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7210 biopsycho chap1

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Chap01.fm Page 1 Vendredi, 8. juin 2007 6:06 06
Qu’est-ce que la biopsychologie ?
1.1
Qu’est-ce que la biopsychologie ?
1.5
1.2
Relation entre la biopsychologie et les autres
disciplines des neurosciences
Opérations convergentes : comment
les biopsychologues travaillent ensemble
1.6
Inférences scientifiques :
comment les biopsychologues étudient
le fonctionnement, non directement
observable, du cerveau ?
1.7
Critique des affirmations de la biopsychologie
1.3
Types de recherche caractérisant l’approche
biopsychologique
1.4
Subdivisions de la biopsychologie
CHAPITRE UN
La biopsychologie,
une discipline
neuroscientifique
ÉPREUVES
Chap01.fm Page 2 Vendredi, 8. juin 2007 6:06 06
2 Chapitre 1
La biopsychologie, une discipline neuroscientifique
L
’apparence du cerveau humain n’a rien d’impressionnant (voir figure 1.1). Il s’agit d’une masse de
tissu spongieux et plissé, pesant environ 1,3 kilo,
et dont la forme fait penser à une noix. Il ressemble plus
à ces déchets roulés par les vagues qu’on trouve sur les
plages qu’à une des merveilles du monde, ce qu’il est
pourtant. En dépit de cette apparence peu prestigieuse, le
cerveau humain est un réseau de neurones étonnamment
complexe (les neurones sont les cellules qui reçoivent et
transmettent les signaux électrochimiques). Voyez
la complexité des circuits neuronaux de votre
propre cerveau. On estime à 100 milliards le
nombre de neurones rassemblés de manière
complexe et à 1 000 milliards le nombre
de leurs connexions, le nombre de voies
possibles à travers ce magma étant
infini.
ÉPREUVES
lorsqu’il fut appelé en 1943. […] Il se souvenait des
noms des sous-marins sur lesquels il avait servi, de
leurs missions, des endroits où il avait stationné,
des noms de ses équipiers. […] Mais pour je ne sais
quelle raison, ses souvenirs s’arrêtaient là…
[…] Je fus frappé par le changement de temps
de conjugaison qu’il utilisait pour parler de ses
souvenirs d’école dans la Marine. Après avoir
employé le passé, maintenant il utilisait le présent.
[…] Soudain, je fus saisi d’un soupçon
invraisemblable.
« En quelle année sommes-nous,
M. G. ? lui demandai-je en dissimulant ma perplexité sous un air
désinvolte.
— Quarante-cinq, mec. Pourquoi ? (Puis il poursuivit :)
Accueil par John Pinel (Greetings
Nous avons gagné la guerre,
from the Author).
Roosevelt est mort et TruLa complexité du cerveau humain
man est aux commandes.
n’est pas si surprenante quand on
Nous avons du temps
considère tout ce qu’il peut faire. Un
devant nous.
organe qui est capable de fabriquer La
— Et vous, Jimmie, quel
âge avez-vous ?
Joconde, un membre artificiel ou un
— Pourquoi ? Je dois avoir
avion supersonique, qui a permis
dix-neuf ans, Doc. J’en
d’aller sur la Lune et dans les profonaurai vingt à mon prochain
deurs de la mer, qui permet de vivre
anniversaire. »
les miracles que sont un coucher de
En regardant l’homme aux
soleil sur les Alpes, un nouveau-né, ou
cheveux gris qui se tenait
encore un smash bien assené, un tel
devant moi, j’eus une pulsion
organe ne peut qu’être complexe. Paradoxaque je ne me suis jamais parlement, les neurosciences (l’étude scientifidonnée…
que du système nerveux) pourraient bien être le
« Là, lui dis-je en lui tendant
dernier défi du cerveau : sera-t-il capable de
une glace. Regardez dans la
glace et dites-moi ce que vous
comprendre sa propre complexité ?
voyez… »
Les neurosciences comportent plusieurs disciplines reliées entre elles. Le premier objec- FIGURE 1.1 Cerveau humain. Il pâlit aussitôt et s’agrippa à sa chaise.
« Bon Dieu, chuchota-t-il. Bon Dieu,
tif de ce chapitre est de vous présenter l’une
qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce qui
d’elles : la biopsychologie. Chacune des sept
m’arrive ? C’est un cauchemar ? Je suis
sections de ce chapitre caractérise la biopsychologie d’une
devenu fou ? C’est une plaisanterie ? » Il était
manière différente.
affolé, paniqué.
Avant d’entamer ce chapitre, je voudrais vous exposer deux
Je m’esquivai en emportant l’horrible miroir.
choses : (1) le cas de Jimmie G., qui va vous donner un avantDeux minutes plus tard, je revins dans la pièce.
goût de l’intéressant contenu de cet ouvrage, et (2) les principaux
« Hello, Doc ! dit-il. Belle matinée ! Vous voulez
thèmes qui y seront développés.
me parler ? Je prends cette chaise ? » Son visage
franc et ouvert n’exprimait aucun signe permettant de penser qu’il me reconnût.
« Est-ce que nous nous sommes déjà rencontrés,
M. G. ? lui demandai-je avec désinvolture.
— Non, je ne pense pas. Quelle belle barbe vous
avez là ! Je n’aurais pas pu vous oublier, Doc ! […]
[En 1975], Jimmie était un bel homme de quarante— Où pensez-vous que nous soyons, ici ?
neuf ans, en pleine santé, avec une masse de cheveux
— Je vois des lits et des malades partout. On
gris bouclés. Il était gai, amical et chaleureux.
dirait une sorte d’hôpital. Mais, diable, qu’est-ce
« Hello, Doc ! dit-il. Belle matinée ! Je prends
que je pourrais bien faire dans un hôpital, au
cette chaise ? » […] Il parla des maisons où avait
milieu de tous ces vieux, tous plus âgés que
vécu sa famille […], de l’époque de l’école, des
moi ?… Peut-être que je travaille ici… Si je ne traamis qu’il y avait et de son goût particulier pour les
vaille pas ici, c’est qu’on m’y a mis… Je suis un
mathématiques et les sciences. Il avait dix-sept ans,
patient, je suis malade sans le savoir, Doc ? C’est
il venait juste d’obtenir son diplôme de fin de lycée
fou, c’est épouvantable… »
Le cas de Jimmie G.,
l’homme gelé dans le temps
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ÉPREUVES
Les tests d’intelligence révélèrent chez lui
d’excellentes capacités. Il était très vif, observateur, logique, et il n’avait aucun mal à résoudre
des problèmes et des énigmes difficiles – à condition que cela prît peu de temps. Sinon, il oubliait
ce qu’il était en train de faire…
Pour en revenir à sa mémoire, je me trouvais en
présence d’une immense et extraordinaire perte
de mémoire des faits récents – de sorte que tout ce
qu’on lui disait ou montrait avait toutes les chances d’être oublié en quelques secondes. Ainsi, je
posai ma montre, ma chaîne et mes lunettes sur le
bureau, je les recouvrai et je lui demandai de s’en
souvenir. Après avoir discuté avec lui pendant une
minute, je lui demandai de me dire ce que j’avais
recouvert. Il ne se souvint de rien – pas même que
je lui avais demandé de se souvenir de quelque
chose. Je répétai le test en lui demandant, cette
fois, d’écrire les noms des trois objets. De nouveau,
il oublia tout et il fut étonné quand je lui montrai
le papier sur lequel il avait écrit…
« Qu’est-ce que c’est ? lui demandai-je en lui
montrant une photo dans le magazine que je
tenais.
— C’est la Lune, répliqua-t-il.
— Non, ce n’est pas la Lune, lui répondis-je. C’est
une photo de la Terre prise de la Lune.
— Doc, vous plaisantez ! Il faudrait que
quelqu’un ait apporté un appareil photo làhaut !… Comment est-ce que ce serait
possible ? »
Soumis à la pression constante de ces anomalies
et de ces contradictions, et de leurs implications
effrayantes, il fut gagné par la fatigue, l’angoisse
et même la colère… Moi-même, j’étais très ému –
il était terrible de penser à cette vie qui se dissolvait dans l’oubli.
Il était en quelque sorte bloqué à un moment de
son existence, un fossé d’oubli tout autour de
lui… C’était un homme sans passé (ni futur),
enlisé dans un moment constamment changeant,
sans signification.
(De L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau, par
Oliver Sacks. Reproduit avec l’autorisation du Groupe
Simon & Schuster Adult Publishing. Copyright © 1970, 1981,
1983, 1984, 1985 Oliver Sacks.)
Souvenez-vous de Jimmie G. ; vous le retrouverez au cours
de ce chapitre.
Les quatre principaux thèmes de cet ouvrage
Vous allez apprendre beaucoup de choses nouvelles dans cet
ouvrage : idées, concepts, structures cérébrales, etc. Mais le
plus important, c’est que, plus tard, bien après avoir oublié la
plupart de ces choses nouvelles, vous aurez gardé en vous une
nouvelle façon de penser. J’ai sélectionné quatre idées nouvelles d’une importance particulière, qui sont les quatre grands
thèmes de cet ouvrage.
La pensée biopsychologique Compte tenu de l’intérêt
scientifique (comme vous l’avez vu avec le cas de Jimmie G.)
1.1 Qu’est-ce que la biopsychologie ? 3
et de l’importance dans la vie courante des divers sujets
qu’aborde la biopsychologie, nous recevons constamment
(par la télévision, les journaux, Internet, les amis, les relations,
les enseignants, etc.) des informations et des avis relatifs à la
biopsychologie. L’un des principaux buts de ce livre est de
vous aider à passer du stade de consommateur passif de biopsychologie au stade de penseur efficace et critique,
quelqu’un qui ne prend rien pour argent comptant, mais qui
évalue et juge les choses de son propre point de vue et en fonction de son style de vie.
Les implications cliniques Les considérations cliniques
(relatives à la maladie ou au traitement) font partie de la biopsychologie. Les études sur le cerveau malade ou lésé apprennent beaucoup de choses aux biopsychologues sur le
fonctionnement normal du cerveau. Réciproquement, beaucoup de découvertes faites par les biopsychologues sont utiles
pour traiter les troubles du cerveau. Ce livre se focalise sur
l’interaction entre les dysfonctionnements cérébraux et la biopsychologie.
Les quatre thèmes (Themes of Biopsychology).
La perspective évolutionniste Bien que l’on ne puisse
pas déterminer avec certitude les mécanismes de l’évolution
de l’espèce humaine, l’hypothèse selon laquelle notre cerveau
et notre comportement ont évolué sous l’influence de l’environnement a souvent été à l’origine des grandes découvertes
de la biopsychologie. C’est ce qu’on appelle la perspective
évolutionniste. Un aspect important de cette perspective est
l’approche comparative (tenter de comprendre les phénomènes biologiques par leur comparaison dans diverses espèces).
Vous apprendrez dans cet ouvrage que nous, les êtres
humains, avons appris beaucoup de choses sur nous-mêmes
en étudiant des espèces qui nous sont liées dans l’évolution.
L’approche évolutionniste est l’un des fondements de la biopsychologie moderne.
Les neurosciences cognitives L’avancée dans un champ
disciplinaire quel qu’il soit est conditionnée pour une grande
part par les innovations technologiques. Le développement
d’un nouvel instrument de recherche est souvent suivi d’une
série de découvertes. Il n’en est pas de meilleur exemple que les
neurosciences cognitives, qui sont l’un des domaines relativement nouveaux de la biopsychologie, et qui ont été alimentées
par le développement des méthodes de création d’images de
l’activité du cerveau vivant. Grâce aux méthodes d’imagerie
cérébrale fonctionnelle, les neurosciences cognitives étudient
les régions cérébrales qui s’activent lorsque les sujets sont engagés dans des processus cognitifs (c’est-à-dire se rapportant à la
pensée), comme la mémoire, l’attention et la perception.
m
n1.1 Qu’est-ce que la biopsychologie ?
La biopsychologie est l’étude scientifique de la biologie du
comportement (voir Dewsbury, 1991). Les psychobiologistes,
les biologistes du comportement ou les neuroscientifiques du
comportement se réfèrent à ce courant de recherche. Je préfère
Chap01.fm Page 4 Vendredi, 8. juin 2007 6:06 06
4 Chapitre 1
La biopsychologie, une discipline neuroscientifique
néanmoins le terme de biopsychologie, parce qu’il traduit plus
l’étude de la psychologie par une approche biologique que
l’étude de la biologie par une approche psychologique : la
psychologie est au cœur de ce texte. La psychologie est l’étude
scientifique du comportement, c’est-à-dire l’étude scientifique de toutes les activités de l’organisme sur l’environnement
ainsi que des processus internes censés leur être sous-jacents
(comme l’apprentissage, la mémoire, la motivation, la perception et l’émotion).
L’étude de la biologie du comportement a une longue histoire, mais la biopsychologie, quant à elle, n’a pas été une
discipline majeure des neurosciences avant le XXe siècle. Bien
qu’il ne soit pas possible de dater précisément la naissance
de la biopsychologie, la publication de L’organisation du
comportement en 1949, par D. O. Hebb, a joué un rôle clé
dans son émergence (voir Brown & Milner, 2003 ; Milner,
1993 ; Milner & White, 1987). Dans son ouvrage, Hebb a
développé la première théorie visant à expliquer grâce à l’activité cérébrale des phénomènes psychologiques complexes,
comme la perception, les émotions, la pensée, la mémoire. La
théorie de Hebb a beaucoup œuvré contre le point de vue selon
lequel le fonctionnement psychologique serait trop complexe
pour être fondé sur la physiologie et la chimie du cerveau.
Hebb a fondé sa théorie sur des expériences impliquant à la
fois des hommes et des animaux de laboratoire, sur des études
de cas cliniques et sur des arguments logiques développés à la
lumière de ses propres observations de la vie de tous les jours.
Cette approche éclectique est devenue la marque de fabrique
de l’investigation biopsychologique.
Comparée à la physique, la chimie ou la biologie, la biopsychologie est un enfant, certes en pleine santé et à la croissance
rapide, mais un enfant quand même. Dans ce livre, vous récolterez les bénéfices de la jeunesse de la biopsychologie, et vous
vivrez en direct l’excitation des recherches actuelles.
entre la biopsychologie
m
n1.2 Relation
et les autres disciplines
des neurosciences
Les neurosciences sont un travail d’équipe, et les biopsychologues constituent une part importante de cette équipe (voir
Albright, Kandel & Posner, 2000 ; Kandel & Squire, 2000).
En discutant des relations entre la biopsychologie et les autres
disciplines des neurosciences, cette section va définir de
manière plus précise la biopsychologie.
Les biopsychologues sont des neuroscientifiques dont la
contribution concerne la connaissance du comportement et
des méthodes de recherche sur le comportement. C’est leur
orientation comportementale et leur expertise dans ce
domaine qui rend unique leur contribution aux neurosciences.
Vous apprécierez mieux l’importance de cette contribution si
vous comprenez que la finalité ultime du système nerveux est
de produire et de contrôler le comportement (voir Doupe &
Heisenberg, 2000 ; Grilner & Dickson, 2002).
La biopsychologie est une discipline intégrative. Les biopsychologues tirent leurs connaissances des autres disciplines neuroscientifiques, qu’ils appliquent à l’étude du comportement.
ÉPREUVES
Voici quelques-unes des disciplines particulièrement importantes pour la biopsychologie.
La neuroanatomie. L’étude des structures du système
nerveux (voir chapitre 3).
La neurochimie. L’étude du support chimique de l’activité neuronale (voir chapitre 4).
La neuroendocrinologie. L’étude des interactions entre
le système nerveux et le système endocrinien (voir
chapitres 13 et 17).
La neuropathologie. L’étude des troubles du système
nerveux (voir chapitre 10).
La neuropharmacologie. L’étude des effets des drogues
sur l’activité neuronale (voir chapitres 4, 15 et 18).
La neurophysiologie. L’étude des fonctions et activités
du système nerveux (voir chapitre 4).
de recherche caractérisant
m
n1.3 Types
l’approche biopsychologique
Si la biopsychologie n’est qu’une des nombreuses disciplines
des neurosciences, elle est elle-même vaste et variée. Les biopsychologues étudient beaucoup de phénomènes différents et
leurs démarches méthodologiques sont extrêmement diverses.
Afin de caractériser la recherche en biopsychologie, nous
allons traiter des trois aspects essentiels qui différencient les
approches : la recherche s’appuie sur des sujets humains ou non
humains ; elle peut prendre ou non la forme d’expériences ; elle
peut être fondamentale ou appliquée.
Sujets humains et non humains
Les sujets des recherches en biopsychologie peuvent être des
animaux humains (pour les sujets humains, on dit de plus en
plus des « participants ») ou des animaux non humains. Parmi
ces derniers, les plus courants sont les rats ; cependant, les
souris, les chats, les chiens et les primates non humains sont
également beaucoup étudiés.
Les humains présentent plusieurs avantages par rapport aux
autres animaux. Ils peuvent suivre des consignes, raconter leur
expérience subjective, et leurs cages sont plus faciles à nettoyer. Je plaisante quand je parle de cages, mais, par cette boutade, je veux attirer votre attention sur un des avantages des
humains sur les autres animaux : les humains sont tout simplement plus économiques. Étant donné que seules les normes les
plus exigentes sont acceptables en matière de soins des animaux utilisés en recherche, le coût de maintenance d’un
animal de laboratoire peut être prohibitif pour les chercheurs,
sauf pour ceux qui bénéficient de crédits importants.
Mais, bien évidemment, le principal avantage des humains
pour une recherche qui vise à comprendre la complexité du
fonctionnement du cerveau humain est que, justement, leur
cerveau est humain. En fait, vous devez vous demander pourquoi les biopsychologues s’ennuient à étudier des sujets non
humains. La réponse tient à la continuité de l’évolution du cerveau. Le cerveau des hommes et celui des autres mammifères
diffèrent essentiellement par la taille et l’étendue du cortex.
En d’autres termes, cette différence est plus quantitative que
qualitative. Par conséquent, de nombreux principes régissant
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ÉPREUVES
1.3 Types de recherche caractérisant l’approche biopsychologique 5
le fonctionnement du cerveau humain qui sont décrits dans la
littérature s’appuient sur des études sur les non-humains (voir
Nakahara et al., 2002).
Inversement, les animaux non humains présentent trois avantages sur les sujets humains. Le premier est que le cerveau et le
comportement des sujets non humains sont plus simples que
le cerveau et le comportement des sujets humains. À partir de
là, l’étude des sujets non humains est plus susceptible de révéler
des interactions fondamentales entre le cerveau et le comportement. Le deuxième avantage tient au fait que les idées naissent
souvent de l’approche comparative, c’est-à-dire de la comparaison des processus biopsychologiques dans différentes espèces. Par exemple, en comparant le comportement d’espèces
dépourvues de cortex cérébral au comportement d’espèces en
possédant un, on va pouvoir tirer des conclusions valables sur le
rôle du cortex. Le troisième avantage est qu’il est possible de
conduire certaines recherches sur les animaux de laboratoire
qui, pour des raisons éthiques, sont impossibles avec des sujets
humains. Cela ne veut pas dire que la recherche animale ne soit
pas encadrée par un code éthique strict (voir Institut des ressources du laboratoire animal, 1996). Simplement, il y a moins de
contraintes éthiques pour la recherche de laboratoire sur les animaux que sur les sujets humains.
Mon expérience est que la plupart des biopsychologues font
preuve d’une immense sollicitude envers leurs sujets, qu’ils
soient ou non de leur espèce. Cependant, les questions éthiques ne sont pas laissées à l’appréciation du chercheur. Toutes
les recherches en biopsychologie, qu’elles utilisent des sujets
humains ou non, sont contrôlées par des comités éthiques
indépendants : « Les chercheurs ne peuvent pas échapper à la
logique suivante : si les animaux que nous observons sont de
bons modèles de nos propres activités, alors, ils méritent le
respect autant que nous-mêmes » (voir Ulrich, 1991, p. 197).
Études expérimentales et non expérimentales
La recherche en biopsychologie s’appuie à la fois sur des études expérimentales et sur des études non expérimentales. Les
deux types d’études non expérimentales sont les quasi-expériences et les études de cas.
Expériences L’expérience est la méthode utilisée par les
scientifiques pour découvrir les origines et les raisons de notre
mode de vie moderne. Qu’une méthode capable de telles
prouesses soit aussi simple a quelque chose de paradoxal. Pour
conduire une expérience avec des sujets vivants, l’expérimentateur définit d’abord deux (ou plus) conditions expérimentales,
sous lesquelles les sujets sont testés. Habituellement, il teste un
groupe différent de sujets pour chaque condition (protocole
intergroupes), mais il est parfois possible de tester le même
groupe de sujets sur chaque condition expérimentale (protocole
intra-groupe). L’expérimentateur affecte les sujets aux conditions expérimentales, applique les traitements et en mesure les
effets, tout cela de telle manière qu’il n’y ait qu’une seule différence pertinente entre les conditions expérimentales comparées.
On appelle cette différence la variable indépendante. La
variable mesurée par l’expérimentateur pour tester l’effet de la
variable indépendante est, elle, appelée variable dépendante.
Pourquoi ne doit-il pas y avoir d’autre différence entre les
conditions expérimentales que la variable indépendante ?
Parce que, lorsqu’il y a plusieurs sources de variation de la
variable dépendante, il est difficile de savoir si c’est la variation de la variable indépendante ou une variation involontaire,
désignée sous le terme de variable confondue, qui explique
les effets observés sur la variable dépendante. Bien que la
méthode expérimentale soit simple d’un point de vue conceptuel, l’élimination des variables confondues peut être très difficile. Les lecteurs d’articles scientifiques doivent en
permanence être à l’affût de variables confondues qui seraient
passées inaperçues aux yeux des expérimentateurs.
Une expérience de Lester et Gorzalka (1988), visant à
démontrer l’effet Coolidge, illustre la méthode expérimentale.
L’effet Coolidge est le fait qu’un mâle devenu incapable de
poursuivre la copulation commencée avec sa partenaire peut
parfois recommencer à copuler avec une nouvelle partenaire
(voir figure 1.2). Avant que votre imagination ne s’emballe, je
tiens à vous signaler que l’expérience de Lester et Gorzalka
portait sur des hamsters et non sur des étudiants.
Pour Lester et Gorzalka, le fait que l’effet Coolidge n’ait pas
été observé chez les femelles tient probablement plus à la difficulté de conduire des expériences bien contrôlées sur cet
effet chez les femelles qu’à son absence. Selon eux, chez la
plupart des mammifères, les mâles sont plus facilement fatigués que les femelles sur le plan sexuel. Ainsi, les essais de
démonstration de l’effet Coolidge chez les femelles sont souvent confrontés à la fatigue des mâles. Lorsque, pendant une
copulation, un nouveau partenaire sexuel est présenté à la
femelle, l’augmentation de sa réceptivité sexuelle peut tout
aussi bien témoigner d’un effet Coolidge que d’un effet de la
vigueur de ce nouveau mâle. Les femelles des mammifères
témoignant peu de fatigue sexuelle, cette variable confondue
ne constitue pas un problème sérieux pour montrer l’effet
Coolidge chez les mâles.
Lester et Gorzalka ont conçu une procédure astucieuse pour
contrôler cette variable confondue. Pendant que la femelle
copule avec un mâle (familier), un autre mâle (non familier)
copule avec une autre femelle. Puis les deux mâles se reposent
pendant que la femelle copule avec un troisième mâle. Enfin,
la femelle est testée avec l’un des deux premiers mâles, le
familier ou le non-familier. La variable dépendante est le
temps mis par la femelle pour prendre l’attitude de lordose
(posture caractéristique de la réceptivité sexuelle des femelles
de rongeurs : arc-boutée, arrière-train redressé et queue relevée) au cours de chacun des tests. Comme le montre la
figure 1.3, les femelles répondent plus vigoureusement aux
mâles non familiers qu’aux mâles familiers au cours du troisième test, en dépit du fait que les deux premiers mâles, le
familier et le non-familier, soient aussi fatigués l’un que
l’autre et aient monté les femelles avec la même vigueur. Cette
expérience montre l’importance d’un bon protocole expérimental pour établir, comme dans le chapitre 13, que les mâles
et les femelles sont beaucoup plus semblables que ne le pensent la plupart des gens.
Études quasi expérimentales Il est impossible d’appliquer la méthode expérimentale à tous les problèmes auxquels
s’intéressent les biopsychologues. Des obstacles physiques ou
éthiques empêchent de soumettre les sujets à certaines conditions
ou de gérer les conditions une fois que les sujets y ont été soumis.
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ÉPREUVES
La biopsychologie, une discipline neuroscientifique
Durée moyenne des lordoses (en minutes)
6 Chapitre 1
35
30
Mâle 1
Mâle 1
25
20
Mâle 2
Mâle 2
15
10
Mâle 3
5
Mâle 1
Groupe non familier
Groupe familier
Copulation avec un
mâle, puis un autre,
puis encore un autre.
Copulation avec un
mâle, puis un autre,
puis de nouveau avec
le premier.
FIGURE 1.3 Protocole expérimental et résultats de Lester et
Gorzalka (1988). Au troisième test, les femelles hamsters étaient
sexuellement plus réceptives aux mâles non familiers qu’aux
mâles avec lesquels elles avaient copulé lors du premier test.
FIGURE 1.2 Le président Calvin Coolidge et son épouse,
Grace. Beaucoup d’étudiants pensent que l’effet Coolidge est
appelé ainsi parce qu’il y aurait eu un biopsychologue du
nom de Coolidge. En fait, l’effet Coolidge tire son nom
du président Coolidge, dont l’histoire est la suivante. (Si
l’histoire n’est pas vraie, elle pourrait l’être.) Au cours d’une
tournée dans son élevage de volailles, madame Coolidge
demanda à son fermier comment la ferme pouvait produire
tant d’œufs avec un si petit nombre de coqs. Le fermier
expliqua avec fierté que les coqs accomplissaient leur devoir
des douzaines de fois par jour.
« Peut-être pourriez-vous faire remarquer cela à M. Coolidge »,
répondit la Première Dame d’une voix pleine de sous-entendus.
Le Président, entendant la remarque, demanda au fermier :
« Est-ce que le coq honore la même poule chaque fois ?
— Non, répondit le fermier. Il y a de nombreuses poules pour
chaque coq.
— Peut-être pourriez-vous faire remarquer cela à
Mme Coolidge », répliqua le Président.
Par exemple, il n’est pas possible de conduire des expériences sur
les causes des lésions cérébrales chez les patients alcooliques, car
il est contraire à l’éthique de soumettre des sujets à des conditions
impliquant qu’ils consomment de l’alcool pendant des années (il
est possible d’ailleurs que certains d’entre vous soient plus concernés par le problème éthique que pose la condition contrôle impliquant des années de sobriété !). Dans ce cas, les biopsychologues
conduisent souvent des études quasi expérimentales, c’est-àdire portant sur des groupes de sujets qui ont été exposés, dans la
vie réelle, aux conditions qui les intéressent. Ces études ressemblent à des expériences, mais n’en sont pas vraiment puisque les
différentes variables confondues possibles n’ont pas été contrôlées, comme la distribution au hasard des sujets dans les diverses
conditions expérimentales.
Dans une étude quasi expérimentale, une équipe de chercheurs a comparé 100 hommes alcooliques désintoxiqués par
un traitement spécifique de l’alcoolisme avec 50 hommes non
buveurs d’origines diverses (voir Acker et al., 1984). Le groupe
des alcooliques a moins bien réussi que l’autre groupe sur un
ensemble de tests perceptifs, moteurs et cognitifs et les scanners
de leurs cerveaux ont révélé des lésions cérébrales étendues.
Bien que cette étude ressemblât à une expérience, stricto sensu
elle n’en était pas une. En effet, les sujets décidaient eux-mêmes
du groupe dans lequel ils seraient, buveur d’alcool ou pas, et les
chercheurs n’avaient donc aucun moyen de contrôler que
l’alcool était la seule variable différenciant les deux groupes.
Pouvez-vous imaginer, entre des alcooliques et des abstinents,
des différences qui ne concerneraient pas l’exposition à l’alcool
et qui pourraient avoir contribué à l’existence de différences
neuroanatomiques ou intellectuelles entre ces deux groupes ? Il
y en a plusieurs. Par exemple, les alcooliques ont souvent un
niveau d’éducation moins élevé, ils ont plus de traumatismes
crâniens, ils sont plus enclins à la consommation d’autres drogues, et ils ont plus souvent une alimentation appauvrie. Par
conséquent, si les études quasi expérimentales montrent que les
alcooliques ont plus de lésions cérébrales que les non-alcooliques, on ne sait pas pourquoi.
Vous souvenez-vous de Jimmie G. ? Son cas était le résultat
d’une consommation d’alcool de longue durée.
Études de cas Les études qui se focalisent sur un cas ou un
sujet unique sont appelées études de cas. Cette focalisation
Chap01.fm Page 7 Vendredi, 8. juin 2007 6:06 06
ÉPREUVES
1.3 Types de recherche caractérisant l’approche biopsychologique 7
permet souvent une description plus approfondie qu’avec une
expérience ou une quasi-expérience. L’expérimentateur dispose ainsi d’une excellente base pour élaborer des hypothèses à
tester. Cependant, le problème majeur de toutes les études de
cas concerne les possibilités de généralisation : jusqu’à quel
point les résultats des études de cas peuvent-ils être étendus à
d’autres cas ? Les humains diffèrent les uns des autres au niveau
aussi bien des fonctions cérébrales que du comportement : il est
donc important de se méfier de théories biopsychologiques qui
seraient entièrement basées sur quelques études de cas.
Recherche fondamentale et recherche appliquée
La recherche en biopsychologie peut être fondamentale ou
appliquée. Ces deux types de recherche diffèrent certes sur
nombre de points, mais on les distingue moins par leurs caractéristiques que par les motivations des chercheurs. La recherche fondamentale est motivée avant tout par la curiosité
du chercheur ; elle vise seulement l’acquisition de nouvelles
connaissances. La finalité de la recherche appliquée, quant à
elle, est un bénéfice direct pour l’espèce humaine.
De nombreux scientifiques estiment que la recherche fondamentale apporte plus de bénéfices au final que la recherche appliquée. Ils pensent que les applications découlent de
la compréhension des principes de base et que tenter d’aller
directement à l’application sans passer d’abord par cette
compréhension des principes de base est déraisonnable.
TABLEAU 1.1
Évidemment, il n’est pas nécessaire qu’un projet de recherche soit totalement fondamental ou totalement appliqué :
de nombreux programmes comportent les deux dimensions.
La recherche fondamentale est plus sensible aux caprices de
la politique, parce que les hommes politiques et les électeurs
ont du mal à comprendre pourquoi il faut soutenir une recherche sans retombées immédiates. Si c’était à vous de décider,
est-ce que vous seriez prêt à mettre des centaines de milliers
d’euros dans une étude sur les motoneurones (les neurones qui
contrôlent les muscles) du calamar, l’apprentissage chez le
poussin, l’activité unitaire des cellules nerveuses du système
visuel chez le singe, les hormones libérées par l’hypothalamus
(petite structure nerveuse de la base du cerveau) chez le porc
ou le mouton ou encore la fonction du corps calleux (faisceau
de neurones connectant le cerveau droit et le cerveau
gauche) ? Lequel de ces projets vous paraîtrait mériter d’être
aidé ? Pourtant, chacun de ces projets obscurs a été soutenu
financièrement et a valu le prix Nobel à son auteur.
Le tableau 1.1 donne la liste des prix Nobel attribués à des
recherches traitant du cerveau et du comportement (voir Benjamin, 2003). Le but de cette liste est de vous donner une idée
de la reconnaissance officielle qu’a reçue la recherche sur le
comportement et le cerveau ; elle n’est pas à retenir. Vous verrez plus tard dans ce chapitre que le comité du prix Nobel
n’est pas infaillible dans son évaluation scientifique.
QUELQUES-UNS DES PRIX NOBEL QUI ONT RÉCOMPENSÉ DES RECHERCHES LIÉES AU SYSTÈME
NERVEUX OU AU COMPORTEMENT
Prix Nobel décerné à
Année
Objet du prix Nobel
Ivan Pavlov
1904
Recherche sur la physiologie de la digestion
Camillo Golgi et Santiago Ramón y Cajal
1906
Recherche sur la structure du système nerveux
Charles Sherrington et Edgar Adrian
1932
Découverte des fonctions neuronales
Henry Dale et Otto Loewi
1936
Découverte de la transmission de l’influx nerveux
Joseph Erlanger et Herbert Gasser
1944
Recherche sur les fonctions des fibres nerveuses isolées
Walter Hess
1949
Recherche sur le rôle du cerveau dans le contrôle du
comportement
Egas Moniz
1949
Développement de la lobotomie frontale
Georg von Békésy
1961
Recherche sur le système auditif
John Eccles, Alan Hodgkin et Andrew Huxley
1963
Recherche sur les bases ioniques de la transmission nerveuse
Ragnor Granit, Haldan Hartline et George Wald
1967
Recherche sur la chimie et la physiologie de la vision
Bernard Katz, Ulf von Euler et Julius Axelrod
1970
Découvertes sur la transmission synaptique
Karl von Frisch, Konrad Lorenz et Nikolass Tinbergen
1973
Études du comportement animal
Roger Guillemin et Andrew Schally
1977
Découvertes sur la production hormonale du cerveau
Herbert Simon
1979
Recherches sur la cognition humaine
Roger Sperry
1981
Recherches sur les différences entre les hémisphères cérébraux
David Hübel et Torsten Wiesel
1981
Recherche sur le traitement de l’information dans le système
visuel
Rita Levi-Montalcini et Stanley Cohen
1986
Découverte et étude des facteurs de croissance nerveuse et
épidermique
Erwin Neher et Bert Sakmann
1991
Recherche sur les canaux ioniques
Alfred Gilman et Martin Rodbell
1994
Découverte des récepteurs couplés à la protéine G
Arvid Carlsson, Paul Greengard et Eric Kandel
2000
Découvertes sur la transmission synaptique
Chap01.fm Page 8 Vendredi, 8. juin 2007 6:06 06
8 Chapitre 1
La biopsychologie, une discipline neuroscientifique
1.4 Subdivisions de la biopsychologie
m
n
Comme vous venez de l’apprendre, les biopsychologues
mènent leurs recherches de diverses manières. Ceux qui adoptent le même type d’approche publient généralement leurs
recherches dans les mêmes revues, participent aux mêmes colloques et appartiennent aux mêmes sociétés. Des approches
spécifiques ont gagné en reconnaissance et constituent des
composantes distinctes de la recherche en biopsychologie. Le
but de cette section est de vous donner une idée claire de la
diversité de la biopsychologie en vous décrivant six de ses
composantes majeures : (1) la psychologie physiologique,
(2) la psychopharmacologie, (3) la neuropsychologie, (4) la
psychophysiologie, (5) les neurosciences cognitives et
(6) la psychologie comparative. Par commodité, nous les présentons comme des approches distinctes, mais il existe de larges zones de chevauchement entre elles et de nombreux
biopsychologues utilisent régulièrement plus d’une approche.
Psychologie physiologique
La psychologie physiologique étudie les mécanismes neuronaux du comportement en expérimentant directement sur le cerveau (la chirurgie et la stimulation électrique sont les méthodes
les plus courantes). Les sujets de la recherche sont presque toujours des animaux de laboratoire, parce que, dans la plupart des
cas, il n’est pas possible d’effectuer des manipulations directes
sur le cerveau des sujets humains. La recherche fondamentale
est traditionnelle en psychologie physiologique : on attribue
plus d’importance aux recherches qui contribuent au développement des théories sur le contrôle nerveux du comportement
qu’à celles qui ont des retombées immédiates.
Psychopharmacologie
La psychopharmacologie est semblable à la psychologie physiologique à la différence qu’elle est centrée sur la manipulation,
à l’aide de drogues, de l’activité nerveuse et du comportement.
En fait, beaucoup de psychopharmacologistes sont des psychologues physiologistes qui se sont tournés vers la recherche sur les
drogues et nombreux sont les biopsychologues qui utilisent
aujourd’hui les deux approches. Néanmoins, l’étude des effets
des drogues sur le cerveau et le comportement est devenue si
spécialisée que la psychopharmacologie est désormais considérée comme une discipline distincte.
Une part importante de la recherche en psychopharmacologie
est appliquée (voir Brady, 1993). Bien que les drogues soient souvent utilisées par les psychopharmacologistes pour étudier les
principes de base de l’interaction entre le cerveau et le comportement, le but de beaucoup de psychopharmacologistes est de développer de nouveaux médicaments (voir chapitre 18) ou de réduire
l’abus de drogues (voir chapitre 15). Les psychopharmacologistes étudient l’effet des drogues sur des animaux de laboratoire et
sur des humains si les conditions éthiques sont respectées.
Neuropsychologie
La neuropsychologie est l’étude des effets psychologiques des
lésions cérébrales chez des patients humains. Bien entendu, d’un
point de vue éthique, les humains ne peuvent pas être soumis à
ÉPREUVES
des traitements expérimentaux susceptibles de mettre en danger
le fonctionnement normal de leur cerveau. Par conséquent, la
neuropsychologie utilise essentiellement les études de cas et les
études quasi expérimentales de patients cérébro-lésés 1 suite à
une maladie, un accident ou une opération chirurgicale. La couche externe des hémisphères cérébraux, le cortex cérébral, étant
la partie du cerveau la plus susceptible d’être endommagée par
un accident ou une opération, la neuropsychologie se concentre
sur cette partie importante du cerveau humain.
La neuropsychologie est la subdivision la plus appliquée de la
biopsychologie. Même lorsqu’elle fait partie d’un programme
de recherche fondamentale, l’évaluation neuropsychologique
est toujours attentive aux bénéfices que les patients pourraient
en tirer (voir Siéroff, 2004). Les tests neuropsychologiques facilitent le diagnostic et aident à prescrire un traitement efficace
(voir Benton, 1994). Ils peuvent aussi être une base importante
pour les soins et les conseils aux patients ; Kolb et Whishaw
(1990) ont décrit de telles applications.
Le cas de Monsieur R.,
l’étudiant cérébro-lésé qui se tourna vers
l’architecture
M. R., un homme gaucher, âgé de 21 ans, s’était
cogné la tête contre le tableau de bord au cours
d’un accident de voiture. […] Avant son accident,
M. R. était un étudiant honorable. Pourtant, un
an après l’accident, il était devenu un étudiant
médiocre qui n’arrivait plus à aller au bout de ses
examens. […] Il nous fut adressé pour un bilan
neuropsychologique, lequel révéla plusieurs choses intéressantes.
Premièrement, M. R. faisait partie du tiers de
gauchers dont la fonction langagière est localisée
dans l’hémisphère droit et non dans le gauche…
De plus, bien que M. R. ait un QI supérieur à la
moyenne, sa mémoire verbale et sa vitesse de lecture étaient au-dessous de la moyenne, ce qui
était tout à fait inhabituel chez une personne de
son intelligence et de son niveau d’éducation. Ces
déficits indiquaient qu’il était possible que son
lobe temporal droit ait été faiblement endommagé au cours de l’accident de voiture, lésion se
traduisant par un déficit dans le domaine du langage. Sur la base de notre investigation neuropsychologique, nous pûmes recommander à M. R. de
s’orienter vers un métier qui ne nécessitait pas des
capacités de mémoire verbale élevées, et il se mit
alors à étudier l’architecture.
(De Fundamentals of Human Neuropsychology, 3e édition,
par Bryan Kolb et Ian Q. Whishaw, p. 128. © 1980, 1985, 1990
W. H. Freeman and Company. Reproduit avec leur
autorisation.)
1. Le qualificatif d’études quasi expérimentales à propos des recherches
sur les patients cérébro-lésés ne fait pas l’unanimité et pourrait être discuté.
En France, le terme d’études expérimentales est appliqué à la neuropsychologie comme à d’autres disciplines expérimentales, à condition, bien sûr, que
l’expérimentateur ait contrôlé rigoureusement les caractéristiques de son
groupe de patients et du groupe témoin. (N.d.T.)
Chap01.fm Page 9 Vendredi, 8. juin 2007 6:06 06
ÉPREUVES
1.4 Subdivisions de la biopsychologie 9
Sujet
sain
C
S1
Trois
patients
schizophrènes
S2
S3
FIGURE 1.4 Poursuite visuelle d’un pendule par un sujet sain (en haut) et par trois patients schizophrènes. (Adapté de Iacono &
Koenig, 1983.)
Psychophysiologie
La psychophysiologie est la composante de la biopsychologie
qui étudie la relation entre l’activité physiologique et les processus psychologiques chez les êtres humains (voir Coles,
2003 ; Gratton & Fabiani, 2003). Les sujets des recherches en
psychophysiologie étant des humains, les méthodes d’enregistrement psychophysiologique sont non invasives, c’est-à-dire
que l’activité physiologique est enregistrée à la surface du
corps. La mesure habituelle de l’activité du cerveau est l’électroencéphalogramme (EEG) de surface. Il existe d’autres
mesures psychophysiologiques courantes, comme la force
musculaire, les mouvements oculaires et certains indicateurs
de l’activité du système nerveux autonome (par exemple, la
fréquence cardiaque, la pression artérielle, la dilatation de la
pupille et la conductance électrique de la peau). Le système
nerveux autonome (SNA) est la partie du système nerveux
qui assure la régulation interne du corps.
La plupart des recherches en psychophysiologie se concentrent sur la compréhension de la physiologie des processus
psychologiques comme l’attention, l’émotion et le traitement
de l’information, mais il y en a aussi un certain nombre qui
s’intéressent aux applications cliniques de la méthode psychophysiologique. Par exemple, des expériences de psychophysiologie ont révélé que les patients schizophrènes ont des
difficultés à suivre le mouvement lent d’un objet tel qu’un
pendule (voir figure 1.4 ; Avila et al., 2003 ; Holzman, 2000 ;
Hong et al., 2003).
La principale méthode des neurosciences cognitives est
l’imagerie cérébrale fonctionnelle (enregistrement de l’activité du cerveau humain vivant ; voir chapitre 5) pendant que
les sujets sont engagés dans des activités cognitives particulières. Par exemple, la figure 1.5 montre que les aires visuelles
gauche et droite, dans la partie postérieure du cortex cérébral,
s’activent quand le sujet voit un flash lumineux.
Neurosciences cognitives
Les neurosciences cognitives sont la subdivision la plus
récente de la biopsychologie, mais aussi l’une des plus actives
et des plus excitantes. Les neuroscientifiques cognitivistes
étudient les bases neuronales de la cognition, c’est-à-dire les
processus intellectuels ou les fonctions mentales supérieures
comme la pensée, la mémoire, l’attention et les processus perceptifs complexes (voir Albright, Kandel & Posner, 2000 ;
Cabeza & Kingston, 2002 ; Fiori, 2006). Par conséquent, la
plupart de leurs recherches impliquent des sujets humains ;
leurs principales méthodes sont donc non invasives et
excluent la manipulation directe du cerveau.
Visite dans un laboratoire de neurosciences cognitives (Visit to a
Cognitive Neuroscience Laboratory).
FIGURE 1.5 L’imagerie cérébrale fonctionnelle est la principale
méthode des neurosciences cognitives. Cette image – prise
alors que le sujet est allongé – révèle la localisation des régions
de haute activité neuronale quand le sujet voit un flash
lumineux. Les régions orange et jaunes correspondent à une
haute activité au niveau du cortex visuel situé dans la partie
postérieure du cerveau. (Avec l’aimable autorisation de Todd
Handy, département de Psychologie, université de ColombieBritannique.)
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10 Chapitre 1
La biopsychologie, une discipline neuroscientifique
Comme les théories et les méthodes des neurosciences
cognitives sont complexes et intéressent des chercheurs
appartenant à différentes disciplines (voir Cacioppo et al.,
2003 ; Ochsner & Lieberman, 2001), la plupart des recherches en neurosciences cognitives reposent sur des collaborations interdisciplinaires. Par exemple, en plus des
biopsychologues conventionnels, des psychologues cognitivistes, des experts en mathématique et en intelligence
artificielle et différents types de neuroscientifiques contribuent habituellement à ces recherches. Elles impliquent
parfois des enregistrements électrophysiologiques non
invasifs ou encore s’intéressent à des sujets présentant une
pathologie cérébrale ; dans ce cas, la frontière entre les
neurosciences cognitives d’une part et la psychophysiologie ou la neuropsychologie d’autre part est floue.
Psychologie comparative
Même si la plupart des biopsychologues étudient les mécanismes neuronaux du comportement, la biopsychologie ne se
cantonne pas à cela. Dewsbury (1991) note en effet :
La « biologie » en « psychobiologie » devrait inclure
des approches globales de l’animal comme l’éthologie,
l’écologie, l’évolution […] autant que les méthodes
physiologiques les plus récentes. […] Le « psychobiologiste complet » devrait utiliser les explications puissantes des techniques physiologiques modernes sans
TABLEAU 1.2
ÉPREUVES
oublier le problème qui nous intéresse au départ : le
comportement intégré d’organismes entiers, fonctionnant dans leur environnement et s’y adaptant. (P. 198.)
La subdivision de la psychologie qui s’occupe généralement de la biologie du comportement plutôt que de mécanismes neuronaux spécifiques du comportement est la
psychologie comparative (ou psychologie comparée). Les
chercheurs de la psychologie comparative comparent les
comportements de différentes espèces pour comprendre
l’évolution, la génétique et les aspects adaptatifs du comportement. Certains d’entre eux étudient le comportement
en laboratoire ; d’autres sont engagés dans la recherche en
éthologie, qui est l’étude du comportement animal dans son
environnement naturel.
J’inclus dans cette subdivision deux branches importantes de
la recherche biopsychologique qui utilisent souvent l’analyse
comparative : la psychologie de l’évolution (sous-discipline
qui se focalise sur la compréhension du comportement en
considérant son évolution probable ; Caporael, 2001 ;
Duchaine, Cosmides & Tooby, 2001 ; Kenrick, 2001) et la
génétique du comportement (l’étude des influences génétiques
sur le comportement ; voir Carson & Rothstein, 1999 ; Plomin et al., 2002).
Le tableau 1.2 résume les six subdivisions de la biopsychologie. Vous découvrirez lors des chapitres suivants les progrès
accomplis dans chacune d’elles.
LES SIX SUBDIVISIONS PRINCIPALES DE LA BIOPSYCHOLOGIE,
AVEC DES EXEMPLES DE LEURS APPROCHES DANS L’ÉTUDE DE LA MÉMOIRE
Les six subdivisions de la biopsychologie
Exemples de leurs approches dans l’étude de la mémoire
Psychologie physiologique : étude des mécanismes neuronaux
du comportement par la manipulation du système nerveux
d’animaux non humains dans des expériences contrôlées.
Les chercheurs en psychologie physiologique ont étudié le
rôle de l’hippocampe dans la mémoire en enlevant chirurgicalement l’hippocampe de rats et en évaluant les performances des rats opérés lors de différentes tâches de
mémoire.
Psychopharmacologie : étude des effets des drogues sur le
cerveau et le comportement.
Les psychopharmacologistes ont essayé d’améliorer la mémoire
des patients présentant une maladie d’Alzheimer en leur
administrant des drogues qui augmentent le taux
d’acétylcholine.
Neuropsychologie : étude des effets psychologiques des lésions
cérébrales chez des patients humains.
Les neuropsychologues ont montré que les patients souffrant
de lésions cérébrales dues à l’alcool présentent des difficultés
particulières à se souvenir des événements récents.
Psychophysiologie : étude de la relation entre l’activité
physiologique et les processus psychologiques chez des sujets
humains, à l’aide d’enregistrements physiologiques non
invasifs.
Les psychophysiologistes ont montré que des visages familiers
provoquent une activité du système nerveux autonome, même
chez des patients souffrant d’une lésion cérébrale et qui disent
ne pas reconnaître les visages.
Neurosciences cognitives : étude des mécanismes neuronaux
de la cognition humaine, utilisant surtout l’imagerie cérébrale
fonctionnelle.
Les neuroscientifiques cognitivistes ont utilisé la technologie de
l’imagerie cérébrale pour observer les modifications de
l’activité de plusieurs parties du cerveau lorsque des sujets
humains volontaires exécutaient des tâches de mémoire.
Psychologie comparative : étude de l’évolution, de la
génétique et des aspects adaptatifs du comportement, utilisant
surtout les méthodes comparatives.
Les chercheurs en psychologie comparative ont montré que les
espèces d’oiseaux qui cachent des graines présentent souvent
un hippocampe de gros volume, confirmant que l’hippocampe
est impliqué dans la mémoire spatiale.
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ÉPREUVES
1.5 Opérations convergentes : comment les biopsychologues travaillent ensemble 11
Stimulez vos neurones
0
Trouvez les termes manquants remplacés par des lettres (réponses en fin d’ouvrage).
1. Un chercheur qui étudie les troubles de la mémoire
chez des patients présentant une lésion cérébrale
appartient à la subdivision de la biopsychologie
appelée (a).
2. Les psychologues qui étudient les corrélats physiologiques des processus psychologiques en enregistrant des signaux physiologiques à la surface du
corps humain appartiennent à la subdivision de la
biopsychologie appelée (b).
3. La subdivision de la biopsychologie appelée (c)
implique souvent la manipulation directe ou
l’enregistrement de l’activité neuronale chez des
animaux de laboratoire, à l’aide d’interventions
invasives chirurgicales, électriques ou chimiques.
4. La subdivision de la biopsychologie qui se focalise
sur l’étude des effets des drogues sur le comportement est (d).
5. La subdivision de la biopsychologie appelée (e)
se focalise sur les bases neuronales de la cognition et implique la collaboration de plusieurs disciplines.
6. Dans la subdivision de la biopsychologie appelée
(f), les chercheurs étudient la génétique, l’évolution et les aspects adaptatifs du comportement, à
l’aide de l’approche comparative.
convergentes :
m
n1.5 Opérations
comment les biopsychologues
travaillent ensemble
Parce qu’aucune des six approches biopsychologiques
n’est sans défaut et que le cerveau et ses processus psychologiques sont complexes, les principales questions de la
biopsychologie trouvent rarement une réponse dans une
seule expérience, ou même dans une seule série d’expériences utilisant la même approche. Le succès est plus probable
quand plusieurs approches se focalisent sur un même problème, les forces d’une approche compensant alors les faiblesses des autres. C’est ce qu’on appelle les opérations
convergentes.
Considérez, par exemple, les forces et les faiblesses relatives
de la neuropsychologie et de la psychologie physiologique
dans l’étude des effets psychologiques des lésions du cortex
cérébral humain. Dans ce cas précis, la force de l’approche
neuropsychologique est l’étude directe des patients humains ;
sa faiblesse est qu’il n’est pas possible de faire des expériences directement sur le cerveau des patients. En revanche, la
force de la psychologie physiologique est la puissance de
la méthode expérimentale et la technologie neuroscientifique
de la recherche effectuée sur des animaux non humains ; sa
faiblesse est que la pertinence des études conduites chez des
animaux de laboratoire pour les déficits neuropsychologiques
de l’homme peut être sujette à discussion. Il est clair que ces
deux approches se complètent bien ; ensemble, elles permettent de répondre à des questions qu’aucune ne pourrait résoudre individuellement.
Pour observer les opérations convergentes en action, revenons au cas de Jimmie G. Le trouble neuropsychologique dont
souffre Jimmie G. a été décrit initialement par S. S. Korsakoff,
un médecin russe, à la fin du XIXe siècle et est connu depuis
sous le nom de syndrome de Korsakoff. Le symptôme primaire du syndrome de Korsakoff est le déficit sévère de la
mémoire, qui est particulièrement troublant dans la mesure où
les patients sont par ailleurs parfaitement capables. Comme le
syndrome de Korsakoff apparaît souvent chez les alcooliques,
on a d’abord cru qu’il s’agissait d’une conséquence directe de
l’alcool sur le cerveau. Cette conclusion est une bonne illustration du danger de tirer des conclusions de type causalité à
partir d’une recherche quasi expérimentale. Des recherches
ont ensuite montré que le syndrome de Korsakoff était provoqué par des lésions cérébrales associées à un déficit en thiamine (vitamine B1) (voir Heap et al., 2002 ; Thomson, 2000).
On a en effet découvert ce syndrome chez des personnes dénutries qui ne consommaient pas ou peu d’alcool. Les conséquences d’un déficit en thiamine ont par ailleurs été confirmées par
des expériences dans lesquels des rats privés de thiamine ont été
comparés à des groupes contrôles de rats. Les rats privés de
thiamine présentaient des lésions cérébrales et un déficit de la
mémoire semblables à ce qu’on observe chez des êtres humains
alcooliques (voir Mumby, Cameli & Glenn, 1999). Les alcooliques présentent souvent un syndrome de Korsakoff parce que
leur apport calorique provient principalement de l’alcool, qui ne
contient pas de vitamines, et parce que l’alcool interfère avec le
métabolisme de la thiamine. Cependant, l’alcool accélère le
développement des lésions cérébrales chez des rats privés de
thiamine ; il peut donc également avoir un effet toxique direct
sur le cerveau (voir Zimitat et al., 1990).
Le succès de la biopsychologie repose typiquement sur
des opérations convergentes. Dans le cas précédent, on
constate la convergence des études de cas de la neuropsychologie, des études quasi expérimentales chez des sujets
humains et des expériences contrôlées conduites sur des
animaux de laboratoire. La force de la biopsychologie
venant de la diversité de ses méthodes et de ses approches,
lorsqu’on évalue les interprétations de la biopsychologie,
on ne peut en général pas considérer les résultats d’une
seule étude ou même d’une série d’expériences utilisant la
même méthode ou la même approche.
Au fait, qu’est-ce que la recherche sur le syndrome de Korsakoff a apporté à Jimmie G. ou à ses semblables ? Aujourd’hui,
il est souvent conseillé aux alcooliques d’arrêter de boire et on
les traite avec des doses massives de thiamine. La thiamine
limite le développement des lésions cérébrales et conduit souvent à une légère amélioration des conditions du patient ; malheureusement, une fois que les lésions cérébrales sont produites,
elles sont souvent définitives. Dans certaines parties du monde,
des gens ont envisagé l’idée discutable d’enrichir les boissons
alcooliques avec de la thiamine.
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12 Chapitre 1
La biopsychologie, une discipline neuroscientifique
1.6 Inférences scientifiques :
comment les biopsychologues
étudient le fonctionnement,
non directement observable,
du cerveau ?
m
n
Les inférences scientifiques constituent la méthode fondamentale de la biopsychologie et de la plupart des autres sciences. C’est ce qui rend plaisant le fait d’être scientifique.
La méthode scientifique est un système qui permet de
découvrir des choses par l’observation minutieuse. Or, de
nombreux processus étudiés par les scientifiques ne peuvent
pas être observés. On utilise ainsi des méthodes scientifiques empiriques (basées sur l’observation) pour étudier les
périodes glaciaires, la gravitation, l’évaporation, l’électricité et la fission nucléaire. À défaut d’observer directement
les processus, on observe alors leurs effets. La biopsychologie n’est pas différente des autres sciences à cet égard. Un
de ses buts principaux est de caractériser, à l’aide de méthodes empiriques, les processus inobservables qui permettent
au système nerveux de contrôler le comportement.
La méthode empirique que les biopsychologues et les
autres scientifiques utilisent pour étudier l’inobservable est
appelée inférence scientifique. Les scientifiques mesurent
minutieusement les événements clés qu’ils peuvent observer, puis ils utilisent ces mesures comme base pour en inférer logiquement la nature des événements qu’ils ne peuvent
pas observer. À la manière d’un détective reconstituant un
crime sans témoins, le biopsychologue rassemble minutieusement des mesures pertinentes du comportement et de
l’activité neuronale pour en inférer la nature des processus
neuronaux qui régulent le comportement. Le fait que les
mécanismes neuronaux du comportement ne peuvent pas
être observés directement mais doivent être étudiés grâce
aux inférences scientifiques fait de la recherche en biopsychologie un véritable – et plaisant – défi.
Pour illustrer l’inférence scientifique, j’ai sélectionné un
projet de recherche auquel vous pouvez participer. En faisant quelques observations simples sur vos propres capacités visuelles dans différentes conditions, vous allez
découvrir le principe qui conduit votre cerveau à percevoir
un mouvement à partir du mouvement des images sur votre
rétine (voir figure 1.6). Une des caractéristiques du mécanisme est immédiatement évidente. Placez votre main en
face de votre visage et bougez son image sur votre rétine en
bougeant les yeux, en bougeant votre main ou en bougeant
les deux en même temps. Vous noterez que seuls les mouvements de l’image rétinienne qui ont été produits par le
mouvement de votre main sont perçus comme mouvement ;
les mouvements de l’image rétinienne qui sont produits par
les mouvements de vos yeux ne le sont pas. De toute évidence, une partie de votre cerveau doit enregistrer les mouvements de votre image rétinienne en soustrayant les
mouvements de l’image qui sont produits par vos propres
mouvements des yeux. Le résultat de la soustraction correspond à la perception du mouvement.
Perception du mouvement par le cerveau (Perception of
Motion).
ÉPREUVES
Maintenant, essayons de préciser la nature de l’information
concernant les mouvements de vos yeux qu’utilise votre cerveau
lorsqu’il perçoit un mouvement (voir Schlag & Schlag-Rey,
2002 ; Sommer & Wurtz, 2002). Fermez un œil et exercez une
petite pression sur la paupière inférieure de l’autre œil avec votre
index, ce qui va provoquer une légère rotation de l’œil vers le
haut. Que voyez-vous ? Tous les objets de votre champ visuel
bougent vers le bas. Pourquoi ? Il semblerait que les mécanismes
cérébraux responsables de la perception du mouvement ne considèrent pas les mouvements de l’œil en soi. Ils considèrent les
mouvements qui ont été produits activement par les signaux neuronaux allant du cerveau aux muscles de l’œil, et non ceux qui ont
été produits passivement par des moyens extérieurs (par exemple,
la pression de votre doigt). Donc, quand votre œil bouge passivement, votre cerveau considère qu’il est resté tranquille et il attribue le mouvement de l’image rétinienne à un mouvement des
objets dans le champ visuel.
Il est possible de piéger le système visuel dans le sens
opposé ; au lieu qu’ils soient bougés sans qu’aucun signal
actif ait été envoyé aux muscles oculaires, les yeux peuvent
être maintenus dans une position stationnaire en dépit des tentatives du cerveau pour les faire bouger. Comme cette expérience implique la paralysie des muscles oculaires, vous ne
pouvez pas y participer. Hammond, Merton et Sutton (1956)
ont injecté l’ingrédient actif du curare, une substance paralysante dont certains Indiens d’Amérique du Sud enduisent leurs
flèches, dans les muscles oculaires de leur sujet, qui était Merton lui-même. Que pensez-vous que Merton ait vu quand il a
essayé de bouger les yeux ? Il a vu que le monde visuel stationnaire autour de lui bougeait dans la direction des mouvements des yeux qu’il essayait de faire. Si un objet visuel se
projette sur une partie de votre rétine et s’il y reste alors que
vous avez bougé les yeux vers la droite, c’est qu’il a aussi
bougé vers la droite. Quand Merton a envoyé des signaux à ses
muscles oculaires leur commandant de bouger vers la droite,
son cerveau a supposé que le mouvement avait été effectué et
il a perçu les objets stationnaires comme étant en mouvement
vers la droite.
La conclusion de cet exemple sur les mouvements de l’œil
est que les biopsychologues peuvent apprendre pas mal de
choses sur les activités du cerveau sans les observer
directement ; et vous pouvez faire pareil. Comprendre que la
biopsychologie, comme la plupart des sciences, est basée sur
des inférences scientifiques est une étape primordiale dans
votre approche de la discipline. Au fait, une expérience
dans laquelle les réponses des neurones visuels ont été enregistrées chez des singes lors de mouvements actifs et passifs
d’images rétiniennes a permis de décrire directement les
mécanismes de feed-back que vous avez inférés de l’expérience que vous venez de faire (voir Thiele et al., 2002).
des affirmations
m
n1.7 Critique
de la biopsychologie
Nous avons tous entendu ou lu que nous n’utilisions qu’une
petite portion de notre cerveau, qu’il est important de faire
trois repas par jour, que l’intelligence est héréditaire, que tout
le monde a besoin d’au moins huit heures de sommeil par nuit,
Chap01.fm Page 13 Vendredi, 8. juin 2007 6:06 06
ÉPREUVES
1.7 Critique des affirmations de la biopsychologie 13
1
L’œil est stationnaire et
l’objet est stationnaire ;
donc, l’image est stationnaire.
Aucun mouvement n’est
perçu.
2
L’œil bouge activement
vers le haut et l’objet est
stationnaire ; donc, l’image
rétinienne bouge vers le haut.
Aucun mouvement n’est perçu.
3
L’œil est stationnaire et
l’objet bouge vers le bas ;
donc, l’image rétinienne
bouge vers le haut. L’objet
est perçu comme bougeant
vers le bas.
4
L’œil est bougé
passivement vers le haut
par pression de l’index et
l’objet est stationnaire ; donc,
l’image rétinienne bouge vers
le haut. L’objet est perçu
comme bougeant vers le bas.
Conclusion
Le mouvement perçu par le cerveau correspond
au mouvement total de l’image de l’objet sur la rétine
moins la portion produite par le mouvement actif des yeux.
Il n’y a cependant pas de soustraction du mouvement passif des yeux.
FIGURE 1.6 Perception du mouvement, lors de quatre conditions différentes.
qu’il y a un gène pour la schizophrénie, que la morphine est
une drogue (dure) particulièrement dangereuse, que les maladies neurologiques peuvent désormais être traitées grâce à la
génétique et que l’homosexualité est provoquée par une éducation inappropriée, pour ne citer que quelques affirmations
largement disséminées à partir de phénomènes biopsychologiques. Peut-être croyez-vous certaines de ces affirmations.
Mais sont-elles vraies ? Comment le savoir ? Et si elles ne
sont pas vraies, comment se fait-il que tant de gens y croient ?
Comme vous l’avez déjà compris, un des buts principaux de
cet ouvrage est de vous apprendre à penser de manière efficace aux informations issues de la biopsychologie. Le but de
cette dernière section est de commencer le développement de
votre esprit critique, de votre capacité à évaluer les affirmations scientifiques en identifiant les omissions possibles ou les
faiblesses d’argumentation. Ainsi, le chapitre se termine avec
deux affirmations qui ont été largement acceptées, puis infirmées. Notez que si vous avez de la présence d’esprit, vous
n’avez pas besoin d’être un expert pour repérer les faiblesses.
La première étape pour juger de la validité d’une affirmation
scientifique est de déterminer si cette affirmation et la recherche qui l’a produite ont été publiées dans un journal scientifique réputé (voir Rensberger, 2000). La raison en est que, pour
être publié dans ce type de revue, un article doit être évalué et
jugé comme étant de bonne qualité par des experts de la discipline (en général, trois ou quatre). En fait, les meilleures
revues scientifiques ne publient qu’une petite proportion des
manuscrits qui leur sont soumis. Vous devriez être particulièrement sceptique vis-à-vis des affirmations scientifiques qui
ne sont pas passées par cette procédure d’arbitrage, mais,
comme vous allez le voir, cette procédure ne garantit pas toujours que les articles scientifiques soient irréprochables.
Le premier cas concerne une affirmation non publiée qui a
été largement diffusée par les médias, tandis que le deuxième
concerne une affirmation qui a été initialement publiée.
Comme ces deux cas font partie de l’histoire de la biopsychologie, nous bénéficions de l’avantage de pouvoir les juger
rétrospectivement.
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14 Chapitre 1
La biopsychologie, une discipline neuroscientifique
Cas 1 : José et le taureau
José Delgado démontra à un groupe de journalistes une
nouvelle procédure pour contrôler l’agressivité. Il entra à
grandes enjambées dans une arène espagnole avec une
cape rouge et un petit émetteur radio. Avec l’émetteur, il
pouvait activer un stimulateur qui avait été monté sur les
cornes de l’autre occupant de l’arène, un taureau enragé.
Alors que le taureau chargeait, Delgado activa calmement le stimulateur. Celui-ci envoya un petit courant électrique vers une électrode implantée dans une partie du
cerveau du taureau, le noyau caudé. Le taureau changea
immédiatement de direction. Après quelques charges
interrompues, le taureau devint docile et Delgado sortit
de l’arène, l’air fanfaron. Selon lui, cette démonstration
avait une grande importance scientifique : la découverte
du centre de la docilité dans le noyau caudé, plus le fait
que la stimulation de ce centre pouvait éliminer tout comportement agressif, même chez des taureaux spécialement élevés pour leur férocité.
Pour ceux qui assistaient à cet événement minutieusement orchestré et pour la plupart des millions de personnes qui lurent cette histoire, la conclusion de Delgado
était irréfutable. Certainement, si la stimulation du noyau
caudé peut arrêter la charge d’un taureau enragé, le
noyau caudé doit être le centre de la docilité. Il a même
été suggéré que la stimulation du noyau caudé grâce à
des électrodes implantées pourrait être un traitement
efficace chez des psychopathes humains.
Analyse du cas 1. En fait, la démonstration de Delgado
n’a pratiquement pas produit d’argument en faveur de la
conclusion, ce qui aurait dû être évident pour toute personne ne se laissant pas berner par la nature provocatrice
de l’événement médiatique préparé par Delgado. En
effet, la stimulation cérébrale pouvait arrêter la charge
du taureau de nombreuses manières, dont la plupart
étaient plus simples ou plus directes, donc plus probables
que celle qui fut suggérée par Delgado. Par exemple, la
stimulation a pu rendre le taureau confus, pris de vertiges, nauséeux, endormi, ou temporairement aveugle,
plutôt que docile ; ou encore, la stimulation a pu être
douloureuse. Une observation pouvant être interprétée
de tant de manières différentes produit peu d’arguments
en faveur d’une seule interprétation. Quand il y a plusieurs interprétations pour une observation comportementale, la règle est de donner l’avantage à la plus
simple ; c’est ce qu’on appelle la règle de Morgan. Les
commentaires de Valenstein (1973) fournissent un jugement raisonnable de la démonstration de Delgado :
En fait, il n’y a aucune bonne raison de croire que
la stimulation a eu un effet direct sur les tendances
agressives du taureau. Un examen du film montre
que le taureau s’est arrêté parce que la stimulation
le forçait à tourner dans une autre direction. Après
l’examen de ce film, n’importe quel scientifique
ayant une certaine connaissance dans le domaine
peut conclure que la stimulation a activé une voie
neuronale contrôlant le mouvement. (P. 98.)
ÉPREUVES
[…] il [Delgado] se base sur chaque effet individuel
que ses électrodes produisent, mais ne présente
pratiquement aucun argument expérimental en
faveur de son interprétation. (P. 103.)
[…] Son goût pour les démonstrations spectaculaires, mais ambiguës, a été une source constante
de matériel pour nourrir les arguments de ceux
qui veulent exagérer la toute-puissance de la stimulation cérébrale. (P. 99.)
Cas 2 : Becky, Moniz et la lobotomie
préfrontale
En 1949, le Dr Egas Moniz reçut le prix Nobel de
médecine-physiologie pour le développement de la
lobotomie préfrontale, un acte chirurgical qui permet
de couper les connexions entre les lobes préfrontaux et
le reste du cerveau, comme traitement des maladies
mentales. Les lobes préfrontaux sont de grandes
régions situées à l’avant du cerveau, à gauche comme
à droite (voir figure 1.7). La découverte de Moniz reposait sur une simple communication scientifique faite
lors d’un congrès en 1935 à propos de Becky, une
femelle chimpanzé, qui était fréquemment contrariée
quand elle se trompait dans une tâche qui devait lui
apporter de la nourriture en récompense. Ses épisodes
de contrariété disparurent après une grande lésion
bilatérale (de chaque côté du cerveau) au niveau des
lobes préfrontaux. Moniz persuada alors le neurochirurgien Almeida Lima d’opérer une série de patients
psychiatriques ; Lima coupa le tissu préfrontal à six
endroits différents à l’aide d’un instrument chirurgical
appelé leucotome (voir figure 1.8).
Lobe
préfrontal
droit
Lobe
préfrontal
gauche
FIGURE 1.7 Lobes préfrontaux droit et gauche.
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ÉPREUVES
Le leucotome
est inséré six fois
dans le cerveau
du patient
avec le bord
tranchant rétracté.
1.7 Critique des affirmations de la biopsychologie 15
Une fois
le leucotome
inséré, le bord
tranchant est sorti
et le leucotome,
actionné avec
des mouvements
de cisaillement,
coupe une partie
du tissu cérébral.
FIGURE 1.8 Procédure de lobotomie préfrontale développée
par Moniz et Lima.
À la suite des affirmations de Moniz selon lesquelles la
chirurgie préfrontale était un succès thérapeutique sans
effets secondaires significatifs, on assista à la prolifération rapide de diverses formes de psychochirurgie préfrontale (voir O’Callaghan & Carroll, 1982 ; Valenstein,
1980, 1986). Une de ces formes était la lobotomie transorbitaire, développée en Italie, puis popularisée aux
États-Unis par Walter Freeman à la fin des années 1940.
On insérait un instrument en forme de pic à glace sous
la paupière au fond de l’orbite. Puis, grâce à quelques
coups exercés à l’aide d’un maillet, on poussait l’instrument à l’intérieur de la boîte crânienne, dans les lobes
frontaux. Là, on l’actionnait pour cisailler les connexions
entre les lobes préfrontaux et le reste du cerveau (voir
figure 1.9). Cette intervention fut souvent pratiquée
dans le cabinet même du chirurgien.
FIGURE 1.9 Procédure de lobotomie préfrontale par voie
transorbitaire.
Analyse du cas 2. Aussi incroyable que cela puisse
paraître, le programme psychochirurgical de Moniz se
basait essentiellement sur la simple observation d’un
seul chimpanzé dans une situation unique, sans
aucune appréciation de la diversité des cerveaux et des
comportements, dans et entre les espèces. On ne
devrait commencer aucun programme de psychochirurgie sans évaluer sérieusement les effets de la chirurgie sur un vaste échantillon de sujets appartenant à
diverses espèces de mammifères non humains.
Une deuxième faiblesse majeure de l’aventure scientifique de la psychochirurgie préfrontale conduite par
Moniz et bien d’autres fut le manque d’évaluation
sérieuse des conséquences de l’acte opératoire chez les
premiers patients opérés. Les premiers comptes rendus
opératoires indiquaient un succès thérapeutique sur
Chap01.fm Page 16 Vendredi, 8. juin 2007 6:06 06
16 Chapitre 1
La biopsychologie, une discipline neuroscientifique
les simples impressions des personnes les moins objectives dans ce cas : les médecins qui avaient prescrit ce
traitement et leurs collègues. Ils notèrent une amélioration quand les patients étaient devenus plus dociles,
et ne firent pas grand-chose pour évaluer les aspects
plus importants de leur adaptation psychologique ou
pour étudier l’existence d’effets secondaires négatifs.
Finalement, il apparut que la lobotomie préfrontale
n’était pas vraiment suivie d’effets thérapeutiques et
qu’elle engendrait toute une série d’effets secondaires indésirables, comme l’amoralité, le manque de
prévoyance, l’absence de réponse émotionnelle,
l’épilepsie et même l’incontinence urinaire. Cela
conduisit à l’abandon de la lobotomie préfrontale
dans de nombreuses parties du monde, après toutefois
qu’un tel traitement eut été appliqué à pas moins de
ÉPREUVES
40 000 patients simplement aux États-Unis. Les lobotomies préfrontales continuent même à être pratiquées
dans certains pays.
D’aucuns considèrent les méthodes scientifiques solides comme des obstacles inutiles sur le chemin qui
mène aux découvertes thérapeutiques. Pourtant, les
conséquences imprévues de la lobotomie préfrontale
devraient nous conduire à une grande prudence et
nous empêcher de passer outre les règles de la science.
C’est seulement à ce prix que les scientifiques peuvent
protéger le public des fausses affirmations scientifiques (voir Carroll, 1984).
Cette histoire a un triste épilogue. L’un de ses
patients tira sur Moniz. La balle se logea dans la moelle
épinière et Moniz devint paraplégique (paralysie audessous de la taille).
RÉSUMÉ DU CHAPITRE
Des quatre thèmes majeurs de cet ouvrage, c’est la pensée critique
qui a prédominé dans ce chapitre. Vous avez appris trois choses
qui vous permettront de réfléchir à beaucoup d’affirmations
scientifiques : (1) la méthode expérimentale, (2) les opérations
convergentes et (3) les inférences scientifiques. Vous avez lu deux
affirmations scientifiques qui ont été largement diffusées et acceptées, même si les arguments étaient faibles, et vous avez suivi la
démonstration de leurs faiblesses.
Vous avez aussi appris que les trois autres thèmes de cet ouvrage, à
savoir les implications cliniques, la perspective évolutionniste et les
neurosciences cognitives, tendent à être associés à des subdivisions
particulières de la biopsychologie. Les implications cliniques émergent le plus souvent des recherches en neuropsychologie et en
psychopharmacologie ; la perspective évolutionniste fait partie intégrante de la psychologie comparative ; et, bien sûr, les recherches en
neurosciences cognitives sont un produit de la discipline naissante du
même nom.
Vous allez entrer dans un monde de découvertes étonnantes et
d’idées fascinantes : le monde de la biopsychologie. J’espère que
votre cerveau sera satisfait d’apprendre quelque chose à son sujet.
Lectures complémentaires (Additional Readings) et révision des
termes clés (Flash Cards).
SUJETS DE RÉFLEXION
1. Ce chapitre vous renseigne sur ce qu’est la biopsychologie en
utilisant des termes conceptuels généraux. Un autre moyen,
peut-être meilleur, de définir la biopsychologie est de décrire ce
que les biopsychologues font. Demandez à votre enseignant
ce qu’il a fait pour devenir biopsychologue et ce qu’il fait tous
les jours. Je pense que vous serez surpris. Appartient-il plutôt à
la psychologie physiologique, à la pharmacologie, à la neuropsychologie, à la psychophysiologie, aux neurosciences cognitives ou à la psychologie comparative ?
2. Quelles considérations éthiques doivent guider la recherche
biopsychologique effectuée sur des animaux non humains ? En
quoi diffèrent-elles de celles qui guident la recherche biopsychologique effectuée sur des êtres humains ?
3. Rétrospectivement, l’histoire de la lobotomie préfrontale est
choquante. Comment des médecins, qui généralement sont
intelligents, cultivés et dévoués à leurs patients, ont-ils pu participer à une telle parodie ? Comment quelqu’un peut-il recevoir
le prix Nobel pour avoir inventé un acte chirurgical qui a laissé
tant d’invalides mentaux (40 000 seulement aux États-Unis) ?
Que s’est-il passé ? Cela pourrait-il encore arriver de nos jours ?
Exercices (Practice Tests).
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