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Pachypodiums au Pays des Dahalos : Aventure Botanique à Madagascar

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Pachypodiums au Pays des Dahalos.
Parmi les espèces de Pachypodium récemment décrites,
deux d’entre elles, P.eburneum et P.brevicaule
ssp.leucoxanthum, poussent dans des régions de
Madagascar très reculées et considérées comme
dangereuses car fréquentées par les fameux dahalos.
Traditionnellement voleurs de zébus, les dahalos ont
toujours fait partie du patrimoine culturel de
Madagascar mais la crise sévissant dans ce pays depuis
2009, a provoqué la reconversion de bon nombre
d’entre eux, en bandits de grand chemin qui pillent,
violent et tuent même parfois.
De ce fait, peu d’étrangers ont parcouru ces contrées,
difficiles d’accès, et fort peu de photos de ces plantes,
prises dans leur milieu naturel, ont été publiées. C’est
pourquoi, nous avons décidé, Andry Pétignat,
propriétaire de l’Arboretum d’Antsokay près de Tuléar,
et moi-même, de remédier à cela et de tenter l’aventure.
Jean-Baptiste, un ami malgache, habitant
Ambatofinandrana, et qui prospecte depuis longtemps
sa région pour découvrir de nouvelles plantes, va nous
offrir l’occasion de réaliser ce projet car il pense avoir
découvert une nouvelle station où pousseraient ces
deux espèces de pachypodium...
Mais avant d’aller plus loin, un peu d’historique:
-Pachypodium eburneum a été découvert en 1990 par
un collecteur à la solde d’Alfred Razafindratsira dans le
vaste massif du Mont Ibity. Il est à cette époque
considéré comme une variété de Pachypodium
rosulatum à fleur blanche, plus petite et moins branchue.
Pour des raisons commerciales, la localisation exacte de
la station restera secrète pendant plusieurs années. Elle
sera redécouverte par W. Röösli & R. Hoffman en 1996
et deviendra la localité Type. Ce pachypodium à fleur
blanche (mais pas toujours comme nous le verrons plus
loin…) sera décrit un an plus tard comme une nouvelle
espèce.
Mais il aurait déjà été signalé par P.Boiteau dès 1949,
sur un sommet rocheux près de la confluence des
rivières Manandona et Mania dans les hauts plateaux
centraux. D’ailleurs, non loin de là, dans les montagnes
à proximité du village de Bemaha, a été découverte une
autre station de P.eburneum. Aussi, en 2004, des
collecteurs ont signalé une population plus importante
de Pachypodium eburneum ,aux environs
d’Andrembosoa, à l’ouest de Bemaha. Ce qui a été
confirmé un an plus tard par W. Röösli & R. Hoffman
qui pensent que cet endroit pourrait correspondre à la
station indiquée par P.Boiteau. Enfin des spécimens
présentant de légères différences (par la taille de la
fleur, plus grande, et la spination, plus forte) auraient été
collectés beaucoup plus à l’Ouest encore, aux alentours
de Mangataboahangy, et sont actuellement proposés
comme P.cf eburneum. Nous verrons plus loin, et en
accord avec ce que pensent W. Röösli & R. Hoffman,
que Pachypodium eburneum semble être une espèce
variable (notamment par la couleur de ses fleurs) selon
les localités où elle pousse,et que ce P.cf eburneum
pourrait n’être qu’une variation de l’espèce type.
-Pachypodium brevicaule ssp.leucoxanthum, quant à
lui, n’a été collecté qu’en 2004, sans doute par les
mêmes collecteurs qui ont mis sur le marché P.cf
eburneum. Ce qui peut faire penser que celui-ci pousse
également à proximité d’Andrembesoa ou de
Mangataboahangy ; la localité exacte étant jusqu’à
maintenant tenue secrète par les collecteurs qui l’ont
découverte, là encore pour des raisons commerciales.
Les fleurs de cette plante sont légèrement plus grandes
que l’espèce type et d’une couleur le plus souvent blanc
ivoire. Mais il a été observé, en culture, une variation de
couleur des fleurs allant du blanc pur au jaune pale,
d’où le nom attribué à cette plante en 2008 :
Pachypodium brevicaule ssp leucoxanthum J.Luthy
ssp.nov. ;l’épithète « leucoxanthum » signifiant « blanc
jaunâtre » (du grec leucos = blanc et xanthos = jaune)
Cela faisait donc assez longtemps que je songeais à
découvrir, dans la nature, ces nouveaux pachypodiums à
fleurs blanches. Mais les évènements se déroulant à
Madagascar n’étaient pas très propices à entreprendre
une telle prospection. De plus, la région
d’Ambatofinandrana était considérée comme zone
rouge en cette année 2013, les dahalos locaux ayant
commis aux alentours de nombreuses exactions. Vu
l’isolement du lieu où nous désirions aller, on nous
conseilla vivement de prendre avec nous une escorte
militaire. (On nous conseilla donc vivement de se faire
escorter par des militaires.) Ce que nous décidâmes de
faire en septembre, période qui nous parût favorable
pour observer ces pachypodiums en fleurs.
Arrivés à Ambatofinandrana le 13 septembre en fin de
journée, après sept heures de route depuis Tananarive,
nous nous rendîmes, Andry, ma compagne et moi, à la
gendarmerie, pour expliquer notre projet au
commandant. Ce dernier nous attribua trois hommes
armés de kalachnikov et de grenades ! Après avoir
négocié le prix à payer, nous partîmes acheter les
provisions nécessaires pour deux jours… et pour dix
personnes ! Car en plus de Jean-Baptiste qui connaissait
l’endroit et nous servirait de guide, nous prîmes trois
porteurs afin de transporter la nourriture, le matériel de
cuisine et de bivouac.
Le lendemain, toute l’équipe était là, devant la
gendarmerie à 6h30 du matin. La land rover remplit
alors toutes ses fonctions, six personnes dans la double
cabine et quatre derrière, sous la bâche, avec le
matériel !
L’embarquement fait, nous roulâmes ensuite pendant
deux heures sur une piste cahoteuse en direction du
massif de l’Itremo, puis nous bifurquâmes vers un gros
village où nous laissâmes la voiture. Une longue marche
alors nous attendait pour arriver au lieu de bivouac.
Après environ deux heures à marcher en file indienne,
nous fîmes une pause sous un bosquet de pins pour
grignoter quelque chose. Ce furent quasiment les
derniers arbres sur notre trajet car le paysage devint très
dénudé, constitué de collines pierreuses et de vallées
steppiques (photo1). Le soleil commençait à monter
haut dans le ciel et sans l’ombre d’une ombre, à nous
taper(cogner) sur la tête ! Heureusement, de temps à
autre, surgissaient quelques ravines, au creux desquelles
coulaient de petites rivières rafraîchissantes, où
subsistait encore un peu de végétation arborescente sur
les rives (photo2). Après avoir franchi, à gué, une de ces
rivières, nous arrivâmes à un petit hameau constitué de
deux maisons en ruine et pas âme qui vive à l’horizon
(photo3)… Nous apprîmes un peu plus tard que cet état
de désolation était dû au passage des dahalos, qui ont
pour habitude de brûler les maisons isolées pour faire
fuir leurs habitants et s’accaparer la place un peu plus
tard. Non loin du sentier, nous aperçûmes, sur la pente
d’une colline, des petites fleurs jaunes parsemant la
pierraille. En nous approchant, nous nous rendîmes
compte qu’il s’agissait en fait d’une multitude de
Pachypodium brevicaule en pleine floraison (photo4). Il
s’agissait là de l’espèce type, sorte de boursouflure
végétale dont le mimétisme avec les pierres est
surprenant. Nous poursuivîmes donc notre chemin, ce
n’était pas encore l’espèce tant recherchée… À
l’approche d’un autre cours d’eau, ce fut un
affleurement rocheux qui cette fois-ci attira notre
attention. Et là encore des pachypodiums en fleurs mais
une forme branchue avec des fleurs d’un jaune plus
orangé et longuement pédonculées : Pachypodium
densiflorum, en compagnie de quelques aloes, une
forme à feuilles plus fines d’Aloe manandonae
(anciennement nommé A.ibitiensis) (photo5).
Cela faisait plus de cinq heures que nous marchions et
toujours pas de pachypodium à fleurs blanches… Je
commençais à questionner Jean-Baptiste pour savoir si
ce n’était pas après une chimère que nous marchions…
C’est alors qu’il m’indiqua au loin une autre formation
rocheuse, m’assurant que l’objet de notre convoitise se
trouvait là-bas !
L’après-midi était déjà bien avancée et nos corps bien
fatigués quand nous arrivâmes sur le lieu indiqué mais
nos efforts furent alors amplement récompensés par un
spectacle radieux, ponctué de fleurs jaunes pâles et
blanches qui semblaient surgir des pierres…Après un
examen de plus près, la morphologie de ces plantes
correspondait bien à celle du Pachypodium brevicaule
ssp.leucoxanthum (photo6) ! Mais l’espèce présentait
sur le site une grande variabilité avec des fleurs de
différentes couleurs allant d’un blanc ivoire à un jaune
pâle, parfois presque sessiles, parfois nettement
pédonculées. Il y avait aussi certains spécimens
légèrement branchus avec des fleurs à courts pédoncules
et d’un jaune plus soutenu (photo7 ). Pouvait-il s’agir
d’hybrides ? Comme il était déjà tard, nous décidâmes
de reporter au lendemain nos interrogations pour gagner
au plus vite le lieu de campement. Pas question de se
faire surprendre dans la pénombre, au détour d’un
rocher, par une bande de dahalos…Nous rejoignîmes
donc, non loin de là, un petit hameau qui cette fois-ci
était habité !
Mais voyant toute une cohorte militarisée arriver droit
sur eux, les habitants prirent peur tout d’abord et se
réfugièrent, illico presto, à l’intérieur de leur maison. Ce
furent nos porteurs qui allèrent leur parler et leur
expliquer qui nous étions et pourquoi nous étions venus.
Après quoi l’atmosphère se détendit peu à peu. Ils nous
dirent par la suite, pour expliquer leur réaction, qu’ils
nous prirent pour des dahalos, ceux-ci étant parfois
habillés à la façon des militaires. Ils nous racontèrent
aussi qu’ils avaient déjà été attaqués par les dahalos et
que ceux-ci, après avoir pillé leur réserve de nourriture,
avaient brûlé deux des trois maisons qu’ils avaient
construites.
Nous pensâmes, dans un premier temps,établir notre
campement à l’intérieur d’une de ces maisons
abandonnées mais face à la profusion des puces et à la
méfiance persistante de nos hôtes et suivant leur conseil,
nous installâmes notre camp un peu à l’écart (photo8).
Rassurée par la possibilité de pouvoir nous observer à
distance, la petite famille finit par nous proposer un peu
de bois, une natte et une marmite. Après le repas,
constitué de beaucoup de riz, de lentilles et d’un peu de
viande de zébu, tout le monde partit se coucher, excepté
un de nos trois gendarmes qui lui resta éveillé jusqu’au
petit matin…
Si la journée avait été chaude, la nuit fut fraîche et nous
fûmes debout avant le lever du soleil. Il ne fallait pas
perdre de temps pour prospecter les collines
environnantes car nous devions retourner le jour même
à la voiture. Il fut donc convenu de revenir au
campement vers 10 heures pour nous laisser le temps de
tout ranger et d’effectuer la marche du retour. Vu
l’immensité autour de nous, il fallut faire un choix.
Nous décidâmes d’aller vers l’Est, le relief paraissant
plus propice à accueillir ce que nous cherchions. Et bien
nous en a pris ! Après une demi-heure de marche
seulement, apparurent, sur une pente rocailleuse, des
pachypodiums quelque peu branchus, à rameaux épais
et courts, épineux à leur extrémité, à fleurs blanches
longuement pédonculées (photo9). D’autres plantes
arboraient des fleurs jaune pâle (photo10); cette couleur
jaune pâle s’observant d’ailleurs sur tous les boutons
floraux ainsi qu’au centre de chaque corolle. Il
semblerait même que la fleur change de couleur au
cours de sa floraison, passant du jaune pâle au blanc
(photo11 ). Nous avions donc affaire à une autre espèce
que celle observée la veille : Pachypodium eburneum
qui, selon la littérature, est une espèce dite variable
quant à la couleur de ses fleurs. Par endroits, toutefois,
les deux espèces se côtoyaient et la variabilité de forme
de ces plantes rendait parfois la détermination délicate
(photo12). Fleurissant en même temps, sans doute
avions nous affaire parfois à des hybrides.
Mais nous n’étions pas au bout de nos surprises… De
l’autre côté de la colline, en contrebas, sur des
affleurements rocheux, nous vîmes toute une population
mélangée de P.eburneum à fleurs blanches et de
P.densiflorum. En s’approchant, nous pûmes constater
la présence de nombreux hybrides entre ces deux
espèces, caractérisés par des fleurs intermédiaires
( photo13). La position des étamines, en plus de la
couleur de la corolle et de la forme des pétales, est un
bon critère pour distinguer ces deux espèces : elles sont
exertes pour P.densiflorum (le cône d’étamines
dépassant nettement le plan de la corolle), alors qu’elles
sont à l’intérieur de la corolle pour P.eburneum. Nous
observâmes donc des pachypodiums très ramifiés
portant des fleurs de couleur jaune pâle avec une
position des étamines intermédiaire et même un pied de
P.densiflorum à fleur quasiment blanche (photo14) !
L’excitation à son comble, nous continuâmes notre
exploration jusque dans une ravine proche, encaissée,
qui abritait un lambeau forestier. Attiré par de petites
taches rouges, nous découvrîmes en fait, sur la pente,
une forme d’Euphorbia millii à longues tiges
retombantes (photo15). Puis en remontant, sur une dalle
rocheuse, nous tombâmes nez à nez avec une touffe
d’aloès d’assez grande taille, dont le port rappelle un
peu celui d’Aloe divaricata (photo16)! Mais une variété
de cette espèce en cet endroit semble improbable,
A.divaricata poussant habituellement dans des régions
plus chaudes. Alors, une nouvelle espèce ? Peut-être…
Nous avons prélevé un rejet. Il faudra maintenant
attendre la floraison pour en savoir plus. Nous serions
bien allés plus loin encore mais le temps imparti était
malheureusement écoulé. Il fallait faire demi-tour.
Le retour se fit en compagnie de tout un groupe de
paysans malgaches qui allait jusqu’à Ambatofinandrana
pour faire du commerce. L’un d’entre eux nous assura
avoir vu, à quelques heures de marche de notre
campement, plus au nord, toute une montagne couverte
de pachypodiums à fleurs uniquement blanches ! S’il y
a, parmi vous, chers lecteurs, des passionnés de
botanique, intrépides, alors pourquoi ne pas retenter
l’aventure… ?
Quant aux dahalos, il y a, paraît-il, dans cette région,
des bandes rivales qui se rendent coup pour coup et la
petite famille, si craintive, qui nous a accueilli, bon gré
mal gré, pourrait bien en faire partie, à ce qu’on nous a
dit…
Si vous souhaitez en savoir plus ou voir de plus près les
trésors de la flore malgache, n’hésitez pas à me
contacter. J’ai, depuis six ans, mis en place un tour
opérateur spécialisé dans la botanique à Madagascar
(voir mon site : www.madabotanik.com) qui propose
différents circuits de découverte dans des régions plus
sécurisées offrant tout de même un très large aperçu de
la biodiversité de ce magnifique pays.
Christophe Quénel
[email protected]
Bibliographie :
-Werner Rauh (1995) Succulent and xerophytic plants
of Madagascar (Volume one)
-Jonas Luthy (2008) Notes on Madagascar’s whiteflowering, non-arborescent pachypodiums and
description of a new subspecies (dans Cactus and
Succulent Journal,80(4), publié par Cactus and
Succulent Society of America)
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