Telechargé par pierrealberthayen

Altruisme et Conscience : Pourquoi tout risquer ?

SAUVER ‘’LES AUTRES’’…POURQUOI TOUT
RISQUER ?
DR LARRY DOSSEY
(Extrait de ‘’One Mind – How our individual mind is part of a greater Consciousness
and why it matters’’)
Le Dr Larry Dossey est un pionnier, en ce qui concerne l'apport de la compréhension
scientifique dans le domaine de la spiritualité, avec des preuves rigoureuses.
Chirurgien militaire au Vietnam et ancien chef du personnel de l'hôpital de Dallas au
Texas, il vit aujourd'hui à Santa Fe, au Nouveau-Mexique, avec son épouse Barbara. Il
donne aussi des conférences dans le monde entier, notamment dans des hôpitaux et
dans des universités de médecine. Auteur d’une douzaine d’ouvrages qui ont figuré
sur la liste des best-sellers du New York Times, il a reçu de nombreuses récompenses
pour ses travaux et il est régulièrement invité sur les plateaux de télévision et à la
radio (notamment par Oprah Winfrey, la ‘’papesse’’ de la télévision américaine). Il est
également rédacteur en chef de la revue Explore : The Journal of Science & Healing.
Le 2 janvier 2007, Wesley Autrey, un ouvrier de la construction afro-américain de 50
ans et vétéran de la marine, attendait une rame de métro à Manhattan avec ses deux
filles, vers 12 h 45. Alors qu'il se tenait là, Autrey ignorait qu'il était sur le point d'être
impliqué dans une séquence d'événements, qui changerait le cours de sa vie et qui
révélerait des vérités profondes sur la nature de l'esprit humain. Il remarqua un jeune
homme de 20 ans, Cameron Hollopeter, qui était en train de faire une crise. L'homme
parvint à se remettre debout, mais il trébucha et tomba du quai sur les voies entre les
deux rails. Autrey vit les phares d'une rame en approche et prit une décision
immédiate. Il sauta sur les voies, en pensant qu'il aurait le temps de tirer plus loin
Hollopeter. Constatant que ce n’était pas possible, il protégea le corps d'Hollopeter
avec le sien et l’enfonça dans un canal d’écoulement d'environ un pied de profondeur
entre les voies. Le conducteur du train tenta de s'arrêter et les freins crissèrent, mais
le temps qu'il puisse le faire, cinq wagons étaient passés au-dessus des deux hommes.
Il s'en était fallu de peu ; les wagons passèrent si près d'Autrey qu'ils souillèrent de
graisse son bonnet en laine bleu. Autrey entendit des badauds crier. "Nous allons bien
ici !", leur cria-t-il en retour, "mais j'ai deux filles là-bas. Faites-leur savoir que leur père
va bien !" Puis il entendit des cris de stupeur et des applaudissements de la part des
badauds.
Hollopeter, un étudiant de la New York Film Academy, fut conduit à l'hôpital, mais il
ne souffrait que de bosses et de contusions. Autrey refusa l'aide médicale puisque,
d’après lui, tout allait bien.
Pourquoi Autrey avait-il agi de la sorte ? Il déclara au New York Times : ‘’Je n’ai pas
l’impression d’avoir fait quelque chose de spectaculaire. J’ai juste vu quelqu’un qui
avait besoin d’aide et j’ai fait ce qui m’a paru être juste.’’ Il ajouta qu’en tant qu’ouvrier
du secteur de la construction, il avait l’habitude de travailler dans des espaces réduits
et que son évaluation dans ce cas précis s’était avérée ‘’plutôt juste’’.
Autrey était extraordinairement modeste, ce qui ne le protégea pas de l'adulation du
public. Il devint une célébrité du jour au lendemain, avec des apparitions dans
plusieurs programmes d'information télévisés nationaux du matin et dans des
émissions de fin de soirée. Les récompenses affluèrent : des bourses d'études et des
ordinateurs pour ses deux filles, une nouvelle Jeep Patriot, des abonnements pour
voir les Nets du New Jersey, une carte de stationnement gratuit d'un an utilisable
partout dans la ville de New York, et une année de trajets gratuits en métro, entre
autres. Le magazine Time le classa parmi les 100 personnes les plus influentes du
monde, en 2007. Il fut nommé ‘’CNN Hero’’, un titre attribué pour avoir fait une
différence dans le monde. Il fut invité au discours sur l'état de l'Union devant le
Congrès américain en 2007, où il reçut une standing ovation.
POURQUOI TOUT RISQUER ?
Pourquoi une personne risquerait-elle ou sacrifierait-elle volontairement sa vie pour
une autre ? La réponse peut sembler évidente : elle se soucie tout simplement de la
personne dans le besoin et fait preuve d'empathie ou d'amour à son égard. Mais cette
réponse ne suffit pas aux biologistes de l'évolution, qui veulent savoir à quoi servent
la sollicitude, l'empathie et l'amour. Que gagne l'individu à agir en fonction de ces
sentiments ?
Selon les principes de la biologie évolutive, nous sommes génétiquement
programmés pour agir de manière à assurer notre survie et notre reproduction. Nos
actes empathiques peuvent donc s'étendre aux personnes les plus proches de nous, à
ceux qui partagent nos gènes - nos frères et sœurs, nos enfants, notre entourage
familial - parce que les aider nous aide génétiquement sur le long terme. Nous
pouvons aussi faire preuve d'empathie à l'égard de notre clan ou de notre cellule
sociale, puisque nous pourrions un jour avoir besoin qu'ils nous rendent la pareille.
Dans cette optique, des actions comme celles de Wesley Autrey constituent une
hérésie biologique. Il n'avait aucun lien avec Cameron Hollopeter, que ce soit racial,
social, professionnel, ou culturel. Les gènes d'Autrey n'auraient tiré aucun avantage à
mourir en sauvant le jeune homme blanc. Ainsi, d’après la biologie évolutive, Wesley
Autrey aurait dû rester sur le quai du métro et laisser Cameron Hollopeter se
débrouiller seul.
Certains pourraient soutenir qu'Autrey a bien tiré profit du sauvetage d'Hollopeter. Il
est devenu célèbre, ses filles ont reçu des fonds pour leurs études et des ordinateurs,
et il a reçu des récompenses en espèces et d'autres avantages tangibles. Puisque son
action a changé sa situation et rendu sa vie et celle de ses filles moins difficiles, peutêtre y a-t-il eu un bénéfice génétique dans ce qu'il a fait. Mais il ne savait pas à
l'avance que ces choses arriveraient. Et dans tous les cas, cela valait-il la peine de
risquer ce qui ressemblait à une mort certaine ? Certainement pas. Dans cette
situation dangereuse, la préservation génétique aurait dû permettre à Autrey de
rester sur le quai avec ses filles, comme tous les spectateurs qui pensaient qu'il serait
suicidaire d'agir comme il l'a fait.
‘’DEVENIR’’ QUELQU’UN D’AUTRE
Joseph Campbell, le grand mythologue, s'intéressa aux raisons pour lesquelles les
gens accomplissent des actes altruistes. Influencé par les opinions du philosophe
allemand, Arthur Schopenhauer, Campbell releva : "Schopenhauer a posé une
merveilleuse question. Comment se fait-il qu'un individu puisse tellement participer
au danger et à la douleur d'un autre qu’oubliant sa propre protection, il se porte
spontanément au secours de l'autre, au prix même de sa propre vie ?" Schopenhauer
pensait que le sacrifice de soi pour un autre se produit, parce que le sauveteur réalise
que lui et l'individu dans le besoin ne font qu'un. Au moment décisif, le sentiment de
séparation est entièrement surmonté. Le danger qui menace la personne dans le
besoin devient celui du sauveteur. Le sentiment antérieur de séparation est
simplement fonction de la manière dont on vit les choses dans l'espace-temps : nous
pouvons paraître séparés et nous sentir souvent séparés, mais la séparation n'est pas
fondamentale. Parce que nous nous sentons unis à la personne dans le besoin, lorsque
nous risquons notre vie pour la sauver, nous nous sauvons essentiellement nousmêmes.
Campbell précisa : "Je pense que cette compassion spontanée transcenderait les
frontières culturelles. Si vous deviez voir quelqu'un d'un monde tout à fait étranger même une personne, une race ou une nation pour laquelle vous n'avez aucune
sympathie - la reconnaissance d'une identité humaine commune susciterait une
réponse. Et la référence ultime de la mythologie est cette entité unique, qui est l'être
humain en tant qu'humain."
Je n'ai jamais entendu un sauveteur demander si la personne dans le besoin immédiat
était démocrate ou républicaine, pro ou anti-avortement, quelle était sa position sur le
changement climatique mondial, ou si elle préfère la médecine allopathique ou
l'homéopathie. Réagir face à un autre être humain dans le besoin outrepasse de telles
questions au profit d'une réponse humaine plus profonde. Schopenhauer l'a compris.
Ainsi qu’il l’écrivit dans son livre de 1840, Le fondement de la morale : "La
compassion universelle est l’unique garantie de la moralité." Il précisa : "Mon Être
intérieur véritable existe en fait dans chaque créature vivante, si réellement et
immédiatement que ma conscience ne le connaît qu’en moi-même.’’ Cette réalisation,
dont la formule standard est Tat Tvam Asi, en sanskrit, constitue le fondement de la
compassion sur lequel repose toute vertu authentique, c'est-à-dire désintéressée, et
dont l'expression se trouve dans chaque bonne action."
Je suis prêt à parier que Wesley Autrey n'avait jamais lu un traitre mot de Campbell
ou de Schopenhauer. Il n'en avait pas besoin, et c'est le propos. En protégeant
Cameron Hollopeter sur la voie d'une rame qui arrivait, il défia tous les instincts pour
perpétuer ses gènes. Il était porté par l’Esprit universel qui nous unit tous, l'unité si
clairement entrevue par des sommités, telles que Campbell et Schopenhauer. Au
moment décisif, du point de vue de la conscience de l'Esprit universel, Wesley Autrey
était Cameron Hollopeter.
L’HÉLICO ABATTU
Je suis fasciné depuis belle lurette par la raison pour laquelle les Wesley Autrey du
monde agissent de la sorte, et il ne s'agit pas d'une simple curiosité philosophique.
J'ai servi comme chirurgien de bataillon au Vietnam, en 1968 et 1969, en pleine
cambrousse, et à mille lieues de tout ce qui était aussi sophistiqué que les unités
MASH popularisées dans la célèbre série télévisée.1 Mon univers se constituait d’un
poste de secours primitif protégé par des sacs de sable et par des barbelés, avec un
équipement minimal, en plus des missions en hélicoptère pour aider les soldats
blessés. J'ai connu quelques moments comparables à ceux d'Autrey, où j’ai dû prendre
une décision immédiate et risquer ma vie pour de jeunes hommes qui étaient dans le
pétrin.
Un jour d'octobre 1969, un hélicoptère s'écrasa pas loin du poste de secours de mon
bataillon avancé. Je courus jusqu’au site du crash. A mon arrivée, l'hélicoptère
renversé était encerclé par un groupe de soldats qui se tenaient à distance de sécurité,
car ils s'attendaient à ce qu'il explose. Le pilote était encore conscient, mais il était
coincé dans l'épave et il gémissait de douleur. Sans réfléchir, j'entrepris de dégager la
porte de l'appareil renversé, j’entrai et tranchai les ceintures de sécurité qui retenaient
1
MASH = mobile army surgical hospital.
https://www.youtube.com/watch?v=GIGYLBVjYZA&list=PLJz0BbTwAJLgSjC1iZI0-5duKL71efE2t&index=2
le pilote. Un membre de mon équipe médicale me rejoignit et nous extirpâmes le
pilote de l'épave pour le transporter en sécurité. Aujourd'hui encore, l'odeur du
kérosène qui s'échappait des réservoirs perforés reste un souvenir vivace, mais
heureusement, l'appareil n’explosa pas. Je mis le pilote sous intraveineuse, je lui
administrai de la morphine pour soulager sa douleur, et je le fis embarquer dans un
hélicoptère d'évacuation sanitaire qui le transporta jusqu’à des infrastructures
médicales où il reçut des soins complémentaires. Ce n'est là qu'un des nombreux
incidents similaires qui marquèrent mon expérience de guerre.
De retour aux Etats-Unis, j'étais plutôt abasourdi, rétrospectivement. Avant d'aller au
Vietnam, j'avais juré de ne jamais prendre de risques, par respect envers ma famille et
ceux qui s’inquiétaient pour moi. Mais chaque fois que des situations comme celle du
crash de l'hélicoptère se présentaient, ces résolutions s'évaporaient comme la brume
matinale au-dessus de la jungle. C'était comme si elles n'avaient jamais existé. Il n'y
avait aucune réflexion approfondie pendant ces moments décisifs, aucun calcul des
conséquences, mais juste de l'action.
Je me demandais pourquoi j’avais agi de la sorte. Jamais, je ne m’étais considéré
comme un risque-tout. En tant que médecin, on m’avait appris à toujours garder le
contrôle dans la mesure du possible, à ne rien laisser au hasard, et à appliquer un
raisonnement critique dans chaque situation. Que s’était-il passé ?
Je me souviens du jour, environ un an après mon retour du Vietnam, où au hasard de
mes lectures, je tombai sur la description de Schopenhauer — c-à-d comment, au
moment crucial, la conscience du sauveteur fusionne avec celle de la personne qui le
requiert, la séparation se dissout, et l'individualité est mise de côté, la division est
surmontée, et l'unité devient réelle. Je sus tout de suite que c'était là l'explication de
mon comportement irrationnel et risqué dans la zone de guerre. C'était comme si un
voile avait été levé. Il s’agissait d’une révélation d'une clarté absolue, d’une épiphanie
relative à une période agitée de ma vie que je n'avais pas su appréhender. Pour moi,
au Vietnam, l'Esprit universel s'était fait chair. C’était un don inestimable pour lequel
je tremble encore de gratitude.
L'auteur, Joseph Chilton Pearce, dans son livre, Evolution's End, signale que le mot
‘’sacrifice’’, comme le mot ‘’sacrement’’, signifie "rendre entier". Le mot sacrifice a
toutefois pris des connotations négatives, comme pour l'abattage d'un animal. Mais le
sens originel du mot, à savoir, la complétude, est bien saisi dans l'expérience du don
de soi à un autre. "Pour devenir entier, il faut laisser derrière soi toutes les parties",
remarque Pearce, "puisque le Tout n'est pas la somme de ses parties, mais un état
complètement différent. Maître Eckhart évoquait "tous les objets nommés" laissés
derrière, quand on entre dans l'inconnu. Nous devons aller au-delà de la
fragmentation des parties et quitter le monde de la diversité pour découvrir l'unité
unique d'où tout jaillit."
Mais comment ? Shankara, un philosophe indien du IXe siècle, écrivit : "On ne guérit
pas une maladie en prononçant le nom du remède, mais en prenant le remède. On
n’obtient pas la Libération en répétant le mot 'Brahman', mais en faisant directement
l'expérience de Brahman..." Il en va de même avec le principe de l’unité. On peut bien
lire tout Schopenhauer, Campbell et mille autres philosophes qui en ont exposé l’idée,
mais celle-ci ne se traduira pas sans expérience. C'est ici qu'interviennent des
événements comme celui de Wesley Autrey. Ces instants de vie ou de mort, où nous
alignons totalement notre existence sur celle d’autrui, rendent réel le principe qui
relie toutes choses dans l'unité. Ces expériences sont plus persuasives que tous les
mots prononcés ou écrits. A la suite de tels épisodes, nous pouvons balancer les livres,
les sermons et les enseignements — puisque maintenant nous savons.
Si vous décidez volontairement de vivre dangereusement, avec l'intention expresse de
vous éveiller à cette Conscience, oubliez çà ; vous ne réussirez probablement pas et
vous risquez de périr dans le processus. Le fait est que la conscience de l'unité nous
prend le plus souvent par surprise, non pas dans des situations périlleuses, mais dans
les situations les plus banales, comme écouter de la musique, contempler un coucher
de soleil, entendre le rire d'un bébé, préparer un repas…ou simplement ne rien faire.
Le champ des expériences déclics est spectaculairement varié, et quiconque cherchera
à trouver une formule qui pourrait garantir l'expérience sera déçu. C'est dans ce
domaine que la loi de l'effort inverse entre en jeu et où le paradoxe règne. D'où cette
observation bouddhiste :
Ce n’est que si on la pourchasse qu’on la perd ;
On ne peut s’en emparer, mais on ne peut pas non plus s’en défaire,
Et tandis qu’on ne peut ni l’un, ni l’autre, elle suit son propre chemin.
On demeure silencieux et elle parle ; on parle, et elle est muette… (Yoka Daishi)
Lorsque nous nous identifions si complètement à quelqu'un que les distinctions entre
soi et l'autre sont surmontées, nous sommes entrés dans le royaume de l'Esprit
universel. Cela nous prépare à des actions que nous n'envisagerions même pas dans
notre état d'esprit quotidien, qui est centré sur nous-mêmes. Notre avenir dépendra de
notre volonté d'adopter cette vision plus large. Aujourd'hui, ce n’est pas juste
‘’quelqu’un’’ sur les rails d’un métro ou des pilotes d'hélicoptères abattus qui ont
besoin de notre aide, mais bien le monde entier et tout ce qui le compose. Votre
participation à l’Esprit universel rend cette tâche envisageable. Et possible.
PARTAGE-PDF.WEBNODE .FR