AUX JEUX OLYMPIQUES SPIRITUELS : VISER LA MÉDAILLE D’OR DE LA RÉALISATION ??? JOAN TOLLIFSON Extrait de Awake in the Heartland : The Ecstacy of What Is Née avec une seule main, Joan Tollifson a grandi en sentant sa différence, et cela a marqué son parcours personnel et spirituel : bisexuelle, militante pour les droits des personnes en situation de handicap, anti-guerre et écologiste, son cheminement l’aura conduite à explorer le bouddhisme, l’advaita vedanta, les arts martiaux et l’activisme politique. Son maître principal fut Toni Packer, enseignante zen qui a quitté la tradition pour une approche plus simple et ouverte, centrée sur la méditation sans objet et la présence directe. Cette rencontre a été un tournant pour Joan et l’a orientée vers une spiritualité expérientielle et non dogmatique, inspirée aussi par des figures comme Nisargadatta Maharaj, Ramana Maharshi et Krishnamurti. Elle a encore croisé la route d’autres enseignants contemporains de la non-dualité, tels que Jean Klein et Gangaji, qui ont nourri sa réflexion sur la liberté et l’acceptation inconditionnelle. Joan Tollifson est passée par des expériences personnelles marquantes : la toxicodépendance, la dépression et le cancer, qu’elle a partagées avec franchise, humour et vulnérabilité dans ses écrits et dans ses entretiens. Elle aborde des thèmes comme la maladie, la vieillesse, la mort et la libération des identités, toujours ancrée dans l’expérience directe et le présent. Elle est l’auteure de plusieurs livres, dont "Bare-Bones Meditation : Waking Up from the Story of My Life", "Awake in the Heartland : The Ecstasy of What Is", "Nothing to Grasp", et "Death : The End of Self-Improvement". Son style, à la fois poétique et décapant, encourage chacun à remettre en question ses croyances et ses histoires qui provoquent de la souffrance, et à découvrir la liberté dans l’acceptation de ce qui est, ici et maintenant. *** Un soir à Chicago, j’ai allumé la télévision et je suis tombée sur une compétition préolympique de patinage artistique féminin. Michelle Kwan — qui a remporté la médaille d’or — ce soir-là, souriait en patinant et en fendant l’air dans une pure félicité. Elle était dans la zone, comme on dit. Elle paraissait parfaitement à l'aise, alors qu'elle tournoyait, sautait et virevoltait comme un derviche soufi. Son corps accomplissait des prouesses extraordinaires, mais elle donnait l’impression que tout était facile. Pour patiner ainsi, il faut complètement s’abandonner. C’est impossible à « faire ». Il faut totalement lâcher prise. Une partie de la beauté de l’exercice réside dans la possibilité d'échouer. Il comporte une vulnérabilité absolue. Pour chaque gagnante, il y a une perdante. Il y a la jeune femme qui chute au cours d’un triple axel, et ses rêves sont brisés en une seconde. Environ un an plus tard, je regardais la compétition féminine de patinage artistique aux Jeux olympiques d'hiver. Une jeune fille de 16 ans, Sarah Hughes, y livra l’une des performances les plus remarquables jamais vues. Sarah était dans la zone. Et cette fois, Michelle ne s’y trouvait pas, clairement ! Sarah a remporté la médaille d’or. Sarah ne craignait pas de perdre, puisqu’elle occupait la quatrième place et qu’elle n’entretenait aucun réel espoir de gagner, et donc elle patinait pour le fun, dit-elle. Elle était manifestement sidérée par sa propre performance et à seize ans, elle affichait ouvertement sa surprise. Elle n'arrêtait pas de répéter à sa coach : « Incroyable ! Je n'ai jamais patiné comme ça de ma vie ! Incroyable ! » C’est ainsi avec la zone. Ce n’est jamais un état stable. Une fois que nous savons que « la zone » est possible, on ressent naturellement le besoin de la retrouver, surtout quand le monde entier nous regarde et quand les enjeux semblent si importants. Et pourtant, on ne peut pas y parvenir par la volonté. C'est juste le contraire, renoncer à tout contrôle. Les mots sont un peu… à côté de la plaque, puisque le lâcher-prise nécessaire dans le cas de ces patineuses nécessite aussi de la précision, de la concentration, de la technique, de la discipline, un entraînement rigoureux, une présence et une énergie phénoménales. L’attachement aux résultats est clairement un problème. Sarah Hughes pensait qu’elle n’avait rien à perdre, et c’était tout le contraire pour Michelle Kwan. Quand on vise l’Eveil, l’attachement au résultat est également l’obstacle, et pourtant, on ne peut pas l’exclure par la volonté. On peut seulement l’observer, à chaque fois qu’il surgit. En fait, la notion même d’Eveil constitue le plus grand obstacle, car elle engendre l’illusion d’une réalisation future. Dans la quête d'illumination, on s'imagine que le but est d'être perpétuellement dans la zone, mais en réalité, il s'agit surtout de percevoir la nature éphémère, inconsistante, illusoire et impersonnelle de tout —- gagner, tomber le cul par terre, être dans la zone, ne plus y être —- et de trouver le repos dans ce qui inclut et transcende toute dualité. Et de quoi s’agit-il ? S’agit-il de quelque chose de terriblement mystérieux et de distant ? Ou s’agit-il de la « chose » la plus évidente de toutes : l’être pur, la Conscience présente ? Et cette Conscience est-elle un état d’esprit lié à une expérience particulière, ou est-ce une plénitude indivise qui englobe et qui transcende tous les états d'esprit ? L’Eveil ne consiste pas à avoir une expérience soutenue d’aucun ordre, ni de se mettre dans un état de pleine conscience ininterrompue, 24H/24. Il ne s’agit pas d’un accomplissement. Ce n’est pas personnel. Et pourtant, c’est ainsi que le mental l’imagine. Le mental participe indéfiniment aux Jeux Olympiques spirituels et vise la médaille d'or de la réalisation. Et pour chaque gagnant dans cette compétition, il doit y avoir des perdants : des chercheurs avides qui s'agglutinent aux pieds d'illuminés mythifiés. La ligne d’arrivée n’existe que dans le mirage fabriqué par la pensée. L’Être pur est toujours libre et complet. Même quand le mirage apparaît, il n'y a là vraiment rien de substantiel. L’unique « problème », c’est ce « vous » (un mirage !) requérant se libérer des mirages. C’est comme vouloir sauver un personnage de film. Joan ne se réveille pas de l’illusion d’être Joan, ce serait absurde ! Aucune personne réelle ne doit être sauvée ! Ces personnages fictifs ne trouvent pas l’Eveil, parce qu’ils n’ont aucune existence réelle et séparée permanente, si ce n’est dans le mental. Celui qui pense voir le mirage fait partie du mirage ! Le personnage du rêve n'est pas le rêveur ; il est le rêve. Il y a là une confusion identitaire persistante. C'est comme ces gens qui viennent voir Nisargadatta et qui lui disent : « Je vois qu'il n'y a rien du tout ! Maintenant, que dois-je faire ? » Le mental se réaffirme rapidement ! « Y suis-je enfin arrivé ? C'est ça ? Y a-t-il quelque chose de plus ? Que fait-on maintenant ? En ai-je terminé ? » Questions absurdes ! C'est marrant. Cela me fait rire, chaque fois que la bulle éclate. La Conscience n’a pas de problème, pas de sentiment de manque. C’est seulement le personnage pour lequel nous nous prenons qui se sent insuffisant et frustré, et qui recherche quelque chose de meilleur comme « l’Illumination ». On ne peut ni trouver ni voir la Vérité, comme on trouve ou comme on voit une voiture. Car vous n’êtes pas en dehors. Ce n‘est pas un objet. Elle n’est pas ailleurs. Voyez simplement la nature illusoire de la séparation. Voyez que toute l’histoire, son personnage principal et toutes les idées concernant ce qui devrait être ou pas sont inventées. Vous êtes la Conscience elle-même, entièrement libre et toujours présente. Même si l’histoire revient, même si vous vous réidentifiez au personnage, même s’il y a des vieilles habitudes et des émotions troublantes, même si le corpsmental se contracte dans la peur, la Conscience est totalement indemne. L’unique dommage se situe dans l’histoire. Il est illusoire, comme un incendie dans un film. Si le faux continue d’apparaître, qui s’en soucie ? Seulement le faux. Tout cela, c’est le jeu de la Conscience. 1 L’Illumination n’est pas un événement exceptionnel qui « vous » transformera en une super star spirituelle…2 Partage-pdf.webnode.fr Si ce thème vous intéresse et si vous souhaitez l’étudier plus en détail et mieux le comprendre, voici quelques suggestions : La vie est-elle une fiction ou un drame cosmique, un divertissement ou un jeu divin ? – Prof. G. Venkataraman https://studylibfr.com/doc/10066524/la-vie-est-elle-une-fiction-ou-un-drame-cosmique--undive... Le jeu de l’illusion et de la vérité – Sathya Sai Baba https://www.fichier-pdf.fr/2017/05/24/le-jeu-de-l-illusion-et-de-la-verite-sathya-sai-baba/ Le jeu co(s)mique – Chuck Hillig https://studylibfr.com/doc/10197472/le-jeu-co-s-mique---chuck-hillig La Lîla ou le grand jeu cosmique de la vie – Ken Wilber https://studylibfr.com/doc/10197471/la-lila-ou-le-grand-jeu-cosmique-de-la-vie---ken-wilber L’univers, c’est Dieu qui s’amuse dans le miroir de la Conscience – V. Susan Ferguson https://studylibfr.com/doc/10197470/l-univers--c-est-dieu-qui-s-amuse-dans-le-miroir-de-laco... Comment devenir un athlète de la pleine conscience ? – George Mumford https://studylibfr.com/doc/10203191/comment-devenir-un-athl%C3%A8te-de-la-pleineconscience---geor..., NDT. 2 A ce propos, on pourra consulter : « Quand vais-je trouver l’Illumination ? » - Osho https://studylibfr.com/doc/10066504/quand-vais-je-trouver-l-illumination-%3F---osho A quoi ressemblera l’Eveil, l’autoréalisation ou l’Illumination ? – Gary Weber https://studylibfr.com/doc/10179334/%C3%A0-quoi-donc-ressemblera-l-%C3%A9veil--lautor%C3%A9alisation-ou-l-i... Les mythes flagrants de l’Illumination – Stephen Wingate https://studylibfr.com/doc/10075213/les-mythes-flagrants-de-l-illumination---stephen-wingate Les pièges de l’Eveil et de l’Illumination – www.nondualitymagazine.org https://www.fichier-pdf.fr/2016/07/20/les-pi-ges-de-l-eveil-ou-de-l-illumination/, NDT 1