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Cours d'économie: La Monnaie, les Mécanismes Monétaires et Financiers

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COURS D'ÉCONOMIE
La Monnaie, les Mécanismes
Monétaires et Financiers
Théories • Définitions • Exemples • Mécanismes • Outils pour la dissertation
Plan du cours
B-1) Définition et fonctions de la monnaie
B-2) La création monétaire et ses agents
B-3) La masse monétaire : structure et contreparties
B-4) Le contrôle de l'émission monétaire
B-5) Marché monétaire et marché financier
B-6) Politique monétaire et politique financière : objectifs et moyens
B-1) Définition et fonctions de la monnaie
1.1 Qu'est-ce que la monnaie ? Définition générale
La monnaie est un actif universellement accepté dans les échanges au sein d'une zone
économique donnée. C'est une convention sociale : la monnaie n'a de valeur que parce que
tout le monde croit en sa valeur et l'accepte. Elle repose donc sur la confiance (le terme «
fiduciaire » vient du latin fiducia, « confiance »).
Définition clé
La monnaie est définie comme tout actif généralement accepté en règlement des transactions
économiques et permettant de s'acquitter d'une dette. Elle se distingue de la richesse (stock
d'actifs) et du revenu (flux entrant périodique).
1.2 Les trois fonctions fondamentales de la monnaie
L'économiste W. Stanley Jevons (1875) a formalisé les trois fonctions classiques de la
monnaie, reprise dans tous les manuels d'économie :
a) Intermédiaire des échanges (medium of exchange)
La monnaie permet d'éviter le troc, lequel nécessite une double coïncidence des besoins (je
dois trouver quelqu'un qui veut exactement ce que j'offre et qui offre exactement ce dont j'ai
besoin). En servant d'intermédiaire, la monnaie dissocie l'acte de vente de l'acte d'achat et
fluidifie les transactions.
Exemple dissertatoire
Dans une économie de troc, un boulanger souhaitant des chaussures devrait trouver un
cordonnier voulant du pain. La monnaie élimine ce problème : le boulanger vend son pain
contre de la monnaie, puis achète des chaussures. C'est pourquoi Adam Smith souligne dans
la Richesse des Nations (1776) que la division du travail et la monnaie sont indissociables du
développement économique.
b) Unité de compte (unit of account)
La monnaie sert d'étalon commun pour exprimer et comparer la valeur de tous les biens et
services. Sans unité de compte, dans une économie à N biens, il faudrait N(N-1)/2 prix relatifs.
Avec la monnaie, il suffit de N prix, ce qui réduit considérablement les coûts de transaction
informationnels.
Exemple dissertatoire
Dans une économie avec 1 000 biens différents, sans monnaie, il faudrait connaître 499 500
prix relatifs (1000 x 999 / 2). Avec la monnaie comme unité de compte, il suffit de 1 000 prix.
Cela illustre que la monnaie est un puissant réducteur de complexité informationnelle.
c) Réserve de valeur (store of value)
La monnaie permet de différer dans le temps l'utilisation du pouvoir d'achat. Elle conserve la
valeur entre deux transactions. Keynes (1936) insiste particulièrement sur cette fonction : c'est
parce que la monnaie est réserve de valeur que les agents peuvent préférer détenir de la
monnaie plutôt que des actifs réels (c'est la trappe à liquidité).
Limite à soulever en dissertation
L'inflation érode la fonction de réserve de valeur. En période d'hyperinflation (Allemagne 1923,
Zimbabwe 2008), la monnaie perd si vite sa valeur que les agents lui substituent des actifs
réels, des devises étrangères ou même des biens de troc. La monnaie n'est donc une bonne
réserve de valeur que si les prix sont stables.
1.3 Les débats théoriques sur la nature de la monnaie
a) La théorie quantitative de la monnaie (TQM)
Développée par Irving Fisher (1911) et reformulée par les monétaristes, notamment Milton
Friedman, la TQM est résumée par l'équation des échanges :
M×V=P×T
(ou M × V = P × Y en version revenu)
Où M est la masse monétaire, V la vitesse de circulation, P le niveau des prix, T le volume
des transactions. Si V et T sont stables, toute augmentation de M se répercute
proportionnellement sur P : l'inflation est un phénomène monétaire.
Citation clé pour dissertation
Friedman (1963) : « L'inflation est toujours et partout un phénomène monétaire. » Cette
affirmation condense la vision monétariste : c'est la croissance excessive de la masse
monétaire qui est responsable de la hausse des prix.
b) La vision keynésienne : la préférence pour la liquidité
Keynes, dans la Théorie Générale (1936), distingue trois motifs de détention de monnaie : le
motif de transaction (financer les achats courants), le motif de précaution (faire face à des
dépenses imprévues) et le motif de spéculation (attendre une opportunité d'investissement).
Ce dernier motif est central : les agents peuvent préférer garder de la monnaie s'ils anticipent
une hausse des taux d'intérêt (baisse du cours des obligations).
Exemple dissertatoire
Lors de la crise de 2008, les banques centrales ont massivement injecté des liquidités, mais
les banques ont préféré les garder (sous forme de réserves excédentaires) plutôt que de les
prêter. C'est un exemple de trappe à liquidité keynésienne : même à taux quasi nuls, la
préférence pour la liquidité est si forte que la politique monétaire perd de son efficacité.
c) La monnaie comme rapport social (approche institutionnaliste)
Des auteurs comme Michel Aglietta et André Orléan (La Violence de la monnaie, 1982)
insistent sur la dimension sociale et institutionnelle de la monnaie. La monnaie n'est pas un
simple voile sur les échanges réels : elle est constitutive du lien social et exprime un rapport
de confiance collectif. Sans confiance dans l'émetteur, la monnaie s'effondre.
B-2) La création monétaire et ses agents
2.1 Qu'est-ce que la création monétaire ?
Créer de la monnaie, c'est augmenter la masse monétaire en circulation. Contrairement à une
idée reçue, l'État ne crée pas la majorité de la monnaie en circulation. Aujourd'hui, dans les
économies modernes, la monnaie est essentiellement scripturale (environ 90% de la masse
monétaire) et est créée par les banques commerciales via le mécanisme du crédit.
Définition fondamentale
La création monétaire est l'acte par lequel de la monnaie nouvelle est mise en circulation. Elle
se traduit par une augmentation des dépôts bancaires et/ou des billets en circulation. Son
corollaire est la destruction monétaire, qui intervient lors du remboursement des crédits.
2.2 Les agents créateurs de monnaie
a) Les banques commerciales : le mécanisme « les crédits font les dépôts »
Lorsqu'une banque commerciale accorde un crédit de 10 000 €, elle ne prélève pas cet argent
sur les dépôts existants. Elle crédite simplement le compte de l'emprunteur de 10 000 €, créant
ainsi 10 000 € de monnaie nouvelle. Ce principe est résumé par l'adage : « les crédits font les
dépôts » (et non l'inverse).
Exemple dissertatoire
Imaginons qu'une banque A prête 1 000 € à un client X. Elle crédite le compte de X de 1 000
€. X achète une voiture au vendeur Y, qui dépose 1 000 € dans la banque B. La banque B
dispose de nouvelles réserves et peut à son tour prêter, par exemple 800 € (si le taux de
réserves obligatoires est de 20%). Ce processus en cascade s'appelle le multiplicateur de
crédit. Si le coefficient de réserves est r, la masse monétaire potentiellement créée est M =
Dépôt initial × (1/r).
Cependant, la création monétaire bancaire n'est pas illimitée. Elle est contrainte par : (1) la
demande de crédit solvable, (2) les exigences de fonds propres (ratio de capital, Bâle III), (3)
les réserves obligatoires imposées par la banque centrale, (4) la liquidité (les banques ont
besoin de monnaie centrale pour les règlements interbancaires).
b) La Banque Centrale : la monnaie centrale (base monétaire)
La Banque Centrale (BCE pour la zone euro, Fed pour les États-Unis) crée la monnaie
centrale ou base monétaire, composée des billets en circulation et des réserves des banques
commerciales à la banque centrale. La banque centrale crée cette monnaie centrale
principalement par trois opérations :
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–
–
Le refinancement des banques commerciales (opérations d'open market) : la BC
prête de la monnaie centrale aux banques en échange d'actifs financiers.
L'achat de devises étrangères : quand la BC achète des dollars contre des euros,
elle crée des euros (monnaie centrale).
Le financement direct de l'État (monétisation de la dette) : interdit dans la zone euro
(article 123 du Traité de Lisbonne), mais pratiqué historiquement dans certains pays.
Point de débat pour dissertation
La politique de Quantitative Easing (QE) menée par la BCE depuis 2015 (achat massif de titres
publics et privés) constitue-t-elle une monétisation déguisée de la dette publique ? C'est un
débat majeur entre économistes. Les partisans du QE soutiennent qu'il s'agit d'opérations de
marché, tandis que les critiques (notamment l'école allemande ordolibérale) y voient un
contournement de l'article 123 et un risque d'aléa moral.
c) Le Trésor public
Dans certains systèmes monétaires (notamment avant la déréglementation financière), le
Trésor public pouvait également créer de la monnaie. En France, avant les années 19701980, les avances de la Banque de France au Trésor constituaient une forme de création
monétaire directe. Aujourd'hui, dans la zone euro, cette pratique est interdite.
2.3 La théorie endogène de la monnaie
L'approche post-keynésienne (Nicolas Kaldor, Basil Moore, Hyman Minsky) soutient que la
monnaie est endogène : c'est la demande de crédit des entreprises et des ménages qui
détermine la création monétaire, et non l'offre de monnaie centrale. La banque centrale ne
contrôle pas la masse monétaire directement ; elle fixe le prix de la monnaie (le taux d'intérêt).
Opposition théorique clé
EXOGÈNE (monetaristes) : La banque centrale contrôle la masse monétaire (M) et l'économie
s'ajuste. L'offre de monnaie est déterminée de l'extérieur du système. ENDOGÈNE (postkeynésiens) : La masse monétaire s'adapte à la demande de crédit. La banque centrale ne
contrôle que le taux d'intérêt, pas la quantité de monnaie. Cette opposition est fondamentale
pour comprendre l'efficacité de la politique monétaire.
B-3) La masse monétaire : structure et contreparties
3.1 Les agrégats monétaires (M1, M2, M3)
La masse monétaire est mesurée par des agrégats monétaires définis par la BCE, classés
selon leur liquidité décroissante :
Agrégat
Composition
Degré de liquidité
M1
Billets + pièces + dépôts à vue (DAV)
Maximum — Monnaie au sens
strict, utilisable immédiatement
M2
M1 + dépôts à terme ≤ 2 ans + dépôts
remboursables ≤ 3 mois (livrets d'épargne)
Élevé — Convertibles rapidement
en moyens de paiement
M3
M2 + pensions + titres d'OPCVM
monétaires + titres de créance ≤ 2 ans
Plus faible — Actifs quasimonétaires, substituts proches
La BCE cible M3 comme indicateur de référence pour la politique monétaire, avec un objectif
de croissance de 4,5% par an (règle des deux piliers). En zone euro, M3 représente environ
13 000 milliards d'euros en 2023.
3.2 Les contreparties de la masse monétaire
À la masse monétaire (au passif des banques) correspondent des contreparties (à l'actif des
banques) qui expliquent l'origine de la monnaie créée. On distingue trois contreparties
principales :
a) Les créances sur l'économie (crédit)
C'est la contrepartie principale en zone euro (environ 60-70% de M3). Il s'agit des crédits
accordés aux ménages et aux entreprises. Une hausse des crédits se traduit mécaniquement
par une hausse de M3. C'est l'illustration directe du mécanisme « les crédits font les dépôts
».
b) Les créances sur l'État (financement du déficit public)
Lorsque l'État emprunte auprès des banques commerciales (en leur vendant des obligations
d'État), ces dernières créent de la monnaie. En zone euro, la BCE ne peut pas directement
financer les États, mais les banques commerciales le peuvent. Les rachats d'obligations
souveraines par la BCE dans le cadre du QE reconstituent les bilans bancaires et favorisent
indirectement ce canal.
c) Les créances nettes sur l'extérieur
Quand une entreprise française exporte et reçoit des dollars, sa banque convertit ces dollars
en euros et crédite son compte. Cela augmente la masse monétaire en euros. Inversement,
les importations détruisent de la monnaie nationale. La balance commerciale a donc un impact
direct sur la masse monétaire.
Exemple dissertatoire
L'excédent commercial massif de la Chine dans les années 2000-2010 a conduit à une forte
accumulation de devises étrangères (principalement des dollars), que la Banque populaire de
Chine a en partie stérilisée (annulée) pour éviter une inflation excessive. Ce mécanisme illustre
le lien entre balance des paiements et masse monétaire.
B-4) Le contrôle de l'émission monétaire
4.1 Les instruments de contrôle de la banque centrale
a) Le taux directeur (taux de refinancement)
C'est le principal instrument de politique monétaire. Il s'agit du taux auquel les banques
commerciales peuvent emprunter de la monnaie centrale auprès de la banque centrale. En
relevant ce taux, la BC renchérit le crédit, freine la création monétaire et réduit l'activité
économique (politique restrictive). En le baissant, elle stimule le crédit et l'économie (politique
accommodante).
Exemple concret
Entre juillet 2022 et septembre 2023, la BCE a relevé ses taux directeurs de 0% à 4,5% en 10
hausses consécutives pour lutter contre l'inflation qui avait atteint 10,6% en zone euro en
octobre 2022 (guerre en Ukraine, choc énergétique, goulots d'étranglement post-Covid). Cette
politique a effectivement ralenti l'inflation, qui est revenue sous 3% fin 2023, mais au prix d'un
ralentissement de la croissance.
b) Les réserves obligatoires
La BC peut imposer aux banques de détenir un pourcentage de leurs dépôts sous forme de
réserves auprès d'elle. En augmentant ce ratio, la BC réduit la capacité de création monétaire
des banques (le multiplicateur de crédit diminue). En zone euro, le taux de réserves
obligatoires est de 1% depuis 2012 (réduit de 2% à 1% pour favoriser le crédit bancaire).
c) Les opérations d'open market
Ce sont les opérations d'achat et de vente de titres (essentiellement des bons du Trésor) sur
le marché financier. En achetant des titres, la BC injecte de la monnaie centrale
(expansionniste). En vendant, elle l'absorbe (restrictif). C'est le mécanisme de transmission
privilégié de la politique monétaire dans les économies modernes.
d) La réglementation prudentielle et les accords de Bâle
Indirectement, la réglementation bancaire contrôle la création monétaire. Les accords de Bâle
III (2010, mis en oeuvre progressivement jusqu'en 2019) imposent aux banques : un ratio de
fonds propres (CET1) d'au moins 4,5% des actifs pondérés par le risque, un ratio de liquidité
à court terme (LCR), et un ratio de financement stable (NSFR). Ces exigences limitent la
capacité des banques à accorder des crédits et donc à créer de la monnaie.
4.2 Les limites du contrôle monétaire
Le contrôle de la masse monétaire se heurte à plusieurs difficultés théoriques et pratiques :
–
–
–
–
L'instabilité de la demande de monnaie : la vitesse de circulation V n'est pas stable,
contrairement à ce que suppose la TQM. Les innovations financières (cartes de
crédit, monnaie électronique) modifient le comportement monétaire des agents.
La désintermédiation : le développement des marchés financiers permet aux
entreprises de se financer directement (obligations, actions) sans passer par les
banques, réduisant l'efficacité des canaux traditionnels de transmission monétaire.
La globalisation financière : les flux de capitaux internationaux peuvent contrecarrer
les politiques nationales. Un pays qui monte ses taux attire des capitaux étrangers
(appréciation du change), ce qui peut perturber l'économie réelle.
La trappe à liquidité : à taux quasi nuls (ZLB, Zero Lower Bound), la politique
monétaire conventionnelle perd de son efficacité. C'est pourquoi les banques
centrales ont recouru à des politiques non conventionnelles (QE, forward guidance).
Débat théorique central
Les monétaristes (Friedman) défendent des règles fixes de croissance monétaire (k% par an),
au nom de la prévisibilité et de la lutte contre l'arbitraire. Les keynésiens prônent une gestion
discrétionnaire, permettant à la BC de s'adapter aux chocs conjoncturels. Ce débat
règles/discrétion est fondamental en économie de la politique économique.
B-5) Marché monétaire et marché financier
5.1 Le marché monétaire
Le marché monétaire est le marché sur lequel s'échangent des actifs financiers à court terme
(moins d'un an). C'est le marché du financement à court terme des banques et des États. Il
se subdivise en deux compartiments :
a) Le marché interbancaire
Réservé aux institutions financières (banques, BCE), il permet aux banques d'échanger leurs
excédents et déficits de trésorerie. Les taux pratiqués (EONIA, remplacé par l'€STR depuis
2019, et EURIBOR) constituent des références pour l'ensemble du système financier. C'est
sur ce marché que la banque centrale intervient pour piloter les taux à court terme.
Exemple : la crise de liquidité de 2008
Lors de la faillite de Lehman Brothers (15 septembre 2008), la défiance interbancaire s'est
généralisée : les banques refusaient de se prêter mutuellement, craignant la faillite de leur
contrepartie. L'EURIBOR 3 mois a explosé. La BCE a dû intervenir massivement pour fournir
des liquidités illimitées (full allotment) et éviter l'effondrement du système bancaire. Cet épisode
illustre le risque systémique lié à la concentration du marché interbancaire.
b) Le marché des titres de créance négociables (TCN)
Ce compartiment est ouvert à un plus grand nombre d'acteurs (entreprises, États,
collectivités). On y négocie : les certificats de dépôt (émis par les banques), les billets de
trésorerie (émis par les entreprises), les bons du Trésor (émis par l'État). Ces instruments
permettent un financement court terme en dehors du canal bancaire traditionnel.
5.2 Le marché financier (de capitaux à long terme)
Le marché financier, ou marché des capitaux à long terme, assure le financement à moyen et
long terme des agents économiques. Il comprend :
a) Le marché primaire et le marché secondaire
Le marché primaire est celui des émissions nouvelles de titres (actions, obligations). C'est là
que les entreprises et les États lèvent de nouveaux capitaux. Le marché secondaire (la
Bourse) est celui où s'échangent des titres déjà émis. Il assure la liquidité des investissements,
condition nécessaire à leur attractivité.
b) Le marché des actions
Les actions représentent des droits de propriété sur une entreprise. Leur cours reflète
(théoriquement) la valeur actualisée des dividendes futurs anticipés. L'hypothèse des
marchés efficients (Fama, 1970) postule que les prix intègrent instantanément toute
l'information disponible, rendant impossible la surperformance systématique.
Contre-argument (important pour dissertation)
La finance comportementale (Shiller, Thaler) remet en cause l'efficience des marchés
financiers. Les bulles spéculatives (bulle internet 2000, bulle immobilière 2007-2008) montrent
que les prix peuvent durablement dévier des fondamentaux économiques. Robert Shiller a reçu
le prix Nobel d'économie en 2013 pour ces travaux.
c) Le marché obligataire
Les obligations sont des titres de dette à long terme émis par les États (OAT pour la France,
Bund pour l'Allemagne) et les entreprises. Le taux d'intérêt des obligations (ou rendement) est
un indicateur clé de la crédibilité de l'émetteur. Un spread (écart) élevé entre le taux d'un État
et le taux allemand (Bund) signale une défiance des marchés.
Exemple : crise des dettes souveraines 2010-2012
Lors de la crise de la zone euro, les spreads des obligations grecques par rapport au Bund ont
atteint 3 500 points de base (35%), rendant le refinancement de la Grèce insoutenable. Le
discours de Mario Draghi du 26 juillet 2012 (« Whatever it takes ») et la création du programme
OMT (Outright Monetary Transactions) ont suffi à calmer les marchés sans que la BCE ait
besoin d'intervenir massivement. Cet épisode illustre l'importance du signal monétaire.
5.3 La relation entre marché monétaire et marché financier
Ces deux marchés sont étroitement liés. Une baisse des taux directeurs sur le marché
monétaire : (1) réduit le rendement des placements monétaires (bons du Trésor), (2) incite les
investisseurs à se reporter vers les actions (effect d'éviction inversé), (3) réduit les taux
obligataires à long terme (transmission par la courbe des taux), (4) favorise l'emprunt des
entreprises et des ménages. Ce mécanisme de transmission s'appelle le canal des taux
d'intérêt.
B-6) Politique monétaire et politique financière : objectifs
et moyens
6.1 Les objectifs de la politique monétaire
a) La stabilité des prix (objectif principal de la BCE)
Le mandat de la BCE, défini par le Traité de Maastricht (1992), est exclusivement la stabilité
des prix, définie comme une inflation inférieure à, mais proche de 2% sur le moyen terme.
Contrairement à la Federal Reserve américaine (double mandat : stabilité des prix + plein
emploi), la BCE n'a pas d'objectif de croissance ou d'emploi.
Débat majeur
Ce mandat restrictif est-il adapté à une union monétaire hétérogène ? Des économistes comme
Paul De Grauwe ou Joseph Stiglitz critiquent la vision « une taille unique » de la politique
monétaire de la BCE, inadaptée aux divergences structurelles entre États membres (inflation
très différente entre pays du nord et du sud). La révision stratégique de la BCE en 2021 a
légèrement assoupli l'objectif d'inflation (symétrie autour de 2%).
b) La stabilité financière
Depuis la crise de 2008, la stabilité financière est devenue un objectif officieux (puis de plus
en plus explicite) des banques centrales. La politique macroprudentielle vise à prévenir les
risques systémiques, c'est-à-dire les risques de contagion et d'effondrement du système
financier dans son ensemble. En Europe, le Comité européen du risque systémique (CERS)
coordonne cette surveillance.
c) Le soutien à la croissance et à l'emploi
Si la stabilité des prix est assurée, la BCE peut soutenir les politiques économiques générales
de l'Union. En pratique, depuis 2009, la BCE a massivement soutenu l'activité via des taux
proches de zéro et le QE. La BCE a également introduit des objectifs environnementaux dans
sa politique (greening of the ECB, 2021).
6.2 Les instruments de politique monétaire
a) Instruments conventionnels
Les instruments conventionnels incluent la fixation des taux directeurs (taux de refinancement,
taux de facilité de dépôt, taux de facilité de prêt marginal) et les réserves obligatoires, déjà
détaillés dans la section B-4.
b) Instruments non conventionnels (depuis 2008)
Face à la contrainte de la borne inférieure zéro (ZLB) sur les taux, les banques centrales ont
développé de nouveaux instruments :
–
Quantitative Easing (QE) : achat massif d'actifs financiers (obligations souveraines et
privées) pour injecter de la monnaie centrale et faire baisser les taux longs. La BCE
a acheté plus de 4 000 milliards d'euros d'actifs dans le cadre du PSPP et du PEPP.
–
–
–
Forward guidance : communication sur la trajectoire future des taux pour influencer
les anticipations des agents. La BCE a utilisé cet outil pour ancrer les taux longs à la
baisse (« les taux resteront bas aussi longtemps que nécessaire »).
TLTRO (Targeted Long-Term Refinancing Operations) : prêts à long terme ciblés aux
banques, à condition qu'elles prêtent à l'économie réelle. Ces opérations visent à
renforcer le canal du crédit.
Taux négatifs : entre 2014 et 2022, la BCE a appliqué un taux négatif sur ses facilités
de dépôt (-0,5% en 2019) pour inciter les banques à prêter plutôt qu'à garder leurs
liquidités à la BCE.
Limite à mentionner
L'efficacité du QE est débattue. Des études montrent que le QE a bien réduit les taux longs et
stabilisé les marchés financiers en période de crise. Mais ses effets sur l'économie réelle
(crédit, inflation, croissance) sont plus modestes qu'espéré, notamment parce que les banques
n'ont pas toujours transmis les conditions accommodantes à leurs clients. On parle d'une
trappe à liquidité à l'échelle macroéconomique.
6.3 La politique financière : réglementation et supervision
La politique financière désigne l'ensemble des mesures visant à organiser, réguler et
superviser le système financier pour en assurer le bon fonctionnement et prévenir les crises.
a) La régulation microprudentielle
Elle porte sur la solidité individuelle des établissements financiers. L'Autorité de Contrôle
Prudentiel et de Résolution (ACPR) en France, sous l'égide de la BCE dans le cadre du
Mécanisme de Supervision Unique (MSU/SSM), vérifie que les banques respectent les ratios
de solvabilité (Bâle III), de liquidité et de levier.
b) La régulation macroprudentielle
Elle vise à prévenir les risques systémiques. Les outils macroprudentiels incluent : le coussin
contracyclique de capital (CCyB, augmente les exigences de fonds propres en période
d'expansion du crédit), le ratio LTV (Loan to Value) pour le crédit immobilier, et la désignation
d'établissements systémiques (SIFI, trop grands pour faire faillite) soumis à des exigences
renforcées.
Exemple : réforme post-2008
La crise financière de 2008 a révélé les failles de la régulation financière : pro-cyclicité des
normes comptables et prudentielles, opacité des produits dérivés (CDS, CDO), souscapitalisation des banques. Les réformes post-crise (Dodd-Frank Act aux USA, Bâle III, Union
bancaire européenne) ont cherché à corriger ces défauts. Le Mécanisme de Résolution Unique
(MRU) et le Fonds de Résolution Unique (FRU) permettent désormais de résoudre les faillites
bancaires sans recours aux fonds publics (bail-in).
6.4 Les tensions entre politique monétaire et politique financière
Il existe des tensions et des complémentarités entre ces deux politiques. La politique
monétaire accommodante (taux bas, QE) favorise la stabilité macroéconomique mais peut
créer des risques financiers : bulles d'actifs, prise de risque excessive (search for yield),
hausse de l'endettement. La politique macroprudentielle vise à corriger ces effets
secondaires.
On parle du « paradoxe de la tranquillité » de Minsky (1986) : les périodes de stabilité
financière engendrent une prise de risque croissante qui prépare la crise suivante. Les agents
deviennent d'abord hedgés (revenus couvrent les charges), puis spéculatifs (les revenus
couvrent seulement les intérêts), puis Ponzi (ils empruntent pour payer les intérêts). Le
système devient alors fragile.
Concept clé pour dissertation : Hypothèse d'instabilité financière (Minsky)
Hyman Minsky (1919-1996) a montré que l'instabilité financière est endogène au capitalisme :
elle naît dans les périodes d'expansion et de confiance. Cela explique pourquoi les crises
financières ne peuvent pas être uniquement prévenues par la politique monétaire — elles
nécessitent une régulation financière active et une surveillance des comportements procycliques.
Synthèse : Repères pour la dissertation
Grandes questions de dissertation possibles
–
–
–
–
–
–
La création monétaire est-elle inflationniste ?
La politique monétaire est-elle efficace face aux crises économiques ?
L'indépendance des banques centrales est-elle souhaitable ?
La monnaie est-elle neutre ?
Les marchés financiers favorisent-ils ou entravent-ils la croissance économique ?
La politique monétaire non conventionnelle (QE) peut-elle répondre à la stagnation
séculaire ?
Principaux auteurs et références à citer
Auteur
Oeuvre principale
Idée clé
Adam Smith (1776)
Richesse des Nations
Monnaie, division du travail, échanges
Irving Fisher (1911)
The Purchasing Power of
Money
Équation des échanges MV=PT
J.M. Keynes (1936)
Théorie Générale
Préférence pour la liquidité, trappe à
liquidité
Milton Friedman
(1963)
A Monetary History of the US
L'inflation est un phénomène monétaire
H. Minsky (1986)
Stabilizing an Unstable
Economy
Instabilité financière endogène
Robert Shiller (2000)
Irrational Exuberance
Bulles spéculatives, inefficience des
marchés
Aglietta & Orléan
(1982)
La Violence de la monnaie
Monnaie comme rapport social
Eugene Fama (1970)
Efficient Capital Markets
Hypothèse d'efficience des marchés
Schéma de mémorisation : la chaîne monétaire
Pour toute dissertation sur la monnaie, voici la chaîne causale à maîtriser :
Banque Centrale fixe le taux directeur → Banques commerciales ajustent leur coût de
refinancement → Taux d'intérêt sur les crédits varient → Demande de crédit des ménages et
entreprises → Création (ou destruction) monétaire → Masse monétaire (M1/M2/M3) → Demande
globale → Prix (inflation/déflation) et Croissance (PIB, emploi)
— Fin du cours —
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