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Facteurs de bon pronostic maternel dans l'hématome rétroplacentaire grade III

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FACTEURS DE BON PRONOSTIC MATERNEL DE L’HEMATOME RETRO PLACENTAIRE
GRADE III AU CENTRE HOSPITALIER ET UNIVERSITAIRE DE LA MERE ET DE L’ENFANT DE
N’DJAMENA
Gabkika BM , Alladi C, Djélassem R, Nahorgue L, Hissein A, Ndonaye DC, Foba K, Hawaye C,
Allarehene N, Damthéou S, Foumsou L.
Auteur correspondant : GABKIKA Bray Madoue, MCA - Université de N’Djamena, Tchad.
E – mail : [email protected] - Tél : 00235 66 27 71 29
Résumé
L’hématome rétro placentaire est un accident obstétrical imprévisible. Le garde III de SHER est le plus fréquent avec
des complications maternelles graves.
L’objectif était d’analyser les facteurs de bon pronostic maternel.
Il s’agissait d’une étude transversale analytique menée du 1er Avril au 30 Septembre 2025
au Centre Hospitalier Universitaire de la Mère et de l’Enfant de N’Djaména. Etaient incluses
dans cette série les parturientes admises et prises en charge pour un hématome rétro
placentaire. Les paramètres étudiés étaient d’ordre sociodémographique, clinique,
paraclinique et pronostique. Les données recueillies ont été analysées par le logiciel Jamovi.
The overall frequency was 1.7% and 1% for SHER grade III HRP. The sociodemographic profile
was that of a patient with an average age of 28.4 years, ranging from 16 to 42 years,
unschooled (76.5%), and unemployed (63.3%). Clinically, metrorrhagia (96.5%) was the
reason for consultation, among multiparas (58.8%), mostly referred (77%) with poorly
monitored pregnancies (87.1%). The clinical form was dominated by HRP IIIa (71.4%). The
obstetric aspect of treatment consisted of rapid uterine evacuation by cesarean section
(76.5%), preventive and therapeutic vascular ligation (50%), and blood transfusion. Lethality
was represented by PPHI (57.1%), anemia (59.2%), acute renal failure (10.2%), and
coagulopathy (28.6%). Mortality was 2%. Rapid admission and uterine evacuation (RR=0.3 ;
p=0.043), preventive vascular ligation (RR=0.8 ; p<0.001), and blood transfusion (RR=0.9 ;
p<0.001) are factors of good maternal prognosis.
Abstract
Retroplacental hematoma is an unpredictable obstetric accident. Grade III of SHE is the most
common, with severe maternal complications.
The objective was to analyze the factors of good maternal prognosis.
This was an analytical cross-sectional study conducted from April 1 to September 30, 2025,
at the University Hospital Center for Mother and Child in N’Djamena. Included in this series
were parturients admitted and managed for retroplacental hematoma. The parameters
studied were sociodemographic, clinical, paraclinical, and prognostic in nature. The data
collected were analyzed using Jamovi software.
The overall frequency was 1.7% and 1% for SHER grade III HRP. The sociodemographic profile
was that of a patient with an average age of 28.4 years, ranging from 16 to 42 years,
unschooled (76.5%), and unemployed (63.3%). Clinically, metrorrhagia (96.5%) was the
reason for consultation, among multiparas (58.8%), mostly referred (77%) with poorly
monitored pregnancies (87.1%). The clinical form was dominated by HRP IIIa (71.4%). The
obstetric aspect of treatment consisted of rapid uterine evacuation by cesarean section
(76.5%), preventive and therapeutic vascular ligation (50%), and blood transfusion. Lethality
was represented by PPHI (57.1%), anemia (59.2%), acute renal failure (10.2%), and
coagulopathy (28.6%). Mortality was 2%. Rapid admission and uterine evacuation (RR=0.3 ;
p=0.043), preventive vascular ligation (RR=0.8 ; p<0.001), and blood transfusion (RR=0.9 ;
p<0.001) are factors of good maternal prognosis.
Introduction
L’hématome rétro placentaire (HRP) est le décollement prématuré du placenta normalement
inséré (DPPNI) conduisant à l’interruption des échanges materno-foetaux [1 ; 2]. C’est un
événement soudain avec un pronostic grave pour la mère et le fœtus. Il nécessite une prise
en charge obstétricale doublée d'une réanimation médicale. Sa fréquence est diversement
appréciée selon les auteurs: elle varie de 0,25% et 1% dans les pays industrialisés [1 ;2 ;3] et
de 1 à 9 % dans les pays en développement [1].
Au Tchad, Foumsou L et al ont trouvé une fréquence de 2,1% en 2016, avec un taux de létalité
maternelle de 2,4% [4].
L’hématome rétro placentaire reste une pathologie imprévisible malgré les facteurs de risque
connus. Elle survient parfois alors que ces facteurs de risque sont absents [1 ; 2].
Son diagnostic est avant tout clinique, regroupant classiquement : les métrorragies
faites de sang noirâtre, la contracture utérine associée à une douleur abdominale
d'apparition brutale, et l’absence des bruits du cœur fœtal le plus souvent [1 ; 2].
Cette pathologie survient notamment au 3ème trimestre de la grossesse et est associée
à d'importantes complications, constituant une urgence vitale pour la mère et le fœtus
[1].
La mortalité maternelle liée à cette pathologie est d'environ 1/100000 naissances
vivantes dans les pays industrialisés, mais peut atteindre 6% dans les pays en
développement [3 ;5 ;6]. La mortalité périnatale quant à elle, est d'environ 10 à 20%
dans les pays européens [1 ;2] mais peut atteindre 60 à 75% dans les pays en
développement [5 ;6].
Malgré les progrès de la médecine, il reste l’une des pathologies obstétricales la plus
dangereuse, grevée de complications maternelles et fœtales non négligeables.
Dans la plupart des études réalisées sur l’hématome rétro placentaire, les grades I et II
de SHER sont de bons pronostics maternel et fœtal car ces stades ne souffrent pas
d’ambiguïté sur le plan thérapeutique. Par contre, le garde III de SHER domine en
fréquence et la plupart des complications maternelles graves y sont afférentes.
A cet effet, nous avons initié ce travail pour analyser les facteurs de bon pronostic
maternel dans l’hématome rétro placentaire grade III de SHER au service de
gynécologie-obstétrique du Centre Hospitalier de la Mère et de l’Enfant de N’Djaména
qui a pour objectif d’étudier les facteurs de bon pronostic maternel.
Moyens et méthodes
Il s’agissait d’une étude transversale à visée analytique, s’étalant sur une période de
6 mois allant du 1er Avril au 31 Septembre 2025.
Le service de gynécologie et d’obstétrique du Centre Hospitalier et Universitaire de la Mère et de
l’Enfant a servi de cadre pour cette étude.
Comme critères d’inclusion, nous avons retenu toutes les gestantes admises et prises en charge
pour un hématome rétro placentaire, avec un terme de grossesse d’au moins 28 semaines,
ayant consenti à l’étude.
Comme critères de non inclusion, nous avons écarté les autres causes d’hémorragie
obstétricale ; les patientes non consentantes et les cas de sortie contre avis médical.
Le critère de jugement était le bon pronostic maternel, défini par l’absence des complications
maternelles graves.
La taille de l’échantillon est de 85, calculée par la formule de Cochran.
Les données ont été collectées à travers les dossiers médicaux, les registres d'hospitalisation
et d’admission, les registres de compte rendu opératoire.
Nous avons défini les variables suivantes:
- variable d’intérêt: le bon pronostic maternel
- variables sociodémographiques, reproductives, cliniques, thérapeutiques et pronostiques.
Le logiciel KoboToolbox a été utilisé pour la collecte des données et les logiciels Microsoft
Word 2016, Excel et Jamovi pour la saisie et l’analyse des données.
Pour mener ce travail, nous avons obtenu l’autorisation du décanat de la Faculté des Sciences
de la Santé Humaine, de la Direction Générale du CHUME et le consentement éclairé des
patientes
Résultats
Fréquence
La fréquence globale était de 1,7% et de 1% pour le HRP grade III de SHER.
Aspect sociodémographique
Le profil sociodémographique était celui d’une patiente d’âge moyen de 28,4 ans avec des extrêmes
de 16 et 42 ans, non scolarisée (76,5%), sans emploi (63,3%).
Aspects cliniques
Sur le plan clinique, la métrorragie (96,5%) était le motif de consultation, chez les multipares (58,8%),
référées pour la plupart (77%) avec une grossesse mal suivie (87,1). La forme clinique était dominée
par le HRP IIIa (71,4%). Dans 57,6% des cas, les patientes étaient admises en moins de six heures de
temps après le début des symptômes. Les patients ayant un antécédent d’HTA représentaient 2,0%.
Les multipares étaient majoritaires (58,8%). Dans 95,3% des cas, il s’agissait de grossesse
unique. La plupart des patientes étaient admises avec un état hémodynamique
stable (45,9%). Chez 90,6% des patientes, l’hypertonie utérine constituait l’un
des éléments du diagnostic positif. Dans 35,5% des cas, il s’agissait d’un tableau de pré
éclampsie. Le HRP grade IIIa représentait 71,4%. La plupart des patientes étaient
en phase de latence du travail d’accouchement à l’admission (57,2%). La cause
idiopathique représentait 59,2%. L’hémorragie du post partum immédiat était
retrouvée dans 57,1%.
Paramètres biologiques
Les perturbations observées sur l’hémogramme étaient les anémies et les
thrombopénies modérées respectivement à 53,1% et 40,8%. Le bilan
d’hémostase était perturbé dans 28,6% des cas. Le groupe sanguin O était
retrouvé dans 55,2% des cas.
Aspects thérapeutiques
La césarienne était la voie d’accouchement la plus sollicitée, soit dans 76,5% des
cas. Dans la plupart des cas (64,7%), l’accouchement avait été pratiqué dans les
3 heures après l’admission. La moitié des patientes ayant présenté une HPPI
avait bénéficié d’un traitement chirurgical conservateur contre 9,3% qui avaient
bénéficié d’un traitement radical. Dans 27,1% des cas, les patientes avaient reçu
une transfusion massive.
Aspects pronostiques et analytiques
Les complications maternelles étaient dominées par l’anémie du post partum
(95,9%). Les autres morbidités étaient la CIVD (16,5%), l’insuffisance rénale aigue
(10,2%). La mortalité maternelle était de 2%.
Dans 77,6% des cas, les patientes avaient un séjour hospitalier variant entre 3 et
7 jours.
Au seuil de 5%, nous avons constaté une association significative (p = 0,037)
entre la référence comme mode d’admission et l’instabilité hémodynamique.
La multiparité était significativement associée à l’HPPI (p = 0.047).
Un délai d’admission au-delà de six heures était significativement associé aux
troubles d’hémostase (p = 0,005) et secondairement à l’HPPI (p = 0,048). L’état
de choc hémorragique était 3 fois plus observé dans le groupe de HRP grade IIIb
de SHER
(p = 0.033). L’instabilité hémodynamique à l’admission est
significativement associée à la survenue de HPPI (p = 0.029) et au risque de
complications rénales (p = 0,047). Les troubles de l’hémostase étaient
significativement associés à l’HPPI (p < 0.001) ainsi qu’aux complications rénales
(p < 0.001). L’accouchement par césarienne était significativement notifié chez
les patientes qui n’étaient pas en travail et en phase de latence du travail
d’accouchement (p<0.001). Il y’ avait de manière statistiquement significative
une corrélation entre le bon pronostic maternel et l’admission dans un délai de
moins de six heures après le début des symptômes (p = 0,005).
Le recourt à l’accouchement par césarienne était de 2,5 fois plus dans le HRP
grade IIIa de SHER (p = 0,017) mais il n’y avait pas de corrélation significative
entre la voie d’accouchement et le bon pronostic maternel (p = 0,637).
Au seuil de 5%, nous avons trouvé que la ligature vasculaire comme geste
chirurgical à la fois préventive et thérapeutique était significativement associée
au bon pronostic maternel (RR = 0,8 P < 0.001). Les patientes ayant bénéficié
d’une transfusion sanguine avaient un bon pronostic (RR = 0,9 ; p < 0.001).
Discussion
Nous avons noté une fréquence globale de 1,7% et une fréquence
spécifique de 1% pour le HRP grade III. La fréquence globale est
comparable à celle de beaucoup d’auteurs retrouvée dans la littérature.
Biaye B [5], Nwaeze EM [19] et Sibraogo K [20] retrouvent respectivement
1,9% en 2016 au Sénégal, 1,7% au Nigéria en 2023 et 1% en 2024 au
Burkina Faso. Foumsou et al au Tchad retrouvent dans leur étude portant
sur les aspects épidémiologiques, thérapeutiques et pronostiques de
l'hématome rétro placentaire à l'hôpital de la mère et de l'enfant de
N'Djaména une fréquence de 2,1% [4]. Par contre nous n’avons pas trouvé
dans la littérature une fréquence spécifique du HRP grade III.
L’âge moyen dans cette étude était de 28,4 ans avec des extrêmes de 16
et 42 ans. Foumsou L et al [4] a eu les mêmes données que les nôtres soit
un âge moyen de 29,6 ans avec des extrêmes de 15 et 46 ans. De même
au Burkina Faso en 2024, Sibraogo K et al [20] ont trouvé un âge moyen de
26,8 ans avec des extrêmes de 15 et 43 ans. Conte et al retrouvent les
résultats similaires soit un âge moyen de 29 ans avec des extrêmes de 16
et 42 ans [21].
Par contre, Nwaeze EM et al [19] au Nigéria en 2023 et Makoyo O [22] à
Libreville en 2020 retrouvent respectivement l’âge moyen de 33,5 ans 31,2
ans avec des extrêmes de 20 et 40 ans ; 18 et 46 ans.
Dans cette étude, 77% des patientes étaient référées et 32,4% admises
dans un délai de plus de six heures après le début des symptômes. Il
ressort de cette étude que ce mode d’admission (référence) est
significativement associé à l’instabilité hémodynamique à l’admission
(p<0,037).
Aussi, nous avons relevé de manière significative les troubles de
l’hémostase (p=0,048) et l’HPPI (p=0,005) chez les patientes admises dans
un délai assez long. Biaye B et al [5] trouvent des résultats similaires aux
nôtres soit 85 % des cas de référence, un taux similaire à celui de Thieba B
(85,9 %) [23] et Ouedraogo I (88 %) [24]. Bamba DF et al rapportent 72,1%
de référence et souligne que ce mode d’admission est retrouvé dans leur
étude comme un facteur de mauvais pronostic maternel car dans la
plupart des cas, les patientes souvent admises dans un mauvais état
clinique sans mesure d’accompagnement (transport non médicalisé et
sans conditionnement préalable) [25].
Les patientes non scolarisées représentaient 76,5%, 63,3% étaient sans
emploi expliquant la mauvaise qualité du suivi de la grossesse dans 87,1%
des cas. Le taux élevé des femmes non instruites observé dans cette série
pourrait s’expliquer par le faible taux de scolarisation des filles au Tchad
qui est de 6,4% [26]. Ces résultats diffèrent de ceux de Nwaeze EM et al
[19] qui rapportent 76% des patientes ayant un niveau d’étude secondaire
et universitaire, contrastant avec la mauvaise qualité du suivi prénatal
observée dans 57% des cas. Par ailleurs, Biaye B et al [5] notifient que le
respect du calendrier de contact prénatal ne met pas à l’abri de la
survenue de l’HRP. Conte AB et al [21] soulignent que 65,1% des
grossesses sont mal ou non suivies dans leur étude. Tous les auteurs
s'accordent à dire que la fréquence des HRP est inversement
proportionnelle au nombre de contact prénatal [1 ;27-29].
S’agissant des facteurs de risque, la multiparité, la pré éclampsie, les
grossesses multiples et les traumatismes par accident de la voie publique
sont retrouvés dans cette étude avec des proportions respectives de
58,8%, 35,3%, 4,7% et 3,5%.
Aussi, la multiparité est significativement associée au risque d’hémorragie
du post partum (p=0,047).
Manuela G. à Grenoble [30] en France,
rapporte en 2016 que les multipares ne représentent que 26,9%. Cette
différence s’explique par le fait qu’en France la maternité est en générale
planifiée avec moins de naissance. Ces résultats sont comparables à ceux
des séries africaines notamment Thiam O, Biaye B. et al dans leurs
différentes études au Sénégal qui retrouvent une parité moyenne de 4,8
avec respectivement 58 % et 66% des multipares [1 ; 5]. De même que
Nwaeze EM. et al [19] qui notent dans leur étude des résultats similaires
(62% des multipares). Par contre O Makoyo Komba et al [22] rapportent
une proportion faible des multipares (27,6%) mais plus de la moitié des
cas soit 55,2% ayant présenté des troubles hypertensifs au cours de la
grossesse. La pré éclampsie est retrouvée dans 63,9% des cas par Conte
AB et al à Fez au Maroc [21]. Ces données concordent avec celles de la
littérature, décrivant l’hypertension artérielle gravidique notamment la
pré éclampsie comme la circonstance la plus classique de survenue de
HRP ; aussi que la fréquence de HRP croit avec la parité [10 ; 24].
Sur le plan clinique, pour la majorité des cas, les signes cliniques à
l’admission étaient dominés par les métrorragies dans 96,5% des cas. Pour
Nwaeze EM. et al, dans 86,2% des cas, les signes cliniques étaient dominés
par les douleurs abdominales. Cette différence s’explique par le fait que
dans cette étude, il s’agit dans la majorité des cas des références pour la
prise en charge d’hémorragie obstétricale. La gravité du tableau clinique
était appréciée selon la classification de SHER comme la plupart des
auteurs. Nous avons retrouvé la prédominance du grade III à 57,6% et de
cette classe, le grade IIIa représentait 71,4%. Ces données sont similaires
à celles des autres auteurs notamment Foumsou L [4] au Tchad, Makoyo
O et al [22] et Fatimetou A et al [31] à Nouakchott en Mauritanie qui
rapportent respectivement 68,3%, 51,7%
et 86,5% le grade III. C’est la forme clinique la plus grave décrite dans la
littérature, engageant souvent le pronostic maternel.
Nous avons noté dans cette étude une association significative entre le
HRP grade III et les troubles de l’hémostase (p=0,038), l’HPPI (p=0,001) et
les complications anémiques (p=0,017). S’agissant du stade de travail
d’accouchement, dans cette étude, 57,2% des patientes étaient en phase
de latence du travail d’accouchement et 16,3% n’étaient pas en travail.
Ces résultats sont semblables à ceux de Kanta SI à Mopti au Mali en 2021
[10] qui rapporte 62,5% des parturientes en phase de latence.
Pour ce qui est de l’étiologie, les anomalies funiculaires, les troubles
hypertensifs au cours de la grossesse étaient représentés respectivement
à 6,1% et 34,7%. La cause idiopathique était la plus retrouvée dans cette
étude (59,2%). Nous avons des résultats similaires à ceux de Kanta SI [10]
et Foumsou L [4] qui trouvent respectivement 40% et 78% des causes
idiopathiques.
Sur le plan biologique, toutes les patientes ont bénéficié d’une NFS, d’un
groupage sanguin rhésus, du bilan d’hémostase et rénal. La plupart des
patientes avait présenté une anémie (53,1%) dont 33% des cas d’anémie
sévère. La moitié des gestantes étaient de groupe sanguin O (55,2%),
23,5% avaient une thrombopénie sévère et 16,47% un trouble
d’hémostase. Dans l’étude de Conte AB et al, les anomalies biologiques
rapportées sont l'anémie (86%), le HELLP syndrome (20,93%) et la CIVD
(53,7%) [21]. Le groupe sanguin O est retrouvée dans 53,7% des cas dans
l’étude de Sibraogo K et al au Burkina Faso [20]. L'anémie et les troubles
de la coagulation sont les anomalies biologiques les plus rapportées dans
la littérature et déterminent souvent le pronostic maternel en plus de
l'état de choc clinique qui s'en suit [1; 32; 33].
Pour ce qui est de la prise en charge thérapeutique, en raison de la gravité
de l'hématome rétro placentaire pour la mère comme pour le fœtus,
l'hospitalisation
dans
un
service
multidisciplinaire
comprenant
un
spécialisé
avec
obstétricien,
un
une
équipe
anesthésiste
réanimateur et un pédiatre s'impose. Les objectifs de cette prise en charge
sont : la correction de l'hypovolémie et des troubles de la coagulation,
l'évacuation précoce et rapide de la cavité utérine, ce qui représente le
traitement obstétrical de base.
Dans cette étude, la césarienne est la voie d’accouchement la plus utilisée
(76,5%) et elle est statistiquement significative chez les patientes qui
n’étaient pas en travail et celles qui étaient en phase de latence (p <
0,001).
Cependant,
l’accouchement
par
césarienne
n’était
pas
significativement associé au bon pronostic maternel comme l’ait le délai
d’admission de moins de six heures (p = 0,005). Les auteurs comme
Makoyo O à Libreville en 2020 [22], Doumbia Y en Côte d'Ivoire [35],
Nayama M au Niger en 2019 [36], Gueneuc A en France en 2016 [37] et
Fatimetou A à Nouakchott en 2019 [30] rapportent respectivement 91,4%,
63,2 %, 94,1 %, 79% et 90,7% les accouchements par césarienne.
Par contre Foumsou L au Tchad [4], Biaye B au Sénégal [5] et Ouédraogo I
au Burkina Faso [24] retrouvent des taux de césarienne à des proportions
moindres soit respectivement 49%, 51,1 % et 36%. La voie d'accouchement
en cas d'HRP ne fait pas l'objet des recommandations claires. Certains
auteurs comme Krauss T [38] et Prochazka M [39] préconisent la
césarienne systématique, quel que soit l'état du fœtus. En revanche,
Bohec C [40] recommande une attitude attentiste en cas de mort fœtale
et de troubles hémorragiques.
Cependant, dans les pays en développement comme le Tchad, où le
plateau technique est caractérisé par l’insuffisance des moyens de
réanimation, des patientes souvent admises dans un état clinique grave, il
est important de réduire le délai d’accouchement en ayant recours à la
prise en charge chirurgicale, a fait observer Foumsou L [4] depuis 2016.
Les résultats de l’étude de Conte AB où 100% des patientes avait bénéficié
d’une césarienne fortifient cette observation. La morbidité maternelle est
observée à des proportions faibles et aucun décès maternel n’a été
enregistré [21].
La plupart des patientes (57,1%) avait présenté une hémorragie du post
partum
immédiat
dont
40,7%
ont
bénéficié
d’un
traitement
médicamenteux, 59,3 % d’un traitement chirurgical. La ligature vasculaire
préventive était réalisée dans la moitié des cas (50%) et était
significativement associé au bon pronostic maternel dans cette étude (RR=
0,8 ; p < 0,001). L’étude de Sadjoli D et al réalisée en 2025 au CHU de la
Mère et de l’Enfant de N’Djaména portant sur le bénéfice de la triple
ligature vasculaire durant la césarienne, rapporte une réduction
significative de HPPI de 70% (RR = 0,3 ; p < 0,05) [34].
Dans cette étude, 72,9% des patientes avaient bénéficié d’une transfusion
sanguine
dont
27,1%
de
transfusion
massive,
et
ceci
était
significativement associée au bon pronostic maternel (RR = 0,9 ; p < 0,001).
Un besoin similaire de transfusion sanguine est raporté par Félix C et al.
[41] avec un taux de 43,9 %. La tendance accrue aux transfusions
sanguines est observée par la plupart des auteurs.
Sur le plan pronostique, dans cette série, la durée moyenne
d’hospitalisation est de 5 jours avec des extrêmes de 3 et 15 jours. Les
morbidités maternelles observées étaient l’HPPI (57,1%), l’anémie
(95,9%), les troubles de coagulation (16,4%) et l’insuffisance rénale (5,9%).
Nous avons enregistré un décès maternel soit 2%. Ces résultats sont
similaires à ceux de Makoyo O à Libreville en 2020 qui notifie une durée
moyenne d'hospitalisation de 4 jours, avec des extrêmes de 1 et 12 jours.
La morbidité maternelle est dominée par l'anémie (37,9 %), l'insuffisance
rénale aiguë (10,4%) et la CIVD. Un cas de décès maternel a été enregistré
(1,7%) [22]. Dans l’étude de Nwaeze EM. et al, les complications
maternelles observées sont l'hémorragie du post-partum immédiat (9%),
l'anémie du post-partum (15%), la septicémie puerpérale (3%) et le décès
maternel (2 %) [19]. Fatimetou A et al, en 2019, dans leur étude portant
sur les aspects épidémiologiques, cliniques, thérapeutiques au Centre
Hospitalier National de Nouakchott en Mauritanie, rapportent une
évolution favorable dans 80,4%. L'utérus de Couvelaire était observé en
per opératoire dans 57,5% dont 10,3% avaient présenté une atonie
utérine avec une hémorragie de la délivrance imposant une hystérectomie
d'hémostase (6,2%). Les autres complications sont la CIVD (2%), le choc
hémorragique (3%) et l’insuffisance rénale aiguë (10,3%). Le décès
maternel représentait 5,1% [30]. Dans l’étude de Conte AB et al portant
sur les aspects cliniques, prise en charge et pronostic materno fœtal au
service de gynécocologie du CHU Hassan II de Fès au Maroc en 2020, le
délai entre le diagnostic de HRP et l'extraction fœtale était en moyenne de
45 mn pour les cas d'HRP avec BCF positifs et de 3h30 mn en moyenne
pour les cas avec BCF négatifs. Toutes les patientes avait accouché par
césarienne. Les complications étaient l’HPPI dans 24,4 % des cas dont 16,2%
ont bénéficié d'une triple ligature complétée par un Blynch modifié et 3,3%
d'une hystérectomie d'hémostase. La morbidité maternelle était dominée
par l'anémie du post-partum (68,6%). Aucun décès maternel n'avait été
enregistré dans cette étude [21].
Pour ce qui est de la létalité, dans cette étude, la morbidité maternelle
notamment l’HPPI (p<0,001), les complications anémiques (p<0,001) sont
statistiquement associées au HRP grade IIIb. Cette observation est
presque identique à celle des autres séries sauf dans l’étude de Conte AB
réalisée au CHU Hassan II de Fez où elles sont observées à des proportions
moindres [21].
Qu’il s’agisse de cette étude ou celles des autres auteurs, les facteurs de
risque, le tableau clinique, le type de HRP (grade III) et les morbidités
maternelles sont presque similaires et l’apanage des formes graves
comme décrite dans la littérature.
Dans cette étude, les facteurs associés au bon pronostic maternel sont :
 Sur le plan clinique :
 L’admission rapide en milieu hospitalier, dans un délai de moins de six heures
(RR = 0,8 ; p = 0,005) ;
 Sur le plan thérapeutique :
 La ligature vasculaire préventive lors de la césarienne (RR = 0,8 ; p < 0,001) ;
 La transfusion sanguine (RR = 0,9 ; p < 0,001).
Conclusion
L'hématome rétro placentaire reste une pathologie obstétricale sévère
et préoccupante du fait de son imprévisibilité, de sa variabilité de
présentation clinique et de sa rapidité de survenue.
Dans cette étude, nous avons retrouvés les facteurs de risque décrits
dans la littérature et observés par les autres auteurs.
La métrorragie et l’hypertonie utérine sont les expressions cliniques
largement retrouvées. Selon la classification de SHER, le grade III est la
forme la plus représentée.
La prise en charge thérapeutique est assurée par une équipe
multidisciplinaire. La voie d’accouchement est largement dominée par
la césarienne associée à une ligature vasculaire préventive et une
transfusion sanguine.
La morbidité et la mortalité maternelle retrouvée dans cette étude est
celle décrite par la plupart des auteurs avec des proportions qui varient
en fonction de la voie d’accouchement.
L’admission rapide en milieu hospitalier, la ligature vasculaire
préventive au cours de la césarienne et la transfusion sanguine sont les
facteurs associés au bon pronostic maternels dans cette étude.
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