Maxence BILLARD la notion d’Éthique L’éthique en tant que nom féminin est l’ensemble des principes moraux qui sont à la base de la conduite de quelqu'un. Ce mot est issu du grec ethikos qui signifie la morale mais également de ethos qui signifie les mœurs. Cependant il faut différencier morale et éthique car la morale est, selon la définition du Larousse un « ensemble de règles de conduite considérées comme bonnes de façon absolue ou découlant d'une certaine conception de la vie » tandis que l'éthique est une réflexion argumentée sur les valeurs morales. À l’origine l'éthique est la science de la morale et des mœurs. C'est une discipline philosophique qui réfléchit sur les finalités, sur les valeurs de l'existence, sur les conditions d'une vie heureuse, sur la notion de « bien » ou sur des questions de mœurs ou de morale. L'éthique peut également être définie comme une réflexion sur les comportements à adopter pour rendre le monde humainement habitable. En cela, l'éthique est une recherche d'idéal de société et de conduite de l'existence. Étymologiquement le mot "éthique" est un synonyme d'origine grecque de "morale". Il a cependant, de nos jours, une connotation moins péjorative que « morale » car plus théorique ou philosophique. En effet, la morale est un ensemble de règles ou de lois ayant un caractère universel, irréductible, voire éternel, tandis que l'éthique s'attache aux valeurs et se détermine de manière relative dans le temps et dans l'espace, en fonction de la communauté humaine à laquelle elle s'intéresse. L’éthique fait référence à des valeurs que se soit l’intégrité, l’impartialité, le respect, la compétence et la loyauté. On peut alors parler de réflexion éthique dont le but est de déterminer non pas les valeurs les plus motivantes, sur le plan subjectif, mais celles qui peuvent justifier rationnellement notre action, celles qui constituent de bonnes raisons d’agir dans un sens ou dans l’autre. Ainsi la réflexion éthique permet de déterminer les valeurs qui constituent des raisons d’agir acceptables par l’ensemble de la société, par les personnes qui partagent l’idéal de pratique et, au niveau particulier, par les personnes et les groupes touchés par une décision. Dans la Grèce antique , l’éthique est indissociable de la philosophie et de la vie civique. Socrate est considéré comme l’un des fondateurs de la réflexion éthique. Il invite les citoyens à examiner leurs actes et leurs valeurs. Pour lui, nul ne fait le mal volontairement : l’ignorance est la source des comportements injustes. La connaissance du bien conduit donc à l’action juste. Platon prolonge cette réflexion en affirmant que le Bien constitue le principe suprême qui doit guider à la fois l’individu et la cité. Dans La République, il associe l’éthique à la justice qu’il définit comme l’harmonie entre les différentes parties de l’âme et de la société. L’éthique a ainsi une dimension à la fois individuelle et politique. Aristote, dans L’Éthique à Nicomaque, propose une approche plus concrète. Il développe une éthique des vertus fondée sur l’expérience et l’éducation. Le but de l’existence humaine est le bonheur (eudaimonia), atteint par la pratique de la vertu et la recherche du juste milieu entre l’excès et le défaut. L’éthique aristotélicienne insiste sur l’importance des habitudes et du contexte dans la formation morale. Puis au Moyen Âge, la réflexion éthique s’inscrit majoritairement dans un cadre religieux. Saint Augustin met l’accent sur l’intention morale et la relation de l’homme à Dieu. Thomas d’Aquin cherche à concilier la philosophie antique, notamment aristotélicienne, avec la théologie chrétienne. Il développe la notion de loi naturelle, selon laquelle certaines règles morales universelles peuvent être connues par la raison humaine. L’éthique repose alors sur un ordre moral considéré comme voulu par Dieu. Mais à partir du XVIIᵉ siècle, la réflexion éthique se détache progressivement du cadre religieux. Notamment à travers Descartes qui évoque une « morale provisoire », destinée à guider l’action en attendant des certitudes philosophiques. De la même manière Spinoza, dans son œuvre Éthique, fonde la morale sur la connaissance rationnelle des passions et la recherche de la liberté par la raison. Au XVIIIᵉ siècle, Emmanuel Kant opère un tournant décisif. Il fonde l’éthique sur l’autonomie de la raison et le devoir moral. Selon lui, une action est morale non par ses conséquences, mais par l’intention qui la guide. L’impératif catégorique affirme l’universalité de la loi morale et la dignité de la personne humaine. Aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, de nouvelles approches apparaissent. L’utilitarisme, développé par Jeremy Bentham et John Stuart Mill, évalue la moralité des actes à partir de leurs conséquences, en cherchant à maximiser le bonheur du plus grand nombre. Face aux bouleversements du XXᵉ siècle, la question de la responsabilité devient centrale. Max Weber distingue l’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité. Hans Jonas, quant à lui, insiste sur la responsabilité envers les générations futures, notamment dans le contexte des risques technologiques et environnementaux. Aujourd’hui, l’éthique se caractérise par le pluralisme des valeurs et la nécessité du dialogue, dans des sociétés démocratiques marquées par la diversité des convictions.Le philosophe Paul Ricœur propose une définition devenue centrale de l’éthique comme « la visée de la vie bonne, avec et pour les autres, dans des institutions justes ». Cette formule met en évidence trois dimensions indissociables de l’éthique. D’abord, une dimension personnelle, orientée vers la recherche d’une vie accomplie. Ensuite, une dimension relationnelle, fondée sur la reconnaissance d’autrui et la réciprocité. Enfin, une dimension institutionnelle, qui rappelle que l’éthique ne peut se limiter à des intentions individuelles, mais doit s’inscrire dans des cadres collectifs garantissant la justice et l’égalité. Cette approche est alors pertinente en EMC, car elle permet de relier valeurs individuelles, vivre-ensemble et fonctionnement des institutions démocratiques. Hannah Arendt a profondément renouvelé la réflexion éthique à partir de son analyse des régimes totalitaires et du procès d’Adolf Eichmann. Elle développe la notion de « banalité du mal » pour montrer que des crimes majeurs peuvent être commis non par des individus animés d’une volonté malveillante, mais par des personnes ordinaires qui renoncent à penser et à juger par ellesmêmes. L’éthique, chez Arendt, repose donc sur la responsabilité individuelle et la capacité à exercer un jugement critique, même dans des contextes contraignants. Cette réflexion invite à interroger l’obéissance, la désobéissance et la responsabilité morale, notamment dans l’étude de l’histoire contemporaine. Emmanuel Levinas place quant à lui la relation à autrui au fondement de l’éthique. Selon lui, la responsabilité envers l’Autre précède toute règle morale ou tout raisonnement abstrait. Le visage d’autrui impose une exigence éthique première : répondre de l’autre et pour l’autre. Cette pensée souligne la dimension profondément relationnelle et asymétrique de l’éthique, fondée sur le respect de la dignité humaine. Elle trouve un écho particulier dans les thématiques de l’EMC liées au respect, à la solidarité et à la lutte contre les discriminations. Du point de vue sociologique, Émile Durkheim considère la morale comme un fait social. Les règles morales sont produites par la société et s’imposent aux individus afin d’assurer la cohésion sociale. L’éthique ne peut donc être comprise indépendamment du cadre collectif dans lequel elle s’inscrit. Cette approche permet de montrer que les normes et les valeurs évoluent avec les sociétés et les contextes historiques.Pierre Bourdieu quant à lui, approfondit cette analyse en soulignant que les jugements moraux sont liés aux structures sociales et aux rapports de domination. Les normes éthiques ne sont pas neutres : elles reflètent souvent les intérêts des groupes dominants et peuvent contribuer à la reproduction des inégalités sociales. Cette perspective critique invite à interroger l’universalité apparente de certaines normes et à développer une réflexion éthique attentive aux inégalités et aux mécanismes de domination. La réflexion éthique s’est élargie à de nouveaux domaines en lien avec les transformations contemporaines donnant alors lieu à de nombreux débats. La bioéthique interroge les limites du progrès médical et scientifique, notamment dans les domaines de la génétique, de la procréation médicalement assistée ou de la fin de vie. Elle pose la question du respect de la dignité humaine face aux avancées technologiques. L’éthique du numérique s’intéresse aux enjeux liés à l’usage des technologies numériques : protection des données personnelles, rôle des algorithmes, intelligence artificielle, surveillance. Elle soulève des questions fondamentales de liberté, de responsabilité et de justice. Enfin, l’éthique environnementale met en avant la responsabilité de l’humanité envers la nature et les générations futures. Elle questionne les modèles de développement et invite à repenser les rapports entre l’homme, la technique et l’environnement. Ces champs montrent que l’éthique est une réflexion vivante, en constante évolution, au cœur des enjeux du monde contemporain. L’éthique occupe une place centrale dans l’Enseignement Moral et Civique (EMC), qui vise à former des citoyens libres, responsables et capables de jugement critique. On retrouve la notion d’éthique au sein de l’annexe du Programme d’enseignement moral et civique de l’école et du collège (cycles 2, 3 et 4) issue bulletin officiel de l’éducation nationale. Dans un premier temps à travers le fait d’« Exercer son jugement, construire l’esprit critique » et plus précisément de « Développer le discernement éthique » puis dans « La morale et l’éthique » dans le fait de « Savoir identifier une éthique personnelle et une déontologie professionnelle ». Cette notion d’éthique se retrouve alors développer autour de grandes thématiques comme la liberté et la responsabilité, c’est à dire comprendre ses droits et ses devoirs ou encore par le respect d’autrui :en acceptant les différences et en favorisant la solidarité. D’autres thématiques permettent également d’aborder la notion d’éthique par exemple avec l’égalité et la justice en faisant comprendre les inégalités et en promouvant l’équité. La laïcité et donc garantir le respect des convictions tout en maintenant le vivre-ensemble et aussi l’engagement citoyen en encourageant la participation et la responsabilité civique. L’éthique occupe une grande place dans les programmes d’Histoire et de Géographie, notamment en éclairant l’étude des grandes étapes historiques avec par exemple les Droits de l’Homme et la citoyenneté et donc les fondements des sociétés démocratiques qui s’accompagne des révolutions et de la construction des valeurs républicaines à travers l’analyse des principes d’égalité et de liberté. Elle intervient également lorsque les 3èmes étudient le totalitarisme et les responsabilités individuelles à travers l’étude des procès de Nuremberg et enfin à travers la colonisation, l’esclavage et les la mémoire à travers l’étude des injustices passées et du devoir de mémoire notamment en classe d’HGGSP pour le génocide des Tutsis au Rwanda. En géographie, l’éthique s’invite dans l’analyse des inégalités et des enjeux environnementaux autour des notions d’inégalités de développement, de justice spatiale avec la question des bidonvilles en 6ème, de l’impact des choix humains sur la planète avec le chapitre de 5ème l’eau et l’énergie des ressources à ménager ou encore autour de l’aménagement des territoires et donc des décisions qui affectent les populations et l’environnement.