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Coût salarial moyen au Luxembourg : Analyse comparative

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Coût salarial moyen :
Lu
Be
De
Fr
Nl
Uk
EU-15
43 147 €
42 217 €
33 359 €
37 028 €
32 861 €
36 524 €
32 325 €
(Eurostat, 2002)
Le « coût salarial moyen » est le plus élevé au Luxembourg, et de 33 % supérieur à la moyenne
européenne. Ça signifie que les entreprises payent, en moyenne, plus les employés au Luxembourg
que partout ailleurs. C'est un coût salarial, donc patronal. Ca ne reflète pas ce que les gens ont en
poche après impôts, taxes, cotisations, … mais bien ce qu'ils coûtent à leurs employeurs.
En fait, ce coût salarial est à relativiser. En effet, il est tout-à-fait comparable avec ses voisins dans
le secteur des services aux personnes et du commerce (secteur dont nous dépendons)
Dans ces secteurs, le Luxembourg est très inférieur à ses voisins, et même nettement inférieur à la
moyenne européenne (EU-15), ce qui montre que, si les salaires au Luxembourg semblent élevés,
c'est surtout grâce à une fiscalité très faible : entre ce que coûte l'employé à son employeur et ce
qu'il a en poche, il y a une différence (taxes, cotisations, impôts, …) qui est relativement faible par
rapport ce qu'on constate dans les États voisins.
Là où on trouve des salaires très élevés, c'est dans le secteur bancaire/financier/assurances/gestion
de fortune/edge-funds :
Dans ce secteur, le coût salarial moyen est carrément le plus élevé au Luxembourg, ce qui montre
que les « banquiers » sont, en moyenne, très bien payés (mais ce sont les meilleurs de toute
l'Europe, qu'on fait venir de partout, qui parlent au moins quatre langues ou amènent un portefeuille
de clients impressionnant, …)
Cependant, dans ce secteur, les choses ont fortement changé depuis 10 ans : là où, en 2000, il y
avait encore au Luxembourg plus de 200 banques, il n'en reste plus, en 2012, que 141, soit une
diminution d'1/3 !
Il faut bien comprendre aussi que le secteur financier, en 2000, représentait 1/3 de l'emploi au
Luxembourg et la moitié du budget de l’État. Avec sa fonte continuelle provoquée par l'émergence
de nouvelles places financières en Asie (Honk-Kong, Singapour, …) dû à l'activité économique en
forte croissance dans ces pays, la fusion de réseaux bancaires en Europe du fait de l'uniformisation
monétaire et législative, la crise des « Subprimes » (2008), la crise bancaire (2009) puis la crise « de
la dette » (2010-2012) et la fin du secret bancaire annoncée en Europe, sa contribution au budget de
l’État se réduit fortement.
Jusqu'en 2000, le secteur financier luxembourgeois connaît une croissance provocante :
Mais depuis, c'est tout le contraire :
Le budget de l’Administration centrale est dans le rouge depuis 2002 à une exception près.
Le déficit structurel s’est amplifié au cours de la période 2009-2012, atteignant environ 1
milliard EUR par an en moyenne sur cette période et jusqu’à 1,6 milliard EUR en 2012, soit
l’équivalent d’environ 13% de la valeur totale des recettes du budget de l’État de cette
même année. Malencontreusement, les efforts de maîtrise des dépenses de l’Administration
centrale se sont avérés pour le moins insuffisants et, au 30 septembre 2012, les dépenses
totales ont encore progressé de 7,6%, les recettes n’augmentant que de 2,4%.
Un état des lieux inquiétant…
Les problèmes structurels qu’éprouve notre pays n’ont pas été provoqués par la crise, mais
simplement mis à nu et renforcés par celle-ci. Naguère, la croissance annuelle à deux
chiffres du secteur financier a généré un rendement fiscal enviable et en hausse permanente.
Aujourd’hui, la valeur ajoutée du secteur financier est baissière.
(Source : Chambre du Commerce)
En 2012, le résultat du secteur financier/bancaire luxembourgeois s'établit comme suit :
Bénéfice : 3,5 millions d'Euro. En 2000, il était de près de 1 milliard d'Euro ! Une chute 1000 à 3 en
dix ans ! Et la chute n'est pas finie :
La somme de bilan agrégée s’est élevée à EUR 735,1 milliards fin 2012, soit une baisse de 7,3%
par rapport à 2011 […] Tout au long de l’année 2012, les revenus opérationnels sont restés
orientés à la baisse et les frais généraux ont continué à augmenter. Il s’ensuit une perte de
profitabilité du secteur bancaire luxembourgeois.
(Source : Commission de Surveillance du Secteur Financier)
Du coup, le budget de l’État ne tiens plus (il a perdu en dix ans quasiment la moitié de ses revenus).
La dette du Luxembourg, traditionnellement nulle, et qui était apparue à cause de l'affaire Fortis
(faillite de la banque dont une partie appartenait au Luxembourg via l'ancienne Banque Générale du
Luxembourg – BGL), est aujourd'hui de 25 % du PIB, c'est-à-dire plus du tout nulle !
Le taux de chômage augmente aussi, du fait des circonstances économiques, mais aussi du fait de la
disparition de nombreux emplois dans le secteur bancaire/financier. En 2000, il était de ~3 % et il
atteint aujourd'hui 7 % !
En conséquence, le Luxembourg augmente les taxes et réduit les prestations (réduction des aides à
l'acquisition du logement, réduction des subsides pour l'installation de panneaux solaires, réduction
des allocations familiales, augmentation de la participation aux frais de gardiennage – maison relais
–, réduction des prestations de chômage, augmentation des accises sur les carburants, suppression
d'indexations salariales, cotisation sociale supplémentaire « de crise », réforme des pensions de
retraite, conditions plus drastiques pour la prise en charge des frais d'études supérieures,
augmentation de la taxe de circulation, augmentation de la taxe sur le gaz, l'électricité, l'eau,
application nouvelle de la TVA sur certains produits et services, comme les timbres, augmentation
annoncée de la TVA générale de 15 à 17 % le 1er janvier 2014, ...)
Pour donner une idée très concrète, j'envisageais l'installation de panneaux photovoltaïque sur le toit
afin de renforcer celui-ci, d'augmenter la valeur de la maison et de bénéficier des subsides prévus.
Mais la loi de 2008, qui prévoyait des subsides intéressants, a été remplacée par une nouvelle
législation en 2012, qui prévoit les tarifs suivants de rachat de l'électricité ainsi produit :
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2023
2024
40,74 €/kWh
39,52 €/kWh
38,33 €/kWh
37,18 €/kWh
36,06 €/kWh
24,02 €/kWh
21,65 €/kWh
19,27 €/kWh
16,90 €/kWh
14,52 €/kWh
12,14 €/kWh
9,77 €/kWh
7,39 €/kWh
5,02 €/kWh
2,64 €/kWh
0,26 €/kWh
(source : myenergy.lu)
On le voit, la loi prévoit simplement la suppression progressive des subsides, et avec ce genre
d'aide, une telle installation n'est pas rentable.
Comparons la situation du Luxembourg aux États voisins. Voici les pressions fiscales comparées
des Etats limitrophes et proches jusqu'en 2011 :
Table Tot_G: Total Taxes (including SSC) as % of GDP
Difference 1)
Ranking
1995
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
1995 to 2010 2000 to 2011
BE
43,8
45,1
45,1
45,2
44,7
44,8
44,8
44,4
43,9
44,2
43,4
43,8
44,1
0,3
-1,0
2011
3
DE
39,8
41,3
39,4
38,9
39,1
38,3
38,3
38,6
38,7
38,9
39,3
37,9
38,7
-1,1
-2,6
8
FR
42,7
44,2
43,8
43,3
43,1
43,3
43,8
44,1
43,4
43,2
42,1
42,5
43,9
1,2
-0,3
4
LU
37,1
39,2
39,8
39,3
38,1
37,3
37,6
35,9
35,6
37,5
39,2
37,5
37,2
0,1
-2,0
11
NL
40,2
39,9
38,3
37,7
37,4
37,5
37,6
39,0
38,7
39,2
38,2
38,8
38,4
-1,8
-1,6
9
UK
34,3
36,8
36,5
35,2
34,8
35,2
35,8
36,6
36,1
37,6
34,6
35,4
36,1
1,9
-0,6
13
(Source : Eurostat)
A noter que les États européens les plus taxateurs sont... la Belgique et la France (ils ne sont
surpassés que par la Suède et le Danemark). Par contre, le Luxembourg a baissé (en moyenne) sa
pression fiscale entre 2000 et 2011 (-2%) et n'est dépassé, en matière de « générosité fiscale », que
par des nouveaux entrants (anciens pays de l'Est à l'économie quasiment détruite) comme la
Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie, …) ou par des États ayant sombré (crise financière, bancaire ou
de dette souveraine) comme la Grèce, le Portugal ou encore l'Irlande.
Ces chiffres donnent, sous forme de graphique :
Si le Royaume-Uni fait « mieux », il faut savoir que les prestations offertes par l’État britannique ne
sont pas comparables. Un seul exemple : il y a de très nombreuses personnes qui meurent en
attendant d'être prises en charge par le système médical anglais, même lorsqu'il y a urgence (cancer,
…) car les délais d'attente sont souvent de plus d'un an !
Idem pour l'enseignement : le seul moyen de donner une éducation correcte à un enfant consiste à
l'inscrire dans des écoles privées, dont les prix sont très élevés.
Donc, au final, que remarque-t-on ?
1° La situation de « pays de cocagne » du Luxembourg, basée sur son secteur bancaire, c'est fini et
il faudra vivre avec. Les responsables politiques le savent mais il y a un risque que la population
luxembourgeoise, trop habituée à l'argent qui coule tout seul, ait difficile à « retomber » dans la
réalité. On pourrait alors connaître un Luxembourg surendetté, finissant comme la Grèce, en faillite,
avec toutes les conséquences sur notre patrimoine (qui s'y trouve), notre couverture sociale
(assurance-chômage et maladie), et notre retraite.
Mais il est vraisemblable que la culture germanique luxembourgeoise prenne le dessus et qu'ils
réagissent dans le bon sens et non comme des latins (Italiens, Grecs, Espagnols, Portugais,
Chypriotes et Français). Encore faut-il qu'ils ne s'en prennent pas aux « étrangers », toujours faciles
à stigmatiser et à utiliser comme bouc émissaire...
2° Le Luxembourg n'augmente globalement pas nettement sa fiscalité (suivant les statistiques
Eurostat) mais creuse sa dette publique (ce qui n'est pas une solution). Le coût salarial y est toujours
parmi les plus bas des alentours (hors secteur bancaire/financier) et le salaire-poche le plus élevé,
surtout grâce à une fiscalité parmi les plus modérée de l'Europe de l'Ouest (hors États
financièrement sinistrés).
Notamment, les charges sociales sont parmi les plus faibles de toute l'Union Européenne (si on
considère les États « civilisés ») :
Là encore, on voit que le Royaume-Uni a décidé de laisser mourir les gens qui ne peuvent payer
leurs soins de santé. Lorsqu'on sait également le niveau des prestations du chômage et des retraites
en UK, on ne s'étonne pas de ces chiffres.
Seuls des ex-pays de l'Est ou des nouveaux entrants (dont Chypre) présentent des charges sociales
inférieures. A noter que certains États (Danemark, Suède, …) présentent des chiffres atypiques car
ils n'ont pas le même système de sécurité sociale (tout est globalisé dans l'impôt général).
En pratique :
Voici quelques informations trouvées dans la presse :
Charges sociales moyennes
Angleterre
sur le salaire brut :
Charges patronales
10%
Charges salariales
12%
= environ
Total
22%
Impôt
sur les
Sociétés
(IS)
UK :
France
Allemagne
Belgique
Suisse
38%
22%
= environ
60%
19,5 %
20,5%
= environ
40%
25%
13%
= environ
38%
8%
6%
= environ 14
%
Fr :
24%
20%
(PME)
33.1/3% + Contribution
sociale sur l'IS: 3,3 à 5%
De :
Be :
Ch :
15,83%
33,99%
7,83%
Faisant le calcul du montant qui reste « en poche » lorsqu'on facture 1000 € en France, Allemagne,
Belgique et Luxembourg, on obtient ceci :
Luxembourg
Montant facturé
TVA prélevée
Montant perçu H.T.
Impôt sur les sociétés
Montant restant
Charges sociales
Montant restant
Impôt sur le revenu
Montant restant
Taux de taxation effectif :
Différentiel de revenu :
1 000,00 €
130,43 €
869,57 €
253,91 €
615,65 €
160,07 €
455,58 €
149,43 €
306,15 €
France
15,00 %
29,20 %
26,00 %
32,80 %
1 000,00 €
163,88 €
836,12 €
301,00 €
535,12 €
240,80 €
294,31 €
113,61 €
180,71 €
Allemagne
19,60 %
36,00 %
45,00 %
38,60 %
1 000,00 €
159,66 €
840,34 €
126,05 €
714,29 €
237,86 €
476,43 €
176,76 €
299,67 €
Belgique
19,00 %
15,00 %
33,30 %
37,10 %
1 000,00 €
173,55 €
826,45 €
280,99 €
545,45 €
194,18 €
351,27 €
150,34 €
21,00 %
34,00 %
235,60 %
42,80 %
200,93 €
69,38%
81,93%
70,03%
79,91%
0,00%
-69,42%
-2,16%
-52,37%
A noter que l'Allemagne semble imposer très modestement les revenus et les sociétés (chiffres
trouvés sur Internet et chez Eurostat) et que le taux moyen d'impôt sur le revenu au Luxembourg
(30 %) me semble très exagéré.
Moralité : si on vivait en France ou en Belgique, on aurait au final en poche la moitié voire le tiers
de ce qu'on a en vivant au Luxembourg...
Plus globalement, il est interpellant de se rendre compte que même au Luxembourg, lorsqu'on
« gagne » 1000 €, on en donne plus des deux tiers « à l’État ». Cela dit, une part de ces sommes
vont au fonctionnement des écoles, l'entretien des routes, la sécurité publique (services d'ordre),
l'assurance-chômage, maladie et la retraite, donc tout ça n'est pas payé en pure perte...
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