Gary ne réussissent pas à 100 %, mais il les étudie parce qu'ils sont meilleurs que la plupart des autres. ANNE GEHMAN Mon amie Anne Gehman apparaît dans plusieurs chapitres de ce livre en raison de la réussite de ses interventions au fil du temps. En 2010, HBO proposa une émission spéciale intitulée No One Dies at Lily Dale99, qui mettait en scène plusieurs médiums, dont Anne. Le titre vient de la communauté spirite appelée Lily Dale, située en bordure du lac Upper Cassadaga dans le nord de l'État de New York. Depuis la fin des années 1800, les spirites se réunissent là. Pendant l'été, le site devient la Mecque de ceux qui cherchent à obtenir un entretien avec les médiums qui y vivent. Le cadre est idyllique. Boisé avec une grande variété d'arbres, dont des pruches, des frênes, des peupliers et des bouleaux, Lily Dale regorge de maisons parfois centenaires et de jardins bien entretenus qui datent du début de la colonisation. Aussitôt que le temps se réchauffe, la région attire des visiteurs du monde entier. Si beaucoup arrivent avec un rendez-vous, d'autres déambulent dans le village et s'arrêtent lorsque l'enseigne d'un médium les interpelle. No One Dies at Lily Dale propose un bon aperçu de la médiumnité, telle qu'on la pratique aujourd'hui. Regardez et vous y verrez des exemples de bonnes et de mauvaises lectures. Dans ce dernier cas, un médium masculin communiquait des informations tellement générales qu'elles pouvaient s'appliquer à n'importe qui et 99 “No One Dies at Lily Dale,” HBO, July 8, 2010, http://www.hbo.com/documentaries/no-one-dies-in-lily-dale 230 qu'elles étaient tout à fait inutiles. En revanche, Anne était tout bonnement impressionnante. Sa lecture s'adressait à un homme qui venait de perdre son jeune fils. Pour prouver son authenticité, elle lui communiqua des informations que lui seul pouvait connaître et auxquelles elle n'aurait pas pu accéder par des moyens traditionnels. En l'occurrence, elle parla au père de jouets qu'il avait subrepticement glissés dans le cercueil de son fils, juste avant qu'il ne soit refermé pour la dernière fois. Le message qu'elle délivra fut beaucoup plus réconfortant, en sachant que la communication était vraisemblablement fondée. Plusieurs de mes amis ont eu des consultations avec Anne et sont d'avis que les informations sont à la fois valables et utiles. À Lily Dale, Victoria et moi nous attendîmes pendant qu'un ami rencontrait Anne pendant plus de deux heures. À l'époque, il vivait lui-même une transformation spirituelle, et la découverte de la médiumnité professionnelle était quelque chose de relativement récent pour lui. Comme il nous le confia en fin d'après-midi, il était certain d'avoir reçu des conseils utiles et éclairants. Un contact avait été établi avec des parents décédés, qu'Anne n'aurait pas pu connaître à l'avance. SUZANNE GIESEMANN L'une des médiums les plus inhabituelles que j'ai rencontrées est Suzanne Giesemann.100 Alors que de nombreux médiums, si ce n'est la majorité d'entre eux, ont vécu des expériences mystiques et ont eu des contacts avec des entités désincarnées tout au long de leur vie, ce n'était pas le cas de Suzanne Giesemann, car en effet, elle fit carrière dans la marine américaine et prit sa retraite en tant que commandant avant de devenir accidentellement médium. Son ascension fulgurante dans la marine fut remarquable. Elle fut l'une des rares femmes à commander un navire, fut également assistante spéciale du chef des opérations navales et aide du chef d'état-major interarmées, le général Hugh Shelton, le jour des attentats terroristes du 11 septembre 2001. 100 Suzanne Giesemann, voir http://www.suzannegiesemann.com/ 231 Je mentionne le général Shelton, puisque lui et moi, nous opérâmes conjointement en tant que majors de la 25ème division d'infanterie à Hawaï ; nous venions tous deux directement d'une mission des forces spéciales au Vietnam. De toute évidence, il a beaucoup mieux réussi sa carrière que moi ! Alors que Susan ne commença à pratiquer la médiumnité que bien après avoir pris sa retraite, Shelton minimise toute association avec ce domaine en raison de la connotation négative qu’il pourrait avoir. Je ne peux pas le blâmer, mais cela montre bien qu'il reste beaucoup à faire pour faire avancer l'étude de ce sujet important. Ne connaissant pas son livre The Priest and the Medium101, je demandai à Suzanne si elle connaissait Anne Gehman. C'était à l'occasion de la conférence 2015 de l'IANDS à San Antonio, où nous étions tous les deux des conférenciers. Tout en regardant mon badge, elle répondit : ’’J'ai entendu parler de vous.’’ Son livre était une biographie d'Anne, et en faisant des recherches, Suzanne avait découvert l'épisode sur la torsion des métaux. Tout en menant une carrière d'écrivain, elle poursuivait sa pratique de la méditation. Petit à petit, elle commença à avoir ses propres expériences mystiques ou intuitives. Pour approfondir le sujet, elle suivit des cours de médiumnité, qui aboutirent à un stage intensif au Arthur Findlay College of Psychic Sciences, à Stansted, en Angleterre.102 Ce collège est un don du mouvement spirite, et il propose des programmes résidentiels où les étudiants peuvent étudier ‘’la philosophie et la pratique religieuse spirite, la guérison et la conscience spirite, le développement spirituel et psychique et d'autres disciplines qui sont apparentées.’’ D’après Suzanne, les expériences révélatrices qu'elle a vécus là-bas lui permirent de développer un contact avec le monde invisible. Comme c'est souvent le cas au cours d’une évolution rapide, sa démarche résultait de circonstances très malheureuses. Le 6 juin 2006, sa belle-fille enceinte, Susan Babich, sergent de la marine américaine, fut frappée et tuée par la foudre, alors qu'elle traversait le 101 Suzanne Giesemann, The Priest and the Medium, Hay House, 2009 The Arthur Findley College, The World’s Foremost College for the Advancement of Spiritualism and Psychic Sciences, site web : http://www.arthurfindlaycollege.org/ 102 232 tarmac de la base aéronavale de Cherry Point. Parallèlement à ses expériences mystiques naissantes, cette tragédie donna à Suzanne l'élan nécessaire pour tenter d'établir un contact post-mortem. Forte de sa réussite, elle s’aperçut qu'elle pouvait aussi entrer en contact avec d'autres personnes. Suzanne a maintenant écrit pas mal de livres. Une partie du contenu qu'elle propose se présente sous une forme unique de poésie rimée. Grâce à ses antécédents remarquables, la nouvelle concernant ses aptitudes se propagea rapidement. Parmi ceux qui testèrent ses capacités figurait mon ami Gary Schwartz, qui lui attribua des évaluations élogieuses et qui considérait Suzanne comme l'un des meilleurs médiums qu'il ait jamais étudiés. Elle était également tenue en haute estime par le Dr Wayne Dyer, le conférencier motivateur, explorateur de la conscience récemment décédé. Alors qu'elle est débordée par des demandes de lectures personnelles, Suzanne facilite quasiment quotidiennement des channelings de Sanaya, des guides qui, d’après Suzanne, semblent être un groupe d'êtres d'une conscience supérieure et qui dispensent une sagesse bien nécessaire à ceux qui veulent bien les écouter. Sanaya, nous dit-on, signifie éminent et divin en sanskrit. JOHN EDWARD En rendant visite à Gary Schwartz à Tucson, nous eûmes l'opportunité de nous entretenir avec plusieurs membres de sa Dream Team. L’un des plus connus était John Edward, qui est très sympathique et qui a tendance à être très circonspect dans ses lectures. Gary a publié plusieurs des expériences qu'il a menées avec Edward dans son livre Extraordinaires contacts avec l'au-delà : Les découvertes scientifiques irréfutables sur la vie après la mort.103 Il est fort populaire et les lecteurs connaissent peut-être son émission de télévision, Crossing Over. Je suis d'accord avec l'analyse de Gary, quand il dit : ‘’Il est très probable que John est un être authentique - engagé dans quelque chose d'honnête et de spirituel...’’ 103 Gary Schwartz, The Afterlife Experiments: Breakthrough Scientific Evidence of Life After Death, Pocket Books, 2002 233 Naturellement, les sceptiques ne sont pas d'accord, l'un des plus virulents étant Ray Hyman. Lui et moi, nous nous sommes croisés à différentes occasions, pas toujours amicales. Hyman soutient qu'Edward et d'autres font tous des lectures à froid. Les sceptiques se polarisent sur les échecs et ils ignorent les succès, quand bien même la probabilité que l'information exacte ne soit pas un coup du hasard est astronomique. GEORGE ANDERSON George Anderson est un médium américain bien connu qui m'a impressionné dans le cadre d'une présentation dans le Ham Hall, à l'Université du Nevada, Las Vegas (UNLV). Anderson affirme qu'au terme d’une grave maladie survenue dans sa jeunesse, il commença à communiquer avec les esprits de personnes décédées. Son site web indique qu'il a mené plus de 35 000 séances et qu'il a fait des apparitions dans de nombreuses émissions de télévision. Anderson a écrit plusieurs livres qui suggèrent que la vie continue au-delà de la mort physique, la plupart étant conçus pour aider les personnes endeuillées. Au fait de la reconnaissance publique de son travail, je saisis l'occasion d'assister à sa conférence à l'UNLV. Si je me souviens bien, l'événement était gratuit pour le public et probablement sponsorisé par la chaire Bigelow sur la conscience qui était alors en place à l'université. Le Ham Hall est assez grand et peut accueillir un peu plus de 1 800 personnes. Alors que la venue d'Anderson n'avait pas fait l'objet d'une grande publicité, il n'y avait plus que des places debout. Après de brèves présentations, Anderson commença sa séance. Lorsqu'il entre en contact avec les esprits, il utilise une technique de distraction en se servant d'un crayon et d'un papier. On peut le voir griffonner de gauche à droite, sans réellement écrire quoi que ce soit. Au début, il commença à faire passer des messages à des personnes dans le public, des messages peu convaincants et difficiles à confirmer. Les destinataires semblaient impressionnés, mais en tant que chercheur, je trouvais cela trop général pour être significatif. 234 Ce qui attira mon attention se produisit environ une demi-heure après le début de la séance. La plupart des spectateurs semblaient captivés par la présentation d'Anderson, lorsqu'un jeune couple, probablement âgé d'une vingtaine d'années et assis quelques rangées derrière moi, se leva calmement et entreprit de se faufiler vers la sortie. Les places assises du Ham Hall sont ainsi disposées que pour sortir, il faut enjamber plusieurs personnes pour rejoindre les allées latérales. Anderson se figea et s’écria : ‘’Ne partez pas !’’, et il leur communiqua alors un message d'une spécificité telle que son exactitude ne laissait guère de doutes. Si des jeunes gens ont des parents plus âgés qui sont décédés, seuls quelques-uns ont perdu des enfants. Dans ce cas, il précisa correctement que leur petite fille s'était noyée dans la piscine de la maison, et qu'ils ressentaient une culpabilité énorme à cause de ce drame. Si on exclut le recours à un complice, et je n'ai aucune raison de suspecter cela, il est hautement improbable qu'Anderson ait pu deviner à l'aveuglette autant d'éléments de cet épisode. Anderson leur adressa ensuite un message d'espoir et leur assura que leur fille ne les blâmait pas pour l'accident. Dire que l'assistance fut touchée serait un euphémisme. Je reconnais tout à fait qu'il s'agissait là d'un cas exceptionnel, mais il était tout à fait remarquable. ADELE TINNING La table pesait pas loin de 20 kilos, mais cette médium âgée, Adele Tinning, réussit à la faire se lever toute seule, une prouesse pour laquelle je ne pus trouver aucune explication rationnelle. Cette expérience se révéla être un nouvel accès dans un monde dont la majorité des gens n'avaient jamais entendu parler, et encore moins éprouvé. Bien que j’étais toujours en poste à l'INSCOM en Virginie, mon travail m'amenait quelquefois sur la côte ouest. Ce déplacement concernait des recherches que je menais en coordination avec Cleve Backster, qui dirigeait une école de polygraphie à San Diego, et dont j'ai déjà décrit le travail. Au cours du week-end, j'avais rendu visite à mon mentor, le Dr Elisabeth Kübler-Ross, dans sa propriété près d'Escondido. Une grave controverse entourait deux de ses assistants, et je 235 voulais personnellement en apprendre les détails auprès d'elle. Il s'agissait d'un triste chapitre dans ce qui était par ailleurs une carrière extraordinaire et qui, au fil du temps, allait bénéficier à des millions de personnes dans leur transition par le processus de la mort. Nous étions le samedi 29 janvier 1983, et en roulant vers le sud sur la I-15, j'avais le temps de penser à la rencontre prévue avec la célèbre médium, mais je ne savais pas trop à quoi m'attendre. À l'approche de la sortie d'University Avenue, je bifurquai et je traversai la 805 pour accéder à un quartier résidentiel paisible de San Diego appelé North Park. Ce quartier historique vieillissant était bien connu pour ses cottages artisanaux, ses cafés et ses restaurants. C'était le début de la soirée, mais il faisait encore jour, quand je parquai ma voiture de location devant sa maison. C'était un bungalow très modeste, mais il avait permis de recevoir des milliers de personnes comme moi. Comme elle était assez proche de Los Angeles et que sa réputation grandissait, elle finit par recevoir de nombreuses personnes, la plupart cherchant à entrer en contact avec des parents décédés. Je fus aimablement accueilli à la porte d'entrée par Adele et par son mari, un pompier à la retraite de San Diego. Elle avait des yeux bleus pénétrants et un sourire contagieux qui mettait tout le monde à l'aise. (À notre insu alors, il allait bientôt passer à un autre plan d'existence d'ici quelques mois). Après de rapides présentations, Adele et moi, nous nous installâmes dans une petite pièce où elle tenait ses séances. Avant de se rendre dans une autre pièce à l'arrière, son mari me suggéra en plaisantant de bien chercher les ficelles cachées qui permettaient à la table de bouger. Bien sûr, il n'y en avait pas, mais ils étaient bien conscients des critiques soulevées par les sceptiques qui présumaient que toutes les séances et tous les médiums étaient des impostures. Ils étaient habitués à ces critiques qu’ils assumaient pleinement. Grâce à l'exactitude des messages qu'elle délivrait, Adele Tinning se fit peu à peu connaître dans toute la Californie du Sud, et même au-delà. Contrairement à de nombreux médiums qui atteignent un certain degré de célébrité, Adele ne faisait 236 jamais payer personne pour ses services inestimables. En fait, elle refusait toute offre d'argent. Il se peut qu'elle était consciente de la déchéance qui guettait certains médiums, si l'appât du gain s'insinuait dans leurs pratiques. Il y a le cas désormais célèbre d'Edgar Cayce, surnommé ‘’le prophète endormi’’104, qui encourut des pertes sévères, lorsqu'il tenta d'utiliser ses aptitudes intuitives à des fins lucratives personnelles. Pour formuler son message, Adele écrivit un livre intitulé God's Way of Life105, et elle en distribuait des exemplaires à ceux qui venaient la consulter. Adele considérait qu'elle était en contact avec des maîtres ascensionnés qui pouvaient aider ceux d'entre nous qui demeuraient sur le plan terrestre. Elle avait été médium toute sa vie durant, comme sa mère avant elle. Elle racontait à certaines personnes qu'à l'âge de six ans, elle avait vu passer un ange dans son jardin, ce que l’on interpréta comme signifiant qu'elle possédait des dons particuliers. En grandissant, d'autres épisodes psychiques se produisirent et elle apprit la typtologie comme moyen de communication avec le monde des esprits. D’après une information non confirmée, Adele aurait été associée à une enquête de la NASA, après l'un de leurs accidents mortels. Le premier message qu'elle avait reçu était spontané et ne voulait pas dire grand-chose pour elle, mais après qu'elle ait communiqué l'information à la NASA, des scientifiques de cette agence la recontactèrent pour tenter d'en savoir plus sur ce qui était réellement arrivé aux astronautes. La notoriété d'Adele décolla, lorsque l'actrice aventurière psychique, Shirley MacLaine parla d’elle dans son livre, It's All in the Playing (1987).106 MacLaine déclara : ‘’Je me rappelai avoir rendu visite à une médium spirite qui entrait en contact avec des personnes désincarnées par l'intermédiaire d'une table qui basculait, se penchait et bougeait…Elle vit à San Diego, elle a presque 79 ans, elle est aussi avenante que possible, et elle possède tout simplement un incroyable talent médiumnique.’’ 104 Thomas Sugrue, There is a River: The Story of Edgar Cayce, A.R.E. Press, 1942 Adele Tinning, God’s Way of Life: Given Through Adele Gerard Tinning: Part 1, God’s Way of Life Foundation, 1975 106 Shirley, MacLaine, It’s All in the Playing, Bantam, 1987 105 237 Comme beaucoup l'avaient fait avant moi, je pris place à la table blanche de la cuisine d'Adele. La table, petite mais solide, n'avait rien de particulièrement remarquable. Contrairement à la plupart des séances auxquelles j'avais assisté, la pièce était bien éclairée, de sorte que toute tentative de manipulation pouvait être facilement détectée. Je n'avais malheureusement pas l'habitude de prendre des notes et j'ai oublié depuis longtemps le contenu exact des messages qu'Adèle me communiqua, mais aucun n'était lié à ma mère disparue ou à un autre membre de la famille décédé. Si je me rappelle bien, il s'agissait d'informations générales sur la façon dont des guides sur un autre plan d'existence s'inquiétaient de l'humanité et de ce que nous faisions subir à la biosphère. Le plus révélateur, d'un point de vue scientifique, était le processus par lequel ce message était transmis. Adele et moi, nous avions placé nos mains sur le dessus de la table, d'une manière apparemment exempte de toute pression significative. Au cours des transmissions d'informations, la table communiquait les lettres individuelles. Un coup représentait la lettre a, deux coups, la lettre b, trois coups la lettre c, et ainsi de suite, jusqu'à 26 coups pour la lettre z. Sa méthode était pour le moins laborieuse. Il fallait être très attentif et compter avec précision pour s'assurer que le message était transcrit correctement. Il fallait visiblement faire preuve d'une grande patience, car les esprits produisaient souvent des missives assez longues. En plus de la routine du tapping, la table avait parfois un pied qui s'élevait à plusieurs centimètres du sol. Pour autant, je n'ai jamais observé, ni n’avais même jamais entendu parler de la table d'Adele qui léviterait totalement et qui n'aurait plus aucun contact avec le sol. Avant le début de la séance, elle me montra des photos qui avaient été prises à l’occasion de telles lévitations. Bizarrement, il y avait des colonnes de lumière blanche qui apparaissaient sur les photos, mais qui n'étaient pas visibles pendant les prises de vue. La science doit relever plusieurs défis pour évaluer la médiumnité. Les messages génériques de catastrophisme et de nécessité de changer nos habitudes ne peuvent pas s’évaluer qualitativement. De même, pas mal de messages d'espoir 238 et de bien-être concernant des êtres chers décédés ne respecteraient pas un niveau acceptable de preuve de la continuité de la conscience. Il est bien connu que les personnes endeuillées ont tendance à interpréter les messages sous un jour favorable. Mais à l’occasion, il y avait des messages qui étaient tellement spécifiques à la fois par rapport à la personne décédée et par rapport au destinataire que l'évidence appuie au moins l'hypothèse de la vie après la mort. La physique, c'est autre chose. Il n'y a pas de place pour des interprétations psychologiques erronées ou pour le désir d'entendre combien les choses sont belles de l'autre côté. La physique à laquelle je fais référence ici, c’est celle de l'énergie nécessaire pour déplacer la table de la façon dont j’ai pu personnellement l’observer. Comme pour de nombreux incidents de ce genre, j'ai consulté des magiciens qui connaissent bien toute la panoplie des trucs utilisés par les charlatans, qui ne manquent pas. Ceux-ci m'ont montré des méthodes par lesquelles des tables peuvent sembler léviter, souvent en utilisant leurs pouces pour faire bouger la table. Les tables plus légères sont plus faciles à manipuler. Or, la table de cuisine d'Adele pesait pas loin d'une vingtaine de kilos, et ses mains étaient toujours posées sur la table. Ses genoux ne furent jamais en contact avec la table pour la pousser par dessous. La probabilité qu'une force physique ait été utilisée pour créer une illusion est très minime. Cette séance avec Adele Tinning fut tout à fait remarquable, même si alors, je ne reconnus pas l'importance de l'événement. Et pour être honnête, j'aurais dû être plus conscient de toute la portée du privilège qui m'avait été accordé de pouvoir rencontrer cette âme avancée. CHICO XAVIER Il y avait ce médium brésilien qui sortait du lot et qui mérite d'être mentionné ; il s'appelait Chico Xavier. Je n'ai pas eu la chance de le rencontrer avant sa mort en 2002, mais je crois qu'il est unique parmi tous les autres médiums du monde, de par ses publications psychographiques prolifiques. Né dans la province de Minas Gerais en 1910, il se retrouva orphelin dès son plus jeune âge et fut victime 239 d'abus de la part de sa famille pendant son enfance. Peu après la mort de sa mère, il commença à recevoir des visites de sa part sous forme d'esprit. Plus tard, il fera la connaissance d'un guide qui se faisait appeler Emmanuel et dont Xavier affirmait qu'il avait été sénateur romain, prêtre catholique et professeur à la Sorbonne dans des incarnations antérieures. Xavier publia près de 500 livres, tous supposément canalisés par des entités décédées. Toujours modeste à propos de ces œuvres, Xavier ne s'attribua jamais le mérite d'en être l'auteur. Ce qui est intéressant du point de vue de la vérification, c'est le fait que beaucoup de ces entités décédées étaient connues, à l’origine. Par ailleurs, beaucoup d'entre elles avaient écrit de leur vivant, ce qui permit de comparer les styles. Parallèlement, Xavier signa physiquement un certain nombre de documents, mais il les attribua à l'entité désincarnée. Ceux-ci purent également être vérifiés en les comparant à des signatures existantes, apposées sur des lettres et sur des reçus pendant de récentes incarnations. Une étude fut publiée en 2014 dans une revue médicale à comité de lecture par un groupe de professeurs de l'Université de Sao Paulo, et qui comparait les écrits de Chico Xavier à ceux de l'auteur décédé. La recherche consista à analyser 13 lettres, connues comme étant celles d'un auteur appelé J.P., à la fois dans son incarnation physique et dans les psychographies de Xavier. A partir de ces documents, les chercheurs identifièrent 99 éléments que l’on put tester pour comparer les documents de J.P., tant de son vivant que depuis sa mort. Ils contactèrent également d'anciens amis et parents de l'entité décédée pour les valider. Les résultats furent impressionnants. Les chercheurs en conclurent que 98 % des éléments comparés étaient pertinents (correspondance claire et précise). Quant aux deux pour cent restants, on ne put les confirmer, mais aucun ne s'avéra être une affirmation fausse ou inexacte.107 A peine connu en Amérique du Nord, Chico Xavier était très populaire au Brésil. Il participa à plusieurs programmes télévisés, si bien qu'il existe encore des enregistrements de ses prestations publiques. Il est intéressant de noter que la 107 AC Rocha, et al, “Investigating the fit and accuracy of alleged mediumistic writing: a case study of Chico Xavier’s letters,” Explore (NY). 2014 Sep-Oct;10(5):300-8. doi: 10.1016/j.explore.2014.06.002., available at: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25103071 240 veuve d'Humberto de Campos, un écrivain de renom passé de l'autre côté, intenta une action en justice à l'encontre de Xavier, en prétendant sans succès que le matériel psychographique provenait de son défunt mari et que les droits d'auteur devaient donc lui revenir. Se basant sur la popularité auprès des téléspectateurs, une émission de télévision du réseau SBT, diffusée en 2012, désigna Xavier comme étant ‘’le plus grand Brésilien de tous les temps’’. A cela s'ajoutent des routes, des timbres et des statues érigées en son honneur. C’est du jamais vu pour n'importe quel autre médium, où que ce soit. Un excellent film sur sa vie, simplement intitulé Chico Xavier, est disponible sur Internet.108 D'un point de vue scientifique, même dans des cas aussi extraordinaires que celui de Chico Xavier, l'origine des communications par l'intermédiaire des médiums ne peut pas être confirmée. Alors que la prépondérance des preuves suggérerait que les sources peuvent être identifiées, ce que l'on ne peut pas éliminer avec certitude, c'est qu'une forme de Conscience collective n'ait pas produit le matériel, ni reproduit une source incarnée antérieurement. Voilà une hypothèse très intéressante, qui constituerait un défi pour la science moderne. Précisons qu'il est insensé de se fier aux déclarations d'un médium, par opposition à ce que l'on sait être vrai. Il ne fait aucun doute que ces informations peuvent être utiles à de nombreuses personnes, mais il faut savoir que même les meilleurs médiums sont parfois dans l'erreur. Dans le meilleur des cas, ils ont affaire à une communication imparfaite qui provient de sources que l'on ne comprend pas parfaitement. Vérifier l'information par rapport à la vérité du terrain devrait être une priorité, mais il y a un paradoxe, car ce que l'on croit être la vérité de base peut aussi être imprécis. Ce qui pose problème, c'est que les médiums s'engagent dans le divertissement, en particulier les spectacles publics et les émissions de télévision. On sait que ces phénomènes sont élusifs et qu’il est donc délicat pour un médium de toujours fournir des informations précises. La réalité, c'est qu’ils peuvent parfois se tromper. À la télévision, ce n'est pas souhaitable. D’ailleurs, les sceptiques 108 https://www.youtube.com/watch?v=ITDAwqbJ1WQ 241 déboulonneurs attendent toujours en coulisse pour s'emparer de toute erreur et la considérer comme une preuve d'escroquerie. Souvenez-vous qu'en tant qu'être spirituel vivant une expérience physique, vous avez les facultés nécessaires pour recevoir tous les conseils dont vous avez besoin pour diriger votre vie. Les médiums légitimes peuvent vous assister, mais vous devez être conscient de leurs limites. Leur rôle n'est pas d'organiser votre vie à votre place. Les médiums ne sont pas des diseuses de bonne aventure ; ils communiquent avec ceux qui sont passés à un autre plan d'existence. L’une des conférences les plus plaisantes à laquelle je participai un jour pendant un séminaire consacré à la voyance s'intitulait : ‘’Mourir ne vous rend pas spécialement intelligent.’’ Un de mes anciens commandants des forces spéciales, le major Stan Olchovik, partageait ce sentiment. Comme beaucoup de membres des forces spéciales de la première heure, Stan vécut en Europe de l'Est pendant la Seconde Guerre mondiale. Originaire de Tchécoslovaquie, il se retrouva parmi les millions de personnes déplacées et sans abri à la fin de la guerre. Il fut donc envoyé dans un camp de personnes déplacées, où il resta pendant de nombreux mois. Comme dans des camps similaires aujourd'hui, les occupants n'ont pas grand-chose à faire et sont confinés sur place. Stan connaissait mon intérêt pour ces phénomènes et me confia que pendant qu’ils étaient dans le camp des personnes déplacées, ils passaient souvent leur temps à tenter d'entrer en contact avec des entités désincarnées. Même s'ils semblaient parvenir à entrer en contact avec quelque chose ou avec quelqu'un, Stan pensait que ‘’beaucoup étaient des abrutis’’. Beaucoup trop de personnes qui demandent conseil à des médiums s'attendent à ce que leur parent décédé soit devenu omniscient. Je connais des gens qui demandent aux défunts de les aider à gagner à la loterie. Sans succès jusqu'à maintenant. D'un point de vue scientifique, la médiumnité est peut-être l'un des phénomènes les plus compliqués à tester. Il y a pas mal de variables, et il n'y a pas de terrain d'entente pour comprendre en quoi pourrait consister la continuation de la conscience. On a proposé divers modèles de paradigmes post-mortem, mais aucun n'a été universellement accepté, et il est probable qu'aucun ne le sera 242 jamais. La recherche de la vérité continuera d'être compliquée par les religions officielles qui, pour plusieurs raisons, y compris économiques, préserveront leurs marques, même face à des preuves qui contredisent certains de leurs principes. 243 CHAPITRE 17 : ‘’MAMAN, POURQUOI TUE-T-IL CES GENS ?’’ Un peu timidement, la petite fille s'avança dans l'allée. Elle n'avait pas plus de six ans. Ses cheveux blonds coupés court tressautèrent un peu, quand le prêtre lui prit la main. Elle avait parlé à voix basse à sa mère, mais le prêtre avait entendu sa remarque et il l'avait invitée à se joindre à lui. Alors, très légèrement, elle toucha un adulte, un parfait inconnu, qui leur faisait face, et en un instant, l'homme se retrouva allongé sur le sol, apparemment inconscient, comme frappé par l'Esprit. Je fus témoin de cet événement remarquable grâce à Ann Armstrong-Dailey, qui est une femme extraordinaire. Nous nous rencontrâmes pour la première fois par l’entremise de notre amie commune — présidente de mon comité de doctorat — le docteur Elisabeth Kübler-Ross, peu après mon arrivée pour une mission au Pentagone en ma qualité d'inspecteur général. Comme beaucoup le savent, c'est à Kübler-Ross que l'on doit en grande partie l'introduction du concept d'hospice aux Etats-Unis, depuis l'Europe. À l'époque, Ann travaillait pour la National Hospice Organization (NHO) et elle tentait de sensibiliser le personnel à la nécessité d'offrir des services aux patients pédiatriques. Mais ses efforts furent infructueux auprès du NHO. Il est vrai que les patients pédiatriques et leurs familles ont des besoins très différents de ceux des adultes plus âgés. Il existe une différence qualitative dans l'implication émotionnelle des travailleurs des services de soins palliatifs par rapport aux adultes et aux enfants. C'est une chose d'accepter le fait que les personnes âgées meurent (et même certains adultes plus jeunes), mais les enfants ne sont pas censés mourir. Pourtant, chaque année aux États-Unis, on dénombre environ 8 000 décès d'enfants âgés de 14 ans et moins. La principale cause de ces décès, c’est les accidents, mais la réalité, c’est qu'il y a un nombre substantiel d'enfants en phase terminale et qui ont désespérément besoin d’un soutien. Les besoins de leurs parents et de leurs frères et sœurs sont tout aussi importants. Des études ont démontré que de nombreux parents divorcent à la suite du décès d'un enfant. La 244 culpabilité et l'incrimination, bien que souvent injustifiées, ont tendance à détruire les familles. Sur la base de ce constat, Ann reconnut la nécessité d'une organisation qui serait conçue spécifiquement pour soutenir les soins palliatifs pédiatriques. C'est ainsi qu'est né Children's Hospice International (CHI), et Ann est sa directrice fondatrice, une fonction qu'elle occupe encore aujourd'hui. Ce fut un privilège pour moi de siéger au premier conseil d'administration aux côtés de mon mentor, Mme Kübler-Ross, et d'autres grandes figures du mouvement des soins palliatifs. De manière unique, CHI développa des programmes complets conçus pour traiter la totalité de l'unité familiale, y compris le suivi au-delà de la vie de l'enfant. La mise au point de CHI demanda un certain temps. Au cours de cette période, je rencontrai Ann plusieurs fois, et elle prit conscience de mon intérêt pour les expériences de mort imminente et d'autres phénomènes psychiques. Elle était présente dans notre appartement pour la soirée de la séance de torsion des métaux de Jack Houck, et expérimenta elle-même certains effets. Elle put aussi observer l'épisode critique qui nous amena, le général Stubblebine et moi, à prendre le processus très au sérieux. Catholique fervente, Ann était une amie proche d'un prêtre local. À la suite d'un accident de la route où sa voiture fut percutée par l'arrière, on lui diagnostiqua une sclérose en plaques. Je n'entends pas suggérer une relation de cause à effet entre les deux, mais cela fit ressortir un certain nombre de symptômes. Sous la direction du prêtre, elle s'engagea aussi dans une démarche de guérison spirituelle. Un jour, Ann m'appela pour m'informer qu'un prêtre de la région de Boston allait venir en Virginie du Nord, où nous habitions. Ce prêtre, le père Angelo Rizzo, était bien connu comme guérisseur dans la communauté catholique. Dans ce contexte, le diocèse distribuait des tickets pour éviter les débordements pendant l'office. L'ami d'Ann, qui était prêtre, réussit à obtenir deux tickets, et elle me proposa de l'accompagner. Ce que je ne sus pas avant des années plus tard, c'est qu'Ann 245 avait déjà participé à une autre cérémonie avec le père Rizzo, et qu'elle avait vu sa vue s'améliorer de façon significative. C'est un vendredi en milieu d'après-midi que nous arrivâmes à l'église SaintAntoine (pseudonyme) de Falls Church, en Virginie. Par l’entremise de contacts d'Ann au sein de l'église, nous avions appris que l'évêque qui présidait le diocèse ne se réjouissait guère de la présence de ce prêtre charismatique. La veille, il y avait eu un service privé pour les prêtres locaux, et les tensions entre les factions philosophiques étaient évidentes. De mon point de vue, la venue du père Rizzo constituait une menace pour l’évêque, mais il fallait bien aller de l'avant, puisque des centaines de tickets avaient été distribués et que l'intérêt et les attentes des paroissiens étaient élevés. Une fois entrés dans le sanctuaire de cette église traditionnelle romane, qui se remplit rapidement, nous prîmes place dans la nef, à une dizaine de rangées depuis l'arrière. Les bancs en bois de chêne clair étaient bien alignés pour accueillir l'assemblée. Ann choisit de s'asseoir à gauche, tout près de l'allée, et je m'installai à côté d'elle. Nous étions bien placés pour observer l'office qui allait se dérouler. N'étant pas catholique moi-même, je ne savais pas trop à quoi m'attendre, si ce n'est qu'il serait sans doute assez rigide et formel. Jamais, dans mes rêves les plus fous, je n'aurais pu imaginer ce qui allait se passer. L'église était comble, et même un peu plus. On entendait les notes d’une douce musique d'orgue et les gens chuchotaient en se bousculant pour obtenir les places restantes. La musique changea pour annoncer l'arrivée de l'évêque et de son entourage, composé d'une douzaine de prêtres. Ils s’installèrent sur l'estrade et le service commença. L'évêque fit d’abord quelques commentaires de circonstance, puis présenta l'attraction principale, le père Rizzo. Alors âgé d'une quarantaine d'années, le père Rizzo avait déjà passé plusieurs décennies comme missionnaire au Brésil, ce que je ne savais pas à l'époque. 246 Pendant son séjour au Brésil, il apprit les arts charismatiques de la guérison spirituelle et il écrivit un livre sur ses expériences.109 Sur l'estrade, il faisait beaucoup plus jeune que son âge, vêtu de la traditionnelle soutane noire avec son col blanc caractéristique. Rasé de près et les cheveux bruns coupés courts, il ressemblait au modèle télévisé du prêtre catholique local. N’ignorant pas que son public était venu pour les guérisons, il fut très bref dans ses commentaires préliminaires. J'ai oublié depuis longtemps les détails, mais il souligna les rapports entre le corps et l'esprit. Le corps développe parfois des symptômes, qui sont des métaphores physiques indiquant qu'une guérison est nécessaire à un autre niveau, dit-il. A la fin de son intervention, le père Rizzo demanda à tout le monde d'être patient. Il allait bénir tout le monde ; il n'était pas nécessaire de se précipiter sur l'estrade. Fidèle à sa parole, il descendit auprès des gens et il bénit toutes les personnes qui le désiraient. Comme il y avait des centaines de personnes qui réclamaient cette bénédiction, le service dura plus d'une heure. Instantanément, après qu’il eut touché la première paroissienne, celle-ci tomba à la renverse. En prévision de sa réaction, la dame fut rattrapée, puis allongée en toute sécurité sur le sol, et elle demeura immobile pendant plusieurs minutes, après avoir été “touchée par l'Esprit’'. La formule ‘’touché par l'Esprit’ ’désigne un phénomène propre au pentecôtisme et au mouvement charismatique, en vertu duquel une personne est gagnée par le Saint-Esprit. L'expérience est une expérience temporaire, pendant laquelle l'individu s'évanouit, bien que ses facultés de pensée et de volition restent intactes. Le phénomène se produit, lorsqu'une personne charismatique, déjà possédée par l'Esprit, impose ses mains sur la tête d'une autre personne. On considère qu'il s'agit là du signe extérieur d'une manifestation spéciale de la grâce divine.’’110 109 Fr. Angelo Rizzo, Fr. Angelo Rizzo Speaks: I Believe; Using Mind Power; We Are All Healers, Healing Arts Press, 1980 110 Catholic Culture, https://www.catholicculture.org/culture/library/dictionary/index.cfm? id=36520 247 Le père Rizzo continua sur sa lancée, en bénissant et en touchant légèrement chaque personne sur le front. Ceci eut le même effet sur les hommes et les femmes. La plupart tombèrent, mais quelques-unes titubèrent jusqu'à leurs bancs. Chaque contact ne dura que quelques secondes et, en quelques minutes, des corps gisèrent partout sur le sol. Alors que le père Rizzo remontait l'allée, nous pouvions clairement observer le processus. Il se trouvait deux rangées devant nous, lorsque j'entendis la petite fille se tourner vers sa mère et lui demander : ‘’Maman, pourquoi tue-t-il ces gens ?’’ Quoiqu’elle n'ait pas parlé fort, le père Rizzo avait aussi entendu la remarque. Il se tourna vers elle pour lui dire : ‘’Oh non, je ne les tue pas !’’ Il demanda alors à la petite fille effarouchée de se joindre à lui, et elle s'avança obligeamment dans l'allée. Une fois-là, il lui prit la main pour toucher la personne suivante. Comme les autres avant elle, celle-ci fut touchée par l'Esprit, tomba à la renverse et fut délicatement allongée sur le sol. La petite fille toucha ensuite une autre personne, puis une autre, chacune d’elle réagissant de la même façon à son contact. D'une façon ou d'une autre, le père Rizzo avait transféré à cette petite fille sans prétention le pouvoir de provoquer un changement significatif dans leur état de conscience, et je l'entendis lui dire sagement : ‘’Écoute, on ne peut pas jouer avec ça !’’ Alors qu'elle continuait à avancer, la formule ‘’tomber comme des mouches’’ me vint à l'esprit. La petite fille continua encore pendant de nombreuses minutes, et chaque contact avait le même effet. Ne sachant rien de cette petite fille, hormis mes observations du jour, il m’est impossible de dire comment ceci l'a affectée ou si elle avait déjà vécu des expériences quelconques. Ill serait plus intéressant de savoir si elle a continué à avoir ces expériences, après avoir quitté l'église, ce jour-là. Il convient de noter que ces expériences ne sont pas exclusivement catholiques, mais qu'elles sont aussi assez courantes dans certaines confessions chrétiennes évangéliques. On ne comprend pas exactement ce qui se passe, même si beaucoup d’explications ont été avancées. Une hypothèse veut que les foules 248 sont hypnotisées et sensibilisées aux suggestions du pasteur. Dans le cadre d'une certaine théâtralisation évangélique, on intègre ces éléments dans le spectacle. De la musique répétitive, avec des thèmes comme la chanson ‘’He touched me’’ bombarde l’assistance. Puis, il y a des manœuvres psychologiques ; il faut considérer que les personnes présentes ont une prédisposition à être influencées, autrement elles ne seraient pas présentes. Il y a des divisions religieuses à propos de l'efficacité de l'invocation de cet Esprit. Certains pensent que si les effets sont réels, ils n’émanent pas de Dieu, mais plutôt d'une source maléfique, comme Satan. Ceux-là mettent en garde contre la tentation de se livrer à ces activités, de crainte d'être possédé. Il y a également débat sur la question de savoir si les écritures bibliques permettent ou autorisent de tels événements. Plusieurs décennies plus tard, nous invitâmes l’unique prêtre jésuite de Las Vegas à déjeuner pour discuter de la position de l'Église sur l'impact du contact par l'Esprit. Quand bien même il ne connaissait pas le père Rizzo, il nous informa qu'au cours des années 1980, quand cet événement avait eu lieu, l'Église catholique comptait quelques prêtres qui s’adonnaient à des activités de guérison de cet ordre. Le père Rizzo, décédé en 2012, n'était pas le seul à démontrer de telles capacités. Il y en avait d'autres, comme le père Ralph DiOrio, qui oeuvra dans ce sens jusqu'à son départ à la retraite en janvier 2017. Le ministère de l'évangéliste guérisseuse américaine, Kathryn Kuhlman fut à l'origine d'un mouvement populaire au 20ème siècle. Sans formation théologique, elle attirait un large public. Elle entreprit ses croisades de guérison en 1933 et, avec l'arrivée de la télévision, elle créa la série I Believe in Miracles.111 Controversé et non corroboré par des preuves, le ministère prétendit avoir guéri plus de deux millions de personnes. En revoyant les films de ces événements, on s'aperçoit qu'à certains moments, elle semble aussi amener les gens à être touchés par l'Esprit. Dans tous les cas que j'ai pu observer, elle s'adresse directement au patient et généralement en appuyant sur son front. 111 Kathrine Kuhlman, I Believe in Miracles, Bridge-Logos Publishing, update 1992 249 L’un de ses disciples, Toufik Benedictus Hinn, plus connu sous le nom de Benny Hinn, fit passer cette forme d'art à un autre niveau. Pendant les événements qu'il organise, il arrive fréquemment que des personnes dans l'assistance tombent par terre. Avec l'anticipation qui grandit, Hinn s'anime de plus en plus. On le voit parfois enlever sa veste et l'agiter vers les spectateurs qui tombent alors à la renverse. Plus impressionnant encore, on le voit sur scène balayer de la main le public, et les gens tombent alors par dizaines, voire par centaines.112 Les sceptiques rejettent généralement la totalité du processus. Certains évoqueront le risque que des patients gravement malades refusent une aide médicale qualifiée en faveur d'une guérison par la foi. Il s'agit toujours d'un danger qu'il convient d'éviter. D'autres assurent qu'il existe une explication physique, que le guérisseur sait où se trouvent les nerfs crâniens et qu'il provoque ainsi une réaction du corps par une pression directe. Même s'il y a une part de vérité dans ces hypothèses, celles-ci n'expliquent pas ce que j'ai pu observer à Falls Church, en Virginie, il y a trente ans. En admettant même une prédisposition psychologique de la part de certains paroissiens, cela n'explique pas ce qu'a fait cette petite fille. La manière dont le père Rizzo a pu lui transmettre ses capacités est également mystifiante. Aucune consigne ni aucune instruction n'a été donnée. Il a simplement pris les mains de la petite fille et, à son contact, des personnes sont tombées en arrière, touchées par l'Esprit. 112 On peut trouver de nombreuses vidéos. Il suffit de chercher Benny Hinn dans la rubrique vidéos. 250 CHAPITRE 18 : ‘’ALLEZ EN ENFER !’’ De l'autre côté de la rivière Chattahoochee, entre Ft. Benning et Columbus, en Géorgie, se trouve Phenix City, en Alabama. Il s'agit d'une petite ville pittoresque du sud, où se serait déroulée la dernière bataille de la guerre de Sécession. Plus tard, dans les années 1940 et 1950, la ville gagna la réputation d'être un havre pour le crime organisé et la corruption. C'est peut-être ce qui provoqua l'expérience anormale que je vécus là : ma rencontre physique avec un fantôme. La manière dont cela se passa fut l'aboutissement d'un certain nombre de circonstances improbables. Pendant l'année académique 1971-1972, on m'envoya suivre le cours avancé d'officier d'infanterie à Fort Benning, en Géorgie. Les instructeurs avaient du mal à retenir l'attention des étudiants. Presqu’exclusivement, nous étions des capitaines qui venaient de combattre au Viêt Nam, et nous allions sans doute retourner en Asie du Sud-Est, au bout de ce cours de neuf mois. Il s'avéra que notre classe fut la première depuis plusieurs années à pouvoir bénéficier d'un éventail plus large d'affectations, mais nous nous disions : ‘’Que vont-ils faire, nous renvoyer au Viêt Nam ?’’ Le programme n'était pas super intéressant sur le plan académique et la majorité d'entre nous recherchaient d'autres activités. Pour me distraire, je m'inscrivis à un cours du soir de parapsychologie sans crédit donné par le professeur Charles Logue au Columbus College,113 et je me liai d'amitié avec une femme de la région qui s'appelait Janet (un pseudonyme). Elle et quelques amis formaient un petit groupe qui organisait des réunions semblables à des séances de spiritisme, quoiqu'ils n'auraient sans doute pas qualifié ainsi leurs efforts. Il se trouve que Janet était un médium en devenir qui pouvait facilement entrer en transe sous hypnose. Elle paraissait avoir accès à des vies antérieures et à d'autres sources de données uniques. Le groupe utilisait un instrument qui attira mon attention : une planchette, qui ressemblait à la pièce mobile d'une planche 113 Maintenant la Colombus State University 251 Ouija, sauf que le devant contenait un stylo qui écrivait les messages.114 C'était nettement plus rapide que l'approche laborieuse du Ouija, qui consistait à épeler chaque lettre une à une. La vitesse d'écriture des messages était donc extrêmement rapide. La plupart des messages reçus étaient fort génériques et semblables à d'autres écrits New Age. Avec Janet, il y avait souvent des messages sur l'Égypte ancienne et Néfertiti. Au moins une fois, elle se mit subitement à parler français, en évoquant des événements anciens survenus dans le sud de la France. Ces séances étaient systématiquement enregistrées pour la postérité. En transe légère, Janet pouvait faire voler la planchette, et les messages étaient transcrits sur du papier que l'un des autres participants mettait de côté. Quand je l'ai rejoint, le groupe était actif depuis plusieurs années, et il s'était doté de ses propres protocoles. Pour la plupart, les messages étaient de nature générique, et suggéraient que les humains devraient être gentils, se préoccuper de l'environnement et ne pas causer la fin de la civilisation. Bien que les messages aient pu sembler intéressants sur le moment, il n'y avait rien de vérifiable dans le texte. Cela dit, il m'arriva d'observer Janet remplir des pages qui semblaient n'être que des gribouillages incohérents. Et puis, subitement, avec quelques derniers traits habiles, une image entière apparaissait clairement. Il me semble toujours fort improbable qu'elle ait eu une capacité artistique unique ou qu'elle ait feint ces psychographies. Les cours de Logue étaient modérément intéressants, mais très ordinaires pour de la parapsychologie. L'art de psychiquement dissiper les nuages est l'une des qualifications que j'eus l’opportunité d'acquérir grâce à lui. Il est illustré par George Clooney, un mélange de plusieurs personnages de la vie réelle dans Les chèvres du Pentagone. Le film s'inspirait d'un livre malheureux du même nom, qui contenait un minimum de vérité et qui la dilua considérablement — et on en tira un film.115 On peut trouver des noms réels dans ce livre, alors même que le postulat de base, à savoir que des chèvres peuvent mourir à force d'être scrutées, n'a aucun sens. Et pour ceux qui ont vu le film, le général qui était mon patron, le 114 Pour plus d’informations, voir http://www.mysteriousplanchette.com/History/history1.html On peut trouver des détails sur l’histoire vraie qui se cache derrière Les chèvres du Pentagone sur mon site web : http://www.johnbalexander.com/articles 115 252 major général Albert Stubblebine, n'essaya jamais dans la vraie vie de traverser un mur solide en courant !116 En revanche, il y a du vrai en ce qui concerne la dissipation psychique des nuages, même si c'est extrêmement difficile à prouver scientifiquement. Le processus que Logue nous enseigna impliquait de sélectionner un nuage à dissiper, puis d’ordonner mentalement au nuage de se désagréger. Je réalisai que viser le nuage et souffler fonctionnait, du moins parfois ! Si cela semble imprécis, c'est que ça l'est. Je n'ai jamais vraiment compris ce que je faisais. C'est un peu comme faire du vélo : lorsque vous y parvenez, vous le savez, et cela se fait sans effort. Quelques mois après avoir rejoint le groupe de Columbus, nous apprîmes l'existence d'une maison hantée à Phenix City. Le résident actuel avait des problèmes avec des bruits, et il racontait qu'il voyait parfois des entités désincarnées. Leur présence n'était pas agréable et le résident désirait qu'elle cesse. Le résident se demandait si l'homme qui était mort dans la maison dans des circonstances mystérieuses n’était pas impliqué dans la hantise actuelle. Sans rien promettre, le groupe accepta de visiter la maison. C'est ainsi qu'un soir convenu, trois d'entre nous s'aventurèrent de l'autre côté de la rivière et se rendirent sur le site de cette maison présumée hantée. Cette maison était haute de deux étages et sa construction remontait à plusieurs dizaines d’années. Le bâtiment en bois brun, avec son porche ouvert à l'avant et son porche arrière protégé par une moustiquaire, avait connu des jours meilleurs. L'architecture intérieure était un peu étrange, car il y avait des pièces inaccessibles par des fenêtres ou des portes extérieures. 116 Mon ami Bert Stubblebine est décédé le 6 février 2017, alors que j'écrivais ce livre. La scène où on le voit courir et foncer dans un mur dans le film n'a aucun sens. Par contre, il était très allergique aux piqûres d'abeilles. Il était donc soigné au Walter Reed Army Medical Center, où il recevait de nombreuses piqûres. Il se préparait mentalement en reconnaissant que les atomes dans l'aiguille étaient essentiellement de l'espace vide et qu’il en allait de même pour ses tissus. C'est ainsi qu'il visualisait les atomes de l'aiguille glissant entre les atomes de son corps. Il ne devrait donc pas la sentir. Il s'agissait là d'un exercice purement mental. 253 Le propriétaire était là pour nous accueillir et nous pria d'entrer, et la première réaction de Janet fut claire et troublante. Elle sentit tout de suite qu'une femme était décédée dans le salon dans des circonstances pénibles et longues en raison d'un cancer. Comme les chambres étaient toutes situées au deuxième étage, le salon avait été provisoirement reconverti pour la femme. Nous n'avions pas été informés de l'existence de cette femme, ni de sa maladie avant notre arrivée. L'évaluation immédiate et correcte de la situation par Janet impressionna le propriétaire. Même si ce n'était pas ce qu'on nous avait demandé d'évaluer, Janet pensait que certains des événements en cours étaient liés à la femme décédée. Des enfants avaient rapporté avoir vu des têtes effrayantes flotter dans la pièce, le soir, à l'occasion d'une visite. Ces apparitions avaient fait peur aux enfants, qui refusaient d'encore rester là. On nous conduisit ensuite à l'étage dans l'une des chambres du deuxième étage où l'homme était décédé. On nous dit qu'il avait été violemment battu, alors qu'il se trouvait sur le porche arrière du rez-de-chaussée. Depuis cet incident, la maison avait été rénovée. Elément très particulier, l’une des anciennes chambres était maintenant complètement condamnée. Comme il n'y avait pas de porte de communication, l’unique moyen d'y accéder était de pénétrer dans le grenier par un accès au plafond, puis de ramper à quatre pattes jusqu'à un accès du même acabit situé au-dessus de cette chambre désormais condamnée, et se laisser littéralement tomber à l'intérieur. Le propriétaire nous dit qu'il ne l'avait fait qu'une seule fois. En se servant d'une bougie pour s'éclairer, il s'était frayé un chemin dans le grenier et il avait rampé en poussant la bougie. Mais avant qu'il ne puisse descendre dans la pièce, la flamme augmenta brusquement, s'arqua vers le bas et brûla le dos de la main qui tenait la base de la bougie. Il n'avait pas d’explication, en ce qui concerne le comportement de la flamme. Malgré la brûlure, il continua à avancer et réussit à pénétrer dans la pièce scellée. Il rapporta qu'à l'exception de quelques papiers datant d'une vingtaine d'années, il n'y avait rien de remarquable dans la pièce, hormis l'absence de porte ou de fenêtre. 254 D'autres parties du deuxième étage avaient également été transformées. Alors que je me tenais le dos au mur, je sentis tout à coup comme une poussée dans le dos. Janet me dit qu'elle pouvait voir une grande entité sombre qui se profilait directement derrière moi. Le propriétaire précisa que je me tenais maintenant exactement à l'endroit où se trouvait la porte de la pièce auparavant. L'expérience fut fort déplaisante et Janet dit qu'elle était physiquement attaquée par une entité invisible très contrariée par notre intrusion. Nous capitulâmes et résolûmes de redescendre pour procéder à une brève séance de spiritisme. La pièce choisie se trouvait au centre de la maison et n'avait ni porte, ni fenêtres extérieures. Ce fait allait devenir très important, quelques minutes plus tard. À l'aide de la planchette, Janet commença à recevoir des messages détaillés qui provenaient de la victime masculine, selon elle. Depuis son état désincarné, celleci nous informa de ce qui s'était passé, en ce jour fatidique. Si tout le monde savait que l'agression avait eu lieu sur le porche arrière, elle signala qu'il y avait eu une seconde agression, avec un agresseur différent. C'est la seconde agression qui fut fatale. L'agresseur n'avait jamais été arrêté, principalement parce que personne ne savait qu'il y avait eu plusieurs agressions. Si peu d'informations étaient vérifiables, ce qui arriva ensuite défie toute explication, et nous en fûmes tous des témoins de première main. Tout à coup, la porte intérieure de la pièce où nous nous trouvions s'ouvrit brusquement, et l'écriture sur la planchette changea spectaculairement. En caractères gras et abruptement, le message ‘’Allez en enfer !’’ apparut sur la page. L'écriture était très différente de toutes les transmissions précédentes que j'avais vues. Puis la porte claqua. Elle ne fut pas simplement refermée, mais très clairement claquée, comme par une personne très en colère. Et pourtant, il n'y avait pas d’autre personne physique présente. Ayant travaillé avec Janet pendant plusieurs mois, je m'étais familiarisé avec l'écriture automatique qu'elle produisait. Ceci ne ressemblait à rien de ce que nous avions vu auparavant. Je suis personnellement convaincu que ce n'était pas volontaire de sa part. En fait, elle paraissait effrayée par cette intrusion 255 spontanée intempestive. Le message fut pris comme une menace et comme une indication que nous avions maintenant affaire à un autre genre d'entité. Ce qui distinguait cet épisode des psychographes ou de l'écriture automatique plus courante, c’était les interactions physiques avec la porte. Comme indiqué précédemment, cette pièce n'avait ni sortie extérieure, ni fenêtres. On fouilla les pièces adjacentes. Toutes les ouvertures étaient fermées. Ni le vent, ni la gravité ne pouvaient expliquer les mouvements de la porte, et même si un courant d'air avait ouvert la porte, cela n'expliquerait pas sa fermeture violente. Indépendamment de la controverse légitime concernant l'existence d'entités désincarnées, comment la science pouvait-elle expliquer les actions physiques de la porte directement liées à l'écriture du message ? Le lendemain, Janet signala que des ecchymoses étaient apparues sur son corps aux endroits où elle disait avoir été frappée par l'entité. Elle ne consulta aucun médecin pour ces ecchymoses. Il s'agissait là d'une expérience de première main avec un esprit. Jamais auparavant, je n’avais eu ‘’l’impression’’ d'avoir été physiquement bousculé par un fantôme et je n’ai plus eu cette ‘’impression’’ depuis lors. 256 CHAPITRE 19 : ACCÉDER AU MONDE DES ESPRITS La croyance relative aux esprits et aux mondes extradimensionnels est en réalité très répandue. Malheureusement, la plupart des scientifiques formés dans les universités occidentales nient l'existence physique de tout ce qui est non matériel. Ils ignorent tout simplement les observations, et même les données concrètes, qui prouvent que nous sommes plus que des corps physiques en voyage singulier transitant par la réalité consensuelle. Ce chapitre aborde plusieurs expériences personnelles qui soutiennent fortement le concept d'un univers multidimensionnel. Tout comme les astronomes ne cessent de découvrir de nouvelles étoiles, planètes et autres corps célestes, les chercheurs trouvent de plus en plus d'éléments suggérant la réalité de dimensions non découvertes. Avant l'arrivée du télescope spatial Hubble, la majorité des nouvelles découvertes n'étaient pas visibles, car on ne disposait pas de systèmes de capteurs capables de détecter leur existence. En octobre 2018, une fusée Ariane 5 de l'Agence spatiale européenne devrait mettre en orbite le télescope spatial James Webb. Quand cela sera le cas, il est certain que nous découvrirons encore plus de choses sur les confins inconnus de l'univers. Ce que nous découvrirons existe déjà ou, dans certains cas, au regard des immenses distances, a déjà existé mais s'est éteint avant que nous n'en fassions l'observation. À l'autre extrémité du spectre physique, nous pouvons maintenant faire des observations à l'échelle nanométrique, ce qui était impossible auparavant. Le Laboratoire National Lawrence Berkeley du Département de l'Energie a récemment mis en service un microscope électronique capable de produire des images d'une résolution égale à la moitié de la largeur d'un atome d'hydrogène. Il s'agit pour l'instant du microscope le plus puissant au monde, mais un autre sera un jour disponible avec une résolution encore meilleure. Avec le grand collisionneur de hadrons117, des recherches sont menées pour trouver la particule 117 Pour plus d'informations sur le grand collisionneur de hadrons, consulter le site web : https://home.cern/topics/large-hadron-collider 257 de Dieu118. Nous pensions autrefois qu'il s'agissait du boson de Higgs, mais on nous a rapidement informés que des pentaquarks encore plus petits avaient été découverts. Oui, ces particules ont toujours existé, mais elles étaient simplement invisibles, faute de disposer des instruments nécessaires pour les observer. Je soutiendrai ici qu'il existe de solides indications par rapport à l'existence d'un ou de plusieurs mondes spirituels. Ceux-ci sont généralement méconnus, parce que le monde occidental a adopté un système de croyance matérialiste qui ne permet pas d'envisager d'autres dimensions. Je vais fournir une petite partie des preuves qui corroborent non seulement l'existence de mondes spirituels, mais aussi des indications selon lesquelles ils peuvent interagir et interagissent parfois avec notre version de la réalité consensuelle, celle dans laquelle nous vivons tous les jours. Le problème est que la plupart des scientifiques refusent même d'envisager cette possibilité ou de prendre en compte ces données. LA DÉESSE MÈRE AYAHUASCA Le soleil se couche vers 18 heures quotidiennement près de l'équateur. En 2000, la sécurité était laxiste, et l'aéroport d'Iquitos, au Pérou, était particulièrement chaotique, et le fait que nous ne sachions pas qui nous cherchions n'aidait pas. Par bonheur, un gringo, qui mesurait plus d'un mètre quatre-vingt-dix, Howard Lawler sortait du lot. Les indigènes vivant près du fleuve Amazone ont tendance à être beaucoup plus petits et, bien sûr, plus foncés. Cela serait notre toute première aventure dans la forêt amazonienne pour explorer les visions légendaires associées à l'ayahuasca. Notre moyen de transport, une camionnette Volkswagen bleue délabrée avec un pare-brise gravement fissuré, n'inspirait guère confiance. À l'époque, il y avait peu de vols entre Lima et Iquitos, et les huit participants aux cérémonies arrivèrent donc simultanément. Les présentations furent brèves, puis nous nous mîmes en route sur les routes cahoteuses qui mènent au fleuve. La circulation était dense, avec surtout des tuk-tuks, ces engins à trois roues qui constituent le principal moyen 118 Leon Lederman, The God Particle: If the Universe Is the Answer, What Is the Question?, Bantam Press, 1993 258 de transport local dans beaucoup de pays en voie de développement. Moins d'une heure plus tard, notre matériel était embarqué sur deux bateaux à faible tirant d'eau, et peu de temps après, nous nous enfonçâmes dans l'obscurité qui promettait une transformation quasi mystique. Les moteurs hors-bord vrombissaient et un jeune assistant dirigeait le faisceau d’une lampe torche pendant que nous manœuvrions dans le courant. Près d'Iquitos, le puissant fleuve Amazone est plutôt trouble et encombré de débris de toutes sortes qui flottent en direction de l'océan Atlantique, à près de 3 700 km en aval. Les embarcations doivent éviter de grosses branches d'arbres et d'autres objets qui pourraient provoquer d’importants dommages. Bientôt, la voie d'eau se rétrécit en entrant dans un affluent, le Rio Nanay. Là, le faisceau lumineux fit ressortir des reflets d'yeux qui nous observaient, juste au-dessus de la surface de l'eau. Nous ne savions pas exactement de quels animaux il s'agissait, mais nous n’aspirions certainement pas à nous joindre à eux. Une demi-heure plus tard, nous nous approchions d'une rive abrupte et boueuse, et perchée à une dizaine de mètres au-dessus de nous, en retrait d'une trentaine de mètres, se trouvait l'entrée du campement. Sans électricité, le bâtiment principal sur pilotis était éclairé par de petites lampes à huile vacillantes. La scène, décorée de sarbacanes et d'accessoires à plumes provenant de la jungle, appelait à la transformation. Elle était plus exotique que n'importe quelle production hollywoodienne et elle laissait présager les expériences numineuses à venir. Même si l'ayahuasca est une expérience intérieure, cette introduction me convainquit que le cadre fait bel et bien une différence. Howard était un hôte attentif, mais il était le seul à avoir l'anglais pour langue maternelle. Il parlait aussi couramment l'espagnol. Ayant la double nationalité, il était marié à une Péruvienne et possédait une maison confortable en ville. En tant qu'unique traducteur, il était constamment sollicité et il devait répondre à un millier de questions. Cette expérience était tellement éloignée de notre réalité occidentale que cela prendrait du temps pour qu'elle s'intègre pleinement dans notre conscience. 259 Pas d'électricité signifiait pas de réfrigération. Il y avait parfois un peu de glace, mais comme les températures dépassaient les 30°C, jour et nuit, elle fondait vite. La cuisine se faisait à l'extérieur, sur le sol, à l'intérieur d'un cercle de pierres qui rappelait davantage un feu de camp qu'une cuisine. La nourriture était très simple, le régime de l'ayahuasca étant généralement observé. Victoria avait commencé le régime, un mois avant notre arrivée, mais elle avait l’habitude d’un régime très strict.119 Le régime prescrit excluait le sel, le sucre et quasiment tout ce que nous pensons être bon au goût. Il y avait beaucoup de poisson, de bananes et de papayes. Le riz était importé et constituait également un aliment de base. L'alcool était interdit. En plus de ne pas être gastronome, la Mère Ayahuasca demande aussi qu'il n'y ait pas de relations sexuelles pendant la période de l'ayahuasca. La première nuit fut magique. En arrivant dans l'obscurité, nous ne pouvions qu'imaginer les alentours. En descendant du bateau, je fus surpris par l'absence d'insectes. J'appris ultérieurement que les moustiques qui pullulent dans la région sortent en masse vers le coucher du soleil, mais qu'ils disparaissent rapidement. Le sommeil viendrait facilement, car nous avions voyagé sans interruption pendant plus d'une journée, avec seulement une courte escale dans la capitale, Lima. Nous étions maintenant immergés dans un monde de sons nouveaux. La région était authentiquement vivante, et des aventures nous attendaient. Par rapport à l'ayahuasca, Victoria était curieuse et prête à faire preuve d'une grande foi et à passer à l'acte. De par mes habilitations de sécurité de haut niveau, je choisis d'être un observateur, un rôle qui nous a bien servis au cours de nos nombreux voyages, depuis lors. En de rares occasions, j'en ai ingéré juste assez pour comprendre l'expérience. De nombreux films ont vainement tenté de rendre compte des visions vivantes qui accompagnent l'ayahuasca. La représentation la plus proche que j'ai vue est celle du film à succès, Avatar, de James Cameron ; il y a beaucoup de spéculations sur le fait qu'il ait pu utiliser l'ayahuasca à un moment ou à un autre.120 119 http://www.ayahuasca.com/science/what-foods-and-drugs-need-to-beavoided/ James Cameron, Avatar, produit par Lightstorm Entertainment, Dune Entertainment, Ingenious Film Partners. Le film a rapporté plus de 2,8 milliards de dollars. De plus amples informations sont disponibles ici : http://www.avatarmovie.com/index.html 120 260 L'ayahuasca est un remède qui existe depuis des millénaires. Il s'obtient à partir du mélange de certaines plantes, mais il existe de nombreuses variantes. Comme nous pûmes l'observer, l'ingrédient principal était la plante indigène Banisteriopsis caapi — ‘’la vigne de l'âme’’. En fonction de leur formation et du résultat escompté, les chamans ajoutent d'autres substances ; les feuilles de Psychotria Viridis sont un ajout courant. Une fois mélangées, ces substances produisent un psychotrope. Le processus peut nécessiter plus d'une journée. Dans notre campement, nous pûmes observer nos chamans, Hermana Mari et Don Romolo, qui remuaient consciencieusement le chaudron en ébullition. Pendant que la marmite bouillait, ils y ajoutèrent un autre élément traditionnel : ils chantaient leurs icaros, tout en opérant. Les icaros sont des chants sacrés qui sont donnés à chaque chaman au fur et à mesure de sa formation. Ils peuvent se ressembler, tout en étant généralement propres à chaque personne. On sait que la substance psychoactive de l'ayahuasca est la diméthyltryptamine, ou DMT comme on l'appelle communément. La plupart des scientifiques pensent que les réactions sont le fruit d’interactions entre des substances qui stimulent le cerveau. En ce qui me concerne, je ne crois pas que la psychopharmacologie explique à elle seule les expériences dérivées de l'ayahuasca, car j'ai vu des personnes ingérer de grandes quantités de ce breuvage avec peu ou pas d'effet, alors que d'autres en ont consommé une dose très légère qui a entraîné des expériences transformatrices. Le dîner fut très léger le soir de notre première cérémonie, et avec raison, puisque l'ayahuasca provoque un processus de purge intense. Quelques minutes après avoir bu la coupe, votre estomac commence à se sentir mal à l'aise. Rapidement, des crampes apparaissent, qui sont souvent suivies d'une régurgitation. Bien que cela soit déjà désagréable, il n'est pas rare que le participant se mette à se précipiter à la selle. La majorité des chamans authentiques ont des assistants qui aident ceux qui en ont besoin à se rendre jusqu’aux toilettes adjacentes. La purge est une partie importante du processus de nettoyage et prépare à recevoir les visions. C'est également l'une des raisons pour lesquelles je suis convaincu que l'ayahuasca ne deviendra jamais une drogue récréative. 261 Notre cérémonie initiale commença bien après la tombée de la nuit. Bien qu'elle se déroula à l'intérieur, la forêt avoisinante garantissait une forme d'obscurité enveloppante, qui chassait tous les vestiges du monde extérieur. À la lueur des lanternes, nous nous assîmes en demi-cercle face à Don Romolo et à Hermana Mari. De gros cigares de tabac indigène furent allumés. Avec une invocation rappelant celle d'un service catholique romain, les chamans récitèrent des prières. En circulant dans toute la pièce, ils soufflèrent une quantité considérable de fumée pour purifier l'endroit et conférer une protection spirituelle à ce qui allait suivre. En tant que non-fumeur invétéré, ce fut pour moi la partie la plus désagréable du programme. Puis, chacun s'avança silencieusement et accepta le gobelet qui lui était présenté. Don Romolo les remplissait à partir d'une bouteille de soda en plastique de trois litres qui contenait maintenant l'infusion concentrée. La quantité fournie variait en fonction de ce que le chaman estimait être la quantité appropriée pour chaque personne. Puis, le destinataire faisait une prière silencieuse ou invoquait son intention pour le trip qu'il allait entreprendre. L'ingestion de cette médication au goût ignoble constituait un énorme défi. La plupart l'avalaient d'un trait pour en finir le plus vite possible, et il était courant d'avoir des haut-le-coeur. Aucune explication, aucune instruction ne peut vous préparer aux événements qui allaient suivre. Une fois la dernière personne servie, on éteignit les lampes à pétrole, puis nous nous assîmes en silence, en ne sachant pas à quoi s’attendre. Peu de temps après, on entendit alors les bruits reconnaissables de participants qui commençaient leur processus de purification en vomissant dans les bols en plastique qui leur avaient été fournis. Les chamans entonnèrent leurs chants mélodiques, les icaros. Ce processus allait se poursuivre de manière ininterrompue pendant plusieurs heures. Bien qu'assis dans l'obscurité totale, nous commençâmes à percevoir psychiquement de brefs éclairs de lumières extraordinairement colorées, avec des teintes qui n'avaient encore jamais été imaginées par des artistes. L'expérience commençait et la Mère Ayahuasca était à la baguette. Elle se poursuivit pendant les six à huit heures suivantes, puis diminua lentement. Même 262 si les visions étaient intenses, les participants gardaient le contrôle actif de leur esprit et pouvaient se déplacer, si nécessaire. Certains jeunes membres de la tribu étaient chargés d'aider ceux qui en avaient besoin à se rendre aux toilettes. Je remarquai que plusieurs membres de la tribu locale des Boras avaient été invités à participer à la cérémonie. Ayant déjà consommé de l'ayahuasca à maintes reprises, ils restaient assis, même si certains se purgeaient comme le reste des étrangers. De toute évidence, la répétition ne réduit pas nécessairement le processus de purification. Vers 3 heures du matin, tous les participants émergeaient de l'expérience et se dirigèrent lentement vers leurs quartiers pour y dormir, et le lendemain matin, à 9 heures, tout le monde était debout et à pied d'œuvre. Il n'y avait absolument aucun effet résiduel d'aucune sorte. La cérémonie comportait encore une autre partie. Le chaman conduisit chaque personne dans un endroit isolé. Une fois làbas, Hermana Mari versait de l'eau florale sur le participant qui était assis et dévêtu. Ici aussi, elle chantait ses icaros. La journée se passa ensuite en introspection, chacun contemplant l'expérience unique qu'il avait vécue. Nous vécûmes encore par la suite d'autres cérémonies ayahuasca, mais la première est généralement la plus mémorable et la plus indescriptible. En tant qu'adepte, Victoria a exploré l'ayahuasca dans plusieurs contextes et avec différents chamans. Ses expériences s’avérèrent très intenses et souvent ineffables. Il faut souvent du temps pour que celles-ci s'intègrent dans la conscience de la réalité consensuelle, le monde dans lequel nous vivons tous. Ce fut longtemps après ses premières cérémonies qu'elle me confia ce qui l'attirait à répéter l'expérience de l'ayahuasca. Après mûre réflexion, elle finit par évoquer un épisode au cours duquel elle avait rencontré une divinité suprême, ou ce que l'on appelle Dieu, traditionnellement. Comme indiqué, il s'agissait d'une expérience tellement forte que son sens est pratiquement incompréhensible pour les mortels. Généralement, il faut plusieurs séances pour apprendre à contrôler les événements psychiques induits par l'ayahuasca. Tout d’abord subjugués, les participants se laissent généralement porter par l'expérience. Curieusement, bien 263 que vous soyez susceptible d'avoir des visions éblouissantes, vous pouvez ouvrir les yeux et vous pouvez vous déplacer librement. Il n'y a aucune raison de craindre une perte de contrôle physique ou cognitif de vos sens. Par ailleurs, les visions se prolongeront jusqu'à ce qu'elles s'estompent et se dissipent totalement. Je n'ai jamais entendu dire que quelqu’un avait des séquelles ou des flashbacks, comme cela peut arriver avec le LSD. Bien que je n'ai que très rarement bu de nouveau de l'ayahuasca, j'ai assisté à de nombreuses autres cérémonies et j'ai pris la parole au cours de plusieurs conférences internationales de chamans amazoniens. Victoria et moi, nous avons rencontré de nombreux chamans au Pérou, en Équateur et au Brésil. Elle croit, comme beaucoup, que le moment venu, la déesse Ayahuasca nous appellera. Il faut plusieurs séances pour apprendre à gérer la potion. Les premières rencontres sont généralement tellement débridées qu'il est difficile de concentrer son intention. Dans le cas de Victoria, elle voyage maintenant mentalement vers une autre planète à laquelle elle pense pouvoir accéder, et à son arrivée, ses habitants la reconnaissent, désormais. Bien que cela puisse avoir l’air tiré par les cheveux, cela correspond aux découvertes du docteur Richard Strassman, l’une des rares personnes à avoir obtenu l'autorisation d'étudier la DMT dans un cadre clinique. Travaillant à l'école de médecine de l'université du Nouveau-Mexique à Albuquerque, il a obtenu l'autorisation légale d'administrer de la DMT à des sujets humains. Dans l'un des passages les plus étonnants de son livre, DMT : la molécule de l’esprit 121, Rick déclare : ‘’Nous avons accès à des royaumes invisibles, que nous ne pouvons normalement pas percevoir, et dont nous pouvons à peine imaginer la présence. Plus surprenant encore, ces royaumes paraissent être habités.’’ L'ayahuasca est un outil très puissant que l’on ne devrait pas utiliser sans un guide expérimenté. Le participant aura tendance à recevoir ce dont il a besoin, ce qui n'est pas forcément ce qu'il attend ni ce qu'il veut. J'ai vu plusieurs personnes flipper, crier, hurler et parfois même courir dans tous les sens. Mais le lendemain 121 Richard Strassman, DMT: The Spirit Molecule: A Doctor’s Revolutionary Research into the Biology of NearDeath and Mystical Experiences, Park Street Press, 2000 264 matin, elles allaient parfaitement bien et elles étaient reconnaissantes du cadeau reçu. Sous supervision, l'ayahuasca semble fonctionner efficacement et offre un espoir pour le traitement du SSPT122, même si des études complémentaires doivent être menées. La drogue étant de plus en plus connue, de plus en plus de personnes la recherchent. La DMT est normalement une substance réglementée aux ÉtatsUnis et dans la plupart des pays occidentaux. Au Pérou, elle est non seulement légale, mais elle a été officiellement adoptée comme faisant partie de leur héritage national. Pour autant, trouver le bon chaman et un produit de qualité peut s'avérer difficile, et malheureusement, la popularité de l'ayahuasca ayant augmenté, les dépenses aussi. Pour les Américains qui voudraient essayer, je recommande Ron Wheelock, le ‘’Gringo Shaman’’.123 Ron a participé à des émissions télévisées comme la série de Lisa Ling sur CNN, This is Life.124 Nous savons par expérience qu'il propose un produit de qualité, au point où certains chamans indigènes s'approvisionnent auprès de lui. En plus, ses tarifs sont restés raisonnables. Formé par l'un des grands maîtres, Don Agustin Rivas Vasquez, Ron est chaman et curandero depuis deux décennies. Américain de naissance, il jouit du statut de résident permanent au Pérou. Ron a construit un centre relativement récent à quelques kilomètres de la ville d'Iquitos. Le centre est isolé de l'agitation de la ville et constitue un endroit idéal pour une retraite. Etant donné que Victoria et moi-même nous travaillons avec Ron depuis quelques années, je peux dire que nous avons confiance en lui pour fournir les services requis. Son parcours n'est pas conventionnel, puisqu'il a fait un bref séjour en prison. Il proposait de la marijuana à l'époque où elle n'était pas légale. Il élève des coqs de combat et c'est un passionné de moto. Mais il ne fait aucun doute que son cœur est au bon endroit et qu'il a aidé beaucoup de personnes qui sont venues le voir avec de graves problèmes. Dans son rôle de curandero, nous l'avons vu traiter des patients et obtenir des résultats positifs et spectaculaires. 122 http://reset.me/story/ayahuasca-promising-treatment-post-traumaticstress-disorder/ Voici l’adresse de son site web : http://elpurguero.com/ 124 http://www.cnn.com/2014/10/22/health/ayahuasca-medicine-sixthings/ 123 265 Un avantage non négligeable pour les anglophones est qu'en tant qu'Américain, il peut comprendre vos questions et y répondre. Notez qu'il peut être assez franc dans ses réponses, mais ce qu'il dit est ce qu'il veut dire. Les œuvres d'art inspirées par les visions de l'ayahuasca sont extraordinaires et méritent une remarque. Bien qu’il ne soit pas lui-même un artiste, Ron a bel et bien suivi une formation avec Don Jose Coral Mori, qui a enseigné aux peintres de renom, Pablo Amaringo et Eduardo Luna, les coauteurs d'Ayahuasca Visions125, qui est sans doute le livre le plus illustre qui décrit l'iconographie associée au breuvage. En juillet 2009, nous eûmes la chance de rencontrer Pablo Amaringo à Iquitos. Il semblait alors en bonne santé et c'est avec tristesse que nous apprîmes son décès, quelques mois plus tard. Au cours d'une autre conférence à Curitiba, au Brésil, nous eûmes l’opportunité de rencontrer l’illustrateur légendaire, Eduardo Luna. Luna est brésilien et il possède un studio bien connu à Florianopolis, où il organise des cérémonies et où il donne cours. Dans le cadre de la conférence internationale des chamans amazoniens de 2014, nous croisâmes aussi Mauro Reategui Perez.126 Originaire de Pucallpa, au Pérou, c’est l'un des étudiants du regretté Pablo Amaringo. Les peintures qu'il exposait étaient extraordinaires. Les images paraissaient sortir de la toile. En utilisant des lunettes 3-D, on pouvait réellement découvrir des jaguars et d'autres bêtes émergeant de la jungle avec une profondeur perceptible. Pour obtenir un effet 3D, on doit réaliser une double image. Généralement, des ordinateurs déterminent comment précisément la superposition doit se faire. Quand je demandai à Mauro comment il s'y prenait, il me répondit qu'il ignorait comment. D’après lui, il pouvait sentir son mentor, Pablo, prendre le contrôle de ses mains et parachever le tableau. Il pense que c'était Amaringo, qui savait déterminer exactement où les huiles devaient être appliquées pour ajouter une dimension vivante aux images, et qu’il agissait depuis le monde des esprits. 125 Pablo Amaringo and Eduardo Lune, Ayahuasca Visions: The Religious Iconography of a Peruvian Shaman, North Atlantic Books, April, 1999 126 http://www.johnbalexander.com/yahoo_site_admin/assets/docs/Shamani 266 Ces œuvres d'art s'inspirent naturellement de l'esprit de l'ayahuasca, en particulier de son lien avec la végétation. Je demandai un jour à Hermana Mari ce qui avait poussé les premiers chamans indigènes à rassembler les éléments essentiels et à les faire bouillir pour produire l'ayahuasca. Elle me donna une réponse simple, mais difficile à comprendre pour la majorité des Occidentaux. Elle répondit clairement : ‘‘Les plantes nous ont dit ce qu'il fallait faire.’’ Nous discutâmes encore du concept de l'utilisation des plantes pour guérir. Elle pensait que si nous pouvions simplement leur soumettre les problèmes de la maladie, les plantes nous diraient ce qu'il fallait faire pour guérir. Cette réponse était celle d'une guérisseuse autochtone, qui n'avait pas reçu d'éducation au sens occidental du terme, mais ses propos étaient soutenus par des déclarations du Dr Dennis McKenna, le frère de l'explorateur de la conscience plus connu, Terence McKenna, un ethnobotaniste américain décédé en 2000 d'un glioblastome multiforme, une forme très agressive de cancer du cerveau. Alors que Terence s'inquiétait d'un éventuel rapport entre sa consommation intensive de cannabis ou de drogues psychédéliques et son cancer du cerveau, aucun lien n'a été établi.127 Dennis est un ethnopharmacologue, qui a une grande expérience personnelle de ces plantes. Sa thèse de doctorat s’intitulait ‘’Monoamine oxidase inhibitors in Amazonian hallucinogenic plants : ethnobotanical, phytochemical, and pharmacological investigations“ (”Les inhibiteurs de la monoamine oxydase dans les plantes hallucinogènes amazoniennes : recherches ethnobotaniques, phytochimiques et pharmacologiques’’). Il poursuivit son travail postdoctoral à l'Institut national de la santé mentale et au département de neurologie de l'école de médecine de Stanford. Nous étions ensemble à Iquitos, quand je l'entendis faire une suggestion des plus intéressantes : "Et si les plantes avaient une conscience ?’’ C'était précisément la même idée que celle dont m'avait fait part Hermana Mari, quelques années auparavant dans la forêt. La conscience des plantes est un thème récurrent dans l'art de l'ayahuasca. C'est un leitmotiv commun dans les expériences de 127 Terence McKenna, The Archaic Revival: Speculations on Psychedelic Mushrooms, the Amazon, Virtual Reality, UFOs, Evolution, Shamanism, the Rebirth of the Goddess, and the End of History, Harper San Francisco, 1992 267 beaucoup de personnes qui participent aux cérémonies. Le message paraît être : ‘’Les plantes nous parlent.’’ Dans un chapitre précédent, j'ai abordé les travaux de Cleve Backster, l’expert en polygraphie qui a découvert que les plantes réagissaient aux émotions humaines. Ces éléments disparates m'amènent à penser qu'il existe des canaux de communication entre les plantes et les humains. Si c’est vrai, il est dommage que nous n'écoutions pas très bien, puisque le plus souvent, nous semblons être sourds comme un pot ! LE SANTO DAIME Le Santo Daime est l'une des religions, dont la croissance est la plus rapide au monde. Ses services sont plus formels que ceux des chamans, mais ils utilisent également l'ayahuasca sous la forme d'un thé, même si celui-ci est très fort.128 Nous avons assisté à des services du Santo Daime à Maua et à Curitiba, au Brésil. Visiter Maua, avec ses hippies et ses vêtements tie and dye, c'est un peu comme remonter le temps jusqu'aux années 1960. Notre première rencontre se déroula au cœur de la forêt et ne rassembla qu'une poignée de personnes. La plupart des manifestations du Santo Daime durent plusieurs heures. Il y a toujours de la musique, puisqu'il y a des hymnes prescrits à chanter. Le fait qu'ils soient chantés en portugais n'aura que peu d'importance pour notre compréhension de l'événement. Le thé à l'ayahuasca est nettement moins fort que celui fourni par les chamans ; cependant, il faut pouvoir chanter et danser pendant plusieurs heures. Mais il y a aussi des périodes de calme pendant lesquelles le participant se plonge dans son expérience intérieure. Notre interprète, Rinaldo (c’est un pseudonyme), un prêtre jésuite qui avait quitté l'ordre quelques années auparavant, assista à la cérémonie avec nous à Maua. Comme il fallait s'y attendre, Victoria trouva le breuvage très léger comparé à ses expériences intenses du Pérou et de l'Équateur. Mais pour Rinaldo, l'expérience se révéla transformatrice et clairement différente par rapport à tout ce qu'il avait vécu auparavant. Cette observation est une autre raison pour laquelle je crois qu'il y a plus qu'une réaction psychopharmacologique avec l'ayahuasca. 128 http://www2.fiu.edu/~mizrachs/daime.htm 268 Le service organisé à Curitiba était très différent, beaucoup plus formel que celui du Pérou. Géographiquement, Curitiba est située beaucoup plus au sud du Brésil. Si le grand public pense à l'Amazonie, à cheval sur l'équateur et aux températures chaudes de Rio de Janeiro, le Brésil est un pays immense aux nombreux climats différents. Près de Curitiba, en cette nuit de juin, le thermomètre affichait une température proche de 0°. Il y avait un petit feu à l'extérieur, mais à l'intérieur du temple, les couvertures étaient de mise. Les hommes et les femmes étaient assis de part et d'autre de l'octogone. À côté de moi, sur des chaises pliantes en bois, se trouvaient le vénérable Stanley Krippner et l'un de ses acolytes russes. Ils nous dirent qu'il s'agirait de la version abrégée de la cérémonie. Pourtant, les 21 chants prescrits par le rituel du Santo Daime durèrent plus de trois heures. Là encore, à cause des complications linguistiques, nous ne pûmes que fredonner. La cérémonie alternait la position debout, la position assise et l'introspection silencieuse. Quoiqu'il y ait eu des périodes d'obscurité, la plupart du temps, la pièce était bien éclairée, ce qui me laissa l'opportunité d'observer attentivement les participants. La plupart des participants étaient des membres de l'église qui participaient à ces services deux fois par mois. Il faut du courage, car le thé infect n'est jamais plus facile à avaler ! Ce service coïncidant avec un séminaire, une quinzaine d'entre nous, les gringos, fûmes transportés en bus jusqu'à cet endroit relativement isolé. Au fur et à mesure que le service avançait, je découvris avec fascination quelques femmes brésiliennes et leurs réactions au fil de la soirée. Il me sembla que certaines d'entre elles étaient entrées dans un état d'extase. La plupart d'entre elles avaient des visions et se trouvaient manifestement dans un état de conscience différent, dont on pouvait toutefois être témoin de l'extérieur. Nous ne pouvions pas deviner ce qu'elles expérimentaient, mais on pouvait dire qu'il se passait quelque chose d'unique. À un moment donné, Victoria estima nécessaire de sortir pour aller se purger. Sa perception, en rentrant dans la salle était intéressante. Je remarquai qu'elle restait près du mur plutôt que de retourner à sa place initiale. Plus tard, Victoria expliqua qu'elle avait pris conscience d'un cercle d’une énergie très forte qui 269 englobait le groupe. Pour elle, ce cercle était impénétrable et il n'était accessible que pour ceux qui l'avaient créé. Si l’on en sortait, pour quelque raison que ce soit, le cercle invisible se resserrait et s'intensifiait. Nos instruments scientifiques actuels ne permettraient pas de déterminer s'il existait ou pas un circuit d'énergie physique qui circulait. Rares sont les scientifiques qui considéreraient même une telle expérience. Cela dit, on spécule depuis longtemps sur l'existence d'une énergie de groupe, et j'en ai fait l'expérience dans des contextes plus terre à terre. Ainsi, à l'armée, on courait. On courait beaucoup. Quand on courait en formation, on pouvait sentir les variations d'énergie. Jeune instructeur à l'école de saut de la 101ème aéroportée, j'avais souvent pour mission d'emmener les recrues courir quotidiennement jusqu'à huit kilomètres, et avec un seul individu à contretemps, le groupe galérait physiquement. Mais il y avait des moments où tout se mettait en place et où l'équipe ou le peloton se déplaçait avec aisance et quasiment sans effort. Dans ce cas de figure, le besoin d'énergie physique semblait décroître, et l'unité pouvait parcourir des distances qui normalement auraient semblé impossibles. Cela correspondait à l'analogie sportive d'être dans la zone.129 J'ai lu des articles universitaires qui remettaient en question l'existence de la zone ou du flow, et clairement, ils étaient écrits par des personnes qui n'en n'avaient aucune expérience. La question qui se pose ainsi à la science est celle-ci : une telle énergie existe-telle ? L'évidence expérimentale suggère que oui. Mais quelles en sont les caractéristiques ? Dans la course à pied, la zone dans le sport, ou le flow, il y a une activité physique qui la catalyse. Dans le Santo Daime, une activité chimique et une activité mentale intentionnelle s’insinuent dans la combinaison. C'est une chose pour un individu de participer au flow, mais c’en est une autre de le percevoir comme un observateur extérieur. Comment c'est possible est une question à laquelle on ne sait pas répondre actuellement. Dans l'institution du Santo Daime, il est essentiel de se rapprocher du monde végétal. Il ne s'agit pas seulement d'ingérer du thé d'ayahuasca, mais il s’agit à 129 https://breakingmuscle.com/learn/being-in-the-zone-the-flow-state-inathletic-endeavors 270 plus grande échelle, de protéger la forêt. Ce n'est pas pour rien qu'on appelle l'Amazonie ‘’le poumon de la Terre’’. La déforestation est un énorme problème, tant au Brésil qu'en Afrique centrale. Il existe un rapport entre le fait d'être un adepte du Santo Daime et la protection de la forêt tropicale. Scientifiquement, il serait difficile de prouver un lien causal, mais les données empiriques semblent suggérer qu’Hermana Mari et Dennis McKenna avaient raison. Cela signifierait que les plantes ont une conscience et qu'elles essaient peut-être de nous sauver de nous-mêmes. UN CÔTÉ OBSCUR Le comportement des chamanes n'est pas toujours empreint d'amour et de légèreté. Jusque-là, j'ai discuté des aspects positifs des ayahuasqueros. Mais il y a aussi un côté obscur. Certains chamans opèrent des deux côtés de la barrière du bien et du mal, en fonction des désirs de leurs clients. Il y a souvent des intérêts économiques en jeu. Les chamans sont généralement rémunérés pour leurs services. Les cultures indigènes adhèrent à la croyance dans le pouvoir des malédictions. La jalousie est une caractéristique universelle. Un chaman peut être sollicité pour infliger des dommages psychiques à un ennemi, et le même chaman pourra être sollicité pour lever la malédiction, ce à quoi il consentira pour de bons gages. Il s'agit là d'un modèle commercial intéressant. Après la guérison, la demande la plus courante que l’on adresse aux chamans est le recours aux sortilèges d'amour. Ces malédictions peuvent être utilisées à l’encontre d’un amant volage ou d’un homme ou d’une femme qui aurait séduit le ou la partenaire de l'intéressé(e). Cette activité est très florissante. L'artiste, Pablo Amaringo était un chaman pratiquant, mais il abandonna la profession en raison des querelles intestines endémiques entre eux. Organiser des retraites d'ayahuasca est une activité concurrentielle, et le développement du tourisme de l'ayahuasca s'est accompagné d'une rivalité entre les chamans indigènes et les étrangers qui portent ce titre. 271 Même si la majorité des Occidentaux rejetteraient d'emblée l’idée d'une guerre psychique, il serait peut-être prématuré de le faire. Le cas de Don Howard me revient à l’esprit. De nombreux gringos qui veulent faire des affaires au Pérou ont rencontré de gros problèmes avec des partenaires commerciaux locaux, puisque, conformément à la loi péruvienne, les Occidentaux qui font des affaires au Pérou sont tenus d'avoir des partenaires péruviens. Howard fut plus d'une fois confronté à des partenaires mécontents qui voulurent se venger au moyen de méthodes chamaniques. Il fut aussi victime du paludisme, qui fait rage dans la région d'Iquitos en Amazonie.130 La malaria est une maladie douloureuse qui tue de nombreuses personnes chaque année, en particulier des enfants. Mais ici, il est question de malédictions. Howard raconta qu'après une solide altercation avec un partenaire, on l’avait attaqué avec des fléchettes psychiques. Appelées tsentsaks par les Shuars, ce sont des projectiles pathogènes invisibles très efficaces, mais qui peuvent être extirpés par un autre chaman. Il faut souligner que Don Howard put à la fois sentir et voir l'extraction de ces fléchettes, et il estima que la douleur produite par l'attaque des fléchettes psychiques était bien plus grande que celle infligée par la malaria ou toute autre maladie tropicale qu'il avait endurée. UN LIEN AVEC LES OVNIS De passage à Las Vegas, notre ami John Mack, le médecin d’Harvard, célèbre pour avoir entrepris d'étudier les cas d'enlèvements par des OVNI, évoqua ses expériences avec l'ayahuasca. Nous eûmes également de nombreux entretiens avec lui concernant la nature de ces phénomènes. Je suis sûr que la plupart des lecteurs de ses ouvrages ne comprennent ni la complexité, ni les aspects multidimensionnels qu'il associait à ses recherches. Le sujet de l'ayahuasca apparut comme un moyen d'explorer ces rapports. John nous confia qu'il avait participé à des cérémonies à plusieurs reprises. Comme beaucoup d'autres personnes qui essayèrent le breuvage, il me dit qu'il n'était pas prêt à recommencer, principalement parce qu'il travaillait toujours à l'intégration 130 https://wwwnc.cdc.gov/eid/article/5/2/99-0204_article 272 mentale de ses expériences antérieures. C'est un processus qui lui demandera des années. Il considérait ces expériences comme extrêmement puissantes et comme un moyen d'explorer la conscience.131 Tout au long de mes périples avec les chamans d'Amazonie, j'ai mené de nombreux entretiens. Ils sont toujours intéressants, mais parfois difficiles à suivre pour une raison essentielle : nos visions du monde divergent considérablement. En fait, j'ai constaté qu'il s'agissait là d'une question cruciale, dont nous pouvons tirer des enseignements. Dans la culture occidentale, nous pensons que le monde des esprits est séparé et distinct du monde réel, ou de la réalité consensuelle. Si tant est que l'on croit au monde des esprits. La plupart des scientifiques rejettent cette notion comme étant non fondée, ce qui, à mon sens, est une grave erreur. Beaucoup de chamans avec lesquels je me suis entretenu semblent pouvoir se mouvoir avec aisance entre ces deux mondes, comme s'il n'y avait pas de barrière clairement tranchée. Par conséquent, pour ces entretiens, il devint nécessaire de demander au chaman de définir quel monde ils évoquaient. Beaucoup d'entre eux parlaient d'entités désincarnées, comme s'il s'agissait d'êtres humains dans leur forme actuelle. Je les questionnais souvent sur les OVNI. Leurs réponses suggéraient tantôt des engins physiques et tantôt des rencontres mystiques. Certains chamans prétendaient pouvoir appeler des OVNI d'une autre dimension et les avoir vus se matérialiser dans notre monde physique. Quelques-uns affirmèrent aussi en avoir vu émerger de l'Amazone même, ce qui est cohérent avec les nombreux rapports d'objets submergés non identifiés décrits comme issus des profondeurs de l'océan. Les récits de tels engins ne sont pas rares et sont représentés dans des œuvres d'art inspirées de l'ayahuasca. Naturellement, la plupart des chamans disent pouvoir communiquer directement avec tous les végétaux. LE RÔLE DU SERPENT 131 Ceci se réfère à mes meilleurs souvenirs de ces entretiens auxquels Victoria a assisté. 273 Dans les visions comme dans le folklore, les serpents jouent un rôle important. Après les cérémonies, les participants rapportent souvent avoir rencontré de grands serpents qui les regardent parfois directement dans les yeux. Les serpents sont les protecteurs de la forêt, et c’est considéré comme étant de très bon augure. Les personnes souffrant d'ophiophobie, une peur anormale des serpents, peuvent avoir des problèmes avec une telle imagerie, mais elles feraient mieux de se préparer à ce genre de rencontres. Au centre des mythes de la création apparaît Sachamama, ou la mère des forêts. Des chamans me dirent que Sachamama était vraiment imposante et que la forêt poussait sur sa tête. Selon certaines légendes, on pouvait savoir quand Sachamama était dans les alentours, car on pouvait trouver les os des grands animaux qu'elle avait dévorés. Ces légendes semblent provenir de l'expérience des indigènes avec l'anaconda géant qui rôde dans les régions supérieures de l'Amazonie. Des versions du mythe attestent que Sachamama est assez grande pour être confondue avec un arbre et qu'elle peut écraser et consommer les chasseurs imprudents. Même si la forêt ne leur poussait pas dessus, on a capturé des anacondas d'une longueur de près de 10 mètres et d'une circonférence de plus d'un mètre 10.132 Des rapports crédibles font état d'anacondas de deux à trois fois cette longueur. Dans les archives, j'ai vu des films aériens non documentés qui appuieraient ces témoignages. En de rares occasions, ils ont effectivement mangé des humains, et il est donc facile d'imaginer l'origine de ces mythes. Il faut savoir que certaines parties de cette région de l'Amazonie n'ont jamais été explorées et qu'il y a encore des tribus non contactées dans la région. Il y a plusieurs années, alors que nous participions à des cérémonies d'ayahuasca avec Don Luis près de Tena, en Équateur, les membres d'une famille de missionnaires blancs ont été retrouvés, à plusieurs kilomètres au nord, tués à coups de lance par l'un de ces groupes. La région où nous nous trouvions était assez isolée et proche des sources de l'Amazone. Apparemment, des membres de cette tribu non identifiée étaient furieux contre l'industrie pétrolière qui avait détruit une partie 132 http://www.extremescience.com/biggest-snake.htm 274 de leur habitat. En plus de tuer presque tous les membres de la famille, ils enlevèrent leur bébé, qui sera retrouvé par la suite. Cette région est peuplée par les Shuars, dont nous avons rencontré quelques membres. Anciennement connu sous le nom des Jivaros, ce groupe est réputé pour savoir rétrécir les têtes humaines, une pratique qu'ils disent avoir abandonnée, il y a plusieurs décennies. KAMBO : LE VENIN DE GRENOUILLE Dans le cadre de la conférence des chamans de 2015 à Iquitos, l'occasion nous fut donnée d'observer des administrations de kambo. Il s'agit de l'utilisation du venin de la grenouille, Phyllomedusa bicolor pour initier des états modifiés de conscience non hallucinogènes. Selon moi, sans contrôle, cette pratique peut comporter des risques physiques considérables pour le participant. En l'occurrence, la démonstration fut réalisée par Peter Gorman, un journaliste américain bien connu, qui guide des expéditions dans la jungle dans le cadre d'aventures ethnobiologiques. Plusieurs volontaires voulurent tester le kambo, que l’on introduit par voie sous-cutanée par l'extrémité d'un bâton pointu. La réaction fut très rapide et spectaculaire. Leur pouls s'accéléra, ils devinrent tout rouges et vomirent abondamment. Il n'y avait aucun moyen de connaître leur tension artérielle, mais je dirais qu'elle est montée en flèche, même si certains déclarèrent qu'elle chuta spectaculairement. Personne ne prit des mesures au cours de ces cérémonies plutôt dangereuses. Une simple recherche sur Google concernant le ‘’venin de grenouille’’ aboutira à de nombreux sites qui affichent des prétentions extravagantes, certains annonçant littéralement qu'il est efficace pour traiter le cancer, le sida, la maladie de Parkinson, la maladie d'Alzheimer, les problèmes de fertilité et presque tout ce qu'on peut imaginer. Si le venin de grenouille était aussi efficace qu'on le prétend, les grandes sociétés pharmaceutiques s'en seraient emparées depuis longtemps. Il suffirait d'élever une quantité suffisante de ces amphibiens aux couleurs vives, de la famille des dendrobates, et que l’on connaît également sous le nom de grenouilles à fléchettes empoisonnées. Ces créatures sécrètent le poison comme un mécanisme de protection naturel. Cette appellation est d'autant plus 275 appropriée que les tribus amazoniennes trempent depuis des siècles les fléchettes de sarbacane dans l'exsudat pour paralyser leurs proies. Cela en dit long sur la puissance de la substance utilisée dans les cérémonies kambo. Les grenouilles ne sont pas blessées pendant le processus d'extraction et peuvent alors être réutilisées, ou encore, comme le font les populations indigènes, être relâchées dans la forêt. Il y a en tout cas une histoire que me raconta Bill Bassett, Wild Bill comme on l'appelait au Yellow Rose of Texas, un lieu de rencontre populaire pour les gringos en visite à Iquitos. Bill a grandi en face de chez moi à La Crosse, dans le Wisconsin, et je le connaissais très bien. En 2003, Victoria et moi avions prévu de nous rendre au Pérou, mais à la place, on m'envoya en Afghanistan. Bill et Victoria décidèrent de se rendre à une retraite près d'Iquitos. Au moment de leur départ, Bill souffrait de la maladie de Parkinson et il avait des appareils orthopédiques aux jambes. Au bout de deux semaines, il rentra aux États-Unis sans plus avoir besoin de ses appareils orthopédiques. Sous le charme de la région, il épousa la cuisinière de la retraite et il passa près de la moitié du reste de sa vie au Pérou. En explorant les profondeurs de la forêt, Bill expérimentait différentes drogues et plantes médicinales. Un incident qu'il me décrivit est particulièrement remarquable. C'est un phénomène qui ne pouvait pas se produire, mais qui semble pourtant s'être produit. Une après-midi de mars, Bill se fit injecter du venin de grenouille dans la peau, et le bâton de bambou avait à peine été retiré qu'il s'effondra sur le sol de la forêt, à une courte distance de la hutte dans laquelle il était installé. Au bout de quelques heures, il reprit connaissance. Ce n'était pas pour rien que cette région était une forêt pluviale. Comme à peu près tous les jours pendant la saison des pluies, une pluie diluvienne s'était abattue sur la région. Bill constata que le sol à quelques pas de lui était trempé, alors qu'une zone circulaire autour de lui n'avait pas été touchée. Il ne pouvait pas expliquer comment c'était possible : bien qu'étant exposé à l'orage, il était resté complètement sec. Impressionné par cette expérience, Bill continua à prendre du kambo, chaque fois qu'il se trouvait au Pérou. 276 Les expériences de Bill avec l'ayahuasca apportent réellement plus que des visions intéressantes. Elles méritent des recherches sérieuses. Non seulement put-il se déplacer sans ses appareils orthopédiques après quelques cérémonies, mais il découvrit aussi que l'ayahuasca contribuait à réduire les tremblements dont souffrent souvent les patients atteints de la maladie de Parkinson. Il me précisa que s'il buvait de l'ayahuasca au moins une fois tous les trois mois, les tremblements étaient beaucoup plus faciles à gérer. Ce fut le cas pendant plusieurs années avant qu'il ne succombe finalement à la maladie, en 2009. Pour lui, l'ayahuasca ne fut pas synonyme de guérison, mais il rendit les symptômes beaucoup plus gérables et la vie plus agréable. CHAMP D’ÉNERGIE Nos expériences avec l'ayahuasca indiquent clairement des interactions entre le monde physique, tel que nous le connaissons et une ou plusieurs dimensions alternatives, y compris des mondes spirituels que peu d'êtres humains perçoivent. Plusieurs religions reconnaissent que tout est interconnecté. Les cérémonies d'ayahuasca confortent cette idée. Une autre observation que j'ai faite renforce l’idée d’une interaction entre ces mondes, qui peut occasionnellement être perçue. Pour avoir pris part à de nombreuses cérémonies, je suis généralement resté un observateur extérieur, mais je subodore qu'il y a en fait un champ d'énergie produit par les participants. Assis dans le noir dans les malocas, j'ai souvent ressenti des changements d'état, même si je n'avais rien ingéré. Des visions se sont produites, même si elles n'étaient pas aussi intenses que chez les personnes qui avaient ingéré la potion. Il est clair que le chant des icaros était un stimulant perceptible, mais il semble y avoir davantage que cela. Malheureusement, nous en sommes à un tel stade de la recherche — ou de l'absence de recherche — que j’ignorerais par où commencer. Ce qui est certain, c'est qu'il est nécessaire de mener des recherches sérieuses sur les effets de l'ayahuasca, et en particulier en lien avec le syndrome de stress 277 post-traumatique. L'ayahuasca n'est en aucun cas une panacée et ne devrait être utilisé que par ceux qui sont prêts à en affronter les conséquences. L'épidémie de SSPT, provoquée par les guerres incessantes, exige que nous explorions toutes les alternatives qui offrent de l'espoir, et l'ayahuasca est l'une d'elles. 278 CHAPITRE 20 : LES ESPRITS DU BRÉSIL Nos expériences avec le monde des esprits facilitées par nos hôtes brésiliens ont été remarquables. Si les traditions occidentales prévalent dans les grandes villes, il y a un courant mystique sous-jacent qui joue encore aujourd'hui un rôle essentiel dans la société brésilienne. Nous avons eu le privilège de pouvoir nous plonger au sein d’une petite partie de cette sous-culture. Le Brésil est une nation émergente dotée de vastes ressources et d'une histoire tourmentée liée à la traite des esclaves en provenance d'Afrique. La plupart des Nord-Américains ignorent que les États-Unis ont à peu près la même superficie que le Brésil ou que celui-ci s'étend sur plusieurs zones climatiques. La majeure partie du bassin amazonien, mais non la totalité, se situe à l'intérieur de ses frontières, mais il y a d'immenses zones de riches terres agricoles, de pampas et même de montagnes, à l'est. Voulant éviter la guerre, le pape Alexandre VI, auteur du traité de Tordesillas, décréta en 1494 que les terres situées à 370 lieues à l'est du Cap-Vert seraient cédées aux Espagnols. Le pape espagnol, Alexandre VI entendait protéger les intérêts de son pays d'origine. Le dessein était d'établir une ligne de démarcation entre les domaines portugais et espagnol. Le traité cédait l'Afrique aux Portugais, qui la contrôlaient déjà. Et dans l'hémisphère occidental, il partageait le continent sud-américain, mais en accordant aux Espagnols la primauté en matière d'exploration. C’est ainsi que tous les pays de la région parlent l'espagnol comme langue officielle, à part le Brésil qui utilise le portugais. Bien que les États-Unis continuent de se heurter à l'histoire peu reluisante de l'esclavage, il conviendrait de reconnaître que la majorité des esclaves africains furent expédiés en Amérique du Sud. Comme en Amérique du Nord, les populations indigènes d'Amérique du Sud furent aussi évincées par les Européens. Leur nombre reste inconnu aujourd'hui. Des découvertes archéologiques récentes suggèrent toutefois qu'il a pu y avoir des sociétés très importantes et avancées. Si des rumeurs ont longtemps circulé sur l'existence de sites tels que la cité perdue de Z dans le Matta Grosso, de plus en plus de 279 preuves viennent aujourd'hui étayer ces affirmations.133 Plus récemment, on a découvert d'anciens mégalithes sculptés dans l'Amapá, un État du nord du Brésil situé juste au-dessus de l'équateur. Comme pour Stonehenge en Angleterre, ceci indique qu’on y prenait des mesures astronomiques, il y a plus de 1 000 ans.134 On ignore toujours qui, mais on estime aujourd'hui que la population précolombienne dans cette région s'élevait à plus de dix millions d'habitants. Il est clair que la population indigène était très différente des groupes nomades isolés que les anthropologues reconnaissaient auparavant comme vivant sur le continent sudaméricain. Comme au Pérou et comme en Équateur, les régions amazoniennes occidentales du Brésil abritent aussi un certain nombre de tribus non contactées.135 La déforestation causée par l'industrie forestière a gagné du terrain sur leurs terres. Des lois interdisent aux anthropologues, aux missionnaires et à d'autres groupes d’essayer d'établir un contact. Quelles que soient les bonnes intentions de ces groupes, les choses ne semblent jamais bien se terminer pour ces tribus. Malheureusement, des mineurs illégaux et des bûcherons qui croisent ces populations les déciment généralement en leur tirant dessus ou en introduisant des maladies contre lesquelles elles ne sont pas immunisées. Le Brésil a pris des mesures pour protéger les indigènes. Fondée il y a environ un siècle, la Fondation nationale des peuples indigènes, ou FUNAI, est l'organisme du gouvernement brésilien qui est chargé d'établir et de mettre en œuvre les politiques relatives aux peuples autochtones.136 En 2014, j’ai été invité à Vitoria, Espirito Santo, pour y donner un exposé sur les armes non létales. Connaissant notre intérêt pour les cultures indigènes, notre sponsor organisa pour Victoria et moi une visite de la Reserva Indígena de Aracruz. Il s'agit d'une région gérée par la tribu des Guaranis, un groupe indigène dont le territoire s'étend sur plus de 1 500 km en direction du Paraguay et de l'Argentine. Au cours d'une discussion avec le chef élu, il exprima un certain mécontentement à l'égard de la FUNAI. Il 133 David Gann, http://www.newyorker.com/magazine/2005/09/19/thelost-city-of-z Simon Romero, https://www.nytimes.com/2016/12/14/world/americas/brazil-amazonmegaliths-stonehenge.html 135 http://www.survivalinternational.org/articles/3106-uncontacted-tribesthe-threats 136 http://www.survivalinternational.org/about/funai 134 280 estimait que les Européens et les Nord-Américains étaient plus sensibles au sort de leurs tribus indigènes que de nombreux Brésiliens. Les arts martiaux jouèrent aussi un rôle dans le développement culturel du Brésil. Comme tous les maîtres d'esclaves, les propriétaires avaient tendance à être impitoyables et totalement concentrés sur la production. Les esclaves, quant à eux, cherchaient toujours des moyens de s'échapper ou de renverser leurs maîtres. Les propriétaires surveillaient de près toutes les activités de leurs esclaves. Tout soupçon de rébellion entraînait une punition sévère. Au Brésil, les esclaves inventèrent une méthode d'entraînement ingénieuse, qui pouvait être pratiquée au grand jour sans éveiller les soupçons. Il s'agissait de la capoeira. Même si les esclaves étaient plus nombreux que les propriétaires, les armes traditionnelles restaient entre les mains des surveillants. Il fallait donc trouver d'autres moyens de lutte. Il en résulta une forme de musique et de danse que l’on pouvait pratiquer ouvertement. Ces mouvements pouvaient aussi être utilisés pour se défendre sans armes. Il y a aujourd'hui des écoles qui enseignent la capoeira, qui ressemble plus à une danse de compétition qu'à un art martial. J'ai pu observer une forme de capoeira à Brasilia, au Brésil. La chorégraphie surprend, les démonstrations étant souvent spontanées dans la rue. Il faut savoir qu'après l'abolition de l'esclavage au Brésil, certains pratiquants de la capoeira se reconvertirent en gardes du corps et en tueurs à gages, ce qui provoqua l'interdiction de toute forme de capoeira pendant plusieurs décennies. Aujourd'hui, la capoeira s'est développée dans le monde entier. Comme d'autres arts martiaux, les formes avancées intègrent une compréhension et une application de l'énergie chi ou ki. Alors que la science débat de l'existence de ce type d'énergie, la capoeira l'utilise. L'importation d'esclaves africains s'accompagna de leurs religions animistes et spirites. Les missionnaires catholiques, et en particulier les Jésuites, s'efforcèrent de convertir au christianisme le plus grand nombre de personnes possible. Pour beaucoup d’Africains déplacés, le christianisme n'avait pas le même impact viscéral que les cérémonies qu'ils pratiquaient jusque-là. De nos jours encore, on 281 peut constater l'intégration des différentes religions, notamment l'animisme africain, l'islam et le christianisme. L'umbanda et le candomblé sont des religions importées des croyances traditionnelles africaines yoruba, fon et bantoues, qui ont pris racine au Brésil. Initialement formées à Bahia, les religions spirites se sont répandues dans une grande partie de l'Amérique du Sud, surtout dans les communautés constituées de descendants de la traite des esclaves. Le candomblé est une tradition orale qui n'a pas d'écritures. Les adeptes croient que chaque personne a un orisha ou protecteur, qui la guide tout au long de sa vie. Ce concept est similaire à celui des guides spirituels que l'on retrouve dans de nombreuses autres religions, y compris dans certaines branches du christianisme. Contrairement au Santo Daime, les rituels ne font appel à aucune drogue ou médication, le catalyseur de leurs services étant la musique. Quant à l'umbanda, il s'agit d'un amalgame de croyances, dont le catholicisme. La croyance dans les esprits est très forte et leurs cérémonies intègrent la possession, via laquelle certains pratiquants sont censés permettre à des entités extérieures d'entrer dans leur corps et de l'utiliser temporairement. Il me serait facile de rejeter ce concept, si je ne l'avais pas observé personnellement. En outre, la personne possédée dans ce cas était Victoria. CURITIBA La 54ème Conférence Annuelle de la Parapsychological Association (PA) organisée en 2011 avait un caractère très inhabituel. En amont se tenait le 7ème Meeting Psi : Psi Research and Anomalistic Psychology, mis sur pied par Faculdades Integradas Espírita, un groupe qui étudie le spiritisme. Il s'agissait cependant des mêmes personnes sur place qui contribuèrent à organiser la conférence de la PA. Par ailleurs, un troisième meeting fut organisé les jours précédant et suivant ces conférences. D'un point de vue administratif, c'était là beaucoup de travail, mais le cadre demeura le même. Cette troisième rencontre s’appelait le 6ème Voyage vers des Etats de Conscience Modifiés et fut organisée par l'Integrated Centre of 282 Experimental Research. Cette expérience inclura la cérémonie du Santo Daime (abordée dans le chapitre sur la Déesse Ayahuasca), une cérémonie umbanda et une cérémonie aty guarani, chacune se déroulant la nuit dans différents sites. Au cours d'une conférence sur la parapsychologie à Curitiba, au Brésil, un petit groupe d'étrangers se vit offrir la possibilité d'assister à un service d'umbanda, un samedi soir. Le cadre était assez solennel, et des centaines de paroissiens étaient présents. Il faisait très froid, ce soir-là, presque glacial, et il nous fallut d'abord porter des vêtements épais. Le temple umbanda était très éclairé et assez décoré, avec de nombreuses statues de divinités d'environ 30 à 40 cm de haut, alignées le long de murs en pierre et briques de verre étincelantes. Il y avait pas mal d'épées, en général croisées. Il était clair qu'un ordre hiérarchique était respecté entre les prêtres, les initiés et les curieux. La plupart des gens étaient vêtus de blanc, et beaucoup portaient des écharpes rouges et bleues. Quelques autres, vraisemblablement des officiels, arboraient des robes somptueuses. De l'autre côté de la salle, il y avait un espace pour les musiciens. Au premier plan trônaient six grands tambours atabaques et des congas, dont les côtés étaient recouverts d'un tissu blanc et d’une étoffe rouge scintillante nouée par un nœud. Tout au long de la cérémonie, ils allaient imprégner la salle de leurs rythmes palpitants et hypnotiques, qui faisaient vibrer l'âme. Le public se répartit bientôt en petits groupes, tandis que des membres avertis de l'église prédisaient l'avenir ou répondaient à des demandes personnelles. De toute évidence, ceux-ci firent quelques concessions pour les Occidentaux, qui purent s'approcher de l’action au plus près. Les prédictions et les réponses personnelles furent toutes communiquées ouvertement pour que tous ceux qui se trouvaient à portée de voix puissent entendre. Choisie par le grand prêtre, Victoria reçut quelques informations personnelles par l'intermédiaire d'un traducteur. Alors qu'elle était bien couverte, le grand prêtre révéla que Victoria aimait bien les bijoux. Sur son insistance, elle enleva son manteau, ce qui permit de découvrir que ses bras étaient ornés de nombreux bracelets. Satisfait de son évaluation, il demanda à Victoria de montrer ses bras à la foule en guise de confirmation. 283 Au fur et à mesure que la cérémonie se déroulait, la plupart des participants allèrent s'asseoir sur des bancs surélevés qui formaient un demi-cercle face aux autels et face aux musiciens. À nouveau sélectionnée, Victoria fut invitée à choisir quelques fèves, qui furent alors habilement fendues pour révéler des informations divinatoires concernant son parcours spirituel. Si cette lecture ne fut que modérément intéressante, la suite fut, elle, époustouflante. Une jeune femme, visiblement une prêtresse de niveau intermédiaire, de par sa tenue et ses manières, demanda si quelqu'un voulait faire l'expérience d'une guérison. Ainsi que l’on pouvait s'y attendre, Victoria fit partie de la douzaine de personnes qui formèrent obligeamment une file d'attente. La prêtresse guérisseuse se plaça devant chaque personne, prononça une prière, puis utilisa ses mains dans un mouvement de cascade, depuis la tête jusqu'au sol. Victoria se trouvait à la fin de la file, et je me tenais sur le côté pour prendre des photos. La prêtresse devait avoir une trentaine d'années, elle était mince et toute de blanc vêtue. Autour de son cou, elle portait des colliers de perles colorées, et sa taille était ceinte d'une ceinture de soie cyan. Victoria se tenait devant elle, la tête légèrement inclinée, une couverture drapée autour de ses épaules. Tandis que les mains de la prêtresse descendirent devant la tête de Victoria, quelque chose de tout à fait indescriptible se produisit. Brusquement, elle se retrouva dans un état de conscience modifié. Un sourire mystique se dessina sur son visage. Ce n'était plus la Victoria que je connaissais. D'habitude un peu réservée avec les étrangers, elle devint le point de mire de l'attention. Après s'être rapidement débarrassée de la couverture et de son manteau, elle virevolta en quelques secondes jusqu'au centre de la salle, possédée par l'esprit d'une entité inconnue. Elle était littéralement possédée, alors. Cette femme qui est normalement calme et posée au cours des réunions publiques, sauf en de rares occasions, devint le centre d'attention de 300 personnes qui s'immobilisèrent instantanément pour assister au spectacle qui se déroulait devant elles. Le public brésilien avait l’habitude de voir des cas de possession, qui font partie de la religion umbanda. Mais il n'avait jamais vu auparavant une Américaine, les pieds nus et les bras déployés, tournoyer intensément au milieu de la piste sur le rythme entraînant 284 des atabaques. Il s'agissait là d'un spectacle à couper le souffle, au sens le plus littéral du terme. Alors que je m'affairais à prendre des photos, un vigile s'approcha de moi pour me demander sans ménagement si j'étais journaliste. Heureusement, il parlait couramment l'anglais et je pus lui expliquer que je ne l'étais pas. En désignant Victoria, je lui dis que j'étais son mari. Son ton changea du tout au tout et il se donna beaucoup de mal pour m'assurer que tout irait bien. Après quelques minutes, la musique ralentit et Victoria fut escortée sur le côté et placée en face du grand prêtre. Alors que Victoria n'était toujours pas consciente de son environnement, ni de sa performance, le prêtre effectua des mouvements semblables à ceux que l'on peut observer dans le cadre de la guérison par l'énergie. Au bout de quelques minutes, Victoria alla s'asseoir seule, le temps que l'expérience de la possession se dissipe. Au bout de 20 minutes, elle vint me rejoindre et nous discutâmes brièvement de ce qui s'était passé. Elle n'était pas du tout consciente de l'esprit qui était entré en elle. Victoria savait que lorsque la prêtresse se tenait en face d'elle, elle avait senti que quelque chose était entré à l'intérieur de son corps. Cette entité savait qu'elle était ouverte à l'expérience et qu'elle n'avait pas peur. L'identité de cet esprit reste un mystère. Victoria est d'avis que l'entité accepta son invitation et choisit de passer un certain temps à expérimenter la vie à travers ses sens. Il s’agit de l'un de ces événements qui défient toute explication. Si je n'avais pas été un témoin direct de la possession et si je n'avais pas si bien connu Victoria, j'aurais probablement tout écarté ou suggéré qu'elle avait tout inventé et qu'elle voulait attirer l'attention. Ce genre d'exhibition publique est tout à fait contraire à la nature de Victoria. Nous avons un accord tacite concernant ces événements. Elle peut être audacieuse, en sachant que je veille sur elle, et que moi je constate objectivement et que j'aborde chaque situation d'un point de vue scientifique. Ainsi, elle est toujours ouverte et prête pour toute expérience spirituelle et n'a jamais peur. Elle se dit en plus protégée par un grand serpent, qui est venu à elle à l'occasion d'une précédente cérémonie d'ayahuasca près d'Iquitos, au Pérou. Ce qui se passa cette nuit-là à Curitiba défie toute explication conventionnelle. 285 La cérémonie umbanda continua pendant au moins une heure. Une partie du service incluait une période pendant laquelle les participants qui ne faisaient peut-être pas partie de la congrégation en temps normal, pouvaient demander des informations par voie divinatoire. Pour cela, environ 30 ou 40 initiés, les filhos-de-santo, disposèrent des espaces pour répondre aux questions, chacun étant muni d'une planche, de bougies et de petits couteaux aiguisés. Pendant que les questions étaient posées, la prêtresse lançait les couteaux sur la planche. J'ignore à quoi cela servait, mais une conversation s'ensuivait. Sans traducteur personnel, tout ce que je puis dire, c'est que c'était intéressant à observer. Plus tard, il y eut encore des percussions et des guérisons. À ce moment-là, de nombreux membres de la congrégation me donnèrent l'impression d'être possédés. J'observai tout cela de très près, mais je ne vis rien qui s'approchât de ce que Victoria avait fait. Les participants, avec leurs capes rouges flamboyantes, se déplaçaient le plus souvent en tapant du pied, comme s'ils étaient possédés par un esprit courroucé. Puis, ils se rapprochèrent, exécutèrent un salut croisé, qui sembla reconnu par tous les membres, et ils mirent tous un point d'honneur à saluer le grand prêtre et la prêtresse. Pour conclure, on me conduisit au centre de la salle. Le grand prêtre saisit sa cape bleu roi richement ornée, qu'il projeta sur moi. C'était là une salutation intéressante, mais je ne constatai aucun impact qu'elle aurait pu avoir. Il paraît que c'était là un moyen de guérison pouvant être utile à tout le monde, malade ou pas. L’ATY GUARANI Les formulaires de décharge que nous dûmes signer pour pouvoir participer aux cérémonies qui impliquaient l'ingestion de drogues étaient contraignants. Ils nous prévenaient de choses terribles qui pourraient se produire, et si c'était le cas, nous devions accepter de dégager les organisateurs de toute responsabilité. 286 L'aty guarani était une inconnue pour nous. Nous avions étudié l’umbanda et le santo daime et nous en avions compris les principes de base. Nous savions que l'aty guarani incluait l'utilisation de drogues très puissantes. Le chaman que nous rencontrâmes, Awaju Poty, évoqua la conception de la spiritualité du peuple guarani, qui englobe toute la nature avec un univers aux divers mondes spirituels. Il y a une force vitale qui imprègne tout. Et il y a Ñemi'Guaxu, ou le grand mystère, que l’on ne peut résoudre dans cette vie. Un peu comme dans la tradition hindoue, ils voient la mort comme une transition et l’intégration finale dans la compréhension ultime du cosmos. Nous connaissions le peuple guarani et savions que leur culture indigène avait lutté pour survivre. Ils dépassent les frontières internationales dans la partie méridionale du continent, mais ils n'ont été bien traités par aucun des gouvernements nationaux. Awaju Poty est un homme hors du commun.137 Chaman, c'est également un musicien accompli, titulaire de diplômes supérieurs. Il joue de la harpe de façon exquise, même dans la forêt. Le soir d’août où nous lui rendîmes visite, il faisait à peu près aussi froid que possible dans l'État de Paraná. L’endroit isolé se trouve à une altitude supérieure à celle de Curitiba, ce qui fait encore baisser la température. Nous voyageâmes à bord d'un petit bus, mais la route finit par disparaître et il nous fallut parcourir à pied un sentier boueux. Il faisait sombre et le sentier était escarpé, ce qui nous valut plusieurs glissades. Au bout de quelques minutes, nous aperçûmes un bâtiment circulaire construit à l'aide de poteaux en bois verticaux d'un diamètre de 5 à 10 cm, et d'un toit de chaume. Sa conception me rappelait certains kraals que nous avions vus en Afrique australe. Nous entrâmes et vîmes un petit feu encerclé par des pierres au centre de la pièce. Une marmite en métal était posée sur le feu pour y préparer quelque chose. Suivant la tradition de l'aty guarani, tout s’effectue dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Nous nous penchâmes donc pour franchir la petite porte et nous nous dirigeâmes vers la gauche. Chaque personne s'installa près du 137 Awaju Poty : http://awajupoty.blogspot.com/p/tese.html 287 mur extérieur et s'aménagea un petit nid. Nous savions que nous serions là pendant plusieurs heures et que nous devrions nous réchauffer le plus possible. Bientôt, Poty et son assistante, une femme d'environ 40 ans aux cheveux très courts et au léger sourire, éteignirent les lanternes, ne laissant que la faible lueur du feu pour voir. Il recula contre le mur du fond et il commença à jouer de l'un des nombreux instruments de musique qu'il utiliserait au cours de la cérémonie. Tout en battant bruyamment du tambour, Poty fit plusieurs fois le tour du feu dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Ensuite, son assistante lui tendit une longue et fine pipe remplie de tabac. La pipe en main, tirant d'abondantes bouffées, il continua à tourner autour du feu, avant de s'arrêter et de tendre la pipe à la personne la plus proche de notre groupe. Alors, à tour de rôle, chacun de nous fit trois fois le tour du feu, en le gardant toujours à sa gauche. Je détestais la fumée, mais je m’aperçus vite qu'en soufflant dans la pipe, je donnais l'impression de l'inhaler. Après l’accomplissement du rituel du calumet, l'assistante se leva en se tournant lentement vers la gauche et s'approcha de chaque personne avec un bol métallique qui contenait une mixture liquide bouillonnante. On m'invita à en aspirer avec une paille, mais je déclinai l'invitation. Les autres membres du groupe en prirent tous une gorgée. Nous ignorions en quoi consistait la substance liquide et comment elle était préparée. De toute évidence, le composant psychoactif était un dérivé très puissant de la DMT. Poty continua à jouer de ses instruments de musique et tournait périodiquement autour du petit feu. Victoria suggéra que la musique aidait à rendre visibles les esprits de la forêt. Ce que les participants décrivirent ne correspondait pas à ce que je peux confirmer dans la réalité consensuelle. David, qui connaissait bien les produits psychédéliques, dit avoir vu une vieille femme s'agenouiller tout près du feu. Plusieurs personnes déclarèrent avoir vu des animaux bizarres en train de s'ébattre dans la pièce. De toute évidence, chaque personne, tout en restant relativement immobile dans son nid, embarqua dans son propre trip intérieur. 288 La cérémonie prit fin vers minuit. Un premier défi consista à redescendre le sentier obscur et glissant. Ce fut plus difficile qu'avant, parce que la plupart des membres du groupe étaient encore sous l'influence de la drogue. Contrairement à l'ayahuasca, les effets ne se dissipèrent pas rapidement. Une fois arrivés à l'hôtel, nous prîmes l'ascenseur et nous retournâmes dans notre chambre au sixième étage. Après avoir mis Victoria au lit, je décidai de me rendre dans le hall d'entrée pour observer ce qui se passait. En rentrant dans l'ascenseur, je fus tout surpris d'y retrouver une jeune femme qui était initialement montée avec nous. Incapable de localiser sa chambre, elle ne cessait de monter et descendre dans l'ascenseur. VITORIA A une heure de vol au nord de Rio de Janeiro, dans l'État d'Espirito Santo, sur la côte est, se trouve la ville trépidante de Vitoria. En prévision de la Coupe du monde et des Jeux olympiques, la Policia Militar138 avait décidé d'organiser un cours sur l'utilisation des armes non létales, et j'eus l'insigne honneur d'être invité à ouvrir la session. Victoria fit son devoir et se mit à la recherche des organisations locales umbanda, et grâce à Internet, elle repéra deux groupes locaux et leurs adresses. Nous demandâmes à nos hôtes si nous pouvions prolonger notre séjour d'un jour ou deux, ce qu'ils acceptèrent. J’avais besoin d’un jour pour récupérer, car le voyage allait durer plus de 24 heures, y compris le vol de nuit d'Atlanta à Rio. Arrivés en milieu de matinée, nous fûmes accueillis par notre hôte, le major Marsuel Riani, et par un chauffeur, le soldat Mario Magalhães, qui s'avérera être également mon interprète pour mon exposé. Comme il avait vécu au Canada pendant un certain temps, il parlait couramment l'anglais et possédait des compétences linguistiques remarquables, ce qui lui permettait de traduire en temps réel. Sa connaissance des affaires internationales était extraordinaire pour 138 La Policia Militar, ou police militaire, n'a rien à voir avec la police militaire américaine. Il s'agit plutôt d'une force de police nationale qui a compétence sur le domaine civil. 289 un simple soldat. Nous apprîmes bientôt qu'en dépit de son grade, il était aussi conseiller du gouverneur de l'Etat d'Espirito Santo. Mario possédait une particularité supplémentaire : il avait une mémoire eidétique. Il n'était pas né avec cette faculté, ce qui devrait intéresser les neuroscientifiques. Il avait été impliqué dans un grave accident de voiture et, après être sorti du coma, il pouvait se rappeler tout ce qu'il avait vu ou entendu, ce qui se révélera utile plus tard pendant notre visite, car il fut en mesure d'identifier une des personnes qui participaient aux services, lorsque nous la retrouvâmes dans un cadre tout à fait différent. Nous expliquâmes à nos hôtes que nous cherchions des cérémonies umbanda. Nous avions l'intention de prendre un taxi depuis l'hôtel jusqu'aux sites. Il s'avéra que c'était très naïf de notre part, car les endroits que Victoria avait identifiés se trouvaient dans les favelas (bidonvilles) locales. ‘’Les taxis ne vous y conduiront pas", me dit Riani. Les chauffeurs jugeaient ces zones trop dangereuses et les considéraient comme interdites. La majeure partie de Vitoria est catholique, mais il y a une petite minorité qui pratique le spiritisme. Accompagnés maintenant par des gardes armés, nous nous aventurâmes jusqu'à la première église, qui se trouvait dans une zone où Mario avait déjà patrouillé en uniforme. ‘’Les fusillades quotidiennes n'étaient pas rares’’, nous informa Mario, et effectivement, nous entendîmes quelques coups de feu pendant que nous étions là-bas. Le temple, le Spiritual Center of Grandpa Antonio Aruanda, était situé dans un bâtiment de plusieurs étages, en retrait de la route. Aucun panneau n'indiquait l'existence de l'église. Mario mentionna que les membres des gangs locaux avaient peur de l'umbanda, croyant qu'il invoquait des esprits. L'office avait déjà commencé, quand nous arrivâmes. Nous sortions clairement du lot. Bien que Riani et Mario étaient en civil, les gens surent immédiatement qu'ils étaient de la police, ce qui n'était pas toujours considéré comme une bonne chose. Et puis ensuite, il y avait deux Américains. 290 Après avoir répondu à quelques questions sur la raison de notre présence, nous suivîmes le protocole et nous allumâmes des bougies à l'extérieur de l'église. Après quoi, on nous invita à participer à l'office. Riani étant catholique et Mario bouddhiste, l'umbanda était une nouveauté pour nos deux amis brésiliens. Bien qu'ils en avaient déjà entendu parler, ils n'avaient jamais assisté à un office auparavant. Le cadre du centre spirituel était très différent de celui que nous avions connu à Curitiba. Le groupe était beaucoup plus petit, environ 40 participants, et l’endroit ressemblait plus à un salon qu'à une église. Tout était beaucoup moins formel. Nous apprîmes par la suite que l'umbanda était une religion générationnelle et que beaucoup des participants provenaient de la même famille. Nos accompagnateurs demeurèrent en retrait et les initiés nous firent avancer vers l'avant de la pièce, en plaçant Victoria sur la gauche avec les femmes et en m’installant à droite avec les hommes. Il était courant que les femmes dirigent, et l'office était supervisé par une grande prêtresse. La plupart des participants étaient vêtus de blanc. Les couleurs de la maison étaient vives, mais le décor guère ornementé. Les murs étaient blancs, hormis un mur bleu saphir qui faisait face à l'assemblée. Devant le mur se trouvait un autel recouvert d'un drap rouge écarlate, et disposés avec soin sur l'autel, il y avait des vases contenant des fleurs, des petites statues de leurs orishas ou esprits, et des colliers de perles. Un tableau qui représentait un saint umbanda était accroché entre les deux fenêtres étroites et ouvertes. Sans se préoccuper de notre arrivée, la prêtresse continua d'officier. Des symboles tracés à la craie, similaires à ceux que j'avais déjà vus au cours de cérémonies vaudoues, étaient dessinés sur le sol. Le symbolisme est très important dans ces religions. Des symboles comme ceux-ci, tracés à la craie, sont temporaires et on les efface à la fin de l'office. Plusieurs initiés assistaient la prêtresse. Pendant que les chants s'intensifiaient, les paroissiens se rapprochèrent et ils se mirent à danser, généralement dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. 291 À mon insu, Victoria avait décidé de permettre à la possession d'avoir lieu, quand nous étions entrés dans le temple. Bien que ne comprenant pas un mot de ce qui se disait, Victoria se leva bientôt et se mit à danser avec le groupe. Elle me dit avoir reçu intuitivement un message qui l’invitait à participer. Quoique différente de son expérience de possession précédente, celle-ci fut toute aussi puissante et convaincante. S’avisant que Victoria était en proie à quelques difficultés internes, une femme la conduisit devant l'autel et lui demanda de s'incliner trois fois. Trois heures s'écoulèrent rapidement. La nuit était tombée, et il était temps de marquer une pause. On ne me dit rien, mais la grande prêtresse rejoignit nos hôtes et insista sur le fait qu'ils avaient reconnu Victoria. Ils insistèrent pour qu'elle ne parte pas. Une sorte de reconnaissance s’était produite entre ces femmes, même si elles ne s'étaient jamais rencontrées auparavant. De mon point de vue, cette rencontre semblait être plus qu'une simple coïncidence. En raison d'un engagement préalable, nos accompagnateurs s'absentèrent en promettant de revenir. Nous étions seuls dans la favela. Le groupe umbanda sembla manifester sa protection à notre égard, et nous trouvâmes quelques personnes qui parlaient modérément bien l'anglais. On nous invita à prendre des rafraîchissements dans une petite cuisine adjacente. Les conversations amicales étant le propre de nouvelles relations, elles nous fournirent l'opportunité de les interroger sur leur implication dans l'umbanda. J'eus notamment une discussion très intéressante avec un homme qui parlait très bien l'anglais. Cet homme me confia qu'il avait été un marin américain dans une vie antérieure, ce qui l'avait aidé à développer ses compétences linguistiques. Il est important de savoir que la croyance en la réincarnation est un principe fondamental de l'umbanda. L'office reprit dans la foulée. La grande prêtresse, maintenant accompagnée par un homme et par de la musique, invoqua les dieux et les déesses pour qu'ils viennent participer à la cérémonie avec les humains. Bientôt débuta une séance de guérison avec Victoria et quelques autres personnes au centre, entourées par les guérisseurs initiés. Ouverte au processus, Victoria se sentait la tête légère et commençait à onduler. À un moment donné, une orisha pénétra dans le corps de Victoria. Dans son esprit, elle entendra clairement l'orisha lui dire : ‘’Pourquoi es- 292 tu dans le cercle intérieur ?’’ L'orisha insista sur le fait que Victoria devrait faire partie du cercle extérieur et aider les autres. Durant l'office, les paroissiens eurent également l'occasion de demander aux esprits des conseils personnels, même si c'était par l'intermédiaire des initiés. Quelques initiées assumèrent différentes personnalités, dont beaucoup semblaient transgenres et distinctement masculines. Par la suite, les participants consommèrent de la bière et du vin. Le tabagisme était également très répandu. Franchement, il était difficile pour moi de déterminer s'il y avait réellement eu possession ou s'il s'agissait simplement d'un moyen pratique de rompre avec les normes traditionnelles en matière de rôles. D'autres faits furent plus convaincants. Vers la fin de la cérémonie, sans aucun avertissement préalable, la grande prêtresse fut possédée par une personnalité masculine assez violente. Il fallut plusieurs paroissiens pour apaiser cet esprit et pour que la prêtresse puisse continuer de superviser la cérémonie. Elle retrouva sa personnalité, apparemment sans aucun effet négatif. Peu après 21 heures, Mario était de retour au moment où l'office se terminait. Une femme, toujours possédée par un orisha, accosta Victoria avec l'aide d'un initié qui parlait anglais et lui offrit un petit bouquet d'œillets blancs et rouges. On lui dit qu'elle devrait revenir au moins deux fois. Après un échange d'amabilités comprenant des adresses e-mail et des numéros de téléphone, nous prîmes congé avec beaucoup de choses à considérer. Mario et Riani rentrèrent chez eux et racontèrent les événements de la soirée à leurs familles, qui ne connaissaient pas l'umbanda. Lorsqu'ils acceptèrent de nous conduire dans une autre église umbanda, leurs femmes et leurs enfants voulurent nous accompagner. Cette aventure commença trois jours plus tard, en allant assister ensemble à une nouvelle cérémonie umbanda dans une autre favela. L'aspect le plus marquant de ce rendez-vous fut le repérage du lieu de la cérémonie. Notre escorte s'était organisée pour être en contact par téléphone portable avec une personne qui était censée connaître la zone, mais malgré cela, nous errâmes quelque peu. Avec pas mal de difficultés, Riani finit par repérer 293 l’endroit, et c’était d'autant plus complexe que nous étions accompagnés de l'épouse de Mario, une thérapeute diplômée, de l'épouse de Riani, un brigadier de police, et de leurs trois enfants, dont une adolescente. Aucun d'entre eux n'avait jamais assisté à une cérémonie umbanda, et il s'agissait surtout pour eux d'une curiosité bienvenue. Il faisait nuit, quand nous garâmes les voitures dans un endroit dégagé et quand nous nous résolûmes à marcher jusqu'au lieu de culte. Sans protection armée, jamais je ne me serais aventuré dans la zone où devait avoir lieu l'office. Nous longeâmes un énorme tas de détritus, puis nous remarquâmes un tunnel éclairé par une seule ampoule. Aussi insensé que cela puisse paraître, nous poursuivîmes notre chemin dans l'orifice de béton avant de déboucher sur la Casa Do Senhor Ogom, un bâtiment en béton avec un toit en tôle et des barreaux en guise de fenêtres. Il n'y avait qu'une seule pièce, scindée, avec des bancs pour les spectateurs. Au premier plan se trouvait une autre grande prêtresse vêtue d'une robe bleue et fumant le cigare. Elle se tenait devant un long autel, drapé d’un tissu blanc, sur lequel il y avait des douzaines de petites statues d’orishas. Quelques symboles chrétiens y figuraient également. La présence de jeunes enfants compliquait les choses, et nous ne restâmes qu'une heure environ. Là aussi, Victoria s'approcha pour une bénédiction, et elle fut rejointe par Nilma, la femme de Mario. Cette fois encore, nous vîmes plusieurs paroissiens qui semblaient être dans un état de possession légère. Les caractéristiques comportementales générales semblent se retrouver d'un centre spirituel à l'autre. Qu'il y ait là une anticipation et une programmation, ou une réelle possession, est difficile à déterminer, mais cela mérite certainement des recherches plus approfondies. RIO DE JANEIRO Au cours des deux dernières décennies, j'ai effectué plusieurs voyages à Rio, principalement en relation avec des questions ayant trait aux armes non létales. Par ailleurs, nos hôtes étaient bien conscients de notre intérêt pour certains phénomènes et pour les religions indigènes, et ils organisèrent notre excursion du 294 Santo Daime à Maua. Ils se montrent un peu nerveux, lorsque mon implication dans ces domaines attire trop l’attention. En tant qu'hommes d'affaires, ils se soucient de l’image de leur société. Ce fut encore le cas avec une interview qui portait à la fois sur les armes non létales et sur les OVNI, et qui parut dans O Globo, le principal journal brésilien, en avril 2016. 139 Comme on pourrait s'y attendre aux États-Unis, les hommes d'affaires ont souvent une position publique et privée par rapport à certains sujets controversés. Pendant un séjour dans leur retraite de montagne près d'Itaipava, à environ une heure de route au nord de Rio, nous évoquâmes des incidents d’ordre personnel qu'il est difficile d'expliquer. Dans l'un d'eux, le président de la société, Carlos, un homme à l'embonpoint considérable, s'appuya sur une rampe qui céda brusquement, et il fit une chute de près de trois mètres jusqu'à la prochaine rampe du sentier. Il me déclara alors que pendant sa chute totalement incontrôlée, c'est comme si une grande main s'était glissée sous lui, avait interrompu sa chute et l'avait doucement déposé sur le sol. J'ai emprunté ce sentier à plusieurs reprises et je sais que le risque de blessure physique grave résultant d'une telle chute est très élevé. Pour autant, la description de cet incident défie les idées reçues sur les lois de la gravité. Il attribue ce phénomène à une intervention divine et, pour honorer cette ‘’aide divine’’, Carlos érigea une statue de la Vierge Marie au sommet du sentier. Quoique très discret sur cette expérience personnelle, il nous montra, à Victoria et à moi, l'autel qu'il avait érigé. Deux services religieux auxquels nous participâmes à Rio se distinguent, bien qu'ils se déroulèrent à plusieurs années d'intervalle. Le premier était une visite à Tempo Espirita Tuvara. C'était un vendredi en début d'après-midi et le grand temple en béton était rempli avec des centaines de personnes. Je me demandai sur le coup si ces personnes n'avaient pas un travail pendant la journée. Notre guide était mon ami Edson Pereira, un colonel à la retraite de l'armée brésilienne. Edson m'a servi d'interprète dans le cadre de plusieurs voyages au Brésil et il est connu et respecté dans tout le pays. L'épouse d'Edson, Mary, qui est au cœur du sujet, nous accompagnait aussi. 139 http://oglobo.globo.com/sociedade/conte-algo-que-nao-sei/johnalexander-militar-armas-nao-letais-naodevem-ser-usadas-comocastigo-19192107 295 Au Brésil, les religions spirites se basent généralement sur l'œuvre d'Allan Kardec, un éducateur français qui vécut au milieu du 19ème siècle. En réalité, Allan Kardec était le nom de plume d'Hippolyte Léon Denizard Rivai, qui écrivit plusieurs ouvrages définissant le spiritisme. S'il y a bien aujourd'hui quelques églises spirites en Amérique du Nord, cette religion est plus connue et plus populaire en Amérique du Sud. Il faut savoir que Kardec était fortement en faveur de la recherche scientifique par rapport aux phénomènes qu'il postulait.140 La religion spirite a pour fondement les écrits et la philosophie de Kardec qui détaillent l'instauration de contacts avec des entités désincarnées. Les paroissiens adhèrent également au concept de la réincarnation. Leurs pratiques vont à l'encontre des religions chrétiennes conservatrices qui mettent souvent en garde leurs fidèles contre tout contact avec des esprits inconnus qui pourraient chercher à les tromper. Ces groupes sont très préoccupés par la possibilité de possession par des esprits malveillants ou malicieux. A Tempo Espirita Tuvara, il n'y avait pas de grand prêtre, mais il y avait beaucoup d’initiés, répartis à peu près équitablement entre hommes et femmes. Pour le service auquel nous participâmes, le côté gauche de la salle était réservé aux femmes et le côté droit aux hommes. On nous indiqua toutefois qu'il y avait d'autres offices où la mixité était la norme. En guise de préparation, nous nous étions procuré des bouteilles en verre et nous les avions remplies d'eau. Nous les plaçâmes à côté des dizaines d'autres bouteilles apportées par les membres de la congrégation. L'hypothèse était que l'eau se chargerait d'énergie positive pendant la cérémonie et qu'on pourrait l’utiliser par la suite à des fins de guérison. Le plus compliqué pour nous serait de leur faire passer la sécurité à l'aéroport, mais nous parvînmes tout de même à les ramener à Las Vegas. Après avoir chanté pendant un moment, on en arriva aux actes curatifs de la cérémonie. Les initiés, tout de blanc vêtus, formaient deux files à l'avant. Toutes les personnes qui souhaitaient être bénies ou guéries s'avancèrent. La procédure 140 Alexander Moreira-Almeida, https://www.academia.edu/1619158/Allan_Kardec_and_the_Development_o 296 fut longue mais bien ordonnée. Alors que chaque personne se tenait devant le prêtre ou devant la prêtresse, ce dernier ou cette dernière utilisait ses mains pour transmettre de l'énergie psychique en récitant des prières pour chaque personne. La raison pour laquelle Marie se trouve au cœur de cette histoire, c’est qu'elle représente un miracle médical et qu'elle a été guérie dans ce temple. Souffrant de graves douleurs dorsales, elle avait consulté une kyrielle de médecins traditionnels, qui tous l'avaient diagnostiquée incurable. Edson était resté à ses côtés, en observant avec désespoir l'échec de la médecine conventionnelle. Mary était clouée au lit et elle avait peu de chances de se rétablir. Mais après avoir pris part à des séances de guérison spirite, elle regagna l'usage complet de son corps. Il n'y a aucune explication médicale traditionnelle qui explique son rétablissement total. À l'heure où j'écris ces lignes, la dernière cérémonie d'umbanda à laquelle nous avons assisté remonte à avril 2016. J'avais été invité à Rio de Janeiro pour recevoir un prix récompensant mes travaux sur les armes non létales, et nous profitâmes une fois de plus des avantages de l’endroit. Cette fois, c'est Edson Pereira Jr, jeune et brillant étudiant diplômé, qui nous servira d'escorte. Physiquement beaucoup plus grand que son père, Edson Jr. pouvait en imposer, et sa connaissance des affaires mondiales était remarquable. Catholique pratiquant, il n'avait jamais assisté à une cérémonie umbanda. Une fois encore, nous initiâmes des amis brésiliens à l'une des religions indigènes de leur pays, d'une importance vitale. Nous arrivâmes au temple Caminheiros da Verdade (‘’Ceux qui empruntent le chemin de la vérité’’) un peu avant 17 heures. Alors que nous nous attendions à ce que l'office commence à cette heure-là, nous nous aperçûmes qu'il avait débuté depuis un certain temps et que la porte était fermée à clé. Après avoir sonné au portail extérieur métallique noir, je fus ‘’accueilli’’ par un homme qui ne parut pas très content de me voir, car ce n'était pas un lieu fréquenté par des étrangers. Avec l'aide d'Edson Jr, qui sait se montrer très persuasif, le préposé fut convaincu de nous laisser entrer. Lorgnant l'appareil photo numérique Canon 297 PowerShot bleu que je tenais à la main, il nous informa qu'aucune photo ne serait autorisée. Nous entrâmes tranquillement et nous prîmes place sur le banc le long du mur du fond. C'était un temple de taille modeste, aux murs bleu azur et aux statuettes familières. Une séparation basse avec une porte battante en son centre séparait la prêtresse et les initiés des observateurs. Après m’être renseigné, on me dit que Victoria ne pouvait pas se joindre à ceux qui dansaient pendant cette partie de l'office. Ceci dit, en peu de temps, elle réussit à s'approcher de l'avant, tandis qu'Edson Jr. et moi nous continuions de veiller depuis l'arrière. Victoria m'avait chuchoté que si les esprits le lui demandaient, elle ignorerait toute tentative de l'empêcher de se joindre à la cérémonie. La cérémonie était typique des autres rituels umbanda auxquels nous avions assisté. Des hommes et des femmes quasiment exclusivement vêtus de blanc évoluaient au rythme de la musique. Là encore, ils paraissaient être dans une légère transe et se comportaient conformément à nos attentes. Une grande prêtresse semblait aux commandes et diriger les activités. Une centaine de personnes, qui attendaient pour la plupart la seconde partie de l’office, observaient les activités depuis de vieux bancs en bois. Bientôt, il y eut une pause, les initiés ayant besoin de se réhydrater après une longue période d'activité. Certains participants nous considérèrent d'un air interrogateur, nous, les deux seuls Américains, mais ils semblèrent accepter notre présence. Au bout d'une demi-heure, les consultations commencèrent, et on nous dit que nous pouvions maintenant y prendre part. Rapidement, Victoria reprit sa place à l'avant, tandis qu'Edson Jr. et moi-même, nous continuions de cirer le banc. Par chance, un jeune homme qui parlait anglais se plaça juste derrière Victoria. Il lui confia qu'il s'agissait là de sa première rencontre avec l'umbanda et qu'un ami proche l'avait encouragé à venir. Cela dit, il ne savait pas à quoi s'attendre. La prêtresse et les initiés s'avancèrent en ayant, semble-t-il, assumé l'identité de leur orisha ou de leur guide, et se positionnèrent autour de la salle, de manière à pouvoir s'entretenir en privé avec ceux qui désiraient une consultation. En périphérie, il y avait une femme austère, dont le travail consistait 298 à orienter la circulation. Quand Victoria s'approcha, elle lui indiqua qu'elle devrait se rendre auprès de la grande prêtresse, et son nouvel ami l'accompagna pour lui servir de traducteur. La prêtresse demanda brusquement : ‘’Pourquoi êtes-vous ici ?’’ Victoria répondit qu'elle recherchait une grâce. Tout ce que Victoria dit ou exprima sembla toucher une corde sensible chez la grande prêtresse. Elle entreprit une longue séance de guérison, qui comprenait un transfert d'énergie par les mains et une grande quantité de fumée pour purifier l'esprit de Victoria. La séance devint tellement émouvante que Victoria se mit à pleurer. En signe de reconnaissance, l'orisha donna son nom à Victoria : Cabocla Jureminha da Cachoeira. Puis l'orisha lui dit : ‘’Si jamais tu as besoin de moi, il te suffit de m'appeler par mon nom’’. Il s'agissait là d'un message personnel très fort. Après la séance, Victoria s'approcha du banc où nous étions assis. Vu son attitude, je savais qu'elle était clairement secouée. Edson Jr. ne s'en rendit pas compte et suggéra que nous partions tout de suite. Je lui répondis que nous devions attendre encore un peu, et je lui fis signe de la regarder : elle tremblait et elle était au bord des larmes. Une dizaine de minutes plus tard, nous nous enfoncions dans la nuit pour aller dîner dans l’une des fameuses churrascarias brésiliennes. Il est difficile de définir scientifiquement ce type d’implications émotionnelles. Pour le participant, il est clair qu'il s'agit d'expériences significatives. Et du point de vue spirite, il s’agit de transferts d'informations efficaces, qui permettent parfois une guérison physique et mentale. Le principal point de divergence, c’est que l'expérience doit s’évaluer à partir de deux visions du monde et de deux systèmes de croyances différents. Je tiens à rappeler qu'aucun des services religieux auxquels nous avons assisté au Brésil ne fut accompagné d'une demande d'argent. On ne faisait pas circuler un plateau ou une corbeille à offrandes, comme c'est si souvent le cas dans les églises chrétiennes américaines. Il n'y avait même pas de boîte au mur, où les paroissiens pouvaient laisser des dons. Au début, j'ai demandé à Edson Sr. ce 299 qu'il en était. Après tout, ces temples occasionnaient de sérieux frais généraux, comme l'entretien et les charges. Il m'a répondu qu'il ne savait pas et qu'il s'était demandé comment les organisations étaient soutenues. Chez moi, un signal d'alarme se déclenche, si des guérisseurs psychiques sollicitent des dons importants. Au Brésil, nous avons constaté tout l'inverse. Nous n'avons jamais vu la moindre tentative de collecte de fonds. ABADIÂNIA À environ 100 km au sud-ouest de Brasilia, la campagne vallonnée près d'Abadiânia rappelle aux visiteurs américains les terres agricoles du centre des États-Unis. C'est là, au bout d'une route secondaire poussiéreuse partant de la BR 060, que se trouve la Casa de Dom Inácio (la maison de Saint Ignace de Loyola). C'est le quartier général opérationnel de João de Deus ou Jean de Dieu.141 Né João Teixeira da Faria, c’est l'un des guérisseurs psychiques les plus célèbres du monde. Après lui avoir rendu visite à deux reprises, je suis personnellement convaincu qu'il est authentique. Quand nous lui avons rendu visite pour la première fois en 2005, environ 300 personnes sollicitaient son aide. A notre retour en 2014, nous vîmes des milliers de personnes rassemblées à la casa, dont beaucoup arrivées en cars touristiques. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette augmentation de fréquentation. Précédemment, João de Deus exerçait ses activités sur de nombreux sites au Brésil. Actuellement, il opère exclusivement à Abadiânia, à l’exception des rares occasions où il voyage à l'étranger. La deuxième raison, c'est Oprah. La superstar américaine, Oprah Winfrey a réalisé une série d'émissions depuis la casa, permettant de faire connaître João de Deus à un public beaucoup plus large. Le conférencier spécialisé dans le développement personnel, Wayne Dyer était non seulement un admirateur, mais il fut également le bénéficiaire de l'une des guérisons spirituelles les plus spectaculaires dont j'ai jamais entendu parler. Au fur et à mesure que la renommée de João de Deus s’est répandue, des gens sont 141 http://johnofgod.com/ 300 venus du monde entier. On y trouve pas mal d'Américains, de nombreux Européens, sans oublier des Asiatiques et des Africains. Au départ de Foz de Iguaçu, nous atterrîmes dans la soirée à Brasilia, la capitale. C'était début mai 2005, et en raison du trafic de drogue dans la région, on nous avait conseillé de ne pas emprunter les routes de campagne, la nuit. La voiture de location que nous avions réservée arriva avec une heure de retard, le lendemain matin, si bien que nous ne partîmes qu'à 7 heures pour un trajet d'une heure et demie jusqu'à Abadiânia. Nous craignions d'être en retard, car le premier service était prévu à 8 heures. Finalement, nous arrivâmes à destination avec un peu d'avance. En discutant avec les habitants, nous apprîmes que les horaires de la casa étaient fort approximatifs. La casa, d'un bleu profond et d'un blanc éclatant, se trouvait au bout d'un quartier récemment aménagé de la ville. Des dizaines de voitures étaient garées dans le parking situé juste en face. Les grands portails métalliques bleus étaient ouverts et des personnes vêtues de blanc s'affairaient. À notre arrivée, nous fûmes accueillis par des assistants. Chacun reçut un ticket indiquant s'il s'agissait d'une première visite, d'un retour ou d'une intervention chirurgicale programmée. Tout était bien organisé. Un auditorium ouvert occupait l'espace devant le sanctuaire. Des peintures représentant des saints en ornaient les murs. Des écrans de télévision diffusaient une vidéo qui montrait João de Deus en train d'opérer et plusieurs types d'interventions. L'une d'elles impliquait l'utilisation d'un scalpel et la réalisation d’une incision physique sur le patient. Chose étonnante, le saignement était minime, bien moins important que ce à quoi je m'attendais. Il n'y avait aucun doute par rapport à l'authenticité de l'incision. Aucun faux matériel n'avait été utilisé. Une autre vidéo montrait João de Deus qui insérait de longues pinces au fond du nez d'un patient. Dans une autre encore, il utilisait un couteau pour gratter les globes oculaires du patient. Cette technique, nous dit-on, était indirecte, car les yeux étaient considérés comme le miroir de l'âme. Tout au long de ces interventions, aucun des patients ne sembla montrer des signe de douleur 301 ou d'inconfort. João de Deus paraissait plongé dans une transe profonde et ne semblait même pas prêter attention aux gestes qu'il accomplissait. Ensuite, le service débuta. João de Deus sortit du sanctuaire et se tint debout sur la petite estrade basse devant l'auditoire. Il parla brièvement et un assistant traduisit ses propos en anglais. Quelques minutes plus tard, il commença à opérer devant le groupe et nous le vîmes utiliser la technique des forceps. L'homme concerné se pencha légèrement en avant, tandis que les forceps étaient insérés dans sa cavité nasale. Une petite goutte de sang apparut et la procédure était terminée. Sans tambour ni trompette, l'entourage regagna le sanctuaire et des files se constituèrent. Les personnes en fauteuil roulant, qui étaient nombreuses, furent d’abord prises en charge. En tant que nouveaux venus, nous serions dans le dernier groupe à être reçu, ce matin-là. Malgré la foule, tout le monde était poli et patient, et je ne vis personne chercher à se faufiler devant les autres. Les gens semblaient croire les assistants qui nous avaient dit que tout le monde serait reçu. Tout était calme lorsque nous entrâmes dans le sanctuaire. João de Deus était assis au fond de la salle. À notre grande surprise, les deux côtés de la salle étaient occupés par deux rangées de médiums assis qui l'assistaient dans la prière. Ils étaient au moins soixante dans ce groupe. Plusieurs autres médiums, apparemment considérés comme très puissants, étaient assis près de lui. De gros cristaux de quartz étaient placés bien en évidence. A l'occasion de notre première rencontre, nous bénéficiâmes de plusieurs entrevues individuelles avec João de Deus. Chaque séance était fort brève, quelques secondes seulement, mais personnelle. Il ne parle pas l’anglais, mais deux assistants étaient là pour traduire. En état de transe, il répondait et il remettait à chaque personne une ordonnance griffonnée qui pouvait être honorée pour une somme modique (quelques dollars seulement). Il est important de noter qu'il recevait toutes les personnes qui se présentaient, quelle que soit la longueur de la file d'attente. 302 Après la bénédiction, on nous pria de prendre place dans une pièce adjacente, directement à sa droite, où nous restâmes les yeux fermés en méditation pendant une vingtaine de minutes. On nous expliqua que l’objectif était d'ajouter notre énergie de guérison à celle de tous les médiums réunis. Les assistants raccompagnaient ensuite calmement des groupes vers la sortie qui donnait sur les jardins. La cuisine se trouvait à proximité. La casa nourrit tous ceux qui viennent. On nous servit gratuitement une soupe de légumes faite maison. A l’occasion de notre dernière visite à la casa en 2014, le déroulement de la rencontre avait considérablement évolué. Même si l'ordre du jour était globalement le même, il était pratiquement impossible de voir ce qui se passait à cause de la foule. Au lieu de bénéficier d'une attention personnalisée comme pour notre première visite, les participants étaient conduits en groupes dans le sanctuaire, où nous nous prîmes place sur des bancs en bois, les yeux clos. Joao de Deus entra ensuite dans la salle et il offrit une bénédiction générale, touchant quelques personnes assises près de l'allée. Jetant des coups d'œil furtifs, je fus surpris à plusieurs reprises par ses assistants qui me firent signe en silence de fermer les yeux. Cette fois, plutôt que de rester dans l'enceinte de la casa, on conseilla aux gens de retourner à leur hôtel et de rester seuls dans leur chambre pendant 24 à 48 heures. Nous devions prendre nos repas seuls pendant cette période et nous concentrer sur notre guérison ou tout autre besoin spirituel qui nous avait amenés là. Victoria suivit ces instructions, tandis que je retournai plusieurs fois à la casa, simplement pour observer le déroulement des opérations. Différents types de guérisons sont pratiqués. Selon João de Deus, il est assisté par des centaines d'esprits désincarnés, dont certains exerçaient la profession médicale, lorsqu'ils étaient humains. On estime que le processus de guérison commence dès votre arrivée et peut continuer longtemps après votre retour chez vous. Il y a des restrictions qui sont basées sur l'âge et qui concernent les personnes éligibles à une chirurgie physique ou à une guérison purement psychique. On assure qu'il n'y a jamais eu de cas de septicémie à cause d'une 303 incision. Comme on n'utilise ni stérilisation ni antiseptique, c'est assez incroyable ! En plus du sanctuaire, il y a des lieux bénis autour de la casa où on a placé des triangles symboliques. Ces sites sont toujours remplis de photos de patients qui demandent à être guéris. Pendant ce voyage, j'ai participé au processus de guérison à distance. Certains lecteurs connaissent peut-être Whitley et Anne Strieber. Whitley a écrit plusieurs livres, mais il est surtout connu pour Communion. Nous sommes des amis de longue date, et à l’époque, Anne était gravement malade, souffrant d'un cancer. Je leur avais suggéré de se rendre à Abadiânia, mais ils étaient d’avis que son état physique rendait le voyage impossible. Etant donné que nous y allions, ils me remirent une bonne photo d'Anne. Je pris la photo et je la plaçai sur l'un des sites consacrés, et je priai pour qu'elle reçoive de l'aide concernant son état de santé. Le lendemain, j'envoyai un e-mail à Whitley pour lui raconter ce que j'avais fait et à quel moment. Il me répondit qu'Anne avait démontré une amélioration substantielle qui avait duré quelques jours. Il est important de noter, d'un point de vue scientifique, qu'Anne ne connaissait ni la date ni l'heure auxquelles j'avais commencé à prier pour son rétablissement. Or, c'est avant que je ne contacte Whitley par e-mail qu'il avait remarqué une amélioration.142 Malheureusement, la guérison fut temporaire et elle succomba un an plus tard. Ainsi que je l'ai mentionné, Wayne Dyer, deux ans après avoir été diagnostiqué comme atteint de leucémie, bénéficia d'une guérison remarquable et documentée. Celle-ci s'effectua à distance, car d'après le blog de Dyer lui-même, il se trouvait dans une chambre d'hôtel à Carlsbad, en Californie, pendant que João était à la casa à Abadiânia. A cause de son emploi du temps chargé, Dyer refusa l'opportunité de se rendre à la casa au Brésil. En lieu et place, des dispositions furent prises pour qu'il puisse subir une opération chirurgicale spirituelle à distance, le 21 avril 2011, à 22 heures. On lui donna comme instructions de porter des vêtements blancs, de boire de l'eau bénite et de rester 142 Même si j'avais déjà évoqué son cas dans des exposés, je n'avais jamais révélé l'identité du bénéficiaire. Cette information est incluse dans ce livre avec l'accord de Whitley Strieber. 304 alité pendant une journée entière. Le lendemain matin, il se réveilla et ne constatant aucune différence, il partit faire sa promenade habituelle, mais au bout de quelques centaines de mètres, il s'effondra — comme des suites d’une opération chirurgicale physique pratiquée la veille au soir. On l'aida à regagner son lit et il resta alité plusieurs jours, épuisé, passant par un processus de détoxification. Une semaine après l'opération, les entités seraient revenues retirer les sutures psychiques. Peu de temps après, on le déclara guéri du cancer. Dyer fit remarquer que la chirurgie n'était pas un traitement traditionnel pour la leucémie, et encore moins quand elle est pratiquée par des entités spirituelles.143 Wayne Dyer est décédé en 2015, quatre ans après avoir été soigné par João de Deus. D’après l’avis de décès, la cause de sa mort était une crise cardiaque et n'avait aucun lien avec son cancer antérieur. Un autre cas remarquable fut relaté par Heather Cumming, une chamane brésilienne qui devint une collaboratrice privilégiée de João de Deus. Dans son livre intitulé Jean de Dieu : le guérisseur brésilien, qui a bouleversé la vie de milliers de personnes, elle évoquait le cas d'un médecin relativement jeune qui s'appelait Roger.144 Obèse, il fut victime d'une crise cardiaque à l'âge de 49 ans et mourut aux urgences de l'hôpital où il travaillait à Brasilia. Son certificat de décès indiquait qu'il était décédé à 10 h 15. C'était en milieu de matinée et le personnel était fort occupé. Comme la présence de cadavres dans l'unité des soins intensifs n’était pas bonne pour les affaires, ils voulaient transférer le corps du médecin à la morgue le plus vite possible. La femme du médecin prit contact avec João de Deus. Ensuite, elle demanda au personnel hospitalier de ne pas déplacer le corps de son mari avant 15 heures, cet après-midi-là, et qu'une infirmière reste auprès du corps, ce qui allait à l'encontre du règlement et qui était peu pratique, mais puisque le Dr Roger était l'un des leurs, le personnel accepta de respecter les souhaits de sa femme, sachant qu'elle relayait les instructions de João de Deus. Et peu avant 15 heures, le Dr Roger prit soudainement une profonde inspiration et reprit conscience avant 143 Wayne Dyer, http://www.drwaynedyer.com/blog/meeting-spiritualhealer Heather Cumming, John of God: The Brazilian Healer Who’s Touched the Lives of Millions, Atria Books/Beyond Words, 2007 144 305 de réclamer un verre d'eau. D’après le récit de Cumming, bien qu'il ait visité la casa, le Dr Roger ne croyait pas aux esprits, et il avait précédemment refusé leur aide. En fait, il avait ridiculisé les traitements dispensés là. Deux jours après l'incident, on l’autorisa à quitter l'hôpital. Bien qu'il ait été cliniquement mort pendant près de cinq heures, il ne présentait aucun signe de lésion cérébrale. Selon Cumming, le Dr Roger était un homme transformé qui perdit du poids et qui devint un supporter de la guérison spirituelle pratiquée à la casa. Les sceptiques affirment que nul n'a été guéri après avoir rendu visite à Joao de Deus. Ils ont tort ! Un prêtre jésuite local porta à mon attention un cas américain. Il y a douze ans (en 2005), un garçon de neuf ans fut diagnostiqué avec un cancer du cerveau en phase terminale. Son père, qui était médecin, accepta les conséquences. Toutefois, un autre médecin suggéra d'aller voir Jean de Dieu. Quelques mois plus tard, des membres de sa famille conduisirent le garçon à Abadiânia. D’après la grand-mère que j'ai questionnée, des entités spirituelles opérèrent sur lui et il montra des signes d'amélioration, mais la guérison ne fut pas instantanée. Il n’était ni sous chimiothérapie ni sous radiothérapie. Des membres de sa famille firent plusieurs voyages pour l'accompagner à la casa. Ils croyaient aussi que des entités lui rendaient visite trois ou quatre fois par an pour le soigner chez lui. Au moment où j’écris ces lignes, il est en vie et en bonne santé et en dernière année de lycée. Il ressent néanmoins un poids psychologique, car il se demande pourquoi il a été sauvé et dans quel but. Plusieurs études médicales ont été menées au sujet du travail de guérison de João de Deus. Rustum Roy, un scientifique renommé et respecté à l'échelle internationale, contribua à coordonner ces efforts. Rusty et moi-même, nous eûmes l'opportunité de discuter de ces recherches. Bien que solidement établi dans les sciences physiques, il entretenait des intérêts très variés, parmi lesquels l'interaction entre la conscience et la guérison. Il ne faisait aucun doute que, dans certains cas, des guérisons à long terme avaient effectivement eu lieu. Il y a une pléthore de témoignages qui attestent des pouvoirs de guérison de João de Deus. Celui-ci prend bien soin de préciser qu'il ne guérit pas, mais qu'il est plutôt un canal pour le Saint-Esprit, qui accomplit la guérison. Croyant en la 306 réincarnation et aux dettes karmiques, il lui arrive parfois de recommander qu'aucune guérison ne soit effectuée. Il indique que pour certains patients, s'ils sont guéris dans cette vie, ils devront endurer la même affliction dans une autre. La question qui revient sans cesse est la suivante : pourquoi certaines personnes sont-elles guéries et d'autres non ? Comment les choix s'opèrent-ils ? En observant les autocars remplis de gens qui arrivaient pendant mon séjour en 2014, je remarquai que tous ceux qui débarquèrent en fauteuils roulants repartirent en fauteuils roulants. D'un point de vue médical occidental traditionnel, aucune de ces guérisons n'a de sens, à moins de supposer qu'une partie d'entre elles sont strictement psychosomatiques, ce qui ne correspond toutefois pas aux faits connus. Des personnes souffrant de maladies physiques très réelles ont été guéries. Des cas tels que celui du Dr Dyer, opéré à distance, ajoutent un autre degré de complexité. Joao de Deus croit que des entités désincarnées interviennent dans le processus de guérison. Il affirme qu'une entité désincarnée qui s'est récemment ajoutée mérite une mention spéciale. Chico Xavier (voir le chapitre sur les médiums) aurait apparemment rejoint l'équipe spirituelle. Relativement inconnu en Amérique du Nord, c’est devenu une légende au Brésil. Chico et João ont vécu une partie de leur vie à la même époque et se sont rencontrés. Selon certaines sources, peu après sa mort en juin 2002, Chico aurait commencé à participer aux guérisons spirituelles à la Casa de Dom Inácio. TOUR D’HORIZON Nos expériences spirituelles au Brésil se révélèrent à la fois réelles et contraires à la logique médicale ou scientifique. Nous fîmes encore d'autres rencontres dans des endroits comme Brasilia, Belo Horizonte, Recife et Salvador. Bien que la plupart des chamans soient des descendants d'esclaves, ils comptent des adeptes dans toutes les couches de la population. Comme aux États-Unis, il y a pas mal de sceptiques au Brésil. Certains craignent également les rituels qui font intervenir des entités désincarnées. Malgré tout, j'ai rencontré au Brésil des 307 personnes très instruites dans les traditions occidentales, mais néanmoins disposées à explorer le monde des esprits. Les défis directs pour la science et pour la médecine moderne consistent notamment à expliquer comment des interventions d’ordre spirituel peuvent déclencher une guérison physique. Ceci est particulièrement pertinent, lorsque la guérison s'effectue à distance et sans contact direct entre le guérisseur et le patient. Une question plus générique concerne les situations de possession spirituelle, comme celle dont j'ai été témoin avec Victoria pendant la cérémonie umbanda à Curitiba. Il serait difficile de prouver que des esprits prennent possession des corps physiques pendant ces rituels, mais des indices probants confirment un changement détectable, tant au niveau physiologique que conscient. Certaines cérémonies incluaient l'ingestion de substances chimiques psychotropes, dont le DMT est un ingrédient actif connu, mais ces substances chimiques n'expliquent pas certains résultats, comme la précognition et la clairvoyance. 308 CHAPITRE 21 : LE VAUDOU, OUI, LE VAUDOU Si vous êtes un Américain typique, tout ce que vous savez sur le vaudou, comme il est popularisé dans les films et les programmes télévisés, est tout simplement faux. Très mal compris, le vaudou, que l’on appelle parfois vodoun, compte aujourd'hui environ 30 millions d'adeptes dans le monde. Ma fascination pour le vaudou remonte à plusieurs décennies, en grande partie pour de mauvaises raisons. Tandis que j'étudiais l'anthropologie au Beloit College, je rédigeai mon tout premier mémoire sur le vaudou. J'y soulignai que la plupart des livres sur le sujet reposaient sur des concepts délirants imaginés par des aventuriers du 19ème siècle dramatisant leurs contacts avec le vaudou depuis des bars ou leurs bateaux. En entendant les tambours haïtiens résonner dans l'air humide de la nuit, ils imaginaient des scènes grotesques et perverses. Et ces récits de zombies et de sacrifices humains accompagnés de détails sordides captivèrent l'imagination des lecteurs des pays développés. Le vaudou n'est pas originaire d'Haïti, comme beaucoup le croient, mais il fut importé depuis l'empire du Dahomey, en Afrique occidentale.145 Des hommes et des femmes capturés dans différentes tribus et réduits en esclavage apportèrent des variations issues de leurs religions animistes. Ces variations culturelles furent intégrées, et de nouvelles cérémonies se développèrent au fil du temps. Des tribus, grandes et petites, étaient opprimées par d'autres tribus, qui conclurent des accords avec les marchands d'esclaves portugais. Cette région est aujourd'hui connue pour abriter les pays du Bénin, du Togo, du Ghana et du Burkina Faso. Ce sont certains des pays les plus pauvres du monde, qui ne sont pas vraiment accueillants pour les touristes occidentaux. Comme nous nous étions aventurés dans d'autres régions reculées, Victoria et moi avons trouvé l'attrait de découvrir les fondements du vaudou presque irrésistible, même si ce n'est pas pour les âmes sensibles. Il est important de comprendre que dans certaines régions d'Afrique occidentale, le vaudou n'est pas seulement une religion, mais encore aujourd'hui, un mode de vie. Les pratiquants 145 http://www.africanholocaust.net/news_ah/vodoo.htm 309 intègrent le vaudou dans chaque aspect de leur vie quotidienne. Pour eux, rien n'arrive par hasard, tout dans l'univers est intimement lié et interdépendant. Pour une religion que beaucoup considèrent comme primitive, les concepts fondamentaux du vaudou concordent avec certaines de nos idées les plus avancées. Par contre, la manière dont ses adeptes pratiquent leur religion pourrait rebuter la majorité des Occidentaux. En voyageant au Togo, au Bénin et au Ghana, nous observâmes de nos propres yeux et remarquâmes des choses physiquement impossibles suivant les théories scientifiques modernes. Pour commencer, le simple fait de s'y rendre peut être un défi. Il était tard dans la soirée, lorsque nous arrivâmes à Lomé, la capitale du Togo, et l'aéroport fermait pour la nuit. Le taxi que nous avions réservé pour nous conduire à l'hôtel était introuvable. Comme dans de nombreux pays d'Afrique de l'Ouest, peu de gens parlent anglais. Ce n'est pas sans raison que cette région était autrefois connue sous le nom d'Afrique équatoriale française. Après avoir surmonté cet obstacle, le lendemain, nous rencontrâmes notre guide, Noah Katcha, fils de pasteurs adventistes du septième jour, mais néanmoins versé dans les principes du vaudou. Il nous expliqua rapidement que les personnes d'autres religions pratiquaient souvent des rites similaires, y compris les chrétiens et les musulmans. Cela suggère que le choix de la religion relève autant de la culture que de l'idéologie. Dans les pays d'Afrique de l'Ouest, les régions du sud ont tendance à embrasser le christianisme, alors que celles du nord sont majoritairement musulmanes. Cela s'explique par le fait que les missionnaires chrétiens arrivèrent par bateau et débarquèrent sur les plages du sud, puis ne s'aventurèrent que sur une courte distance à l'intérieur des terres. L'islam dominait la majeure partie du Sahel et donc les régions nord de ces pays. Mais la religion vaudoue, orientée vers l'animisme, brouille toutes les frontières. Les amulettes et les talismans sont très répandus et les marchés fétichistes de Lomé en regorgent. On y trouve une grande variété de parties d'animaux, en particulier des cornes, mais pas d'ivoire. On y trouve des crânes d'hippopotames, des poupées, des peaux de petits animaux et des statues sculptées dans le bois, 310 l'argile et le métal. Dans les marchés en plein air, l'odeur des parties d'animaux en décomposition est très forte et attire des nuées de mouches. Voyageant dans un car tout juste fonctionnel, nous partîmes vers le nord sur des routes qui avaient grand besoin d'être réparées. Bien que signalée comme une autoroute, le chauffeur devait partager la voie avec des piétons errants et des troupeaux d'animaux. Les arbres de pratiquement toutes les maisons que nous dépassions étaient entourés de rubans blancs, un signe que les habitants pratiquaient le vaudou et invoquaient les esprits pour leur protection. Le niveau de pauvreté que nous pûmes observer tout au long du voyage était extrême, égalant celui des pires endroits où nous avions voyagé, ce qui en dit long. Nos recherches portaient sur les cultures anciennes. Nous ne pratiquions pas ce que certains appellent le « tourisme de la pauvreté », qui exploite les populations locales. L'événement le plus remarquable, en l’occurrence une danse du feu, fut organisé dans un petit village à l'est de Sokodé. Le timing était parfait, puisqu’on n’accomplit ces rituels qu'au début et à la fin de la saison des pluies. Il était environ 20 heures, quand l’autocar se parqua sur ce qui faisait office de place publique. Tout était en terre battue ici, les routes, les parkings et les vieux bâtiments. L’électricité était rare ; quelques ampoules isolées éclairaient faiblement certaines parties du village. Comme toujours, lorsque des voyageurs caucasiens débarquent, les enfants se précipitent, fascinés et mendiant tout ce qu'ils peuvent obtenir. Leur exubérance et leur énergie débordante étaient palpables. Les Blancs sont rares la région, et leur peau fascine les enfants. Ainsi, il n’est pas rare que les enfants d'âge préscolaire veulent leur tenir la main. Les nez qui coulent et les plaies avec des croûtes visibles étaient la norme. Nous nous pliâmes de bonne grâce à leurs demandes, tout en étant bien conscients du taux très élevé de maladies infectieuses qui ravagent ces territoires. La plupart d'entre nous avions sur nous des lingettes antiseptiques que nous utilisions généreusement. Entourés par des hordes d'enfants, nous en avions souvent six ou sept accrochés à nos basques. 311 Ce soir-là, nous assistâmes à une des démonstrations les plus extraordinaires possibles en matière de maîtrise du feu. D'un point de vue scientifique, ces événements défiaient les lois de la thermodynamique. Et d'un point de vue culturel, ils sont indispensables et ils permettent de perpétuer les traditions. Tandis que nous nous approchions de la zone réservée à la cérémonie, les tambours battaient de plus en plus fort. De l'autre côté de la rue en terre battue, un feu brûlait et les enfants sautaient en imitant la danse des adultes. Même ceux qui savaient à peine marcher se laissaient emporter par les rythmes enivrants et complexes des tambours vaudous. Un aîné dirigeait clairement les opérations et il n'y avait aucune conversation. Il commença simplement par prendre des bâtons enflammés et à les appliquer sur différentes parties de son corps. Lentement, il plaça les flammes ardentes audessus et en dessous de son bras. Même s’il était conscient de notre présence, il paraissait insensible aux effets physiques du feu, qui était assez chaud pour faire reculer certains membres de notre groupe. Tandis que je filmais avec ma caméra Sony Handycam et mon appareil photo Nikon, la chaleur était cuisante. L'homme s'assit par terre, appliqua le feu sur la plante de ses pieds, puis posa le bâton enflammé sur son bras et le laissa là pendant environ une demi-minute. Dans une séquence que je filmai, il prit le bâton enflammé qu'il appliqua fermement sur sa langue, et le garda là pendant plusieurs secondes. En visionnant la vidéo, je remarquai que même si les flammes étaient suffisamment hautes pour couvrir son visage, sa longue barbe était restée intacte et elle n'avait pas été brûlée. C'est tout simplement impossible, mais je le filmai tel que cela s'est produit. D'autres adultes se joignirent au rituel. Parfois, certains participants se tenaient debout dans le feu, et l'un d'eux s'assit même dedans. Une autre démonstration impressionnante impliquait un homme qui saisit un bâton incandescent et en arracha un morceau brûlant avec ses dents. Restant immobile et Impassible, le charbon incandescent brûlait vivement, alors qu'il inspirait et expirait. En chronométrant la vidéo plus tard, je calculai qu'il avait gardé la braise brûlante dans sa bouche pendant plus d'une minute sans broncher une seule fois, avant de finalement mâcher le charbon et de l'avaler juste devant nous. 312 Désirant vérifier l'absence de toute supercherie, je pris ma vidéo pour la montrer à Jeff McBride, magicien parmi les magiciens. Jeff enseigne son art à des magiciens confirmés. Il est également consultant auprès de nombreux prestidigitateurs de renom, comme David Copperfield et Criss Angel. Il fut époustouflé par ce qu'il vit et reconnut que ce n'était pas truqué. Nous discutâmes du contenu exact de mes observations en cours de tournage, et il me montra ensuite certaines techniques utilisées par les magiciens pour manipuler le feu sur scène, qui ne ressemblaient en rien à ce que nous avions pu voir. Des sceptiques suggérèrent que les pratiquants vaudous utilisaient une forme quelconque de protection chimique, ce qui est absurde. Primo, le produit chimique imaginé par ces sceptiques n'existe pas. Secundo, ces gens sont si pauvres qu'ils n'auraient jamais les moyens d'acheter des produits chimiques coûteux. Mais il y avait encore autre chose dans ce rituel qui m'intriguait. Après que l'homme ait avalé les braises, deux jeunes garçons s'approchèrent, en tenant en main de petits bâtons enflammés. Ils semblaient avoir environ 10 ans et commençaient tout juste leur apprentissage. Alors qu'ils s'accroupissaient devant nous, le prêtre se posta derrière eux, et avec ses coudes, il tapota doucement la tête de chaque garçon. On nous expliqua que le prêtre leur « transmettait son pouvoir » afin de les protéger contre les brûlures. Comme le veut la tradition, les garçons commencèrent à manipuler le feu comme les aînés. Ils placèrent les flammes au-dessus et en dessous de leurs bras pendant quelques secondes. Pour être bien clair, il ne s'agit pas ici de pouvoir supporter la douleur. Il n'y eut aucune douleur, ni aucune brûlure des tissus à aucun moment de la cérémonie. Avec le temps, ces garçons seront pleinement initiés aux traditions tribales. La façon dont cette tribu en arriva à pratiquer la danse du feu est une histoire fascinante, tragique et horrible. L'explication fait explicitement référence au monde des esprits, quoiqu’autrement que dans les autres histoires dont j’ai parlé. À l'époque de la traite des esclaves, les guerres intertribales étaient courantes et 313 extrêmement brutales. Ils affirment qu'après une bataille féroce, la plupart des membres survivants de leur tribu furent encerclés par l'ennemi. On les entassa alors dans de petites huttes, dont on barricada les issues, avant d'y mettre le feu délibérément et d’immoler tout le monde. Une poignée d’entre eux seulement échappèrent au carnage et se cachèrent dans la forêt, où ils assistèrent à la scène dans un état de choc et d'angoisse totale. Les derniers survivants conclurent un pacte avec les esprits du feu : les membres de la tribu s'engagèrent à honorer les esprits du feu, en échange de quoi ils seraient pour toujours immunisés contre les effets des flammes. Bien que cette explication soit difficile à concilier avec les croyances occidentales, les preuves empiriques suggèrent que quelque chose les protégea. Par ailleurs, aucune théorie scientifique ne permet d'expliquer la violation apparente des « lois de la thermodynamique » que j'ai documentée.146 C'est particulièrement vrai pour la barbe du prêtre, qui brûle à une température bien inférieure à celle de la chair, mais qui resta intacte.147 Nous vîmes partout l’influence du vaudou dans les zones rurales. Chaque maison en terre avait des symboles et des talismans devant sa porte en guise de protection. De petits autels étaient également courants, tout comme des bandes de tissu blanc sur au moins un arbre pour signifier leur croyance. Les rêves occupent une place importante dans cette tradition.148 Dans un petit village, nous fîmes la connaissance de Tsohori, un grand prêtre dont le travail consiste à rêver et à conseiller la communauté concernant les événements à venir. Il recourait littéralement aux rêves pour décider s'il devait quitter sa hutte, quel que soit le jour. Il y avait de nombreux types de cérémonies, toutes rattachées aux esprits locaux. Un matin, nous assistâmes à une représentation rituelle avec des masques 146 http://latimesblogs.latimes.com/world_now/2012/02/what-happensafter-someone-sets-themself-onfire.html 147 http://projects.nfstc.org/trace/docs/Trace%20Presentations%20CD-2/Pangerl.pdf 148 http://www.ezilikonnen.com/vodou/vodou-and-dreams/ 314 Egun.149 Egun signifie en gros « pour les ancêtres », et cette cérémonie est dédiée aux défunts. Avant même de les voir, nous entendîmes les tambours, alors que les participants parés d’imposants costumes émergeaient de la forêt. Ils portaient des costumes richement décorés, que l'on voit couramment dans les brochures touristiques sur le Bénin. On nous expliqua que « suivant la tradition locale, les gens accomplissent ces rituels, non seulement pour représenter les esprits des ancêtres, mais aussi pour les incarner ». À tour de rôle, les acteurs spirites tournoyaient frénétiquement autour de la clairière, encadrés avec précaution par d'autres initiés munis de bâtons. Il fallait croire qu'il s'agissait d'une société secrète et que l'identité de ceux qui portaient chaque costume était inconnue du village. La croyance voulait que si l'un d'entre eux touchait une personne qui n'était pas un initié, celle-ci s'évanouirait. Il était évident que le public local était fort obligeant. Tout en étant coloré et énergique, ce rituel ne remettait pas en question la science elle-même. Plus tard, dans un village très proche de la frontière nigériane, nous eûmes l'occasion d'assister à une cérémonie masquée gèlèdé. Le gèlèdé est un culte consacré à la divinité de la Terre mère, Oudua.150 Extravagants et colorés, les masques et les costumes qui couvraient tout le corps étaient très différents de ceux que nous avions vus avant. Une partie de la cérémonie, qui se déroulait en milieu d'après-midi, fut consacrée à la distribution de petits articles ménagers au public ; des ustensiles de base, comme des assiettes et des couverts, apparurent de sous le costume. Ils étaient ensuite lancés dans le public, suscitant une petite bousculade pour s'emparer des cadeaux. Même si l'histoire racontait qu'il s'agissait là d'événements mystiques, il n'y avait rien qui ne puisse être facilement expliqué. Les sacrifices sanglants font partie intégrante de certaines cérémonies vaudou, et nous décidâmes de participer à l'une d'elles. En fonction de ce qui est souhaité, les participants fournissent généralement des poulets, des chèvres ou d'autres animaux.151 Plus la requête ou plus votre objectif est important, et plus le sacrifice doit être conséquent. Cela se passa dans une zone située à proximité 149 https://sites.google.com/site/theyorubareligiousconcepts/egungun-theancestors https://africa.uima.uiowa.edu/topic-essays/show/13 151 Dans le passé, il y avait des sacrifices humains, mais ils auraient pris fin il y a plus d'un siècle. 150 315 d'une route principale à deux voies, la seule de la région. En règle générale, l'action est rétroactive. Si le résultat escompté est obtenu, le demandeur est alors tenu de fournir le sacrifice approprié. Chaque requête était formulée par écrit sur un piquet en bois. Le piquet était ensuite béni, puis le participant l'enfonçait dans le sol relativement meuble. J’enfonçai mon piquet dans le sol près du pied d'un vieil arbre enveloppé dans un tissu blanc. La terre était étonnamment meuble et le piquet s'enfonça assez facilement. Victoria décida que, comme il était peu probable qu'elle revienne dans ce lieu sacré, elle rembourserait sa dette à l'avance. Ayant besoin d'un poulet, elle paya un jeune du coin motorisé pour qu'il lui en achète un. Au bout d'une vingtaine de minutes, il revint avec un poulet blanc affolé attaché au siège. La suite ne fut pas belle à voir. De toute évidence, la conception africaine des droits des animaux diffère considérablement de la nôtre. Le prêtre vaudou prit le poulet, l’agita dans les airs et invoqua les esprits pour qu'ils exaucent le vœu secret de Victoria. À l'aide d'une machette, il trancha habilement la gorge de l'oiseau, mais pas mortellement. Il répandit ensuite le sang de l'animal qui se débattait, lui arracha les plumes, qu’il jeta contre l'arbre. Tandis que le corps était négligemment lâché par terre, il gigota de manière grotesque pendant quelques secondes avant de finalement succomber. À noter qu'en dépit du sacrifice, nous attendons toujours que le vœu soit exaucé. Le hasard voulut que nous arrivâmes dans la région des lacs du Togo, le jour du Nouvel An vaudou. Des centaines de prêtres et des milliers de personnes s'étaient rassemblés pour la célébration principale. L'ambiance était festive et les décorations ressemblaient beaucoup à celles d'un carnaval rural que l'on pourrait trouver n'importe où dans le monde. Les vendeurs pullulaient et proposaient toutes sortes d'accessoires vaudous, dont certains avaient été remis au goût du jour avec du plastique grossier. L’aspect le plus marquant pour moi fut l'ampleur du soutien dont bénéficiait le vaudou dans cette société, et qui était tout à fait comparable aux festivités occidentales marquant la nouvelle année. 316 Ce jour-là, nous assistâmes à une autre cérémonie vaudou, où se produisirent des choses difficiles à expliquer. À notre arrivée dans un petit village, plusieurs femmes dansaient frénétiquement. Il était amusant de voir de très jeunes filles, âgées d'à peine trois ans, essayer d'imiter les mouvements des adultes. Tout à coup, une femme entra dans une transe profonde et se mit à danser encore plus frénétiquement. Elle s'approcha très près de moi pendant que je filmais et je voyais bien qu'elle ne faisait pas semblant. Cà et là, elle tombait par terre, puis se relevait pour rendre hommage à l'une ou l'autre statue d'un Loa. Le clou du spectacle se produisit quand un homme prit de la poudre à canon, la déposa dans ses mains et l'alluma. Sans broncher, elle continua à danser. J'eus la possibilité de voir ses deux mains de tout près. Aucune blessure n'était visible, pas même une brûlure à l'endroit où les flammes avaient jailli, quelques minutes plus tôt. Le même homme avait mis le feu à de la poudre à canon tout autour de la zone, soit au sol, soit sur du béton. Dans tous les cas, on pouvait voir des traces de brûlure évidentes, mais pas sur les paumes de la femme. Le vaudou a aussi un côté positif. Dans les zones rurales qui constituent la majeure partie du pays, la médecine moderne est plutôt rare. Pratiquement, les gens doivent avoir recours à toute l'aide qu'ils peuvent trouver. Dans quasiment tous les villages et même dans les petites villes, on peut voir des drapeaux blancs qui flottent au vent, signifiant que « le docteur est là ». Leurs techniques diffèrent, mais ils utilisent surtout la médecine traditionnelle et les remèdes à base de plantes. Un fameux guérisseur vaudou, ou bocor, auquel nous rendîmes visite, utilisait les rêves pour trouver le traitement approprié. Le patient venait lui expliquer son mal, et il lui était conseillé de revenir, deux jours plus tard. Pendant ce temps-là, le bocor faisait un rêve qui lui indiquait le traitement à prescrire. Il arrive parfois que les traitements recommandés fonctionnent éventuellement pour de mauvaises raisons et qu'on les utilise couramment, le mal dont souffre la personne n'étant peut-être même pas une maladie physique classique. Les membres de nombreuses sociétés d'Afrique de l'Ouest admettent que des malédictions puissent être infligées pour diverses raisons. Et toutes sortes de malheurs peuvent arriver à une personne maudite, y compris la mort. 317 La foi constitue un facteur important. Au cours de la récente épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest, je pris contact avec Noah, un ami chrétien, et je l’interrogeai sur la situation là-bas. Il me répondit qu'Ebola ne toucherait ni le Togo ni le Bénin, car ces pays étaient protégés par le vaudou. Il avait raison. Ebola ne se propagea pas dans ces contrées. Je laisse au lecteur le soin de déterminer si c'est grâce au vaudou ou à autre chose qu'aucun cas d'Ebola ne fut signalé dans ces pays, alors qu'il frappa tous les pays voisins. En conclusion, au cours des cérémonies vaudou, nous pûmes observer des choses qui ne peuvent pas se produire, mais qui se produisirent quand même. Les expériences avec le feu démontrent clairement que, dans des circonstances normales, les participants auraient été gravement brûlés. Il n'existe aucune théorie scientifique connue qui puisse expliquer comment la peau nue puisse être exposée aussi longtemps à des flammes vives sans conséquences dommageables. 318 CHAPITRE 22 : LES CHAMANS AUX RENNES DE MONGOLIE Les voyages dans des contrées lointaines ont toujours été l'un de nos principaux centres d'intérêt. Partout où nous allons, Victoria a toujours réussi à dénicher des chamans indigènes. Dans le nord de la Mongolie et dans toute la Sibérie vivent des tribus nomades qui ont domestiqué les rennes d'une manière unique au monde. Le climat dans ces régions peut être rude et il isole les nomades pendant la majeure partie de l'année. Ainsi, presque totalement dépourvus d'assistance médicale occidentale, ces peuples comptent sur leurs chamans pour les conseiller dans de nombreux domaines, y compris celui de la santé. Ce que nous vécûmes en présence de ces puissants guérisseurs fut tout aussi stupéfiant qu'inexplicable au regard de la science traditionnelle.152 La Mongolie est le pays le moins densément peuplé au monde, et enclavé, c'est le pays le plus éloigné de la mer sur Terre. Trois fois plus grand que la France, il ne compte qu'environ trois millions d'habitants, dont la moitié vit dans la capitale, Oulan-Bator, parfois écrit en un seul mot, Ulaanbataar. Nous traversâmes l'océan Pacifique à bord d'un vol direct reliant Las Vegas à Incheon, en Corée. Puis, quelques heures plus tard, nous prîmes un vol pour Oulan-Bator, où nous nous posâmes à l'aéroport international Genghis Khan. Accueillis là-bas par notre guide, nous rejoignîmes l'hôtel Genghis Khan. Force est de noter que Genghis Khan est toujours vénéré comme le dirigeant le plus célèbre de Mongolie et que de nombreux lieux portent son nom. Géniteur prodigieux, on estime qu'il compte aujourd'hui environ 35 millions de descendants directs. Notre guide, Melody, dont le vrai nom est pratiquement imprononçable pour les Occidentaux, était une jeune étudiante diplômée ayant une excellente maîtrise de l'anglais. Nous apprîmes que de nombreux étudiants diplômés mongols passent quelques années comme guides et comme interprètes pour gagner de l'argent et pour acquérir de l'expérience dans les relations avec le monde anglophone. Dans une société fortement dominée par les hommes, ce genre de travail offre aux 152 On peut consulter les détails de cette aventure, accompagnés de nombreuses photos, à l'adresse suivante : http://www.johnbalexander.com/yahoo_site_admin/assets/docs/Mongolia_ 319 jeunes femmes une certaine indépendance dont elles ne bénéficient généralement pas. Plus tard, au cours du voyage, nous constatâmes que même des professionnelles hautement qualifiées étaient censées jouer des rôles subordonnés conformes aux stéréotypes de genre, ce qui impliquait notamment d'être la seule cuisinière et d'effectuer d'autres tâches considérées comme de nature féminine. Il est intéressant de noter qu'elle-même fit une rencontre inattendue qui mit à l'épreuve les limites de son éducation conventionnelle. À demi-conscients après plus d'une journée de voyage, nous découvrîmes que nos hôtes nous avaient concocté un programme chargé, qui commença immédiatement par une visite guidée de la ville et du palais du gouvernement, un édifice néoclassique orné de nombreuses statues géantes représentant le vénérable chef, Gengis Khan. Vraiment somptueux ! Après le dîner, nous assistâmes à un concert de l'Orchestre national et à un spectacle de chant diphonique, pour lequel ils sont reconnus. Franchement, il s’agit là d’un goût musical acquis, que je dois encore apprécier pleinement. La vision des bâtiments ultramodernes d'Oulan-Bator nous surprit. La vue de ces gratte-ciel à l'architecture unique, ornés de verre, contrastait fortement avec nos attentes et les habitations plus primitives que nous allions rencontrer dans le reste du pays. Doté de ressources naturelles abondantes, le pays, ou plutôt certaines parties du pays, ont bénéficié d'un boom économique. Ce boom financier s'est concentré sur la capitale, ce qui a attiré pas mal d’investisseurs étrangers et créé un mix de logements délabrés et de bureaux flambant neufs, le tout s’appuyant sur une infrastructure vétuste. Rappelons-nous que la Mongolie faisait partie de l'ancienne Union soviétique et que ses blocs d'appartements caractéristiques dominent toujours une grande partie du paysage dans les rares zones urbaines. Les investissements de l'ère soviétique en matière de routes furent minimalistes, et le pays accuse aujourd'hui un retard considérable par rapport à d'autres pays, tels que ceux d’Asie du Sud-Est ou son voisin méridional, la Chine. Etant donné que beaucoup de personnes issues de la population rurale vinrent s’installer à Oulan-Bator, quelques chamans firent de même. C'est ainsi qu’avant 320 de partir pour l'arrière-pays reculé, nous rendîmes visite à l'un d'eux. La chamane Udval provenait d'une lignée de chamanes féminine. Contrairement à ce que nous observerions en dehors de la capitale, son cabinet était situé dans un immeuble anonyme en béton de quatre étages qui ne portait aucune inscription mentionnant les activités exercées à l’intérieur. Au bout d'un couloir mal éclairé, sur la gauche, se trouvait une porte avec une simple plaque indiquant son nom, sans préciser la nature de son activité. À l'intérieur, il y avait un mélange anachronique de robes de chamane et de tambours, ainsi qu'un vieil ordinateur posé sur un simple bureau métallique. La chamane Udval répondit gracieusement à nos questions, avec son parcours pour être acceptée par la communauté. Née dans une région reculée, elle était venue s’installer à Oulan-Bator, quelques années auparavant. Même dans la capitale, beaucoup de gens continuent de faire appel aux chamans, malgré la présence de certaines commodités occidentales. Il y a là-bas une croyance fondamentale dans le monde spirituel, qui interagit avec ce qu’on appelle la réalité consensuelle. Il s’agissait là d’une caractéristique commune à la plupart des autres chamans que nous avons rencontrés. Pour elle, les esprits principaux étaient ceux du ciel, des montagnes, des rivières, et relevant d'autres éléments terrestres. Tout en les priant, elle pouvait obtenir des informations prémonitoires pour ses clients et les aider dans leur vie quotidienne. Cela servait un objectif global. Elle accomplit alors une cérémonie dans son petit bureau. Vêtue de sa robe richement décorée de plumes, la chamane Udval parut métamorphosée, tandis qu'elle prenait son tambour et commençait à le frapper. Au début, le rythme était lent, mais bientôt, son chant devint plus exalté, alors qu'elle semblait entrer en transe. A cause de la barrière linguistique, nous ne fûmes pas en mesure de suivre directement tout le contenu, et la plupart des paroles étaient prononcées trop rapidement pour être traduites directement. Par la suite, avec l'aide de Melody pour traduire, elle entama une conversation avec Victoria et répondit à des questions sur sa vie et celle de son fils, Vladimir. 321 La cérémonie prit fin presque aussi brusquement qu'elle avait commencé. La chamane Udval nous demanda si nous avions encore d'autres questions. En apprenant que nous allions voyager dans des régions montagneuses très reculées, elle nous mit en garde. Elle déclara que les chamans de la région où nous nous rendions possédaient des pouvoirs spéciaux. Nous devions à tout prix éviter de les regarder directement dans les yeux, parce qu’ils avaient la capacité de jeter des sorts et de prendre le contrôle de personnes qui ne se doutaient de rien. Plus tard, nous allions faire une expérience qui nous suggéra que ce n'était peut-être pas aussi fou que cela pouvait paraître. A l’heure d’écrire ce chapitre, je navigue dans le Pacifique loin au sud du continent australien et je me dirige vers la Tasmanie, et encore maintenant, les commentaires de la chamane Udval résonnent dans ma tête. Le lendemain matin, guidés par Melody, nous embarquâmes à bord d'un turbopropulseur bimoteur de la Mongolian Air pour un vol de deux heures vers la ville de Murom, située dans le centre-nord du pays. Après l'atterrissage, nous rencontrâmes notre chauffeur et notre guide local, Chembo. Nous déjeunâmes dans un restaurant du coin, puis, après avoir fait quelques achats de dernière minute, nous laissâmes derrière nous les dernières traces de la civilisation. Ce voyage ne s'annonçait pas facile, car nous nous rendions dans la région la plus septentrionale de la Mongolie, d'où l'on aperçoit la Sibérie russe. En fait, cette région montagneuse très boisée est si isolée que personne ne sait vraiment où se trouve la frontière. Les nomades indigènes trouvent que les frontières sont des artifices sans importance dans leur vie quotidienne. En chemin, nous croiserions plusieurs de ces fameux chamans des rennes. Après avoir roulé pendant environ une heure sur une route goudronnée depuis Murom, notre chauffeur bifurqua subitement à gauche à travers champs et nous ne vîmes plus aucune piste en gravier pendant plus de dix jours. La plupart du temps, cela ressemblait beaucoup à une traversée des Rocheuses sans aucune route. Nous suivions les rivières et les vallées en nous orientant grâce au soleil, et nous campions en chemin. Nous dormions sur des tapis de sol dans des petites tentes pliables suspendues à des mâts tubulaires flexibles en aluminium. Chaque 322 matin, nous retournions les tentes très légères pour en secouer la poussière, un détail qui prendrait toute son importance durant la septième nuit de camping. Pour notre deuxième nuit de camping, nous nous installâmes près de la ger du chaman Bold, un éleveur de yaks isolé. Nous montâmes nos tentes pendant que Chembo prenait contact avec lui. Même s'ils se connaissaient déjà, il était important que Bold accepte d'accueillir des étrangers dans sa ger et d'accomplir une cérémonie pour nous. Dans ces régions reculées, ces gers semi-permanents (qu’on appelle aussi yourtes dans d'autres régions) servent de résidence principale. Construits à partir d'une toile épaisse qui recouvre une armature en bois, ce sont des abris relativement solides. Le point central de tous les gers est le poêle métallique rond qui brûle en permanence, avec le lait de renne omniprésent, l’aliment de base de leur régime. Toute la famille vit dans la yourte, où les lits et les autres meubles sont solidement fixés aux murs. La plupart des yourtes que nous avons visitées étaient recouvertes de tapis ou de grandes nattes. Le gouvernement aide modestement ces populations tribales et leur a fourni des panneaux solaires qui peuvent les alimenter en électricité pendant quelques heures, le soir. Il n'était pas rare de trouver un petit téléviseur, même si nous n'en avons jamais vu un qui fonctionnait. Peu avant le coucher du soleil, nous fûmes invités à rejoindre la famille dans la yourte de Bold. Il fallait marcher prudemment, car les yaks vagabondaient librement et leurs excréments jonchaient le sol. Pour les habitants, il s'agit là d'une bonne chose, puisqu’ils ramassent les bouses, les font sécher et les brûlent comme combustible tout au long de l'hiver. Par ailleurs, comme nous l'avions appris au Tibet, des années auparavant, la combustion des bouses dégage une odeur caractéristique et peut s’avérer nocive pour la santé des occupants. Bien que la température extérieure baissait rapidement, l'intérieur de la yourte était très chaud, en fait plus chaud que la plupart des foyers américains en hiver. Chembo fit les présentations d'usage et je fus autorisé à poser des questions à Bold pour savoir comment il était devenu chaman. Si l'on assiste depuis peu à un 323 véritable engouement pour les « formations certifiées de chaman » dans certains pays occidentaux, le processus est très différent pour les peuples autochtones et se révèle généralement ardu. Plusieurs des chamans rencontrés traversèrent des périodes que nous qualifierions de crises psychotiques. Leurs amis, leur famille et leur communauté les prenaient souvent pour des fous et les rejetaient. Ces expériences étaient émotionnellement douloureuses et ils finissaient parfois par battre la campagne. Avec un peu de chance, ils rencontraient un chaman qui reconnaissait leur situation et qui acceptait de les prendre comme apprentis et de les former. Ce processus pouvait durer des mois, voire des années, avant qu'ils ne puissent voler de leurs propres ailes. Pour chaque chaman qui y parvient, il y a beaucoup plus d'individus en difficulté qui ne réussissent pas à mener à bien ce processus. Le chaman Bold nous raconta son parcours et réaffirma sa croyance en un monde spirituel, avec lequel il pouvait entrer en contact, lorsqu'il était en transe. Tout comme Udval, Bold portait également une lourde robe à plumes qui semblait le transformer, lorsqu'il la revêtait. Courtoisement, on nous conduisit vers un lit situé sur le côté gauche de la yourte. Quelques autochtones entrèrent dans la yourte et s'assirent respectueusement de l'autre côté avec la famille de Bold. La seule lumière à l'intérieur émanait maintenant du feu, mais elle était suffisante pour permettre de voir ce qui se passait. Après quelques instants de prière introspective, Bold se mit à jouer du tambour, chanter et danser. Dans la yourte, un petit espace était recouvert par un grand panneau de bois. C'est là qu’il se posta, tandis que la cérémonie s'intensifiait. Melody fit de son mieux pour interpréter ce qui se passait, alors que les percussions et les chants gagnaient en intensité. Pendant que Bold dansait, apparemment inconscient de notre présence, nous entendîmes soudain le bruit distinct d'un objet dur qui frappa le sol et qui se mit à rouler. Il atterrit tout près de nous, et je ramassai une balle dure, peut-être en plastique, de la taille d'une grosse bille. Légèrement irrégulière et d'une couleur ambrée, elle semblait étrangère à cet environnement. En sortant de sa transe, Bold déclara n'avoir aucune idée de ce qu'était cet objet, mais qu’il me faudrait le conserver pendant au moins trois ans. Le plus significatif pour moi fut la réaction 324 des autochtones qui avaient assisté à de telles cérémonies à de nombreuses reprises auparavant. Ils semblaient stupéfaits par cet incident et manifestèrent un vif intérêt à l'égard de cet objet. Ils firent remarquer qu'il ne ressemblait à rien de ce qu'ils avaient pu voir auparavant. Leurs réactions semblaient indiquer que laisser tomber des objets ne faisait pas partie de la routine habituelle du chaman Bold. Etant donné les vêtements qu'il portait, il n'aurait pas été impossible qu'il ait intentionnellement laissé tomber l'objet. Mais d'après les réactions et la surprise manifeste des autochtones, je ne pense pas que ce fut le cas. Un autre facteur interviendra plus d'un an plus tard en rendant visite au laboratoire d’Hal Puthoff à Austin, au Texas. Jusqu'alors, nous ignorions de quoi était fait cet objet. Les collaborateurs d’Hal purent confirmer qu'il s'agissait d'une tectite, un objet formé par les éjectas d'une météorite qui a frappé la Terre. Ce sont des objets relativement rares et donc relativement chers. Bold et les habitants de cette région de Mongolie sont très pauvres. Il est fort improbable qu'ils puissent se procurer des tectites et encore moins qu'ils se résolvent à en jeter une pour que je la trouve. Après consultation d'autres experts, je suis d'avis que cet objet est un véritable apport. À environ 50 kilomètres de la frontière russe, nous nous arrêtâmes à un avantposte militaire reculé qui contrôle tous les voyageurs dans la région. Si les nomades traversent librement la zone, il n'en va pas de même pour les autres. Le commandant vérifia soigneusement nos passeports et les documents qui nous autorisaient à nous trouver dans la région avant de nous laisser passer. Puis, quand le Toyota Land Cruiser ne put aller plus loin, nous enfourchâmes des chevaux pour une randonnée de quatre jours à travers les montagnes qui s'élevaient au-dessus de nous à près de 3 500 mètres d'altitude. Les chevaux mongols sont plus petits que leurs cousins d'autres régions du monde, et les selles fournies par les éleveurs locaux étaient bien en dessous des normes acceptables. À plusieurs reprises, les cordes fragiles reliant les étriers cédèrent de manière inattendue, alors que je tentais d'enfourcher mon cheval, provoquant ma chute. Pour y remédier, ils nouèrent ensemble les cordes restantes, ce qui raccourcit leur longueur et me causa un inconfort considérable 325 au niveau des jambes. Malgré tout, il n'y avait pas d'autre choix que de continuer. Bien avant d'en arriver là, nous avions laissé derrière nous toute possibilité d'aide. Pendant des heures, nous suivîmes des sentiers à peine perceptibles, en franchissant de petits glaciers et des ruisselets formés par la fonte des glaces. Bien que nous étions en août, il ne restait que quelques semaines avant le retour des neiges hivernales et le gel de ces ruisselets. Malgré l'altitude, le sol était souvent détrempé et certaines zones étaient des bourbiers traîtres. Le premier après-midi, nous arrivâmes dans une zone où l'adhérence était particulièrement précaire, même pour nos animaux rôdés. Sans crier gare, mon cheval perdit brusquement pied, tomba au sol et se mit à rouler. Pour éviter d'être écrasé, je m'éjectai volontairement de la selle et fis en sorte de rouler le plus loin possible du cheval. Un cavalier plus expérimenté aurait peut-être pu arrêter la chute du cheval, mais cela dépassait de loin mon aptitude. En outre, la corne des selles mongoles ressemble davantage à une boucle en U inversée qu'aux montants auxquels on est habitué dans l'Ouest. Une leçon douloureuse s'ensuivit, quand mon pouce s'y coinça et limita mes efforts pour échapper au poids du cheval qui roulait. En dépit de sérieuses contusions, je réussis à éviter toute blessure grave. Mon pouce était écorché, sans être cassé. Nous réalisâmes alors à quel point j'avais eu de la chance : les guides nous informèrent qu'il n'y avait qu'un seul hôpital dans tout le pays autorisé à soigner les étrangers, et qu'il se trouvait à des centaines de kilomètres, à Oulan-Bator. Le seul moyen pratique d'évacuation de cette région aurait été de faire appel à un hélicoptère au coût exorbitant. Nous souscrivons toujours une assurance voyage, tout en sachant pertinemment que les évacuations médicales aériennes depuis des régions isolées peuvent coûter les yeux de la tête. En poursuivant notre périple, nous croisâmes par chance deux pèlerins européens qui avaient rendu visite à la tribu que nous devions rencontrer. Ils nous informèrent qu'en raison d'une météo plus chaude que d'habitude, les rennes s'étaient déplacés vers des altitudes plus élevées pour se rafraîchir, et que les éleveurs les avaient suivis dans une vallée différente de celle où nous nous 326 rendions. Les rennes ont besoin de températures très fraîches et se couchent souvent sur les glaciers pendant la journée. Après deux jours de cheval et avoir essuyé un orage glacial à environ 2 700 mètres d'altitude, nous atteignîmes enfin la vallée où les nomades gardaient leurs troupeaux de ces animaux dociles. À notre arrivée, nous aperçûmes à peu près huit tentes en forme de tipis éparpillées sur plusieurs centaines de mètres les unes des autres. Quoique moins solides que les yourtes, elles offrent une plus grande mobilité, ce qui est nécessaire, quand les troupeaux se déplacent. Il n'y avait pas de centre communautaire évident, et aucun adulte ne manifesta d'intérêt pour notre groupe. Quelques enfants vinrent nous observer pendant que nous installions notre campement près d'un ruisseau au courant rapide. Des rennes curieux s'approchèrent et nous reniflèrent en nous témoignant plus d'intérêt que les habitants du village. Pendant tout notre séjour, je ne vis aucune interaction entre les membres du village, si ce n'est lorsque nos guides les contactaient. Ils ne semblaient pas être dérangés par notre présence dans le coin et nous invitèrent poliment à entrer dans leurs tentes, quand nous nous approchâmes. Étant donné leur isolement, je m'attendais à voir davantage d'interactions sociales. Il ne faudrait pas longtemps avant que ces personnes soient à nouveau complètement coupées du reste du monde jusqu'à la fin du printemps suivant. Je trouvai bien une tente désignée comme étant une classe, mais l'éducation dispensée-là était rudimentaire, l'enseignante étant une locale, qui avait elle-même reçu peu d'éducation formelle. Un feu brûlait dans chaque tente et le lait chauffait. Ici, la tribu dépendait du lait de renne, beaucoup plus riche que le lait de yak ou que le lait de vache. Depuis que les troupeaux de rennes diminuent, les populations locales ne les abattent plus pour compléter leur régime alimentaire très strict. Elles recevaient une petite quantité de riz, acheminé à cheval, comme toutes les provisions. Il est compliqué pour nous d'imaginer comment ces tribus, qui vivent à des jours de marche de tout point de commerce, doivent se préparer à un isolement total pendant la majeure partie de l'année. 327 En passant devant une autre tente, j'entendis une femme qui parlait couramment l’anglais. Intrigué, je jetai un coup d'œil à l'intérieur pour découvrir une jeune femme qui discutait avec un étranger dans un américain familier. Interrogée sur cette étrange coïncidence, elle m'expliqua qu'elle avait fait ses études secondaires à Boulder, dans le Colorado. Ses parents avaient quitté Oulan-Bator pour venir s'installer dans le Colorado, lorsqu'elle était adolescente. Quelque peu désenchantée par la vie aux États-Unis, elle était revenue dans son pays natal, avant de s'installer dans cette région reculée près de la frontière sibérienne. Melody se comporta quelque peu bizarrement, lorsqu'elle vit Tsetseg (un pseudonyme). Plus tard, nous comprîmes pourquoi : cela avait un rapport avec l'avertissement d'Udval et notre première cérémonie dans la capitale. Il s'avéra que Melody était allée à l'école avec Tsetseg. Elle avait entendu dire que Tsetseg avait déménagé aux États-Unis avant de revenir en Mongolie. En tant que citadine, Melody ne pouvait pas croire que Tsetseg ait volontairement choisi de se marier et de venir s'installer dans cette zone reculée. Elle en avait conclu qu'un chaman éleveur de rennes avait jeté un sort à Tsetseg pour la faire venir dans ce campement. Pour Melody, il était impossible qu'une femme qui avait été exposée à la civilisation urbaine et occidentale puisse choisir ce mode de vie extrêmement austère. Melody fit face à Tsetseg et lui dit : « Je te connais. » Tsetseg l'évita et prétendit qu'elles ne s'étaient jamais rencontrées, ce qui était faux. Mélody était un peu paniquée, car elle avait entendu des histoires sur ce qui était arrivé à cette femme qui se tenait devant elle. Elle avait maintenant la preuve que ces histoires étaient vraies. À la suite de cet incident, Melody ne se permit plus jamais de se retrouver toute seule avec un membre de la tribu, ni de manger la nourriture qu'ils avaient préparée. Udval l'avait également prévenue que des drogues pouvaient être utilisées pour saper sa résistance. Elle veillait spécialement à ne pas les regarder directement dans les yeux, car elle croyait que c'était ainsi qu'ils pouvaient capturer et asservir quelqu'un qui ne se doutait de rien. Bien que cultivée et imprégnée des traditions occidentales, Melody reconnaissait néanmoins les croyances traditionnelles et leur pouvoir. 328 Avant de partir, nous assistâmes à une autre cérémonie, organisée par la chamane de la tribu, une femme appelée Saintseese. Elle fut très similaire à celle à laquelle nous avions assisté auparavant, intéressante mais sans plus. On invoqua les esprits et on répandit dans l'air du lait de renne chaud pour les nourrir. On nous transmit un message général de bonne santé et de bonheur. Une fois remontés dans notre Land Cruiser, nous reprîmes la route à la recherche d'autres chamans. C'est alors qu'un autre événement mystérieux se produisit. C'était notre huitième jour de camping et nous avions choisi d'installer notre campement tout près de la rivière Shishged. Nous passâmes la soirée à discuter avec un membre d'une tribu locale, qui nous expliqua les injustices dont ils faisaient l’objet de la part du gouvernement central. Ces régions recèlent d'importantes ressources naturelles, et le gouvernement a conclu des accords avec plusieurs industries pour les droits d'exploitation minière. Les tribus indigènes ne furent aucunement consultées dans ce processus. En tant que nomades, elles avaient besoin de liberté pour pouvoir se déplacer, mais avec le temps, depuis la fin de l'ère soviétique, le capitalisme et la cupidité prirent le pas sur leur besoin de terres. C'est une histoire que l'on entend souvent de la part de nombreux peuples indigènes dépourvus de pouvoir au sein des gouvernements nationaux. La nuit sembla se dérouler sans incident, jusqu'au lendemain matin. À notre réveil, nous trouvâmes une pièce australienne luisante de 50 pence délicatement posée entre nos deux tapis de sol. Souvenez-vous que, chaque matin, nous retournions nos tentes légères pour les secouer. Ce processus avait déjà été répété au moins sept fois au cours du voyage. Chaque matin, nous évacuions la saleté accumulée depuis la veille. Il semble pratiquement impossible que cette pièce soit restée coincée dans quelque recoin de la tente avant de s’en déloger, cette nuit-là, et d’atterrir directement entre nous deux. Comment une pièce australienne de 50 pence a-t-elle atterri dans une tente dans le nord de la Mongolie ? Cela reste un mystère. Tout comme l'objet précipité par le chaman Bold, la réponse la plus prosaïque, c'est qu'elle s'y est matérialisée, aussi étrange que cela puisse paraître. 329 Nous rendîmes visite à deux autres chamans qui accomplirent chacun une cérémonie pour nous. L'un d'eux, le chaman Tunjee, nous était déjà familier, car il joue un rôle important dans le film américain, L’enfant cheval, qui raconte l'histoire d'un couple américain qui emmena leur fils autiste en Mongolie dans l'espoir que des chamans puissent le guérir.153 Comme indiqué précédemment, Victoria est particulièrement sensible à son environnement et à l'influence des guérisseurs spirituels. Nous remarquâmes que le simple fait d'être en présence des chamans avait des effets visibles. Dans plusieurs de mes vidéos tournées avec eux, on voit Victoria osciller sous l'influence d'une force inexplicable. Soulignons que ce mouvement n'était pas volontaire, ni destiné à plaire au chaman. J'admets qu'il existe des explications psychologiques possibles à sa réaction, mais elles semblent peu probables. Au cours de nos visites chez ces chamans, deux incidents se détachent et constituent des défis directs pour la science. Il y a la matérialisation de la tectite pendant la cérémonie avec le chaman Bold. En termes de probabilités, il est raisonnable d'éliminer la possibilité que Bold ait pu acquérir la tectite, par quelque moyen que ce soit, et qu'il l'ait intentionnellement laissée tomber pour que nous la trouvions. Encore une fois, la réaction des autochtones qui ont assisté à de nombreuses cérémonies avec lui indique clairement que la matérialisation d'objets étrangers ne fait pas partie de sa routine. Le deuxième mystère concerne l'apparition de cette pièce australienne à l'intérieur de notre tente fermée. Étant donné que nous secouions vigoureusement et vidions nos tentes chaque matin, nous pouvons affirmer sans risque d'erreur que cette pièce n'avait pas été laissée là par un visiteur précédent, qu'elle ne s'était pas coincée dans un coin pour ne réapparaître qu'à la fin de notre voyage. Nous écartons aussi l'hypothèse suivant laquelle l’un de nos guides mongols l'aurait glissée dans notre tente pendant la nuit. Toute matérialisation spontanée d'un objet dont l'origine est inconnue défie toutes les théories scientifiques actuelles. Mais en Mongolie, cela s'est produit. 153 http://www.pbs.org/independentlens/horse-boy/film.html 330 4ÈME PARTIE : RÉFLEXIONS 331 CHAPITRE 23 : LES PAPILLONS DE NUIT VOIENT LA LUMIÈRE Certaines personnes sont attirées comme des papillons de nuit par la lumière, dès qu'il est question de phénomènes paranormaux. Il y a donc de bonnes raisons de faire preuve de prudence, si on se lance dans l'étude ou dans la mise en application de ces domaines. Au cours de mes recherches sur divers phénomènes, j'ai personnellement vu plusieurs personnes très compétentes dérailler. Je fais ici référence à des individus très qualifiés et respectés dans leur domaine professionnel, mais qui après avoir été fortement exposés à divers phénomènes, ont commencé à avoir un comportement inexplicable et souvent bizarre. Pour des raisons évidentes, j'ai choisi de ne pas citer le nom de la plupart des auteurs de ces agissements.154 Certains lecteurs devineront peut-être de qui je parle, mais je leur laisse toute latitude d’établir un rapprochement. Ce qui importe bien davantage, c’est de savoir que des menaces personnelles sont bien réelles, et les risques peuvent se situer dans trois domaines : économique, mental et spirituel. Le premier, le domaine économique, fait référence aux coûts financiers, quand on s’engage avec ces phénomènes. Le fait d’être associé à ces phénomènes peut nuire à vos perspectives d’emploi dans d’autres domaines. Deuxièmement, votre équilibre mental peut être affecté, si vous ne procédez pas avec prudence. Enfin, il peut y avoir des risques spirituels. Ces risques sont plus hypothétiques et rarement démontrables, mais ils peuvent être tout autant réels. Un homme averti en vaut deux. Les sceptiques et les détracteurs autoproclamés prétendront que quiconque s'aventure volontairement dans l'étude des phénomènes psychiques et autres pourrait être considéré comme victime d'illusions. Mais je dirais plutôt que ce sont les sceptiques, ceux qui refusent, ne serait-ce que d'examiner les données, 154 Mon ancien patron, le major-général Bert Stubblebine, est décédé pendant que j'écrivais ce livre. Il illustre malheureusement parfaitement ce problème. S’il a su repoussé les limites avec brio pendant son service actif, une fois à la retraite, il s’est rallié à des causes manifestement fausses, en devenant notamment un adepte de la théorie du complot concernant les attentats du 11 septembre. 332 qui pratiquent le déni. Beaucoup d'entre nous ont les pieds sur terre et s'appuient sur des preuves solides et des observations personnelles. Un sondage Gallup révélait que pratiquement les trois quarts des Américains croient aux expériences paranormales.155 Beaucoup ont vécu des expériences personnelles qu'ils ne peuvent pas expliquer. Pour les néophytes, sachez que le danger est bien réel, mais cela seul ne devrait pas vous dissuader de poursuivre vos recherches. D’après mon expérience, le meilleur moyen de garder un équilibre mental solide, c'est de veiller à rester actif dans de nombreux domaines, surtout basés sur des activités concrètes ou la réalité objective. Personnellement, je travaille principalement sur des questions de sécurité nationale et internationale, et quiconque suit mes écrits sait que la majorité de mes articles, qui paraissent dans des publications comme le Huffington Post, n’ont rien à voir avec ces phénomènes.156 Ainsi que l’ont relevé les Moody Blues dans l’un de leurs albums, A Question of Balance, il s’agit d’une question d’équilibre. PERSONNES INTELLIGENTES / CHOIX ABERRANTS Malheureusement, aujourd'hui, les sociétés occidentales croulent sous les théories du complot. Beaucoup de gens ne font pas confiance aux médias traditionnels pour obtenir des informations fiables, et une multitude de sites qui diffusent de fausses informations prolifèrent sur Internet. Par de « fausses informations », j'entends des récits totalement inventés et qui ne se limitent pas simplement à une divergence d'opinion sur les faits. La peur et les théories du complot font vendre. Elles ont également envahi le domaine des phénomènes paranormaux. Il est souvent difficile de déterminer si l’auteur croit réellement à ce qu’il avance, ou s’il le fait juste pour des raisons économiques ou pour satisfaire son ego. Les escroqueries ont toujours fait partie intégrante des phénomènes paranormaux et ciblent souvent les victimes les plus vulnérables. 155 http://www.gallup.com/poll/16915/three-four-americans-believeparanormal.aspx Par exemple : http://www.huffingtonpost.com/john-b-alexanderphd/the-day-americandemocrac_b_10073652.html 156 333 Les exemples d’informations manifestement fausses concernant ces phénomènes abondent. Prenons par exemple l’affirmation d’après laquelle une grande capsule spatiale était cachée derrière la comète Hale-Bopp et qu’elle allait répandre des agents pathogènes pour détruire l’humanité. Il s’agissait là de la prédiction d’un remote viewer de premier plan. Ou encore, considérons les allégations d’après lesquelles le gouvernement américain aurait rétroconçu un ovni et disposerait depuis des décennies de la capacité de voyager d’une planète à l’autre. Là encore, cela nous vient d'un conférencier très connu spécialiste des théories du complot sur les ovnis. Il y a aussi ceux qui soutiennent les théories du complot autour du 11 septembre, et qui concluent que c'est un missile, et non un avion, qui a frappé le Pentagone. C'est ce qu'affirma un ancien officier supérieur du renseignement militaire. En privé, un chercheur me confia croire que des agents des services secrets israéliens, le Mossad, s’étaient introduits à plusieurs reprises dans son domicile en utilisant leur pouvoir d’invisibilité. Dans l’optique, selon lui, de le mettre en garde concernant ses recherches sur les systèmes d’énergie alternative. Sa preuve de ces intrusions chez lui ? Il pensait que ses clés de voiture avaient été déplacées. Plusieurs de ces personnes ont fait toute une série de déclarations publiques à la télévision, à la radio ou dans d'autres médias, qui se sont avérées être totalement et indéniablement fausses. Le plus déconcertant, c'est que leur base d'adeptes, qui sont fermement convaincus ne semble pas s'en soucier. Ils continuent de soutenir ces allégations maintes fois démenties, souvent financièrement, en faisant des dons substantiels. Ces incohérences ont de vastes implications et s'appliquent aux actions de la population en général, ce qui fut démontré de manière concluante avec l'élection nationale de 2016, qui préfigura l'avènement de l'ère de la post-vérité. Quiconque participe à des conférences sur les ovnis sait qu’il n’y a aucune limite à l’absurdité d’une idée et qu’il y aura toujours des gens pour la soutenir. Le plus inquiétant, c’est que ce sont souvent de telles idées qui attirent le plus de monde. Malheureusement, ces phénomènes drainent fréquemment des gens qui souffrent déjà de graves troubles mentaux. Un problème majeur réside dans le fait que des affabulations extravagantes masquent souvent des phénomènes bien 334 réels. Elles ont aussi pour effet de dissuader des scientifiques pourtant ouverts d’esprit de s’intéresser aux véritables enjeux et de les étudier sérieusement. Le thème des « personnes ciblées » constitue un exemple classique, que je ne connais que trop bien. Ce sont des personnes qui pensent avoir été prises pour cible, généralement par le gouvernement, et être soumises à des expériences de manipulation mentale. Pour des raisons inexplicables, elles pensent qu’il existe un processus de sélection via lequel elles ont été choisies. Elles déclarent souvent que tout cela a commencé quand elles étaient encore de jeunes enfants et qu'on les surveille en permanence depuis lors. Alors que beaucoup précisent que c’est une source humaine qui les suit ou les contrôle, certaines personnes croient prendre part à complot interstellaire et que leur dilemme est d’origine extraterrestre. Si mon point de vue sur les enlèvements anormaux a évolué avec le temps, je pense maintenant qu’il y a souvent une composante d'ordre psychotique, et que d’autres rapportent des informations aussi fidèlement qu’ils sont capables de les percevoir. Toutefois, quand il s’agit d’agents ou d’agences gouvernementales malveillantes qui mènent des opérations illégales et non documentées, cela dépasse les bornes, en ce qui me concerne. Une de ces théories du complot implique ce qu’on appelle les MILABS, ou des enlèvements effectués par l’armée. On m’a faussement accusé d'avoir participé à de telles opérations, ou même de les avoir dirigées. Au cours d'une conférence, une femme d'âge mûr s'approcha de moi en affirmant m'avoir vu à bord d'un ovni, alors qu'elle subissait un examen. D'autres récits me font diriger une attaque nucléaire contre des extraterrestres retranchés dans une base souterraine près de Dolce, au Nouveau-Mexique. Cette base, selon eux, ferait partie d'un programme dans le cadre duquel le gouvernement américain échangerait de la technologie extraterrestre contre des parties de corps humains. Un des principaux promoteurs de la théorie du complot MILAB était en réalité un astrophysicien titulaire d'un doctorat qui travaillait pour une organisation européenne similaire à la NASA. Lorsque je répondis à ces allégations absurdes 335 en détaillant les besoins en main-d'œuvre requis pour mener des opérations de cette envergure, il fut très contrarié, et la réalité n'a pas refroidi ses partisans. Ma préférée était cette rumeur sur Internet annonçant ma mort en 2011. Dans cette histoire inventée de toutes pièces, j’avais été pourchassé depuis un bunker souterrain près de Fort Huachuca, en Arizona, par un groupe de Marines. Une fois en fuite, ils m’avaient retrouvé dans le désert près de l’autoroute I-15, près de Baker, en Californie, avant de m’abattre. Ce qui posa problème, la nuit suivante, puisque mon ami, George Knapp m’interviewait sur Coast to Coast A.M. Cela ne découragea pas l’auteur de cette affabulation, un thérapeute californien radié. Son message suivant indiquait simplement que j’étais un imposteur nommé Will Quinn. Le vrai John Alexander, « obèse morbide », et sa femme, avaient été remplacés physiquement, plusieurs années auparavant, selon lui.157 Il expliqua ultérieurement que les photos de moi sur mon site web étaient celles de Quinn, après avoir eu recours à la chirurgie plastique. Ayant surveillé mon poids de près et entretenu une excellente condition physique, je n’appréciai guère son commentaire sur l’« obésité morbide ». Le caractère fantaisiste de l’histoire est évident pour les nombreuses personnes qui me connaissent depuis des années. Il est intéressant de noter que cette personne est titulaire d’un doctorat et qu’elle fut pendant un certain temps un thérapeute agréé, dont le travail consistait à traiter des personnes mentalement instables. À titre d’avertissement, force est de constater qu’intelligence et lubie ne s’excluent pas mutuellement. Une personne dont je vais révéler l'identité et qui se comporta avec moi d'une manière étrange et inexplicable est Jesse Ventura, l'ancien gouverneur du Minnesota. Né sous le patronyme de James George Janos, il changea officiellement de nom pour sa carrière de catcheur professionnel. Il servit bel et bien dans la marine américaine et suivit jusqu'au bout, sous son nom de naissance, la formation particulièrement éprouvante des Basic Underwater Demolition/SEALs (BUDS). Par la suite, il servit dans une équipe de démolition sous-marine (UDT 21), mais sans jamais participer à des combats.158 157 http://www.theoutpostforum.com/tof/showthread.php?311-Breaking-Dr-Boylan-s-Report-of-Co-Alexanders-Demise-is-Premature 158 http://www.military.com/veteran-jobs/career-advice/militarytransition/famous-veteran-jesse-ventura.html 336 On peut retrouver un petit aperçu de ma rencontre avec lui dans son émission de télévision, Conspiracy Theory. L'épisode s'intitulait « Skinwalker Ranch »159, bien que ce n'était pas le sujet pour lequel on m'avait sollicité. Son producteur, que j'avais déjà rencontré au cours d'une autre série, m'avait demandé si Ventura pouvait m'interroger sur la présence de civils dans l'espace. Puisque je connaissais Burt Rutan et Bob Bigelow, cette demande se justifiait. Ce fut en fait un grand honneur pour moi, quand Burt m'invita pour le décollage de Mike Melvill à bord de SpaceShipOne, la première entreprise entièrement civile à réaliser un tel vol.160 À mes côtés pendant l’événement figurait le capitaine James T. Kirk, de l'USS Enterprise, alias William Shatner. Après environ deux heures de discussion et l'enregistrement de l'interview pour Jesse Ventura, je me levais pour retirer le micro, quand un assistant me lança depuis le bord du plateau : « Et le Skinwalker Ranch ? » Les questions que Ventura devait me poser m'avaient été envoyées par courriel auparavant et portaient toutes sur la manière dont des particuliers se lançaient dans le secteur des voyages spatiaux. Ceci s'avéra être une embuscade, pas une question anodine. Aucun de mes propos sur les questions spatiales ne fut diffusé. En revanche, ils diffusèrent ma réponse à cette question : « Je croyais qu’on avait convenu de ne pas parler de ça. ». Cela visait à me faire passer pour quelqu’un qui dissimulait quelque chose. Ce qui est pertinent par rapport à ce chapitre, c'est la suite. Ventura me demanda sur un ton apparemment sérieux, si je savais que Bob employait des aliens chez Bigelow Aerospace, ici à Las Vegas. Il me parut évident qu'il ne parlait pas de personnes originaires du sud de la frontière américaine et qu'il faisait allusion à des extraterrestres. Très sérieusement. Ils utilisèrent également ma réponse : « Faudrait faire vérifier ton filtre anti-conneries ! » Bien sûr, ils censurèrent « conneries ». En voyant l’émission pour la première fois, je fus surpris de voir Alex Jones, d’Infowars, mettre en garde Ventura à mon sujet. Infowars est une émission 159 160 http://www.dailymotion.com/video/x18usv8_conspiracy-theory-withjesse-ventura-skinwalker_shortfilms http://www.space.com/16769-spaceshipone-first-privatespacecraft.html 337 basée sur les théories du complot les plus farfelues, dont le public est prêt à gober à peu près tout. Le plus inquiétant, c’est que le président Trump se réfère parfois à Jones pour étayer ses opinions. Au passage, en recourant à Sean, le fils d’Oliver Stone, cette émission tendit également un piège à Bob Bigelow, qui donnait une conférence. L'émission de Ventura consacra par la suite un épisode entier aux « personnes ciblées », intitulé « Brain Wars ». Il était flagrant que les producteurs avaient profité de personnes gravement perturbées. À mon sens, ces personnes auraient dû bénéficier d'une aide psychiatrique et non être exploitées à des fins de divertissement. La question des « personnes ciblées » me suivit dans plusieurs contextes. D’après une idée fausse, les armes non létales incluraient le contrôle mental. C'est inexact, mais la rumeur persiste. Dans le cadre d'une conférence biannuelle sur les armes non létales à Ettlingen, en Allemagne, juste au sud de Karlsruhe, je fus pris à partie par des manifestants déclarant être victimes de nos expériences. Affichant un degré élevé d’inquiétude et de détermination, ces prétendues « personnes ciblées » avaient fait le déplacement depuis plusieurs pays pour assister à la conférence. Même si la manifestation fut globalement pacifique, la police fédérale allemande jugea nécessaire d’intervenir. Ceci n'était pas une première, car cela s'était déjà produit lors de la toute première conférence sur les armes non létales que j'avais organisée et présidée au Laboratoire de physique appliquée de Johns Hopkins, à Laurel, dans le Maryland. Là-bas, en 1993, le requérant m'avait demandé d'observer une minute de silence en mémoire des 50 000 personnes que nous aurions tuées au cours d'expériences impliquant des armes non létales. Naturellement, il n’y avait pas eu 50 000 victimes. En réalité, il n’y avait eu aucun décès, mais cela n’empêcha pas les protestations. Les histoires prirent une tournure encore plus rocambolesque. Un jour, on m’accusa d’avoir fait irruption chez une ancienne officier du renseignement militaire et d’avoir exécuté sa souris de compagnie en la mettant dans son mixeur. Il importe peu que ces histoires soient dénuées de fondement. Elles ont la peau dure. 338 Le nombre de personnes qui présentent des troubles mentaux aux États-Unis est atterrant. Des études indiquent que près de la moitié de la population américaine sera touchée par une maladie mentale au cours de sa vie.161 Il faut savoir qu'entre 2,3 et 4,4 % de la population américaine présentent des traits paranoïaques.162 D’après les estimations les plus prudentes, cela représente six millions de personnes qui souffrent de troubles mentaux importants liés à la méfiance et à la suspicion envers les autres, rien qu'aux États-Unis. Nous devrions donc nous inquiéter, mais ne pas être surpris, face aux élucubrations avancées par les théoriciens du complot. Il est important de noter que, dans les exemples que j'ai fournis ici, toutes ces fausses informations furent diffusées par des personnes aux références très respectables. De même, les meneurs des manifestations de protestation contre les armes non léthales étaient des personnes que l'on considérerait comme compétentes dans la plupart des circonstances. Toutes les personnes dont il est question dans cette section étaient bien éduquées et avaient occupé auparavant des postes à responsabilités, que ce soit au sein du gouvernement ou dans le secteur civil. OÙ EST PASSÉ L’ARGENT ? Des dangers guettent également les personnes qui développent une fascination pour les phénomènes paranormaux et qui entreprennent de suivre des « prophètes » autoproclamés dénués de scrupules et qui pratiquent en réalité des arnaques vieilles comme le monde. Les charlatans s'attaquent aux plus vulnérables. Les personnes en deuil constituent une cible facile et opportune. Il en va de même pour les patients atteints de maladies en phase terminale, et pour lesquels la médecine traditionnelle n'a plus rien à offrir. Un problème subtil réside dans le fait que certains médiums ont la capacité d’intercéder via des communications post-mortem, sans toujours obtenir des 161 162 http://www.thekimfoundation.org/html/about_mental_ill/statistics.html http://psychcentral.com/disorders/paranoid-personality-disordersymptoms/ 339 résultats pertinents. Il s’agit là d’un mode d’échange d’informations peu compris. Il arrive parfois que des médiums semblent obtenir des informations fiables, mais ce n’est pas toujours le cas. Ce n’est pas parce que les informations transmises ne sont pas exactes que le médium est un imposteur, ni qu’il agit d’une manière intentionnellement malhonnête. Le revers de la médaille, c’est qu’il y a des escrocs qui trompent délibérément leurs victimes, et savoir faire la différence peut s’avérer ardu. La meilleure approche consiste à se renseigner auprès d’autres personnes qui ont déjà eu recours au médium, à obtenir des témoignages directs de leur part. On ne peut pas se fier aux commentaires publiés sur le site web d’un médium ou sur les réseaux sociaux. Il convient également de rester attentif à ses propres émotions. Ce n’est pas un hasard si les escrocs ciblent des personnes en deuil. Trop souvent, les personnes ciblées ne sont pas en mesure d’évaluer objectivement les informations qui leur sont présentées. Le désir de croire et d’obtenir des nouvelles d’un être cher disparu peut brouiller le jugement. Un signal d’alarme à prendre en compte, c’est l’implication de sommes d’argent importantes. Il y a toute une série d'astuces bien connues qu'ils utilisent pour piéger les victimes naïves. Certaines sont très élaborées. Si vous entendez que votre argent ou des biens personnels sont maudits et que vous devriez les leur confier pour les faire bénir, alors foncez, ne marchez pas, précipitez-vous vers la sortie la plus proche. Un scepticisme sain est recommandable. Trop fréquemment, les sceptiques et les détracteurs professionnels utilisent la moindre erreur dans le contenu comme une preuve de fraude. Même si ce n’est pas le cas, c’est une réalité avec laquelle il faut composer. Les sceptiques ont pourtant raison par rapport à la lecture à froid (cold reading). La lecture à froid est une technique qui est pratiquée par des escrocs sans scrupules, et les informations qu’elle produit peuvent être perçues comme exactes. Mais elle consiste à fournir des informations si générales qu’elles peuvent s’appliquer à n’importe qui ou à presque n’importe quelle situation. Elle intègre également les réactions de l'individu via des indices verbaux ou visuels. Avec le recours à des techniques avancées, telles que celles enseignées en programmation neurolinguistique (PNL), ces indices peuvent être très subtils et physiquement incontrôlables. Ils sont bien connus dans le monde 340 des jeux de hasard, où on parle de « tell », de changement de comportement ou d’attitude qui signale inconsciemment l’intention du joueur. Beaucoup de clients de médiums transmettent eux aussi ce genre d’informations sans le vouloir. Il y a également des lectures à chaud, pour lesquelles le « voyant » dispose déjà d’informations sur la victime. Aujourd’hui, les lectures à chaud sont bien plus faciles à réaliser qu’il y a une vingtaine d’années. Il y a une quantité incroyable d’informations personnelles qui vous concernent accessibles sur Internet. Il y a des sites web qui se consacrent à la collecte de vos données, y compris vos relations, et à leur vente à celui qui est prêt à payer le prix demandé. Avec juste votre nom, le « voyant » peut obtenir beaucoup d’informations sur vous. Avec un complice, cela peut se faire en temps réel. Pendant que vous êtes assis avec le « voyant », un assistant peut vérifier vos antécédents et transmettre les informations obtenues via une oreillette dissimulée. Au bout du compte, votre bon sens est sans doute votre meilleur baromètre et votre meilleure protection. Chacun possède de l'intuition, bien qu’à des degrés divers. Plus vous l'utiliserez et prendrez conscience de vos capacités, plus elle vous servira. Deux règles sont à respecter. Premièrement, si quelque chose vous semble mal, ne le faites pas. Deuxièmement, lorsque vous avez subi une grande perte, ne prenez pas de décisions importantes pendant quelque temps. Si vous souhaitez entrer en contact avec un défunt, attendez résolument. Le défunt sera toujours là, et vous serez mieux à même d'évaluer et d'apprécier ce contact. Ces règles devraient aussi s'appliquer aux personnes qui sont confrontées à de graves problèmes de santé. Les difficultés sont tout autant émotionnelles et complexes que celles d'une personne qui vit le deuil d'un être cher. Là encore, un dilemme se pose : qu'est-ce qui vaut la peine d'être tenté, et qu'est-ce qui n'est qu'un faux espoir suscité par la promesse d'une guérison qui ne se concrétisera pas ? Et pour compliquer encore davantage les choses, avec ou sans intervention, il arrive que des miracles se produisent. Le cas d'Anita Moorjani (voir le chapitre 341 sur les expériences de mort imminente) est un exemple.163 Celui d'Eben Alexander est un autre exemple défiant tous les pronostics de survie.164 La recherche médicale sur l'efficacité des nouveaux médicaments s'appuie souvent sur l'utilisation d'un placebo. Comme la plupart des gens le savent aujourd'hui, un placebo chimique est un composé considéré comme inerte et qui, par conséquent, ne devrait avoir aucun effet dans le traitement du patient. Pourtant, certains patients guérissent également grâce aux placebos. On ne comprend pas encore très bien comment cela se produit. Le philosophe Michael Grosso cite une étude de cas datant de 1947 dans laquelle un patient à qui l'on avait diagnostiqué une maladie en phase terminale se vit administrer un médicament expérimental.165 Quoique souffrant d'un lymphosarcome, il réagit favorablement au traitement et ses tumeurs disparurent. Mais une fois que l’AMA déclara le médicament inopérant, les tumeurs réapparurent. Après avoir reçu un deuxième médicament, le patient sembla à nouveau se rétablir. Mais quand ce médicament fut lui aussi déclaré inefficace, le patient fit une rechute et mourut. C'était apparemment la foi du patient dans les médicaments expérimentaux qui l'avait maintenu en vie. Lorsqu’il perdit la foi, il perdit la vie. L'attitude des médecins à l'égard des placebos évolue. Un rapport de la Harvard Medical School indique que les placebos pourraient effectivement modifier la chimie du cerveau.166 Il semble que les effets ne se limitaient pas juste aux attentes du patient. L'article suggère aussi que la bienveillance du personnel soignant contribuait à la guérison. Enfin, ils constatèrent une évidence : les professionnels de la santé sont encore loin de comprendre comment fonctionnent les placebos. 163 Anita Moorjani, Diagnostic incurable mais revenue guérie à la suite d'une NDE Eben Alexander, La preuve du paradis 165 Michael Grosso, https://consciousnessunbound.blogspot.com/2017/01/whereimpossible-becomes-possible.html 166 http://www.health.harvard.edu/mind-and-mood/putting-the-placeboeffect-to-work 164 342 Un placebo peut être bien autre chose qu'une simple pilule de sucre. Ils peuvent prendre la forme de procédures médicales, voire de séances de soutien psychologique. La question éthique du recours à la chirurgie comme placebo, qui s'avère parfois efficace, a fait l'objet de débats.167 Une étude indique par ailleurs qu'une chirurgie fictive a donné des résultats aussi bons qu'une véritable intervention chirurgicale. La perception qu'a le patient du coût du médicament pourrait également jouer un rôle. S’il était perçu comme coûteux, le médicament était jugé plus efficace.168 Tous les facteurs étudiés concernant les placebos suggèrent que ce sont la confiance et la croyance du patient qui font la plus grande différence. Cela conduit au problème délicat de déterminer l’efficacité d’un traitement. D’un côté, il y a les escroqueries coûteuses, où les gens paient pour des traitements qui, d’après les données chimiques ou biologiques, ne devraient avoir aucun résultat positif. De l’autre côté de l’équation, on a le pouvoir de l’attente et de la foi. Les sceptiques s’insurgent contre tous les traitements factices. Ils affirment souvent que dénoncer la fraude est un bienfait majeur qu’ils apportent à la société. Ils nous sauveraient de nous-mêmes. Ils ont tendance à considérer l’humanité comme des sauvages ignorants réclamant une intervention extérieure qui leur dispense leur version de la vérité. Le problème avec cette approche, c'est que, parfois, les thérapies alternatives fonctionnent, et que des miracles se produisent bel et bien. Si ces escroqueries peuvent se comparer au pouvoir d'attraction d'une flamme vacillante, vous devez savoir qu’il existe également des foyers ardents. Toutes les opérations ne sont pas d’envergure modeste. La Scientologie est la mère de tous les jeux (la matrice de toutes les manipulations) et elle a attiré des milliers de participants qui ont payé un prix exorbitant, tant sur le plan financier que personnel. Il existe de nombreux livres, articles, programmes télévisés169 et même des films170 crédibles dénonçant les dangers associés à cette organisation. Je ne 167 http://jamanetwork.com/journals/jama/article-abstract/331345 http://articles.mercola.com/sites/articles/archive/2015/03/05/placeboeffect-healing-recovery.aspx 169 Regardez le documentaire de HBO intitulé « Going Clear ». C'est le documentaire qui a enregistré les meilleures audiences de la chaîne. 170 Le film *The Master* (2012) était une représentation à peine voilée du fondateur, L. Ron Hubbard. 168 343 vais donc pas entrer dans les détails, et je me contenterai de faire référence à certaines de ces sources. Parmi les anciens scientologues les plus virulents figurent Leah Remini171 et Mike Rinder, qui réalisèrent la série télévisée Scientology and the Aftermath diffusée sur la chaîne A&E. Ils furent tous deux membres de l’organisation pendant des décennies, et Rinder, qui faisait autrefois partie du noyau dur, reconnaît s’être activement livré à des actes sans scrupules contre des personnes qui tentaient de dénoncer l’organisation. Une multitude d’anciens scientologues soutiennent leurs efforts, dont Ron Miscavige, le père du « pape » de la scientologie, David Miscavige.172 Le problème d’ordre international a été relayé par des journalistes étrangers, comme l’Australien Steve Cannane173 et John Sweeney, de la BBC.174 Contrairement à un simple escroc qui prend votre argent et s’enfuit, on raconte que ceux qui se brouillent avec la Scientologie peuvent être soumis à une pression psychologique énorme et une dégradation sociale de la part de l’organisation. D'après le réalisateur hollywoodien, Paul Haggis, un ancien scientologue, l'intimidation et les insinuations malveillantes sont des tactiques approuvées.175 Il y a trois raisons pour lesquelles je mentionne la scientologie dans ce livre. Premièrement, comme je l’ai souligné, c’est un signal d’alarme, quand on réclame beaucoup d’argent aux adeptes. D’après la plupart des dissidents de la scientologie, chacun d’entre eux a dépensé des dizaines, si ce n'est des centaines de milliers de dollars pour y adhérer. Il faut savoir que la Scientologie, une entreprise mondiale, pèse plus d’un milliard de dollars.176 La deuxième raison qui me poussa à inclure ce sujet, c'est que certaines des personnalités mentionnées furent d'anciens membres de haut rang de la Scientologie. Parmi eux figuraient Ingo Swann et Hal Puthoff. Hal me raconta que, bien qu’ayant suivi une formation d’auditeur, on lui avait demandé de partir à cause de ses liens avec le gouvernement américain, ce qui le rendait indigne de confiance. Il prit alors conscience de la nature sectaire de la Scientologie. Il constata également que, 171 Voir le livre de Leah Remini : Troublemaker : Surviving Hollywood and Scientology Voir le livre de Ron Miscavige : Ruthless : Scientology, My Son David Miscavige, and Me 173 Voir l'ouvrage de Steve Cannane : Fair Game : The incredible untold story of Scientology in Australia 174 http://www.dailymotion.com/video/x12cdw1_bbc-panorama-thesecrets-of-scientology-with-johnsweeney_people 175 http://www.inquisitr.com/1310907/paul-haggis-scientology-defectors-are-terrified-of-the-churchs-bullying/ 176 Dans son formulaire IRS 990T de 2011, la Scientologie a déclaré un patrimoine d'un peu plus de 1,2 milliard de dollars. 172 344 bien que son engagement ait pris fin, il y a plus de trente ans, cette association lointaine le tourmente encore. Ingo fut officiellement déclaré « personne suppressive », ce qui revient à annoncer officiellement qu’il est devenu un ennemi de l’Église. Et troisièmement, la position hostile de la Scientologie envers toute forme de psychiatrie. Compte tenu du lien entre de nombreux phénomènes et les troubles de santé mentale, le rejet de la psychologie et de la psychiatrie est très dangereux pour des personnes confrontées à des événements étranges. N'oublions pas que tout le monde a le droit d'être stupide. Il est quasiment impossible d'empêcher la stupidité, même quand on voit un ami commettre une telle erreur. Ma citation favorite d'Albert Einstein est : « Il y a deux choses infinies, l'univers et la stupidité humaine, et je ne suis pas sûr quant à la première. » Quoique souvent attribuée à tort à P.T. Barnum, l'idée suivant laquelle « il naît un pigeon toutes les minutes » est le principe qui a permis aux charlatans de s'en tirer à bon compte pendant si longtemps. PRÉOCCUPATIONS D’ORDRE SPIRITUEL Beaucoup de gens croient que le monde spirituel opère en parallèle avec le monde physique. J'ai examiné certaines des preuves qui viennent étayer la réalité de ce concept, notamment les expériences de mort imminente, les communications post-mortem et les chamans qui circulent entre deux mondes. Dans les pratiques religieuses, il existe des prescriptions concernant ce qui peut et ne peut pas être fait en matière d'interactions avec des entités désincarnées. Plusieurs sectes mettent en garde contre toute interaction de cette nature, tandis que d'autres expriment une certaine inquiétude, mais fixent des limites. Dans l'ensemble, notre société laïque fait fi des sanctions et des mesures de protection, mais elle le fait à ses risques et périls. Dans beaucoup de régions du monde, l'exorcisme est une pratique courante. La vénérable Église catholique romaine possède des prêtres spécialement formés pour pratiquer les exorcismes, et des conditions très strictes doivent être remplies avant qu'un exorcisme ne soit autorisé. A juste titre, on s’attache à 345 déterminer avec soin si la victime souffre simplement de troubles psychologiques ou si elle est réellement possédée par un démon. On estime que le nombre d'exorcismes autorisés est en augmentation, même si leur médiatisation est réduite au minimum. Naturellement, la plupart des scientifiques occidentaux rejetteraient d’emblée les notions de démons et de possession, sans même y réfléchir davantage. Si les démons n’existent pas, alors tout le reste n’est que divagations absurdes. Ceci ne cadre pas avec les faits. Mais il faut dire que, dans les pays occidentaux, rares sont les scientifiques qui ont rencontré des esprits ou des démons. Une raison possible fut suggérée par un prêtre catholique que j’entendis un jour aborder le sujet. Lorsqu'on lui demanda pourquoi on ne voyait pas davantage de démons aux États-Unis, il répondit qu’au vu de notre comportement, le Diable était déjà en train de gagner et qu’il n'avait pas besoin d'attirer plus l'attention. Il s'agit là d'une déclaration péjorative supposant la croyance en l'existence d'une entité baptisée « Diable ». Elle impose également un jugement personnel sur la nature de notre société. Ce n'est pas mon intention, mais ayant moi-même fait l'expérience de rencontres avec des entités non humaines animées d'intentions malveillantes, je trouve que ce concept mérite d'être pris en considération. Il y a plusieurs dizaines d'années, j’ai rencontré le père John Nicola, qui avait été conseiller technique pour le film d’horreur L’Exorciste, sorti en 1973.177 Le récit qu’il fit des événements réels était hallucinant et incitait assurément à la plus grande prudence pour quiconque souhaiterait s’essayer aux arts occultes ou penserait que de telles activités pourraient être un simple jeu. D'après le père Nicola, les événements du film étaient un mélange de plusieurs cas, mais tous étaient vrais — à une exception flagrante près. Tous ceux qui ont vu le film se souviennent de Linda Blair avec sa tête qui tournait à 360 degrés. C'était là une invention hollywoodienne. En fait, la tête se retourna vers le prêtre qui dégringola dans les escaliers, mais cela eut lieu près d’un siècle auparavant. La victime réelle était un garçon qui s'appelait Robbie Mannheim, mais dans le 177 Le film s'inspire du roman *L'Exorciste*, publié en 1971 par William Peter Blatty, mais bon nombre des événements décrits sont réels. 346 film, son nom fut changé pour celui d’une fille, Regan, à des fins dramatiques.178 En outre, l’exorcisme pratiqué à l’hôpital Alexian Brothers de Saint-Louis, dans le Missouri, dura des semaines, pas le court laps de temps représenté dans le film. Une des raisons pour lesquelles l'exorcisme fut réalisé à l'hôpital, c'était que le patient souffrait chaque jour de crises équivalentes à de multiples crises de grand mal, et à l'âge de 14 ans, on n'était pas sûr que son cœur puisse supporter la violence physique à laquelle il était soumis. La majorité des scientifiques ignoreraient ce cas, dans la mesure où ils considéreraient les démons comme de simples fruits de l'imagination. Ce qui constitue un défi pour eux, ce sont la lévitation, les secousses violentes du lit et les objets projetés à travers la pièce par l'énergie psychokinétique. La victime fit aussi preuve d'une force surhumaine, dépassant de loin les capacités et les limites de son physique. En outre, on observa parfois des mots gravés à l'intérieur de sa peau. Le père Nicola ne faisait pas partie des exorcistes directement impliqués dans l’affaire de Mannheim, mais il étudia la procédure. De mémoire, alors qu’il étudiait pour devenir jésuite, il demanda la permission d’explorer l’exorcisme. Cette demande fut acceptée à une condition : si des incidents inhabituels ou démoniaques se produisaient, il serait renvoyé. Tout se déroula sans encombre jusqu’aux derniers jours précédant son ordination. Des événements inexplicables se produisirent, qu'il signala consciencieusement, et comme convenu, il ne fut pas autorisé à rejoindre les jésuites. D'après le père Nicola, l'exorciste court un danger personnel considérable, puisque le démon peut quitter la victime et posséder l'exorciste. Il précisa que cela se produisait dans près d’un cinquième des cas. Pour préparer des exorcismes complexes, une seconde équipe doit être prête à intervenir, au cas où un transfert de la victime vers l'exorciste se produirait. 178 Le nom, Robbie Mannheim a été inventé par l'historien Thomas B. Allen afin de préserver l'anonymat de la famille lorsqu'il a écrit sur cette affaire. 347 Le but de cette explication n’est pas de ressasser un cas relativement bien connu. Il s’agit plutôt de reconnaître les risques pour ceux qui s’engagent sur ces voies sans guide ni protection adéquate. Dans l’affaire de Mannheim, la tante de la victime lui fit découvrir une planche Ouija. Initialement, il y eut une activité mineure anodine sous couvert de divertissement. Mais avec le temps, les événements prirent une tournure carrément diabolique. Le danger semble résider dans le fait d’inviter des forces désincarnées à pénétrer dans ce domaine. Pour un cas plus récent, je recommande l’article de William Friedkin, « The Devil and Father Amorth: Witnessing ‘the Vatican Exorcist’ at Work », paru dans le numéro d’octobre 2016 de Vanity Fair.179 Le Vatican organise chaque année un cours pour former des exorcistes. Ils prennent cette question très au sérieux, et chaque session réunirait environ 170 participants. Selon Breitbart, « le cours consiste en une série de réunions ayant pour but de donner aux prêtres, médecins, psychologues, éducateurs et travailleurs pastoraux les outils nécessaires pour reconnaître et traiter les cas de possession démoniaque, et les distinguer des troubles de nature psychologique ou médicale. »180 Des avertissements similaires s'adressent aux personnes pratiquant la guérison psychique. La majorité des guérisseurs prennent soin de se « purifier », lorsqu'ils exercent leur activité. Par « purification », j'entends qu'ils se protègent mentalement et spirituellement pour que l'affliction ne se transmette pas au guérisseur. Cela s'apparente beaucoup aux mesures préventives prises pour le traitement des maladies contagieuses, mais à un autre niveau. De nombreux praticiens ont recours à la prière avant et après avoir aidé un patient. Être bien ancré est un aspect important de la guérison spirituelle. Si le guérisseur est dissipé ou distrait, les chances de réussite diminuent. Alors que la plupart des scientifiques et des sceptiques s'offusqueront de ce concept, la plupart des personnes qui pratiquent la guérison spirituelle acceptent l'idée qu'il existe des formes positives et négatives d'énergie psychique. Par conséquent, elles ont 179 William Friedkin, http://www.vanityfair.com/hollywood/2016/10/father-amorth-thevatican-exorcist 180 Thomas D. Williams, Ph.D., http://www.breitbart.com/nationalsecurity/2015/04/16/vatican-exorcismcourse-draws-170-students-tostudy-demonic-activity/ , 16 avril 2015 348 recours à des mesures de protection pour se prémunir contre les forces négatives. Certaines de ces procédures mettent l'accent sur les pensées positives. De même que la foi est importante pour le patient, elle devrait l'être tout autant pour le guérisseur. Il y a aussi diverses formes de protection physique. La fumigation ou la purification par la fumée est courante dans plusieurs sociétés autochtones. Quasiment tous les chamans que nous avons rencontrés dans le monde incluent la fumée dans leurs rituels. Ils croient que la fumée chasse les forces négatives et qu’elle contribue à créer un environnement sûr dans lequel ils peuvent exercer leur art. L’éventail des dispositifs de protection est assez large. Les cristaux de guérison sont très populaires dans de nombreuses cultures. En rendant visite à Jean de Dieu au Brésil, nous trouvâmes des cristaux partout. Dans les cérémonies vaudou, les symboles prennent une grande importance. À Hawaï, j’ai vu des kahunas jeter du sel autour d’un bâtiment ou devant portes et fenêtres pour empêcher les mauvais esprits d’entrer. Certains guérisseurs utilisent des sons et des odeurs spécifiques. On peut arguer de l'absence de toute théorie scientifique susceptible d'étayer ces mesures de sécurité personnelle. Les praticiens, notamment les guérisseurs alternatifs, les prêtres et les chamans officiant dans le domaine spirituel, opèrent à partir de systèmes de croyances et de visions du monde qui sont totalement différents de la science matérialiste des sociétés occidentales. Tout au long du livre, j'ai présenté des exemples étayant les concepts de la réalité de systèmes énergétiques non reconnus, d'entités invisibles et de mondes spirituels. C'est pourquoi je maintiens mon avertissement : si vous choisissez de prendre part à une pratique en lien avec des entités désincarnées ou des systèmes énergétiques de guérison alternative, comprenez les risques et prenez les mesures de protection adéquates. Certaines des forces que vous pourriez rencontrer sont bien plus puissantes que vous ne pouvez l'imaginer. 349 CELA VAUT LA PEINE DE LE RÉPÉTER Ce chapitre a clarifié trois domaines de préoccupation pour ceux qui s’aventurent pour la première fois dans l’étude de ces phénomènes. La prudence, mais non le rejet, est de mise. La première partie a montré que des gens très compétents sont tombés sous l’emprise de certains aspects de ces phénomènes et en ont fait les frais. La perte de crédibilité est une conséquence indésirable qu’il convient d’éviter autant que possible. La deuxième partie a traité du danger qui guette les personnes vulnérables en tombant sous le charme de charlatans sans scrupules qui profiteront d’elles. Ces victimes sont particulièrement vulnérables en période de deuil ou si elles souffrent d’une maladie mortelle. Et la dernière partie a abordé les questions associées à l'implication avec des entités désincarnées ou le monde des esprits. Quoique hautement spéculatif du point de vue de la réalité consensuelle, les chapitres précédents ont démontré notre conviction qu'ils existent bel et bien et peuvent interagir avec les humains dans la vie quotidienne. Dans toutes ces situations, la vigilance et la prudence sont de mise. Fiez-vous à votre propre intuition, tout en gardant une conscience claire de votre état émotionnel du moment. Si quelque chose vous paraît suspect, ne le faites pas. Vous devriez préserver un certain équilibre, ce qui est plus facile à faire en diversifiant ses activités, dont celles avec des applications concrètes. Il est plus facile de tomber dans le terrier d’Alice au Pays des Merveilles que d’en sortir. J’ai mentionné quelques exemples de personnes qui se sont fourvoyées. Dans toutes les formations d'opérations spéciales, qu’il s’agisse des Rangers, des SEALs ou des Forces Spéciales, les membres se voient attribuer un "binôme" — quelqu'un avec qui ils font tout et à qui ils apprennent à faire confiance pour leur vie. C'est aussi un conseil judicieux pour ceux qui sont confrontés à ces phénomènes. Par conséquent, une dernière suggestion est de recourir à un confident en qui vous avez une confiance absolue. De préférence, cette personne 350 ne devrait pas être en proie aux mêmes troubles émotionnels que vous. Les "garde-fous" sont essentiels. Si vous faites le bon choix, un pote spécialisé dans les phénomènes peut vous rendre des services inestimables. Tout est finalement une question d’équilibre. 351 CHAPITRE 24 : CONSIDÉRATIONS FINALES « Je préfère avoir des questions auxquelles on ne peut répondre plutôt que des réponses qu’on ne peut remettre en question. » Cette citation de Richard Feynman résume bien ce que ce livre cherche à transmettre. Malheureusement, la plupart des sceptiques envisagent les choses d'une manière diamétralement opposée. J’ai présenté une série d’expériences personnelles, dont beaucoup soulèvent des questions auxquelles on ne peut répondre, du moins avec les théories conventionnelles actuelles. THÉORIES Pour être acceptées, les théories doivent prendre en compte la totalité des données. Trop souvent, les scientifiques et les sceptiques ne sélectionnent que les informations et les événements qui correspondent à leurs concepts préconçus. Les observations qui s’écartent des normes prévues, ou les données aberrantes sont ignorées. L’hypothèse généralement admise est que l’erreur proviendrait de l’observation ou du rapport, et non de la théorie. Pas mal d’anomalies ont été présentées, et il ne fait aucun doute que beaucoup parmi vous ont vécu leurs propres expériences défiant toute explication. Il est du devoir des scientifiques de prendre en compte l’ensemble des données, puis d’élaborer des théories qui les intègrent toutes, et pas seulement les faits qui leur conviennent. En étudiant avec Richard Bandler, le cofondateur de la PNL, j’appris qu’il existe deux approches différentes pour mener des recherches et comprendre les observations. La plus courante s’applique, quand des données s’inscrivent dans un « cadre » prédéterminé, ce qui est très confortable pour la majorité des gens et les rassure de savoir que ce « cadre » existe et que leur raisonnement est correct. Mais ce type de raisonnement rassurant n’apporte pas grand-chose à l’ensemble des connaissances universelles. L’autre approche consiste à rechercher des données qui ne correspondent à aucun concept prédéfini et à essayer de trouver pourquoi. Une grande partie de ce qui a été présenté ici consiste en des 352 observations qui ne cadrent pas avec les paradigmes conventionnels existants. En tant que lecteur de ce livre, vous faites sans doute partie de ces personnes qui préfèrent explorer et remettre en question les principes mêmes de la réalité consensuelle. RISQUES PERSONNELS Si vous bousculez les paramètres établis par les bastions des dieux de la science, peu importent votre sérieux ou votre rigueur, vos réalisations passées, voire la qualité de vos preuves. Si vous vous écartez des limites acceptées, vous en subirez les conséquences. Mais il peut aussi y avoir des récompenses. Il est bien dommage que, trop souvent, cette reconnaissance n’arrive qu’à titre posthume. Tout dépend du pouvoir des systèmes de croyances. Le monde qui est technologiquement développé a élevé la science à un rang suprême, qui éclipse tous les autres. La domination de la science étant incontestée et incontestable, des avancées qui repoussent légèrement les limites sont encouragées. Mais tout concept qui remet en cause le paradigme matérialiste établi est considéré comme une hérésie et proscrit. C'est ainsi que ceux qui défendent des idées hérétiques furent mis au ban de la société, quoi qu'aient pu être leurs contributions antérieures à la science et à la médecine traditionnelles. Un des pires exemples de cette cruauté dont fit preuve l’establishment fut l’enquête menée par la Harvard Medical School à l’encontre du Dr John Mack. John était un psychiatre de renom, lauréat du prix Pulitzer. Sur base de ses publications controversées, Harvard mit en place un comité chargé de déterminer « si le Dr Mack menait ses recherches conformément aux normes de la recherche scientifique de Harvard et s’il exploitait ses sujets ou les exposait au danger ». C'était la première fois qu'une telle procédure était engagée à l’encontre d’un professeur titulaire de Harvard.181 John, un de mes amis personnels, n'était pas soupçonné d'une violation de l'éthique ou d'une faute professionnelle. Il était coupable d'avoir mené des recherches sur des personnes qui affirmaient avoir eu des rencontres avec des extraterrestres et d'avoir publié les résultats de son étude. 181 http://www.nytimes.com/1995/05/04/us/harvard-investigates-aprofessor-who-wrote-of-space-aliens.html 353 D'autres personnes qui s'étaient aventurées dans des domaines jugés inappropriés ont tout autant été décriées. Le Dr Robert Jahn, ancien doyen de la faculté d'ingénierie de Princeton, illustre bien le problème. Malgré un CV brillant et des décennies de contributions conventionnelles, le New York Times fit le choix de publier un article négatif sur la fermeture du laboratoire PEAR : « Durant près de trois décennies, un petit laboratoire de l'université de Princeton est parvenu à mettre dans l'embarras les administrateurs de l'université et à susciter l’indignation de lauréats du prix Nobel… »182 La Food and Drug Administration (FDA) alla plus loin encore dans le cas de Wilhelm Reich. Tout d'abord, elle interdit le transport interétatique de ses appareils, avant d’engager des poursuites pénales à son encontre pour outrage au tribunal. Il fut condamné à purger sa peine au pénitencier fédéral de Lewisburg, en Pennsylvanie, où il mourut en 1957. Reich était un personnage très controversé. Originaire d'Autriche-Hongrie, Reich était un psychiatre qui avait travaillé sous la direction de Sigmund Freud. Il développa le concept de l'énergie orgone, ce qui lui valut des critiques écrites et qui entraîna l'intervention de la FDA. Après la Seconde Guerre mondiale, on s'inquiéta beaucoup de la façon dont les officiers d'Hitler avaient organisé des autodafés avant la guerre dans l’optique d’éliminer les concepts qui le dérangeaient. Au lendemain de la guerre, la notion d’après laquelle des idées pouvaient être proscrites était généralement considérée comme inadmissible et sûrement antidémocratique. Il fut donc surprenant qu’en 1956, les tribunaux américains ordonnent effectivement la destruction des dossiers de Reich et l’autodafé de ses livres. En effet, plus de six tonnes de ses livres furent brûlées, cette année-là. Il s’agit sans aucun doute de l’un des actes de censure les plus flagrants de l’histoire des États-Unis. Le rejet des idées neuves ou alternatives ne constitue pas un problème nouveau. Près de 400 ans avant notre ère, l'éminent maître Socrate fut jugé, puis condamné pour corruption de la jeunesse athénienne et la remise en cause des dieux d’État d'Athènes. Pour ses transgressions, Socrate fut condamné à mort en 182 http://www.nytimes.com/2007/02/10/science/10princeton.html 354 buvant de la ciguë. Considérons ensuite la réaction de l'Église catholique, lorsqu’au 17ème siècle, Galilée apporta la preuve de l'héliocentrisme, ce qui fut considéré comme une attaque contre le pape Urbain VIII. Galilée fut jugé par l'Inquisition, déclaré « fortement soupçonné d'hérésie » et contraint de se rétracter. Il passa ensuite le restant de sa vie en résidence surveillée. Les détracteurs de Galilée refusèrent de regarder dans ses télescopes pour valider ses observations. Il est vrai que l'autoritarisme ne voit jamais d'un bon œil les découvertes non conventionnelles. LE FINANCEMENT DE LA RECHERCHE Historiquement, la majeure partie du financement de la recherche parapsychologique provient de quelques riches amateurs, dont beaucoup ont tendance à être attirés par tout ce qui brille. Pour toutes sortes de raisons, ils se passionnent pour certains aspects d’un phénomène ou l’autre. Plusieurs donateurs qui soutiennent la recherche sur les ovnis ont vu des ovnis et se sont interrogés sur leur origine. D’autres donateurs qui soutiennent la recherche parapsychologique ont perdu des êtres chers et souhaitaient communiquer avec eux. D'autres encore ont vécu des événements inexplicables, et ils ont choisi de soutenir la recherche afin de comprendre comment et pourquoi ces événements se sont produits. Ces facteurs de motivation jouent souvent un rôle déterminant par rapport à ce qui est financé et ce qui ne l’est pas. De par la rareté des fonds disponibles, les chercheurs sont peu enclins à partager des informations sur leurs bienfaiteurs. Même si une telle prudence est raisonnable, elle limite la coordination des efforts en matière de recherche. Sur le plan financier, le problème fondamental de la recherche réside dans le fait que ces phénomènes sont intrinsèquement au moins aussi complexes que le cancer ou le sida. Or, le financement total consacré à la recherche sur ces phénomènes est dérisoire en comparaison. Le budget 2017 de l’Institut national de la santé (NIH) s’élève à plus de 33 milliards de dollars.183 Par rapport à ce montant, ce sont plus de cinq milliards de dollars qui sont alloués au seul Institut 183 https://officeofbudget.od.nih.gov/pdfs/FY17/OverviewExecutive%20Summary.pdf 355 national du cancer. Et ces chiffres n'incluent pas le financement massif de la recherche médicale associée dans le secteur privé. En 2015, le total mondial estimé des dépenses consacrées, cette année-là, à la recherche sur le cancer s'élevait à 107 milliards de dollars.184 Je soulève cette question uniquement pour souligner ce que cela pourrait coûter si la recherche sur les phénomènes psychiques était prise autant au sérieux que la recherche sur le cancer. Pour une autre comparaison des coûts, prenons l'exemple du plus grand instrument scientifique jamais construit, soit le grand collisionneur de hadrons du CERN, en Suisse. Cet appareil, dont les capacités sont limitées, a coûté plus de six milliards de dollars à construire, auxquels s'ajoutent un milliard de dollars par an pour son fonctionnement. S'agissant d'un projet international, les coûts sont partagés, mais dans quel but ? On estime que la découverte du boson de Higgs, une minuscule particule dont la durée de vie ne dépasse pas une fraction de seconde, a coûté plus de 13 milliards de dollars.185 Certes, la physique des particules mérite d'être étudiée, mais son véritable intérêt ne profite qu'à une poignée de physiciens théoriciens. Puis, après avoir repéré et confirmé le boson de Higgs, autrefois considéré comme la « particule de Dieu », les scientifiques ont découvert l’existence des pentaquarks, qui sont encore plus petits. Et les recherches se poursuivent. La raison pour laquelle on dépense des fortunes dans ces projets de sciences physiques tient aux systèmes de croyances matérialistes qui suggèrent qu’il doit exister une particule fondamentale constituant la base de toute chose. Ce que l’on a réellement appris, c’est que les champs quantiques existent. Quoiqu’il existe quelques théories quant à leur nature, nul ne sait réellement avec certitude de quoi il s’agit. Pour citer de nouveau Richard Feynman : « Si vous croyez comprendre la mécanique quantique, c’est que vous ne la comprenez pas. » Il n'existe pas de données objectives concernant le financement de la recherche consacrée aux phénomènes, mais je dirais qu'à l'échelle mondiale, il est inférieur 184 http://www.cnbc.com/2016/06/02/the-worlds-2015-cancer-drug-bill-107-billion-dollars.html 185 https://www.forbes.com/forbes/welcome/?toURL=https://www.forbes.com/sites/alexknapp/2012/07/05/how much-does-it-cost-to-find-a-higgsboson/&refURL=https://www.google.com/&referrer=https://www.google.co 356 à dix millions de dollars par an. Considérons, par exemple, la question de la continuation de la conscience au-delà de la mort physique. C’est un sujet qui devrait préoccuper tout le monde au plus haut point. La fin de la vie physique est une situation à laquelle 100 % de la population sera confrontée. Or, le financement d’études sérieuses sur ce sujet est quasiment inexistant. En supposant que le cancer et que les phénomènes de survie post-mortem soient des questions d’une complexité à peu près équivalente, la recherche sur la survie représente moins de 0,01 % du financement consacré au cancer. La prédominance de notre système de croyances matérialiste est le facteur déterminant dans la répartition des fonds. Si, comme le prétend la vision athée du monde, la conscience ne peut pas perdurer au-delà de la mort physique, il n’y a aucune raison de gaspiller de l’argent dans de telles recherches. De plus, les religions organisées ont également joué un rôle inhibiteur. De leur point de vue, il vaut mieux que le mystère demeure pour que les prêtres conservent leur rôle d’arbitres en la matière, ce qui leur confère du pouvoir et leur permet de manipuler leurs ouailles. Voilà pourquoi les responsables religieux dénigrent souvent tout moyen d’expérience directe entre une personne et une puissance suprême ou surnaturelle. En bref, quand seule une institution peut fournir les réponses, ces réponses peuvent être utilisées comme un mécanisme de contrôle. INTERRELATIONS ET PROPOSITIONS Comme tout le monde, j’ai des idées préconçues. J’ai souvent reconnu être convaincu que la Conscience est le facteur transversal unificateur qui relie une multitude de phénomènes inexpliqués, parmi lesquels la conscience non locale, la perception extrasensorielle, la psychokinésie, la vision à distance, les expériences de mort imminente, la guérison spontanée, les communications post-mortem, les ovnis et certaines rencontres cryptozoologiques. Il s’agit là d’une liste indicative, et non exhaustive. Dans UFOs: Myths, Conspiracies and Realities, j’ai proposé deux concepts qu’il convient de rappeler ici sous forme abrégée. Le premier concerne la nature 357 contrôlante de ces phénomènes. J’ai créé à cet effet la formule « phénomènes sentients précognitifs » (PSP). Ce concept s’appuyait sur nos expériences au Skinwalker Ranch, comme on l’a surnommé. Cela voulait dire que la source contrôlante était dotée d'un aspect précognitif. Le PSP savait comment les gens réagiraient, avant même d’être confrontés à l’événement. Il était doué de conscience, en ce sens qu’il était très intelligent. À l’instar de personnages mythologiques comme Pan, Kokopelli et Loki, le PSP semble être une force contrôlante qui traverse ces incidents. Quelquefois qualifié de « trickster », ce PSP semble dominer la situation et décider de ce qui sera observé et sous quelles conditions opérantes. Le PSP semble toujours avoir au moins une longueur d’avance, et peu importe la minutie ou la ruse avec laquelle les chercheurs se préparent, le résultat final reste élusif. Nous avons observé que beaucoup de phénomènes ne cessent de se métamorphoser, compliquant ainsi les tentatives d’identifier des relations de cause à effet, ou d’isoler des variables dépendantes ou indépendantes pour les étudier. Prenons l’exemple des observations d’ovnis, qui ont évolué au fil du temps, en restant toujours juste en avance sur les capacités humaines, mais jamais au-delà de l’imagination. Les dirigeables du 19ème se sont transformés en vaisseaux spatiaux, à mesure que la vitesse et la manœuvrabilité de ces objets augmentaient. Des interactions entre des humains et des êtres non humains doués de conscience sont rapportées depuis des millénaires, mais une caractéristique relativement nouvelle de ces interactions consiste en la téléportation d’humains à bord de vaisseaux spatiaux. Lorsque des appareils d’enregistrement vidéo, audio ou autres sont utilisés, la fréquence de ces incidents diminue souvent, ou ceux-ci se produisent juste en dehors de la portée de ces instruments. Au Skinwalker Ranch, certains événements physiques se sont produits, mais sans pouvoir être capturés par des caméras pointées directement sur eux. L’existence d’un PSP complique toute tentative des scientifiques traditionnels de comprendre ce qui est expérimenté. Ceci peut sembler contre-intuitif, car tout au long de ce livre, j’ai plaidé pour la nécessité d’enquêter sur ces événements. Selon moi, le problème, c’est que tout le monde veut des réponses claires et 358 concises à des questions simplistes. Néanmoins, je pense que nous n’avons pas encore atteint le stade où nous nous posons les bonnes questions. Il existe un processus qui, je crois, peut aider, ce qui m’amène au second concept du recul stratégique. Le concept du recul stratégique part du principe que l’on devrait mettre fin à l’approche cloisonnée actuelle de la résolution des problèmes, où chaque phénomène est étudié isolément. L’heure est plutôt venue de réunir des scientifiques compétents qui mènent des recherches sur ces divers phénomènes depuis des années, voire des décennies. La première fonction du recul stratégique serait de décrire en détail ce qui a pu être observé, sans porter de jugement de valeur, ni nommer chaque événement. Des quantités massives de données seraient ainsi produites, qu’il faudrait présenter de manière à permettre le passage à la phase suivante. La deuxième étape consisterait aussi à mener une analyse des macro-tendances pour identifier les schémas qui dépassent le cadre des événements individuels. On a déjà commencé à mettre en évidence certains de ces schémas, comme des similitudes entre les expériences de mort imminente et les témoignages d’enlèvements extraterrestres. On a remarqué que les signalements d’ovnis surviennent souvent par vagues à des endroits précis, ce qui démontre l’existence de relations temporelles et/ou géographiques. Les historiens ont par ailleurs relevé des points communs entre des observations véridiques d’événements et le folklore. À titre d'exemple, on trouve dans quasiment toutes les cultures, depuis la nuit des temps, des récits d'interactions entre les humains et des êtres doués de conscience, dont des abductions. S'il est encore bien trop tôt pour annoncer les facteurs communs, il est essentiel qu’un tel processus d'identification exhaustif commence. Ce n'est qu'en accomplissant des efforts substantiels que nous serons prêts pour la phase suivante de l'analyse : soit isoler les enjeux sous-jacents et formuler les bonnes questions. Depuis des années, le public spécule sur les aspects apparents. D'où viennent les ovnis ? Pouvons-nous communiquer avec les morts ? Où vit le 359 Bigfoot ? Mais ces questions mêmes s'appuient sur des hypothèses fort douteuses par rapport à la validité des phénomènes. Il ne fait aucun doute que la science moderne a donné naissance à un grand nombre d'applications pratiques, dont beaucoup ont amélioré nos vies. Le problème se pose au niveau théorique avec des cas atypiques qui ne se conforment pas à la thèse. D'un point de vue pratique, tant que les choses fonctionnent, et ce de manière continue, cela suffit du point de vue de l'ingénierie. Autrement dit, si on actionne un interrupteur, la lumière s'allume ou le moteur démarre. Le problème survient, en extrapolant d'une capacité partielle pratique à une universalité totale. Malheureusement, les serviteurs des dieux de la science l'ont fait : ils ont créé les lois de la physique, considérées comme inviolables. Il y a pourtant une différence entre des lignes directrices utiles, qui fonctionnent la plupart du temps, et des lois immuables qui devraient englober toutes les observations. Encore une fois, pour être validées, les théories doivent prendre en compte toutes les données, et pas seulement celles qui s’adaptent commodément au modèle. Concernant les phénomènes évoqués dans ce livre, la science reste confrontée à un défi et présente de sérieuses lacunes. Tout au long des chapitres précédents, vous avez pris connaissance de nombreux événements qui paraissent contredire certaines lois scientifiques établies. Les sceptiques suggéreront sans doute que ce sont les observations qui sont inexactes, en partant du principe que si un événement est réfuté par la science établie, l’erreur doit alors provenir de la mesure ou de l’observateur humain, ce qui, en toute honnêteté, s’avéra être le cas dans plusieurs situations. Comme Hal Puthoff et d'autres scientifiques l'apprirent, des erreurs peuvent être commises en toute bonne foi, si on ne comprend pas parfaitement les limites de la mesure.186 Même des personnes intelligentes peuvent être induites en erreur ou 186 Le laboratoire d’Hal, EarthTech International, teste des dispositifs qui prétendent offrir un rendement énergétique extraordinaire. Dans le cas d’un système que je lui avais indiqué, l’inventeur n’avait pas pris en compte la totalité de l’énergie fournie, commettant ainsi des erreurs flagrantes dans l’estimation du rendement. 360 mal interpréter des données. Mais il y eut trop de merles blancs pour accepter l'adage : « Cela ne peut être, donc cela n'est pas. » Les preuves rassemblées dans ce livre qui étayent l'affirmation d'après laquelle les lois scientifiques établies sont inexactes ou incomplètes incluent : ❖ Des objets métalliques qui se déforment sans l’exercice d’aucune force physique (torsion du métal par psychokinésie à l'échelle macroscopique), en contradiction avec le principe de conservation de l'énergie. ❖ L'exposition d'êtres humains à des flammes sans qu'ils n’encourent de blessures, en violation des lois de la thermodynamique. ❖ Une table et un lit qui lévitent sans l'exercice d'aucune force physique, en défiant la gravité. ❖ Des objets d’une composition variée lévitant ou étant repoussés et qui semblent défier la gravité. ❖ Des objets métalliques qui changent en partie de composition et ramollissent, tandis que d'autres parties conservent leur structure originelle. ❖ L'existence de phénomènes aériens non identifiés qui défient toutes les capacités de vol connues. ❖ L'obtention d'informations précises sur des événements futurs (précognition). ❖ L'obtention d'informations précises concernant des événements actuels, quoique à partir d'un point de vue non local ou à distance (expérience hors du corps). ❖ Des guérisons spontanées ne s’expliquant pas par des pratiques médicales traditionnelles. ❖ Une rétro-causalité apparente influençant le dénouement d'événements médicaux antérieurs. ❖ La guérison documentée d'animaux de laboratoire par la pensée et/ou une énergie humaine inconnue. ❖ Des preuves solides qui étayent les communications télépathiques interespèces. 361 ❖ Des connexions à distance observées entre les globules blancs, les plantes et les humains, sans fondement dans la théorie scientifique traditionnelle. ❖ La perturbation de la météo au moyen d’un système énergétique non reconnu. En contradiction avec le paradigme matérialiste occidental, des preuves solides ont été présentées pour étayer l'existence d'autres dimensions et l'acceptation d'un ou plusieurs mondes spirituels. Ces preuves comprenaient : ❖ La communication avec des entités désincarnées. ❖ L’interaction physique avec des entités désincarnées. ❖ La possession d'êtres humains par des entités désincarnées. ❖ La validation d'expériences de mort imminente, incluant des situations où la survie aurait dû être impossible. ❖ De nombreux épisodes qui ont eu un impact physique au Skinwalker Ranch, suggérant fortement des interactions avec des entités invisibles. ❖ Des guérisons spontanées à distance par des praticiens médicaux désincarnés. ❖ Le transfert de capacités extraordinaires d'une personne à une autre. La réalité de n’importe lequel de ces phénomènes est conséquente. Plus important encore, lorsqu’on les considère collectivement, les preuves qui attestent de l’existence de phénomènes multiples interagissant physiquement avec les humains dans la réalité consensuelle sont accablantes. En outre, certains de ces phénomènes semblent défier les lois scientifiques connues. En règle générale, les scientifiques se contentent d’ignorer ces phénomènes. Ils partent du principe qu’ils ne sont pas valables et comprennent que mener des recherches à leur sujet mettrait en péril leur gagne-pain. LE RÔLE DE LA SCIENCE ET LE VÔTRE Je me suis montré assez dur envers la science et les scientifiques dans ce livre. De peur de laisser une fausse impression au lecteur, je me dois de préciser que 362 je soutiens fermement la science, quand on la pratique correctement. Un adage dit que les scientifiques suivront les données où qu'elles les mènent. C'est exactement ce qu'ils devraient faire. La science doit être prête à faire toutes les observations et à les respecter. Elle est suffisamment solide pour résister aux secousses provoquées par des données anormales. Ce contre quoi certains d’entre nous s’insurgent, ce sont les déclarations dogmatiques qui émanent souvent de scientifiques réputés et qui sont contredites par des faits avérés. En 1980, alors que je fréquentais l’U.S. Army Command and General Staff College, un camarade de classe qui avait auparavant été affecté comme astronaute m’a dit : « Nous savons déjà 99 % de tout ce qu’il y a à savoir (sur la science) et maintenant, nous ne faisons plus que peaufiner les détails. » Manifestement faux, ce commentaire illustre l’arrogance sidérante avec laquelle certaines personnes abordent la science. Et elles manifestent souvent un niveau de certitude tout aussi grand concernant les lois de la science. La majorité des scientifiques se montrent généralement sceptiques, voire hostiles, face aux phénomènes abordés dans cet ouvrage, souvent sans même avoir examiné les données. Il convient de noter que les scientifiques des disciplines physiques sont bien plus enclins à rejeter ces phénomènes que ceux des sciences comportementales ou sociales. Ce rejet a priori de la réalité de ces phénomènes contredit les expériences personnelles véridiques rapportées par un très grand nombre de personnes. Le déni de ce que les gens savent être vrai influencera leur acceptation de l'opinion scientifique dans d'autres domaines et suscitera des doutes à son sujet. Cela va au détriment de la société, qui a un besoin urgent d'expertise scientifique, particulièrement dans l'environnement international instable actuel. La politique s'est malheureusement mêlée à la science. Au nom de la promotion d'objectifs politiques et économiques, c'est toute la science qui est remise en question. Celle du changement climatique est l'exemple le plus flagrant à l'heure actuelle. Même si les scientifiques s'accordent presque unanimement à dire que le changement climatique est une réalité – et que l'activité humaine en est une cause majeure –, de nombreux politiciens conservateurs ne cessent de répéter 363 aux médias que la question n'est « pas tranchée ». La plus grande préoccupation concernant le changement climatique est que les conséquences d’une erreur seraient catastrophiques. Pour ces politiciens, les intérêts locaux à court terme sont jugés plus importants que la survie de la planète. A l’instar du changement climatique, les phénomènes abordés ici ont également des implications spectaculaires et universelles pour l’humanité. Beaucoup avant moi ont noté que l’univers paraît totalement interconnecté. Toutes les recherches sur la conscience non locale en déduisent que c’est vrai. La complexité du concept est pratiquement impossible à comprendre, voire même à imaginer, mais les implications pour le monde de la réalité consensuelle, c’est-à-dire le monde dans lequel nous vivons, ne peuvent être sous-estimées. Les philosophes les ont relevées tout au long des siècles, mais vues à travers le prisme du séparatisme, ces vérités fondamentales deviennent obscures. Il y a un rôle à jouer, tant pour les scientifiques que pour tout un chacun. Ceux d’entre vous qui ont une expérience directe de ces phénomènes peuvent partager leurs observations avec les autres. Vous serez surpris du nombre de gens qui vous diront : « Oh, cela m’est arrivé à moi aussi ! » Le fait d’en parler en encouragera d’autres à s’exprimer. Ce n’est qu’alors que nous pourrons peut-être comprendre l’ampleur réelle de ces phénomènes et la manière dont ils renvoient à une compréhension bien plus large de notre existence ici sur Terre. Par ailleurs, les scientifiques devraient être encouragés à mener des recherches sérieuses sur ces phénomènes, et ils devraient pouvoir le faire sans mettre en péril leur réputation ou leurs moyens d’existence. Depuis nos interactions individuelles jusqu’aux relations internationales, nous avons une tendance écrasante à définir ces intérêts en des termes séparatifs. Les gens considèrent généralement leur peau comme la limite de leur identité en tant qu’individus, et les organisations, et surtout les nations, évoquent leurs intérêts, généralement en excluant ceux des autres. Nous vivons dans un monde qui est caractérisé par une consommation inégale des ressources naturellement limitées. D'un côté, la concurrence stimule l'innovation et le progrès, mais lorsqu'elle 364 dépasse des limites raisonnables, elle aboutit à des conflits et à la guerre, dans des cas extrêmes. La compréhension et l'acceptation de la Conscience universelle pourraient nous conduire à la prochaine étape de notre évolution, mais le paradoxe inhérent à l’existence dans un monde physique semble tous nous subjuguer. Dans le feuilleton télévisé, Kung Fu, Maître Po prononça ces paroles de sagesse : « On ne peut vaincre le mal dans cette vie, on ne peut que lui résister en soi-même. » Ainsi, il nous faut résister à la tendance innée de renforcer notre sentiment de séparation et, au contraire, intégrer l'interconnexion. Il ne s’agit pas d’une proposition « tout ou rien », et tout effort visant à encourager un tel comportement est bénéfique sur le long terme. Le choix vous appartient. Avec ou sans votre consentement, vous jouez un rôle dans le drame qui se déroule sous nos yeux. Entrer consciemment dans la mêlée présente des avantages visibles et invisibles. Les implications des événements que nous avons tous pu observer sont impressionnantes. Oui, vous êtes le gardien de votre frère, en tant qu’être spirituel vivant une expérience humaine. 365 REMERCIEMENTS Ce parcours a été long et semé d’embûches. Toute tentative visant à remercier personnellement toutes les personnes qui ont contribué à nos expériences et à notre évolution ne permettrait certainement pas de rendre un hommage approprié à chacune d’entre elles. Le lecteur a pu découvrir la multitude de scientifiques, de médiums et d’explorateurs spirituels que j’ai pu rencontrer et avec lesquels j’ai interagi durant plusieurs décennies. Je suis allé à la rencontre de certains d’entre eux. Plusieurs ont croisé ma route à plusieurs reprises, de diverses manières. D'autres rencontres encore furent le fruit d'un heureux hasard et comme dictées par une puissance cosmique supérieure. Au fur et à mesure de notre parcours, des événements non prévus, en tout cas pas consciemment, se sont constamment produits, eux aussi jouant un rôle significatif. À tous ceux qui ont contribué et quelles que soient les modalités, j'adresse mes sincères remerciements. Cela inclut toutes les personnes mentionnées dans le texte et celles qui ont apporté leur soutien matériel. Une constatation qui donne à réfléchir concerne le nombre de personnes mentionnées dans ce livre qui sont déjà entrées dans une autre dimension d'évolution spirituelle. Quoique je ne peux pas expliquer avec précision, ou comment elles poursuivent exactement leur chemin, je crois fermement que c'est le cas, car la voie est éternelle, et nos consciences sont intimement liées. Je tiens à remercier tout spécialement Victoria, une aventurière psychique intrépide, qui nous a entrainés sur des sentiers que la plupart des gens n'oseraient légitimement pas emprunter. Sans son zèle et sa curiosité, bon nombre de ces aventures n'auraient pas eu lieu. Enfin, je remercie mes amis Joe et Cindy Buchman pour leur aide précieuse dans la réalisation de ce livre, ainsi que Patrick Huyghe, éditeur et directeur de publication de Reality Denied, pour avoir permis à ce projet de voir le jour. Partage-pdf.webnode.fr 366