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Pédogenèse : Processus de formation des sols

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Chapitre 1 : Pédogenèse
Introduction
Le sol, objet d'étude de la Pédologie, peut être défini comme étant la couche superficielle de
l'écorce terrestre qui, du fait de sa position à la surface de la lithosphère et de l'influence des
facteurs du milieu qui y agissent, possède des caractéristiques morphologiques et
minéralogiques ainsi que des propriétés physico-chimiques distinctes de celles du matériau
originel dont il dérive. Dans ce cours, il s’agit pour l’apprenant, d’être capable de :
 décrire les différentes étapes du processus de formation des sols ;
 citer les facteurs qui interviennent dans ce processus ;
 décrire le mode d’action des facteurs de formation des sols.
1. Formation du sol
Le processus de formation et d’évolution du sol ou pédogenèse comprend des étapes et des
stades qui ne sont pas distincts les uns des autres. Pour faciliter la compréhension de ce
processus, une schématisation de ses différentes étapes en six phases successives est proposée
dans ce cours.
1.1.
Etape 1 : Fragmentation et désagrégation de la roche-mère
Les fortes variations de température (gel et dégel) provoquent la dilatation et la contraction
des minéraux constitutifs des roches, ce qui entraîne la fissuration et l’éclatement des roches
illustrés par la figure 1.
Figure 1 : Fragmentation de la roche.
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1.2.
Etape 2 : Formation du squelette du sol
L’eau pénètre dans les fissures, ameublit, désagrège la roche. Les minéraux constitutifs de la
roche se séparent alors les uns des autres pour former des matériaux primaires de diamètre
plus ou moins fins. Cette désagrégation physique ne modifie pas la constitution (nature) des
minéraux primaires, elle provoque seulement leur division. Les éléments fins ainsi formés
(Figure 2) résultant d'un simple héritage de la roche d'origine, sont dits hérités.
Figure 2 : Squelette du sol ou arène
1.3.
Etape 3 : Altération chimique des minéraux de la roche-mère
L'altération chimique des minéraux s'opère par le biais de réactions chimiques en présence
d'eau (hydrolyse). Les minéraux des roches sont composés d'éléments chimiques plus ou
moins solubles.
L'eau de pluie dissous les éléments chimiques et les libèrent sous forme soluble. Les minéraux
primaires sont appauvris, ils perdent par dissolution des éléments chimiques ou en gagnent
et se transforment en minéraux secondaires dits hérités. Certains éléments chimiques en
solution se combinent, cristallisent (néoformation) en nouveaux minéraux secondaires dits
néoformés. Les principaux minéraux secondaires néoformés sont : les argiles et les
oxyhydroxydes (de fer, d'aluminium, de manganèse et de silicium) (Figure 3).
Figure 3 : Argiles (A) et oxyhydroxydes (B).
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1.4.
Etape 4 : Colonisation du produit d’altération de la roche par les végétaux
 Le stade pionner
Tout d'abord, viennent les végétaux que l'on qualifie de pionniers. Il s’agit de végétaux qui
n'ont pas besoin de sol pour se développer. En effet, ils peuvent pousser sur la roche nue : ce
sont, pour la plupart, des lichens (Figure 4), ainsi que des cyanobactéries, qui vivent, pour la
plupart, dans l'eau, mais dont certaines espèces peuvent vivre à l'air libre, pour peu qu'il y ait
un tout petit peu d'humidité. Ce sont elles qui forment des taches noires sur les rochers, à
l'endroit où l'eau a coulé. Ils sont accompagnés de quelques plantes, essentiellement des
mousses (Figure 4).
Les mousses et les lichens n'ont pas vraiment de racines, ils n'ont pas besoin de sol. Par
contre, ils retiennent l'eau, et, une fois qu'ils sont présents, ils constituent le premier apport de
matière organique au sol dans la mesure où ces plantes, du fait de leur cycle de vie très court,
meurent rapidement, pourrissent et intègrent le sol en formation.
Quelques autres plantes peuvent les accompagner, qui elles, ont des racines, et ont donc
besoin d'un sol, mais qui ont l'habitude des rochers : elles savent profiter de la moindre fissure
de la roche, pour y trouver un tout petit peu de sol. Elles poussent donc plutôt entre les
rochers que sur les rochers : ce sont les plantes « de rocaille » représentées essentiellement par
les fougères.
Figure 4 : Colonisation d'une roche par des lichens (A) et des mousses (B).
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 Le stade pelouse
Dès lors que les végétaux pionniers ont préparé le terrain, c'est-à-dire, formé un petit peu de
sol sur les rochers, apparaît le stade herbacé, ou stade pelouse. Comme son nom l'indique, il
est essentiellement formé d'herbes, de toutes les sortes possibles, mais, essentiellement, des
graminées. De nombreux invertébrés et rongeurs vivent en ces lieux. Tous ces organismes
intègrent le sol à leur mort.
Figure 5 : Sol couvert d’herbes.
 Le stade ligneux
Après la pelouse, composée de plantes herbacées, apparaissent les premières plantes
ligneuses, c'est-à-dire celles qui sont faites de bois, sans toutefois être des arbres : ce sont les
buissons, les arbustes... Ces plantes sont vivaces, contrairement aux herbes, qui sont
généralement annuelles. Elles vivent plus longtemps et s'installent durablement. Ce qui était,
jusque-là, une pelouse commence alors à ressembler plutôt à des broussailles. A leur mort,
ainsi qu’à celle des animaux qui peuplent le milieu, les débris pourrissent et incorporent le sol
qui devient de plus en plus riche en matières organiques.
Figure 6 : Paysage de broussailles.
 Le stade forestier
Les arbres font leur apparition au stade forestier (Figure 7) où, désormais, le sol est
suffisamment épais et riche en matières organiques, vu qu’il y a de plus en plus de débris
végétaux qui tombent sur le sol. De plus, les nombreux animaux qui vivent dans ces forêts
intègrent aussi le sol à leur mort.
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Figure 7 : Paysage forestier.
1.5.
Etape 5 : Humification
La matière organique fraîche qui tombe sur le sol est progressivement transformée par la
grande quantité d'organismes qui y vivent (bactéries, champignons, acariens, vers de terre,
limaces, escargots, scarabées, fourmis, larves, taupes, mulots, etc.). Ces organismes
décomposent la matière organique fraîche et libèrent ses composés (organiques et minéraux)
qui vont subir un processus de minéralisation ou d'humification.
La minéralisation libère des composés minéraux solubles, à savoir, les sulfates (SO42),
phosphates (PO43-), ammonium (NH4+), nitrates (NO3−) ou gazeux constitué par le gaz
carbonique (CO2).
L’humification aboutit à l’obtention de l’humus, molécule nouvelle, complexe, de nature
colloïdale. En effet, l'humus est composé de plusieurs composés humiques, les principaux
étant les acides fulviques, les acides humiques et l'humine. Ces composés humiques sont
susceptibles de se minéraliser lentement à leur tour : c'est la minéralisation secondaire où il se
forme des minéraux solubles ou gazeux, à savoir : CO2, SO42-, PO43-, NH4+, NO3−, etc.
1.6.
Etape 6 : Différenciation des horizons
Les constituants du sol, produits de l’altération des roches et des activités biologiques, sont
l’objet de phénomènes migratoires, notamment les mouvements de particules solides par
gravité, par entraînement hydrique et par des mouvements sous forme soluble (Figure 8).
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Les phénomènes migratoires qui affectent ces différents constituants conduisent à la
formation de façon chronologique et au développement d’un ou de plusieurs couches du sol
ou horizons qui se différencient les uns des autres par la présence, la proportion plus ou moins
importante de matière organique, matière minérale et de fragments de roches altérées.
La présence dans un horizon de certains caractères morphologiques spécifiques (constituants,
structure, couleur, etc.) associés à divers autres éléments (positionnement par rapport aux
autres horizons, etc.) a permis aux pédologues de définir plus de 70 types d’horizons appelés
horizons de référence décrits et répertoriés dans le Référentiel Pédologique. Ces horizons sont
dénommés O, A, B, E, S, C, R, M, etc., selon une nomenclature internationale.
L’ensemble des horizons du sol constitue le profil de sol (Figure 9). Certains pédologues
parlent de solum pour désigner l'ensemble des horizons pédologiques, y compris une petite
épaisseur de roche-mère.
Figure 8 : Différenciation des horizons du sol.
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Figure 9 : Profil de sol dans un sous-bois.
2. Pédogenèse : définition et facteurs
A la suite de la description du processus de formation du sol ou pédogenèse, il ressort que la
pédogenèse (du grec pedon, sol, et de geneseôs, naissance), est l'ensemble des processus
physiques, chimiques et biologiques qui, en interaction les uns avec les autres, aboutissent à la
formation, la transformation ou la différenciation du sol.
Les principaux facteurs de ce processus sont : la roche, le climat, les agents biologiques, la
topographie et le temps. En effet :
 le sol se forme toujours à partir d’un matériau parental qui est une roche de
laquelle il hérite directement certains caractères ;
 dans les climats très pluvieux, le sol a tendance à s'appauvrir car il est traversé
par d'importantes quantités d’eau de pluie alors que dans les climats secs, l'eau
n'est pas en quantité suffisante pour lessiver les ions libérés par l'altération, si
bien que ces ions s'accumulent au sein du sol, créant ainsi des risques de
salinisation si, par exemple, le sodium ou le calcium est abondant dans
l'environnement ; par ailleurs, certains climats maintiennent un équilibre avec
le sol qui se révèle alors être ni trop pauvre ni trop riche en Na, Ca, etc.
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 les agents biologiques, à savoir, les racines, animaux fouisseurs, champignons,
bactéries, hommes, etc., agissent mécaniquement (brassage des couches du sol)
et surtout chimiquement sur le sol.
 l'eau qui circule sur les pentes véhicule à la fois des ions en solution et des
matières en suspension. Parfois, c'est toute la couverture pédologique qui se
déplace vers le bas, provoquant, avec le temps, une différenciation des sols sur
les versants.
 le processus de lessivage du sol par l'eau de pluie évoqué précédemment
demande du temps. Il faut au moins cent mille ans pour créer un sol "lessivé".
En Afrique, l'unité de durée en pédogenèse est le million d'années, voire la
dizaine de millions d'années.
Conclusion
Le sol est un substrat complexe composé de matières minérales mais également de matières
organiques, ce qui en fait un milieu particulier, unique. Sa formation est étroitement liée à
l’apparition de la vie sur Terre et dépend tant des contraintes physiques (gel, vent, pluie…)
que de l’activité biologique. Sa composition varie selon le type de roche mère, chose que nous
verrons dans le chapitre 2 pour continuer à mieux connaitre le sol.
Quelques références
 Regards sur le sol, A. Ruellan, M. Dosso, Foucher, Paris, 1993
 Sols et environnements, Michel-Claude Girard, Christian Walter,Jean-Claude
Rémy,Jacques
Berthelin,
Jean-Louis
Morel,
Dunod, 2011.
 Dictionnaire de Science du Sol, Lozet Jean, Mathieu Clément, Lavoisier, 2002.
 Le sol, la terre et les champs, Bourguignon Claude et Lydia ,Sang De La Terre, 2008
 Introduction à la science du sol, Duchaufour Philippe, Dunod, 2001.
 Etude des sols, Girard Michel-Claude, Schvartz Christian, Jabiol Bernard, Dunod,
2011.
 Guide pour la description des sols, Baize Denis, Jabiol Bernard, Editions Quae, 2011.
 Grands paysages pédologiques de France, Jamagne Marcel , Editions Quae, 2011.
 Les principaux sols du monde, Mathieu Clément, Lavoisier, 2009.
 Le monde secret du sol, Touyre Patricia, Delachaux et Niestlé, Paris, 2001.
 Référenciel pédologique 2008, AFES, Editions Quae, 2009.
 The role of soil-forming processes in the definition of taxa in Soil Taxonomy and the
Word Reference Base. Geoderma, 95, p. 53-72. BOCKHEIM J.G., GENNADIYEV
A.N., 2000.
 Introduction à la Science du Sol. Sol, végétation, environnement. Dunod, 331 p.
DUCHAUFOUR Ph. 2001.
 Les Grands Sols du Monde. Presses Polytechniques et Universitaires de Lausanne, 575
p. zidi, 2012 p. 04. LEGROS J.P., 2007.
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